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mercredi 29 mars 2017

Communiqué de l'équipe de CFTC

Chers lecteurices, ceci est un communiqué spécial pour vous annoncer la fin de CFTC. Vous l'aurez remarqué, les publications subissent parfois des ralentissements, la... Quoi ? On a une solution ? Ah, pardon. Je vous la refais du coup. Ceci est un communiqué pour vous annoncer quelques changements, dont vous avez sûrement entendu parler si vous êtes sur le forum. Nous avons en effet le plaisir de vous annoncer que CFTC est devenu papa d'un nouveau blog : faites bon accueil au Nécronomorial ! Un projet similaire avait été lancé il y a quelques années mais avait magistralement bidé pour plusieurs raisons, ce qui a appelé à une refonte de l'idée. Concrètement, à quoi va servir ce nouveau blog ?

Eh bien, Jamy, tout est parti d'une réflexion débutée il y a bien longtemps, liée à l'établissement de la ligne éditoriale actuelle. Pour faire court, avec le temps, l'idée que les gens se faisaient des creepypastas a subi quelques changements, changements qui ont aussi été à l'origine de la raréfaction d'un élément qui avait jusqu'alors absolument indispensable : l'envie d'y croire. En effet, les gens (entendez par là les anglo-saxons, la tendance est arrivée chez nous après) ont fini par appeler tout et n'importe quoi creepypasta, tant que c'était lié au paranormal et à l'horreur. Notamment un truc qui existe depuis bien longtemps et qui n'a pas grand-chose à voir avec le concept de base : la nouvelle horrifique. Le genre de texte que vous pouvez trouver partout sur internet, y compris sur des pages Facebook qui se font appeler creepypasta-truc.

Non pas que les nouvelles soient nulles, mais simplement elles ne collent pas du tout au principe de base des creepypastas qui fait reposer l'angoisse que ressent la personne qui les découvre sur la grande difficulté, voire l'impossibilité à dire si ce qui est raconté est avéré ou non. Alors qu'un texte à tournures alambiquées, avec en plus un auteur qui vient prendre tous les lauriers en disant "oui oui, c'est moi qui l'ai inventé", c'est évident que c'est du chiqué. Et à un moment dans l'histoire de CFTC, on s'est dit que c'était dommage de voir disparaître ce truc qui, quand on y réfléchit, était quand même un poil plus créatif et provoquait un sentiment différent (parce que la certitude d'avoir lu quelque chose de fictif réduit grandement l'angoisse). Alors on a mis nos critères de sélection actuels, et les retours ont été très positifs. Ça n'a pas empêché les gens de continuer à amalgamer creepypastas et nouvelles, mais c'est une autre histoire.

Une autre histoire qui a justement donné naissance d'abord à une section Littérature sur le forum, puis au Nécronomorial qu'on vous propose aujourd'hui. Car, comme je l'ai dit, les nouvelles, ce n'est pas quelque chose de nul. Vous le savez bien puisque vous en demandez. D'autant qu'un bug s'est glissé dans la matrice du site : Ubloo. On avait d'un côté une histoire très prenante, de très bonne qualité, et d'un autre côté quelque chose qui ne collait pas du tout à l'esprit du site. Vu que des demandes pour des textes similaires ont été relevées dans les commentaires, la reprise de l'ancien projet a été évoquée, et on s'est dit que pourquoi pas, après tout c'est un bon moyen de tracer une limite plus claire sans pour autant envoyer tout le monde chercher ailleurs.

Et du coup, ça change quoi ? D'abord, sur CFTC, les textes qui ne rentrent pas dans les clous seront progressivement déplacés. La prochaine entrée d'Ubloo se fera d'ailleurs sur le Nécronomorial, et ce dans assez peu de temps. On va aussi reprendre la vieille habitude de poster les légendes urbaines glanées à droite et à gauche, car au fond ça fait partie de l'univers creepy, comme le reste de ce qu'on vous propose. On espère ainsi réussir à vous faire redécouvrir la sensation de malaise qu'on a lorsqu'on n'arrive pas à savoir si quelque chose est réel ou non (au moins pendant un certain laps de temps). En quelques mots, un retour aux sources du phénomène. Et dans le même temps les fictions avérées ne seront pas en reste grâce au Nécronomorial, et, croyez-moi, on a de quoi le remplir. Mais vous ne serez pas dépaysés, car les sorties des deux blogs seront annoncées sur la page Facebook habituelle, et un onglet va être ajouté sur CFTC pour naviguer facilement entre les deux.

Mais qui dit nouveau blog dit... nouveau design ! Et comme ceux qui vont en profiter, ce sera avant tout vous, nous vous proposons de prendre part à la réalisation de l'identité visuelle via un concours de graphisme. Trois éléments sont nécessaires : un logo, un fond pour la page et une image pour le coin supérieur gauche (largeur 250 max, hauteur 500 max). Si vous vous sentez vraiment à l'aise avec ça, vous pouvez carrément essayer de créer un thème blogger entier, mais ça c'est du bonus, ce dont on a besoin c'est vraiment les trois éléments que je viens de citer. Bien sûr, toute personne ayant créé un élément qui sera utilisé sur le site définitif sera crédité. Une petite référence à CFTC dans le logo et/ou le fond serait un plus, mais à part ça, vous êtes relativement libres, alors faites parler votre créativité !

En parlant de concours, j'en profite pour vous rappeler que le concours d'illustration de pastas touche à sa fin, si vous n'avez pas encore envoyé vos réalisations, c'est le moment. Dans tous les cas je vous souhaite de continuer à vous amuser avec nous, et espère que vous trouverez votre compte dans cet élargissement de contenu !


vendredi 24 mars 2017

SAR

Je ne voyais pas où d’autre poster ces histoires, donc je me suis dit que j’allais les partager ici. Ça fait quelques années maintenant que je suis un agent en recherche et sauvetage (SAR, search and rescue, ndlr), et au cours de ma carrière j’ai vu certaines choses qui pourraient vous intéresser. 
  
  • ·       J’arrive assez bien à retrouver les personnes disparues. La plupart du temps elles s’aventurent juste en dehors du sentier, ou tombent d’une petite corniche, et elles ne parviennent pas à retrouver leur chemin. La majorité d’entre elles connaît le vieux principe de « restez où vous êtes », et elles ne partent pas loin. Mais j’ai eu deux exemples où ça n’a pas été le cas. Les deux me dérangent beaucoup, et je m’en sers pour me motiver à travailler encore plus dur sur les affaires de disparitions où on m’appelle. Le premier cas était celui d’un petit garçon parti cueillir des baies avec ses parents. Lui et sa sœur étaient ensemble, et ils ont tous deux disparus au même moment. Leurs parents les ont perdus de vue pendant quelques secondes, et apparemment c’était assez pour que les enfants s’éloignent. Comme leurs parents ne parvenaient pas à les trouver, ils nous ont appelés, et nous sommes venus fouiller la zone. On a trouvé la fille assez rapidement, et lorsqu’on lui a demandé où était on frère, elle nous a dit qu’il avait été emporté par « l’homme ours ». Elle a dit qu’il lui avait donné des baies, et qu’il lui avait dit de rester silencieuse, qu’il voulait jouer avec son frère pendant un moment. La dernière fois qu’elle avait vu son frère, il était sur les épaules de « l’homme ours », et il avait l’air calme. Bien sûr, on a d’abord pensé à un enlèvement, mais on n’a jamais trouvé la trace d’un autre être humain dans cette zone. La petite fille insistait aussi sur le fait qu’il n’était pas comme les autres hommes, qu’il était grand et couvert de poils, « comme un ours », et qu’il avait un « visage étrange ». On a cherché les environs pendant des semaines,  c’était une des plus longues affaires sur lesquelles j’ai travaillé de ma vie, mais on n’a jamais trouvé la moindre trace de ce gosse. L’autre était une jeune femme qui faisait de la randonnée avec sa mère et son grand-père. D’après la mère, sa fille avait grimpé à un arbre pour avoir une meilleure vue de la forêt, et elle n’en était jamais redescendue. Ils ont attendu en bas de l’arbre pendant des heures, en l’appelant, avant de demander de l’aide. Une fois encore, on a cherché partout, et on n’a jamais trouvé la moindre trace d’elle. Je n’ai aucune idée d’où elle a bien pu aller, parce que ni sa mère ni son grand-père ne l’ont vu redescendre.
  
  • ·        Il m’est arrivé quelques fois de chercher des gens, seule avec un chien, et que ce dernier m’ait conduit directement à une falaise. Pas des collines, ni même des parois rocheuses, des falaises à pic, sans aucune prise. C’est toujours déconcertant, et dans ces cas on peut très bien trouver la personne de l’autre côté de la falaise, comme à des kilomètres de l’endroit où le chien nous a menés. Je suis certaine qu’il y a une explication, mais c’est quand même un peu bizarre.
  
  • ·        Une affaire particulièrement triste impliquait de récupérer un corps. Une fillette de neuf ans était tombée dans un talus, et s’était empalée sur un arbre mort. C’était un accident insolite, mais je n’oublierais jamais le son qu’a émis la mère lorsqu’on lui a annoncé ce qui s’était passé. Elle a vu le sac mortuaire être chargé dans l’ambulance, et elle laissa échapper le hurlement le plus déchirant, le plus marquant que j’ai jamais entendu. C’était comme si sa vie entière s’effondrait autour d’elle, et qu’une part d’elle-même était morte avec sa fille. J’ai appris d’un autre agent SAR qu’elle avait mis fin à ses jours quelques semaines après l’évènement. Elle ne pouvait pas vivre avec la perte de sa fille.
  
  • ·        Je faisais équipe avec un autre agent SAR parce qu’on avait reçu des rapports indiquant la présence d’ours dans la région. On était à la recherche d’un type qui était parti faire de l’escalade et qui n’était pas revenu à l’heure prévue. On s’est retrouvés à devoir nous-mêmes sérieusement escalader pour atteindre sa position présupposée. On l’a trouvé piégé dans une petite crevasse avec une jambe cassée. Ce n’était pas beau à voir. Il était resté là pendant presque deux jours, et sa jambe était très manifestement infectée. On a été capable de le mettre dans un hélicoptère, et l’un des médecins m’a dit qu’il était totalement inconsolable. Il n’arrêtait pas de raconter comment il se débrouillait bien, et qu’une fois arrivé au sommet, un homme était là. Il disait que le gars n’avait pas d’équipement d’escalade, qu’il portait une parka et un pantalon de ski. Il s’est approché de l’homme, et quand ce dernier s’est retourné, notre blessé affirmait qu’il n’avait pas de visage. Il n’y avait juste pas de traits. Il a paniqué, et a voulu descendre de la montagne trop vite, c’est pourquoi il est tombé. Il disait qu’il pouvait entendre l’homme toute la nuit, descendant de la montagne et poussant ces horribles cris étouffés. Cette histoire m’a vraiment dérangé. J’étais contente de ne pas avoir été présente pour entendre ces cris.
  
  • ·       Une des choses les plus effrayantes qui me soit arrivée s’est produite lors de la recherche d’une jeune femme qui avait été séparée de son groupe de randonnée. On est resté dehors jusqu’à tard le soir, parce que les chiens avaient senti son odeur. Lorsqu’on l’a trouvée, elle était roulée en boule sous une grosse bûche pourrie. Il lui manquait ses chaussures et son sac, et elle était manifestement en état de choc. Elle n’était pas blessée, et on a pu la ramener à pied à la base des opérations. Le long du chemin, elle n’a pas arrêté de jeter des regards en arrière, et de nous demander pourquoi « ce grand homme avec les yeux noirs » nous suivait. On ne voyait personne, alors on a juste supposé que c’était une sorte de symptôme bizarre lié au choc. Mais plus on se rapprochait de la base, plus elle devenait agitée. Elle ne cessait pas de me demander de lui dire d’arrêter de lui « faire des grimaces ». A un moment elle s’est arrêtée et s’est retournée pour crier dans la forêt, disant qu’elle voulait qu’il la laisse tranquille. Elle n’allait pas le suivre, poursuivait-elle, et elle n’allait pas nous donner à lui. On est finalement parvenus à la remettre en marche, mais on a commencé à entendre tous ces sons étranges qui provenaient de partout autour de nous. C’était presque comme des bruits de toux, mais plus rythmé, et plus grave. C’était presque comme des insectes, je ne vois pas vraiment comment le décrire autrement. Une fois en vue de la base, la femme s’est tournée vers moi, et ses yeux étaient aussi écarquillés qu’il me semblait être humainement possible. Elle me touche l’épaule, et dit « Il dit de vous dire de vous dépêcher. Il n’aime pas regarder la cicatrice sur votre nuque. » J’ai une très petite cicatrice à la base de ma nuque, mais c’est en grande partie caché par mon col, et je n’ai aucune idée de comment cette femme a pu la voir. Juste après qu’elle l’ait dit, j’ai entendu cette étrange toux juste à côté de mon oreille, et j’ai failli sursauter. Je l’ai poussée vers la base, en essayant de cacher à quel point j’avais les jetons, mais je dois bien avouer que j’étais soulagée de quitter la zone cette nuit.
  
