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lundi 24 décembre 2018

Spotlight de Noël : Les figurines Père Noël

En 1989 en Californie, une société commercialise des figurines parlantes de Papa Noël à l'approche de Noël. La figurine devait normalement crier "Happy Christmas" ou "Hohoho", enfin, de quoi faire rêver les enfants et passer un bon Noël.
Seulement, plusieurs figurines (prés de la moitié) ne faisait pas ce qui était indiqué plus haut. La figurine était déformé et les sons qu'elle produisait étaient des sortes de grognements. Certains prétendent qu'on entendait des choses du genre "Fuck You". Les rumeurs vont plus loin quand certaines personnes prétendent que la figurine les regardait, peu importe ou ils allaient. La nuit, elle s'enclenchait toute seule avec un son beaucoup plus fort.

Après de nombreuses plaintes, la société retira des ventes ces fameuses figurines et étouffa l'affaire. On découvrit quelques années plus tard que l'entreprise a été construite sur un ancien cimetière et que la moitié de leurs jouets fut retirés, seulement 2 semaines après leur mise en vente, ayant le même problème que le Père Noël.
Depuis, les sites interdisent la vente de ces Père Noël sur le net. Et celles qui le sont sont vite effacées.


vendredi 21 décembre 2018

Une nouvelle chance

On m'avait diagnostiqué cette terrible maladie lorsque j'avais 18 ans. Bien sûr, à cette époque, les médecins ne savaient pas avec précision ce dont il s'agissait, mais aujourd'hui, avec tous les progrès qu'a fait la médecine, le cancer aurait été identifié tout de suite. Et généralisé, qui plus est.
L'issue fatale était presque certaine, mais les docteurs avaient quand même commencé des traitements. Après 6 mois, il les avaient cependant arrêtés, car cela ne servait plus à rien : j'étais condamné. Dans le meilleur des cas, je n'avais plus que 3 mois à vivre.
Malgré mon athéisme, j'avais ce jour-là décidé de prier de toutes mes forces pour avoir une chance de guérir. J'avais même fini par faire un vœu dans le puits au centre du jardin de l'hôpital. Celui-ci était purement décoratif, bien sûr, mais j'étais désespéré.
Alors, j'étais entré dans une phase pendant laquelle j'avais décidé de ne plus avoir aucune retenue. Je m'étais mis à boire et à fumer, le tout de façon frénétique. Je passais mes nuits à me droguer et à coucher avec des prostituées à l'hygiène douteuse.

Bien sûr, j'en avais payé le prix fort. Dans mon état déjà si fragilisé par la maladie, les drogues m'avaient fait tenir le lit durant des semaines. Mes cheveux étaient tombés en touffes épaisses. Mon niveau d'énergie avait dégringolé. Mais au moins, j'avais pu goûter à des plaisir de la vie qui m'étaient jusque-là inconnus.
Puis, les 3 mois ont passé. Puis 6. Et puis 12.
Mes cheveux avaient recommencé à repousser. Je pouvais manger et boire sans douleurs, et mon appétit était de retour. Mes parents avaient évidement remarqué ces changements et m'avaientt emmené à l'hôpital pour faire des examens. Je n'avais jamais vu un médecin aussi confus auparavant, et pour cause : j'étais complètement guéri.

Mon vœu avait finalement été exaucé !

Mes parents étaient incroyablement fiers quand j'ai terminé mes études à l'université. Dieu sait ô combien j'avais mis leurs nerfs à l'épreuve, mais les voir aussi heureux après tant de temps m'avait mis les larmes aux yeux.
Ensuite, le temps a passé. J'ai eu beaucoup de succès dans ma vie. Je me suis marié, et ai eu trois enfants. Ils ont grandi et déménagé; ils sont restés en contact avec moi, mais ils me manquaient terriblement. C'était comme s'ils avaient chacun pris un morceau de mon cœur avec eux.
Mon monde s’est écroulé lorsque ma femme est décédée, à l’âge de 79 ans. Mes enfants m'ont ensuite rendu visite de moins en moins souvent. Je ne leur en veux pas,.je sais qu'ils étaient occupés avec leurs propres familles.
J'ai passé mon 100ème anniversaire seul. J'ai appris plusieurs années plus tard que j'avais survécu à tous mes enfants. Mes petits-enfants m'avaient apparemment oubliés et n'avaient jamais appelé.

Je suis devenu faible et beaucoup plus fragile. De peur de tomber, j'ai passé mes journées assis dans mon fauteuil, à regarder la télévision.
Il y a quelques temps, j'ai réalisé que je ne pouvais plus me tenir debout. À l'heure actuelle, je suis émacié au point de ressembler à un squelette dont la peau serait tendue aux maximum.
Et pourtant, je vis toujours. Dans l'agonie permanente.
Le dernier anniversaire dont je me souviens était mon 128ème anniversaire, mais je ne me souviens pas si c'était la semaine dernière ou le siècle dernier.
Je m'en veux. J'étais jeune, impulsif et gourmand. Je ne me souviens que trop bien des mots que j'ai prononcés quand j'ai jeté ma pièce dans le puits.

