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lundi 28 mai 2018

Mauvais rêve

Il y a quelque temps déjà, un ami à moi a posté un commentaire sur Youtube. En vrai troll internet, sur une vidéo d’un certain Dr Nozman traitant de parasites et de paranormal, il avait critiqué les utilisateurs parlant de Ouija, d’attrape-rêves et de tout ce qui pouvait être lié à la magie en sortant des tirades de scientistes fanatiques. Et dans le débat qui a suivi, entre toutes les déclarations de haine et les prises de parti au nom de la science ou de l’inexplicable, un message très intéressant a été publié. En bon emmerdeur, mon pote lisait le fil de son commentaire avant de le supprimer définitivement. Et quand il a remarqué celui-là, il m’a contacté en sachant que ça pourrait m’être utile. Et il avait raison, c’est pour ça que je veux vous le partager.
J’ai pris le temps de créer une version corrigée du commentaire, car il était vraiment bourré de fautes. Mais vu que mon pote a supprimé le sien entre-temps, j’ai pas pu prendre de screen, donc vous allez devoir faire avec. Bonne lecture.

« Qu’est-ce qu’il ne faut pas lire ! Oui, la science explique plein de choses, mais pas tout ! Si Nozman demande des affirmations vraies ou fausses sur le paranormal, c’est pas une raison pour critiquer ceux qui en proposent ! Surtout que dire que la magie est juste une réinvention du cinéma après le succès d’Harry Potter est vraiment stupide !
On est énormément à avoir vécu des trucs bizarres que ta science n’explique pas, et dans mon cas, ça me fait croire à la magie autant que l’eau mouille. Et pour appuyer mes dires, je vais te raconter ce qui m’est arrivé, même si je sais qu’un esprit étriqué tel que le tien n’y croira sûrement pas une seconde, pour peu que tu me lises.

Quand j’avais à peu près 5 ans, ma famille a décidé d’acheter une maison. Avant, mes parents, moi, mes deux frères et mon chat, on vivait dans un petit appartement hérité d’une tante, par soucis d’argent. Mais quand mes parents ont appris la mise en vente d’une maison à bas prix dans le quartier suite à des soucis de succession, ils n’ont pas hésité une seule seconde, quitte à claquer une grande partie de leurs économies dedans. Et elle était belle cette maison. C’était même idéal pour nous tous à vrai dire, enfin, sauf pour moi.
Très vite, je me suis mise à faire des mauvais rêves récurrents. Le genre de cauchemar dont je me souviens encore maintenant, pas loin de 20 ans après. En vérité, c’était beaucoup plus proche des terreurs nocturnes, mais où la chose qui me faisait peur était toujours une vieille femme sortant de l’ombre et se jetant sur moi avec un couteau, chaque nuit. Oui, c’est stupide et totalement cliché je pense, mais elle me terrifiait. Pendant plusieurs semaines j’ai supplié mes parents de revenir dans l’ancien appartement, car j’étais persuadé que la femme ne nous suivrait pas jusque là-bas. Et eux, aussi compréhensifs qu’ils pouvaient l’être, ont mis mes cauchemars sur le dos du stress lié au déménagement et ont essayé de trouver un moyen de me calmer. J’ai dormi avec une veilleuse, avec un doudou « magique », avec le chat, avec mes frères puis avec mes parents, mais rien n’y a fait. Alors, mon père a eu une idée de dernier recours : l’attrape-rêves. Il avait des origines nord-américaines et avait été bercé dans les croyances de la magie. Il n’a eu aucun mal à en obtenir un, et à partir du moment où il l’avait accroché dans ma chambre, je n’ai presque plus fait aucun cauchemar avec la femme.

On est restés 6 mois dans la maison. Un jour, mon chat a déchiré l’attrape-rêves très tôt le matin en sautant dessus, sûrement en essayant de s’accrocher dessus. Mon père l’a jeté, et il m’a assuré que la femme ne reviendrait pas malgré tout. Pourtant, dans la nuit, j’ai rêvé d’elle, et je me suis réveillé en hurlant. Puis j’ai entendu des hurlements dans la chambre de mes frères et celle de mes parents. Le lendemain, mes parents ont pris la décision de retourner dans l’ancien appartement, et on a jamais vraiment reparlé de cet événement. Depuis, je n’ai plus fait de terreurs nocturnes. Et plus personne n’a le droit de ramener d’attrape-rêves chez nous. »

vendredi 25 mai 2018

La Grignoteuse

Je pensais ne courir aucun danger la fois où je l'ai vu escalader le grillage du jardin. Et puis, il y a eu la rencontre, l’enquête, les rumeurs, ma conclusion, ma fille et la nouvelle vision de la vieille dame dans mon jardin. Au moindre grattement derrière les murs, au moindre craquement du plafond, je sursaute et je frissonne de la tête aux pieds. J’ai tellement peur pour ma fille, tellement…

J’avais neuf ans à l’époque de ces faits terrifiants. Avec mes parents et mon frère, j’habitais une grande maison dans la banlieue toulousaine. Il y avait d’autres pavillons autour du nôtre, notamment celui de la veuve de l’ancien maire du village. C’était une femme très laide, mais très gentille. Elle ressemblait au cliché qu’on se fait tous d’une vieille sorcière, c’est-à-dire un gros poireau noir au bout de son nez crochu, un menton en galoche, des petits yeux perçants, de longs cheveux grisâtres entourés d’un châle sombre et d’une robe grise avec des grands escarpins à boucles. Ah oui, j’allais oublier ses mains terriblement longues et osseuses, aussi grandes qu’un avant-bras. À contrario de son physique, le caractère de cette vieille dame était vraiment sympa et par les trous du grillage qui séparait nos deux jardins, elle nous filait des bonbecs avec des emballages multicolores. C’est sûr, on n’aimait pas trop ses mains mais l’amour des bonbons était bien plus fort que nos appréhensions.

Nous, c’est moi et mon frère aîné Philippe. Il n’a jamais été témoin de ce que j’ai vu, mais lui aussi entendait des grattements derrière les murs de sa chambre et la porte de son placard. Après avoir lourdement insisté, mon père a fini par poser des tapettes à souris dans divers endroits de la maison. Il ne se passait pas une nuit sans qu’une de ces petites bestioles ne se brise la nuque sous la fine barre de fer. Le lendemain matin, mon père s’arrangeait pour nous épargner la vue de leurs cadavres. Une fois, je l’ai entendu pousser un juron pas très loin de ma porte. Par le trou de la serrure, je l’ai vu partir vers la cuisine et j’en ai profité pour sortir de ma chambre. Mauvaise idée.

