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mercredi 31 août 2016

De l'autre côté du miroir

Avez-vous déjà connu "l'illusion du miroir" ? Ce phénomène qui se produit quand on regarde trop longtemps son reflet dans celui-ci ?
Allez-y, faites le test : vous n'avez besoin que d'un miroir et de temps. Posez-vous devant le miroir, et regardez votre reflet dans les yeux. Ne faites rien d'autre, concentrez-vous pour que ça marche.

Au bout d'un moment, vous verrez... Des choses étranges. Votre reflet qui bouge tout seul, qui se métamorphose en autre chose... Les scientifiques s'accordent à dire que c'est une réaction normale. Quand le cerveau s'ennuie, qu'il n'y a aucun stimulus cérébral, il va s'amuser à en créer. Et c'est de là que viendrait ce phénomène.

Mais si c'était autre chose ?

Ma mère, par exemple, me disait toujours de ne pas me regarder trop longtemps dans le miroir, car derrière ceux-ci se cacherait "tout le mal de la Terre". Elle était très vague là-dessus, mais à ce que j'ai compris, derrière les miroirs pourrait se trouver un autre monde - une dimension parallèle - peuplé des êtres les plus vils et malfaisants.

Pour simplifier, si nous étions Dr Jekyll, derrière chaque miroir se tiendraient nos Mr Hyde. Et ils chercheraient par tous les moyens à échanger leur place avec la nôtre.

Et si jamais fixer suffisamment longtemps les miroirs leur permettait d'atteindre leur but ?
Peut-être que certains ont réussi. Peut-être que c'est ainsi que les serial killers, violeurs et autres psychopathes seraient entrés dans notre monde.

Pour ma part, je vais suivre les conseils de ma mère et ne pas me fixer trop longtemps dans un miroir.

Enfin, pas une seconde fois. 


lundi 29 août 2016

Mon film (partie 2)

Mais nous n'en sommes pas encore à sa mort.

Je réalisais qu'à cause de moi, une personne si gentille et sympathique venait de mourir.

Peu de temps après la mort de Paul, je suis allé regarder le scénario écrit par Daniel pour voir ce que Frédéric lui avait dit avant de le tuer. Il était écrit :

« Ton pote Jérémie t'a traîné ici pour m'offrir l'honneur de te tuer. Je suis désolé pour toi, mais tu n'as jamais eu d'ami ici... et tu n'en auras pas."

Je ne saurais expliquer ce que j'ai ressenti à ce moment-là. J'ai juste eu l'impression d'avoir été poignardé. Mais bon, deux semaines plus tard, je ne pensais déjà plus à Paul et j'étais passé à autre chose. Après tout, j'avais mon frère, et c'était la seule personne réellement importante à mes yeux.

On a envoyé toutes les scènes à Robert et il a monté le tout. 52 minutes. 52 minutes à regarder des gens se faire torturer, tuer et violer.  Comme je l’ai déjà dit, le montage a probablement tué la santé mentale de Robert, car, depuis qu’il nous a présenté le produit final, il n’a plus vraiment été le même. Quand on se rencontrait en dehors des heures de travail, malgré son apparence répugnante et son allure de "geek", il était très sympa et très drôle. Après les longues séances à nettoyer le studio après les scènes sanglantes, il était là pour nous remonter le moral. Il ne rentrait jamais dans le studio. J’imagine qu’il ne se doutait pas de la barbarie de nos actes. Enfin, grâce à nous, il a pu voir de quoi certains humains étaient capables. Il avait l’air assez naïf si je puis dire.

Alors, on a créé le site www.snuff.com et on a publié la vidéo dessus. Vous saurez pourquoi le site est inaccessible plus tard. Je n’ai pas de screen ou de vidéo montrant la page d’accueil, mais je m’en rappelle par cœur. Au centre, il y avait la vidéo qui se lançait automatiquement. Les visiteurs avaient la possibilité de mettre en plein écran, d’augmenter la qualité, etc. Bref, tout ce qu'on peut faire sur une vidéo. Et, évidemment, pour se faire de l’argent, on a garni la page de toutes sortes de publicités. On s’est pas gênés avec les publicités, car on voulait faire du bénéfice. On y avait mis tellement d’efforts et tellement de travail. On avait enlevé le droit de vivre à tellement de personnes. On devait donc "honorer" leur mémoire en empochant le plus d’argent possible.

On a fait connaître le site en collant le lien dans des forums du deep web. Je passais énormément de temps à faire la promotion de mon film, car je voulais qu'un maximum de personnes puissent voir ce qu’on avait accompli. J’ai pu faire la connaissance de quelques personnes qui m’avaient l’air sympathiques, mais sans plus. Avec tous les psychopathes du deep web, il vaut mieux garder ses distances.

Tous les jours, de plus en plus de personnes visitaient notre site. C’était pas mal de recevoir notre première paye après un mois d’activité. 1200 euros à diviser en 10. Donc, je me suis fait 120 euros en un mois. C’était pas mal, mais ça allait être long avant que ça devienne rentable et j’avais peur que la police découvre le site et enquête sur nous. Enfin, je dis ça, mais je savais que ça viendrait tôt ou tard. On avait anticipé tout ça en utilisant des logiciels permettant de cacher notre IP et notre localisation géographique. Et Daniel avait créé un autre compte bancaire avec une fausse carte (donc un faux nom) pour pouvoir récupérer l’argent généré sans se faire attraper. Si la police arrivait à découvrir le nom de la personne qui gérait le compte qui récupérait tout l'argent du site, ça na prendrait pas beaucoup de temps avant qu'on se fasse attraper.

Puis, un jour, ça a explosé. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais le site a littéralement explosé du jour au lendemain. Des dizaines de milliers de visites chaque jour. Ça allait beaucoup plus vite que prévu et c’était à la fois une bonne et une mauvaise chose. Une bonne chose, car ça allait générer énormément de revenus et ça allait devenir rentable beaucoup plus tôt que prévu. Une mauvais chose, car ça allait donner beaucoup trop de visibilité au site trop vite. Donc, mon film était beaucoup plus à risque de se faire détruire par la police. Mais bon, j’ai décidé d’être optimiste et d’attendre la fin du mois pour la paye. 18000 euros à diviser en 10. J’avais donc 1800 euros dans les poches au bout d’un autre mois. C’était plus que le smic ! Je ne peux pas expliquer la sensation que ça fait de recevoir un tel montant après tout ce travail.

Cependant, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à tout l’argent que je pourrais me faire si je me débarrassais des autres. 18000 euros par mois. Ça me ferait donc 216000 euros par an. Évidemment, je ne pouvais pas faire ça, parce que mon frère était dans le lot. Mais j’avais peur. J’avais peur, parce que je venais d’avoir cette pensée, et je pense que j'étais le moins dérangé mentalement dans le groupe. Je savais que les autres y pensaient quand je les voyais. Je savais qu’ils souhaitaient secrètement la mort de tout le monde pour récupérer les gains. Je pouvais vivre avec cette pensée et elle ne me faisait pas spécialement peur. Souhaiter secrètement la mort d’une ou plusieurs personnes est normale. Cependant, ce qui m’inquiétait, c’était de voir quelqu'un faire ce que son esprit lui ordonnait : tuer tout le monde.

Les mois ont passé et j’avais plus de 20000 euros dans les poches. On se faisait tellement de fric ! Par tellement de fric, je veux dire environ 25000 euros à diviser en 10. Et le nombre de visiteurs ne faisaient qu’augmenter. Ce qui est étrange étant donné qu’il n’y avait qu’un film sur le site. Était-il si bon que ça ? Je l’ignore, mais tout ce que je sais, c’est que ça marchait et je comptais en profiter le plus possible. Daniel m’avait parlé de tourner une suite, mais je n’étais pas sûr de vouloir le faire. C’était une expérience intéressante et enrichissante, mais je n’avais vraiment pas envie de revivre tout ce que j’avais vu.

Puis est venu le jour où on a retrouvé Rémi mort chez lui. Il nous avait aidés à faire le film et il prenait 1/10 des bénéfices mensuels. Normalement, ça ne m’aurait pas inquiété, ni même touché de savoir qu’il était mort (on s’était perdus de vue de toute façon). Cependant, il a été retrouvé mort chez lui... la gorge tranchée. Ce qui veut dire qu’il a été assassiné. J’ai fait part de mes inquiétudes à Daniel et il m’a dit de ne pas m’en faire et que c’était probablement une coïncidence. Je voulais le croire. Je voulais tellement le croire. Mais quand Guillaume et Oscar ont aussi été retrouvé morts (l’un d’eux s’est pendu et l’autre s’est fait écraser par une voiture), je savais que quelqu'un parmi nous était en train de nous supprimer pour tout récupérer.

Je vivais dans la peur. Je ne sortais jamais de chez moi, je fermais mes fenêtres à clé et je ne parlais à personne, excepté mon frère. C’était la seule personne en qui j’avais confiance. J’avoue que c’est assez stupide étant donné que c’était le suspect numéro un dans cette affaire, parce que c’est lui qui devait récupérer l’argent et le diviser. Et aussi, il sortait beaucoup pendant la nuit et il ne me disait jamais où il allait. Enfin, je dis ça, mais je connais mon frère et je sais qu’il ne tuerait jamais ses amis et son propre frère. D'ailleurs, j’ai oublié de le préciser, mais un mois après avoir créé le site avec mon film, Daniel et moi avons emménagé dans un petit appartement. On avait prévu de créer un petit studio de cinéma et de créer notre propre entreprise. Il était ambitieux et je l’admirais pour ça.

Tous les mois, quelqu'un mourrait et j’étais pratiquement convaincu qu’il s’agissait de Frédéric. J’en ai parlé à Daniel, qui s’est finalement convaincu lui aussi qu’il y avait un assassin parmi nous, et il a été d’accord avec ma théorie. Malheureusement, à chaque fois qu’on l’appelait pour lui parler, il ne nous répondait pas. Absolument impossible de le contacter. J’essayais de convaincre Daniel de ne pas sortir la nuit, mais il y allait quand même en me disant qu’il avait des affaires à régler. Nous n’étions plus que 4 à récupérer l’argent de mon film : moi, mon frère, Frédéric et Robert.

Il y avait de moins en moins de visiteurs (normal vu qu’on ne publiait plus rien depuis des mois), mais on recevait encore assez d’argent pour pouvoir en vivre. Un jour, Daniel m’a dit qu’on allait devoir engager de nouvelles personnes pour pouvoir tourner la suite de mon film toujours sans nom. J’ai accepté à contrecœur, mais je lui ai demandé d’attendre un peu, car je ne me sentais pas en sécurité. Depuis quelques jours, j’avais l’impression que quelqu'un m’observait par la fenêtre de ma chambre.

Et un jour, j’ai appris le décès de mon frère, Daniel, alors qu’il était en train de s’amuser dans une boîte de nuit avec quelques amis qu’il s’était fait et dont il ne m’avait jamais parlé. Selon les témoins, après avoir bu quelques verres, il se serait effondré par terre en se tenant la poitrine. Le légiste a conclu qu’il s’agissait d’un infarctus du myocarde (crise cardiaque) et je me suis retrouvé tout seul. Tout le monde pensait que c’était une mort accidentelle, mais je savais que quelqu'un l’avait assassiné. Ça ne pouvait pas être une coïncidence. Je savais que Robert ou Frédéric l’avaient tué. Et je savais aussi que j’étais probablement le prochain. J’ai passé tout le mois suivant la mort de Daniel à faire mon deuil et à rencontrer des membres de famille que je ne connaissais même pas. S'ils avaient su ce que le "petit Daniel" avait fait avant de mourir... Mon deuil fini, j’ai fermé le site.

Mon film m’avait apporté tellement de bonnes choses tout en m'en retirant, je me devais le supprimer. Je savais que ça mettrait en colère l’assassin et qu’il viendrait pour moi. Et c’est ce que je voulais. Je devais venger mon frère. Il voulait tellement accomplir ses rêves avec moi et un connard l’en avait empêché. C’était mon devoir de découvrir son identité et de lui enlever la vie comme il avait enlevé celle de Daniel.

Un soir, alors que j’avais du mal à dormir, j’ai entendu quelque chose en train de se faire crocheter. Mon sang s'est figé dans mes veines et je me suis mis à suer comme je n’avais jamais sué. J'ai levé ma tête et lentement j'ai regardé en direction de la fenêtre, très discrètement. Quelqu'un essayait de l’ouvrir. C’était lui. C’était la personne qui avait assassiné mon frère. C’était la personne que je devais tuer. Je n’ai pas eu besoin de regarder plus de 3 secondes pour reconnaître son ventre d’obèse. C’était Robert.

Environ 30 secondes plus tard, il avait réussi à ouvrir la fenêtre et venait d’entrer dans ma chambre. Je ne savais pas quand viendrait le bon moment, mais je savais qu’il viendrait. Tout ce qui m’inquiétait, c’était de ne pas savoir comment il s’y prendrait. Allait-il m’égorger, m’étrangler, me poignarder, m’empoisonner ? Je n’en avais pas la moindre idée. Puis, j’ai pu entendre ses pas. Il s’approchait lentement de moi, sûrement pour ne pas me réveiller. C’était une bonne chose de remarquer cela, car ça voulait dire que je pouvais jouer sur le facteur de la surprise. L’attaquer au moment où il s’y attendait le moins.

Il était à un mètre de moi et j’ai pu l’entendre parler : " Tu as été imprudent. Tu n’as rien remarqué même après la mort de ton frère et des autres ? Que tu es bête..."

Ça m’inquiétait. Savait-il que j’étais réveillé ? Cependant, malgré ma crainte, je faisais toujours semblant d’être endormi et je gardais un visage neutre.

Puis, il a continué : "Tu ne te rendras même pas compte de ce qui t’arrive. Tu as de la chance. Les autres ont vu la mort arriver, mais toi tu ne te doutes de rien. Allez, finissons-en."

J’ai à peine ouvert mes yeux, juste assez pour le voir se rapprocher avec la lame d’un couteau à la main droite. Je me préparais. Dès qu’il s’arrêterait, j'allais me jeter sur son bras pour attraper le couteau et je le tuerais avec sa propre arme. J’avais du mal à contenir mon excitation. Ça lui a pris environ dix secondes pour se rapprocher de moi et je peux vous dire que jamais je n'aurais pensé que dix secondes pouvaient être aussi longues.

Et il s’est arrêté...

Pour me donner du courage, je me suis mis à crier en même temps que je me jetais sur lui. Je n’avais jamais senti autant d’adrénaline dans mon corps et je peux vous dire que cette adrénaline m’a été très utile. Sans elle, je n’aurais jamais eu le courage de faire ça. Apparemment, Robert ne se doutait de rien, car il a eu du mal à s’en remettre et, aussi, lui prendre le couteau des mains a été plus facile que prévu. Le couteau dans les mains, l’assassin de mon frère par terre juste devant moi. Plus rien ne pouvait m’arrêter... excepté la personne qui se tenait derrière.

