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mercredi 29 mars 2017

Communiqué de l'équipe de CFTC

Chers lecteurices, ceci est un communiqué spécial pour vous annoncer la fin de CFTC. Vous l'aurez remarqué, les publications subissent parfois des ralentissements, la... Quoi ? On a une solution ? Ah, pardon. Je vous la refais du coup. Ceci est un communiqué pour vous annoncer quelques changements, dont vous avez sûrement entendu parler si vous êtes sur le forum. Nous avons en effet le plaisir de vous annoncer que CFTC est devenu papa d'un nouveau blog : faites bon accueil au Nécronomorial ! Un projet similaire avait été lancé il y a quelques années mais avait magistralement bidé pour plusieurs raisons, ce qui a appelé à une refonte de l'idée. Concrètement, à quoi va servir ce nouveau blog ?

Eh bien, Jamy, tout est parti d'une réflexion débutée il y a bien longtemps, liée à l'établissement de la ligne éditoriale actuelle. Pour faire court, avec le temps, l'idée que les gens se faisaient des creepypastas a subi quelques changements, changements qui ont aussi été à l'origine de la raréfaction d'un élément qui avait jusqu'alors absolument indispensable : l'envie d'y croire. En effet, les gens (entendez par là les anglo-saxons, la tendance est arrivée chez nous après) ont fini par appeler tout et n'importe quoi creepypasta, tant que c'était lié au paranormal et à l'horreur. Notamment un truc qui existe depuis bien longtemps et qui n'a pas grand-chose à voir avec le concept de base : la nouvelle horrifique. Le genre de texte que vous pouvez trouver partout sur internet, y compris sur des pages Facebook qui se font appeler creepypasta-truc.

Non pas que les nouvelles soient nulles, mais simplement elles ne collent pas du tout au principe de base des creepypastas qui fait reposer l'angoisse que ressent la personne qui les découvre sur la grande difficulté, voire l'impossibilité à dire si ce qui est raconté est avéré ou non. Alors qu'un texte à tournures alambiquées, avec en plus un auteur qui vient prendre tous les lauriers en disant "oui oui, c'est moi qui l'ai inventé", c'est évident que c'est du chiqué. Et à un moment dans l'histoire de CFTC, on s'est dit que c'était dommage de voir disparaître ce truc qui, quand on y réfléchit, était quand même un poil plus créatif et provoquait un sentiment différent (parce que la certitude d'avoir lu quelque chose de fictif réduit grandement l'angoisse). Alors on a mis nos critères de sélection actuels, et les retours ont été très positifs. Ça n'a pas empêché les gens de continuer à amalgamer creepypastas et nouvelles, mais c'est une autre histoire.

Une autre histoire qui a justement donné naissance d'abord à une section Littérature sur le forum, puis au Nécronomorial qu'on vous propose aujourd'hui. Car, comme je l'ai dit, les nouvelles, ce n'est pas quelque chose de nul. Vous le savez bien puisque vous en demandez. D'autant qu'un bug s'est glissé dans la matrice du site : Ubloo. On avait d'un côté une histoire très prenante, de très bonne qualité, et d'un autre côté quelque chose qui ne collait pas du tout à l'esprit du site. Vu que des demandes pour des textes similaires ont été relevées dans les commentaires, la reprise de l'ancien projet a été évoquée, et on s'est dit que pourquoi pas, après tout c'est un bon moyen de tracer une limite plus claire sans pour autant envoyer tout le monde chercher ailleurs.

Et du coup, ça change quoi ? D'abord, sur CFTC, les textes qui ne rentrent pas dans les clous seront progressivement déplacés. La prochaine entrée d'Ubloo se fera d'ailleurs sur le Nécronomorial, et ce dans assez peu de temps. On va aussi reprendre la vieille habitude de poster les légendes urbaines glanées à droite et à gauche, car au fond ça fait partie de l'univers creepy, comme le reste de ce qu'on vous propose. On espère ainsi réussir à vous faire redécouvrir la sensation de malaise qu'on a lorsqu'on n'arrive pas à savoir si quelque chose est réel ou non (au moins pendant un certain laps de temps). En quelques mots, un retour aux sources du phénomène. Et dans le même temps les fictions avérées ne seront pas en reste grâce au Nécronomorial, et, croyez-moi, on a de quoi le remplir. Mais vous ne serez pas dépaysés, car les sorties des deux blogs seront annoncées sur la page Facebook habituelle, et un onglet va être ajouté sur CFTC pour naviguer facilement entre les deux.

Mais qui dit nouveau blog dit... nouveau design ! Et comme ceux qui vont en profiter, ce sera avant tout vous, nous vous proposons de prendre part à la réalisation de l'identité visuelle via un concours de graphisme. Trois éléments sont nécessaires : un logo, un fond pour la page et une image pour le coin supérieur gauche (largeur 250 max, hauteur 500 max). Si vous vous sentez vraiment à l'aise avec ça, vous pouvez carrément essayer de créer un thème blogger entier, mais ça c'est du bonus, ce dont on a besoin c'est vraiment les trois éléments que je viens de citer. Bien sûr, toute personne ayant créé un élément qui sera utilisé sur le site définitif sera crédité. Une petite référence à CFTC dans le logo et/ou le fond serait un plus, mais à part ça, vous êtes relativement libres, alors faites parler votre créativité !

En parlant de concours, j'en profite pour vous rappeler que le concours d'illustration de pastas touche à sa fin, si vous n'avez pas encore envoyé vos réalisations, c'est le moment. Dans tous les cas je vous souhaite de continuer à vous amuser avec nous, et espère que vous trouverez votre compte dans cet élargissement de contenu !


vendredi 24 mars 2017

SAR

Je ne voyais pas où d’autre poster ces histoires, donc je me suis dit que j’allais les partager ici. Ça fait quelques années maintenant que je suis un agent en recherche et sauvetage (SAR, search and rescue, ndlr), et au cours de ma carrière j’ai vu certaines choses qui pourraient vous intéresser. 
  
  • ·       J’arrive assez bien à retrouver les personnes disparues. La plupart du temps elles s’aventurent juste en dehors du sentier, ou tombent d’une petite corniche, et elles ne parviennent pas à retrouver leur chemin. La majorité d’entre elles connaît le vieux principe de « restez où vous êtes », et elles ne partent pas loin. Mais j’ai eu deux exemples où ça n’a pas été le cas. Les deux me dérangent beaucoup, et je m’en sers pour me motiver à travailler encore plus dur sur les affaires de disparitions où on m’appelle. Le premier cas était celui d’un petit garçon parti cueillir des baies avec ses parents. Lui et sa sœur étaient ensemble, et ils ont tous deux disparus au même moment. Leurs parents les ont perdus de vue pendant quelques secondes, et apparemment c’était assez pour que les enfants s’éloignent. Comme leurs parents ne parvenaient pas à les trouver, ils nous ont appelés, et nous sommes venus fouiller la zone. On a trouvé la fille assez rapidement, et lorsqu’on lui a demandé où était on frère, elle nous a dit qu’il avait été emporté par « l’homme ours ». Elle a dit qu’il lui avait donné des baies, et qu’il lui avait dit de rester silencieuse, qu’il voulait jouer avec son frère pendant un moment. La dernière fois qu’elle avait vu son frère, il était sur les épaules de « l’homme ours », et il avait l’air calme. Bien sûr, on a d’abord pensé à un enlèvement, mais on n’a jamais trouvé la trace d’un autre être humain dans cette zone. La petite fille insistait aussi sur le fait qu’il n’était pas comme les autres hommes, qu’il était grand et couvert de poils, « comme un ours », et qu’il avait un « visage étrange ». On a cherché les environs pendant des semaines,  c’était une des plus longues affaires sur lesquelles j’ai travaillé de ma vie, mais on n’a jamais trouvé la moindre trace de ce gosse. L’autre était une jeune femme qui faisait de la randonnée avec sa mère et son grand-père. D’après la mère, sa fille avait grimpé à un arbre pour avoir une meilleure vue de la forêt, et elle n’en était jamais redescendue. Ils ont attendu en bas de l’arbre pendant des heures, en l’appelant, avant de demander de l’aide. Une fois encore, on a cherché partout, et on n’a jamais trouvé la moindre trace d’elle. Je n’ai aucune idée d’où elle a bien pu aller, parce que ni sa mère ni son grand-père ne l’ont vu redescendre.
  
  • ·        Il m’est arrivé quelques fois de chercher des gens, seule avec un chien, et que ce dernier m’ait conduit directement à une falaise. Pas des collines, ni même des parois rocheuses, des falaises à pic, sans aucune prise. C’est toujours déconcertant, et dans ces cas on peut très bien trouver la personne de l’autre côté de la falaise, comme à des kilomètres de l’endroit où le chien nous a menés. Je suis certaine qu’il y a une explication, mais c’est quand même un peu bizarre.
  