  • ·        C’est la dernière que je vais raconter, et c’est probablement la plus bizarre que j’ai à offrir. Alors, j’ignore si c’est vrai dans toutes les unités de recherche et sauvetage, mais dans la mienne, c’est une sorte de chose taboue que l’on rencontre assez communément. Vous pouvez essayer d’en parler avec d’autres agents SAR, mais même s’ils savent de quoi vous parlez, ils n’en diront probablement rien. Nos supérieurs nous ont ordonné de ne pas en parler, et maintenant on s’y est tellement habitué que ça ne parait même plus bizarre. Dans à peu près toutes les affaires où on est appelé au plus profond de la forêt, j’entends par là 30 ou 40 miles, à un moment ou un autre on trouve des escaliers au milieu des bois. C’est presque comme si vous preniez les escaliers de votre maison, que vous les découpiez, et que vous les mettiez dans la forêt. J’ai demandé de quoi il s’agissait la première fois que j’en ai vu, et l’autre agent m’a juste dit de ne pas m’en inquiéter, que c’était normal. Tous ceux à qui j’ai posé la question avaient la même réponse. Je voulais aller les inspecter, mais on m’a dit, avec beaucoup de conviction, que je ferais mieux de ne jamais m’en approcher. Maintenant je me contente de les ignorer quand j’en rencontre, parce que ça arrive si souvent.
  
J’ai beaucoup d’autres histoires, et si jamais ça vous intéresse, j’en raconterais quelques-unes demain. Si quelqu’un a des théories concernant les escaliers, ou si vous en avez vu également, dites-le-moi.
Traduction : The Dude

Premier épisode d'une pasta épisodique, restez à l'affut de la suite !
Source
Partie 2
Partie 3

mercredi 22 mars 2017

Enterrée

Bonjour à tous les membres de la communauté, c’est X48Z. J’écris ce message pour vous donner des conseils, pour vous aider à mettre un terme à certaines choses faîtes dans certaines circonstances, vous savez, ces choses étranges qui finissent par vous échapper et que vous ne pouvez plus contrôler. Alors suivez bien ce que j’ai à vous dire, c’est ça mon premier conseil.

Donc, il y a trois nuits, aux alentours d’une heure du matin, je l’ai vue passer très vite dans le couloir. Ç'était une silhouette blanche, pas plus haute qu’une fillette. Bon, d’habitude, je suis complètement bourré à cette heure-là, mais ma voiture avait un problème de batterie et je n’avais pas pu faire le plein d’alcool à l’épicerie, me contentant d’une demi-bouteille de whisky pour la soirée. Oui, je noie ma solitude dans l’alcool, et alors ? Où est le problème ? Mes hallucinations ? Non, ce n’en était pas et vous allez comprendre pourquoi.

La nuit d’avant d’hier même constat : j’étais allongé sur le lit, complètement pété cette fois, car j’avais refait mes provisions, et au moment de fermer mon second oeil, la fillette aux longs cheveux noirs est passée rapidement dans le couloir en faisant claquer ses maudits petits pieds sur le carrelage. En plus, elle pleurait, criait, c’était très désagréable. Je lui ai dit d’attendre, que je voulais lui causer, mais elle a continué pour disparaître je ne sais où. Alors de deux choses l’une : ou c’était vrai, ou je devenais complètement cinglé.

Bon, au début, j’ai cru que c’était à cause de l’alcool, mais la nuit dernière, je n’avais bu qu’une toute petite bouteille de vodka quand j’ai vu la fillette courir dans le couloir avant de s’arrêter devant ma porte. Elle m’a fait signe d’approcher. J’entendais sa respiration d’asthmatique et ça puait le diable, le fumier ou la terre mouillée, un truc de ce genre-là.

Waouh, quand un truc comme ça vous fait signe de venir, vous lui faites signe de partir ! C’est ce que j’ai fait. Sa mâchoire a craqué en même temps qu’elle a ouvert la bouche pour me hurler dessus ! C’était si fort que je me suis bouché les oreilles. Un putain de cri suraigu. Heureusement, la porte a brusquement claqué devant sa face. Mais elle s’est mise à cogner dessus si fort que les murs de ma chambre ont tremblé. Même ma lampe de chevet se déplaçait sur la table de nuit. Puis ça s’est arrêté d’un coup, comme si tout ça n’avait jamais existé. J’ai voulu me rassurer alors je me suis levé comme j’ai pu et tant bien que mal j’ai réussi à atteindre la porte sans me casser la gueule. J’ai l’ai ouverte et par l’entrebâillement j’ai vu… un œil blanc avec une demi-pupille noire qui me fixait. J’ai hurlé et elle a fui. Avait-elle eu peur de moi ? En tout cas, elle s’est enfuie vers le fond du couloir. Puis elle a descendu les escaliers comme une araignée, à l’envers, le ventre en l'air. J’vous jure, c’est réellement ce qui s’est passé, ce que j’ai vu ! Quand je suis arrivé en bas, elle avait disparu, mais à travers la vitre du salon, j’ai vu sa silhouette courir dans le jardin. Sous la lumière d’un clair de lune, j’vous dit pas l’effet que ça fait !

J’ai 49 ans et les fantômes, les esprits, tout ce folklore, ce n’est pas trop pour moi. Mais je dois avouer qu’au fond de moi, j’avais une sacrée pétoche. En plus, y’ comme un truc diffus dans ma caboche qui commençait à comprendre ce qui se passait.

L’idée de revoir cette chose venir me rendre une autre petite visite ne m’enchantait guère. Deux solutions se présentaient à moi : soit je me torchais la gueule comme jamais et la petite pouvait toujours venir me serrer l'épaule, je ne me réveillerais pas. Soit, bah, je trouvais la deuxième solution.

Et j’ai eu l’idée d’un chien. Quoi de mieux qu’un chien pour vous protéger ? L’après-midi même j’ai été trouvé mon pote, René, et il m'a prêté Popeye, un rottweiler tout en noir et tout en muscles. On était ami avec Popeye, il me faisait la fête à chaque fois qu’il me voyait, et il m’a suivi sans problème. Dès qu’il a mis une patte dans le salon, il a reniflé, le museau en l’air, comme s’il avait flairé quelque chose. Bon, je venais de péter, mais ce n'était pas ça ! D’un coup, Popeye a bondi jusqu’à la porte-fenêtre, a collé sa truffe contre la vitre et a grogné en regardant le jardin. Sa tête allait de droite à gauche, de gauche à droite, sans aucune interruption. La vache, ça m’a fait un drôle d’effet de voir ça. Voyait-il la silhouette ? Mais peut-être qu'il avait envie de chier et qu’il hésitait à trouver le bon endroit ?

Un ouragan noir a traversé le jardin quand je lui ai ouvert la porte-fenêtre. Il gueulait comme un fou. Heureusement mon plus proche voisin était à deux cents mètres sinon j’étais bon pour le ramener à René.

D’un coup, Popeye s’est arrêté net et s’est mis à creuser au fond du jardin, en plein milieu de mon parterre de fleurs. Je me suis précipité en lui hurlant d’arrêter de massacrer mes marguerites, mais il continuait de creuser comme un fou. Arrivé près de lui je n’ai pas osé le toucher. Non pas parce que j’avais peur de ce molosse, mais parce que je me demandais pourquoi j’avais planté des marguerites ? C’est moche et ça put les marguerites non ? Pourquoi pas des roses ou des tulipes ? Bizarre ? En tout cas, je ne m’en souvenais absolument pas.

Popeye a arrêté de creuser la terre puis a jappé en regardant son trou. La vache, j’étais bon pour aller faire un tour à Jardiland ! C’était un vrai massacre ! Et puis, j’ai distingué des petits os recouverts d’une fine couche de chair bleuâtre. L’ensemble formait comme une main crispée qui tenait une tête en fourrure mélangés à la terre. Et d’un coup paf, la mémoire m’est revenue ! La petite fille que j’avais appâtée avec le nounours ! Quel soulagement ! C’était son fantôme qui hantait mon couloir depuis trois nuits ! Avant que j’en aie l’idée, j’ai entendu des craquements. Popeye bouffait la main au cadavre ! Puisqu’il avait faim et que je n’avais rien à lui donner à manger, j’ai été prendre ma pelle, j’ai déterré le corps décomposé de la fillette – finalement ce n’est pas mes marguerites qui puaient – et ce brave Popeye n’en a pas laissé une miette ! Aussi bon que des épinards ! Brave bête !

Le soir venu, j’ai pris mes deux bouteilles de whisky et je suis monté dans la chambre. Je me suis assis en tailleur sur mon lit et, tout en sirotant cet excellent sirop de malt, j’ai guetté le couloir. Eh bien rien du tout ! Ni fillette, ni cri, ni puanteur, rien du tout ! Le panard total ! Putain, j’ai dormi comme un loir jusqu’à midi !

Alors voilà mon conseil : pour éviter les revenants et autres esprits des gens qui n’ont pas obéi à certains de vos ordres, achetez un chien et surtout, donnez-lui les restes de la personne pas sympa ! Et d’un, vous ferez des économies de bouffe, et de deux, vous dormirez tranquille !  Bon, demain je passe à Jardiland pour acheter des marguerites puis devant l'école primaire, pour…


lundi 20 mars 2017

La maison

Je suis pauvre, j'habite dans un appartement 2 pièces en bordure de ville et c'est assez difficile les "30 derniers jours du mois" comme dirait le chanteur. Je suis étudiant en Lettres Modernse dans une grande ville, j'ai donc des amis avec une grande mixité culturelle : des noirs, des riches, des pauvres, des russes etc... Je suis assez sociable et c'est souvent qu'on m'invite pour une fête, une soirée ou même juste un cinéma. Ce qui est plutôt pratique car, comme ça, j'esquive de me retrouver seul sans avoir à manger dans le frigo.

Ce que je veux vous raconter a commencé quand je suis parti en vacances dans la famille d'un pote il y a même pas un an, un mec sympa, famille riche, papa maman était dans une banque tout ça, des gens cool et une grosse baraque pour nous pendant les vacances d'été. Du moment qu'on rangeait et qu'on était polis avec la vieille voisine.

Tout s'est très bien passé, il n'y a pas eu de meurtre ou de malédiction indienne pendant les vacances, la maison était immense. On a commencé à faire des conneries dans les chambres genre château fort avec les cousins et tout ça, des jeunes qui s'amusent comme des gamins c'est vrai.

Malgré plusieurs jours dans la maison, j'avais encore du mal à m'orienter, faut dire que j'ai toujours eu un mauvais sens de l'orientation, je me suis déjà retrouvé dans le village d'à côté en me baladant à vélo, parce que j'avais pris un chemin à la place d'un autre.

Quand je commençais à me faire un plan dans la tête, la maison semblait changer. La première fois que je me suis retrouvé à l'autre bout de la demeure au lieu du salon où on avait fait nos quartiers, j'ai mis ça sur le compte de l'état avancé du taux d'alcool dans mon sang. Mais ça a continué, même durant la journée. J'ai jamais été un gros buveur, je bois en soirée et quand faut s'amuser, mais en journée ou comme ça j'ai du mal.

J'étais donc assez rapidement perdu dans cette maison, et il semblait que j'étais le seul.
On était 5, mon pote, un couple d'amis, une amie et moi, et j'étais rapidement devenu celui qui allait chercher les bières dans la cave, à l'autre bout de la maison, tout simplement parce que j'étais celui qui buvait le moins.

Quand j'étais accompagné je ne me perdais pas, et il me semble que personne ne se soit perdu à part moi.

La dernière semaine a été vraiment le centre de tous les hasards. Parfois j'arrivais au milieu du salon alors que je voulais aller aux toilettes, je sortais d'une pièce pour finir par y revenir. J'ai fini par rester soit dans le salon, soit dans ma chambre, par peur de me perdre.
Et puis est arrivé le dernier jour. On avait empaqueté les affaires dans le couloir d'entrée "principal" et on était partis boire une dernière bière pour fêter les belles vacances qu'on avait passées. Après une ou deux bières, j'ai eu une envie pressante, je me suis donc décidé à aller pisser dans les toilettes les plus proches pour pas me perdre.

Et c'est là que je me suis perdu.