J’ai senti la lame entrer dans mon dos et c’était horrible. Ce bout de métal était en train de se frotter à ma colonne vertébrale. J’étais paralysé. Je ne pouvais pas me défendre tandis qu’il faisait tourner la lame dans la plaie. J’ai entendu un rire et je l'ai reconnu : Frédéric.

Je ne l’ai pas dit, mais j’avais aussi peur qu’il ait un complice. À mon avis, c’était la pire chose qui puisse m’arriver. J’avais eu de la chance jusque-là, mais malheureusement, tout allait beaucoup trop bien. J'ai lâché mon couteau et j'ai poussé un dernier cri, pour faire comprendre à tout le monde que j’avais essayé, mais que j’avais échoué. C’était aussi un cri de pardon pour mon frère et tous les autres qui étaient morts à cause de mon film. Je n’avais pas réussi à les venger.

Finalement, Frédéric a retiré la lame et je suis tombé sur le ventre, quasiment inconscient. Je ne pensais pas qu’un coup de couteau dans le dos pourrait me mettre K.O à ce point. J’espérais avoir assez de force pour lui planter mon couteau dans le corps, mais toute mon adrénaline et mon énergie se sont volatilisées au moment où cette putain de lame est entrée en moi. Je faisais le mort, en espérant qu’ils me laissent tranquille. Ils ont commencé à discuter. Je ne me rappelle pas de tous les mots exacts, mais, en gros, c'était quelque chose dans ce style:

"Merci. Il m’aurait tué si tu n’avais pas été là."

"Il n’y a pas de problème. Tu crois qu’il est mort ? Je dirais que oui. Il est parfaitement immobile."

"Peut-être, mais découpons-le un peu. On n’est jamais trop prudents. Il fait peut-être semblant."

"Tu as raison... mais avant ça..."

Je ne vais pas mentir, je n’ai pas bien compris ce qui s’est passé, mais de ce que j’ai pu voir, Frédéric venait de plaquer Robert contre le mur. Étant donné qu’ils avaient le dos tourné, j’en ai profité pour me mettre à genoux malgré la douleur lancinante. Puis, j’ai entendu quelque chose tomber par terre... un liquide. Au début, j’ai cru que c’était du sang qui s’écoulait de mon dos, mais en fait, ça venait du cou de Robert. Frédéric venait de lui planter la lame dans la gorge !

Je voulais rester en vie. Je voulais continuer à vivre pour moi, et pour mon frère et tous les autres. J’utilisais mes dernières forces pour me lever, attraper un chandelier qui traînait sur une tablette à côté de moi et le fracasser sur la tête de Frédéric qui était encore occupé à tuer Robert. Ce premier coup l’avait probablement tué vu que j’avais réussi à lui ouvrir le crâne, mais ce n’était pas assez ! J’abattais le chandelier encore et encore sur son crâne de merde. Des gouttes de sang et des morceaux de cervelle et d’os volaient partout autour de moi. Je continuais de frapper même s’il ne restait plus qu’un tas d’os mouillés par terre. Je lâchais le chandelier et je hurlais. J’avais réussi.

Je me suis écroulé par terre. Je devais utiliser le peu d’énergie qu’il me restait pour attraper le téléphone... et appeler la police. J'ai composé le 17 et j'ai dit à la personne au bout du fil mon adresse et qu’il y avait des morts. Elle voulait en savoir plus, mais j'ai raccroché pour profiter du seul moment paisible que j’avais depuis le début des morts. Je pouvais entendre un souffle rauque et je me suis rendu compte que Robert était encore en vie. J'ai levé légèrement la tête et j'ai remarqué qu’il n’avait aucune chance de survie. Toute la lame était dans sa gorge et il était cloué au mur. Du sang s’écoulait de se sa blessure et il tentait de retirer le couteau de son corps. J'ai ri avant de m'évanouir en pensant à Daniel et tous ceux qu'on avait envoyé à abattoir.

Je me suis réveillé dans un hôpital, une infirmière à mes côtés. J'ai tenté de bouger, mais elle s'est retournée vers moi et m'a dit de ne pas bouger. Apparemment, ça ne ferait qu’empirer mon état. J’avais envie de parler, mais impossible. Aucune force. Je n’avais de toute façon pas envie de parler. Le lendemain, des flics sont venus me parler. Ils voulaient savoir ce qui s’était passé cette nuit-là. Je leur ai un peu menti... J’ai expliqué ce qui s’est passé durant la nuit, mais je n’ai pas évoqué mon film, ni Daniel, ni n’importe qui étant impliqué dans le projet, et j’ai aussi dit que je n’avais aucune idée de pourquoi ils avaient tenté de m’assassiner. Cependant, je ne pense pas qu'ils aient gobé toute mon histoire.

En fait, j’avais peur que Robert ait survécu à sa blessure. C’est peut-être stupide d’avoir pensé ça, mais je pense que ce n’était pas impossible. Imaginez s’il avait survécu et qu’il avait parlé... Ça aurait été la fin de ma vie. Heureusement qu’il est décédé avant que les flics n’arrivent. J’ai reçu beaucoup d’amour de la part de mes parents et la police a conclu que c’était un acte de légitime défense, même s'ils continuaient à me surveiller et à m'interroger à l'occasion. Ils n’ont jamais pu connaître le mobile, et tant mieux.

Je suis retourné vivre chez mes parents, j’ai continué mes études (en marketing, cette fois-ci) et j’ai dépensé gentiment tout l’argent qui venait de mon film. Tout ce qui me reste qui peut me rappeler cette expérience, c’est ma mémoire et ce fichier nommé monfilm.mp4 sur mon ordinateur portable. Un fichier que je n’ouvrirai plus jamais, mais que je ne supprimerai pas. Daniel y tenait tellement à ce projet. Ce serait le déshonorer de le supprimer.

Pour tout vous dire, je ne m’appelle pas Jérémie, et mon frère ne s’appelait pas Daniel. En fait, tous les noms que vous avez lus sont des faux. Pour ma sécurité, évidemment. Je partage mon histoire anonymement pour ne pas me faire emmerder dans la vraie vie. Je suis un nouvel homme et je pense que partager ce que j’ai sur le cœur me permettra de passer à autre chose.

Maintenant, pourquoi est-ce que j’ai appelé ce film "mon film" pendant tout mon récit alors que j’ai très peu participé au tournage ? Je n’ai fait qu’écrire le script après tout. Si ce film devait appartenir à quelqu'un, c’est bien à mon frère. Eh bien, étant donné que je suis la seule personne encore en vie ayant participé à la production du film, je pense qu’il m’appartient. Et aussi, ça aurait été lourd d’appeler ça "le film de mon frère" pendant toute l’histoire, vous ne trouvez pas ? Mon film, c’est clair, précis et efficace.

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de me lire.

Au revoir.

Màj : Je suis un peu à court de liquide... et je ne sais pas quoi faire. Mes parents refusent de me donner de l’argent. Il faut que je sois indépendant, disent-ils. Foutaises ! Et je n’arrive pas à me trouver un job. C’est vraiment la merde... J’ai ce fichier sur mon ordinateur que j’hésite à mettre en ligne. Ça va me permettre de sortir du trou financier... Votre avis ?



samedi 27 août 2016

Mon film (partie 1)


Avant que vous ne lisiez toute mon histoire, je tiens à préciser que je n’ai aucun regret. Mon film m’a permis d’avoir tout ce que j’ai toujours voulu, c’est-à-dire de la notoriété, de l’argent et des amis. Bref, si, en lisant ce qui va suivre, vous vous demandez si j’ai regretté quelque chose : la réponse est non. Même si j’avoue que j’aurais aimé que mon film ne me vole pas tant de choses précieuses.

Je me présente : Jérémie, 22 ans et passionné de cinéma. J’ai grandi avec des parents aimants et le meilleur grand frère du monde. Mon grand frère s’appelait Daniel, il avait 4 ans de plus que moi et il était très protecteur. Une fois, je m’étais fait racketter à la sortie du collège et je l’ai dit à mon frère. Si vous aviez vu son regard... mon Dieu. Je n’avais jamais vu mon frère énervé comme ça. Il m’a dit qu’il allait régler ça et il est parti. À ce jour, je n’ai toujours pas su ce qu’il avait fait aux personnes qui m’avaient racketté, mais je ne les ai jamais revues.

Je l’aimais beaucoup et je ne m’imaginais pas vivre sans lui. Malheureusement, il est décédé le 26 mai 2014 dans des circonstances étranges. Le légiste a conclu qu’il est mort d’une crise cardiaque, mais je pense, personnellement, qu’il a été assassiné par certaines personnes. Mais j’y reviendrai plus tard.

Il serait peut-être temps de commencer l’histoire.

Tout commence en juillet 2000. J’avais 6 ans et mon frère en avait 10. On s’amusait à filmer absolument tout dans le jardin avec le caméscope de notre père. On filmait des plantes, des écureuils et même les gamins qui passaient en vélo dans la ruelle devant notre jardin. Puis, on a décidé de quitter le jardin et de s’aventurer dans ladite ruelle. Il n’y avait plus rien à filmer dans notre jardin et on commençait à s’ennuyer. Je pense que ne pas prévenir nos parents était une erreur, parce que, pendant qu’on marchait, on a vu une bande de chats errants en train de déchiqueter un oiseau. Ça m’a dégoûté, mais mon frère trouvait ça amusant

Il a commencé à faire des plans vraiment précis sur le volatile et il riait. Je lui ai dit d’arrêter de filmer ça, mais il refusait. Il faut croire qu’il aimait vraiment la vue. Puis, notre mère nous a pris sur le coup. Elle nous a tirés jusqu'à la maison et a commencé à nous engueuler. Je priais pour qu'elle ne regarde pas la vidéo. Évidemment, elle nous a confisqué la caméra et elle est partie voir notre père. Je voyais que mon frère stressait. Lui aussi priait pour que nos parents ne voient pas ce qu’il venait de filmer. Malheureusement, notre père a crié son nom et il a dû s’expliquer. Mes parents lui ont demandé pourquoi il avait filmé ça et il n’avait rien à répondre. On n’a malheureusement plus jamais pu rejouer avec le caméscope de notre père.

Cependant, depuis cette journée, mon frère s'était découvert une grande passion pour le cinéma. J'étais content qu'on partage les mêmes centres d'intérêt, car j'avais envie de passer plus de temps avec lui. On inventait des scénarios de films d'action ou d'horreur, on créait des personnages, on invitait des amis à jouer avec nous. Bref, on voulait travailler dans l'industrie du cinéma. Mon frère m'avait dit qu'on créerait un film très populaire, un jour, et qu'on serait riches. Bizarrement, il avait eu raison sur ce point. Peut-être qu'il voyageait dans le temps.

On allait tout le temps au cinéma avec notre père. C'était vraiment la belle époque. Il nous payait l'entrée, nous achetait du pop-corn et on parlait du film pendant toute la soirée. Si j'ai arrêté d'y aller avec lui, c'est parce que je préférais y aller avec Daniel. Il avait 14 ans et ne voulait plus y aller avec notre père. Il disait qu'il voulait y aller avec ses amis et seulement eux. Ça a déçu notre père, parce qu'il aimait aller au cinéma avec nous, mais il a accepté la décision et il ne nous a plus jamais emmenés voir un film. Ça m'a déçu aussi, car je devais choisir entre mon grand frère et mon père. Ça a été vraiment difficile, parce que c'était les deux personnes que j'aimais le plus au monde, mais j'ai finalement choisi mon frère et ses amis.

Étrangement, les amis de mon frère étaient plus amusants que Daniel lui-même. Sûrement parce que je ne les voyais pas tous les jours et qu'ils ne prenaient pas un malin plaisir à me frapper. Moi et mon frère avions une relation classique : il me tapait et quand j'essayais de lui tenir tête, il me frappait plus fort. Évidemment, je n'aimais pas me faire taper et j'essayais de faire profil bas avec lui, mais il n'y avait rien à faire ! Il me tapait parce que je respirais ! J'ai commencé à me défendre réellement à l'âge de 13 ans et ça a marché. Les mauvais traitements ont diminué peu à peu avant de complètement disparaître. Aujourd'hui, quand je repense à lui durant sa crise d'adolescence, je pense qu'il se faisait tabasser à l'école, mais qu'il n'en parlait à personne. Il revenait à la maison avec des ecchymoses sur les bras et le dos et refusait de dire d'où ils venaient. Je suppose qu'il devait se défouler sur le plus faible de la famille. Enfin, je dis ça, mais ce n'est qu'une hypothèse ! L'origine des ecchymoses reste encore inconnue. Peut-être qu'il avait envie de reproduire les combats qu'il voyait au cinéma à l'école. C'est drôle qu'il ait emmené autant de mystères dans sa tombe.

Un soir, je suis allé au cinéma avec Daniel et un de ses amis. J'avais 14 ans et lui en avait 18 ans. Il voulait donc aller voir un film "porno" au cinéma.

Petit aparté : eh oui, un des cinémas de notre ville diffusait des films pornos, même s'ils étaient, évidemment, "cachés" du grand public. Par "cachés", je veux dire qu'on ne pouvait connaître leur existence que grâce au site Internet du cinéma.

J'ai pu accéder à la salle grâce à deux choses: le fait que les employés de ce ciné étaient tous des flemmards qui regardaient à peine les clients et parce que j'avais l'air d'être beaucoup plus âgé grâce à ma grande taille et à ma voix plutôt rauque pour mon âge.

J'avais hâte ! Sûrement parce que c'était le premier film X que j'allais voir au ciné. Pourtant, il n'y avait rien de bien là-dedans. J'allais voir un film de cul, tout en étant entouré de vieux pervers qui se branlaient dès qu'un sein apparaissait à l'écran. Ça a été une expérience dégueulasse. Imaginez-vous à ma place : vous entrez dans une salle avec une odeur de sperme omniprésente et envahie par des hommes de 40 ans. Je ne pensais vraiment pas que des gens oseraient se branler avec des inconnus à côté d'eux. J'avais un peu peur, pour être honnête.

On s'est assis le plus loin possible de la masse. On avait de bonnes places, hormis le fait qu'il y avait quelqu'un derrière moi qui n'arrêtait pas de gesticuler et de parler tout seul. J'essayais de ne pas y faire attention. Puis, le film a commencé. C'était classique au début : un mec interviewait une fille. Apparemment, c'était une star.

Je ne vais pas vous mentir, j'avais vu pas mal de pornos avant celui-ci et je connaissais pas mal d'acteurs et d'actrices, mais bizarrement, ceux-là je ne les connaissais pas. Puis, à un moment, le mec a baissé son pantalon, a déshabillé la fille sauvagement et lui a fait l'amour. J'ai trouvé cela brusque, mais ça ne m'a pas tant surpris. J'aime quand c'est brusque et inattendu. Cependant, la fille regardait la caméra, les larmes aux yeux. Mon plaisir a commencé à diminuer. Je me suis dit que c'était bizarre. Normalement, les deux acteurs sont contents de baiser. J'avais envie d'en parler à mon frère, mais il semblait captiver.