  • ·        Une affaire particulièrement triste impliquait de récupérer un corps. Une fillette de neuf ans était tombée dans un talus, et s’était empalée sur un arbre mort. C’était un accident insolite, mais je n’oublierais jamais le son qu’a émis la mère lorsqu’on lui a annoncé ce qui s’était passé. Elle a vu le sac mortuaire être chargé dans l’ambulance, et elle laissa échapper le hurlement le plus déchirant, le plus marquant que j’ai jamais entendu. C’était comme si sa vie entière s’effondrait autour d’elle, et qu’une part d’elle-même était morte avec sa fille. J’ai appris d’un autre agent SAR qu’elle avait mis fin à ses jours quelques semaines après l’évènement. Elle ne pouvait pas vivre avec la perte de sa fille.
  
  • ·        Je faisais équipe avec un autre agent SAR parce qu’on avait reçu des rapports indiquant la présence d’ours dans la région. On était à la recherche d’un type qui était parti faire de l’escalade et qui n’était pas revenu à l’heure prévue. On s’est retrouvés à devoir nous-mêmes sérieusement escalader pour atteindre sa position présupposée. On l’a trouvé piégé dans une petite crevasse avec une jambe cassée. Ce n’était pas beau à voir. Il était resté là pendant presque deux jours, et sa jambe était très manifestement infectée. On a été capable de le mettre dans un hélicoptère, et l’un des médecins m’a dit qu’il était totalement inconsolable. Il n’arrêtait pas de raconter comment il se débrouillait bien, et qu’une fois arrivé au sommet, un homme était là. Il disait que le gars n’avait pas d’équipement d’escalade, qu’il portait une parka et un pantalon de ski. Il s’est approché de l’homme, et quand ce dernier s’est retourné, notre blessé affirmait qu’il n’avait pas de visage. Il n’y avait juste pas de traits. Il a paniqué, et a voulu descendre de la montagne trop vite, c’est pourquoi il est tombé. Il disait qu’il pouvait entendre l’homme toute la nuit, descendant de la montagne et poussant ces horribles cris étouffés. Cette histoire m’a vraiment dérangé. J’étais contente de ne pas avoir été présente pour entendre ces cris.
  
  • ·       Une des choses les plus effrayantes qui me soit arrivée s’est produite lors de la recherche d’une jeune femme qui avait été séparée de son groupe de randonnée. On est resté dehors jusqu’à tard le soir, parce que les chiens avaient senti son odeur. Lorsqu’on l’a trouvée, elle était roulée en boule sous une grosse bûche pourrie. Il lui manquait ses chaussures et son sac, et elle était manifestement en état de choc. Elle n’était pas blessée, et on a pu la ramener à pied à la base des opérations. Le long du chemin, elle n’a pas arrêté de jeter des regards en arrière, et de nous demander pourquoi « ce grand homme avec les yeux noirs » nous suivait. On ne voyait personne, alors on a juste supposé que c’était une sorte de symptôme bizarre lié au choc. Mais plus on se rapprochait de la base, plus elle devenait agitée. Elle ne cessait pas de me demander de lui dire d’arrêter de lui « faire des grimaces ». A un moment elle s’est arrêtée et s’est retournée pour crier dans la forêt, disant qu’elle voulait qu’il la laisse tranquille. Elle n’allait pas le suivre, poursuivait-elle, et elle n’allait pas nous donner à lui. On est finalement parvenus à la remettre en marche, mais on a commencé à entendre tous ces sons étranges qui provenaient de partout autour de nous. C’était presque comme des bruits de toux, mais plus rythmé, et plus grave. C’était presque comme des insectes, je ne vois pas vraiment comment le décrire autrement. Une fois en vue de la base, la femme s’est tournée vers moi, et ses yeux étaient aussi écarquillés qu’il me semblait être humainement possible. Elle me touche l’épaule, et dit « Il dit de vous dire de vous dépêcher. Il n’aime pas regarder la cicatrice sur votre nuque. » J’ai une très petite cicatrice à la base de ma nuque, mais c’est en grande partie caché par mon col, et je n’ai aucune idée de comment cette femme a pu la voir. Juste après qu’elle l’ait dit, j’ai entendu cette étrange toux juste à côté de mon oreille, et j’ai failli sursauter. Je l’ai poussée vers la base, en essayant de cacher à quel point j’avais les jetons, mais je dois bien avouer que j’étais soulagée de quitter la zone cette nuit.
  
  • ·        C’est la dernière que je vais raconter, et c’est probablement la plus bizarre que j’ai à offrir. Alors, j’ignore si c’est vrai dans toutes les unités de recherche et sauvetage, mais dans la mienne, c’est une sorte de chose taboue que l’on rencontre assez communément. Vous pouvez essayer d’en parler avec d’autres agents SAR, mais même s’ils savent de quoi vous parlez, ils n’en diront probablement rien. Nos supérieurs nous ont ordonné de ne pas en parler, et maintenant on s’y est tellement habitué que ça ne parait même plus bizarre. Dans à peu près toutes les affaires où on est appelé au plus profond de la forêt, j’entends par là 30 ou 40 miles, à un moment ou un autre on trouve des escaliers au milieu des bois. C’est presque comme si vous preniez les escaliers de votre maison, que vous les découpiez, et que vous les mettiez dans la forêt. J’ai demandé de quoi il s’agissait la première fois que j’en ai vu, et l’autre agent m’a juste dit de ne pas m’en inquiéter, que c’était normal. Tous ceux à qui j’ai posé la question avaient la même réponse. Je voulais aller les inspecter, mais on m’a dit, avec beaucoup de conviction, que je ferais mieux de ne jamais m’en approcher. Maintenant je me contente de les ignorer quand j’en rencontre, parce que ça arrive si souvent.
  
J’ai beaucoup d’autres histoires, et si jamais ça vous intéresse, j’en raconterais quelques-unes demain. Si quelqu’un a des théories concernant les escaliers, ou si vous en avez vu également, dites-le-moi.
Traduction : The Dude

Premier épisode d'une pasta épisodique, restez à l'affut de la suite !
Source
Partie 2
Partie 3 
Partie 4
Partie 5
Partie 6
Partie 7
Partie 8 (à venir)

mercredi 22 mars 2017

Enterrée

Bonjour à tous les membres de la communauté, c’est X48Z. J’écris ce message pour vous donner des conseils, pour vous aider à mettre un terme à certaines choses faîtes dans certaines circonstances, vous savez, ces choses étranges qui finissent par vous échapper et que vous ne pouvez plus contrôler. Alors suivez bien ce que j’ai à vous dire, c’est ça mon premier conseil.

Donc, il y a trois nuits, aux alentours d’une heure du matin, je l’ai vue passer très vite dans le couloir. Ç'était une silhouette blanche, pas plus haute qu’une fillette. Bon, d’habitude, je suis complètement bourré à cette heure-là, mais ma voiture avait un problème de batterie et je n’avais pas pu faire le plein d’alcool à l’épicerie, me contentant d’une demi-bouteille de whisky pour la soirée. Oui, je noie ma solitude dans l’alcool, et alors ? Où est le problème ? Mes hallucinations ? Non, ce n’en était pas et vous allez comprendre pourquoi.

La nuit d’avant d’hier même constat : j’étais allongé sur le lit, complètement pété cette fois, car j’avais refait mes provisions, et au moment de fermer mon second oeil, la fillette aux longs cheveux noirs est passée rapidement dans le couloir en faisant claquer ses maudits petits pieds sur le carrelage. En plus, elle pleurait, criait, c’était très désagréable. Je lui ai dit d’attendre, que je voulais lui causer, mais elle a continué pour disparaître je ne sais où. Alors de deux choses l’une : ou c’était vrai, ou je devenais complètement cinglé.

Bon, au début, j’ai cru que c’était à cause de l’alcool, mais la nuit dernière, je n’avais bu qu’une toute petite bouteille de vodka quand j’ai vu la fillette courir dans le couloir avant de s’arrêter devant ma porte. Elle m’a fait signe d’approcher. J’entendais sa respiration d’asthmatique et ça puait le diable, le fumier ou la terre mouillée, un truc de ce genre-là.