Il y avait une tapette dans un angle du couloir. La souris piégée avait été dévorée, son corps était éparpillé sur le carrelage : les griffes étaient arrachées des pattes, des morceaux de chair et des entrailles gisaient autour de la tapette. Il y avait aussi des petits os cassés et grignotés. J’ai eu le temps de regagner ma chambre avant que mon père ne revienne. On n’avait pas de chat et je me demandais bien quel animal pouvait avoir fait ça. J’ai eu des nausées plusieurs jours après cette horrible découverte.

Malgré les nombreux pièges, les grattements n’ont pas cessé. Parfois, dans la nuit, j’entendais les tapettes à souris claquer, c’était effrayant. À cause des cadavres déchiquetés, mon père a fini par appeler un dératiseur. Le technicien est venu poser des boîtes rectangulaires avec du poison bleu à l’intérieur. Cela a été très efficace, les souris ont déserté la maison et les grattements ont presque tous cessé. Je dis bien presque car parfois la nuit, j’entendais toujours un léger grattement sous la fenêtre de ma chambre.

Contrairement à celle de mon frangin, ma fenêtre donnait sur le grillage de la veuve du maire. Une fin d’après-midi, alors que je fermais mes volets, j’ai vu une masse noire monter rapidement ce grillage et redescendre de mon côté. C’était bien trop gros pour être un chat, quoique sur le moment, j’ai espéré avoir vu un animal. J’ai aussitôt alerté la famille, je leur ai dit avoir aperçu l’animal qui déchiquetait les souris. Mon père m’a fait sa tête des mauvais jours, car je n’étais pas censé être au courant de ce détail sordide. Avec mes mains, je lui ai montré la taille que faisait cet animal et il m’a répondu à juste titre qu’il était bien trop gros pour s’introduire dans la maison.

La « rencontre » s’est répétée le lendemain soir, toujours au moment où je fermais mes volets. J’ai hurlé pour que tout le monde m’entende, surtout que la masse sombre rampait vers le fond de notre immense jardin. Elle avançait un peu comme une chauve-souris, une patte après l'autre, en plantant ses griffes dans la terre, car il ne pouvait pas s’agir de mains. Son corps était vraiment étrange, aussi large que plat. Voulant tirer cette histoire au clair, mon père a été cherché une lampe-torche et a inspecté le jardin pendant une bonne dizaine de minutes, sans succès.

La nuit de cette seconde rencontre a vraiment été terrifiante. D’une part, parce que l’étrange animal me dévorait dans mon cauchemar, d'autre part, quand je me réveillais, les grattements sous la fenêtre de ma chambre me semblaient si fort que j’avais l’impression que des griffes ou une mâchoire gigantesque creusaient mon mur. J’ai fini ma nuit sur la moquette de la chambre de mes parents et même si ce n’était pas très confortable, je m’y sentais nettement plus en sécurité !

Le lendemain matin, après le petit-déjeuner, j’ai été examiné mon mur. Il n’y avait rien, aucune trace de griffes sur le crépi. Toutefois, au pied de ce mur, la terre était retournée, comme si quelque chose avait creusé un trou puis l’avait rebouché. Sans réfléchir, j’ai creusé un peu et, au moment où je me traitais d’idiot, j’ai découvert un vieux papier de bonbon à l’emballage décoloré. Découverte banale me direz-vous, et bien pas tant que ça puisqu’à l’intérieur, j’ai découvert plusieurs petits os grignotés !

Alors que je bondissais chez moi pour montrer cette importante découverte à mes parents, j’ai cru faire un arrêt cardiaque quand j'ai croisé le regard perçant de la vieille veuve derrière son grillage. Elle me faisait un petit coucou d’une main tandis que l’autre tenait une poignée de bonbons aux emballages multicolores. En plus, elle se tenait à l’endroit exact où la chose sombre avait plusieurs fois escaladé le grillage ! Je lui ai rendu son coucou, mais, prétextant des devoirs à faire, je suis rentré chez moi sans prendre les bonbons. J’ai montré à mes parents la preuve flagrante qu’il se passait un truc pas clair autour de la maison. Malheureusement, mes os emballés dans un vieux papier de bonbon ne prouvaient rien, c’était même assez idiot de ma part de leur montrer ça et je me suis un peu vexé de leurs ricanements.

Plus la nuit approchait, plus j’angoissais. Je me disais que si je fermais les volets avant que mon jardin ne soit plongé dans l’obscurité, je ne verrais pas cette chose. Mais quand on est gosse, on veut toujours se rassurer, se dire qu’on a rêvé, qu’il n’y a pas de monstre caché sous son lit, dans son placard, ou autour de sa maison. C’est pourquoi j’ai poussé le tabouret du bureau jusqu’à ma fenêtre. Assis dessus, le cœur battant, j’observais attentivement tout ce qui se passait dans mon jardin et je sursautais au moindre mouvement de branches. Je m’attendais à ce que n’importe quoi surgisse et m'arrache le cœur ou me crève les yeux. C’est fou le nombre de visions horribles qu’on peut avoir quand on ne se sent pas en sécurité.

C’était long, très long, j’avais l’impression que la nuit tombait au ralenti. Angoissé comme jamais, je regardais la clôture disparaître petit à petit. La seule chose rassurante était le bruit que faisait ma mère dans la cuisine et le son diffus de sa radio. Soudain, le chien de l’autre voisin a aboyé comme un taré. J’ai fait un grand bond avant de rire comme un idiot. Mon courage a décidé de la suite, c’est-à-dire qu'il était temps de fermer les volets. J’ai étendu mon bras gauche pour attraper le crochet qui retenait le volet et… un truc m’a agrippé le poignet, c’était glacial. J’ai crié, me suis vaillamment débattu avant de tomber le cul sur la moquette. J’ai reculé très vite sur les mains, mais mon placard m’a empêché d’aller plus loin.

Terrorisé, j’entendais cliqueter quelque chose sur le rebord métallique de ma fenêtre, comme si des aiguilles à tricoter picotaient sa surface. Une horrible créature s’est alors dressé devant moi. Un front bosselé et ridé est apparu en premier, puis deux yeux d’un rouge très vif. Ils étaient globuleux, sans paupières. À la place du nez, un long museau me reniflait de loin. La bouche, enfin si on peut appeler ça une bouche, était remplie de dents pointues qui bougeaient à l'intérieur comme les pattes d’un mille-pattes. Elle m’a fait penser à la gueule d’un animal dégoutant, la lamproie. Sa langue longue et brunâtre, sortait et entrait à un rythme irrégulier entre les dents. L’ensemble du visage avait une forme triangulaire et pivotait sur un long cou. J’étais complètement tétanisé par cette horreur, je n’arrivais pas à bouger le moindre muscle.