C'est là que les choses bizarres ont commencé. Sans crier gare, un homme nu, avec un masque de chèvre, est entré dans la pièce. Il avait un crayon et un couteau dans la main. Il a d'abord commencé à dessiner des fleurs et des smileys dans le dos du mec, qui se faisait la fille par-derrière. Puis, avec le couteau, il a commencé à couper là où il avait dessiné. Le mec criait extrêmement fort, mais pas de douleur. Il criait parce que ça lui faisait du bien ! J'allais partir, quand  j'ai entendu des coups derrière moi, comme si quelqu'un frappait des parties de son corps avec sa paume. Je me suis retourné et j'ai vu le vieux derrière moi en train de se masturber.

Non ! C'était trop ! Je suis parti de la salle le plus vite possible. Une fois à l'extérieur, j'ai remarqué un truc choquant : la salle adjacente à celle du film "porno" diffusait un dessin animé pour gamins. Je n'arrivais pas à y croire. Comment un cinéma pouvait mettre un film porno pour vieux dégueulasses à côté d'un film pour gamins insouciants ? Ce ciné était louche.

Mon frère et son ami sont sortis cinq minutes après moi. Je croyais que le film était fini, mais j'entendais des cris vraiment violents dans la salle. Apparemment, eux aussi avaient lâché. Je n'osais pas leur demander ce qu'ils avaient vu après mon départ.

" C'était bien ! '' a dit mon frère pendant qu'on marchait vers sa voiture.

Après cette histoire, il est devenu bizarre.

Il a commencé à me parler de tourner un film. Au début, je n’étais pas vraiment chaud, car il m’avait déjà parlé de cette idée à de nombreuses reprises, mais le projet était abandonné à chaque fois parce qu’il n’avait plus la motivation de continuer. Alors, comme j’ai dit, je n’étais pas vraiment partant, mais il a fini par me convaincre pour je-ne-sais quelle raison. J’imagine que j’avais juste envie de lui faire plaisir.

On a commencé le tournage le 1er juillet 2010 et j’avais 16 ans. Oui, commencer le tournage nous a pris deux ans pour des raisons complètement stupides.

Premièrement, on n’avait pas d’argent. On a donc décidé de faire des choses pas très morales pour en récolter. En gros, on a racketté des gens, on a vendu de la drogue et on prenait un peu d’argent à nos parents quand l’occasion se présentait. On avait aussi chacun un petit job à côté. On était 8 au début, donc ça n’a pas été très long avant d’avoir la somme minimale pour commencer le tournage. Quand je dis que ça n’a pas été long, je veux dire que ça nous a pris deux ans pour récolter 18.000 euros. Pour être honnête, je n’étais pas pour l’idée de racketter, au début, mais c'était nécessaire. C’est ce qui a été le plus lucratif.

Un soir, on se promenait dans un parc à la recherche de notre prochaine victime. Puis, on a vu deux vieux et une jeune adolescente avec eux. C’était parfait. Moi et Daniel, on s'est placés derrière eux au cas où ils tenteraient de fuir, deux étaient cachés à leur droite, deux autres à leur gauche et les deux derniers allaient les attaquer par l’avant. Daniel a donné le signal par un sifflement et on s’est tous rués vers eux. La terreur dans leurs yeux était plutôt plaisante à regarder, mais je ne voulais pas leur faire de "mal". Je dis ça, parce qu’un des vieux se défendait vraiment bien. Il avait vraiment envie de protéger sa femme et sa petite fille d’une bande de jeunes adultes malveillants (je suppose).

Je ne savais pas vraiment quoi faire, parce qu’il était bien trop fort pour nous. Il était capable de péter la gueule de 8 jeunes adultes juste avec ses poings ! Et je rappelle qu’on avait tous des lames. Alors, j’ai sorti ma lame et je l’ai plantée dans son dos. Il a poussé un hurlement de douleur alors que les deux autres étaient horrifiés. Mes amis et mon frère en ont profité pour le ruer de coups pendant que je retenais les deux autres du mieux que je pouvais. On a finalement pu leur voler tout ce qu’ils avaient, c’est-à-dire les bijoux de la vieille, le portefeuille du vieux et le portable de l’adolescente. J’ai repris ma lame et on est partis en courant. J’ai su plus tard que le vieux qu’on avait tabassé était mort. Je ne savais pas quoi en penser, mais j’avais très peur de voir la police débarquer chez moi. Heureusement, ils ne sont jamais venus. Logique étant donné qu'on portait des masques et qu'on avait des gants.

Deuxièmement, peu de personnes voulaient s’associer à nous, parce qu’on voulait tourner un film horreur-porno. Un snuffmovie, en gros. Vous vous demandez sûrement pourquoi on voulait tourner ce genre de film, eh bien la réponse est très simple : ça attire beaucoup de gens. Quand on était allés voir le film "porno" au cinéma, Daniel avait été surpris par le nombre de personnes qui s’étaient déplacées uniquement pour voir ça. Alors, il a supposé que ça attirerait plus de gens s’ils n’avaient pas à payer quoi que ce soit, s’ils n’avaient pas à se déplacer et s’ils n’avaient pas besoin d’être entourés d’inconnus pendant leur petite branlette. Son plan m’avait surpris, car il était très futé.

Mais comme je l'ai dit précédemment, le plus dur a été de trouver des personnes consentantes pour être devant ou derrière la caméra. Ça nous énervait, mais on s’y attendait. Quelle personne normale allait accepter de tourner dans un tel film ? On ne voulait surtout pas simuler les actions du film. En gros, on voulait que les réactions des acteurs soient naturelles et ne fassent pas partie d’un script. En fait, trouver des personnes derrière la caméra était plutôt facile puisqu'ils n’allaient pas se faire mal. Cependant, on n’a pu trouver que 5 acteurs pour faire des trucs assez malsains.

Puis, j’ai proposé à Daniel d’envoyer des gens de derrière la caméra devant la caméra sans leur dire et de dire à de potentiels acteurs qu’ils allaient tourner dans un film normal. Il s’est senti stupide de ne pas avoir pensé à cela plus tôt et a fait ce que j’ai dit. Il m’a surpris lors de cette journée. Je veux dire que je m’attendais plutôt à le voir rigoler au lieu de vraiment appliquer mes conseils. J’avais proposé cette idée pour rigoler, mais apparemment elle a vraiment été décisive pour la suite du tournage du film.

On engageait de jeunes adultes et on leur disait qu’ils allaient tourner dans un petit film porno amateur. On leur montrait un faux script que j’avais moi-même écrit et la plupart acceptaient l’offre et on leur faisait signer un contrat de confidentialité (ils ne devaient pas parler du film à qui que ce soit avant sa sortie). C’était évidemment malhonnête et illégal, mais on n’en avait rien à foutre. Ce film allait peut-être nous rendre riches ! Et comme dirait un certain Machiavel : la fin justifie les moyens.

Mon frère, avant que le tournage ne commence, m'a forcé à regarder beaucoup de snuffmovies. Il voulait que je sois habitué à la vue du sang et des morts. Au début, je n'étais pas consentant, mais, je n'ai pas eu le choix. J'ai donc dû regarder des gens se faire torturer/tuer/violer sur un écran. Vous avez déjà vu Orange Mécanique ? Si oui, eh bien, j'ai reçu le même traitement qu'Alex, mais les effets étaient inverses. J'ai fait énormément de cauchemars durant cette période et je dirais que c'est depuis ce moment que je suis devenu insensible à la souffrance des gens. Tous les jours, je voyais des gens se faire massacrer. Je les voyais me supplier de les aider et j'étais impuissant face à cela. Je savais que rien ne se passait en direct et que la plupart d'entre eux étaient des fakes, mais ça me touchait profondément. Au fur et à mesure que les jours passaient, j'ai commencé à comprendre que je ne pouvais sauver personne. Je les ai donc regardés se faire tuer et, bizarrement, j'y ai pris goût. Je ne pourrais pas dire pourquoi, mais la vue du sang ne me dérangeait plus et était même plutôt plaisante.

On était 22 à travailler sur le film. On n’avait pas encore fixé de nom à ce moment-là. On a tourné la toute première scène le 1er juillet 2010 et je me rappellerai toujours de cette journée.

Daniel est venu me réveiller à 6h30 du matin pour aller au studio. Je me suis levé laborieusement et nous y sommes allés. On est arrivés à 7h15 et deux "techniciens" étaient en train de monter le plateau. Je mets "techniciens" entre guillemets, parce qu’ils étaient en fait des acteurs cachés. Mon frère et moi avions élaboré un plan pour les mettre dans le film sans qu’ils le sachent. On les a salués et on les a aidés à monter le reste. Le plateau de tournage de la journée ressemblait à une espèce de cave abandonnée avec deux chaises placées au milieu. Je vous laisse deviner à qui étaient réservées les chaises. Il y avait aussi une porte dans le fond du plateau.

À 8h00, on avait fini et les autres qui étaient dans le coup avec nous sont arrivés. Les deux "techniciens" se demandaient pourquoi les acteurs n’étaient toujours pas arrivés. C’était le moment. Mon frère et moi nous sommes jetés sur l’un d’eux et deux autres personnes ont foncé sur l’autre. Ils ne comprenaient pas ce qui était en train de se passer et ils criaient. Je dois avouer que les cris me faisaient très mal aux oreilles, je me suis alors dépêché de mettre un bâillon dans la bouche de celui que Daniel tenait. Puis, je lui ai mis un sac sur la tête et l’ai jeté sur une des chaises. Des personnes ont attaché l’autre acteur à l’autre chaise et d’autres personnes sont venues nous aider à attacher le premier acteur. Ils n’arrêtaient pas de gémir et de gesticuler. J’avais peur qu’ils gâchent la scène en faisant tomber la chaise, mais Daniel avait eu l’idée de les visser au plancher. Décidément, mon frère était vraiment futé.

"Placez-vous !" a ordonné Daniel en allant se placer derrière une des caméras.

Tout le monde se dirigeait vers un endroit du plateau... sauf moi. Mon frère m’avait seulement dit d’observer et d’apprendre. J’étais un peu dégoûté de ne pas plus participer au film.

"Action !" a crié Daniel quand tout le monde a été à son poste.

La première scène du film allait être tournée et j’avais hâte de voir de quoi ça aurait l’air.

Frédéric, un homme de trente ans plutôt costaud qui avait accepté de tourner plusieurs scènes, est entré par la porte située derrière les deux chaises. Les deux acteurs étaient en train de gémir et c'est exactement ce qu'on voulait qu'ils fassent.

Frédéric était torse nu, il portait un pantalon marron et des souliers noirs. Il avait aussi une paire de ciseaux recouverte de faux sang dans la main. Il s'est approché lentement des deux prisonniers et s'est accroupi juste à côté de l'un d'eux. Il s'appelait Vincent. Frédéric était en train de sentir Vincent, comme un animal qui sent sa bouffe avant de la manger. Puis, en une fraction de seconde, il s'est placé derrière sa victime en retirant le sac de sa tête et a commencé à jouer avec ses cheveux. Vincent recommençait à gesticuler, mais Frédéric lui a ordonné sèchement d'arrêter. Ensuite, comme écrit dans le vrai script, il commençait à couper les cheveux de Vincent. Frédéric était clairement en train de profiter de ce moment. Il a porté plusieurs mèches de cheveux à ses narines et les a respirées de toutes ses forces. Puis il a décidé de les mettre dans sa bouche.

Tout le monde sur le plateau était étonné et légèrement écœuré par cet acte, parce que ce n'était pas dans le scénario et aussi parce que les cheveux de Vincent étaient gras et recouverts de pellicules. Cependant, on a tous trouvé ce moment parfait pour cette scène ! On voulait rendre le spectateur mal à l'aise et manger des cheveux et en tirer du plaisir était très clairement quelque chose de malsain. Frédéric a eu beaucoup de mal à avaler les mèches de cheveux. Il avait beaucoup de spasmes, il n'arrêtait pas de faire des bruits étranges avec sa gorge, il allait parfois fourrer ses doigts au fond de sa gorge pour extraire quelques mèches et il a même un peu vomi sur le crâne de Vincent.

Après ça, Daniel a crié "COUPEZ" et tout le monde s'est mis à applaudir la performance de nos acteurs. Ils avaient vraiment fait du bon travail. Cependant, on ne savait pas quoi faire des deux "prisonniers". Étant donné qu'on ne les avait pas tués dès la première scène, il fallait les garder en vie quelque part en attendant que leur scène finale arrive. On les a donc gardés dans une pièce sans fenêtre du studio et on les nourrissait deux fois par jour. Vincent est celui qui nous a causé le plus de problèmes, car sa scène finale était à la fin du film et il était le plus agité de la bande. On a donc dû le tabasser avec des barres de fer à de nombreuses reprises pour qu'il se calme. J'ai même porté un coup très violent sur sa tempe et ça a failli le tuer. Depuis ce jour, Daniel m'a interdit de retourner voir nos "prisonniers".

On a enchaîné les tournages et on a tout terminé au bout de presque un mois.

Avant de continuer l’histoire, je vais vous raconter le scénario et vous détailler la scène finale.

C’est une histoire de snuffmovie classique. Enfin, je dis classique pour aujourd’hui. À l’époque, il n’y avait pas énormément de films de ce genre sur Internet. Il y en avait quelques-uns, mais au moins 95% étaient des fakes. Le nôtre est réel. C’est ce qui le rendait différent des autres. Le film parle du psychopathe Dave Smith (Frédéric dans la vraie vie) qui décide de changer de vie et de devenir quelqu'un de normal. Il décide de se trouver un travail, mais son côté dangereux prend le dessus et il se surprend en train de commettre des meurtres, de la torture et des viols.

Le 22 septembre 2010, la scène finale du film avait été tournée et on allait commencer le montage.

Durant la scène finale, on voit Frédéric en train de parler à un des acteurs. L’acteur croyait qu’il allait juste parler à Frédéric durant la séquence et, qu’à la fin, ils allaient se réconcilier. En gros, il croyait qu’ils allaient régler un conflit que j’avais créé dans le faux script. Par contre, Frédéric avait reçu un scénario complètement différent. Frédéric devait, au début, parler calmement à Samuel (le comédien), puis commencer à hausser le ton jusqu'à lui hurler dessus.

On voyait bien que Samuel ne comprenait pas, car, dans son script, Frédéric devait se calmer au fur et à mesure de la discussion.

Mais dans le vrai script, Frédéric, après avoir hurlé sur Samuel de toutes ses forces, devait se jeter sur lui et le ruer de coups de poing au visage. Étant donné que Frédéric était beaucoup plus costaud que Samuel, il n’a eu aucun mal à lui casser la gueule. Ensuite, après qu’il ait bien amoché Samuel, Frédéric devait lui crever les yeux. Les deux étaient en train de hurler. L’un criait à cause de la douleur et l’autre pour le plaisir. Après, Frédéric devait s’emparer d’un couteau et devait lui planter dans la gorge. S’ensuivait alors un gros plan sur le visage du mort et un générique avec de faux noms. Samuel représentait le côté psychopathe du personnage principal. Donc, à la fin, Dave devient une personne normale. Une happy-end dans un snuffmovie !