Le couloir décrépissait à vue d’œil, le papier peint tombait et y'avait des morceaux de plâtres sur le sol. J'ai fini par trouver les toilettes, ayant à peine remarqué tout ça. Assis sur le trône, j'ai commencer à voir des insectes passer en dessous de la porte, un ou deux. Étant à la campagne, j'avais pris l'habitude, mais on était vachement dans l'intérieur de la maison quand même. Je me suis relevé, j'ai reboutonné mon pantalon et je suis sorti. Répondant à des sms sur le chemin du retour, je ne remarquais qu'à peine les insectes assez nombreux. Finalement, en butant sur une porte, j'ai relevé la tête.

J'étais au milieu d'une maison dévastée, il y avait des planches devant les vitres, des meubles défoncés. J'étais estomaqué, abasourdi. J'ai tourné la poignée de la porte (qui tenait à peine sur ses gonds), et je me suis retrouvé dans le salon que j'avais quitté quelque temps avant mais recouvert d'insectes.

Je suis resté à contempler la pièce pendant de longues secondes. Puis j'ai hurlé. Des insectes commençaient à grimper sur moi, une masse informe de pattes, de poils et de je ne sais quoi encore. J'ai frappé avec mon portable et j'ai couru le plus vite possible, je voulais pas me faire attraper par ce flot infâme. J'ai fini par me taper la tête contre un plafond trop bas.

Je suis tombé dans les pommes pendant quelques instants, quand j'ai repris connaissance, je me suis douloureusement relevé et je l'ai vu. Un tapis d'insectes, qui se déplaçait rapidement vers moi. J'étais coincé dans un couloir sans porte, face à une mer d'insectes grouillants, j'étais angoissé, terrifié, j'ai toujours eu peur des insectes et là c'était trop, trop pour moi. Je pensais ma dernière heure arrivée. Mais ils se sont arrêtés à une bonne dizaine de centimètres de moi, formant un cercle autour de moi. J'étais tétanisé. A bout de nerfs, les heures sont passées lentement. Trop lentement. Je commençais à perdre le combat mental, je savais qu'ils attendaient que je m'endorme pour grimper sur moi et rentrer dans ma bouche, mon nez ou mes oreilles.

Je me suis imaginé des dizaines de fois après ça pourquoi ils ne s'étaient pas rapprochés. J'ai fini par m'endormir. Quand je me suis réveillé, j'étais dans les toilettes, dans la maison "normale". J'aurais pu croire que ce n'était qu'un rêve mais j'avais mon pantalon reboutonné, une bosse sur le front et une fissure sur le portable. Je suis vite allé retrouver mes amis, il semble que je n'ai pas pris plus que le temps habituel, nous sommes partis. J'ai jamais plus remis les pieds là-bas, malgré des bonnes vacances globalement.

J'ai cru que la maison était le centre de ce phénomène, j'ai commencé à me perdre même a la fac. Je me perdais évidemment jamais chez moi mais parfois dans mon immeuble je finissais au 3eme alors que j'habite au 1er. Chez des amis à moi je restais dans le salon ou avec des gens pas loin. J'ai même commencé à avoir des problèmes car je n'allais presque plus aux toilettes, en dehors de chez moi.


Et ça a recommencé. Mais cette fois-ci c'était bien pire.


Je rentrais de soirée, seul, mon appart était pas loin et il y avait un fond d'air assez agréable. J'écoutais un morceau en marchant tranquillement quand je me suis retrouvé devant le petit commerce du coin. Ce qui était totalement pas du tout la direction que j'ai pris. Tout était éteint et je me suis dit que j'avais encore dû prendre le mauvais chemin, j'ai donc fait demi-tour. Sur le chemin j'ai commencé à avoir peur de me retrouver dans la même situation que dans la maison. Et j'avais raison, je me suis retrouvé quasiment à l'autre bout de la ville. Je n'avais pas pu marcher autant, et surtout pas sans croiser l'immeuble de mon pote que j'aurais reconnu. J'ai utilisé le GPS de mon portable et j'ai suivi la route précise qu'il m'indiquait, regardant partout pour être sûr de rien perdre qui pourrait m'aider à sortir d'ici. Mais je me suis retrouvé dans un coin que je connaissais pas du tout, et le portable indiquait que j'étais arrivé chez moi.


On était en week-end et il y aurait dû avoir du monde, il n'était pas si tard que ça. J'ai cherché un point de repère pour le suivre des yeux mais je n'ai pas vu l'église assez grande qu'on voit dans beaucoup d'endroits de ma ville. En regardant sur le plan du bus, je me suis rendu compte de deux choses :

Je n'étais plus dans ma ville.
Je ne connaissais pas du tout l'alphabet utilisé.

J'ai pris mon courage à deux mains et j'ai cherché une place ou un centre-ville. Mon portable m'indiquait l'océan pacifique. L'air a commencé à puer, salement même, j'avais un début de rhume et malgré ça je sentais bien l'odeur de pourriture. Les maisons étaient toutes abandonnées, fermées par des planches. En tournant plusieurs fois et en cherchant plusieurs endroits, je me suis retrouvé dans une ruelle, alors que j'étais rentré dans une grande rue. Elle était mal éclairée, et mon esprit qui connaissait assez bien les clichés de films avec des ruelles obscures et des monstres dans les égouts me criait de faire demi tour, ce que j'ai bien évidemment fait. Et je me suis retrouvé dans la même ruelle, j'ai eu tellement peur que mon portable a sauté de mes mains, je me suis baissé pour le ramasser tout en gardant un œil sur la ruelle. J'ai pris mon courage à deux mains, et aidé de la lumière de mon portable, j'ai commencé à marcher dans cette ruelle. J'ai entendu les bruits d'écrasement avant de sentir que mon pied avait marché sur quelque chose de gros et de gluant, en regardant ce que c'était, j'ai vu un énorme insecte à carapace, écrasé, remplie de liquide vert poisseux, ceux que j'avais vu dans la maison étaient plus petits, mais du même modèle, je pense que c'est les formes "adultes", sinon ça voudrait dire que ça grandit de plus en plus.

Le fait que je ne l'ai pas vu était tellement étonnant que j'ai commencé à éclairer chacun de mes pas, pour être sûr de pas en écraser d'autres, j'étais horrifié. Et j'en ai écrasé d'autres. Mais pas que. J'ai aussi eu la sensation que quelque chose grimpait sur moi, plusieurs fois, j'ai tapé et j'ai couru mais ça semblait toujours revenir à chaque fois que je ralentissais un peu, j'avais la peur au ventre, la sueur ruisselait. La ruelle était trop longue, c'était pas naturel du tout. Les maisons étaient toutes condamnées, sur l'une d'entre elles il y avait une feuille de papier avec des indications et des dessins préventifs, mais c'était dans l'alphabet que je ne comprenais pas. Je l'ai prise en photo pour montrer à un ami qui fait des études de langue. Mon adrénaline commençait à tomber et mes coups perdaient de la force. Mon portable n'avait plus de batterie et je me suis vite retrouvé sans lumière à marcher dans la ruelle obscure, les mains serrées à frapper mes jambes et les chaussures recouvertes de la matière visqueuse. Un insecte a presque atteint mon visage, ses pattes couvertes de poils et de petites pinces étaient trop proches de mon cou. J'ai crié et j'ai fermé les yeux en courant le plus vite possible.

Je me suis retrouvé au milieu d'une autoroute, vide heureusement. J'ai marché en essayant d'alpaguer des conducteurs mais personne ne s'est arrêté. J'ai fini par trouver une aire de repos où j'ai inventé un mensonge au mec de la caisse pour appeler de l'aide.

A bout de force, j'ai attendu mon pote chez qui j'avais passé la soirée. Je lui avais juste demandé de venir me chercher sans m'expliquer. J'étais à plus de 25km de la ville et il a prit un certain temps et quand il a fini par arriver, j'étais à deux doigts de m'endormir sur le parking. Je lui ai expliqué toute la vérité, il m'a difficilement cru mais il fallait bien une explication pour la matière visqueuse sur ma chaussure.

Une fois rentré chez moi et le portable chargé, j'ai envoyé l'image à mon ami, j'ai jeté mes chaussures dont la matière semblait ne jamais vouloir partir, j'ai pris une douche et je me suis endormi.


Le lendemain, hier, mon ami en langues m'a expliqué que l'alphabet était l'alphabet glagolitique, un alphabet slave qui a disparu après "l'invention" de l'alphabet cyrillique.  Il essayait de traduire ce que la feuille disait et le peu qu'il avait compris parlait d'"Insecte" et de "Saint". Il m'a dit qu'il me tiendrait au courant.

J'ai eu du mal à sortir de chez moi, j'ai passé quelque coups de fils pour rassurer des amis et j'ai regardé sur Internet pour voir si quelqu'un d'autre avait fait la même expérience, mais rien, tout du moins en ce qui était question des insectes et de l'alphabet.


Si j'écris tout ceci, en plus de faire témoignage, c'est pour tenter de comprendre, si quelqu'un sait quelque chose en rapport à tout ça j'aimerais vraiment votre aide. Car juste avant d'écrire tout ça, j'ai regarder le GPS de mon portable et il m'indiquait encore dans l'Océan Pacifique, même mon ordinateur semble me dire ça. Je suis pourtant chez moi. Mais l'odeur est présente depuis quelque heures. J'ai peur de sortir de mon salon. J'ai dormi sur le canapé cette nuit. Je commence à avoir envie d'aller aux toilettes mais j'ai vraiment peur que mon couloir soit remplacé par un couloir plus long. Rempli d'insectes. J'aurais pas la motivation pour une troisième fois, si ça devait m'arriver je finirais par perdre, ou alors les insectes seront trop gros, et je ne pourrai pas les écraser.
Aidez-moi je vous en prie.  


mardi 14 mars 2017

Aneki

Aneki… Aneki… je frissonne toujours en pensant à elle. Cinquante ans, c’était il y a cinquante ans et c'est comme si c’était hier. Mais comment aurais-je pu oublier les évènements les plus traumatisants de ma vie ?


Madame Garreau, notre maîtresse, nous l’a présenté par un froid matin d’hiver. C’était juste avant le début d’un cours de mathématiques, en CM2. Elle arrivait d’Osaka au Japon et venait d’emménager dans notre village. Longs cheveux noirs, visage pâle, cernes sous les yeux et joues creuses, Aneki n’était pas très jolie. Je dirais même qu’elle était inquiétante avec son pantalon serré qui soulignait la maigreur de ses jambes et son ample chemise dont le bras droit était replié dessous, en écharpe. Même si la maîtresse nous avait demandé d’être sympas avec elle, les petits rires méchants fusaient déjà dans la classe. Moi je ne riais pas, je ne me suis jamais moqué de personne et c’est peut-être pour ça que la maîtresse l’a assisse à côté de moi. Il est inutile de vous expliquer que j’étais plutôt mal à l’aise. Absorbé par son visage, je ne m’étais pas rendu compte combien elle était grande. Le sommet de mon crâne lui arrivait à peine à l’épaule ! De son seul bras valide, elle a déballé ses affaires en silence et puis j’ai entendu quelque chose de très étrange : les gargouillements de son ventre…

Aneki était toujours la première arrivée en classe et la dernière à en sortir. Son matériel scolaire était toujours impeccablement disposé sur la table quand j’arrivais le matin (souvent le dernier, je l’assume) et en fin d’après-midi elle attendait que tout le monde soit sorti pour les ranger.

Aneki ne parlait à personne et personne ne lui parlait. Tout le monde s’en fichait d’Aneki, personne ne cherchait à être ami avec elle et Aneki ne cherchait à être amie avec personne. Peut-être que son silence, son attitude figée au milieu de la cour de récréation, ses grands yeux sombres posés sans interruption sur quelqu'un décourageaient les filles de l’approcher. Les garçons s’en moquaient, mais de loin, ils avaient bien trop peur que la grande Aneki les suive jusqu’à chez eux et s’introduise en pleine nuit dans leur chambre pour leur faire Dieu sait quoi !

Aneki rentrait déjeuner chez elle, mais bizarrement, l'après-midi, j’entendais toujours les gargouillis de son ventre, comme si elle n'avait rien mangé. Une, peut-être deux semaines après son arrivée, un peu avant midi, j’ai pour la première fois entendu le son de sa voix. Brrr, j’en frisonne encore. Sa voix était faible, presque agonisante. Inutile de vous dire que j’ai poliment refusé son invitation à déjeuner, prétextant que ma mère m’attendait tous les midis, et ce, jusqu’à la fin de l’année scolaire ! Elle m’a répondu un long « dommageeeee » puis ne m’a plus jamais posé cette question. D’ailleurs, elle ne m’en a plus jamais posé du tout, et c’était très bien comme ça, car je peux vous l’avouer sans honte, elle me fichait une chiasse du diable cette Aneki !