"Je veux vivre pour toujours"

Traduction : Kamus

commentaire

mercredi 19 décembre 2018

Spotlight de noël : Le père Noël est gris et maigre

Asile, jour x

Je ne sais plus depuis combien de temps je suis enfermé ; un an, dix ans, peut-être plus, peut-être moins.
Mon traitement a été diminué, je peux enfin écrire ce que j’ai sur le cœur depuis trop de temps...
J’ai été accusé à tort, je suis sain de corps et d’esprit, contrairement aux dires de ces psychologues de merde et de leurs tests truqués.
Je suis innocent et par ces notes, je compte le prouver à tous ceux qui me liront.
Si j’ai perdu la notion du temps, je n’ai pas oublié la chronologie exacte des évènements, je me souviens même de la date où tout a commencé : 17 décembre 1966, 7 jours avant un réveillon de Noël qui s’annonçait encore magique, 7 jours avant l’horreur… j’ai des frissons, je tremble, je reprendrai mes notes demain.



Asile, jour x+1

Je m’appelle Edward Cunningham. J’ai bien vieilli depuis mon internement, je suis incapable de préciser mon âge exact. Ma mère, mon frère et ma sœur ne m’ont jamais rendu visite.


J’habitais un petit village isolé du nom de San José dans l’Arkansas. Une centaine d’âmes y vivait et presque tout le monde se connaissait, se disait bonjour. Mes parents y sont nés, y ont grandi, s’y sont mariés et ont donné naissance à leurs trois enfants. Moi, j’étais le plus vieux des trois. Je devais avoir 13/14 ans quand c’est arrivé. Si je ne me souviens pas de ma date d’anniversaire, je me souviens de tout, oui, de tout…mais c’est toujours aussi pénible, je suis déjà fatigué…



Asile, jour x+2


Début décembre 1966

Ça correspond à l’emménagement du voisin. Un vieillard barbu, ventru. Tout le monde disait qu’il ressemblait au père Noël. Moi je le trouvais étrange, bizarre, surtout son regard exorbité derrière ses petites lunettes aux verres ronds. J’ai observé son emménagement et un vieillard normal ne fait pas de déménagement seul, surtout quand il a un grand canapé, une armoire et des centaines de cartons repliés à plat. Lui si, avec une force et une rapidité anormale que j’ai été le seul à constater. 

De la fenêtre de ma chambre située au premier étage, je pouvais voir sa petite maison en contrebas. Cette maison n’avait pas été habitée pendant une paire d’années à cause de sa sinistre réputation ; à l'approche de Noël un homme y était devenu fou et avait égorgé ses trois enfants, puis sa femme, puis les avait démembrés avant de mettre leurs morceaux dans des paquets cadeaux. Heureusement, la police l’avait arrêté avant qu’il ne les distribue aux enfants du village. J’ai des frissons, je reprendrai demain…



Asile, jour x+3


17 décembre 1966


Premier jour des vacances scolaires, mais c’est aussi le jour de la disparition d’un petit garçon. Bien sûr, ça ameuta tout le village et toutes les maisons furent fouillées de fond en comble sans trouver quoi que ce soit.
Le vieillard fut autant interrogé que les autres habitants. Aucune arrestation ce jour-là.

18 décembre 1966

Au tour d’une petite fille qui jouait juste devant chez elle de disparaître. Le village était sens dessus dessous, plus personne ne se disait bonjour, tout le monde soupçonnait l’autre, même le chien de l’autre comme si des chiens pouvaient bouffer des enfants sans laisser de traces. Il y eut des insultes, des bagarres, des gens furent mis en prison et il y avait autant de flics
que d’habitants dans le village.

Moi, ce que je trouvais étrange, c’était le comportement de mon voisin le vieillard. Il déambulait dans la rue, faisait ses courses, s’asseyait calmement sur un banc et tout le monde faisait comme s’il était la seule personne normale du village. Les enfants venaient toucher son ventre ou sa barbe. Le vieux leur donnait alors des bonbons. Les parents le remerciaient et lui disaient qu’il était le seul rayon de soleil dans cette ville. Certains ont commencé à lui demander si pour Noël il pouvait porter le bel habit rouge afin de redonner du moral à tout le monde. Il a accepté.

Moi aussi j’ai été le voir, mais il m'a fait signe de ne pas l'approcher et il est rentré chez lui en claquant la porte.