Un bras est comme tombé sur la moquette. Enfin, il n’était pas vraiment tombé, il mesurait toute la longueur entre le bord de la fenêtre et le sol. On aurait dit une branche morte ayant perdu une partie de son écorce. Entre ce qui me semblait être des plaies, la peau m’évoquait un cuir très dur. Au bout du bras, quatre longs doigts crochus s’approchaient de moi à la manière d’une araignée.

Ma mère a hurlé. Elle me secouait par les épaules, pleurait. Plus tard, j’ai appris que j’avais les yeux grands ouverts en regardant la fenêtre et qu’une écume blanchâtre sortait de ma bouche. La chose a reflué sans un bruit. Sa disparition a coïncidé avec mon réveil et j’ai hurlé à mon tour, me suis débattu et puis, après m'être évanoui, je me suis réveillé avec une bouillotte sur la tête. Ma mère était assise sur mon lit, me caressait le front. J’ai aussitôt regardé ma fenêtre et évidemment, elle avait son apparence normale. J’ai supplié ma mère pour dormir dans sa chambre ou sur le canapé du salon et si elle a accepté, ça n'a duré qu'une nuit.

La nuit suivante, je l'ai passée dans mon lit. J’ai cru que j’allais devenir cinglé, je tremblais d’effroi au moindre bruit. Enfin non, pour moi, ce n’était pas des bruits, c’était les grattements du monstre qui creusait mon mur pour rentrer dans ma chambre et sucer mes os comme ceux des petites souris.

Constatant que mon état mental se dégradait, ma mère m’a emmené chez le médecin. Il m’a trouvé stressé et a prescrit un relaxant que je prenais chaque soir avant de me coucher. C’était plutôt efficace, car la nuit, j’entendais les grattements au loin, à mi-chemin entre le rêve et la réalité. Le matin, je me réveillais en me disant « tu vois, ce n’était qu’un rêve, ce monstre n’existe pas ! » En plus, pour éviter la vision du grillage, je fermais mes volets bien avant la tombée de la nuit et les fois où j’oubliais de le faire, je trouvais une excuse pour que l’un de mes parents s’en charge.

Autre chose m’a rassuré peu après mon « hallucination », la mort de la voisine. Enfin, je n’ai pas été rassuré longtemps, car j’ai appris les causes de sa mort : suicide par ingestion d’un produit toxique, la mort aux rats. Pour moi, c’était évident que le monstre c’était elle, mais sous une autre forme, que la nuit elle se transformait en cette chose immonde pour bouffer ces petites bestioles. Mon histoire aurait pu s’arrêter là si quelques semaines après sa mort, je n’avais pas retrouvé un vieux papier de bonbon au pied de mon lit. À l’intérieur, plusieurs os blanchâtres avaient été grignotés ou sucés. J’ai crié, ma mère a accouru, m’a demandé ce que je faisais avec ces os dégoutants dans ma chambre. J’ai eu beau lui expliquer que le monstre les avait mis au pied de mon lit, elle ne m’a pas pris au sérieux et j’ai eu le droit à une seconde visite chez le médecin. Bien sûr, selon lui, j’étais sain de corps, mais mon esprit était perturbé par des problèmes que transformait ma débordante imagination. Ma mère a aussitôt fait le rapprochement avec mon manque de discipline scolaire et les quelques petites bagarres dans la cour de récréation. Elle a aussitôt pris rendez-vous avec la directrice et l’assistante sociale, mais cet entretien n’a jamais eu lieu.

L’après-midi de la découverte du vieux papier avec les os, après avoir joué au petit garçon modèle et parfaitement équilibré, j’ai décidé de fouiller le jardin. Sous ma fenêtre, après avoir creusé la terre avec un outil secrètement emprunté à ma mère, j’ai découvert plusieurs autres vieux papiers de bonbons et à l’intérieur, des os grignotés ! Même si je me suis fait engueuler pour les trous dans le jardin, ma mère s’est enfin rendue à l’évidence : il se passait un truc pas normal autour de sa maison.

Elle m'a aidé à creuser. Sous le mur adjacent à la chambre de mon frère, on en a découvert d’autres. Certains papiers contenaient des os de la dimension d’une phalange. Mon père, qui venait de rentrer du travail, nous a aidés un peu avant de décider d’apporter nos trouvailles à la gendarmerie. On a aussi découvert que sous la grande haie qui encadrait la partie ouest du jardin, la pelouse et la terre étaient aplaties, comme si une chose d’une taille anormale passait souvent dessous.

Les évènements ont pris une autre ampleur quand un gendarme a téléphoné à mon père pour lui donner les résultats de l’analyse génétique des os. Si la majorité appartenait bien à des rongeurs, quelques-uns étaient classés dans la catégorie hominidés, autrement dit notre espèce.

Malgré le refus de ma mère qui ne voulait pas qu’on massacre ses parterres de fleurs (de toute façon elle n’avait pas le choix), le jardin a été retourné de fond en comble. Après le passage d’une petite pelleteuse, on n’avait plus qu'un terrain vague autour de la maison. Le résultat n’a pas été à la hauteur de l'espérance des gendarmes, ils n’ont trouvé qu’une dizaine d’autres papiers de bonbons sous ma fenêtre et celle de mon frère. Si l’État n’avait pas payé un jardinier pour remettre tout ça en ordre, je crois bien que ma mère serait devenue folle !

Mon frère et moi avons été interrogés sur nos relations avec la veuve décédée, car je leur avais expliqué que l’emballage des papiers de bonbons ressemblait à ceux qu’elle nous donnait à travers les trous du grillage. Bien sûr, à l’intérieur il n’y avait pas d’os, mais de vrais bonbons, et notre relation s’arrêtait à un bonjour, merci, au revoir. Si j’ai parlé des cadavres déchiquetés des souris retrouvés autour des tapettes à l'intérieur de notre maison, j’ai évité ma rencontre avec le monstre alors que ça me démangeait. À l’image de certains films, je n’avais pas envie de passer une expertise psychiatrique.