La première disparition d’un enfant de l’école a eu lieu début mars, soit trois semaines après son arrivée. Le village était sens dessus dessous. La jeune victime était au CP, une jolie petite blonde rondouillarde, la meilleure copine de ma jeune sœur, Noémie.  On a retrouvé son corps quelques jours plus tard, dans le bois proche du village. Enfin, on a juste retrouvé des os cassés, mordillés ou sucés. Une sorte de couvre-feu a été déclarée pour les enfants avec ordre de ne plus sortir de chez eux après l’école.

Les jours qui ont suivi l’enlèvement de la petite fille ont vraiment été pesants. Tous les rires des enfants semblaient avoir quitté l’école et les parents avaient le visage fermé. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me douter de quelque chose quand j’ai aperçu le petit sourire en coin d'Aneki. Elle qui n’avait jamais souri avant la disparition de la fillette semblait plus heureuse. En plus, je faisais une fixation sur son bras sous sa chemise. Dès que je pouvais, je regardais à cet endroit. Parfois, j’apercevais un bref mouvement et j’avais l’impression que de petits doigts ou de petites griffes glissaient sous sa chemise. Parfois, elle sentait que je l’observais et tournait brusquement la tête. Ses yeux sombres étaient effrayants, mais je lui faisais toujours un petit sourire pour la rassurer. En tout cas, je ne voulais plus rester à côté d’elle, car je commençais réellement à faire de grosses crises d’angoisse. De plus, je trouvais que ses vêtements dégageaient une odeur de terre mouillée. J'ai alors pensé qu'elle dormait dehors ou qu'elle couchait dans une maison humide. Mais peut-être que je me faisais des idées, peut-être que mon cerveau gambergeait trop depuis la disparition de la petite ?

Ma mère a fini par obtenir mon changement de place. David, mon meilleur pote, a pris la mienne et s’est retrouvé à côté d’Aneki. Mais je n’étais pas mieux loti puisque je me suis retrouvé juste devant elle ! Inutile de préciser qu’au final, j’aurais préféré rester à ma place d’avant, car avoir Aneki dans le dos n’avait rien de rassurant. Dès que je sentais des picotements dans mon dos, des frissons parcouraient ma colonne vertébrale et je m’attendais à ce que cette mystérieuse main droite m’attrape la nuque et m'arrache les vertèbres cervicales. J’en faisais de terribles cauchemars. Quelques jours après mon changement de place, je me suis rendu compte d’autre chose : je n’entendais plus gargouiller son ventre. L'aspect d'Aneki aussi avait changé, son teint était plus rosé et les cernes noirs sous ses yeux avaient disparu. Même David avait remarqué ce changement et comme on n’a pas trouvé ça normal, on a décidé de l’observer avec plus d'attention.

Depuis la mort de la petite, Aneki avait aussi changé ses habitudes. Au lieu d’être plantée comme un totem en plein milieu de la cour, elle passait le quart d’heure de la récréation dans les toilettes des filles, que ce soit le matin ou l’après-midi. Ce n’était pas normal de rester aussi longtemps aux chiottes, comme ce n'était pas normal de rester en plein milieu de la cour de récréation à observer les autres.

Un matin, on l’a vu regarder partout avant d’entrer dans les toilettes. Sa grande carcasse était un peu recroquevillée comme si elle tenait quelque chose contre son ventre ou qu’elle avait mal à son bras invalide. C’était une semaine après la mort de la fillette. On a hésité un peu puis on s’est approchés. On a discrètement surveillé les entrées et les sorties des toilettes des filles puis la chance nous a souri, ou la malchance, je ne sais pas plus.

Les toilettes étaient disposées en longueur et Aneki se trouvait dans le compartiment du fond. Il n’y avait personne d’autre qu’elle. On s’est lentement approchés et on a commencé à entendre quelque chose que je n’oublierai qu’une fois les deux pieds dans la tombe : de courts grognements entrecoupés de bruits de succion. Puis on a entendu un petit cri suraigu. Quelque chose est passé sous le jeu de sa porte et a brièvement glissé sur le carrelage ; c’était une petite main d’enfant dont les doigts avaient été sucés ou rongés. L'os du poignet dépassait de la main ensanglantée et un coup de mâchoire avait creusé un trou dans la paume. Un morceau de chair pendait proche du petit doigt. Puis deux mains ont jailli de dessous la porte ; il y en avait une grande, normale, et une très petite, cadavérique, bleuâtre, aux longs doigts arqués qui tâtaient le sol à la recherche de la main arrachée. Le raclement des ongles crochus sur le carrelage était aussi horrible que le reste ! On s’est barrés en courant comme des dératés à l’autre bout de la cour. On a attendu d’être calmés pour en parler à la maîtresse. Sa réaction a été des plus inquiétantes : elle s’est mise à trembler de peur (du moins ce que je croyais à l’époque) puis a émis un long chut avec l’index devant ses lèvres. Puis elle nous a dit une phrase qui me hantera jusqu’à mes derniers jours : « Il lui en faut encore un puis mon bébé s'en ira ailleurs, alors chuuuuttttt, ne dis rien à personne, où Elle te dévorera les pieds puis les yeux ».

Une fois chez moi, j’ai supplié ma mère pour que la maîtresse me change de place sans lui en expliquer la véritable raison. M’aurait-elle cru si je lui avais dit qu'Aneki avait bouffé la main d’un gosse ? Et puis j’avais tellement peur des propos de la maîtresse que je n'ai rien osé dire. Je n’en ai pas dormi de la nuit et dès que j’entendais un bruit dans la maison, j'imaginais Aneki courir dans le couloir, s’arrêter devant la porte de ma chambre, l’ouvrir très doucement et passer sa main cadavérique dans l’ouverture, cherchant mon lit à tâtons avant de m’attraper les pieds et de me tirer vers elle pour me sucer les yeux !

La seconde disparition a eu lieu dès le lendemain de la scène d’horreur des toilettes. David, mon meilleur pote, manquait à l'appel. J’étais dans une panique totale et je serais devenu fou si on m’avait laissé devant Aneki. Mais la maîtresse n’a pas eu besoin de le faire, car Aneki avait elle aussi disparue. J’ai dit tout ce que je savais à la police, autant sur mes découvertes que sur les propos de la maîtresse. J’ai raté la classe pendant plusieurs mois, comme la maîtresse d’ailleurs (pour dépression selon la thèse officielle). J’ai été très malade. Je voyais Aneki partout, dans le couloir, dans ma chambre, dans mon placard, sous mon lit, derrière moi. J'avais continuellement l'impression de sentir sa petite main cadavérique me gratter le dos, les cheveux ou l'arrière des cuisses. Et puis, avec le temps et l’aide d’un psy, cela s’est peu à peu calmé.

Aneki n’est jamais réapparue. Du moins pas dans mon village. D’autres disparitions ont eu lieu dans la région, d’autres enlèvements, d’autres meurtres sordides avec des cadavres d’enfants déchiquetés ou carrément dévorés. Les rumeurs allaient bon train et toutes les bêtes du folklore breton, celte, irlandais ont été citées. Ce que j’ai trouvé étrange c’est que personne ne parle des légendes japonaises ?

En tant que victime collatérale, j’ai eu accès au dossier à ma majorité. Dès les premières lignes, je n’ai pas cru que je lisais, j’ai cru qu’il s’agissait d’un autre rapport. La principale accusée dans cette histoire était madame Garreau, mon ancienne maîtresse. J’ai dû m’asseoir pour lire la suite.

Madame Garreau était une jeune veuve de quarante ans. Pendant des années, elle avait essayé d’avoir un enfant avec son mari. Sans succès. Du moins, pas d'un certain point de vue. D’après le rapport, le couple aurait fait un court séjour touristique au Japon neuf ans plus tôt. Madame Garreau serait revenue enceinte et sans son mari, mort dans des circonstances tragiques et non élucidées (un meurtre suivi d’une éviscération et d’un dépeçage). Quelque mois plus tard, elle a fait une fausse couche et a perdu le bébé (une fille d'après le rapport médical). Les flics ont perquisitionné chez elle et si l’extérieur de sa maison était dans la norme avec son petit jardin et sa façade en briques, l’intérieur était immonde : cadre de travers sur des murs jaunâtres, carrelage cassé, canapé éventré et meubles en piteux états. Sur toute les photos, une m’a particulièrement choqué : une chambre d’enfant avec un lit dont deux pieds étaient cassés, ce qui le faisait pencher d’un côté. Dessus, même si c’était assez sombre, j’ai remarqué la silhouette d’une grande poupée. Je l’ai aussitôt reconnue : cette poupée était le cadeau d’anniversaire de ma petite sœur à cette pauvre fillette disparue en premier ! C’est à ce moment que j’ai compris une chose horrible : la main qu’Aneki dévorait la toilette devait sans doute lui appartenir !

Ma petite soeur Noémie m’a téléphoné ce midi. Elle était morte de peur, sa voix tremblait. Elle a balbutié que la poupée était réapparue entre les bras de sa fille ce matin. J’ai trouvé ça tout à fait normal qu’Anaïs amène sa poupée pour déjeuner, mais Noémie m’a affirmé que cette poupée ne lui appartenait pas, que c’était la poupée de sa camarade disparue il y a un demi-siècle ! Au début, je ne l’ai pas cru, je lui ai dit qu’elle faisait une erreur, qu’après 50 ans il ne devait pas rester grand-chose de ce jouet. Elle m’a alors fourni un détail qui m’a fait froid dans le dos : la main droite de la poupée avait été arrachée et remplacée par une autre bien plus maigre et d’une couleur bleuâtre !

Il est 23h00. J’ai passé la journée dans ma chambre d’hôpital, j’ai peur de sortir. Je me sens oppressé, j'ai le dos, les cheveux qui me démangent, je n'arrête pas de me gratter. J’ai posté mon histoire sur plusieurs forums consacrés aux phénomènes paranormaux, aux revenants, aux entités maléfiques d’origine japonaise.  J’attends vos commentaires, peut-être votre aide. Merci.    


samedi 11 mars 2017

Je n'ai plus de fils homosexuel

Il y a quelques mois, mon fils aîné, Charlie, nous a annoncé son homosexualité.
Il nous a demandé de nous asseoir, dans le salon, et nous a tout confessé. L'attrait qu'il avait pour les hommes, depuis son plus jeune âge. Il nous a même dit qu'il avait un petit ami qu'il voulait nous le présenter. Justine, ma femme, et moi, avions des soupçons, mais cette révélation nous a quand même choqués.

Inutile de préciser que Charlie n'est plus mon fils.

Vous voyez, de temps en temps, les ados de notre ville ont des envies... non-naturelles.
Nous essayons de corriger ces désirs impurs dès l'enfance - Leur faire comprendre la différence entre ce qui est bien et ce qui ne l'est pas. Si vous ne tuez pas ces pensées dans l’œuf quand ils sont encore jeunes, elles se renforcent une fois l'adolescence atteinte.

Nous tentons de contrôler ces enfants déviants en les sermonnant, encore et encore, de la prière du matin jusqu'à la messe du dimanche.

"Vos pulsions impies sont un choix", leur disions-nous.

«Vous pouvez choisir le ciel ou vous pouvez choisir l'enfer. Que choisissez-vous ?»

Pour beaucoup de jeunes, la menace de la damnation éternelle suffit pour les mettre sur la bonne voie.  Mais il y a ceux qui s'accrochent à leurs perversions, qui se convainquent que leur choix de vie est le bon.

Si seulement nous avions pu les convaincre. Cela aurait peut-être pu sauver Charlie.

Je ne comprendrai jamais ce qui oblige ces adolescents à commettre un si terrible péché. Certains disent que ce sont les médias qui corrompent l'esprit des jeunes. D'autres pensent que c'est juste le mal primitif de l'humanité, que c'est inévitable. Tout ce que je sais pour sûr, c'est que ces adolescents souillent notre Seigneur, et notre ville, sans remords.
Il y a probablement des gens qui nous traiteraient d'intolérants. Cela ne nous gêne pas. Nous croyons qu'il y a certaines transgressions qui ne devraient tout simplement pas être tolérées, en aucune circonstance.

Et nous ne tolérerons jamais l'enlèvement, la torture et le meurtre.
Non, je n'ai plus de fils homosexuel. Je n'ai plus de fils homosexuel car ces gros tarés d'enfoirés l'ont assassiné.

Traduction : Kamus

Source

jeudi 9 mars 2017

Cadeau empoisonné

Si vous comptez vous lancer dans l'aventure Youtube, sachez que ce n'est pas exempt de risques. En effet, vous allez peut être réussir et devenir connu, mais vous n’envisagez que les bon cotés de la notoriété. Etre célèbre amène son lot de fans en tous genre, mais aussi une bonne partie de haters. Et ceux là, peuvent être très virulents. Ainsi il est important de toujours se protéger et de ne pas divulguer ses informations privées, même si c'est pour recevoir des cadeaux. Si je n'ai pas réussi à vous convaincre, peut être que cette histoire le fera.
 