Waouh, quand un truc comme ça vous fait signe de venir, vous lui faites signe de partir ! C’est ce que j’ai fait. Sa mâchoire a craqué en même temps qu’elle a ouvert la bouche pour me hurler dessus ! C’était si fort que je me suis bouché les oreilles. Un putain de cri suraigu. Heureusement, la porte a brusquement claqué devant sa face. Mais elle s’est mise à cogner dessus si fort que les murs de ma chambre ont tremblé. Même ma lampe de chevet se déplaçait sur la table de nuit. Puis ça s’est arrêté d’un coup, comme si tout ça n’avait jamais existé. J’ai voulu me rassurer alors je me suis levé comme j’ai pu et tant bien que mal j’ai réussi à atteindre la porte sans me casser la gueule. J’ai l’ai ouverte et par l’entrebâillement j’ai vu… un œil blanc avec une demi-pupille noire qui me fixait. J’ai hurlé et elle a fui. Avait-elle eu peur de moi ? En tout cas, elle s’est enfuie vers le fond du couloir. Puis elle a descendu les escaliers comme une araignée, à l’envers, le ventre en l'air. J’vous jure, c’est réellement ce qui s’est passé, ce que j’ai vu ! Quand je suis arrivé en bas, elle avait disparu, mais à travers la vitre du salon, j’ai vu sa silhouette courir dans le jardin. Sous la lumière d’un clair de lune, j’vous dit pas l’effet que ça fait !

J’ai 49 ans et les fantômes, les esprits, tout ce folklore, ce n’est pas trop pour moi. Mais je dois avouer qu’au fond de moi, j’avais une sacrée pétoche. En plus, y’ comme un truc diffus dans ma caboche qui commençait à comprendre ce qui se passait.

L’idée de revoir cette chose venir me rendre une autre petite visite ne m’enchantait guère. Deux solutions se présentaient à moi : soit je me torchais la gueule comme jamais et la petite pouvait toujours venir me serrer l'épaule, je ne me réveillerais pas. Soit, bah, je trouvais la deuxième solution.

Et j’ai eu l’idée d’un chien. Quoi de mieux qu’un chien pour vous protéger ? L’après-midi même j’ai été trouvé mon pote, René, et il m'a prêté Popeye, un rottweiler tout en noir et tout en muscles. On était ami avec Popeye, il me faisait la fête à chaque fois qu’il me voyait, et il m’a suivi sans problème. Dès qu’il a mis une patte dans le salon, il a reniflé, le museau en l’air, comme s’il avait flairé quelque chose. Bon, je venais de péter, mais ce n'était pas ça ! D’un coup, Popeye a bondi jusqu’à la porte-fenêtre, a collé sa truffe contre la vitre et a grogné en regardant le jardin. Sa tête allait de droite à gauche, de gauche à droite, sans aucune interruption. La vache, ça m’a fait un drôle d’effet de voir ça. Voyait-il la silhouette ? Mais peut-être qu'il avait envie de chier et qu’il hésitait à trouver le bon endroit ?

Un ouragan noir a traversé le jardin quand je lui ai ouvert la porte-fenêtre. Il gueulait comme un fou. Heureusement mon plus proche voisin était à deux cents mètres sinon j’étais bon pour le ramener à René.

D’un coup, Popeye s’est arrêté net et s’est mis à creuser au fond du jardin, en plein milieu de mon parterre de fleurs. Je me suis précipité en lui hurlant d’arrêter de massacrer mes marguerites, mais il continuait de creuser comme un fou. Arrivé près de lui je n’ai pas osé le toucher. Non pas parce que j’avais peur de ce molosse, mais parce que je me demandais pourquoi j’avais planté des marguerites ? C’est moche et ça put les marguerites non ? Pourquoi pas des roses ou des tulipes ? Bizarre ? En tout cas, je ne m’en souvenais absolument pas.

Popeye a arrêté de creuser la terre puis a jappé en regardant son trou. La vache, j’étais bon pour aller faire un tour à Jardiland ! C’était un vrai massacre ! Et puis, j’ai distingué des petits os recouverts d’une fine couche de chair bleuâtre. L’ensemble formait comme une main crispée qui tenait une tête en fourrure mélangés à la terre. Et d’un coup paf, la mémoire m’est revenue ! La petite fille que j’avais appâtée avec le nounours ! Quel soulagement ! C’était son fantôme qui hantait mon couloir depuis trois nuits ! Avant que j’en aie l’idée, j’ai entendu des craquements. Popeye bouffait la main au cadavre ! Puisqu’il avait faim et que je n’avais rien à lui donner à manger, j’ai été prendre ma pelle, j’ai déterré le corps décomposé de la fillette – finalement ce n’est pas mes marguerites qui puaient – et ce brave Popeye n’en a pas laissé une miette ! Aussi bon que des épinards ! Brave bête !

Le soir venu, j’ai pris mes deux bouteilles de whisky et je suis monté dans la chambre. Je me suis assis en tailleur sur mon lit et, tout en sirotant cet excellent sirop de malt, j’ai guetté le couloir. Eh bien rien du tout ! Ni fillette, ni cri, ni puanteur, rien du tout ! Le panard total ! Putain, j’ai dormi comme un loir jusqu’à midi !

Alors voilà mon conseil : pour éviter les revenants et autres esprits des gens qui n’ont pas obéi à certains de vos ordres, achetez un chien et surtout, donnez-lui les restes de la personne pas sympa ! Et d’un, vous ferez des économies de bouffe, et de deux, vous dormirez tranquille !  Bon, demain je passe à Jardiland pour acheter des marguerites puis devant l'école primaire, pour…


lundi 20 mars 2017

La maison

Je suis pauvre, j'habite dans un appartement 2 pièces en bordure de ville et c'est assez difficile les "30 derniers jours du mois" comme dirait le chanteur. Je suis étudiant en Lettres Modernse dans une grande ville, j'ai donc des amis avec une grande mixité culturelle : des noirs, des riches, des pauvres, des russes etc... Je suis assez sociable et c'est souvent qu'on m'invite pour une fête, une soirée ou même juste un cinéma. Ce qui est plutôt pratique car, comme ça, j'esquive de me retrouver seul sans avoir à manger dans le frigo.

Ce que je veux vous raconter a commencé quand je suis parti en vacances dans la famille d'un pote il y a même pas un an, un mec sympa, famille riche, papa maman était dans une banque tout ça, des gens cool et une grosse baraque pour nous pendant les vacances d'été. Du moment qu'on rangeait et qu'on était polis avec la vieille voisine.

Tout s'est très bien passé, il n'y a pas eu de meurtre ou de malédiction indienne pendant les vacances, la maison était immense. On a commencé à faire des conneries dans les chambres genre château fort avec les cousins et tout ça, des jeunes qui s'amusent comme des gamins c'est vrai.

Malgré plusieurs jours dans la maison, j'avais encore du mal à m'orienter, faut dire que j'ai toujours eu un mauvais sens de l'orientation, je me suis déjà retrouvé dans le village d'à côté en me baladant à vélo, parce que j'avais pris un chemin à la place d'un autre.

Quand je commençais à me faire un plan dans la tête, la maison semblait changer. La première fois que je me suis retrouvé à l'autre bout de la demeure au lieu du salon où on avait fait nos quartiers, j'ai mis ça sur le compte de l'état avancé du taux d'alcool dans mon sang. Mais ça a continué, même durant la journée. J'ai jamais été un gros buveur, je bois en soirée et quand faut s'amuser, mais en journée ou comme ça j'ai du mal.

J'étais donc assez rapidement perdu dans cette maison, et il semblait que j'étais le seul.
On était 5, mon pote, un couple d'amis, une amie et moi, et j'étais rapidement devenu celui qui allait chercher les bières dans la cave, à l'autre bout de la maison, tout simplement parce que j'étais celui qui buvait le moins.

Quand j'étais accompagné je ne me perdais pas, et il me semble que personne ne se soit perdu à part moi.

La dernière semaine a été vraiment le centre de tous les hasards. Parfois j'arrivais au milieu du salon alors que je voulais aller aux toilettes, je sortais d'une pièce pour finir par y revenir. J'ai fini par rester soit dans le salon, soit dans ma chambre, par peur de me perdre.
Et puis est arrivé le dernier jour. On avait empaqueté les affaires dans le couloir d'entrée "principal" et on était partis boire une dernière bière pour fêter les belles vacances qu'on avait passées. Après une ou deux bières, j'ai eu une envie pressante, je me suis donc décidé à aller pisser dans les toilettes les plus proches pour pas me perdre.

Et c'est là que je me suis perdu.

Le couloir décrépissait à vue d’œil, le papier peint tombait et y'avait des morceaux de plâtres sur le sol. J'ai fini par trouver les toilettes, ayant à peine remarqué tout ça. Assis sur le trône, j'ai commencer à voir des insectes passer en dessous de la porte, un ou deux. Étant à la campagne, j'avais pris l'habitude, mais on était vachement dans l'intérieur de la maison quand même. Je me suis relevé, j'ai reboutonné mon pantalon et je suis sorti. Répondant à des sms sur le chemin du retour, je ne remarquais qu'à peine les insectes assez nombreux. Finalement, en butant sur une porte, j'ai relevé la tête.