L’installation d’une caméra de surveillance dans plusieurs jardins du village a fait autant de bruits que les premières rumeurs colportées par divers adultes et enfants. Certaines rumeurs racontaient que des parents n’avaient pas mentionné à la police des faits très étranges concernant des incidents mineurs survenus la nuit dans la chambre de leurs enfants. En effet, des gosses se seraient plaints d’avoir été méchamment mordus jusqu’au sang pendant leur sommeil. Certains s'étaient réveillés à causes de grattements et auraient vu une ombre épaisse passait sous la porte de leur chambre. Cette ombre ramperait très vite sur la moquette et grimperait silencieusement sur les murs, les fixant de ses gros yeux rouges avant de sauter et de les mordre sévèrement. D'autres disaient que ce monstre avait l’apparence d'une grosse souche avec quatre longues branches, mais que ça pouvait aussi passer sous les portes. On disait aussi que des papiers de bonbons avec des os plus gros avaient été retrouvés sous les fenêtres d’autres pavillons, et toutes ces fenêtres appartenaient à des chambres d'enfants.

Si toutes ces rumeurs étaient infondées, alors pourquoi avait-on installé ces caméras de surveillance dans les jardins, mais aussi, dans le cimetière du village ? Sa fouille a été un fait avéré, plusieurs squelettes d’enfants ont été exhumés et, si personne hormis la police n’a connu le résultat de ces investigations, il est facile de penser que des os manquaient à leurs cadavres. D’ailleurs, j’ai appris par un journaliste qui avait enquêté sur cette histoire que des caméras infrarouges avaient été placées au-dessus de tombes d’adolescents et de celle de la veuve du maire. Il était donc évident que les gendarmes prenaient cette affaire de monstre rampant très au sérieux.

Trente ans plus tard, je ne sais toujours pas ce qui s’est vraiment passé, si j’ai été victime d’une hallucination ou non. Ce qui est certain c’est que quand je me rends sur la tombe de mes parents, j’ai toujours l’impression d’être observé, que quelque chose me guette et dès que je tourne la tête vers une ombre que j’ai aperçue sur le côté, j’assiste à un brusque envol de piafs, à un mouvement de branches, ou j’entends le craquement des cailloux entre les tombes.

Si je vous raconte cette histoire, c’est à cause du vieux papier de bonbons que m’a rapporté ma gamine de 6 ans ce matin. Heureusement, il n’y avait pas d’os, mais l’emballage était décoloré. J’ai aussitôt piqué un sprint jusqu’au premier étage, j’ai fouillé sa chambre de fond en comble, sans rien trouver. J’ai entendu un grattement près de sa fenêtre. Mon cœur battait la chamade dans ma poitrine, je me suis doucement approché de cette fenêtre et je l’ai vue, la vieille voisine de mon enfance, je l’ai revue !

Habillée d'un châle et d'une robe poussiéreuse, elle me faisait un coucou d’une main tandis que dans la paume de l’autre ouverte vers le ciel, des emballages de bonbons brillaient sous le soleil. J’aurais juré que la fente de ses yeux étaient rouges. On a tiré sur mon pantalon, j’ai cru faire un arrêt cardiaque. C’était ma fille qui demandait pourquoi j’avais couru jusqu’à sa chambre. Je ne lui ai pas répondu, j’ai de nouveau regardé par la fenêtre au moment où la vieille femme s’est aplatie avant de ramper à une vitesse inhumaine jusqu’au grillage. Elle l’a escaladé si rapidement qu’une seconde après, il n’y avait plus que le vent qui agitait les branches de l’arbre du voisin. S’il n’y avait pas eu ma fille, je ne sais pas combien de temps je serais resté devant cette fenêtre, car j’étais vraiment choqué par cette vision.

Voilà, je ne sais pas si quelqu’un a récemment vécu les mêmes évènements, a trouvé un vieux papier de bonbons dans sa maison ou dans son jardin, mais je tenais à vous mettre en garde qu’Elle existe et qu’Elle est toujours vivante. Alors vérifiez bien l’espace sous la porte de la chambre de vos enfants, de vos adolescents, car à un moment dans la nuit, Elle viendra les regarder dormir et peut-être, pour des raisons que j’ignore encore, les mordillera jusqu’au sang, peut-être plus…

vendredi 18 mai 2018

Recherche d'un vin introuvable !

Yo les mecs ! Je viens de retrouver ce sujet bizarre de ce vieux forum de passionnés de vin que j'avais trouvé par hasard y a un bail. J'en avais parlé sur la chatbox quand je le cherchais encore, le voilà enfin :

http://www.lapassionduvin.com/forum/languedoc-rous...

EDIT : Le topic a apparemment été supprimé ou mis aux archives, en tout cas il est de nouveau introuvable. Je poste donc les screens du topic que GloomyNerthus a fait au moment où il existait encore, merci à elle :

NB : Le screen étant trop grand pour être affiché sur le blog et devenant illisible en le redimensionnant, vous pouvez le voir ici.


vendredi 11 mai 2018

Le rat des ongles

« Si tu continues à te ronger les ongles, le rat des ongles va entendre ton grignotage ! » C’est ce que me disait ma mère à chaque fois que mes incisives s'occupaient du bout de mes doigts. « Si tu continues à cracher tes ongles partout, le rat des ongles va sentir leur odeur et trouvera notre maison ! » C’est ce que me disait ma mère pour stopper cette mauvaise habitude qui s’était peu à peu installée au cours de mon enfance. Heureusement, mon père me rassurait, me disait que le rat des ongles était une invention de ma mère, qu'il n'existait pas. « Si tu continues à cracher tes ongles dans ta chambre, l’horrible rat des ongles grignotera tes doigts dans ton sommeil puis fera un nid sous ton lit ! » C’est ce que me disait encore ma mère. « Si tu continues à manger tes ongles dans ta chambre, l’horrible rat des ongles fera un trou dans ton ventre et ira les chercher au fond de tes entrailles ! » C’est ce que me disait ma mère pendant ma préadolescence.

J’étais onychophage, ce qui signifiait que je ne pouvais pas m’empêcher de ronger mes ongles. C’est venu progressivement, au fur et à mesure que je grandissais et découvrais les horreurs de ce monde et le caractère très agaçant de ma mère.

Oui, ma mère était ma cause principale d’anxiété. J’étais un enfant paisible, calme, j’étais son exact opposé. Ma mère était une tornade, une pelote de nerfs qui n’arrêtait pas de nettoyer ce qui était déjà propre, de rendre parfaite une maison déjà parfaite, de courir aux quatre coins du jardin pour ramasser la moindre feuille morte.