19 décembre 1966

Comme je n'ai pas compris son attitude, j’ai commencé à l’observer de la fenêtre de ma chambre. Derrière la grande vitre de son salon, je voyais un canapé, et à gauche le foyer d’une cheminée. J’apercevais aussi au pied de ce canapé le bord d’un tapis rouge avec des motifs comme des sapins décorés de guirlandes et de boules…

J’angoisse, je continuerai demain, car c’est le lendemain que l'horreur a commencé…



Asile, jour x+4


20 décembre 1966

En fin d’après-midi j’ai jeté un coup d’œil à la fenêtre : j’ai vu un garçon et une petite fille sauter sur le canapé avant de me faire de grands signes de la main. J’ai aussitôt été le dire à ma mère qui m’a regardé de travers et qui m’a demandé si tout allait bien dans ma tête. J’ai tellement insisté que je me souviens encore du bruit de sa claque. Je n’ai plus osé la déranger depuis, mais au fond de moi je lui en voulais de ne pas me croire.

La nuit de ce 20 décembre, on a frappé aux carreaux de ma fenêtre. Je me suis réveillé en sursaut, j’ai regardé partout autour de moi, j’ai vu deux silhouettes d'enfant glisser sur le mur blanc qui faisait face à la fenêtre où la pleine lune brillait. J’ai poussé un cri avant d’aussitôt me plaquer la main sur la bouche pour ne pas réveiller ma mère. Les ombres ont disparu hors de la pâleur lunaire du mur avant que mon placard ne grince sinistrement. J’étais pétrifié, mort de trouille, je voulais appeler ma mère, mais je n’osais pas.

La porte de mon placard à jouets s’est refermée en claquant. À l’intérieur, des petits rires d’enfants, des chuchotements m’ont glacé le sang. Ils parlaient entre eux en jouant, car j’entendais ma balle de base-ball frapper le sol avant que ma boîte de petits soldats en plomb ne s’y fracasse dans un bruit assourdissant.

J’ai entendu une porte s’ouvrir, des pas rapides dans le couloir menant à ma chambre, ma porte s’est ouverte, la lumière a jailli, ma mère m'a demandé ce qu'il me prenait de jouer en pleine nuit. Elle m'a refoutu une claque ! Je passai le reste de la nuit à pleurer, à chouiner silencieusement. Heureusement les bruits, les rires, les ombres avaient disparu.



Asile, jour x+5


21 décembre 1966

Ce n’est qu’à la lumière du jour que j’ai ouvert mon placard. C’était toujours autant le bordel, mais ma boîte de soldats en plomb était toujours sur l’étagère. Peut-être que ma mère l’avait rangée ? Je n’ai pas osé lui en parler.


J’étais si fatigué de la nuit précédente que je me suis couché juste après le repas de 19 heures. Entre-temps j’avais réussi à subtiliser un couteau de cuisine, au cas où. Ma mère ne pouvait pas m'aider, mais je me suis senti en sécurité avec lui.


Dans la nuit, j’ai été réveillé par un hurlement d’enfant. Ça venait de mon côté droit, de derrière ma fenêtre, en contrebas. En claquant des dents, j’ai attendu, j’ai espéré que ma mère se lève, mais elle avait dû mettre des boules de cire dans les oreilles, comme elle le faisait parfois.


Un second hurlement, plus aigu celui-là, m’a tellement terrorisé que j’en ai pissé dans mon lit. Ça m’a aidé à me lever et, malgré mon bas de pyjama trempé, je me suis approché de la fenêtre, j’ai regardé...


Deux petits visages spectraux, lacérés de coups de couteau, la bouche grande ouverte, se tenaient derrière la fenêtre du salon. Ils me faisaient signe de venir les aider, ils me suppliaient avec leurs petites mains qui tapaient contre les carreaux. Derrière eux, j’ai vu une silhouette gris-clair, si grande que je ne voyais qu’une partie de ses jambes, qui s’approchait. Puis deux énormes mains les ont empoignés par le dessus de la tête et les ont violemment tirés en arrière. Leurs hurlements ont fini par peu à peu s’éteindre puis j’ai senti le sol s’ouvrir sous mes pieds et je suis tombé sur la moquette.


Je ne sais pas combien de temps je suis resté prostré sous la fenêtre. C'est ma jeune soeur qui m'a découvert gisant au sol. Elle a alerté ma mère qui a prévenu le médecin. J'ai préféré garder le silence sur ce qui s'était passé. Le médecin m'a ordonné de rester au lit toute la journée. Entre deux sommes, je me souviens avoir lu des contes pour enfant pour me rassurer. Heureusement, le couteau était toujours caché sous mon matelas.


Je fatigue, j’écrirai la suite demain, oui demain.  