J'étais au milieu d'une maison dévastée, il y avait des planches devant les vitres, des meubles défoncés. J'étais estomaqué, abasourdi. J'ai tourné la poignée de la porte (qui tenait à peine sur ses gonds), et je me suis retrouvé dans le salon que j'avais quitté quelque temps avant mais recouvert d'insectes.

Je suis resté à contempler la pièce pendant de longues secondes. Puis j'ai hurlé. Des insectes commençaient à grimper sur moi, une masse informe de pattes, de poils et de je ne sais quoi encore. J'ai frappé avec mon portable et j'ai couru le plus vite possible, je voulais pas me faire attraper par ce flot infâme. J'ai fini par me taper la tête contre un plafond trop bas.

Je suis tombé dans les pommes pendant quelques instants, quand j'ai repris connaissance, je me suis douloureusement relevé et je l'ai vu. Un tapis d'insectes, qui se déplaçait rapidement vers moi. J'étais coincé dans un couloir sans porte, face à une mer d'insectes grouillants, j'étais angoissé, terrifié, j'ai toujours eu peur des insectes et là c'était trop, trop pour moi. Je pensais ma dernière heure arrivée. Mais ils se sont arrêtés à une bonne dizaine de centimètres de moi, formant un cercle autour de moi. J'étais tétanisé. A bout de nerfs, les heures sont passées lentement. Trop lentement. Je commençais à perdre le combat mental, je savais qu'ils attendaient que je m'endorme pour grimper sur moi et rentrer dans ma bouche, mon nez ou mes oreilles.

Je me suis imaginé des dizaines de fois après ça pourquoi ils ne s'étaient pas rapprochés. J'ai fini par m'endormir. Quand je me suis réveillé, j'étais dans les toilettes, dans la maison "normale". J'aurais pu croire que ce n'était qu'un rêve mais j'avais mon pantalon reboutonné, une bosse sur le front et une fissure sur le portable. Je suis vite allé retrouver mes amis, il semble que je n'ai pas pris plus que le temps habituel, nous sommes partis. J'ai jamais plus remis les pieds là-bas, malgré des bonnes vacances globalement.

J'ai cru que la maison était le centre de ce phénomène, j'ai commencé à me perdre même a la fac. Je me perdais évidemment jamais chez moi mais parfois dans mon immeuble je finissais au 3eme alors que j'habite au 1er. Chez des amis à moi je restais dans le salon ou avec des gens pas loin. J'ai même commencé à avoir des problèmes car je n'allais presque plus aux toilettes, en dehors de chez moi.


Et ça a recommencé. Mais cette fois-ci c'était bien pire.


Je rentrais de soirée, seul, mon appart était pas loin et il y avait un fond d'air assez agréable. J'écoutais un morceau en marchant tranquillement quand je me suis retrouvé devant le petit commerce du coin. Ce qui était totalement pas du tout la direction que j'ai pris. Tout était éteint et je me suis dit que j'avais encore dû prendre le mauvais chemin, j'ai donc fait demi-tour. Sur le chemin j'ai commencé à avoir peur de me retrouver dans la même situation que dans la maison. Et j'avais raison, je me suis retrouvé quasiment à l'autre bout de la ville. Je n'avais pas pu marcher autant, et surtout pas sans croiser l'immeuble de mon pote que j'aurais reconnu. J'ai utilisé le GPS de mon portable et j'ai suivi la route précise qu'il m'indiquait, regardant partout pour être sûr de rien perdre qui pourrait m'aider à sortir d'ici. Mais je me suis retrouvé dans un coin que je connaissais pas du tout, et le portable indiquait que j'étais arrivé chez moi.


On était en week-end et il y aurait dû avoir du monde, il n'était pas si tard que ça. J'ai cherché un point de repère pour le suivre des yeux mais je n'ai pas vu l'église assez grande qu'on voit dans beaucoup d'endroits de ma ville. En regardant sur le plan du bus, je me suis rendu compte de deux choses :

Je n'étais plus dans ma ville.
Je ne connaissais pas du tout l'alphabet utilisé.

J'ai pris mon courage à deux mains et j'ai cherché une place ou un centre-ville. Mon portable m'indiquait l'océan pacifique. L'air a commencé à puer, salement même, j'avais un début de rhume et malgré ça je sentais bien l'odeur de pourriture. Les maisons étaient toutes abandonnées, fermées par des planches. En tournant plusieurs fois et en cherchant plusieurs endroits, je me suis retrouvé dans une ruelle, alors que j'étais rentré dans une grande rue. Elle était mal éclairée, et mon esprit qui connaissait assez bien les clichés de films avec des ruelles obscures et des monstres dans les égouts me criait de faire demi tour, ce que j'ai bien évidemment fait. Et je me suis retrouvé dans la même ruelle, j'ai eu tellement peur que mon portable a sauté de mes mains, je me suis baissé pour le ramasser tout en gardant un œil sur la ruelle. J'ai pris mon courage à deux mains, et aidé de la lumière de mon portable, j'ai commencé à marcher dans cette ruelle. J'ai entendu les bruits d'écrasement avant de sentir que mon pied avait marché sur quelque chose de gros et de gluant, en regardant ce que c'était, j'ai vu un énorme insecte à carapace, écrasé, remplie de liquide vert poisseux, ceux que j'avais vu dans la maison étaient plus petits, mais du même modèle, je pense que c'est les formes "adultes", sinon ça voudrait dire que ça grandit de plus en plus.

Le fait que je ne l'ai pas vu était tellement étonnant que j'ai commencé à éclairer chacun de mes pas, pour être sûr de pas en écraser d'autres, j'étais horrifié. Et j'en ai écrasé d'autres. Mais pas que. J'ai aussi eu la sensation que quelque chose grimpait sur moi, plusieurs fois, j'ai tapé et j'ai couru mais ça semblait toujours revenir à chaque fois que je ralentissais un peu, j'avais la peur au ventre, la sueur ruisselait. La ruelle était trop longue, c'était pas naturel du tout. Les maisons étaient toutes condamnées, sur l'une d'entre elles il y avait une feuille de papier avec des indications et des dessins préventifs, mais c'était dans l'alphabet que je ne comprenais pas. Je l'ai prise en photo pour montrer à un ami qui fait des études de langue. Mon adrénaline commençait à tomber et mes coups perdaient de la force. Mon portable n'avait plus de batterie et je me suis vite retrouvé sans lumière à marcher dans la ruelle obscure, les mains serrées à frapper mes jambes et les chaussures recouvertes de la matière visqueuse. Un insecte a presque atteint mon visage, ses pattes couvertes de poils et de petites pinces étaient trop proches de mon cou. J'ai crié et j'ai fermé les yeux en courant le plus vite possible.

Je me suis retrouvé au milieu d'une autoroute, vide heureusement. J'ai marché en essayant d'alpaguer des conducteurs mais personne ne s'est arrêté. J'ai fini par trouver une aire de repos où j'ai inventé un mensonge au mec de la caisse pour appeler de l'aide.

A bout de force, j'ai attendu mon pote chez qui j'avais passé la soirée. Je lui avais juste demandé de venir me chercher sans m'expliquer. J'étais à plus de 25km de la ville et il a prit un certain temps et quand il a fini par arriver, j'étais à deux doigts de m'endormir sur le parking. Je lui ai expliqué toute la vérité, il m'a difficilement cru mais il fallait bien une explication pour la matière visqueuse sur ma chaussure.

Une fois rentré chez moi et le portable chargé, j'ai envoyé l'image à mon ami, j'ai jeté mes chaussures dont la matière semblait ne jamais vouloir partir, j'ai pris une douche et je me suis endormi.


Le lendemain, hier, mon ami en langues m'a expliqué que l'alphabet était l'alphabet glagolitique, un alphabet slave qui a disparu après "l'invention" de l'alphabet cyrillique.  Il essayait de traduire ce que la feuille disait et le peu qu'il avait compris parlait d'"Insecte" et de "Saint". Il m'a dit qu'il me tiendrait au courant.

J'ai eu du mal à sortir de chez moi, j'ai passé quelque coups de fils pour rassurer des amis et j'ai regardé sur Internet pour voir si quelqu'un d'autre avait fait la même expérience, mais rien, tout du moins en ce qui était question des insectes et de l'alphabet.