Comme ses refrains sur le rat d’ongles s’usaient et me faisaient aussi peur qu’une tasse à café, ma mère a mis en pratique d’autres techniques : morceau de sparadraps au bout des doigts, gants noués autour du poignet avec un serre-lien, menaces multiples comme me couper les doigts ou m’arracher les ongles ! Bien sûr, elle parlait plus qu’elle n’agissait réellement et hormis les gants et les sparadraps, je n’ai subi aucun sévice. De toute façon, mon père n'aurait pas accepté que maman me fasse du mal. Et puis un soir, le rat des ongles est entré dans ma chambre.

J’avais 13 ans. Vers une heure du matin, alors que je venais de poser mon smartphone sur ma table de nuit et d’éteindre ma lampe, la poignée de la porte a cliqueté avant qu’un rai de lumière n’en dessine le cadre. Les gonds ont sinistrement grincé, comme si un violoniste fou jouait une note discordante derrière la porte.

Un long museau est apparu en premier. J’étais horrifiée, surtout que j’avais lu quelques creepypastas particulièrement effrayantes avant d’éteindre ma lampe. La truffe rosâtre se levait par à-coups, reniflant sans doute l’odeur de mes bouts d’ongles perdus dans la moquette. En retrait de cette truffe immonde, deux incisives jaunâtres étaient aussi grandes que ma main. Le museau était long, anormalement long. Des yeux rouge-vif, aussi gros que des boules de pétanque, sont ensuite apparus. La gueule a encore avancé dans l’ouverture, révélant deux oreilles couvertes de poils qui tombaient jusqu’aux yeux sans paupières.

J’ai hurlé quand le rat a passé le reste de son corps dans l’entrebâillement. Il était long et gros, vraiment très gros. Il s’est levé d’un coup et a avancé à grands pas vers mon lit, ses longues griffes repliées sous son museau. Sur l’instant, je n’ai pas remarqué que son corps était couvert d’une chemise de nuit grisâtre, comme celle que portait ma mère. Ses genoux craquaient à chaque pas, j’entendais aussi le claquement de ses dents. Prêt à me défendre, j’ai saisi ma lampe de chevet et l’ai braquée devant moi. C’est alors que le rat a parlé :

- Tu as mangé tes ongles vilaine petite fille, je vais te dévorer le ventre ! Cette voix je la reconnaissais parfaitement, c’était bien celle de ma mère.
- Maman ? ai-je balbutié.
- Je suis le rat des ongles, je vais punir la petite peste dans son lit !

Le rat s’est penché au-dessus de moi et a commencé à me caresser le ventre avec ses longues griffes. Ça ne faisait pas mal, au contraire, j'aurais pu dire que ça me chatouillait. D’un réflexe, j’ai vivement repoussé sa main.

- Laisse-toi faire ma petite, tu vois bien que le rat des ongles ne veut pas te faire de mal. Au contraire, il va t’apprendre à devenir une femme et donner du plaisir aux hommes !
J’ai chopé une oreille de son horrible tête, et j’ai tiré dessus : le masque m’est resté dans les mains. J’ai allumé ma lampe avant de hurler :
- Mais qu’est-ce que tu fous bordel !

Ma mère restait immobile, me fixant d’un regard vide. Un voile laiteux couvrait ses pupilles et de l’écume coulait de sa bouche. Je l’ai secouée, elle n’a pas réagi. Ne sachant pas quoi faire avec elle, je l’ai ramenée dans son lit. J’avais l’impression de manipuler une poupée de chair, je pouvais en faire ce que je voulais. Les yeux grands ouverts, elle regardait fixement le plafond. On aurait dit un état catatonique. Mon père n'était pas là. Je l’ai appelé sur son portable, il m'a dit de ne rien faire et d'attendre son retour prévu le lendemain après-midi.

Il m’attendait à la sortie du collège. Dans la voiture, je lui ai reparlé de la nuit précédente, en détail. Son visage est devenu grave. Il a profondément expiré d'un air résigné. Une fois à la maison, il m’a demandé de le suivre jusqu’au grenier. D’un vieux carton poussiéreux, il a sorti un album photo qui m’était totalement inconnu. Il a feuilleté plusieurs de ses pages épaisses remplies de vieux clichés en noir et blanc avant de le tourner vers moi.

- Je te présente un homme que tu n’as jamais connu, ton arrière-grand-père, enfin si tu préfères, le grand-père de ta mère.
Un vieux monsieur vêtu d’un costume noir et d’une chemise blanche était assis sur une chaise, les jambes croisées, les mains jointes sur ses genoux. J’ai tout de suite détesté son regard et son petit sourire en coin.
 - C’est… à cause de lui tout ça, a dit doucement mon père.
- Tout ça quoi ?
- Le comportement de ta mère, le rat des ongles...

Une boule a grossi dans ma gorge au fur et à mesure que papa me contait l’histoire de Séverin, mon arrière-grand-père maternel. Soldat de la Première Guerre mondiale, il a combattu deux ans dans les tranchées de la Somme. Un éclat d’obus l’a plongé plusieurs jours dans le coma. À son réveil, il n’était plus le même, avait un comportement agité, se rongeait les ongles, hurlait que des rats couraient autour de son lit et voulaient le dévorer, comme dans les tranchées. Un médecin a eu la mauvaise idée de soigner le mal par le mal. Sa thérapie a consisté à lui démontrer que le rat était un animal très utile, un éboueur de la nature. Le médecin a poussé l’expérience jusqu’à fabriquer une tête de rat et des griffes. Séverin hurlait à chaque fois qu’il voyait cette bête à taille humaine. Puis, son cerveau s’y est peu à peu habitué. Au bout de trois longues années, il était guéri de sa phobie. Comme cadeau de départ, le médecin lui a offert son costume de rat.