Il y a quelques années, j'étais ami avec un gars, que je nommerais Mathieu (Ce n'est pas son vrai nom). Étant un gamer depuis pas mal de temps, il avait décidé de partager sa passion sur Youtube, en ouvrant sa chaîne, "Destroy Gaming". Celle-ci était composée majoritairement de Let's Play, et d'enregistrements de ses streams sur Twitch.

Je ne suis pas vraiment fan de ce type de contenu "Fast Food" sur Youtube, mais ça a l'avantage de marcher, et il avait rapidement atteint une petite communauté de 5000 abonnés. Il avait ouvert une page Facebook pour sa chaîne, ainsi qu'un compte Twitter. Tout allait bien pour Mathieu, mais il avait de plus en plus de haters, qui l'insultaient pour aucune raison à chaque vidéo. Il ne savait pas ce qu'il avait fait pour mériter ça, mais après tout il ne faut pas chercher à comprendre ces gens-là. Il ne sont là que pour cracher leur haine à tout bout de champs.

Bref, vous vous en doutez, tout ça n'a pas duré. A Noël, Mathieu avait fait une vidéo spéciale, un "Unboxing" de cadeaux, envoyés par sa communauté. c'est assez commun chez les Youtubers connus, ils se font offrir beaucoup de cadeaux et aiment les ouvrir devant la caméra afin d'en faire une vidéo.

Cette vidéo avait curieusement fait beaucoup plus de vues que d'habitude sur sa chaîne, il s'en était félicité sur Facebook :



Parmi ces cadeaux, il se trouvait une statuette en bois représentant un homme à tête de bouc. On ne savait pas vraiment ce qu'elle représentait, mais on la trouvait vachement classe. Mathieu l'avait installée dans sa vitrine, au côté de ses figurines et autres choses offertes par ses fans.

C'est à partir de là que Mathieu avait commencé à avoir une poisse incroyable. Jugez en par vous-même, j'ai gardé certains tweets de l'époque :



Ça a duré pendant des mois. De la poisse du soir au matin. De plus, la perte d'un de ses 3 chats l'avait beaucoup affecté....

Ça fait un bel enchaînements de mauvaises choses en si peu de temps. Il avait remarqué que ses ennuis ont commencé le jour où il avait reçu cette statuette. Il était très superstitieux, alors il avait fait des recherches et découvert que celle ci était une représentation du Diable. Il avait essayé de retrouver la personne qui lui avait envoyé ce cadeau, pour la lui retourner, mais il n'avait reçu aucune réponse.



Du coup, il a essayé de s'en débarrasser. Mais le choses ne sont jamais aussi simples...



Pour la fameuse vidéo :




C'était assez étrange. Pour tout vous dire, j'ai été témoin du phénomène. On avait beau la détruire, la cramer, l'enterrer, dès qu'on quittait les yeux de la vitrine, elle revenait. Mathieu a bien essayé de faire venir un spécialiste, mais personne ne voulait venir dans ce village paumé pour constater le phénomène.

Au fil des mois passés à subir toutes sortes de mésaventures, Mathieu devenait de plus en plus replié sur lui même. Il ne sortait plus de chez lui. Il avait tout perdu, argent, famille, amis. Il ne pouvait plus être Youtuber, car quelque soit l'opérateur, sa connexion ne fonctionnait pas 80% de temps. Il avait juste un débit très lent via son téléphone portable.



Jusqu'à son dernier Tweet...



Le lendemain, Mathieu s'est pendu, chez lui. La statuette, elle, n'était plus dans la vitrine. Nous ne l'avons jamais retrouvée. Les parents de Mathieu m'ont demandé de supprimer tous ses comptes sur les réseaux sociaux, par respect pour leur fils. J'ai quand même gardé les copies d'écran que vous avez pu voir. J'ai supprimé également sa chaîne youtube, que des fans se sont empressé de prendre le nom. Il ne reste plus rien du vrai Destroy Gaming en ligne.

Voilà, c'est la fin de la petite histoire. Si vous croyez que c'est un ramassis d'inepties, tant mieux pour vous. Pour ceux qui croient à mon histoire, faites bien attention aux cadeaux que vous recevez d'inconnus. Vous ne savez jamais ce qu'ils contiennent et ce qu'ils peuvent vous faire.


mardi 7 mars 2017

Ubloo (partie 4.5)

J’ai lu quelque part que les feux des voitures de police étaient conçus de manière à ce que l’œil humain ne puisse pas s’y adapter, de manière à demeurer constamment voyants. Ça fait quatre ans que je teste cette théorie, depuis que je suis dans la police, et je vais être honnête avec vous, je pense que c’est vrai.  

Avoir les lumières sans le son m’a toujours fait bizarre, mais à cette heure-ci je ne voulais surtout pas réveiller les gens pour rien. Par ailleurs, il n’y a personne sur la route à cette heure, et franchement les lumières elles-mêmes ne sont pas nécessaires.  
   
J’ai reçu une plainte pour tapage nocturne, avec possiblement des coups de feu, dans la vieille école. C’est sûrement encore une bande d’ados qui s’amusent avec des pétards en prétendant voir des fantômes et tout le bordel.  

J’ai secoué la tête. J’espère juste que ça ne sera pas encore ces deux crétins, qui ont soi-disant besoin « d’enquêter ». C’étaient les pires. Les frères… comment déjà ? Westchester ? Winchendon ? Peu importe.  

Le moteur rugissait sous mon capot alors que j’accélérais sur le trajet de l’école. J’ai éteint les phares en prenant le dernier virage et je me suis garé à l’extérieur. Je suis sorti de ma bagnole pour inspecter le portail à l’aide de ma lampe de poche. Ça avait l’air d’être ouvert. Quelqu’un avait dû oublier de le refermer. J’ai à nouveau secoué la tête. Autant proposer aux gens de squatter…  
   
Je me suis avancé jusqu’au portail et je l’ai ouvert. Je vais vous dire, je n’ai jamais été du genre à croire au paranormal, mais cet endroit me filait la chair de poule. J’ai grimpé les marches de l’entrée silencieusement, et j’ai écouté. Il n’y avait pas l’air d’y avoir de gosses à l’intérieur. Je suis resté là à tendre l’oreille pour en être certain, et j’ai conclu qu’ils avaient dû partir. J’ai inspecté l’intérieur à travers une fenêtre à l’aide de ma lampe torche, et tout semblait normal.  

« Voiture 4 à Centrale, ai-je dit à ma radio.  

– Allez-y voiture 4, » a répondu la voix.  
J’ai commencé à faire le tour du bâtiment, à la recherche de signes d’effraction, agitant ma lampe torche de-ci de-là.  

« On dirait que s’il y avait des gens dans l’école, ils ont fiché le camp. Je n’entends rien à l’intérieur.  

– Bien reçu Voiture 4.  

– J’vais faire une inspection vite fait par acquis de conscience. Je vous tiens au courant. Terminé. »  

J’ai fait le tour du bâtiment, ce qui a pris du temps étant donné sa taille. Mais ce n’était pas non plus la première fois. L’endroit attirait beaucoup l’attention, surtout à Halloween, quand le mythe local selon lequel il est hanté refait surface. Les gosses j’vous jure... Je vous garantis que les miens ne deviendront jamais comme ça.  

J’avais commencé à faire le tour de l’école dans le sens des aiguilles d’une montre depuis la porte principale. J’étais sur le point de rentrer quand j’ai vu quelque chose à travers la fenêtre. Quelque chose avait juste l’air… étrange. Comme je l’ai dit, j’avais déjà fait ça plusieurs fois avant, donc je savais que ça ne collait pas. Je suis allé jusqu’à la fenêtre et j’ai éclairé l’intérieur.  

Ce que j’y ai vu me laissa perplexe. Une des portes était toute cassée et défoncée. On aurait dit que quelqu’un s’était servi d’un marteau sur ses bords.


« Merde, me suis-je dis à voix haute. Voiture 4 à Centrale, ai-je sèchement lancé à ma radio.  

– Allez-y Voiture 4.  

– On dirait que celui ou ceux qui étaient là ont endommagé le bâtiment. J’vais voir si je peux aller à l’intérieur et vérifier le reste. Je demande du renfort.  
   
– Bien reçu Voiture 4. Voiture 2 veuillez rejoindre la position de Voiture 4 en soutien.  

– Bien reçu, a dit Bill à travers la radio. Je suis à 5 minutes Voiture 4. Je te rejoins.  

– Bien reçu. Terminé. » Ai-je répondu.  

Je suis retourné aux escaliers de l’entrée en petites foulées, et j’ai dégainé mon arme. Je ne saurais dire si c’était dû aux réflexes que j’avais acquis lors de mes deux missions en Iraq, ou simplement à la manière étrange dont la porte était défoncée, mais je sentais que quelque chose clochait ici. Je me suis avancé avec prudence jusqu’à la porte principale, et j’ai essayé de l’ouvrir. Étonnamment (enfin plus ou moins), elle n’était pas verrouillée.  

La porte s’est ouverte en douceur, silencieusement. J’ai calé ma lampe sous mon arme, et j’ai sondé le salon. Rien n’avait l’air de manquer. J’ai commencé à m’avancer dans le hall à ma droite, en direction de l’endroit où la porte avait été défoncée, à l’arrière du bâtiment.  

Arrivé au centre du hall, je me suis rendu compte qu'il était impossible de continuer sans faire craquer les lattes du plancher. J'étais anxieux, et j’ai un peu pressé le pas.  

Le cadre de la porte était plutôt en mauvais état. Il semblait que le responsable se trouvait à l’intérieur de la pièce, et qu’il l’avait cassée pour en sortir. J’y suis entré, et il ne m'a pas fallu bien longtemps avant de voir le trou qu'il y avait dans le plancher.  

On aurait dit que bien quatre ou cinq lattes avaient été arrachées avec force. Je me suis lentement avancé au dessus du trou afin de l'éclairer. Il y avait quelque chose au fond, je ne pouvais pas exactement distinguer ce que c'était. Je me suis accroupi et j'ai fixé le fond du trou pendant quelques secondes avant d’en prendre conscience.  

C'était des ossements.  

J'ai fouillé tout autour en éclairant de ma lampe. Putain, qu'est-ce qu'il y en avait. Pourtant je l'admets, je n'étais pas si effrayé... jusqu'à ce que je remarque la peinture.  

Les os étaient empilés, mais il y avait ces inscriptions bizarres tout autour. On aurait dit un mélange entre de l'arabe et du mandarin.  

Ça m'a fait froid dans le dos. J'ai décidé d’appuyer sur le bouton pour parler à ma radio.  

« Voiture 4 à Voiture 2, vous en êtes où ?  

– Je suis là dans environ deux minutes Voiture 4.  

– Reçu. Essaye de te grouiller. Terminé.  

Je me suis relevé puis j'ai inspecté la chambre un peu plus en détail. On aurait dit que les clous des lattes avaient été arrachés. Celui qui avait fait ça savait décidément où chercher. Cependant, certains des clous étaient tordus, donc cette personne avait dû être pressée en les enlevant frénétiquement, pratiquement comme si...  

« Putain, mec » ai-je dit en marmonnant.  

J'ai suivi ce que je voyais sur le plancher avec ma lampe torche. Il y avait de profondes marques tout le long du plancher. J'ai examiné celles qui m'étaient le plus proche. Peu importe ce que c’était, ça devait avoir deux pieds, mais que ça ne laissait seulement que deux rayures à chaque foulée.  

J'ai eu des frissons dans le dos. Il y avait clairement quelque chose qui clochait. Quelque chose ne tournait pas rond dans cette maison.  

Je me suis levé afin de suivre les traces des rayures en repassant par la porte puis en bas de l'entrée. Elles tournaient sur la droite à un endroit où on aurait dit que quelque chose avait cogné le mur. Elles m'ont conduit dans l'entrée et dans une salle sur la gauche. J'ai ralenti mon approche car j'ai remarqué que le cadre de cette porte avait été également cassé, mais cette fois le mur était fracturé du couloir jusqu'à la pièce.  

Alors que j'étais en train d’inspecter le cadre, j'ai entendu quelque chose. C'était une petite goutte, comme celle d'une fuite de robinet qui tombe sur une assiette humide. Il y avait peut-être quelqu'un après tout.  

J'ai pris mon courage à deux mains, et j'ai tourné dans le coin, en éclairant avec ma lampe torche partout où je pointais mon flingue. C’est alors que je l'ai vu.  

Ici, effondré contre le mur, c'était ce qui restait d'un être humain.  

En éclaircissant ses mains avec ma lampe, j'ai vu un pistolet. Un suicide.  

Je me suis doucement approché du corps. Peu importe qui il était, il possédait apparemment un énorme sac, avec des trucs à l'intérieur qui ressemblaient à des outils. Je suppose maintenant avoir trouvé le fauteur de troubles.  