Si j'écris tout ceci, en plus de faire témoignage, c'est pour tenter de comprendre, si quelqu'un sait quelque chose en rapport à tout ça j'aimerais vraiment votre aide. Car juste avant d'écrire tout ça, j'ai regarder le GPS de mon portable et il m'indiquait encore dans l'Océan Pacifique, même mon ordinateur semble me dire ça. Je suis pourtant chez moi. Mais l'odeur est présente depuis quelque heures. J'ai peur de sortir de mon salon. J'ai dormi sur le canapé cette nuit. Je commence à avoir envie d'aller aux toilettes mais j'ai vraiment peur que mon couloir soit remplacé par un couloir plus long. Rempli d'insectes. J'aurais pas la motivation pour une troisième fois, si ça devait m'arriver je finirais par perdre, ou alors les insectes seront trop gros, et je ne pourrai pas les écraser.
Aidez-moi je vous en prie.  


mardi 14 mars 2017

Aneki

Aneki… Aneki… je frissonne toujours en pensant à elle. Cinquante ans, c’était il y a cinquante ans et c'est comme si c’était hier. Mais comment aurais-je pu oublier les évènements les plus traumatisants de ma vie ?


Madame Garreau, notre maîtresse, nous l’a présenté par un froid matin d’hiver. C’était juste avant le début d’un cours de mathématiques, en CM2. Elle arrivait d’Osaka au Japon et venait d’emménager dans notre village. Longs cheveux noirs, visage pâle, cernes sous les yeux et joues creuses, Aneki n’était pas très jolie. Je dirais même qu’elle était inquiétante avec son pantalon serré qui soulignait la maigreur de ses jambes et son ample chemise dont le bras droit était replié dessous, en écharpe. Même si la maîtresse nous avait demandé d’être sympas avec elle, les petits rires méchants fusaient déjà dans la classe. Moi je ne riais pas, je ne me suis jamais moqué de personne et c’est peut-être pour ça que la maîtresse l’a assisse à côté de moi. Il est inutile de vous expliquer que j’étais plutôt mal à l’aise. Absorbé par son visage, je ne m’étais pas rendu compte combien elle était grande. Le sommet de mon crâne lui arrivait à peine à l’épaule ! De son seul bras valide, elle a déballé ses affaires en silence et puis j’ai entendu quelque chose de très étrange : les gargouillements de son ventre…

Aneki était toujours la première arrivée en classe et la dernière à en sortir. Son matériel scolaire était toujours impeccablement disposé sur la table quand j’arrivais le matin (souvent le dernier, je l’assume) et en fin d’après-midi elle attendait que tout le monde soit sorti pour les ranger.

Aneki ne parlait à personne et personne ne lui parlait. Tout le monde s’en fichait d’Aneki, personne ne cherchait à être ami avec elle et Aneki ne cherchait à être amie avec personne. Peut-être que son silence, son attitude figée au milieu de la cour de récréation, ses grands yeux sombres posés sans interruption sur quelqu'un décourageaient les filles de l’approcher. Les garçons s’en moquaient, mais de loin, ils avaient bien trop peur que la grande Aneki les suive jusqu’à chez eux et s’introduise en pleine nuit dans leur chambre pour leur faire Dieu sait quoi !

Aneki rentrait déjeuner chez elle, mais bizarrement, l'après-midi, j’entendais toujours les gargouillis de son ventre, comme si elle n'avait rien mangé. Une, peut-être deux semaines après son arrivée, un peu avant midi, j’ai pour la première fois entendu le son de sa voix. Brrr, j’en frisonne encore. Sa voix était faible, presque agonisante. Inutile de vous dire que j’ai poliment refusé son invitation à déjeuner, prétextant que ma mère m’attendait tous les midis, et ce, jusqu’à la fin de l’année scolaire ! Elle m’a répondu un long « dommageeeee » puis ne m’a plus jamais posé cette question. D’ailleurs, elle ne m’en a plus jamais posé du tout, et c’était très bien comme ça, car je peux vous l’avouer sans honte, elle me fichait une chiasse du diable cette Aneki !

La première disparition d’un enfant de l’école a eu lieu début mars, soit trois semaines après son arrivée. Le village était sens dessus dessous. La jeune victime était au CP, une jolie petite blonde rondouillarde, la meilleure copine de ma jeune sœur, Noémie.  On a retrouvé son corps quelques jours plus tard, dans le bois proche du village. Enfin, on a juste retrouvé des os cassés, mordillés ou sucés. Une sorte de couvre-feu a été déclarée pour les enfants avec ordre de ne plus sortir de chez eux après l’école.

Les jours qui ont suivi l’enlèvement de la petite fille ont vraiment été pesants. Tous les rires des enfants semblaient avoir quitté l’école et les parents avaient le visage fermé. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me douter de quelque chose quand j’ai aperçu le petit sourire en coin d'Aneki. Elle qui n’avait jamais souri avant la disparition de la fillette semblait plus heureuse. En plus, je faisais une fixation sur son bras sous sa chemise. Dès que je pouvais, je regardais à cet endroit. Parfois, j’apercevais un bref mouvement et j’avais l’impression que de petits doigts ou de petites griffes glissaient sous sa chemise. Parfois, elle sentait que je l’observais et tournait brusquement la tête. Ses yeux sombres étaient effrayants, mais je lui faisais toujours un petit sourire pour la rassurer. En tout cas, je ne voulais plus rester à côté d’elle, car je commençais réellement à faire de grosses crises d’angoisse. De plus, je trouvais que ses vêtements dégageaient une odeur de terre mouillée. J'ai alors pensé qu'elle dormait dehors ou qu'elle couchait dans une maison humide. Mais peut-être que je me faisais des idées, peut-être que mon cerveau gambergeait trop depuis la disparition de la petite ?

Ma mère a fini par obtenir mon changement de place. David, mon meilleur pote, a pris la mienne et s’est retrouvé à côté d’Aneki. Mais je n’étais pas mieux loti puisque je me suis retrouvé juste devant elle ! Inutile de préciser qu’au final, j’aurais préféré rester à ma place d’avant, car avoir Aneki dans le dos n’avait rien de rassurant. Dès que je sentais des picotements dans mon dos, des frissons parcouraient ma colonne vertébrale et je m’attendais à ce que cette mystérieuse main droite m’attrape la nuque et m'arrache les vertèbres cervicales. J’en faisais de terribles cauchemars. Quelques jours après mon changement de place, je me suis rendu compte d’autre chose : je n’entendais plus gargouiller son ventre. L'aspect d'Aneki aussi avait changé, son teint était plus rosé et les cernes noirs sous ses yeux avaient disparu. Même David avait remarqué ce changement et comme on n’a pas trouvé ça normal, on a décidé de l’observer avec plus d'attention.

Depuis la mort de la petite, Aneki avait aussi changé ses habitudes. Au lieu d’être plantée comme un totem en plein milieu de la cour, elle passait le quart d’heure de la récréation dans les toilettes des filles, que ce soit le matin ou l’après-midi. Ce n’était pas normal de rester aussi longtemps aux chiottes, comme ce n'était pas normal de rester en plein milieu de la cour de récréation à observer les autres.

Un matin, on l’a vu regarder partout avant d’entrer dans les toilettes. Sa grande carcasse était un peu recroquevillée comme si elle tenait quelque chose contre son ventre ou qu’elle avait mal à son bras invalide. C’était une semaine après la mort de la fillette. On a hésité un peu puis on s’est approchés. On a discrètement surveillé les entrées et les sorties des toilettes des filles puis la chance nous a souri, ou la malchance, je ne sais pas plus.

Les toilettes étaient disposées en longueur et Aneki se trouvait dans le compartiment du fond. Il n’y avait personne d’autre qu’elle. On s’est lentement approchés et on a commencé à entendre quelque chose que je n’oublierai qu’une fois les deux pieds dans la tombe : de courts grognements entrecoupés de bruits de succion. Puis on a entendu un petit cri suraigu. Quelque chose est passé sous le jeu de sa porte et a brièvement glissé sur le carrelage ; c’était une petite main d’enfant dont les doigts avaient été sucés ou rongés. L'os du poignet dépassait de la main ensanglantée et un coup de mâchoire avait creusé un trou dans la paume. Un morceau de chair pendait proche du petit doigt. Puis deux mains ont jailli de dessous la porte ; il y en avait une grande, normale, et une très petite, cadavérique, bleuâtre, aux longs doigts arqués qui tâtaient le sol à la recherche de la main arrachée. Le raclement des ongles crochus sur le carrelage était aussi horrible que le reste ! On s’est barrés en courant comme des dératés à l’autre bout de la cour. On a attendu d’être calmés pour en parler à la maîtresse. Sa réaction a été des plus inquiétantes : elle s’est mise à trembler de peur (du moins ce que je croyais à l’époque) puis a émis un long chut avec l’index devant ses lèvres. Puis elle nous a dit une phrase qui me hantera jusqu’à mes derniers jours : « Il lui en faut encore un puis mon bébé s'en ira ailleurs, alors chuuuuttttt, ne dis rien à personne, où Elle te dévorera les pieds puis les yeux ».