De retour chez lui, Séverin a profité de sa femme et de ses trois filles, Sévérine, Odette et Madeleine. Séverine était ma grand-mère, la mère de maman. Les pensions d’invalidité et de guerre de mon arrière-grand-père n’étaient pas bien grosses, mais suffisantes pour vivre décemment. Leur existence était paisible jusqu’à ce que la petite Madeleine soit retrouvée morte sous son lit, dans la chambre commune des trois filles. D’après mon père, son corps était couvert de morsures et de plaie profondes comme si on avait mangé sa chair. Séverin a été accusé de cannibalisme, mais aussi de sévices sexuels, la petite ayant subi des attouchements et une défloraison précoce. Séverin a toujours clamé son innocence, d’autant plus que les morsures sur Madeleine avaient la taille d’une mâchoire d’enfant et de petites bêtes. Malgré les services rendus à la nation et le manque de preuves, la justice avait besoin d’ordre et d’un coupable en cette période trouble d’après-guerre. Mon arrière-grand-père fut décapité en place publique. Sa femme mourut de chagrin quelque temps après, laissant Séverine et Odette orphelines. Elles furent récupérées par une cousine éloignée. Comme seul souvenir, ma grand-mère a gardé le costume de rat de son père.

L’histoire se poursuit par le début des troubles mentaux de Séverine peu après la naissance de Judith, ma mère. Cela a été graduel, ma grand-mère n’a été déclarée schizophrène qu’à l’adolescence de maman. Mais que s’est-il passé depuis son enfance ? Maman a-t-elle subi des sévices, des attouchements ? D’après mon père, Séverine avait connu de nombreux hommes après la mort accidentelle de Christian, mon grand-père, et que peut-être, l’un d’eux avait abusé sexuellement de ma mère alors qu'elle n'était qu'une enfant. Comment avait-elle appris l'existence du rat des ongles ? Ma grand-mère portait-elle le costume de rat de Séverin pour lui faire peur ? Je n’ai jamais vu ma mère se ronger les ongles et sur les photos de famille, ses mains paraissent normales. De récentes études sur les troubles comportementaux intergénérationnels ont démontré que des traumatismes vécus par les parents ou les grands-parents laissaient des traces à leur descendance. Ma mère n’aurait-elle donc rien vécu de tout ça ? Aurait-elle agi inconsciemment, sans vraiment comprendre ce qu’elle faisait ? Mais dans ce cas, qui lui aurait donné le costume qui, dans mon souvenir, était neuf ? Où etait passé ce déguisement ? Mon père ne l'a jamais retrouvé comme il n'a jamais retrouvé la trace de son achat. Aurait-on donné à ma mère ces horribles artifices ? Dans quel but ? Pourquoi ? Qui est venu le reprendre ?

Mon père a souvent tenté d’en savoir plus sur l’enfance de ma mère, mais elle restait aussi muette qu’une tombe. Elle aurait quitté papa s’il l’avait forcée à voir un psy. Malheureusement, son amour pour ma mère a toujours été le plus fort. Qui a dit que l’amour rendait aveugle ? Si j’ai un avis à donner, je pense que mon père aurait dû forcer Judith à consulter, car ce qu’elle m’a fait subir avec son rat des ongles a laissé des traces et des peurs en moi.

J’ai aujourd’hui 22 ans, je suis enceinte de 7 mois, d’une petite fille. Depuis quelques jours, j’ai envie de me ronger les ongles et les sinistres refrains de ma mère passent en boucle dans ma tête. J’hésite à me faire aider, j’hésite à en parler à mon mari ou à mon père, j’ai peur qu’ils me prennent pour une folle et me retirent mon bébé. Et vous, avez-vous un membre de votre famille qui se ronge les ongles ? Connait-il le rat des ongles ? Pouvez-vous m’aider à mieux dormir la nuit ? J’ai peur, j’entends gratter sous mon lit et je vois de petites ombres courir autour…


lundi 7 mai 2018

Le colocataire invisible

Un automne, un papi était parti couper du bois pour la cheminée dans la forêt avec son beau-fils et ses petits-fils. Ils avaient une grande famille : le grand-père, la grand-mère, le fils aîné avec sa femme et ses deux enfants, et le fils cadet avec sa fiancée (à propos, même aujourd’hui, en Yakoutie, beaucoup vivent avec toute leur famille dans la même maison). Il faisait beau et ils avaient réussi à couper pas mal d’arbres en une après-midi. Mais vers le soir, ils sont tombés sur un gros mélèze particulièrement coriace sur lequel les coups de hache rebondissaient comme sur de la pierre. Même la tronçonneuse (une du célèbre modèle Drouzhba) n’arrivait pas à rentrer dans le bois, elle se bloquait à mort toutes les deux minutes. Bon, il y a beaucoup d’arbres dans la forêt, donc le beau-fils a proposé de laisser celui-là tranquille et d’aller s’occuper d’un autre, mais le grand-père s’est entêté, disant qu’il ne ferait pas honneur à sa réputation s’il n’abattait pas cet arbre. Ils se sont cassé la tête toute la soirée, pour au final réussir à en venir à bout. Sur ce, ils en ont fini avec leur journée de travail.

Et puis le jour est venu où ils devaient charger les arbres sur leur tracteur pour les ramener au village. Là, le même arbre s’est fait remarquer dans toute sa splendeur. Lorsqu’ils ont essayé de le mettre dans la remorque, il est retombé six fois, comme s’il était doué d’une volonté propre. Sur le chemin, il s’en est encore barré un sacré nombre de fois, même si le chargement était entravé par les barreaux. Lorsqu’ils sont enfin arrivés chez eux, ils ont préparé le tas de bois de chauffage pour le lendemain. Un des petits-fils a abattu sa hache sur l’arbre, et celle-ci a rebondi pour le frapper lui-même au front. En voyant ça, le vieux s’est énervé et a invité tout le monde à s’occuper de cet arbre en premier. Ils y ont passé la journée, mais on finit par le réduire en morceau et le mettre dans le tas de bois. Le vieux a personnellement pris une botte de ce bois-là et l’a ramené à la maison pour le fourrer dans le four à bois. Après, bien évidemment, les bûches ne se sont absolument pas laissé enflammer, mais le grand-père n’était pas non plus né de la dernière pluie, les a arrosées d’essence, a rempli le four de journaux et ainsi les a allumées.