Asile, jour x+6


22 décembre 1966

Avant que le soleil se couche, j’ai eu le courage d’aller voir à la fenêtre : des tas d’autocollants avaient été collés sur la vitre du voisin, des sapins, des flocons de neige, des pères Noël et d’autres motifs encore. Ils avaient été collés n’importe comment, sur le côté, de travers, à l’envers. Et il y en avait tellement que ça faisait des paquets, comme si le vieillard avait passé sa journée à les coller en ne faisant attention qu’à une seule chose : regarder la fenêtre de ma chambre pour m’y voir, pour me faire un signe ou je ne sais quoi d’autre de débile.

Après avoir dormi une bonne partie de la journée, forcément, je n’avais plus sommeil. J’ai eu l’autorisation de laisser la lumière allumée toute la nuit. L’angoisse est montée de plusieurs crans après que ma mère m’ait souhaité de faire de beaux rêves.


Cette nuit-là, je continuais à lire des contes en épiant les bruits et les murs de ma chambre. Mon front était trempé d’une sueur froide que j’essuyais avec le drap. J’avais posé le couteau sur mes cuisses. Je n’entendais rien, c’était le silence total, hormis ce léger ronflement qui provenait de la chambre d’à côté, là où dormaient mon frère et ma soeur.

C’était calme, tellement calme que c’en était devenu insupportable. Mes yeux ne quittaient plus ma fenêtre. J’ai fini par me lever, par aller voir, serrant bien fort mon couteau dans une main. J’ai penché la tête, j’ai glissé juste un œil à travers la vitre du carreau, j’ai regardé, j’ai recommencé à trembler…

Les autocollants avaient tous été retirés ! Le canapé avait disparu et à gauche je voyais distinctement les braises du foyer de la cheminée former un halo orange pâle sur le sol. Dessus, il y avait des cartons montés et démontés, des rouleaux de papier cadeau, des rubans scintillants, des ciseaux. Il y avait aussi deux longs bras gris aux doigts très maigres qui montaient les cartons. Je ne voyais que ces bras, le reste du corps étant hors du halo orangé. Soudain, après avoir monté un dernier carton, les bras ont quitté mon champ de vison. C’est à ce moment que j’aurais dû dire stop, c’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à dérailler…

Les longs bras sont revenus un peu plus tard, je ne saurais dire quand. L’un deux a pris un carton, a bien repoussé les quatre pans vers l’extérieur avant d’y plonger un truc horrible, une petite main d’enfant ! Je l’ai vue dans le halo, j’ai vu l’os du poignet sectionné, la chair rouge autour, le sang qui gouttait encore, chacun de ses cinq petits doigts. Et j’ai hurlé, hurlé, hurlé…  



Asile, jour x+7


23 décembre 1966

Je voyais le visage de ma mère, de mon frère et de ma sœur, mais je ne les entendais pas.

Je suis resté une journée en observation à la clinique située à une vingtaine de miles de mon village. Les médecins conclurent à des cauchemars consécutifs à un surmenage (sic) et me filèrent des médicaments pour dormir. Je suis rentré chez moi en fin d’après-midi. Entre deux réveils, j’ai décidé de dire à ma mère ce que j'avais vu et que je savais où étaient les enfants :  dans son regard, j'ai lu de l'incompréhension et du mépris. Mon frère et ma sœur étaient trop jeunes pour que je leur confie quoi que ce soit, alors je n'ai rien dit. En plus, le réveillon était pour le lendemain soir, je ne voulais pas leur faire peur.

Cette nuit-là j’ai pris assez de somnifères pour ne pas me réveiller, mais je suis persuadé que dans mon sommeil j’ai entendu des raclements, des coups, soit sur ma vitre, soit en contrebas, derrière la fenêtre du voisin.

24 décembre 1966

Des cris, des rires d’enfants m’ont réveillé. J’avais un peu mal à la tête, mais je me sentais mieux, les hallucinations (comme les médecins l'ont dit à ma mère) semblaient s’être cachées au fond de mon crâne. Je me suis habillé et j’ai été voir ce qui se passait dehors.


Je me suis mis à trembler quand j’ai vu l’horrible scène : le vieillard ventru avait enfilé un costume rouge de père Noël et distribuait au pied de son pick-up des cadeaux aux enfants. Je savais ce qu’il y avait à l’intérieur, je savais que des mains ou des pieds des gosses enlevés s'y trouvaient et je leur ai hurlé de ne pas les ouvrir.

Les gosses se sont mis à pleurer quand je leur arrachais les cadeaux des mains, d’autres s’enfuyaient à toutes jambes. Des parents m’ont saisi les bras, la taille, au lieu d’empêcher une petite fille d’ouvrir ce maudit cadeau !