Une fois chez moi, j’ai supplié ma mère pour que la maîtresse me change de place sans lui en expliquer la véritable raison. M’aurait-elle cru si je lui avais dit qu'Aneki avait bouffé la main d’un gosse ? Et puis j’avais tellement peur des propos de la maîtresse que je n'ai rien osé dire. Je n’en ai pas dormi de la nuit et dès que j’entendais un bruit dans la maison, j'imaginais Aneki courir dans le couloir, s’arrêter devant la porte de ma chambre, l’ouvrir très doucement et passer sa main cadavérique dans l’ouverture, cherchant mon lit à tâtons avant de m’attraper les pieds et de me tirer vers elle pour me sucer les yeux !

La seconde disparition a eu lieu dès le lendemain de la scène d’horreur des toilettes. David, mon meilleur pote, manquait à l'appel. J’étais dans une panique totale et je serais devenu fou si on m’avait laissé devant Aneki. Mais la maîtresse n’a pas eu besoin de le faire, car Aneki avait elle aussi disparue. J’ai dit tout ce que je savais à la police, autant sur mes découvertes que sur les propos de la maîtresse. J’ai raté la classe pendant plusieurs mois, comme la maîtresse d’ailleurs (pour dépression selon la thèse officielle). J’ai été très malade. Je voyais Aneki partout, dans le couloir, dans ma chambre, dans mon placard, sous mon lit, derrière moi. J'avais continuellement l'impression de sentir sa petite main cadavérique me gratter le dos, les cheveux ou l'arrière des cuisses. Et puis, avec le temps et l’aide d’un psy, cela s’est peu à peu calmé.

Aneki n’est jamais réapparue. Du moins pas dans mon village. D’autres disparitions ont eu lieu dans la région, d’autres enlèvements, d’autres meurtres sordides avec des cadavres d’enfants déchiquetés ou carrément dévorés. Les rumeurs allaient bon train et toutes les bêtes du folklore breton, celte, irlandais ont été citées. Ce que j’ai trouvé étrange c’est que personne ne parle des légendes japonaises ?

En tant que victime collatérale, j’ai eu accès au dossier à ma majorité. Dès les premières lignes, je n’ai pas cru que je lisais, j’ai cru qu’il s’agissait d’un autre rapport. La principale accusée dans cette histoire était madame Garreau, mon ancienne maîtresse. J’ai dû m’asseoir pour lire la suite.

Madame Garreau était une jeune veuve de quarante ans. Pendant des années, elle avait essayé d’avoir un enfant avec son mari. Sans succès. Du moins, pas d'un certain point de vue. D’après le rapport, le couple aurait fait un court séjour touristique au Japon neuf ans plus tôt. Madame Garreau serait revenue enceinte et sans son mari, mort dans des circonstances tragiques et non élucidées (un meurtre suivi d’une éviscération et d’un dépeçage). Quelque mois plus tard, elle a fait une fausse couche et a perdu le bébé (une fille d'après le rapport médical). Les flics ont perquisitionné chez elle et si l’extérieur de sa maison était dans la norme avec son petit jardin et sa façade en briques, l’intérieur était immonde : cadre de travers sur des murs jaunâtres, carrelage cassé, canapé éventré et meubles en piteux états. Sur toute les photos, une m’a particulièrement choqué : une chambre d’enfant avec un lit dont deux pieds étaient cassés, ce qui le faisait pencher d’un côté. Dessus, même si c’était assez sombre, j’ai remarqué la silhouette d’une grande poupée. Je l’ai aussitôt reconnue : cette poupée était le cadeau d’anniversaire de ma petite sœur à cette pauvre fillette disparue en premier ! C’est à ce moment que j’ai compris une chose horrible : la main qu’Aneki dévorait la toilette devait sans doute lui appartenir !

Ma petite soeur Noémie m’a téléphoné ce midi. Elle était morte de peur, sa voix tremblait. Elle a balbutié que la poupée était réapparue entre les bras de sa fille ce matin. J’ai trouvé ça tout à fait normal qu’Anaïs amène sa poupée pour déjeuner, mais Noémie m’a affirmé que cette poupée ne lui appartenait pas, que c’était la poupée de sa camarade disparue il y a un demi-siècle ! Au début, je ne l’ai pas cru, je lui ai dit qu’elle faisait une erreur, qu’après 50 ans il ne devait pas rester grand-chose de ce jouet. Elle m’a alors fourni un détail qui m’a fait froid dans le dos : la main droite de la poupée avait été arrachée et remplacée par une autre bien plus maigre et d’une couleur bleuâtre !

Il est 23h00. J’ai passé la journée dans ma chambre d’hôpital, j’ai peur de sortir. Je me sens oppressé, j'ai le dos, les cheveux qui me démangent, je n'arrête pas de me gratter. J’ai posté mon histoire sur plusieurs forums consacrés aux phénomènes paranormaux, aux revenants, aux entités maléfiques d’origine japonaise.  J’attends vos commentaires, peut-être votre aide. Merci.    


samedi 11 mars 2017

Je n'ai plus de fils homosexuel

Il y a quelques mois, mon fils aîné, Charlie, nous a annoncé son homosexualité.
Il nous a demandé de nous asseoir, dans le salon, et nous a tout confessé. L'attrait qu'il avait pour les hommes, depuis son plus jeune âge. Il nous a même dit qu'il avait un petit ami qu'il voulait nous le présenter. Justine, ma femme, et moi, avions des soupçons, mais cette révélation nous a quand même choqués.

Inutile de préciser que Charlie n'est plus mon fils.

Vous voyez, de temps en temps, les ados de notre ville ont des envies... non-naturelles.
Nous essayons de corriger ces désirs impurs dès l'enfance - Leur faire comprendre la différence entre ce qui est bien et ce qui ne l'est pas. Si vous ne tuez pas ces pensées dans l’œuf quand ils sont encore jeunes, elles se renforcent une fois l'adolescence atteinte.

Nous tentons de contrôler ces enfants déviants en les sermonnant, encore et encore, de la prière du matin jusqu'à la messe du dimanche.

"Vos pulsions impies sont un choix", leur disions-nous.

«Vous pouvez choisir le ciel ou vous pouvez choisir l'enfer. Que choisissez-vous ?»

Pour beaucoup de jeunes, la menace de la damnation éternelle suffit pour les mettre sur la bonne voie.  Mais il y a ceux qui s'accrochent à leurs perversions, qui se convainquent que leur choix de vie est le bon.

Si seulement nous avions pu les convaincre. Cela aurait peut-être pu sauver Charlie.

Je ne comprendrai jamais ce qui oblige ces adolescents à commettre un si terrible péché. Certains disent que ce sont les médias qui corrompent l'esprit des jeunes. D'autres pensent que c'est juste le mal primitif de l'humanité, que c'est inévitable. Tout ce que je sais pour sûr, c'est que ces adolescents souillent notre Seigneur, et notre ville, sans remords.
Il y a probablement des gens qui nous traiteraient d'intolérants. Cela ne nous gêne pas. Nous croyons qu'il y a certaines transgressions qui ne devraient tout simplement pas être tolérées, en aucune circonstance.

Et nous ne tolérerons jamais l'enlèvement, la torture et le meurtre.
Non, je n'ai plus de fils homosexuel. Je n'ai plus de fils homosexuel car ces gros tarés d'enfoirés l'ont assassiné.

Traduction : Kamus

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jeudi 9 mars 2017

Cadeau empoisonné

Si vous comptez vous lancer dans l'aventure Youtube, sachez que ce n'est pas exempt de risques. En effet, vous allez peut être réussir et devenir connu, mais vous n’envisagez que les bon cotés de la notoriété. Etre célèbre amène son lot de fans en tous genre, mais aussi une bonne partie de haters. Et ceux là, peuvent être très virulents. Ainsi il est important de toujours se protéger et de ne pas divulguer ses informations privées, même si c'est pour recevoir des cadeaux. Si je n'ai pas réussi à vous convaincre, peut être que cette histoire le fera.
 
Il y a quelques années, j'étais ami avec un gars, que je nommerais Mathieu (Ce n'est pas son vrai nom). Étant un gamer depuis pas mal de temps, il avait décidé de partager sa passion sur Youtube, en ouvrant sa chaîne, "Destroy Gaming". Celle-ci était composée majoritairement de Let's Play, et d'enregistrements de ses streams sur Twitch.

Je ne suis pas vraiment fan de ce type de contenu "Fast Food" sur Youtube, mais ça a l'avantage de marcher, et il avait rapidement atteint une petite communauté de 5000 abonnés. Il avait ouvert une page Facebook pour sa chaîne, ainsi qu'un compte Twitter. Tout allait bien pour Mathieu, mais il avait de plus en plus de haters, qui l'insultaient pour aucune raison à chaque vidéo. Il ne savait pas ce qu'il avait fait pour mériter ça, mais après tout il ne faut pas chercher à comprendre ces gens-là. Il ne sont là que pour cracher leur haine à tout bout de champs.