Les trucs bizarres ont commencé le soir, et pas comme dans les films américains où est graduellement de plus en plus bizarre à mesure que les mois passent, mais le pire de tout dès le début. La famille dînait, et la fiancée du jeune fils s’est soudainement mise à hurler à pleine gorge. Tous l’ont regardée, et elle leur a dit que quelqu’un venait de la frapper en pleine poire. Ils ont d’abord pensé que la gamine avait pété une durite, mais à ce moment, de nouveau, une personne invisible s’est mise à lui mettre des taloches de sorte que sa tête bringuebalait de droite à gauche. Le grand-père a essayé de retenir lui-même le visage de sa belle-fille avec ses mains, et là la saloperie s’en est prise à lui, lui foutant un coup dans le bide avant de se mettre à le baffer. Quand le vieux est sorti en laissant derrière lui le château hanté, la chose invisible s’en est de nouveau prise à la fiancée du cadet. Il l’a malmenée toute la soirée, jusqu’à ce que ses joues soient devenues rouges comme des écrevisses, et puis s’est finalement barré. Mais il était trop tôt pour les réjouissances, car la nuit, c’est de nouveau revenu la voir, ça a balancé sa couverture sur le sol et s’est appuyé de tout son foutu poids pour l’asphyxier. C’est là qu’ils se sont tous mis à flipper, la fiancée en larmes, les gars qui ne captaient que dalle, le grand-père qui met sa tête dans ses mains en comprenant que leur bois de chauffage n’était pas issu d’un arbre ordinaire… Ils ont fait venir le prêtre du coin, qui s’est pointé avec sa croix, son encensoir et son eau bénite. Le truc est direct venu balancer l’eau, casser le récipient, arracher le crucifix du cou du prêtre pour la balancer dans un coin et mettre des taloches dans la tronche du saint. Du coup, il s’est tiré aussi vite qu’il était arrivé.

Après, le fun a commencé. La chose restait en général calme le matin et la journée, mais ne les laissait pas oublier sa présence en leur faisant des petites crasses : de la merde de vache dans le lait, de la pâte qui pourri sans raison, des tasses qui se jettent toutes seules par terre. Le soir, elle revenait toujours s’en prendre à la fiancée, la tabassait, lui arrachait ses vêtements, planquait des trucs dégueulasses dans son repas, la pelotait pendant la nuit (mais, dieu merci, elle n’a jamais essayé de la violer). Par contre, ça ne touchait pas les autres, même pas le grand-père, tant qu’ils n’essayaient pas de défendre la jeune fille. Si quelqu’un essayait quand même, ça lui collait une bonne leçon, de manière bien plus violente qu’avec elle : on se retrouvait facilement recouvert de bleus et avec des os cassés. Même les deux petits-fils n’ont ni réussi à l’attraper, ni même à l’effleurer.

Le grand-père s’en est remis au chaman de la région. Ce dernier a refusé de venir dans la maison, arguant que le mal présent était plus puissant que lui. Lorsqu’ils se sont tous mis d’accord pour dire que la bestiole était arrivée chez eux en même temps que l’arbre dans lequel, visiblement elle résidait jusqu’alors, le chaman leur a conseillé de reprendre tout ce qui restait de l’arbre et de le rapporter à l’endroit où ils l’avaient pris. C’est ce qu’ils ont fait, et les buches sont mêmes arrivées à bon port sans la moindre pirouette étrange. Mais ça n’a pas marché : il semblait que leur « colocataire » s’amusait bien plus au village. Ils sont restés comme ça un mois à tout essayer pour le chasser, en allant des cercles de charbon sur le sol aux prières en passant par les chats, mais rien n’a eu d’effet, et le truc faisait le malin avec ardeur après chaque tentative. Une telle vie a fini par affecter la santé mentale de la jeune fille, ses yeux ont commencé à se dessécher et elle s’est mise à délirer.

Par ailleurs, à cette période, un agent de la Tchéka est venu leur rendre visite, envoyé spécialement depuis un autre village qui, après avoir eu vent des rumeurs, a décidé qu’il leur fallait aller rapporter le fait que le mal se répandait. Il est entré chez eux en gueulant « il est où, votre monstre ? », et là un coup est parti du flingue qui pendait à la ceinture du gars, et il a bien failli se le prendre. Il a alors porté la main à son arme, et là quelqu’un s’est mis à lui balancer méticuleusement plein de crottes depuis le four. Il a dégainé et a mis le four en joue, mais il n’y avait personne. Et puis le truc a repris ses vieilles habitudes et l’a roué de coups au visage. Le mec de la Tchéka s’est tiré sans demander son reste et n’est jamais revenu.

Au final, la famille a décidé de renvoyer la jeune fille chez ses parents, dans un autre hameau. Alors qu’ils roulaient dans le village, elle regardait en arrière en disant : « mon pauvre abassy ne peut pas nous suivre, il est coincé, ramenez-moi là-bas », et à la sortie elle a dit « mon pauvre abassy est resté tout seul et pleure près du bouleau. » Et d’un coup, le délire a disparu, et elle a retrouvé la raison. Bien sûr, elle n’est jamais retournée dans ce village, et le mariage s’est annulé de lui-même. D’ailleurs, au village, ils n’étaient pas contre, car à l’instant où elle était partie, on aurait dit que leur colocataire s’était volatilisé, cessant ses farces et ses jeux. Au début, ils s’effrayaient à la moindre ombre, s’attendant à son retour, mais ça ne s’était jamais produit. Visiblement, sans la jeune fille, l’abassy avait fini par s’ennuyer, et était reparti dans son trou. Happy end, comme on dit.
Traduction : Magnosa


Suivante

vendredi 4 mai 2018

Je prépare une fête d'anniversaire pour ma fille aînée et j'aimerais de l'aide

Re-bonjour, tout le monde. J’ai pu voir que ma lettre ouverte a suscité votre intérêt. Certaines personnes ont pensé que je faisais subir des choses horribles à mes enfants, des choses qui me retournent l’estomac rien que d’y penser. Je ne suis pas un monstre ! J’aime mes enfants. Je me suis dit que si je refaisais un post, vous verriez que mes enfants sont très heureux et en bonne santé.

Bon, bientôt ce sera un jour très spécial. Mon aînée, Claire, va avoir 13 ans ! Ce ne sera plus une enfant et je cherche des idées pour fêter ça. Peut-être que vous pourriez m’aider à organiser la meilleure fête d’anniversaire possible pour ma première fille.

J’ai adopté Claire quand elle n’avait que quelques mois. Sa mère n’était pas en mesure de s’occuper d’elle. J’habitais à New York, à l’époque, et j’avais une boulangerie préférée à laquelle j’allais le mercredi, quand ils faisaient des croissants aux amandes. J’avais mon itinéraire habituel, et je voyais souvent une femme avec son bébé dans les bras ou dans une poussette. C’était sûrement une mère célibataire. Elle avait toujours l’air épuisée ou pressée. C’était probablement son premier enfant, aussi. Elle oubliait parfois de boucler la ceinture de la poussette, ou de mettre un gilet à la petite. Elle faisait de son mieux, je suppose, mais elle n’avait pas encore tout à fait l’instinct maternel.