Comme dit précédemment, on n’a pu engager que 5 acteurs qui savaient qu’ils allaient tourner dans un snuffmovie et 8 autres qui ne savaient pas dans quoi ils s’étaient embarqués. En plus, on a dû  les piéger en écrivant de faux scripts pour les 5 acteurs consentants afin de pouvoir les tuer. Ça m'aurait étonné qu'ils acceptent de mourir devant la caméra. Et, pour éviter les soupçons des autres acteurs et des techniciens, on les faisait venir au plateau seulement une fois et on les empêchait de se voir entre eux. Par exemple, si un des techniciens/acteurs devait venir au studio pour installer la lumière, il ne sortirait plus du plateau jusqu'à ce que sa scène finale soit tournée. En d’autres termes, jusqu'à sa mort. Tous les acteurs, excepté Frédéric, et presque tous les techniciens, sont morts devant la caméra. Voici une liste de ceux étaient encore vivants à la fin du tournage :

-Jérémie (moi-même)
-Daniel
-Frédéric
-Rémi (une des 8 personnes initiales)
-Nicolas (une des 8 personnes initiales)
-Quentin (une des 8 personnes initiales)
-Oscar (une des 8 personnes initiales)
-Sébastien (une des 8 personnes initiales)
-Guillaume (une des 8 personnes initiales)
-Robert (Monteur vidéo)

Robert, un des amis de Daniel, s’est occupé du montage et je dois avouer que son apparence était plus que repoussante. Il était grassouillet, avait de long cheveux gras attachés en queue de cheval et il suait tout le temps. Enfin, je dis ça, mais il était très gentil et il était EXTRÊMEMENT habile avec les montages. Il a tout terminé au bout d’une semaine et, apparemment, il avait très peu dormi. Je dis "apparemment", car c’est une supposition. De grosses cernes apparaissaient sous ses yeux depuis qu’il avait commencé le montage.

Après réflexion, je crois que Robert avait des cernes car il n’arrivait plus à dormir. Je suppose qu’après toutes les horreurs qu’il a dû voir en faisant le montage, le sommeil ne venait pas. Ce qui est compréhensible. Si j’étais quelqu'un avec une bonne santé mentale et que je devais travailler avec des psychopathes meurtriers, je n’arriverais sûrement pas à dormir. Même si je parle de "psychopathe meurtrier",, je ne me considère pas comme tel. Je pense plutôt que ma façon de voir les choses est différente de la vôtre.

Au début, je ne lui faisais pas confiance. J’avais peur qu’il aille contacter la police et qu’on ne puisse pas terminer le film. Après tout, il travaillait pour nous, c'est-à-dire qu’il était notre employé. Et vu comment ont fini nos anciens employés, j’aurais trouvé ça normal qu’il ait eu peur pour sa vie et qu’il ait contacté la police. Malgré tout, il ne l’a pas fait et ça m’a un peu surpris. Sûrement parce que lui et Daniel étaient "amis". Vous comprendrez pourquoi je mets "amis" entre guillemets.

Tant qu’on est dans le sujet des morts choquantes, je vais vous décrire 3 morts qui m’ont marqué.

La première à mourir était une jeune adulte d’environ 19 ans en recherche désespérée d’attention. Alors, pour que des gens la remarquent, elle a décidé de tourner dans notre film. Évidemment, elle croyait qu’elle allait tourner dans un film porno et elle ne s’attendait pas du tout à ce qui l’attendait. Elle est arrivée au studio trois jours après le début du tournage. Dans son scénario, il était écrit qu’elle devait faire une fellation à Dave (Frédéric). Elle s’attendait sûrement à tomber sur un mec de son âge, mais quand elle a vu qu’elle devait sucer un homme de 30 ans, elle a regretté son choix et a voulu quitter le studio. On s'est arrangés pour qu'elle ne puisse pas.

Quelques amis se sont jetés sur elle et lui ont attaché les poignets. Ensuite, ils lui ont injecté une espèce de sédatif pour qu’elle arrête de se débattre. Puis, quand elle a été assez assommée, Frédéric a pris un malin plaisir à la découper en morceaux. Puisque c’était la première fois que je voyais une personne mourir d’une manière aussi horrible devant moi, je ne me sentais pas très bien. Mais puisque je ne voulais pas décevoir mon frère ou paraître faible devant mes amis, je suis resté et j’ai regardé les derniers instants de la vie de cette fille qui ne cherchait que de l’attention.

La deuxième mort qui m’a le plus marqué était celle de l’acteur qui s’était fait couper les cheveux par Frédéric lors de la première scène. On est revenus le chercher vers la fin du tournage. Il était l’avant-dernier à mourir. La scène commence avec un plan d’ensemble de la pièce (cave abandonnée) avec Vincent assis sur une chaise vissée au sol. La seule différence avec la première scène, c'est qu'il est seul. Frédéric rentre par la porte arrière et s’approche de lui. Il lui arrache ensuite le sac de la tête et lui lèche la joue droite passionnément. Cela dure environ 1 minute. Puis, il déchire le chandail de sa victime et attrape un couteau placé sur la chaise vide à côté de lui. Il commence ensuite à découper de gros morceaux de chair de sa victime et rigole. L’acteur ne pouvait pas crier, car il avait un bâillon dans la bouche. Ensuite, avant de l’achever, Frédéric lui coupe les deux mamelons et lui tranche la gorge.

La mort que je n'oublierai jamais est celle d’un dénommé Paul. Pour être honnête, le voir mourir m’a vraiment fait mal, car je l’appréciais beaucoup. Quand on l’a rencontré pour lui parler du film, il était très drôle et très sympathique. Je le trouvais tellement sympa que je lui ai donné mon numéro et on se parlait au téléphone. On se voyait à l’extérieur et on était devenus potes. J’avais oublié le fait que c’était un acteur condamné à mourir dans mon film. Je n’ai pas parlé de cette amitié à mon frère, parce que j’avais peur qu’il me renvoie du tournage du film. Alors, comme je ne pouvais pas trahir mon frère en disant à Paul qu’il allait mourir dans le film, j’ai refait le script pour lui donner une mort rapide. Mais mon frère s’en est rendu compte et l’a réécrit. Et il n’y est pas allé de main morte...

Je me suis rendu au studio, mélancolique, et je me suis assis à ma place habituelle : une petite chaise à côté de la caméra qui faisait un plan d’ensemble. Généralement, c’était Daniel qui l’utilisait. Daniel était arrivé plus tôt que d’habitude et avait monté le plateau avec deux autres personnes. Paul allait mourir dans une cuisine.

Dans le script que j’avais écrit, Paul devait nettoyer le lavabo et Frédéric arriverait par-derrière et lui planterait une hache dans le dos avant de le décapiter. Elle était censée durer une minute. Malheureusement, comme je l’ai dit plus haut, Daniel a retouché cette scène d'A à Z.

Environ 15 minutes après mon arrivée, Frédéric est arrivé. Pour la première fois depuis le début du tournage, il m’a dégoûté. Je n’arrivais pas à croire qu’une personne aussi sympathique que Paul allait se faire tuer d’une façon aussi ridicule. En fait, c'était ce projet qui me dégoûtait. On avait peut-être déjà tué des gens aussi sympathiques que Paul. Je commençais à nous considérer comme des malades mentaux.

Quand j’ai entendu Paul entrer dans le studio, je me suis levé brusquement. Je devais voir une dernière fois son visage. Cependant, Daniel savait que j’allais faire ça. Il a donc envoyé deux mecs devant la porte pour l’attendre. Donc, quand Paul est entré, il s’est fait accueillir par un coup dans le visage et un autre dans le ventre. J’ai crié à ces deux personnes d’arrêter, mais Daniel m’a fait taire. C’est là qu’il m’a dit qu’il avait changé le scénario. Je ne comprenais pas, je voulais juste revoir une dernière fois mon ami. Mais ils lui avaient mis un bâillon dans la bouche et un sac sur la tête. Ils l’ont ensuite emmené dans la cuisine et l’ont laissé là. Je ne pouvais rien faire pour le sauver. Je suis donc resté assis sur ma chaise comme un con à regarder un de mes amis mourir.

Quand Daniel a crié "ACTION", Frédéric est arrivé dans la cuisine avec un couteau de boucher dans la main. Il s’est approché de Paul et lui a enlevé le sac de la tête. Quand j’ai vu son regard terrorisé croiser le mien, j’ai eu l’impression de m’être fait poignarder le cœur. Il s’est ensuite approché de son oreille et lui a chuchoté quelque chose dans l’oreille. Après ce chuchotement, des larmes ont commencé à couler des yeux de Paul. Je n’ai su qu’après sa mort ce que Frédéric lui avait dit.

Puis, Frédéric lui a attrapé le bras droit et a commencé à l’écorcher vif. Paul tentait de se débattre en frappant le bras de Frédéric avec son bras gauche, mais Frédéric a sorti un long clou rouillé de sa poche, a immobilisé le bras gauche de Paul contre le sol et a rentré le clou dans sa main. Le bâillon l’empêchait de crier, mais la douleur dans ses yeux était bien visible. Frédéric a continué d’écorcher le bras droit de Paul jusqu'à ce qu’il n’y ait plus de peau. Quand ça a été fini, il a sorti un autre clou rouillé de sa poche et l'a rentré dans la main droite de Paul. Ensuite, il s'est défoulé le bras gauche de Paul. Je me sentais tellement mal...

Il a continué à le torturer pendant au moins 5 bonnes minutes avant de l’achever en lui écrasant la tête avec un extincteur accroché au mur. Je ne vous décrirai pas les autres méthodes qui ont été utilisées pour le torturer, parce que ça serait beaucoup trop long et que ça me dégoûte encore d'en parler. Oui, ça fera bientôt six ans que le tournage s’est terminé, mais j’ai l’impression que les plaies ne se fermeront jamais. Surtout avec la mort de mon frère.


jeudi 25 août 2016

Ne vous arrêtez jamais de tourner

Mes recherches infructueuses ont duré trois semaines. Je tombe enfin sur votre site. Je ne suis pas très bon en informatique et dans la logique des choses, à cause de ces événements sortant de l’ordinaire, j’aurais dû d'abord me renseigner sur ce qu’abritait le deep web. Je poste ce message ici, dans la section réservée à l’histoire des objets étranges. À ma grande surprise, je constate que d’autres objets de ce type existent. En parcourant les commentaires, j’apprends que certains ont vécu des phénomènes similaires aux miens. Pour ma part, ça s’est très mal fini.  

Qui a fabriqué cette boîte à musique ? Le diable ? Ses suppôts ? Des esprits vengeurs ? Un sadique aux pouvoirs surnaturels ? À qui appartenait-elle avant que je la retrouve dans ma boîte aux lettres ? Ce sont des questions que je me pose toujours, des questions que je partage avec vous. J’espère que les plus sérieux d’entre vous y répondront.

Voici cette histoire qui s’est déroulée le mois dernier. Elle sera la plus détaillée possible pour que vous compreniez tout ce qui s’est passé. Je m’excuse à l’avance si vous trouvez mes réactions inappropriées, trop exagérées ou trop peureuses, si je n’ai pas fait les bons choix. Mais vous, qu’auriez-vous fait dans de pareilles circonstances ?

Il y a un mois, en rentrant du travail, j’ai trouvé un colis dans ma boîte aux lettres. Pas de nom, pas d’adresse. Des notes rouges de musique étaient gravées sur chaque côté de ce colis. Elles étaient à l'envers. Un court instant j’ai songé à l’apporter au voisin pour lui demander s’il n’avait pas commandé un truc en rapport avec la musique. Et puis je ne sais pas, j’étais curieux de savoir ce qui se trouvait à l’intérieur. Ça pesait son petit poids. Je me persuadais aussi que le facteur ne pouvait pas s'être trompé d'adresse.

Après avoir dîné, il devait être 21 heures quand j’ai décidé d’ouvrir le paquet. Je me suis assis sur le canapé du salon et j’ai retiré le scotch marron du carton. À l’intérieur, sur les billes blanches en polystyrène, j’ai trouvé une vieille carte jaunâtre, tachée de minuscules points rouges. L’écriture noire était fine et penchée. Le style était désuet, vieillot. On écrivait plus comme ça depuis au moins un siècle. C’était marqué « Ne vous arrêtez JAMAIS de tourner ». J’ai eu la réaction typique du mec qui ne comprend rien, j’ai haussé les épaules avant de plonger ma main entre les billes blanches.

Une boîte à musique... Je l’ai trouvée particulièrement belle. Le vernis qui recouvrait le bois d’acajou me renvoyait mon regard admiratif. La boîte ressemblait à un piano. J’ai soulevé le couvercle et j’ai découvert sur la partie gauche un cylindre en laiton garni de pointes métalliques et sur la droite, un mécanisme surmonté d’un plateau vert gazon. Dessus, trois minuscules personnages formaient un cercle. J’ai approché la boîte pour mieux les distinguer ; j’ai été surpris quand j’ai vu une grande silhouette qui ressemblait à un porc-humain courir avec une hache de boucher derrière une petite fille. La bouche grande ouverte, les bras en avant, la fillette s'enfuyait. Aussi étrange que les autres personnages, un homme était allongé sur le gazon et avait l'air de se taper le front.

Inutile d'expliquer que j’ai trouvé ça étrange et glauque. Morbide même. J’ai retourné la boîte pour découvrir la manivelle cuivrée qui actionnait le mécanisme. En me disant que ce n’était qu’une vulgaire boîte de musique, j’ai serré la clé entre le pouce et l’index et, au moment de tourner, mon regard s’est posé sur la carte : « Ne vous arrêtez JAMAIS de tourner ». Tourner quoi ? La clé ? Moi-même ? J’ai de nouveau haussé les épaules puis des sons m’ont troublé. C’étaient de grosses mouches vertes, dégueulasses, qui sortaient du colis et qui s'étaient mises à voler nerveusement autour de moi. Certaines se posaient sur la carte, d’autres sur mes mains. À plus de 40 ans, et après avoir visionné des milliers de films d’épouvante durant ma vie, je n’étais pas du genre trouillard, mais cette coïncidence m’a un peu troublé. Je vis seul, la télé était éteinte et le salon était plongé dans un silence entrecoupé du son nerveux des mouches. J’ai senti des frisons parcourir mon échine dorsale. C’est la première fois qu’un truc aussi étrange m’arrivait. On se fait vite des idées quand on est seul. Pour me raisonner, je me disais que j’étais dans la vraie vie et que rien de surnaturel n’était jamais arrivé dans ce monde. Pourtant, j'ai été incapable de tourner la clé. Alors je me suis dit que demain, à la lumière du jour, ce serait très bien pour écouter le son de cette charmante boîte à musique.

