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lundi 26 novembre 2012

C'est pour ce soir

Un son strident m’extirpe de mon sommeil. Une voix fade et saccadée s’ajoute au grondement infernale du train : «  Mesdames, Messieurs, le TER numéro 5327 en provenance de Nice Ville et à destination de Marseille Saint-Charles vient d’entrer en gare, voie B, ce TER desservira Antibes, Cannes … .». Je reprends mes esprits, je ne sais pas comment c’est possible, mais je me suis endormi sur le quai. J’ai tout de même eu la chance de me réveiller au bon moment pour prendre mon train. Je me lève d’un coup, sans tenir compte de la fatigue qui m’ordonne de retourner dormir sur ce banc et je me précipite vers le composteur automatique. Instinctivement, je fouille dans ma poche droite pour en extraire mon vieux portefeuille. Vide. Je réitère l’opération avec celle de gauche. Vide aussi. Je commence à paniquer. «  Où j’ai bien pu le mettre ? ».  Rien non plus dans les poches arrières. Je cours vers le banc pour tenter de le retrouver. Mais il a bien disparu, absolument rien, ni sur le banc, ni par terre, ni dans mes poches. Je commence à m’énerver en lachant quelques «  Fais chier ! » qui ont l’air de bien amuser les gosses à côté de moi. Et je n’ai plus le temps de chercher. Il faut que je prenne mon train, c’est le dernier de la journée et je n’ai vraiment pas envie de passer ma nuit dans cette gare. Sans réfléchir, je me précipite à travers les portières du train et me faufile à travers les passagers pour trouver une place assise. Après être passé devant quelques compartiments pleins, je trouve enfin mon bonheur et je m’installe dans une cabine presque vide. J’entreprends alors une fouille minutieuse de mes poches. Et comme je m’en doutais, mon portefeuille ne s’y trouve pas. Finalement, c’est logique, j’ai dû me le faire dérober lors de mon sommeil. Je me maudis en pensant à tout ce que je viens de perdre. Ma carte de crédit, mes clés, beaucoup de souvenirs ainsi qu’une centaine d’euros. Mais quelle idée d’emporter autant d’argent avec moi. Quelle idée de m’endormir sur un quai de gare à la tombée de la nuit. Je suis vraiment débile, ça ne pouvait que se passer comme ça. La femme assise en face de moi m’arrache à  mes pensées, elle se lève brusquement et sort du  compartiment avec une démarche pressée. Je suis maintenant seul avec un homme d’une trentaine d’année à la chevelure longue et sale. En le regardant brièvement, j’entrevoie ses yeux pourpres qui me fixent. Je comprends alors la fuite soudaine de la femme, ce type a vraiment l’air malsain. Je détourne mon regard et je m’écrase sur la fenêtre, pour observer la côte d’azur qui défile à toute vitesse devant mes yeux. Les lampadaires dégagent presque quelque chose de chaleureux dans cette obscurité pesante.


Une dizaine de minutes viennent de passer et le type en face me fait de plus en plus peur. Maintenant,  il se met à murmurer des phrases incompréhensibles et à faire des petits sons aigus.. J’ai l’impression qu’il me fixe mais je n’ose pas détourné mon regard de la fenêtre pour vérifier. De toute façon, j’arrive à destination dans une vingtaine de minute, rien ne va se passer, je devrais plutôt m’inquiéter sur la façon dont je vais rentrer chez moi, maintenant que je n’ai plus de clés. Mais l’homme continue à parler dans le vide. Je peux comprendre maintenant quelques phrases de son charabia «  c’est pour ce soir, c’est pour ce soir …». Je ne sais pas ce qui est pour ce soir, une soirée entre échappés d’asiles, peut-être ? J’ai franchement envie de lui demander de se taire, mais je n’ose pas, qui sait de quoi il est capable. Une odeur désagréable vient alors irriter mes sinus et une fumée infecte se répand dans la cabine. Je me retourne rapidement et ce que je vois me trouble. L’homme vient tout simplement de s’allumer une cigarette. Il tire de longues bouffées de fumée en laissant apparaitre  sa dentition délabrée. Il me dévisage en souriant avec ses dents jaunes. Mais, encore une fois, il me fait tellement peur que je n’ose rien dire. Je décide quand même de prendre une photo et de la montrer au contrôleur le plus proche. Je ne suis d’habitude pas de nature délatrice, mais un tel sans-gêne m’insupporte. Je sors discrètement mon portable de ma poche, en me demandant au passage pour quelles raisons les pickpockets ne l’ont pas emporter lui aussi et je prends une photo. Je parcoure les fichiers dans mon répertoire et je regarde la photo que je viens de prendre.