Ma mère est arrivée en pleurant, en me suppliant d’arrêter cette folie. J’ai fini par me calmer, le regard rivé sur la petite fille qui déballait son cadeau. Une girafe en plastique en est sortie. La petite fille est repartie toute contente. Ça m’a tellement calmé que je me suis assis sur les marches du porche de ma maison et j’ai regardé la joie, le rire, le bonheur se réinstaller autour du faux père Noël, car je savais qu’il n’était qu’une apparence trompeuse. Pourtant, sur le coup, j’ai douté, peut-être que mon imagination me jouait des tours à cause de cette histoire horrible sur les anciens locataires ?

Quand le pick-up est parti avec son faux père Noël, j’étais seul sous le porche. J’avais retrouvé un certain calme, une certaine sérénité, j’étais presque persuadé que tout était de la faute de cette histoire que mes copains m’ont trop souvent racontée à l’école, cette histoire qui m’avait profondément choqué quand j’avais 7 ou 8 ans. Je me suis alors souvenu de ce cauchemar récurrent. Je voyais un père Noël gris découper des enfants avant de les mettre dans des boîtes qu'il recouvrait d'un papier cadeau scintillant. Puis, avec un grand sourire carnassier, il les distribuait sur la place du village. Oui, je me souvenais de cet horrible cauchemar, j’étais persuadé qu’il en était la cause avant que j’entende grincer la porte d’entrée du voisin…

Ce grincement m’a fait comme un électrochoc, je me suis levé d’un bond. Tout en moi me hurlait de fuir, de remonter dans ma chambre, de m’y enfermer. Mais il y avait ma fenêtre, cette fenêtre qui donnait sur la maison voisine, celle où la longue et maigre silhouette grise découpait les enfants. Je ne pouvais pas continuer à me cacher, à avoir des visions, je ne pouvais plus le supporter, je devais savoir, j’y suis allé.



Asile, jour x+7+1

La porte a grincé quand je suis entré dans le salon. Vide, le salon était vide, le vieillard avait tout repris. Quand ? Sûrement quand je dormais, assommé par les somnifères. Une épaisse couche de poussière recouvrait le sol. Je fus étonné de l’absence de traces de pas. Mais une chose m’a confirmé que je ne n'avais pas rêvé : les autocollants de noël gisaient par terre sous la fenêtre. Certains formaient des paquets, d’autres étaient dispersés un peu partout.


Je me suis approché, j’ai voulu en ramasser un, mais je n’ai pas pu le séparer des autres : du sang séché les collait entre eux. Sur certains, des touffes de cheveux étaient collées à l’adhésif, sur d’autres c’était de la peau et des ongles. Les auto-collants étaient jaunâtres, comme s’ils étaient anciens. Dans le foyer de la cheminée s'amoncelaient des os cassés. J’ai eu des nausées, j’ai vomi une bile jaunâtre, on a rigolé quelque part dans la maison, des rires d’enfants suivis de tapotements de pieds sur le plancher. Ça venait du couloir qui s’enfonçait vers le fond de la maison.


J’ai voulu m’enfuir, mais je devais savoir. J’ai voulu m’enfuir, mais deux voix d’enfants aux échos métalliques m’ont appelé à l’aide, m’ont demandé de venir les sauver du père Noël gris. Ces voix, je les entends encore aujourd'hui. Je vais me reposer, elles vont cesser...




Asile, jour x+7+1+1

Je me suis avancé vers le couloir à droite de la cheminée ; on n’y voyait pas grand-chose, toute la lumière venait de la grande fenêtre du salon. Il y avait quatre pièces, deux à gauche, deux à droite. Les appels à l’aide venaient de la première pièce sur ma droite, la seule qui avait une porte fermée, les autres semblaient ouvertes. Une lumière rouge, faiblarde, passait sous cette porte.


Maîtrisant ma peur malgré tout, j’ai posé une main tremblotante sur la poignée ronde, je l’ai tournée, des cliquetis métalliques ont giclé avant de céder leur place aux grincements des gonds.


Une ampoule diffusant une lumière rouge gisait au bout du fil dénudé du plafond ;  les rires s’étaient tus. Des cartons étaient empilés contre les murs. Au milieu de la petite pièce, j’ai vu des vêtements et une petite main d’enfant, sectionnée au niveau du poignet, la même que l’autre nuit quand cette chose aux longs doigts l’avait mise dans un carton. J’ai hurlé, mais je n’ai pas bougé. Je tenais enfin une preuve que je n’étais pas victime d’hallucinations. Je n’ai pas osé toucher à la main de cet enfant, mais j’ai pris les vêtements et je me suis enfui en courant.