Au moment de refermer son couvercle acajou, d’infimes mouvements ont attiré mon regard. Bien que cela soit impossible, sur le plateau vert gazon, j’ai eu l’impression que les jambes de ces petits personnages n’étaient pas fixées sur la pierre. Au contraire, deux semblaient avancer ! Non, pas avancer, mais courir ! Oui, j’avais l’impression que l’homme-porc courait derrière la petite fille avec sa hache de boucher. Le téléphone fixe a sonné. J’ai sursauté. La boîte m’a échappé des mains et elle est tombée sur le carrelage. Une suite de trois notes a jailli du choc. Trois notes discordantes, deux notes très aiguës et une très grave. J’ai frissonné jusqu’à entendre la voix de ma sœur dans le combiné téléphonique que je venais de décrocher. Elle me rappelait le dîner de demain soir. Ah, les femmes, comme si j’allais oublier ! Enfin ce soir-là, j’aurais donné cher pour avoir une présence féminine à mes côtés, très cher même... J’ai ramassé la boîte, et sans m’assurer si elle était intacte ou non, je l’ai posée sur la petite table du salon. Puis je suis monté à l’étage me coucher.

Alors que je commençais à m’endormir, j’ai senti quelque chose sur mon front. D’un réflexe je l’ai écrasé. J’ai allumé la lampe de chevet et j’ai regardé ma main : une mouche gisait au creux de ma paume. Du sang entourait le cadavre. C’était dégueulasse. J’ai été me nettoyer les mains dans la salle de bains qui se trouve à côté de ma chambre. Puis je suis allé me recoucher, à la fois écœuré et fatigué d’une journée de dur labeur.

Des notes de musique m’ont réveillé en pleine nuit. C’était assez fort, très discordant. Je frissonnais de la tête aux pieds. J’avais l’impression que la boîte se trouvait sur mon lit. C’était si proche. J’ai rallumé la lumière. Pas de boîte, seulement ce son discordant et répétitif. C’était horrible, glacial, obsédant. Je me suis levé, j’ai descendu les marches de l’escalier, le regard rivé sur le salon baigné dans une pâleur crépusculaire.

La boîte à musique était toujours posée sur la petite table. Le son était fort, trop fort pour la taille de cet objet. J’avais l’impression de me trouver au cœur d’une église à écouter un orgue désaccordé. J’ai frémi quand j’ai vu que le couvercle était ouvert. Je ne me souvenais pas l’avoir laissé ouvert. Il n’était pas ouvert quand je suis monté me coucher ! Et plus je m’avançais vers cette boîte, plus j’avais l’impression que les minuscules personnages bougeaient sur le plateau. Ça tournait en rond au son de cette horrible musique. J’étais transi de froid, une sueur glacée coulait le long de mes tempes. J’arrivais pas à analyser et je me demandais si je n’étais pas en train de faire un cauchemar.

J’avais oublié de fermer les volets en montant me coucher. Un grand rayon de lumière pâle passait à travers la fenêtre et se reflétait sur la boîte. Elle brillait d’éclats rouge vif comme le sang et les personnages du plateau semblaient luminescents, entourés d’un halo spectral.  

J’entendais mon cœur cogner dans mes tympans. Je n’avais qu’une idée : détruire cette maudite boîte. La carte était posée à côté et brillait du même éclat sang que la boîte. L’écriture luminescente semblait flotter au-dessus et répétait « Ne vous arrêtez JAMAIS de tourner ». Mais une seconde phrase a failli me faire hurler de terreur : « ou IL VIENDRA ».

Le salon était proche de l’entrée. J’avais accroché un miroir dans le couloir qui menait à ce salon. La musique s’est subitement arrêtée. Le miroir a produit un craquement, comme si on marchait sur du verre brisé. Mon regard a obliqué vers lui. Le miroir tremblait comme si quelqu’un le frappait de l’intérieur. Il n’y avait plus que cet horrible son dans la demeure. Ça frappait, ça frappait fort. Puis j’ai vu un reflet argenté. Je ne sais pas pourquoi, j’ai aussitôt relié ce reflet à la hache de boucher que tenait figurine de l’homme-porc. J’ai hurlé comme une fillette et j’ai fait la seule chose qui me soit passée par la tête : j’ai claqué le couvercle de la boîte, j’ai ouvert la fenêtre du salon et je l’ai jetée aussi loin que je pouvais. Puis je me suis lentement retourné vers le miroir... Je n’y ai vu que l’ombre de mon manteau accroché sur le mur d’en face. J’ai poussé un petit rire nerveux...

Je ne sais pas combien de temps je suis resté assis sans bouger un ongle sur le canapé. J'avais du mal à m'en remettre. Mon regard alternait entre ce miroir, la fenêtre, et la petite table où traînait le colis ouvert. Atterré, sans doute choqué, j’ai émergé quand j’ai entendu la forte sonnerie de mon radio-réveil là-haut, dans ma chambre. Je me suis frotté les yeux ; la lumière du jour avait envahi le salon et le bourdonnement des mouches vertes avait repris. J’ai alors fait une chose dingue à 5 heures du mat : j’ai été chercher un torchon dans la cuisine puis je les ai toutes écrasées. J'ai dû en tuer une bonne cinquantaine. À un moment, j’ai réalisé que j’allais être en retard au boulot et je me suis rapidement changé sans me raser (ça ne m’était jamais arrivé). En partant, j’ai pris le carton et je l’ai balancé dans la poubelle du voisin qui se trouvait sur le trottoir...

Je suis rentré plus tôt pour préparer le repas avec la famille de ma soeur. Ma journée s’était très mal passée, je n’ai pas arrêté de faire des erreurs au travail. Sans doute à cause de la fatigue, sans doute aussi à cause de cette phrase que mon cerveau répétait sans cesse : « Ne vous arrêtez JAMAIS de tourner ou IL VIENDRA». Qui viendra ? Et qu’est-ce qui ne devait pas s’arrêter de tourner ? Moi ? La clé ? Je me rassurais en me disant que si c’était la clé, je ne l’avais pas tournée. Et puis pourquoi cette maudite boîte à musique avait-elle atterri dans ma boîte aux lettres ? Pourquoi la mienne ?

Une odeur de brulé m’a sorti de mes interrogations. C’était le repas. Complètement cramé. J’ai dû aller chercher des pizzas. Sur le chemin du retour, je me demandais où avait atterri la boîte à musique, si elle avait franchi la haie de thuyas qui séparait mon jardin de celui du voisin.

Garée sur le trottoir devant chez moi, la voiture de ma sœur m’a empêché d’aller vérifier. Dans un certain sens, c’était mieux ainsi, car je préférais imaginer que cette boîte avait atterri chez le voisin et que son pitbull l’avait broyée en mille morceaux.

Pendant le dîner mon beau-frère faisait une tête d’enterrement. Il était mal rasé et des cernes noirs élargissaient ses yeux. Ma sœur m’en a parlé discrètement dans la cuisine et m’a dit que la boucherie dans laquelle il travaillait venait de faire faillite. Ils l'avaient licencié la semaine dernière. Depuis il était déprimé et passait son temps à découper toutes sortes de choses avec sa hache de boucher. J’ai frissonné en repensant au personnage de la boîte à musique. Elle m’a dit qu’elle laissait à son mari une semaine pour aller voir un psy ou elle le quitterait. La suite du repas s’est déroulée assez normalement et juste avant le dessert, j’ai offert à ma petite nièce son cadeau d’anniversaire et de Noël puisque j’avais quatre mois de retard. Comme d’habitude...

Mort de fatigue, je me suis couché aussitôt après le départ de mes invités. Pourtant je n’ai pas réussi à trouver le sommeil tout de suite. Mes pensées vagabondaient sur les incidents de la nuit dernière, sur la boîte à musique, sur ce son effrayant et discordant, sur la carte, sur le visage inquiétant de mon beau-frère. La carte ? D’ailleurs où était cette carte puisqu’il ne me semblait pas l’avoir jetée avec le colis ? Puis je me suis dit qu'elle était dedans, que la boîte à musique était en charpie et que ses débris avaient été jetés par le voisin. Je me suis persuadé que tout ça était derrière moi, que ma petite vie de célibataire allait reprendre son cours normal. Quand, au moment de m’endormir, les trois notes discordantes ont commencé à se faire entendre, en bas, juste en bas, dans le salon.

Ma peur a cédé la place à la fureur. Je me suis précipité dans le couloir et j’ai dévalé les escaliers en hurlant. Je ne sais toujours pas après quoi je hurlais. Peut-être pour atténuer le son des notes qui s’était accéléré et me vrillait le crâne. J’ai aussitôt vu la carte sur la table. Sans pouvoir la lire, je voyais cette maudite phrase s’inscrire devant mes yeux « Ne vous arrêtez JAMAIS de tourner ou IL VIENDRA ».

La musique s’est soudainement arrêtée. IL EST LÀ ! Je ne sais pas si je l’ai lu, ou inventé. Mais je l'ai senti comme j'ai senti mon cœur cogner dans ma poitrine. J’ai entendu le crissement du verre pilé. J’ai aussitôt regardé vers le miroir. Et ce que j’ai vu me hantera jusqu’à la fin de ma vie...

Une grande silhouette humaine, assez maigre, avec une tête de porc courait derrière une petite fille. Soudain des cris ont transpercé le salon, des cris inhumains. J’ai vu l’éclat de la hache de boucher avant qu’elle ne s’abatte sur la tête de sa petite victime. J'ai vu une partie de sa tête tomber avant que le corps désarticulé ne s’affale. L’homme-porc s’est aussitôt jeté sur ce corps. Des grognements, des bruits de mastication, des craquements d’os ont envahi le salon. C'était si intenable et irréaliste que je me suis évanoui...

Au petit matin, la sonnerie du téléphone fixe m’a réveillé. J’ai décroché. C’était ma sœur. Elle était en larmes, elle arrivait à peine à s’exprimer. Entre ses sanglots, j’ai compris que ma petite nièce avait disparu. J’ai aussitôt regardé vers le miroir. Mon manteau s’y reflétait. Un court moment, je me suis demandé ce que je foutais là, dans le salon, avant de voir la carte de la boîte à musique posée de travers sur la petite table. Un sentiment atroce m’a alors traversé l’esprit, un sentiment de culpabilité. Malgré ses pleurs, j’ai compris que mon beau-frère avait été emmené par la police. Apparemment il avait été retrouvé en état de choc, nu, le corps couvert de sang, une hache de boucher à la main, assis sur le capot de sa voiture. La communication s’est subitement coupée.

J’étais en état de choc. J’ai sursauté quand le combiné téléphonique a frappé le carrelage du salon. Dans ma tête, aux sanglots de ma sœur se mêlaient les hurlements de la fillette du miroir. Mon inconscient avait relié les deux. Mais j'avais l'espoir que tout ça soit encore rationnel et que ma nièce soit toujours vivante. Dans un état second, poussé par une intuition morbide, j’ai ouvert la porte d’entrée et, pieds nus, j’ai marché sur la pelouse du jardin. J’ai contourné la façade arrière puis j’ai aperçu la fenêtre par laquelle j’avais jeté la boîte à musique. Quand je me suis approché, le pitbull du voisin s’est mis à gueuler de l’autre côté de la haie de thuyas.

Je n’ai rien vu sur la pelouse. Je commençais à être soulagé, je me disais que le clebs avait détruit la boîte. À plat ventre, j’ai quand même fouillé le sol de terre et de feuilles mortes avec mes mains, au cas où la boîte serait entre la haie et le grillage. Puis je l’ai vue là, entre deux branches, la peluche de la petite. Elle s’était plainte de l’avoir perdue, mais elle avait dit qu'elle avait trouvé quelque chose de mieux. Personne n’y avait prêté attention, personne. Alors j'ai roulé sur le dos et sans le vouloir, j’ai fait ce geste, le même que le petit personnage sur le plateau de la boîte à musique, je me suis tapé le front...

Voilà, vous connaissez toute l’histoire. Si quelqu’un a vécu des faits similaires et connaît l’origine de cette boîte, il peut répondre en bas ou en MP. Enfin, si vous découvrez un colis avec des notes de musique dans votre boîte aux lettres, donnez-le au voisin.


dimanche 21 août 2016

WKCR 89.9

Aux alentours de 1995, à l'époque de mes 15 ans, j'avais pour habitude de veiller tard dans la nuit en écoutant la radio sur une chaîne hi-fi qui avait un magnétophone intégré. Je zappais entre les différentes stations et quand je trouvais un truc intéressant, j'enregistrais l'émission sur cassette, et puis je recommençais à zapper. 

Une nuit, je suis tombé sur ce truc. Je crois que je suis arrivé au milieu de l'émission, mais j'ai pu en enregistrer une bonne partie. Tout à la fin, une présentatrice a annoncé que la station sur laquelle j'étais était WKCR New-York, FM 89.9. Il y a un tas de dates et de noms qui sont cités là dedans. 

Je n'ai jamais rien entendu de semblable depuis ça.


Traduction : Clint

Texte original ici.

vendredi 19 août 2016

Anomalie

Saviez-vous que les égouts de Paris sont composés de plus de 2500 km de galeries ? Tout d'abord je tiens à me présenter. Je m'appelle Aaron Grykovi et je suis biologiste. Je compte envoyer ce rapport, ou cette étude, au ministère de l'environnement.

Aussi étrange que cela puisse paraître, j'ai toujours été passionné par la faune qui peut se développer dans les égouts parisiens. La plupart des animaux qui y atterrissent ne devraient normalement pas être là. Logique. Seulement, beaucoup survivent et arrivent à s'adapter à ce nouveau milieu de vie. Comprenez bien que même si c'est peu ragoûtant, pas mal de nos déchets sont comestibles et plutôt nourrissants. Sans compter les sources de provisions naturellement présentes, comme les rats, par exemple.

Relativement faciles d'accès, les égouts accueillent aussi des SDF. La température n'est pas trop désagréable et c'est couvert, et l'endroit offre ainsi un abri "confortable" comparé aux rues gelées, lors des froides nuits d'hiver. Il faut juste faire abstraction de l'odeur que dégagent les eaux usées, où flottent toutes sortes d'objets. Vous seriez étonnés de voir tout ce que les gens jettent dans leur toilette.

Passons. Je suis membre d'une association bénévole qui récolte des vivres afin de les redistribuer aux plus démunis. Jeff se présentait là chaque jour, à l'entrepôt où avait lieu la distribution journalière. Un homme avec un cœur d'or. Il s'est endetté pour payer les frais médicaux de sa femme malade, mais celle-ci est finalement décédée et, incapable de rembourser, il a été mis à la rue. Ça faisait trois jours qu'il ne venait pas, alors j'ai pensé qu'il était malade. J'ai pris quelques rations que j'ai fourrées dans un sac et me suis dirigé vers la voie d'accès des égouts. Nous sommes en novembre et c'est la période où les sans-abris commencent à descendre. Ils forment un groupe soudé et solidaire, c'est admirable de constater que malgré leur situation, ils restent bons et généreux.