J'ai entendu dehors le claquement de la portière de la voiture de Bill.  

C'était bizarre. J'avais déjà été sur les lieux de scènes de suicide auparavant, vu un tas de cadavres, mais avec lui j'ai ressenti une sorte de connexion. Quelque chose que je ne pouvais m’expliquer.  

J'ai entendu les pas pesants de Bill au moment où il s'est engagé dans l'entrée.  

« ... Jeff ? a-t-il crié avec nervosité.  

– Ramène-toi là Bill, » lui ai-je répondu en retour.  

J'ai entendu ses lourds pas dandinants qui venaient dans ma direction. Je l'ai même entendu haleter avant qu'il ne soit dans la chambre. Pauvre Bill. Il n’avait jamais été très sportif.  

« Oh merde Jeff, a-t-il dit lorsqu'il a vu le corps.  

– Ouais, c'est bien la merde mon vieux pote Bill, ai-je dit tout en examinant le corps. Cet homme a enlevé des lattes dans l'autre pièce pour je ne sais quelle raison, puis il est venu ici et s'est fait sauté la cervelle ».  

Bill est resté silencieux durant un moment. Certains flics s'y habituent plus vite que d'autres. Dans mon cas et celui de Bill, disons juste que c'est comme si je jouais aux échecs et lui aux dames.  

« Bon, je vais appeler le Centrale. Ils vont avoir besoin d'une équipe médico-légale ici aussi vite que... »  

Un bruit a interrompu Bill. C'était un téléphone. Son téléphone. Celui du cadavre.  

Alors ils vous disent qu'il ne faut jamais infecter une scène de crime, ne jamais toucher à quoi que ce soit avant que les médecins légistes arrivent. Je n'avais jamais enfreint les règles auparavant dans mon boulot. Bon sang, je n'avais même jamais porté mon putain d'uniforme sans m’assurer qu'il avait été repassé le matin même, mais quelque chose à l'intérieur de moi, quelque chose au fond de mon esprit m'a dit que je devais décrocher ce téléphone.
Je suis revenu m'accroupir et j'ai atteint dans sa poche l'endroit où le téléphone sonnait.  

« Jeff ! Mais qu'est-ce que tu fous ? On n’a pas le droit !...  
– Oh la ferme Bill, sale mauviette, » ai-je répliqué lorsque j'ai finalement réussi à prendre tant bien que mal le téléphone.  

J'ai regardé l'écran. Il y avait seulement le prénom d'un certain « Eli » qui apparaissait. J'ai décroché, puis j'ai approché le téléphone de mon oreille, mais il n'y avait aucun bruit.  

Il y a eu un bref moment silencieux, puis :  

« Allo ? Docteur ?  

– Ici l'officier Jeff Danvers de la police de Tawson. »  

Il y a encore eu un silence, cette fois un peu plus long.  

« Où avez vous trouvé ce téléphone ? »  

Peu importe qui était Eli, il n'était en tout cas pas stupide.  

« Je l'ai trouvé dans la poche d'une victime d'une scène de crime. Je suis navré, mais je crois que le docteur que vous tentez de joindre est mort. »  

Il y a eu encore une fois un silence, et je commençais à me sentir mal à l'aise. Merde, à quoi ai-je pensé en décrochant cet appel ?  

« Je suis désolé, monsieur, ai-je encore répété.  

– Êtes-vous celui qui a trouvé le cadavre ? » a-t-il demandé.  

J'étais un peu déconcerté par la question.  

« Le trouver ? ai-je répliqué.  

– Oui. Êtes-vous celui qui a découvert le cadavre en premier ?? a-t-il insisté, avec une voix un peu plus inquiétante cette fois.  

– Oui monsieur. J'ai trouvé le corps il y a environ 5 minu... »  

Ce que j'ai entendu ensuite, même si je ne savais pas ce que c'était auparavant, allait changer ma vie à jamais.  

« Mon Dieu... Pauvre garçon ». C'est tout ce que j'ai entendu de cet homme avant que la ligne ne se coupe.   

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samedi 4 mars 2017

Ubloo (partie 4)

Je faisais les cent pas dans ma chambre d’hôtel en remuant un verre de gin, perdu dans mes pensées. Demain j’avais rendez-vous avec la Louisiana Bank pour visiter la vieille école à laquelle Robert Jennings s’était intéressé. Ils étaient un peu surpris que je souhaite acheter l’endroit, tout comme je l’ai été en entendant qu’il n’intéressait personne. La maison était magnifique, bien que délabrée et ayant grand besoin de travaux. La femme avec qui j’avais discuté au téléphone m’a informé que l’école était devenue auréolée d’histoires d’horreur chez les locaux. Elle avait fermé lorsqu’elle s’était retrouvée à court de fonds, et cela avait contrarié beaucoup de gens, élèves comme parents, que le gouvernement décide de les envoyer ailleurs plutôt que de relancer le financement. Du coup elle avait été mise sur le marché, mais je suppose que personne ne se sentait d’acheter un truc qui avait eu tant d’importance pour les enfants. Pour résumer, quelques tornades et un manque d’entretien ont transformé l’endroit en une attraction paranormale, bien qu’il ne s’y soit jamais rien passé de sérieux.


J’ai pris une longue gorgée de gin, cul sec. Je n’en revenais toujours pas à quel point j’étais devenu habitué à cette merde. Même si je ne buvais pas tant que ça avant, j’avais un petit faible pour le whisky. Désormais c’était du gin ou rien.
 
La chambre d’hôtel où je séjournais était sombre et renfermée. Mon compte en banque commençait à arriver dans le rouge, depuis deux mois que je vivais sans revenus, et je ne pouvais pas me permettre de dépenser sans compter. J’ai pensé à écrire des prescriptions et les vendre, mais je n’ai simplement pas pu m’y résoudre. Même s’il serait agréable d’avoir un peu d’argent, je refusais de tourner le dos à celui que j’étais autrefois. Qui sait ? Peut-être que cette école m’offrira de nouvelles informations que je pourrais utiliser pour tuer Ubloo. Le tuer ? J’ai secoué ma tête. C’était une putain de malédiction vaudou, comment tu tues un truc comme ça ?
 
Je me suis appuyé contre mon armoire, et me suis penché au-dessus de mon verre de gin, pour en observer les cubes de glace fondre, et écouter leur tintement.
 
« Docteur. »
 
Ça venait de derrière moi. J’ai pivoté si vite que j’ai manqué de tomber, et mes yeux ont dû s’adapter à la vitesse du geste. En face de moi, une personne a fait son apparition.  
 
C’était Andrew.
 
Nous sommes restés là, debout, à nous regarder dans le blanc des yeux. Il portait un simple t-shirt noir et un jean. Ses cheveux étaient en broussaille, et ses yeux, brillant autrefois du vert que je leur connaissais, étaient remplacés par des sphères totalement blanches.
 
Il a repris la parole : « Docteur, pourquoi êtes-vous là ? »  
 
Mes mots ont eu du mal à sortir de ma gorge.
 
« J’essaie de trouver une solution Andrew. J’essaie de le vaincre. J’essaie de vaincre Ubloo.»
 
Andrew a lentement secoué la tête.
 
« Vous ne pouvez pas vaincre Ubloo, Docteur. Vous ne pouvez pas, a-t-il répondu. Ubloo est toujours là, il attend, il observe. »  
 
Nous sommes restés silencieux, mon estomac se nouant de dépression et de nervosité.
 
J’ai finalement rompu le silence : « Eh bien je dois quand même essayer Andrew. Je le dois parce que je ne peux pas laisser ça arriver à quelqu’un d’autre, je ne le peux simplement pas. »
 
C’est alors que je l’ai vu. Il a surgi des ténèbres derrière Andrew, d’une démarche lente, et presque maladroite. Sa peau était lisse et grise, plaquée contre son corps, et je voyais chacun de ses os et de ses muscles bouger et se contracter tandis qu’il boitait sur ses six longues pattes. Il devait faire au moins deux mètres, sans doute plus, et encore en étant recroquevillé. Sa grosse tête ronde me fixait de ses grands yeux d’un noir profond. Bien qu’il n’ait pas de pupilles, je sentais qu’il m’examinait, scrutant chacun de mes mouvements. La longue trompe qui pendait de sa tête se balançait d’avant en arrière quand il marchait, comme si elle était toute molle. Il s’arrêta juste derrière Andrew alors que ce dernier se remit à parler.
 
« Ça va arriver à quelqu’un d’autre Docteur. » Il me fixait de ses yeux blancs. « Il n’y a plus qu’une seule issue à présent. »
 
La trompe d’Ubloo s’est redressée et est venue se coller contre l’oreille d’Andrew. Puis j’ai vu sa longue et fine langue noire sortir du nez d’Andrew, et ce dernier a émi un hurlement strident.  
 
J’ai couvert mes oreilles de mes mains, et je me suis effondré contre l’armoire.  
 
« NON ! ARRÊTE ÇA ! » Ai-je crié, mais en vain.
 
La peau d’Andrew s’est mise à fondre de ses os en bouts informes, s’écoulant comme de la cire de bougie, exposant son squelette et ses tissus musculaires. Il continuait de crier alors que son corps s’amassait comme une soupe épaisse à ses pieds. J’ai regardé son visage fondre pour révéler l’os de sa mâchoire. Puis j’ai entendu un bruit de déboitement, et j’ai vu sa mâchoire brisée pendre, tordue, toujours pendant qu’il hurlait à la mort.
 
« S’IL-VOUS-PLAÎT ! JE NE PEUX PAS ! JE N’EN PEUX PLUS ! METTEZ-Y UN TERME JE VOUS EN PRIE ! »
 
C’est alors qu’Andrew s’est arrêté, sa mâchoire toujours pendante. Il n’était plus qu’une moitié de squelette à présent, avec ses morceaux de chair et ses entrailles, coincés entre ses os, qui n’étaient pas tombés jusqu’au sol. Il était figé, et alors sa tête s’est brusquement tournée vers moi, avec les globes oculaires qui ont roulés dans leurs orbites pour révéler ces horribles yeux verts brillants. Derrière lui, Ubloo observait toute la scène.
 
« La fin est le commencement Docteur. »
 
Et puis son squelette s’est brisé, et ses restes sont tombés au sol rejoindre l’amas de chair et de bile qu’il avait laissé derrière lui. La trompe d’Ubloo est retombée pour se balancer à nouveau sous sa tête, et je l’ai entendu le dire.
 
« Ubloo. »
 
Mes jambes étaient emmêlées dans mes draps comme du bois noueux. Je gisais dans une flaque de sueur froide, essoufflé, fixant le sombre plafond dont les contours, d’abord flous, m’apparaissaient plus nettement.
 
Je suis resté là, haletant. Une fois mon souffle repris, je me suis levé et je me suis dirigé vers mon armoire pour en ouvrir un tiroir. À l’intérieur il y avait une flasque, à côté de laquelle reposait un revolver.  
 
Même si je m’accrochais toujours à l’espoir de trouver un moyen de me débarrasser de cette malédiction, une petite partie de moi, rationnelle, savait qu’il pouvait n’y avoir en réalité qu’une seule solution à toute cette histoire.
 
J’ai sorti une pleine bouteille d’Adderall et je me suis enfilé trois pilules. J’ai attrapé ma bouteille de gin presque vide, et je l’ai finie. Je me suis retourné et j’ai balayé la chambre du regard. Il  n’y avait rien. J’ai éteint la lumière et jeté un coup d’œil à ma montre : il était 4 :37 du matin.  
 
C’était l’heure de partir.
 
Je suis arrivé à la banque juste un peu après 7 heures. Elle n’allait pas ouvrir avant une bonne heure, donc j’ai sorti une de mes nombreuses flasques de gin que je conservais désormais dans ma voiture, et l’ai vidée dans mon café. La première gorgée m’a brûlé la langue, mais j’en avais vraiment plus rien à foutre. Il y a pire que de se brûler la langue.
 
Je n’arrêtais pas de penser à ce qu’avait dit Andrew, si c’était bien Andrew. Aurait-ce pu être Ubloo s’adressant à moi ? Ça n’avait pas de sens. S’il pouvait me dire de me réveiller à chaque putain de fois, pourquoi aurait-il créé une vision d’Andrew pour me parler ? Ceci dit, je pense qu’entendre cette chose parler serait bien plus flippant.
 
J’ai rencontré la femme qui devait me montrer l’école devant la porte de la banque. Elle s’appelait Linda. Elle avait la cinquantaine, avec des cheveux bruns et des taches de rousseur, et avait un sourire d’une blancheur éclatante. J’ai pris le temps d’arranger mon aspect pour cette rencontre. Si je voulais ressembler à quelqu’un qui comptait acheter cette maison, et par la même occasion glaner des informations, je devais jouer le jeu. Mes cheveux étaient soigneusement peignés, j’ai même un peu brossé et nettoyé ma barbe hirsute. J’ai mis de vieux vêtements professionnels, que j’avais repassés la nuit précédente, et je me suis même mis une petite touche d’eau de Cologne. Honnêtement, ça m’a fait du bien de m’habiller un peu.
 