Un jour sur mon chemin, j’ai vu le bébé dehors dans la poussette, mais la mère était introuvable. Il faisait très froid pour un mois d’Octobre, et comme d’habitude la petite ne portait qu’un t-shirt à manches longues et un pantalon. Pas de gilet, pas de bonnet, pas de gants, et pas de couverture pour lui tenir chaud. Je me suis arrêté et j’ai attendu, j’avais prévu de faire un sermon à la mère et de lui acheter des vêtements pour sa fille, mais elle n’est pas venue. J’ai dû attendre 5 bonnes minutes, mais ça m’a paru être des heures. La petite pleurait et ça m’a brisé le cœur.

Je n’avais pas l’intention de prendre l’enfant.

Mais la mère n’était toujours pas revenue, et les pleurs s’intensifiaient.

Alors je l’ai prise dans mes bras, enveloppée dans ma veste et ramenée avec moi à la maison. On a quitté New York peu de temps après, et on a vécu sur la route depuis. C’était un bébé merveilleux, calme et heureux. De loin mon enfant le plus facile jusqu’à aujourd’hui. Elle sait que je l’ai enlevée des bras d’une mauvaise mère et elle n’a jamais voulu en savoir plus sur cette femme. Je lui ai offert une vie merveilleuse, et un accès illimité à la culture et à l’éducation. Est-ce que vous saviez que beaucoup d’états proposent une scolarité en ligne ? C’est vrai ! C’est tellement génial de laisser les enfants apprendre à leur rythme. Une fois que notre tribu s’est agrandie, on a même organisé des expos-sciences tous ensemble.

Claire est une enfant spéciale. Je pensais qu’elle allait être une enfant unique très longtemps, mais j’avais remarqué qu’il lui manquait la compagnie d’un frère ou d’une sœur. Je ne me souviens pas où on était… Ohio, peut-être ? Et on s’était arrêtés dans une ville pour quelques jours. Il y avait un joli parc, mais il était presque tout le temps vide. La plupart du temps on n’était que tous les deux. Mais quelques fois, un petit garçon et une petite fille nous rejoignaient. Ils ne sont jamais venus avec leurs parents, et ils lorgnaient sur notre pique-nique avec des yeux affamés. Très vite, je me suis mis à préparer des sandwiches en rab’ et à emporter des puddings et des briques de jus de fruits supplémentaires. Le jour où on avait prévu de quitter la ville, je me suis finalement aperçu que leurs vêtements n’avaient jamais changé, quand j’ai reconnu la tâche d’herbe que le petit garçon s’était fait en sautant de la balançoire. Ce soir-là, Claire m’a parlé de ses amis. Ça l’inquiétait de les voir toujours affamés et ils lui avaient dit qu’elle ne pouvait pas aller jouer chez eux parce que leur maison n’était pas sûre. Je n’avais pas remarqué les bleus sur leur peau mate, mais Claire, si. Elle m’a demandé si on pouvait les adopter comme je l’avais fait pour elle.

Et c’est comme ça que notre famille s’est agrandie pour la première fois, mais pas la dernière.

J’avais de bons revenus grâce à mes petits boulots par internet. Pas mal de commandes d’œuvres d’art, de retouches, etc. Mais j’ai réalisé que ma vraie passion c’était d’aider les enfants, alors j’ai commencé à prendre des cours en ligne pour devenir un travailleur social. Claire dit qu’elle veut faire comme moi quand elle sera grande. C’est elle qui a commencé notre tradition des cochons-tirelires. Chaque enfant a une tirelire en forme de cochon qu’ils peuvent customiser comme ils veulent, et ils mettent leur argent de poche dedans pour économiser pour la fac. Elle est tellement intelligente et sage pour une enfant. La sienne a une jolie couronne de fleurs bleues peintes sur la tête du cochon.

Je suis désolé. Je me suis égaré. C’est juste que je n’ai pas souvent l’occasion de parler de ma famille. Ce sont tous des enfants tellement géniaux. Mais je devrais revenir à ce qui nous importe : l’anniversaire de Claire.

Elle adore le vert et le bleu, alors je pensais acheter des serviettes en papier et des assiettes de ces couleurs. Est-ce que quelqu’un aurait un lien pour des lampions ou des banderoles dans ces tons-là ? Elle adore le dessin animé Raiponce, alors j’avais pensé faire un lâcher de lanternes pour elle. J’ai une robe Raiponce qui vient du Disney Store. Je suis sûr qu’elle va adorer ! On a déjà fait un Funfetti Cake pour les jumeaux, alors je me disais, gâteau au chocolat ? On est de retour sur la côte Est en ce moment, donc si quelqu’un connaît une bonne pâtisserie, je suis tout ouïe ! Je pensais à un gâteau décoré en pâte à sucre ? En général j’achète un jeu de société à chaque anniversaire et on y joue en famille. On a déjà Brise pas la glace, Cluedo, Monopoly et Hi Ho Cherry-O. Vous en connaissez d’autres que votre famille aime ? Le préféré de Claire c’est Cluedo. J’avais pensé à Candy Land, mais je ne suis pas sûr. Est-ce que Twister est encore à la mode ?

Enfin bref, la grosse surprise que je vais annoncer c’est que Claire va aller au « Space Camp » ! Après la fête, je vais laisser George s’occuper des autres. C’est le deuxième plus vieux, il a 10 ans. Claire et moi on va prendre la route.

Mais on n’ira pas au « Space Camp ».

J’ai choisi un joli coin. Il y a plein de fleurs bleues, les mêmes que sur sa tirelire. J’ai déjà creusé le trou. Personne ne devrait nous déranger. J’ai acheté un beau couteau de chasse. J’ai prévu de lui trancher la gorge. Ça me paraît être la méthode la plus humaine. Un pistolet ça attire trop l’attention, et je ne pense pas être capable de la matraquer à mort.

Je ne veux pas qu’elle ait peur.

Je suppose que je pourrais l’étrangler, mais c’est une si belle enfant –enfin, jeune fille- et je n’ai pas envie de lui faire de vilaines marques pour son dernier jour.

Vous voyez, c’est pour ça que sa fête doit être parfaite. C’est sa dernière fête.

J’adore les enfants.

Mais elle ne sera plus une enfant.

Traduction : Sassy Calopsitte

Suite d'une pasta (recorrigée pour l'occasion) qui avait été publiée en 2016. Le lien est déjà dans le texte, mais le revoilà pour ceux qui l'auraient manqué.
Texte original