J'ai demandé où est-ce que je pouvais trouver Jeff. Un homme d'âge mûr s'est levé et m'a désigné un tunnel sombre. Il m'a appris que celui que je cherchais avait disparu depuis quelques jours, et que la dernière fois qu'il avait été vu, c'était entrant là-dedans. Il avait tenté quelques recherches, en vain. Je lui ai donné quelques rations et suis entré dans le souterrain. Rapidement, il y a fait noir comme dans un four. J'ai pris mon téléphone et ai allumé la lampe torche. Les eaux croupies s'écoulaient à côté de moi dans un clapotis régulier et des rongeurs parcouraient l'endroit. Leurs petites griffes grattaient le sol, produisant un bruit oppressant. L'ambiance était vraiment glauque. J'ai appelé Jeff à deux reprises, sans réponse. Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire ? J'espérais qu'il ne lui était rien arrivé. Plus j'avançais, et plus l'odeur qui se dégageait de l'endroit était épouvantable. Un mélange de viande pourrie et de déjections. Même si ce n'est pas extrêmement important, je tiens à signaler qu'une angoisse profonde commençait à monter en moi. Je suis claustrophobe, et la très faible luminosité n'arrangeait rien. Alors que j'envisageais de rebrousser chemin, j'ai marché sur quelque chose de mou. J'ai baissé les yeux et un frisson m'a parcouru. Un énorme rat, mort, coupé en deux. La partie inférieure de son corps manquait. Quelle créature aurait donc pu sectionner un rat de cette manière ? Je tremblais. Une nouvelle fois, j'ai hurlé le nom du disparu à plusieurs reprises.

Un rugissement caverneux, ressemblant presque à un sifflement, a soudainement répondu à mes appels, se répercutant dans la galerie jusqu'à mes oreilles. Un grand bruit d'éclaboussures s'est alors fait entendre. J'ai immédiatement fait volte-face et pris mes jambes à mon cou. Je ne tenais pas vraiment à connaître l'identité de l'animal en question. Je n'avais parcouru que quelques mètres quand j'ai dérapé. Je me suis étalé de tout mon long. Et c'est quand j'ai vu ce qui avait causé ma chute que j'ai réalisé que j'étais réellement en danger. Un bras, en lambeaux. Le membre était complètement déchiqueté et du sang avait coagulé sur le sol. On m'a interpellé. Toujours allongé sur le sol, je me suis péniblement relevé. Un homme de l'agence de dératisation parisienne. Je lui ai sommé de faire demi-tour aussi vite que possible, terrorisé. Il a essayé de me calmer et a commencé à chercher la source de ma peur. Il s'est approché de l'eau. Bon Dieu, pourquoi est-ce qu'il a fait ça ?!

Quelque chose a bondi de la rivière artificielle avec une vitesse inouïe, et lui a happé le bras. Un craquement terrible a retenti dans l'air. La scène qui se déroulait sous mes yeux était tout simplement irréaliste. La créature de l'égout n'était autre qu'un crocodile. Sauf que le saurien, toujours à moitié immergé, était grand, beaucoup trop grand. J'ai rapidement estimé sa taille à huit mètres, si ce n'était plus. Le dératiseur hurlait à pleins poumons. Sous la pression des mâchoires du gigantesque reptile, son bras se disloquait, et s'est finalement détaché. J'ai cru que ça suffirait à l'animal. Quelle erreur. Il est revenu à la charge et a saisi l'homme par les jambes, jusqu'au bassin. Entre deux cris de douleur, celui-ci me suppliait de l'aider, il agitait son bras amputé et saignait abondamment. Je l'entends encore me demander de l'aide. Ça me hantera sûrement jusqu'à mon dernier souffle, mais mon instinct de survie a pris le dessus. J'ai fait le choix de le laisser là et de m'enfuir. De toute façon, il était sûrement déjà bien trop tard, je ne pouvais rien faire. Du moins, j'essaie de m'en convaincre. Dans ma fuite, je me suis retourné, une dernière fois. Je n'aurais pas dû.

Voyez-vous, les crocodiles n'ont pas la capacité de mâcher, ils avalent des morceaux entiers. Alors pour détacher des morceaux de chair à leur victime, une fois saisie, ils roulent sur eux-mêmes. Je n'ai pas besoin de vous expliquer ce qui était en train d'arriver au pauvre homme, votre imagination s'en occupera. Essayant d'oublier les hurlements, qui se sont bientôt arrêtés assez soudainement, je suis arrivé au bout du tunnel. J'ai couru jusqu'à mon domicile aussi vite que possible, comme si la créature allait me poursuivre. C'était il y a deux heures.

Depuis, j'ai appelé la police et fait quelques recherches avant de rédiger ce rapport, que je déposerai dès que possibles aux autorités compétentes. J'ai appris avec une émotion certaine que ces six derniers mois, plus d'une dizaine de disparitions de personnes liées aux égouts, par leur travail ou autre, étaient à déplorer.

Si ce texte est publié quelque part, laissez-moi vous donner un conseil. Cessez de jeter n'importe quoi dans vos sanitaires, éviers, lavabos et autres points d'eau. Vous n'avez aucune idée de ce que vous nourrissez.



mercredi 17 août 2016

Le berger

J'ai eu mes petits agneaux alors qu'ils n'avaient que quelques mois. Trois mâles et une femelle. C'est avec un peu de honte que je dois avouer qu'ils n'étaient pas à moi normalement. Je les avais volés lors de vacances que je passais dans le sud, très loin de chez moi donc. Heureusement que j'étais venu avec la caravane, sinon il aurait été difficile de les ramener à la maison. Il fait très froid là où j'habite, alors j'avais peur qu'ils ne succombent rapidement à cause du climat régional, qui monte rarement au-dessus de 15°C. Je les ai donc installés dans la grange, dans laquelle j'avais préalablement préparé un bel enclos. Au début, je leur donnais le biberon. Qu'ils étaient adorables à téter comme des affamés. Mais ça grandit vite ces petites bêtes, trop à mon goût, ah ah.

C'est lors de la quatrième année que l'un des mâles est tombé malade. J'ai tout tenté pour le sauver, mais j'ai dû me rendre à l'évidence : le pauvre était condamné. Je l'ai donc conduit dans la cour, puis je l'ai attaché solidement et, finalement, j'ai écrasé une grosse pierre sur son crâne. Il a remué pendant quelques instants, avant de pousser son dernier souffle. Comme j'ai horreur du gâchis, je l'ai fait rôtir pour tuer l'infection bactérienne, et je l'ai mangé. Il était très savoureux, mais ça m'a quand même fait de la peine. Je crois me souvenir que j'ai versé une larme.

De longues années se sont écoulées sans autre incident. C'étaient de belles bêtes. Elles ne donnaient pas beaucoup de laine, mais chaque été, je leur passais un petit coup de tondeuse, histoire qu'elles n'aient pas trop chaud. Je dois dire que j'étais heureux durant cette période. Mais le bonheur ne dure jamais éternellement, n'est-ce pas ?

Sûrement à cause des hormones, les deux mâles restants ont commencé à régulièrement se battre. J'ai dû acheter une clôture de barbelés pour les séparer, mais ça n'a pas suffit. Un matin, je suis entré dans la grange et une odeur métallique m'a immédiatement agressé les narines. Un des mâles gisait là, baignant dans son sang, éventré. Ça m'a beaucoup peiné. Pourtant, le vrai drame s'est produit lors de la nuit suivante.

J'ai été brusquement tiré de mon sommeil par des hurlements déchirants. Heureusement que nous vivions en marge du village, car si nous avions eu des voisins, j'aurais sûrement été arrêté pour tapage nocturne ! Je suis descendu en quatrième vitesse pour voir ce qu'il se passait. Lorsque j'ai pénétré dans le bâtiment, j'ai rapidement compris la situation : le mâle tentait un accouplement, ce qui n'avait pas l'air de plaire du tout à la petite femelle. Elle beuglait et se ruait dans tous les sens. Si bien qu'elle est tombée dans les barbelés. La pauvre devait souffrir le martyre mais plus elle se débattait, plus elle s'enchevêtrait dans les fils coupants.

Elle est morte au petit matin, des suites de ses blessures. Je n'ai pas pu me résoudre à la manger. Je l'ai enterrée dans le champ, derrière la maison. Ensuite je suis retourné à la grange et j'ai égorgé la dernière bête. Ce genre d'animal, quand il est esseulé, devient rapidement fou et je voulais lui éviter cette souffrance. Après ça, j'ai décidé de ne plus jamais avoir d'animaux.



Voici les aveux d'Antoine-Côme Sardin, révélés avec une autorisation des autorités à deux jeunes scénaristes, dans le cadre de son biopic intitulé "Le Berger", actuellement en préproduction. L'homme purge actuellement une peine de réclusion criminelle à vie, après avoir été reconnu coupable d'enlèvements, séquestration et multiples homicides, à la suite de la découverte du corps de Lisa Mayrond, jeune fille de quatorze ans, disparue depuis l'âge de dix-sept mois, retrouvé en bordure de la propriété dudit condamné. Bien que l'un d'eux ait probablement été dévoré selon les dires du kidnappeur, les corps de Michaël Letel, Thomas Michon et de Marius Wazcilek n'ont pour l'heure pas été retrouvés. 



lundi 15 août 2016

Piscine

J'adore l'eau, nager, être seul au milieu de tout ce liquide, au calme, sans stress. Je passe quasiment 2 heures chaque jour dans ma piscine. Je vais aussi à la piscine du coin pour faire des longueurs et de l'apnée. J'habite dans une petite ville vous voyez, comprenez que c'est pas très très grand mais j'ai mes habitudes là-bas. Ma femme, je l'ai rencontrée là-bas aussi, elle nage moins que moi, surtout depuis la naissance de notre fils, mais elle continue parfois avec mon petit Timothée dans notre piscine. Je suis professeur dans un village, des gamins sympas, très terre à terre, il y a des têtes brûlées dans le tas mais ça va pour la plupart.


Mon histoire a commencé le jour où mon fils est parti de la maison pour aller à la fac, dans une grande ville, dont je tairai le nom pour plus de sécurité.
Moi et ma femme sommes allés chez lui plusieurs fois, pas très longtemps, il n'avait pas un appartement très grand. La ville était très vaste et nous nous y sommes promenés très souvent avec mon fils, j'avais remarqué qu'il y avait une assez grande piscine, mais pour ne pas embêter ma femme et mon fils, je n'avais rien dit.


Un jour où nous étions chez lui, il a dû partir en précipitation pour un travail avec ses amis. Ma femme avait besoin de repos donc elle a fait une sieste, mais moi j'étais bien bien réveillé. J'ai donc pris mes affaires de piscine, que je prenais toujours avec moi au cas où, et suis allé à cette piscine, beaucoup plus grande que je ne le pensais. Le bassin olympique était quasiment vide, nous étions en semaine, et les rares nageurs étaient des mordus comme moi. Après m'être échauffé, j'ai commencé à faire plusieurs longueurs. Après ça, j'ai commencé des exercices d'apnée, de 10 à 30 secondes. D'habitude je n'en fais pas dans les piscines municipales mais après avoir papoté avec le maître nageur, il m'a indiqué qu'il ne trouvait rien à redire contre ça, voyant que j'étais un vrai nageur et pas un gamin débile. Un autre nageur a commencé à travailler avec moi, la piscine c'est un endroit convivial, c'est de l'exercice continuel, on nage pour ne pas couler, ça délie les langues. Après un rapide échauffement donc, nous avons décidé de rester le plus longtemps possible sous l'eau, un exercice assez simple mais qui peut être dangereux si nous ne sommes pas accompagnés. La première fois nous sommes restés 50 secondes, en gros, moi 51 et lui 48, il n'avait pas l'entraînement que j'avais.

La deuxième fois nous sommes restés 55 secondes tous les deux.


Après plusieurs essais nous avons trouvé notre limite d'une minute et 30 secondes. Nous avons donc commencé à nager dans l'eau en apnée. Après plusieurs longueurs, nous avons essayé de toucher le fond.


C'est là que les choses ont pris une tournure très étrange.


J'avais des lunettes de natation, quelque chose de sobre mais d'efficace, lui par contre n'en avait pas et devait avancer à l'aveugle, le chlore n'étant pas conseillé pour les yeux, surtout à forte dose. La première fois que nous avons nagé jusqu'au fond de la piscine, je l'ai trouvé éloigné, je l'ai dit à mon camarade apnéiste, mais lui a déclaré avoir trouvé la profondeur "normale".


La seconde fois a été la dernière. Quand j'ai touché le fond, il semblait si éloigné que j'ai eu peur de ne pas réussir à remonter, une fois touché je me suis retourné pour remonter et... Et la piscine avait grandi, tellement grandi. La surface qui brillait me paraissait si lointaine, j'ai commencé à paniquer. Je me suis retourné pour voir mon camarade et je l'ai vu continuer à nager vers le fond, aveugle à ce qu'il se passait devant lui, et le fond continuait a s'éloigner.  J'ai tenté de crier mais ma bouche et mes poumons se sont remplis d'eau, j'ai paniqué et j'ai commencé à nager le plus vite possible vers la surface, mais à cause de ma stupidité, il ne me restait plus beaucoup d'air dans les poumons. J'étais tellement paniqué que j'ai cru ma dernière heures arrivée. J'ai levé les yeux et j'ai vu la surface, j'ai agité les bras mais je n'avais plus d'air, mes poumons pleins d'eau commençaient à brûler, mes muscles aussi et mes côtes étaient douloureuses. J'ai finalement pris un dernier élan et j'ai sombré.


Quand je me suis réveillé, j'étais au bord de la piscine, le maître nageur me pratiquant les gestes de premiers secours. J'ai craché de l'eau et j'ai vomi ma bile. J'étais complètement déboussolé, je ne savais plus où j'étais ni comment je m'étais retrouvé là. J'ai pris des goulées d'air et j'ai demandé, après un certain temps de repos, où était l'autre. Mais personne ne se souvenait d'un autre nageur avec moi. J'ai pris mes affaires et je suis parti très vite de cette piscine. Depuis, je ne fais plus de piscine. j'ai toujours peur que le fond s’agrandisse...



samedi 13 août 2016

Ubloo (Pt.3)

Afin de consacrer le site exclusivement aux creepypastas tout en vous proposant toujours plus de contenu, les nouvelles horrifiques ont déménagé vers leur propre site ! Vous pouvez retrouver celle-ci sur le Nécronomorial à cette adresse

Texte original ici

jeudi 11 août 2016

L'homme-bouc d'Anansi

Récupéré sur /x/ le 28 septembre 2012, 1:31 (heure de New York).
Partiellement réécrit pour améliorer la grammaire et la fluidité.