J’ai retrouvé ma mère dans la cuisine en train de préparer le dîner du réveillon. Son visage est devenu blême quand elle m’a vu entrer en hurlant que je savais où étaient les corps des enfants disparus. Je lui ai montré les vêtements et après les avoir examinés, elle a froncé les sourcils. Elle m’a alors demandé ce que je faisais avec les vêtements de mon frère et de ma sœur ? Je n'ai rien compris, j'ai entendu les cloches autour de moi, je me suis évanoui…


Pendant la rédaction j’ai appris que je sortais de l’asile après-demain. À 71 ans les médecins ont jugé que je n’étais plus dangereux. Mais je n’ai jamais été dangereux, je suis innocent, comme va le confirmer la fin de mon histoire.



Asile, jour x+7+1+2

Ma petite sœur est venue me réveiller un peu après minuit en disant que le père Noël était passé. Ma mère se tenait  à côté d’elle et m’a demandé si ça allait ou si je désirais continuer à me reposer. Avant de lui répondre, je me suis levé et j’ai regardé par la fenêtre : l’obscurité s’étendait derrière la grande vitre du salon. J’ai attendu un peu, rien n’est apparu. Ma petite sœur m’a pris la main et je suis descendu avec elle. Mon frère commençait à déballer son cadeau.

J’ai ressenti une terrible angoisse en le voyant faire. Je vois encore ses mains déchirer le papier cadeau, ses doigts soulever le couvercle d’une boîte, la couleur rouge sang de son camion de pompier. J"étais soulagé, j’ai poussé un long rire et ma mère m’a caressé une joue.

Pantois, je les ai regardés déballer les cadeaux. Je ne pouvais rien faire d’autre tellement j’étais heureux que tout redevienne normal. Enfin, c’était jusqu’à ce que ma sœur déballe son dernier cadeau : une poupée. Je sais qu’elle était belle cette poupée, je sais que sa robe fleurie, ses chaussures vernies, ses chaussettes blanches, ses boucles blondes étaient à ravir, mais ses yeux, oui ses yeux étaient exorbités, sa peau était grise et sa bouche grimaçante, arquée sur un sourire maléfique, était terrible.


Je l’ai arrachée de ses mains et ma sœur s’est mise à pleurer. Ma mère m’a alors crié dessus, m’a dit qu’elle en avait marre de moi, que j’étais bien comme mon père, que je finirais ma vie à l’asile. Je lui ai répondu que la poupée était maléfique, qu’elle avait le même regard exorbité que notre vieux voisin. Elle m’a alors répondu qu’il n’y avait pas de voisin, que la petite maison était abandonnée depuis 20 ans ! Je ne l’ai pas cru, j’ai hurlé contre elle, je suis remonté dans ma chambre et je me suis jeté par terre en frappant la moquette de mes poings. C’est là que j'ai vu une boîte sous mon lit.


J’ai arrêté de hurler, je me suis approché en rampant, j’ai tendu les bras, j’ai pris la boîte, j’ai soulevé le couvercle : au fond, j'ai découvert un couteau dont la lame brillait d’un sang vermillon. À peine le temps de réaliser que j’ai entendu cogner à ma fenêtre. C’était lui ! Je revois encore son long visage gris derrière la vitre, ses yeux exorbités, sa peau ridée, sa barbe blanche, son chapeau rouge à pompon, sa bouche qui lui prenait la moitié du visage, cette bouche remplie de dents pointues et désordonnées. « Joyeux Noël », me disait-il de sa voix d’enfant,
« joyeux Noël Edward ! »  

J’ai pris le couteau et je me suis relevé. Je n’étais qu’à deux mètres de la fenêtre. Je pleurais, je voulais en finir, je n'avais plus qu'un seul désir : le massacrer. Et c’est ce que j’ai fait, je me suis approché pas à pas. Lui ne bougeait pas, le père Noël gris souriait, il souriait avec son grand sourire morbide qui déformait son visage affreux. L'espace d'un instant, j'ai cru y voir une ressemblance avec la photo de mon père posée sur ma table de nuit… je me suis approché, et il a arrêté de sourire comme s’il sentait que je pouvais le tuer. Je me suis approché encore, son visage paraissait inquiet. Je me suis approché, son visage a changé, je me suis approché, son visage était le mien dans le reflet de la vitre, il s'était changé en moi !


Derrière moi ma mère a hurlé. Je me suis vivement retourné. Elle ne me regardait pas, elle regardait mon bras, ma main tenant le couteau. Elle continuait à crier si fort que j’en avais mal aux oreilles, à l’âme, partout dans le corps. Je me suis approché, je me suis approché et l’autre en moi, le père Noël gris m’a ordonné de la faire taire, l’autre en moi m’a ordonné de la tuer. Je me suis approché, je me suis approché…


Voilà, vous constatez que je ne suis pas coupable, que tout est de la faute du père Noël gris.