 Il … il n’apparaît tout simplement pas sur la photo. Putain, mais c’est une caméra-caché ou quoi ? Qu’est-ce que c’est ce délire ? On voit bien les sièges, la fenêtre, on arrive même à voir le paysage derrière la fenêtre, mais lui n’apparaît pas. Mon cœur bat de plus en plus vite. J’essaye de trouver une explication logique. Je n’en trouve pas. De surcroit, le fou commence à ricaner. Comme s’il était au courant de ce qui venait de se passer. Il écrase sa clope sur la moquette et rigole de plus en plus bruyament.. Je finis par décider de sortir de cet endroit. Je ne sais pas pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt. Je me lève soudainement et je sors du compartiment. Avant que les portières se referment, j’entends l’homme dire «  A tout à l’heure … » , mais je n’y fait même pas attention, je veux seulement que cette journée de merde se termine enfin. Assez des tarés aux yeux rouges, assez des portefeuilles qui disparaissent, assez ! Je longe le train et m’installe devant la portière donnant sur la voie en repensant à cette journée.



Le train est enfin arrivé à Toulon et sans réfléchir, je sors de la gare et entame mon long trajet à travers les ruelles déjà désertes. Après une trentaine de minutes de marche, je me retrouve enfin devant la porte d’entrée. Rapidement, je dégaine mon portable de ma poche et appelle mon colocataire pour qu’il viennes m’ouvrir. « Vous êtes bien sur le répondeur de Jul.. » Je raccroche immédiatement et commence à m’énerver. De tous les soirs, il faut qu’il soit indisponible aujourd’hui ce con.  Je commence à taper sur ma porte, espérant qu’il entendra mes martellements. Mais les fracas violents ne semblent pas le réveiller. Enervé je commence à hurler : «  Julien ! Viens m’ouvrir ! Putain  mec viens m’ouvrir ! ». Pas de réponses. Je commence vraiment à croire que cette journée est maudite. Dans un excès de colère, je secoue la poignée de toutes mes forces. Et à ce moment-là, j’entends un petit déclic libérateur.


Je viens juste d’ouvrir la porte. Malgré la satisfaction que cela m’apporte, un détail me gêne. Julien n’aurait jamais laissé la porte ouverte. Il est du genre paranoïaque, scotché au JT de TF1, qui s’imagine qu’un fou peut surgir n’importe quand pour s’en prendre à lui et à sa collection de BD. Après une année de cohabitation, il n’y a pas une nuit sans que cette porte ne soit pas barricadée à triple-tour. Mais cela ne m’intrigue même plus. En revanche, ce qui m’intrigue beaucoup plus c’est l’odeur affreuse qui semble se dégager de mon appartement. En blottissant ma main contre mon nez, je pénètre dans le couloir. Et pas de doute, la puanteur vient bien d’ici.

« - JULIEN, putain t’as foutu quoi ? Ça pue la mort ici et allume la lumière, j’y vois que dalle ». 

Aucune réponse, je m’enfonce donc dans l’obscurité et recherche l’interrupteur tout en me pinçant le nez. Il faut absolument que j’ouvre les fenêtres, c’est intenable ici. Je finis par le trouver et je l’enclenche. Mais le choc de la lumière et de ce qu’elle révèle me fait m’écrouler au sol … Je vomis une, deux fois à même le sol … Ma vision se brouille … incapable de faire aucun geste … de prononcer aucun mot. Je ne peux qu’observer ce spectacle macabre qui s’offre à moi. Julien, attaché au mur par un crochet, perdant progressivement son sang qui se répand à ses pieds.. Je vois sa tête … livide… pâle… et ses yeux retournés… Je n’arrive même pas à détourner le regard. À ce moment là, j’entends ma porte qui s’ouvre … puis qui se referme. Et avant de perdre connaissance, j’entends ces mots, qui me semblent étrangement familier :

«  C’est pour ce soir, c’est pour ce soir … ».

9 commentaires:

  1. En voilà une histoire qu'elle est cool ! Ça reprend bien l'esprit des pastas, j'aime beaucoup :)
    Un seul détail me gène: lorsque le protagoniste est dans son TER, il dit à un moment qu'il "s'écrase" sur la fenêtre pour regarder le paysage extérieur. Si j'ai bien compris la tournure de la phrase, j'en déduis qu'il est du côté fenêtre ! En revanche, plus tard, lorsque l'on voit la photo qu'il a prise, on voit un tas de fringues sur un siège juste à côté de la fenêtre de la cabine comme si la photo avait été prise depuis le couloir... Est-ce que je réfléchis trop ? ^^'

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  2. ... je prends régulièrement ce TER. Pour aller à Toulon. Dans le meme sens. J'ai peur xD

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  3. Merde je met exactement une demi heure de la gare de Toulon à chez moi O_o' ...

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  4. J'aime bien. Mais au milieu j'avais déjà deviné la fin...

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  5. Toulooooooooooooon =D

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  6. juste , c'est vrai ces histoires ?

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