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Voilà mon histoire

>16 ans
>noir, ai de la famille en Alabama
>sont fermiers, possèdent des terres du côté d'Huntsville
>mon oncle a une grande maison et plusieurs caravanes dans les bois pour le camping ou la chasse
>des cousins me proposent d'aller camper là-bas
>ils savent que je suis un gars de la ville et que j'ai grandi à Chicago
>ils me teasent pendant des mois
>on rassemble des vivres, on tue un cochon et quelques poulets, on prend le nécessaire pour quelques jours
>on arrive au camp et on sent qu'il y a un truc bizarre
>odeur bizarre dans l'air, un peu comme de l'ozone, comme juste avant une tempête
>on y fait pas attention, on dépose nos affaires et on va se baigner dans un torrent
>un vieux mec blanc et un ado sortent des buissons sans prévenir
>il a un fusil sous le bras, il nous salue, il demande ce qu'on fait si loin dans les bois
>je lui parle de mon oncle, il le connait, je lui dis qu'on campe pas loin
>il nous dit qu'il vaut mieux être très prudent et rester groupés dans ce coin, un gros animal vit dans les bois
>son fils, qui a mon âge, lui demande s'il peut rester avec nous
>il approuve


Je vais arrêter ici avec cette mise en forme, l'histoire est assez longue et j'ai moins de mal à écrire comme ça.

Donc, la rencontre a débouché sur une partie de foot. Avec moi, il y avait l'ado blanc (Tanner), cinq de mes cousins, et puis quatre amis à eux. Au total, on était cinq filles et six mecs. On avait tous entre 15 et 17 ans.

À la fin on s'ennuyait un peu alors on a décidé de rentrer au camp et de ramener de quoi faire un feu, même si les deux caravanes avaient chacune une kitchenette. Tanner nous a dit que la propriété de sa famille était juste à côté de celle de mon oncle, il a annoncé qu'il passait chez son père pour le prévenir qu'il restait camper avec nous. Un de mes cousins, Rooster, s'est alors proposé de l'accompagner car il commençait à faire nuit. Une des filles les a suivis aussi.

Il était 19 heures et il faisait déjà assez sombre. Ils ont pris des lampes torches avant de s'engager sur le sentier vers la maison de Tan. Nous, on frissonnait autour du feu. On s'est fait griller des marshmallows, on a bu, on a flirté avec les filles.

30 ou 40 minutes après, l'odeur d'ozone est revenue. Je pouvais la sentir par-dessus celle du feu qui brûlait juste à côté. C'était persistant, cuivré, comme quand vous saignez du nez, et puis ça s'est arrêté soudainement. Ce n'était pas exactement comme du sang séché, mais c'était le même genre d'odeur métallique qui vous reste au fond de la gorge.

On a d'abord pensé que ça venait d'un appareil électrique, ou que quelqu'un avait laissé une plaque chauffante allumée. Donc, on a cherché dans les caravanes d'où ça pouvait venir, mais aucun appareil n'était allumé, malgré l'odeur persistante. C'est là qu'on a entendu des gens se ruer vers nous. C'était Rooster, Tan et la fille qui arrivaient dans la clairière, complètement à bout de souffle. Et ils n'ont même pas arrêté leur course - ils se sont directement précipités dans la caravane, près du feu.

On s'est tous rassemblés à l'intérieur. On leur a laissé un moment pour se calmer - Rooster avait l'air à deux doigts de pleurer. Pendant ce temps, le feu n'arrêtait pas de décliner, alors deux de mes cousins ont décidé d'aller allumer le générateur qui se trouvait dans le cabanon entre les deux caravanes.

Tanner s'y est opposé. "Vous faites pas ça ! On verrouille la porte, personne ne sort !" Il avait pleuré lui aussi, ses yeux étaient rouges et son pantalon était sale.

Il nous a raconté ce qui s'était passé. Ils sont arrivés chez lui, et son père était d'accord pour qu'il passe la nuit avec nous, mais en leur recommandant d'être très prudents sur le chemin du retour et en leur proposant de prendre un de ses fusils de chasse, juste au cas où.

C'était qu'ils avaient vu quelque chose sur leurs terres il y a quelques jours. Un de leurs porcs avait été retrouvé éventré et à moitié dévoré. Ils avaient supposé que c'était le fait des coyotes ou d'un cougar, même s'ils n'ont pas l'habitude de s'attaquer au bétail.

Tanner est monté dans sa chambre pour récupérer ses affaires, disant à son père qu'il se passerait du fusil car les coyotes évitent les gens normalement. Lui et les autres se sont donc remis en route vers les caravanes.

Rooster avait fini par arrêter de trembler et de pleurer. La fille aussi : elle se contentait de regarder par la fenêtre avec un air ahuri. D'après lui, ils étaient à mi-chemin quand ils ont commencé à entendre des trucs bizarres dans la forêt. Il faisait presque noir, donc ils n'étaient pas sûrs de ce que c'était. C'est là que la fille a entendu du mouvement dans les buissons à l'écart du sentier. Ils ont tous dirigé leurs lampes en direction du bruit, pour révéler un homme, se tenant droit dans une petite dépression. Ils lui ont crié dessus, lui ont dit qu'il leur avait fait peur, que c'était un crétin.

Rooster a alors réalisé que l'homme leur tournait le dos. Ils ont donc repris leur marche. C'est à ce moment-là que l'odeur cuivrée d'ozone est revenue. Un peu plus loin, en regardant autour d'eux, ils ont encore aperçu un homme debout dans le faisceau de leurs lampes - toujours le dos tourné, mais cette fois, un peu plus près du chemin.

Ils ont commencé à sérieusement presser le pas, Tanner n'arrêtait pas de jurer, "j'aurais dû prendre ce putain de fusil".

L'odeur était encore forte dans la cabane au moment où ils nous racontaient ça.

Rooster a repris. Au moment où le groupe a commencé à presser le pas, des sortes de chuchotements lents ont commencé à se faire entendre des deux côtés du chemin. Alors qu'ils commençaient à prévoir de retourner dans la caravane, la fille a dit qu'en jetant un œil avec sa lampe de poche, elle avait vu quelque chose en train de se branler dans les bois. Les chuchotements devenaient de plus en plus forts, et quand ils ont pu voir la lumière du feu de camp, quelque chose est sorti des bois à une trentaine de mètres derrière eux, sur le chemin, et ils ont couru aussi vite qu'ils le pouvaient jusqu'à la caravane.

Donc on en était là, perdus au milieu des bois, et à ce stade on se disait que ça devait être des bouseux ou un truc dans le genre, qui voulaient nous faire chier.

Tout à coup, mon autre cousin, Junior, a commencé à raconter que quand il était à l'école, un gosse des amérindiens du coin lui avait parlé de la légende de l'homme-bouc ou un truc du genre. On lui a rapidement dit de fermer sa gueule parce qu'on n'avait pas besoin de parler de trucs qui font peur.

Mais il continuait à nous décrire comment était ce putain d'homme-bouc, et qu'on était dans sa forêt, il arrêtait plus. À l'époque, je n'avais jamais entendu parler de cet homme-bouc, mais quelques années plus tard - l'année où j'ai reçu mon diplôme - j'ai eu une longue discussion avec mon coloc qui était d'origine Menom (une tribu amérindienne) et qui en savait un rayon question légendes locales. Pour résumer, c'est un mec avec une tête de bouc et il peut se métamorphoser. Il s'introduit dans des groupes de gens pour les terroriser. Il est dit aussi que c'est un peu comme un Wendigo, rien que le fait d'en parler porterait malheur, et encore pire si vous le voyez.

Gardez à l'esprit que je n'en savais rien quand j'avais 16 ans. Alors mon cousin disait : "L'homme-bouc va nous choper et nous massacrer." Les filles étaient terrifiées et mes cousins et moi essayions de savoir si c'était pas juste un péquenaud ou un animal.

Quelques secondes plus tard, l'odeur a disparu. À ce jour, je n'ai jamais rien vécu de pareil. Normalement, une odeur s'estompe progressivement. Là, elle a cessé d'être d'un coup sans prévenir.

Une heure après (21h ou 22h je dirais) on a arrêté de flipper et on a pu sortir pour alimenter le feu. On a pensé que ça devait être des connards qui essayaient de nous faire peur, donc on a choisi de pas rentrer à la maison, parce que je pense que si on l'avait fait, ils nous auraient pourchassés à travers les bois ou un truc dans le même genre.

Rien d'autre de bizarre ne s'est passé cette nuit. On est restés une nuit de plus mais rien ne s'est produit non plus, du moins jusqu'à 1 heure du matin environ. On était dehors en train de boire et de se raconter des histoires de fantômes. Alors que l'un de nous finissait une histoire - je me souviens plus de quoi elle parlait - l'odeur est revenue. Elle était tellement forte qu'une des filles en a dégueulé.

Je me suis levé et je me suis rendu compte à quel point l'air était froid. J'ai proposé qu'on retourne à l'intérieur, mais au fond de moi je savais que c'était pas la bonne solution. On aurait juste dû se barrer.

On est donc tous rentrés, hébétés. Junior se remettait à raconter des trucs sur l'homme-bouc, Rooster essayait de le faire taire, et moi je sentais juste que quelque chose allait pas, mais j'arrivais pas à dire quoi.

On a fini par s'asseoir et attendre pendant quelques temps ; l'odeur était tellement forte, on était tous tellement terrifiés qu'on s'est blottis les uns contre les autres. On a fini par cuire des saucisses pour tout le monde parce que personne ne voulait sortir. C'était ces paquets avec 4 saucisses. On avait en tout 3 paquets. Je les ai faites griller sur la poêle et j'ai donné un hot dog à chacun. J'ai pris le mien. Après un temps, l'un de mes cousins s'est levé pour en prendre un autre.

Il commençait à râler en demandant pourquoi j'avais le droit d'avoir 2 saucisses alors que les autres n'en avaient qu'une, et je l'ai regardé en me disant "mais qu'il est con". Je lui ai dit que tout le monde n'en a eu qu'une parce qu'il n'y avait que 12 saucisses. S'il en voulait d'autres, il avait qu'à ouvrir un nouveau paquet et en faire cuire d'autres.

C'est à ce moment là que la fille qui était allée avec Rooster et Tan a commencé à hurler "Oh mon Dieu, faites-le sortir !". Elle pleurait et tremblait, et mon cousin est allé vers elle en lui disant "putain meuf qu'est-ce qui se passe ?". On a tous les deux regardé partout dans la pièce, et là, j'ai senti mon cœur lâcher. On a couru comme des dingues en dehors et la fille nous a suivis. La porte de la caravane claquait contre le bord à chaque fois que quelqu'un en sortait.

Un des amis de mon cousin nous a demandés ce qui se passait. J'ai alors compté combien on était. On n'était plus que 11.



"Je raconte pas de la merde" a confirmé mon cousin. Il y avait douze personnes dans la caravane mais vu qu'on se connaissait pas très bien, personne n'avait vraiment remarqué qu'il y avait une personne en trop pendant tout ce putain de temps. Et puis j'ai réalisé que j'avais déjà plus ou moins remarqué que quelque chose n'allait pas. Vous voyez, quand vous essayez tellement d'avoir du bon temps que vous faites plus vraiment attention aux petits détails bizarres ? Je jurerais sur ma tête que quelqu'un d'autre était avec nous dans la caravane et qu'il est resté avec nous pendant au moins une putain de journée, à manger avec nous. Le pire dans tout ça, c'est que je pourrais pas savoir qui c'était puisque je pense que personne n'a interagi avec l'autre personne/l'homme-bouc.

La fille restait là à prier Jésus pendant qu'on était assis en rond dehors ; finalement, on s'est équipés de putain de longs bâtons et on est revenus dans la cabane, mais il n'y avait personne. On a de nouveau compté et on était 11. On est retournés dans la caravane et on a verrouillé la porte. On a expliqué le merdier qui s'est passé et la fille nous a dit qu'elle l'avait aussi compris mais au moment où elle allait en parler, juste avant notre moment de panique générale, la personne qui était assise à côté d'elle a empoigné sa jambe et s'est penchée vers elle en lui disant quelque chose qu'elle n'a pas pu comprendre.

Donc, on était tous secoués au point de se serrer les uns contre les autres, et c'est après que je me suis endormi. Quand je me suis levé, le soleil se levait à peine et la moitié des gens dormait pendaient que l'autre moitié emballait nos affaires.

On voulait tous retourner à la maison mais quatre d'entre nous voulaient encore rester jusqu'à que le soleil soit complètement levé. Et certains pensaient encore qu'on flippait pour rien et voulaient toujours rester. Moi, je voulais juste sortir de ces putain de bois.

Le nom de la fille qui s'était fait toucher par l'homme-bouc était Keira. Bref, je lui ai demandé si elle pensait vraiment que c'était quelque chose de mauvais et elle m'a répondu qu'elle voulait simplement retourner à la maison et ne surtout pas rester toute seule dans les bois une autre nuit.

On a finalement décidé de se séparer; les 4 qui voulaient partir le pouvaient mais je devais rester parce que j'avais les clés de la cabane, que c'était celle de mon oncle et que je devais la verrouiller. J'étais super énervé à ce stade parce que j'avais l'impression que les autres ne prenaient pas tout ça au sérieux et s'en foutaient que je veuille clairement pas rester dehors dans les bois pendant une autre nuit. J'ai passé le restant de la journée à tenter de convaincre les autres — à présent 4 filles et 4 mecs — de déguerpir. Vers 16h, Tanner est parti chez son père récupérer un fusil en disant qu'il allait revenir. On n'était donc plus que 7.

À 17h, il n'était toujours pas revenu et tout le monde a commencé à devenir super nerveux. À ce stade, la seule raison qui me poussait à arrêter de les supplier de s'en aller était qu'il était parti chercher une arme.

Il était plus ou moins 17h30 quand celui de mes cousins qui était resté nous a dit que la fille, Keira, était dehors. On a tous regardé dehors, et effectivement, elle se tenait près du feu de camp, dos à la caravane.

Je me suis demandé pourquoi elle était revenue alors qu'elle était si effrayée. Et puis, j'ai eu cette sensation désagréable au niveau du ventre. Gardez en tête que pendant tout ce temps, l'odeur métallique était partie. À ce moment-là, j'ai réalisé que je pouvais très légèrement la sentir.

Je l'ai signalé aux autres et tout le monde — et là tous ceux qui ont insisté pour rester dans ces putain de bois alors qu'on avait ce putain d'homme-bouc à nos trousses m'ont ri au nez en me demandant si j'avais monté toute cette histoire pour leur faire peur.

Je les regardais en mode "Putain je vous assure que c'est pas des conneries là". Je leur ai demandé pourquoi je me serais amusé à faire tout ça. Et là, une desfilles est descendue chercher Keira. Mais elle s'est arrêtée net à mi-chemin. Keira avait commencé à trembler ; bordel, je sais pas comment je pourrais décrire ça. C'était comme si quelqu'un, le dos tourné, riait sans faire le moindre son. Ç'a été le déclic qui m'a fait réaliser qu'il n'y avait pas un son dans tout le bois; la forêt était parfaitement silencieuse.