Asile, jour J

Je sors dans quelques heures, je suis très content, tout ça m'est enfin sorti de la tête à présent. J’ai eu la joie d’apprendre qu’avant de mourir ma mère m’avait laissé de l’argent qui a fait beaucoup de petits sur un compte épargne. Je vais pouvoir m’acheter une maison. Je ressens le besoin de retourner aux sources, de reprendre le cours normal de ma vie, là où elle s’était arrêtée des dizaines d'années plus tôt. J’espère que la maison que je voyais à travers la vitre de ma chambre est à vendre, j’ai envie d’y finir mes jours.


Les médecins m’ont laissé me regarder dans un miroir. Comme j’ai changé depuis l’adolescence. J’ai une grande barbe blanche, j’ai un gros ventre, je suis joufflu. Avec un bel habit rouge et un bonnet de la même couleur, je crois que je ferai un formidable père Noël. Je trouve que mes yeux dépassent un peu trop de leur orbite, mais ce n’est pas grave, je les cacherai derrière des lunettes aux verres ronds.


J’ai hâte d’être à Noël, j’ai hâte de me déguiser, j’ai hâte que des petits garçons et des petites filles viennent s'asseoir sur mes genoux. J'espère juste qu'ils ne crieront pas trop, sinon le père Noël gris pourrait revenir...

lundi 17 décembre 2018

Spotlight de Noël : La cloche de l'Avent

L’histoire qui va suivre m’a été rapportée par le tenancier d’une auberge jurassienne située dans le département du Doubs, dans le secteur des Pôles du Froid, connu pour ses hivers particulièrement rigoureux. Vous reconnaitrez peut-être les grandes lignes d’un fait divers paru il y a quelques années dans les infos locales, ou, avec un peu plus de détails, dans l’Est Républicain ; mais la version présentée par ces médias a semble-t-il occulté un grand nombre de détails de l’affaire - du moins, si j’en crois la vision de cet aubergiste, qui aura peut-être vu dans le touriste que j’étais une cible facile pour ses racontars.

Il y a quelques années de ça, un village situé non loin de mon auberge se préparait pour les fêtes et le début de l’Avent : chaque foyer, du plus modeste au plus cossu, s’employait à décorer la maison et le jardin aux couleurs de Noël. L’événement avait pris de l’ampleur d’année en année, et c’était maintenant à qui présenterait les illuminations les plus éclatantes et les décorations les plus originales. Les sapins en ferronnerie, les crèches grandeur nature et les châteaux de neige illuminés avaient recueilli les suffrages les années passées, et on commençait à se creuser bien profondément la cervelle à la recherche de nouvelles idées.

Une famille, cette année, comptait beaucoup sur une superbe pièce ramenée d’un pays étranger pour compenser des décorations par ailleurs un peu quelconques. Ayant passé une partie de l’été à parcourir la Scandinavie, le jeune frère du mari était revenu à l’automne les bras chargés de souvenirs, et il n’avait pas manqué d’en transmettre quelques-uns à ses neveux. Parmi ces artefacts, un en particulier va retenir notre attention. Il l’avait obtenu vers la fin de son périple, alors qu’il terminait de traverser le nord de la Finlande et approchait de la frontière russe ; là, il avait trouvé asile dans un village de Samis et avait rapidement remarqué, trônant chez son hôte, une grosse cloche gravée de symboles étranges, ayant environ le diamètre d’une petite assiette. Le métal avait la couleur jaune clair du laiton et de petites pierres allongées, diaphanes et bleutées, étaient incrustées çà et là sur son pourtour.

Le jeune homme, évidemment, n’avait pas tardé à questionner le chef de famille au sujet de cette cloche au style si particulier. Lui-même, en fait, ne semblait pas tout savoir ; d’après de brèves informations échangées dans un anglais approximatif, elle avait été fondue il y a 300, peut-être 400 ans, à l’époque des évangélisations, et avait pris place au sommet d’un grand clocher de bois que les fidèles Samis avaient érigé, solitaire, au centre de leurs pâtures. Ce que signifiaient les inscriptions, il l’ignorait : peut-être une langue disparue depuis, ou bien des symboles ésotériques uniquement connus des initiés de je ne sais quel culte ancien. On évoquait, sans certitude, des conflits avec les représentants de l’Église, qui voyaient dans ces inscriptions un paganisme caché, et, comble du culot, juché au plus haut de la maison de Dieu.

Toujours est-il que le clocher finit par être frappé par la foudre, et brûla entièrement ; au lendemain de cet incident, seule demeurait la cloche, qui trônait, à peine tachée de suie, au centre des décombres fumants. L’instrument était resté, depuis, dans la famille du vieux Sami, et il voulait profiter du passage d’un étranger dans son pays reculé pour s’octroyer un complément de revenu conséquent en lui vendant la cloche. Il n’y tenait pas autant que ses ancêtres, et l’occasion était trop belle.