Bref, vous vous en doutez, tout ça n'a pas duré. A Noël, Mathieu avait fait une vidéo spéciale, un "Unboxing" de cadeaux, envoyés par sa communauté. c'est assez commun chez les Youtubers connus, ils se font offrir beaucoup de cadeaux et aiment les ouvrir devant la caméra afin d'en faire une vidéo.

Cette vidéo avait curieusement fait beaucoup plus de vues que d'habitude sur sa chaîne, il s'en était félicité sur Facebook :



Parmi ces cadeaux, il se trouvait une statuette en bois représentant un homme à tête de bouc. On ne savait pas vraiment ce qu'elle représentait, mais on la trouvait vachement classe. Mathieu l'avait installée dans sa vitrine, au côté de ses figurines et autres choses offertes par ses fans.

C'est à partir de là que Mathieu avait commencé à avoir une poisse incroyable. Jugez en par vous-même, j'ai gardé certains tweets de l'époque :



Ça a duré pendant des mois. De la poisse du soir au matin. De plus, la perte d'un de ses 3 chats l'avait beaucoup affecté....

Ça fait un bel enchaînements de mauvaises choses en si peu de temps. Il avait remarqué que ses ennuis ont commencé le jour où il avait reçu cette statuette. Il était très superstitieux, alors il avait fait des recherches et découvert que celle ci était une représentation du Diable. Il avait essayé de retrouver la personne qui lui avait envoyé ce cadeau, pour la lui retourner, mais il n'avait reçu aucune réponse.



Du coup, il a essayé de s'en débarrasser. Mais le choses ne sont jamais aussi simples...



Pour la fameuse vidéo :




C'était assez étrange. Pour tout vous dire, j'ai été témoin du phénomène. On avait beau la détruire, la cramer, l'enterrer, dès qu'on quittait les yeux de la vitrine, elle revenait. Mathieu a bien essayé de faire venir un spécialiste, mais personne ne voulait venir dans ce village paumé pour constater le phénomène.

Au fil des mois passés à subir toutes sortes de mésaventures, Mathieu devenait de plus en plus replié sur lui même. Il ne sortait plus de chez lui. Il avait tout perdu, argent, famille, amis. Il ne pouvait plus être Youtuber, car quelque soit l'opérateur, sa connexion ne fonctionnait pas 80% de temps. Il avait juste un débit très lent via son téléphone portable.



Jusqu'à son dernier Tweet...



Le lendemain, Mathieu s'est pendu, chez lui. La statuette, elle, n'était plus dans la vitrine. Nous ne l'avons jamais retrouvée. Les parents de Mathieu m'ont demandé de supprimer tous ses comptes sur les réseaux sociaux, par respect pour leur fils. J'ai quand même gardé les copies d'écran que vous avez pu voir. J'ai supprimé également sa chaîne youtube, que des fans se sont empressé de prendre le nom. Il ne reste plus rien du vrai Destroy Gaming en ligne.

Voilà, c'est la fin de la petite histoire. Si vous croyez que c'est un ramassis d'inepties, tant mieux pour vous. Pour ceux qui croient à mon histoire, faites bien attention aux cadeaux que vous recevez d'inconnus. Vous ne savez jamais ce qu'ils contiennent et ce qu'ils peuvent vous faire.


mardi 7 mars 2017

Ubloo (partie 4.5)

Afin de consacrer le site exclusivement aux creepypastas tout en vous proposant toujours plus de contenu, les nouvelles horrifiques ont déménagé vers leur propre site ! Vous pouvez retrouver celle-ci sur le Nécronomorial à cette adresse

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samedi 4 mars 2017

Ubloo (partie 4)

Afin de consacrer le site exclusivement aux creepypastas tout en vous proposant toujours plus de contenu, les nouvelles horrifiques ont déménagé vers leur propre site ! Vous pouvez retrouver celle-ci sur le Nécronomorial à cette adresse

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mercredi 1 mars 2017

Appel masqué

Pendant plusieurs années j’ai exercé le métier de télé-conseiller. J’appelais toute la journée des gens pour essayer de leur vendre des trucs.

Je suis sûr que vous avez tous reçu au moins une fois dans votre vie ce genre d’appels. Un opérateur téléphonique, par exemple, qui essaye de vous vendre son forfait mobile.
On ne va pas se mentir, ce genre d’appels, on s’en passerait bien. On a tous eu envie - et moi le premier avant de passer de l’autre côté - d’envoyer bouler le mec ou la nana qui essayait de nous refourguer son offre. Bien souvent, la personne à l’autre bout du fil n’a d’ailleurs même pas le temps de terminer sa phrase d’intro qu’on a déjà raccroché ou qu’on lui a balancé un « ça m’intéresse pas, au revoir. »

Je ne supportais pas ce genre d’appels. Puis un jour, j’ai eu une offre d’emploi pour devenir ce mec qui appellerait des gens toute la journée. Quand j’ai pris mes premiers appels je me suis rendu compte de quelque chose. Beaucoup de personnes n’ont pas l’air d’avoir conscience que c’est un être humain qui les appelle. À croire qu’ils nous prennent pour des robots sans âme, sans cœur, et incapables d’éprouver des émotions. Je fais ce qu’on me dit, je suis la trame d’appel qu’on me donne, je ne décide pas de qui je dois ou non appeler. Du coup, je me suis souvent fait remballer et pas toujours très gentiment. Ce n’est pas le seul coté négatif du métier. C’est répétitif aussi. On rabâche toujours la même chose. Les journées sont souvent longues. Il y a quand même des points positifs. Quand je réussissais à vendre un abonnement quelconque à quelqu’un que je ne connaissais ni d’Adam ni d’Eve, j’avoue que j’étais envahi d’un sentiment de fierté. Ça n’effaçait pas complètement les désagréments mais je m’y étais fait à la longue. J’avais pris mes petites habitudes.


Et puis un jour, un appel a bouleversé ma vie. C’était il y a un environ un an. Cet appel m’a terrorisé. J’en ai perdu le sommeil pendant plusieurs semaines. J’avais déjà eu mon lot de bizarreries en plusieurs années de bons et loyaux services rendus à ma centrale d’appel. Mais là, j’ai flippé grave. À tel point que pour la première fois de ma carrière j’ai dû prendre un arrêt maladie de plusieurs semaines. J’étais traumatisé.

C’était un vendredi, c’était presque la fin de ma journée. Il devait être aux alentours de 19h30. On était en fin de fichier, du coup on avait beaucoup de répondeurs et pas mal d’attente entre les appels. J’attendais depuis trois minutes quand une fiche est enfin apparue. J’ai commencé comme d’habitude :

« Bonjour, Maxime du service commercial... »

L’homme à l’autre bout du téléphone m’a coupé en me disant d’arrêter tout de suite. Jusque là rien d’anormal, ça arrive souvent.
J’ai attendu une petite seconde pour écouter ce qu’il avait à me dire. En général les gens qui disent ça enchaînent en se plaignant soit des appels, soit affirment que cela ne les intéresse pas. Mais lui ne disait rien. J’entendais sa respiration, bruyante. Alors j’ai continué :

« Je vous appelle pour...

- Tais-toi, Maxime. »

L’énervement commençait à me gagner. C’était la fin de la journée, et même si j’avais l’habitude des gens irrespectueux, là, ça me tapait sur les nerfs. Il faut savoir qu’en tant que télé-conseillers nous avons des consignes et notamment celle de ne pas prendre de haut les clients, et que peu importe ce qu’ils nous disent nous devons toujours rester polis et courtois. Du coup, même si j’avais envie d’envoyer bouler ce crétin, je me suis contenté d’un :

« Monsieur, je m’excuse si... »

Il m’a coupé à nouveau.

« T’arrête pas de m’appeler Maxime. J’aime pas ça.

- C’est un logiciel qui vous appelle automatiquement, Monsieur, vous avez peut-être eu l’un de mes collègues.

- Non, je sais que c’est toi qui m’appelles tout le temps, Maxime. »

Tout en parlant et en l’écoutant je regardais l’historique des appels. J’ai commencé à me sentir mal à l’aise. Il avait raison, c’est moi qui l’appelais tout le temps. Dans l’historique c’était toujours mon nom et je l’avais toujours classé en répondeur. Donc il n’avait jamais répondu, c’était la première fois. Pour vous, ça ne vous paraît peut-être pas étrange tout ça. Mais je vous assure que c’était pas normal que ce soit toujours moi qui tombe sur ce type. Sur une plateforme d’appels, nous sommes plusieurs équipes. Dans la mienne on était presque une vingtaine. Les appels sont distribués aléatoirement par le logiciel aux télé-conseillers qui sont disponibles pour les prendre. Donc logiquement, il n’aurait pas dû y avoir que mon nom dans l’historique. Le logiciel l’avait déjà appelé huit fois ce mois-ci et c’était toujours moi qui l’avais eu. Pas une fois un de mes collègues l’avait eu.