On était genre vers fin septembre, il faisait donc encore assez chaud à ce moment-là même si il faisait aussi super froid certains jours. Et normalement on pouvait encore entendre des oies, des oiseaux ou des écureuils jacasser.

Donc je suis sorti à mon tour et j'ai demandé à la fille de revenir immédiatement dans la caravane.

Elle est retournée avec nous et on a verrouillé la porte. On a abaissé tous les stores sauf un et un de nous s'est posté devant, assis sur une chaise, pour la surveiller. Elle est restée plantée là pendant bien 20 minutes. Le type s'est retourné pour nous dire qu'elle était toujours là. Et là il y a eu un ÉNORME coup sur la porte.

On s'est tous levés d'un bond et on s'est dispersés à travers tout le salon de la caravane. Le coup était vraiment putain de puissant.

À ce moment-là, mon cousin serrait dans ses bras une des filles, les deux autres rigolaient nerveusement, et moi et les deux autres gars, on se chiait littéralement dessus.

Et puis on a entendu Tan. Il criait.

"MAIS BORDEL, LAISSEZ-MOI ENTRER ! OUVREZ CETTE PUTAIN DE PORTE !"

On a été jusqu'à la porte et on l'a ouverte, et il est tombé à l'intérieur, un fusil dans les bras. Il n'y avait personne d'autre dehors.

Apparemment il avait marché jusqu'au lieu du campement. D'après lui, rien de bizarre ne s'était produit dans la forêt, mais arrivé sur place, il avait vu une fille. Mais ce n'était pas Keira selon lui. Quand il a atteint l'orée de la clairière, elle s'est tournée vers lui, la bouche grande ouverte, le suivant lentement du regard pendant qu'il progressait dans la clairière.

C'est seulement arrivé vers la moitié de la distance qui le séparait des caravanes qu'il a réalisé qu'elle se rapprochait de lui. Elle était près du feu au départ, et sans qu'il l'ait vue bouger d'un pouce, elle s'était retournée, et la distance qui les séparait s'était réduite. Tan a pris peur, et il a couru le reste de la distance en espérant que la porte serait ouverte. Quand il s'est rendu compte qu'on l'avait verrouillée, il s'est retourné et s'est rendu compte que la fille s'était encore rapprochée : elle était à mi-chemin entre lui et le feu.

Après avoir fini de raconter ce qui venait d'arriver, Tan a regardé autour de lui et il est devenu super pâle d'un coup. Il m'a mis à l'écart et m'a chuchoté à l'oreille : "Tu sais qu'on n'est plus que sept ici, hein ?" J'ai eu cette sensation de creux dans le ventre, comme quand on t'annonce un truc terrible auquel tu t'attends pas. C'était revenu à l'intérieur pendant qu'on se mettait d'accord sur qui allait où, et encore une fois quand on est tous sortis dehors pour parler plus tôt dans la journée. Ça en avait simplement profité pour se glisser dedans.

On a regardé à travers la fenêtre et il n'y avait personne dehors. On s'est tous recomptés et ensuite, en gros, j'ai demandé à tout le monde combien on était avant. Tout le monde a dit 8. J'ai répondu "Bien, combien de personnes sont ici en ce moment ?" Ils ont tous recompté et se sont rendus compte qu'on n'était plus que sept personnes dans la caravane.

Tan avait ramené plusieurs boîtes de munitions et son fusil. Il a expliqué à son père qu'il y avait une sorte d'animal dans la forêt parce qu'il ne pensait pas que son père l'aurait cru s'il avait dit que c'était l'homme-bouc. Il nous a dit que son cousin était censé venir bientôt et qu'il ramènerait tout le monde dans sa voiture le lendemain.

À ce moment-là, j'étais vraiment terrifié, mais je me sentais un peu mieux vu qu'on pouvait être de vrais Américains et flinguer l'enculé si il essayait encore de se foutre de nous. Et puis, y a eu cette grosse engueulade entre Tan et une des filles parce qu'elle pensait encore que Tan et moi on avait monté tout ça de toutes pièces, et qu'elle commençait à être vraiment effrayée et qu'elle ne trouvait plus ça drôle. Il arrêtait pas de lui répéter que c'était pas notre genre de faire ça, et puis elle nous a sorti ça : "Ok, alors pourquoi la fille qu'on a vue ça serait pas juste Tan avec une perruque ? Ou si c'est réellement l'homme-bouc, comment on peut savoir si c'est le vrai Tanner et pas l'homme-bouc qui l'aurait buté et qui aurait pris son fusil ?"

Donc on est entrés dans un putain de débat à ce sujet, Tan et moi on était en mode "on est peut-être sérieusement en danger parce qu'au mieux quelqu'un s'est glissé parmi nous sans qu'on le sache dans cette putain de caravane et s'est mêlé à nous, et au pire y a un truc pas net dans la forêt et ce truc est en train de nous niquer."

Une des filles s'est mise à pleurer en disant qu'elle voulait partir immédiatement, et on essayait de lui dire qu'on pouvait pas vu que personne ne voulait traverser les bois en plein milieu de la nuit. Le soleil commençait à se coucher et le ciel devenait un petit peu nuageux.

On a mangé un truc et on a laissé la radio allumée quelques temps mais on captait aucune station intéressante. On l'a donc éteinte, et c'est plus ou moins à ce moment que le cousin de Tan s'est pointé. Je pense qu'il devait avoir dans les 19 ans. Le soleil était pratiquement couché. Il était muni d'une de ces lampes torches ultra-résistantes et d'un autre fusil. Pendant qu'il s'approchait des caravanes, on a demandé en murmurant à Tan s'il était certain qu'il s'agissait de son cousin. Il a acquiescé.

Le type a regardé derrière lui et tout autour du camp avant d'entrer. Il nous a tous regardés, il avait l'air un peu confus.

Il nous a dit "Où est votre petite pote ? Je pensais qu'elle me rejoindrait à la cabane. Elle doit être un peu lente peut-être ?" Puis il nous a demandé si on avait cuisiné avec du sang dans la cuisine parce qu'il y avait comme une odeur de sang ou de métal chauffé à blanc tout le long du chemin jusqu'à la caravane. On était tous genre, "NOPE." Et puis, "mais putain de quelle fille tu parles ?"

Il avait pris le même sentier que Tan avait pris pour venir un peu plus tôt et il aurait rencontré "une de nos potes" en plein milieu du chemin, qui le regardait la bouche grande ouverte. Il lui aurait posé un tas de questions mais elle ne faisait que le regarder. Puis, elle lui a souri et il a repris sa marche sans s'arrêter. Et puis pendant qu'il continuait, il s'est rendu compte qu'elle l'avait suivi, elle restait constamment à une certaine distance derrière lui. Il lui a demandé si elle était blessée ou quoi et si elle avait besoin d'aide. Mais elle continuait de le fixer sans rien dire. Finalement, il a poursuivi son chemin. Plus loin, il s'est retourné dans un virage du sentier pour vérifier si elle allait bien, mais il n'y avait plus personne derrière elle. Il s'est dit qu'elle avait dû prendre un raccourci à travers les bois pour arriver à la caravane.

On lui a raconté toute l'histoire. Je m'attendais à ce qu'il dise qu'on racontait de la merde mais il est simplement resté là à écouter avant de finir par s'asseoir sur le canapé du salon.

Le cousin de Tanner en est revenu à la fille. Il nous a dit que pendant qu'elle faisait visiblement son possible pour rester à distance derrière lui, vu que ça avait tendance à le perturber, il essayait de la laisser le dépasser ou au moins arriver à son niveau. Mais il avait beau marcher le plus lentement qu'il pouvait, elle était toujours un peu en retrait. C'est là qu'il a commencé à sentir cette odeur désagréable qui devenait de plus en plus forte à mesure qu'il se rapprochait du camp. Finalement, à un moment où l'odeur était devenue presque insupportable, la fille a dit quelque chose à voix basse qu'il n'a pas pu saisir. Quand il s'est retourné, elle se trouvait juste devant lui. Il a reculé.

C'est à ce moment qu'il lui a demandé si tout allait bien et si ce n'était pas le cas, qu'il pouvait la porter le reste du chemin, mais elle est simplement restée là, à le regarder. Il a alors essayé de tendre son bras pour l'attraper par l'épaule mais il avait dû "mal évaluer la distance" : sa main s'était posée dans le vide, comme si la fille avait bougé sans qu'il le voie.

À ce stade, on était sûrs que tout ce merdier était bien réel, à moins qu'il s'agisse d'un coup monté de Tan, ce qu'on pouvait écarter vu qu'il était limite en train de se pisser dessus.

Donc, ils ont chargé leurs fusils, on a mangé un peu plus et on est sagement restés là à ne rien faire jusqu'à pratiquement 23h. Encore aujourd'hui, à chaque fois que j'y repense, je prie vraiment Dieu pour que ça n'ait été qu'un énorme canular monté par mes cousins qui m'était destiné et qu'ils me l'aient jamais révélé, histoire que j'en chie des briques pour le restant de mes jours.

Vers 23h, l'odeur de cuivre était devenue une odeur de sang vraiment dégueulasse, comme si on faisait bouillir du sang et qu'on brûlait des cheveux. Tan et son cousin, Reese, ont tout de suite compris ce qui se tramait et ont empoigné leurs fusils.

Il y avait quelque chose à la porte, je pouvais pas dire si ça la griffait ou si ça la frappait... et je dis pas de la merde, il y avait une voix qui ressemblait aux chats et chiens qu'on peut voir sur YouTube à qui on apprend à "parler". C'était une voix bizarre, hésitante, et ça disait : "Mais bordel, laissez-moi entrer. Ouvrez cette putain de porte."

J'ai encore eu cette sensation genre "oh putain..." et une des filles a commencé à pleurer et prier Jésus.





C'était tellement évident que c'était pas une personne qui parlait. Ça n'avait pas la bonne cadence. C'est quelque chose que je n'avais jamais réalisé jusque là mais chaque personne a une certaine cadence quand elle parle, peu importe la langue parlée. Tout le monde a un certain rythme de parole.


Ce truc n'avait aucune régularité. Une de ces vidéos de chats sur Youtube, c'est à ça que ressemblait la voix qui venait de dehors. Donc là j'étais en mode panique totale. On n'arrêtait pas de gueuler, "Qui c'est ? Arrête de traîner ici, mec !" et pendant un bon quart d'heure, il n'a fait que dire "dedans" ou "laissez-moi entrer".

http://www.youtube.com/watch?v=qff9V27Weaw

Ça ressemblait à ça, sauf que c'était pas drôle. Désolé d'être un peu hors-sujet, mais vous pourrez pas bien vous rendre compte dans quel merdier on était si vous arrivez pas à imaginer cette voix.

Peu après, l'odeur s'est dissipée pendant un temps. Et tout au long de l'heure qui a suivi, on a pu entendre ce truc rôder autour de notre refuge. Toutes les quelques minutes, il revenait à la porte, et disait quelque chose.

Finalement, vers 2h du matin, l'odeur s'est entièrement dissipée. Reese a dit "Allez, tant pis !" et il est sorti avec son fusil.

Il a tiré en l'air, et a dit un truc du genre "Au nom de notre seigneur Jésus Christ, va-t'en !" Il a alors tiré deux autres coups, et là, venant des bois vers la rivière qui se trouvait près du campement, on a tous distinctement entendu quelque chose qui marmonnait ou hululait.

Et puis, ça a commencé à crier. C'était presque comme si on avait mis une gonzesse et un chat dans un sac et qu'ils criaient à l'unisson. J'avais jamais rien entendu de pareil. Puis on a entendu bruire les buissons, comme si quelque chose se déplaçait sous leur couvert. Reese a tiré dans cette direction et a rejoint la caravane à reculons.

On a verrouillé la porte, mais on pouvait toujours entendre cette créature fredonner et crier. Reese nous a dit que quelque chose venait de sortir des buissons et rampait lentement vers la cabane. C'était sur ce truc qu'il venait de tirer.

Toute la nuit est passée comme ça : des cris continus pendant les deux heures suivantes, des mouvements dans la forêt. La chose n'est finalement jamais revenue vers la cabane avant que tout le monde ne s'endorme.

Pendant ce temps, Tan était assis sur une chaise, surveillant la porte avec son arme ; personne d'autre n'a vu ou entendu ce qui va suivre, et il ne me l'a dit que deux jours plus tard, après que tout ça se soit terminé.

Il m'a dit qu'il somnolait depuis que les cris et les autres bruits s'étaient arrêtés, et il était quasiment endormi quand il a vu quelqu'un sortir de la salle de bains, s'allonger sur le sol et s'endormir. Il s'est simplement dit que ça devait être l'un d'entre nous et s'est de nouveau mis à somnoler.

Mais il s'est remis en alerte peu de temps après. Il a compris que quelque chose ne tournait pas rond, et pendant qu'il faisait semblant de dormir, il a compté combien on était : il y avait 9 personnes dans la cabane.

Il ne voulait pas risquer de tirer sur ce truc dans la cabane, il savait pas de quoi cette créature était capable, ou il aurait pu réveiller Reese qui aurait commencé à tirer partout et nous blesser. Il est juste resté réveillé toute la nuit, faisant semblant de dormir pour surveiller l'intrus. Parfois, le truc se relevait et s'agitait bizarrement ou hoquetait, comme s'il riait. Et puis il retournait à sa position allongée.

Cette histoire se termine sans vraie conclusion, parce que de mon point de vue, rien ne s'est produit ensuite. Nous nous sommes levés et j'ai remarqué que Tan était un peu nerveux et qu'il évitait nos regards. On a pris notre petit-déjeuner, on a tout remballé et on s'est dirigés vers sa maison. Il est sorti en dernier de la cabane en disant qu'il se chargerait de la fermer (ce que j'avais pas DU TOUT envie de faire) et qu'il me ramenerait les clés de mon oncle ; que je pouvais commencer à avancer, il me rattrapperait.

On a pu faire une certaine portion du chemin avant qu'il nous rejoigne en courant. On a trottiné jusqu'à chez lui. Puis, Reese m'a ramené chez mes cousins.

Tan était retourné à la cabane pour la verrouiller et a regardé à l'intérieur.
Il y avait une fenêtre dans la salle de bains. On avait juste été trop cons pour penser à verrouiller celle-là. Elle était grande ouverte quand il est entré dans la salle de bains.

Je suis sûr que la créature a fait ça tout le long : elle attendait qu'on s'endorme et se faufilait parmi nous. D'après Tanner, elle est restée un peu derrière nous pendant toute la route jusqu'à la maison, et au moment où on arrivait à la lisière, elle est restée immobile dans les fourrés, et elle l'a fixé intensément avant de repartir dans les bois.




 

Traduction : Clint, Kowai, Tripoda

Texte original ici