Nous avons pris sa voiture pour aller jusqu’à l’école, qui n’était pas très loin de la banque. Alors qu’on se garait devant, j’ai senti une étrange sensation à l’estomac, comme quand on rencontre quelqu’un dont on n’avait vu que des photos. J’avais l’impression de déjà connaître l’endroit tellement je m’étais renseigné dessus.  
 
« Bon ça paye pas de mine, mais je vous le garantis dans le temps c’était une vraie beauté, » dit-elle alors que nous nous avancions vers la grande porte en fer.
 
Elle a sorti de son sac à main un trousseau de clés, qui n’en contenait que trois, et a cherché la bonne. Je l’ai observée attentivement. Il y avait deux clés en or et une en argent. Elle s’est arrêtée sur cette dernière, et l’a insérée dans le cadenas de la porte. J’ai levé la tête vers la grille : il y avait des pointes au sommet. Il ne serait pas évident de passer au-dessus, mais en étant prudent ça doit bien être possible.  
 
« L’herbe est un peu haute en ce moment, en général on envoie quelqu’un la tondre plusieurs fois dans l’année, pour vérifier aussi que personne n’ait dégradé l’endroit. »
 
Je lui ai emboité le pas tandis qu’elle montait les marches de l’entrée. Ces dernières ont grincé sous nos pieds. Elle a pris une des clés en or et l’a enfoncée dans la serrure. La porte s’est ouverte vers l’intérieur, et elle s’y est engouffrée.  
 
« Alors ici nous avons le hall d’entrée, avec comme vous pouvez le constater beaucoup d’espace, et une grande hauteur de plafond, qui fait fureur de nos jours, » dit-elle en refermant la porte derrière moi.  
 
La maison était vraiment magnifique, et je comprenais mieux pourquoi c’était facile pour Robert de prétendre vouloir l’acquérir en tant que bon investissement. Linda m’a montré le reste, qui était plutôt morne et poussiéreux. Les planches du parquet craquaient sous nos pas, et des tâches aux murs et au plafond attestaient de l’infiltration de l’eau. La majeure partie du rez-de-chaussée était constituée de salles de classe, avec juste une petite cuisine, que les profs devaient utiliser entre les cours. Le bureau du doyen se trouvait en haut, avec d’autres salles de classe.  
 
J’ai continué la visite en écoutant d’une oreille distraite ce que me disait Linda, attendant de l’autre que quelque chose survienne. Mais en vain. J’arrivais dans une impasse. Tous les indices m’avaient mené jusqu’ici, et je ne pouvais m’empêcher de me sentir seul et perdu.
 
Une fois la visite terminée, je suis retourné à la banque avec Linda pour les formalités. J’ai pris place en face de son bureau, pendant qu’elle posait son sac et allait faire un peu de café. À son retour, elle s’est assise et a sorti la paperasse.
 
« Nous demandons un minimum de 685 000$, avec tous les coûts supplémentaires à votre charge. Il y a également des frais d’agence de 10 000$, mais pour être honnête je vois bien la banque vous en faire grâce si vous achetez, ils ont vraiment envie de se débarrasser de cette propriété. » Quand elle a eu fini de parler, elle m’a tendu la paperasse pour que je l’examine.  
 
J’ai fait mine de lire les documents.
 
« 685 000$ me semble raisonnable, ai-je commencé, bien qu’une maison de cet acabit se vende pour le double en ce moment, surtout avec autant de surface et une telle architecture. »
 
Linda savait à quoi je faisais allusion avant même que je n’en parle.
 
« C’est juste que, continuais-je, j’ai entendu certaines rumeurs à propos de la propriété en étant dans le coin, et bien que je sois sceptique, vous comprenez ma curiosité. »
 
Linda a soupiré en dépit de la diplomatie de ma question.
 
« Eh bien je peux vous assurer qu’il n’y a absolument rien à craindre avec cette propriété. Lorsque l’école a été fermée, ils ont envoyé les élèves dans des écoles publiques, ce qui n’a pas plu à un certain nombre de parents parce qu’il y avait toujours beaucoup de tensions raciales. Ils nous ont suppliés de financer l’école, mais ça aurait tout simplement été trop cher à entretenir. Ils ont chassé les premiers acheteurs potentiels, la maison est restée inoccupée pendant longtemps, et puis les histoires ont commencé à germer. À partir de là, c’est assez difficile de vendre une propriété, en particulier quand elle a subi autant de dégâts. »
 
J’ai acquiescé. C’était logique. Une partie de moi espérait  qu’il y aurait une histoire d’où je pourrais partir, mais je n’ai rien trouvé d’autre que les rumeurs habituelles : des silhouettes aperçues aux fenêtres, des personnes qui y sont allées sans jamais en revenir, etc.
 
« Bon, il faut que j’en parle avec ma femme, et voir ce qu’elle en pense. » Ça m’a fait bizarre de dire ça. J’ai pris une gorgée de mon café. Il avait suffisamment refroidi pour le boire, ce qui m’a aidé à déculpabiliser pour ce que j’allais faire.  
 
« Bien sûr, je comprends, » a répondu Linda dans un sourire.  
 
« En attendant, ça ne vous dérange pas si je prends une copie de… » J’ai allongé le bras pour attraper les papiers, et j’ai renversé ma tasse de café de manière à tacher les vêtements de Linda. « Oh mon Dieu, je suis tellement désolé. »
 
« Oh ! » Elle s’est levée et a balayé la pièce du regard à la recherche de quelque chose avec quoi s’essuyer. « Je vais juste, hummm… un instant s’il-vous-plaît. »
 
Elle est sortie de la pièce et j’ai entendu le bruit de ses talons dans le couloir.  
 
« Je suis vraiment désolé ! me suis-je encore excusé, tout en fouillant son sac pour prendre le trousseau de clés. Je suis tellement maladroit, j’aurais dû vous prévenir ! » J’ai glissé les clés dans ma poche, puis j’ai ressorti la boîte de mouchoirs que j’avais cachée sous ma chaise et l’ai remise sur son bureau.  
 
« Oh ça ne fait rien ! a-t-elle dit en revenant avec un rouleau d’essuie-tout. Ça arrive tout le temps mon cher. Laissez-moi juste le temps de demander à un stagiaire de vous imprimer une autre copie de ces contrats. »
 
Linda m’a raccompagné à la sortie, et je me suis à nouveau excusé pour avoir renversé du café. Elle a dit qu’elle espérait avoir de mes nouvelles rapidement. Je lui ai fait signe de la voiture, mais je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en la voyant avec une grosse tâche de café sur sa veste.
 
Une fois de retour à ma chambre d’hôtel, je me suis servi un verre de gin, me suis assis sur le lit, et j’ai pris deux pilules d’Adderall supplémentaires.  
 
J’irais à la maison vers deux heures du matin. Il ne faudrait pas oublier d’apporter la lampe torche ainsi que quelques outils, juste au cas où j’aurais pris les mauvaises clés. Bien que peu probable, je n’aimais pas laisser les choses au hasard. J’ai commencé à tout mettre dans un sac de sport. Lampe torche, marteau, clé à molette, tournevis, pied de biche. Puis j’ai sorti un masque de ski de mon armoire. Il y avait quelque chose de lourd en dessous : c’était mon revolver. Je suis resté là à le regarder, jusqu’à ce que la sonnerie de mon téléphone me ramène à la réalité. Je l’ai sorti de ma poche pour voir qui m’appelait.
 
C’était Eli. J’ai hésité un moment avant de décrocher.
 
« Eli, comment allez-vous ?
 
– Ça va bien Docteur, m’vous ? a-t-il dit avec ce charmant accent du Sud.
 
– J’ai connu des jours meilleurs, vous savez, ai-je continué. Comment puis-je vous aider ?
 
– Eh bien Docteur, j’ai fait des recherches sur… m’voyez.
 
– Et ? » ai-je répliqué. Ubloo n’avait rien de nouveau pour moi, donc j’étais moins enclin à tourner autour du pot que lui.  
 
« Eh bien je n’ai rien pu trouver d’autre au sujet de « Daiala Bu Umba » en particulier, mais j’ai trouvé quelque chose de similaire. C’était dans les traditions d’une autre tribu. »
 
Mes oreilles se sont redressées et j’ai senti comme des papillons dans le ventre.  
 
« Continuez.  
 
– Eh bien il y est dit qu’un membre de cette tribu souffrait de terribles cauchemars. Ils l’ont trouvé mort un matin dans sa hutte, et la personne qui l’a trouvé a commencé à avoir des cauchemars également.
 
– Ça a l’air encourageant, ai-je répondu, en essayant de cacher mon excitation dans ma voix.
 
– En fait ça a continué pendant quelques semaines avant que la tribu ne comprenne, mais contrairement aux autres tribus, ils n’ont pas banni celui qui avait les cauchemars, au lieu de cela ils lui ont assigné un ‘Ubuala’.
 
– Ubuala ?
 
– Oui Docteur, c’est du Khoe ancien pour ‘Celui qui réveille’. L’Ubuala devait demeurer près de la personne concernée, et la réveiller si cette dernière commençait à avoir des cauchemars en la secouant et criant ‘Ubloo !’. »
 
Mon estomac se noua. Ça devenait inquiétant, et un peu trop familier.
 
« Ça a marché ?
 
– Eh bien apparemment oui, pendant un petit moment, mais ensuite le membre de la tribu affirmait qu’il pouvait voir le monstre en étant éveillé. Personne ne l’a cru, et un jour, alors qu’il devait récolter de l’eau, ils l’ont trouvé avec les veines ouvertes. »
 
Bizarrement ça ne m’a pas surpris.
 
« Bon, et du coup ?


– L‘ancien de la tribu a décidé qu’il serait l’Ubuala de l’homme qui avait trouvé le précédent membre maudit, et qu’il resterait constamment à ses côtés. Jusqu’à une nuit, où l’homme s’est éveillé de son cauchemar, et a pris un poignard à l’ancien pour se tuer sous ses yeux.
 
– Merde…
 
– Vous êtes bien assis Docteur ?
 
– Ouais, pourquoi ?
 
– Parce que vous n’allez pas aimer la suite. Apparemment, l’ancien voulait débarrasser sa tribu de la malédiction, et comme quiconque le trouverait mort en hériterait de lui… »
 
Mon cœur battait la chamade.
 
« Alors ?
 
– Alors il a demandé que sa tribu l’emmène quelque part où personne ne trouverait jamais son corps. »
 
Il y a eu un instant de silence.
 
« Où ça ?
 
– Ils l’ont enterré, Docteur… vivant. »
 
J’ai eu immédiatement envie de vomir.
 
« Bon sang Eli…
 
– Je sais Docteur. La piste s’arrête là. J’ai trouvé d’autres mentions de cauchemars ailleurs dans des textes historiques, mais rien après ça. Du coup je me suis renseigné sur le vaudou. J’ai appris qu’une fois qu’une malédiction était lancée, l’esprit continuerait de chasser jusqu’à qu’il ait obtenu tout ce qui lui avait été promis. C’est le seul moyen de se débarrasser d’une malédiction, donc je n’ai pas encore compris comment enterrer l’ancien a pu l’arrêter. »
 
Je retenais mes larmes et ma nausée.
 
« Y a-t-il un moyen de l’invoquer à nouveau une fois qu’il se retrouve dans une impasse comme ça ? Je veux dire, il y a forcément une raison pour qu’il soit de retour.
 
– Oui, une malédiction peut en effet être revitalisée si elle est invoquée de nouveau, mais même dans ce cas, elle ne se nourrira que de ce qu’on lui avait promis, et celui qui l’a invoquée aurait eu besoin de connaître le rituel exact. Voyez-vous, certains ingrédients sont nécessaires pour le vaudou. Le sorcier qui avait invoqué Daiala Bu Umba rapportait avoir utilisé des défenses d’éléphant, des serpents, et beaucoup d’autres choses, avec en plus les restes de sa tribu, et le livre que vous m’avez donné est tout ce que j’ai jamais trouvé sur la tribu de Binuma. Avant, tout le monde pensait qu’ils n’avaient jamais existé. »
 
Toutes ces nouvelles informations me faisaient tourner la tête.
 
« Très bien, je n’ai pas l’intention d’abandonner maintenant Eli. Et si m’enterrer vivant ne suffirait même pas à tuer ce truc pour de bon, j’espère épuiser toutes mes options avant d‘y songer.
 
– Je comprends Docteur. Je suis désolé d’avoir dû vous dire ça.
 