J’ai essayé de me rassurer en me disant que c’était peut-être le logiciel qui avait un problème, ça n'aurait pas été la première fois. Le fait que mon nom apparaissait systématiquement, ça devait être un bug. Et puis le mec n’avait aucun moyen de savoir ça. Il voyait toujours le même numéro qui l’appelait, ça le saoulait. Il ne me visait pas spécialement.

« Si on vous contacte, c’est parce que... »

Il m’a de nouveau coupé :

« Je t’ai dit de te taire, Thomas. »

Là j’ai flippé. Maxime c’est un pseudo que j’utilise parmi plein d’autres, mon vrai prénom c’est Thomas. Comment il pouvait savoir ça ?

« Je suis Maxime, Monsieur... »

J’essayais de contrôler ma voix, je ne voulais pas laisser transparaître mon trouble.

« Non, tu es Thomas, et t’arrêtes pas de m’appeler. J’aime pas ça. Je vais m’assurer que ça n’arrive plus. »

J’étais pas très sûr de comprendre sa phrase, si c’était bien des menaces qu’il était en train de me faire. Mes yeux étaient rivés sur son nom, j’essayais de me souvenir si je le connaissais de quelque part, si c’était pas une mauvaise blague de la part d’un pote qui aurait reconnu ma voix. Mais j’avais beau chercher, son nom m’était complètement inconnu.

Il a continué :

« Je sais que tu m’appelles d’une centrale d’appels dans le nord de la France. »

C’était vrai aussi, mais je me rassurais comme je pouvais en me disant que le nord de la France c’était vague, et qu’à ma connaissance il y avait plusieurs entreprises différentes qui travaillaient dans le démarchage téléphonique.
Sauf qu’ensuite il m’a donné la ville exacte, et le nom de l’entreprise où je travaillais. Il m’a même détaillé mes horaires. J’étais en repos le jeudi d’après et il m’a dit qu’il me trouverait à ce moment-là.

J’avais qu’une envie, c’était de raccrocher. Sauf qu’on n’a pas le droit de raccrocher au nez d’un client. Aujourd’hui je me dis que si j’avais raccroché, on m’aurait rien reproché, c’était un cas exceptionnel. Mais à la place, je suis resté comme un con les yeux scotchés à l’ordinateur à continuer de l’écouter :

« Je vais te passer l’envie d’harceler les gens, ton écharpe bleu marine me sera bien utile pour te fermer ta grande gueule. »

Là, il a raccroché. J’étais tétanisé. Inutile de vous dire que j’avais bien une écharpe bleu marine.

Je suis resté sans rien faire pendant cinq bonnes minutes, les mains tremblantes. Mes collègues ont remarqué que ça n’allait pas et ils m’ont demandé ce qu'il se passait.

Les appels étant enregistrés, mon supérieur a écouté la conversation. J’espérais encore que c’était une blague, que mon supérieur allait me dire « C’est rien, t’inquiète pas ». Mais à la place, je l’ai vu se décomposer à mesure que l’enregistrement avançait. La police a été contactée. J’ai été interrogé, pour savoir si c’était bien sûr que je ne connaissais pas mon interlocuteur.

Il y a eu une enquête et j’ai refusé d’aller travailler par la suite. Mon médecin m’a mis en arrêt. J’étais sous surveillance policière, notamment le fameux jeudi où l’homme m’a dit qu’il me trouverait.

Il ne s’est rien passé ce jour-là. Ni les autres jours. L’enquête n’a abouti à rien, ils n’ont jamais réussi à retrouver le type. Le numéro que j’avais appelé n’était plus attribué, et le nom ne correspondait à aucun client ou ancien client de l’opérateur pour lequel je travaillais. Encore aujourd’hui, je n’ai aucune idée de qui était cet homme. J’ai dû prendre des médocs pour me calmer tellement j’étais stressé. J’étais obligé de prendre des somnifères pour pouvoir dormir. Je faisais toujours le même cauchemar : le gars débarquait chez moi pour me tuer.

Plusieurs semaines plus tard, j’ai remonté la pente et j’ai repris le travail. J’aurais pu changer, j’aurais peut-être même dû changer à ce moment-là. Mais je n’ai pas de diplôme, et je ne savais vraiment pas dans quoi d’autre je pourrais travailler.

Le premier jour et la première semaine se sont déroulés à peu près normalement. J’étais toujours angoissé, mais à un degré moindre que lors de mon arrêt maladie. Et puis, après plusieurs semaines, je m’étais à peu près remis de cette mauvaise expérience. Deux mois plus tard, j’ai changé de plateau, ce qui signifiait que j’allais travailler pour un autre opérateur. Avec d’autres collègues, on a eu quelques jours de formation et on s’est ensuite lancés pour les appels.

Deux semaines après ça, le cauchemar a recommencé. Vers 18h, une fiche m’est apparue. C’était le nom d’une femme.
J’ai commencé mon speech, cette fois je me faisais appeler Alexis.
On a soupiré à l’autre bout du téléphone. Rien d’anormal, c’est le genre de choses qui arrivent encore une fois très souvent. J’ai continué et j’ai présenté l’objet de mon appel, la fibre avait été installée dans sa ville.

« C’est encore toi, Thomas. »

C’était la même voix que l’autre fois. J’étais pétrifié, incapable de faire un geste ou de dire un mot. Comment se faisait-il que je retombais sur ce taré ? Ce n’était pas le même nom, j’en étais certain. J’avais été assez traumatisé pour ne pas l’oublier. Il a continué :

« J’ai raté notre rendez-vous, tu étais trop entouré. J’ai pensé un court instant à être clément. Mais ça fait six fois que tu me rappelles, Thomas. Je ne vais pas laisser passer ça. À bientôt. »

Il a raccroché. J’ai consulté l’historique des appels, et encore une fois, il avait raison. Je l’avais appelé cinq fois avant aujourd’hui et je l’avais toujours classé en répondeur. Le cauchemar se répétait.
J’ai de nouveau prévenu ma hiérarchie, il y a eu encore une enquête et sans surprise cela n’a rien donné. Impossible de retrouver cet homme.
J’ai pris la décision de démissionner ce jour-là. Je n’ai plus jamais remis les pieds dans une centrale d’appels.

Les semaines et les mois sont passés, j’avais trouvé du boulot dans une boutique comme vendeur. Je croyais en avoir fini avec tout ça quand un jour, un numéro masqué m’a appelé sur mon portable. J’ai décroché machinalement.

« Tu crois quand même pas que je t’ai oublié, Thomas ? Sympa ta veste en cuir. »

C’était lui. J’ai raccroché immédiatement. Il n’a pas essayé de me rappeler. J’ai cru que j’allais m’évanouir tellement j’étais terrorisé.
Comment avait-il eu mon numéro de portable ? Le plus terrifiant, c'est que j'avais effectivement une veste en cuir. Il était là, quelque part, et il me voyait. J'ai regardé autour de moi. Il y avait du monde, j'étais dans un centre commercial. Mais personne ne semblait me fixer ou m'observer.

Je me suis mêlé à la foule et, une fois hors du centre commercial, j'ai couru vers le commissariat le plus proche. Je me disais que si je courais assez vite, peu importe où ce mec était, j'arriverais à le semer. Une fois de plus, la police ne m'a été d'aucune aide. Impossible de tracer l’appel. Évidemment.

Suite à ça, j’ai changé de numéro et j’ai même déménagé dans une autre région, espérant que cela suffise pour échapper à ce cinglé. J’ai des crises d’angoisse quand mon téléphone sonne. J’ai même pensé un temps à ne plus avoir du tout de portable.
Cela fait cinq mois depuis ce dernier appel. Il ne s’est rien passé. J’essaye de me convaincre que c’est juste une blague de très mauvais goût. En ayant changé de numéro et déménagé, je me dis qu’il n’y a aucun moyen pour que ce type me retrouve.

Pourtant, si j’écris tout ça aujourd’hui, c'est parce que j'ai besoin d'aide. Depuis deux heures mon téléphone portable n’arrête pas de sonner. C’est un numéro masqué et j’ai beaucoup trop peur pour décrocher. On est en pleine nuit, et j'ose pas sortir de chez moi. Je suis sûr que c'est lui et qu'il m'observe de quelque part.