– Ce n’est rien Eli, toute information est bonne à prendre. » J’ai hésité avant de poser la question qui nous brûlait les lèvres. « M’enterreriez-vous si vous le deviez, Eli ?
 
– Si on doit en arriver là Docteur, je le ferai. »
 

 
Il était presque deux heures du matin lorsque j’ai atteint l’école.  J’ai tiré le sac de sport du siège arrière pour le poser sur mes genoux. J’ai pris une profonde inspiration, et j’ai ouvert la portière. La nuit était calme, un peu humide. Je m’étais garé très loin de l’école, alors j’ai mis le sac sur mon épaule, et j’ai entamé la longue marche jusqu’au portail.  
 
En marchant, je ne pouvais m’empêcher de penser à ce que m’avait dit Eli. À propos de l’Ancien, de l’Ubuala, tout ça. Comment se faisait-il que Daiala Bu Umba dise Ubloo ? Pourquoi voudrait-il me réveiller lui-même ? J’ai marché encore un peu, puis ça m’a frappé. Je me suis figé immédiatement.
 
Et si ce n’était pas lui qui disait Ubloo ? Si c’était quelque chose d’autre ? Un autre esprit qui essaie de m’aider ? Qui essaie de me protéger du pire ? C’était plausible. Tout à fait plausible. C’est pourquoi je me réveille du rêve, pourquoi je l’entends toujours juste avant.  
 
J’ai senti des papillons dans l’estomac, et je me suis remis en marche. Si la bête se nourrissait de désespoir, alors il serait logique qu’un esprit bienveillant me réveille juste avant qu’il ne puisse satisfaire son appétit. Mes pensées fusaient avec cette nouvelle information, et pour la première fois depuis longtemps, j’ai enfin senti une petite étincelle d’espoir.
 
Le sac de sport commençait à me peser sur l’épaule quand j’ai atteint le portail. En cherchant les clés dans ma poche, j’ai senti la bouteille d’Adderall. J’en ai pris un, juste au cas où. Puis j’ai sorti les clés, et, en retenant ma respiration, j’ai inséré celle en argent dans le cadenas.
 
Elle a tourné.
 
Enfin la chance me souriait à nouveau. J’ai ouvert le portail doucement, et je  me suis glissé à l’intérieur. Je me suis accroupi pour m’approcher de la porte d’entrée en silence. Je l’ai ouverte avec la clé en or, et j’ai pénétré à l’intérieur sans un bruit.
 
J’ai refermé la porte derrière moi, et me suis retrouvé dans l’obscurité totale. J’ai fouillé dans le sac de sport jusqu’à y trouver la lampe torche. Je m'en suis servi pour éclairer la pièce, m’attendant à moitié à y trouver quelque chose. Sans doute à cause de tous les films d’horreur que j’avais vus dans ma jeunesse. J’ai souri, avant de m’aventurer dans le reste de la maison.
 
Rappelons-le, je ne savais pas ce que je cherchais en fouillant la maison, mais quelque chose me disait que je le saurais quand je le verrais. J’ai commencé par le premier étage, avec tous les bureaux et les salles de classe. Je toquais aux murs, pour voir s’il pouvait y avoir des passages ou quoique ce soit derrière. J’ai examiné les salles, puis je suis redescendu. J’ai fouillé les salles de classe et la cuisine de fond en comble. Après une heure ou deux, je me suis accroupi pour souffler un peu.
 
J’allais avoir besoin de revenir une autre nuit pour recommencer. Merde.
 
L’ironie c’est que ce bâtiment n’était pas très différent de celui dans lequel je vivais à Stoneham, dans le Massachusetts. Je me suis relevé pour aller gratter la saleté des murs. La peinture en dessous avait la même couleur, ou du moins ça en avait l’air. C’était la même architecture. Le même parquet de bois massif. Il n’y avait que les tapis qui me dérangeaient, sans doute parce que je détestais passer l’aspi-
 
Soudain, je l’ai remarqué.
 
Une latte du parquet, légèrement plus claire que les autres.
 
Je m’en suis approché pour l’éclairer avec ma lampe. C’était bien le même bois, mais plus clair, avec de meilleures finitions. Ça avait l’air… plus récent.
 
J’ai posé le sac de sport et j’en ai sorti le marteau et le pied-de-biche. J’ai d’abord arraché les clous d’un côté de la latte, puis je l’ai tirée en arrière jusqu’à ce qu’elle se casse en deux. Je n’avais que quelques centimètres pour voir au travers. J’ai essayé d’éclairer le trou avec la lampe, mais je ne pouvais rien voir. L’excitation me rendait dingue, alors j’ai arraché les planches en utilisait le trou pour faire levier. J’en ai retiré deux autres, puis j’ai à nouveau éclairé l’endroit de ma lampe. Ce que j’y ai vu me donna presque envie de vomir.
 
Il y avait des os par terre, en dessous du parquet. Ce n’était pas inhabituel pour les maisons en Louisiane d’être construites un peu au-dessus du sol, pour éviter les inondations, bien que celle-ci était assez loin du moindre point d’eau. Il y avait entre 30 et 60 centimètres de distance avec le sol, qui était entièrement recouvert d’ossements carbonisés et de cendres, avec des symboles que j’ai reconnus presque instantanément.
 
C’était du Khoe ancien.
 
Je suis resté figé là à fixer les terrifiantes inscriptions, quand j’ai remarqué un morceau de papier sur le côté. En tendant le bras à travers le plancher, j’ai réussi à l’attraper du bout des doigts.  
 
J’ai ouvert la note pour la lire :
 
« Je vous ai demandé comment vous dormiez la nuit, à présent j’ai ma réponse. »
 
Signé :
 
« Monaya Guthrie »
 
Je me suis accroupi, déconcerté.
 
« Monaya Guthrie. » Répétais-je pour moi-même, bouillonnant de rage. Elle avait dû invoquer Ubloo de nouveau avec ce rituel et l’avait envoyé après le responsable de la fermeture de l’école. Mes yeux s’emplirent de larmes de colère et de frustration. Mais pourquoi ? Pourquoi le monstre continue-t-il de chercher ? S’il avait tué la tribu, alors pourquoi était-il toujours là ?
 
C’est alors que ça m’a frappé.
 
Le sorcier avait écrit que sa femme était enceinte quand elle avait été assassinée, et qu’il avait brûlé la tribu entière pour invoquer le monstre. Mais et si ce n’était pas tout à fait sa tribu entière, et si ce que le monstre voulait après avoir tué celui après qui le sorcier l’avait envoyé, c’était cet enfant ? Et si le sorcier était parvenu à sauver son enfant ?!
 
Mes pensées fusaient à une vitesse folle. Bien que primitives, il n’était pas rare que les médecines antiques soient capables de réaliser ce genre d’opérations. Je veux dire, ce n’est qu’une césarienne après tout.
 
J’ai rangé les outils et la note dans mon sac, et je me suis relevé.
 
Je dois trouver Monaya Guthrie. Ou du moins quelqu’un qui la connait. Elle doit savoir ce qu’il faut faire ensuite. Bordel de merde, elle pourrait même être la descendante du-
 
Le plancher a craqué derrière moi, et je me suis figé de terreur en l’entendant.
 
Je me suis retourné, pointant ma lampe vers l’endroit, et j’ai poussé un cri.
 
Là, dans les ténèbres, juste éclairé par un rayon de lumière, se tenait Ubloo.  Il me regardait de ses froids yeux noirs tandis que je tremblais de peur.
 
Je dois me réveiller. Putain putain putain il faut que je me réveille.
 
Il a lentement commencé à ramper vers moi, les os de son corps visibles dans chacun de ses mouvements sous sa peau grise et lisse.
 
Et puis j’ai réalisé quelque chose. Jamais dans un rêve n’ai-je su que je rêvais.
 
La panique m’a submergé. Les membres de la tribu qui voyaient Ubloo éveillés, la manière dont Andrew était mort, effondré contre le mur face à la porte. Mon cœur me martelait la poitrine.  
 
Ce n’était pas un esprit bienveillant qui essayait e me réveiller. Bordel comment avais-je pu être aussi bête ?
 
C’était Ubloo. Ça avait toujours été Ubloo. Il me disait de me réveiller à chaque fois. Il créait ce sentiment de sécurité au dernier moment pour que cette fois, cette fois je comprenne que je ne me réveillerais pas. Il n’y avait plus d’issue.
 
Ubloo s’est arrêté, a très légèrement incliné sa tête, puis a galopé à toute allure vers moi. J’ai hurlé, et j’ai couru. Je me suis rué hors de la salle de classe, dans le hall. De là j’ai vu une porte, et j’ai entendu Ubloo percuter un mur en me poursuivant, derrière moi. Il gagnait rapidement du terrain. Je me suis précipité sur la porte, pour me retrouver dans une autre salle de classe. J’ai continué à courir frénétiquement, jusqu’à trouver une autre porte. Je me suis retourné un peu avant de l’atteindre, et j’ai sorti le revolver de ma ceinture. J’ai éclairé de ma lampe là d’où je venais, et j’ai vu la porte exploser sous la pression d’Ubloo qui forçait le passage. J’ai tiré trois coups, qui ont fait trembler son corps. Mais les impacts des balles n’ont laissé que des trous noirs. Il n’a pas saigné, et j’ai observé avec horreur les trous se refermer tout simplement.
 
Je me suis enfui par la porte derrière moi, jusqu’au milieu de la pièce voisine. Je l’ai balayée de ma lampe torche. Aucune issue. J’ai senti mon cœur battre plus fort alors que je comprenais ce que ça signifiait. J’ai continué d’agiter ma lampe, pour constater qu’il n’y avait pas de fenêtre non plus.  
 
« Non. Non non non non non. Putain putain PUTAIN ! »
 
J’ai entendu Ubloo s’approcher de la porte depuis l’autre pièce. J’ai couru dans le coin pour lui faire face.
 
Lentement, j’ai vu le tronc atteindre l’entrée, puis sa tête est apparue, me fixant de ses horribles grands yeux noirs. J’étais fait comme un rat.
 
J’ai serré la crosse du revolver, et je me suis effondré contre le mur dans le coin. C’est la fin. La fin de Thomas Abian. Le génial docteur Abian, à qui on avait confié la tâche de sauver Andrew Jennings il y a des jours de cela. Je me suis mis à pleurer.  
 
« La fin est le commencement, » me suis-je dis à moi-même en pleurant.
 
Ubloo est entré et s’est lentement frayé un chemin jusqu’à moi en rampant à travers la pièce.
 
La fin est le commencement. Quelle putain de manière débile de le dire. J’ai secoué la tête et des larmes sont tombées sur mes genoux. Je pouvais entendre Ubloo se rapprocher à présent.
 
Je vais juste devenir un autre putain d’indice ai-je pensé, pleurant comme un bébé. Et dire que j’espérais-
 
C’est alors que tout est devenu clair, toute la sombre vérité, horrible et tordue.  Le monstre ne se nourrit pas de notre désespoir, ou de notre tristesse, il se nourrit de notre espoir. Il nous garde en vie juste assez longtemps pour qu’on pense qu’on va s’en sortir, et puis il nous achève.
 
Le plancher craquait autour de moi sous le poids d’Ubloo qui se rapprochait.  
 
L’espoir de Robert lorsqu’il a trouvé le livre, l’espoir d’Andrew lorsque je lui ai donné la cyproheptadine, mon espoir lorsque j’ai trouvé le rituel et la note sous le plancher, et que je pensais qu’il y avait un esprit bienveillant. Mais par-dessus tout, l’espoir que lorsqu’il finirait par venir nous chercher, nous nous réveillerions.
 
Je me suis mis à pleurer plus fort, car tout était logique. C’est la malédiction parfaite. Qui n’en devient que plus forte au fur et à mesure qu’on pense pouvoir la vaincre. La fin est le commencement après tout. La fin de ma vie marque le commencement de sa faim pour une nouvelle personne à maudire.
 
J’ai ouvert les yeux pour fixer Ubloo. Sa tête était à peine quelques centimètres au-dessus de l’endroit où j’étais assis. Il savait, d’une manière ou d’une autre il savait qu’il était sur le point de prendre ce qu’il était venu chercher.
 
« J’aurais dû le laisser m’enterrer. » Je pleurais en levant le revolver.  
 
J’ai mis le métal froid et lourd dans ma bouche, tout en pleurnichant, et j’ai senti mes dents buter contre le barillet.
 
J’ai ouvert mes yeux, juste assez de temps pour voir son tronc s’avancer, pour voir mon misérable reflet dans ses sombres yeux vides, pour sentir la gâchette bouger sous mon doigt, et voir un éclat de lumière emplir la pièce sombre et solitaire. Le dernier écho de la pensée qu’une pauvre âme me trouverait ici.

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