C’est ainsi que la cloche, d’abord offerte au plus jeune des deux fils de la famille, s’était retrouvée suspendue au-dessus du vieux puits, condamné depuis, qui se trouvait sur la propriété. On l’avait serti pour l’occasion de branches de sapin et de quatre photophores, à la manière d’une couronne de l’avent allemande. L’ensemble était superbe, et tous les habitants se sont accordés à dire qu’il s’agissait de la plus belle installation du village. Une victoire pour ainsi dire unanime, dès le premier jour de l’avent : la famille exultait ! Et durant les quelques jours suivants, les choses allaient aller en s’améliorant, bien que pas vraiment dans la direction prévue.

Durant la nuit du 1er au 2 décembre, la cloche sonna. Peut-être parce qu’elle avait été conçue pour être entendue à travers les vastes landes lapones, le tintement s’était révélé audible dans tout le village, pourtant plutôt étendu. D’après la description de l’aubergiste, c’était un timbre profond et vibrant, presque nasillard, assez désagréable - surtout à deux heures du matin. Les voisins directs de la petite propriété ont évidemment entrepris de se plaindre du vacarme dès le lendemain, mais c’était pour découvrir un changement inattendu dans les décorations du puits.

Le savant arrangement des rameaux de sapin qui étaient disposés tout autour du parapet de pierre avait été dérangé, signe évident que quelqu’un s’était effectivement approché de la cloche durant la nuit. Mais un autre détail a retenu l’attention des visiteurs : tout près du rebord, grossièrement sculpté dans de la glace, se trouvait la forme d’un petit mammifère : une souris, un mulot, peut-être un rat ?
La mère de famille était la seule présente à la maison ce matin-là. Devant ses voisins maintenant plus intrigués qu’agacés, elle n’a su donner que des suppositions ; peut-être une blague d’un enfant du voisinage, peut-être une surprise de son mari ou de ses fils. Je me l’imagine confuse, confrontée sans trop savoir pourquoi à des amis qui ne savent pas choisir entre reprocher le tapage et féliciter le mystérieux auteur de la petite effigie, forcée à faire des suppositions auxquelles elle ne croyait pas vraiment. Elle avait entendu la cloche comme tous les autres, mieux que tous les autres sûrement, et elle était comme eux dans le flou. Si quelqu’un dans sa famille était responsable, c’est que cette personne tenait bien sa langue.

La nuit suivante peu avant minuit, la cloche sonna à nouveau. Au matin, c’était devenu le sujet de conversation récurrent d’une bonne partie du village ; mais on tendait à faire reculer les plaintes devant le prodige qui s’était reproduit : aux côtés du petit rongeur qui disparaissait sous la neige de la nuit passée se trouvait maintenant un écureuil de glace. Ses formes grossièrement réalisées étaient pourtant, dans leur épure, d’une précision anatomique. À présent, on se demandait davantage qui était le mystérieux sculpteur, et si le coup de cloche aux vibrations menaçantes réveillait tout le village plus sûrement que le vieux bourdon fatigué de l’église locale, il était surtout l’annonce que le farceur allait déposer une nouvelle sculpture auprès du puits.

Les nuits de l’avent se sont succédées suivant ce même modèle. La nuit d’après, tocsin à minuit trente ; au matin, un furet de glace à la gueule béante se tenait au pied des décorations du puits. Le lendemain, un coup puissant à trois heures passées annonça la venue d’un lapin. Hibou, fouine, ramier, puis renard et chevreuil : nuit après nuit, la troupe d’animaux s’agrandissait et l‘émerveillement des habitants s’amplifiait. On n’avait jamais rien vu de tel depuis l’établissement du concours.

Mais s’il y en avait qui ne s’émerveillaient pas, c’était la famille concernée. La neige était régulièrement présente depuis le début du mois et le sculpteur ne laissait jamais aucune trace. Chaque nuit, on s’introduisait sur leur propriété, à leur insu. Les branches de sapin étaient plus bousculées que n’aurait pu le faire un simple passant qui viendrait sonner la cloche. À force, l’accumulation des animaux devant le puits finissait par être ressentie par les membres de la famille comme une menace, et le plus jeune fils, à qui la cloche appartenait à l’origine, était resté plusieurs nuits à veiller à sa fenêtre, sans rien repérer d’anormal : souvent il s’endormait avant l’accomplissement du forfait, et ne se réveillait qu’au son de la cloche qui semblait en signer la fin. Tout juste un nuage glacé entourait le puits pour marquer le passage de l’auteur des sculptures, et se dissipait rapidement.

Jusqu’aux derniers jours précédant Noël, le jeune garçon était resté sans réponses. Mais la nuit du 23 au 24 décembre, la vision qu’il avait eue, et qui avait valu pour ses proches un témoignage paniqué et cru difficilement, devait le motiver à s’approcher dangereusement du puits auprès duquel s’attroupaient des animaux de plus en plus gros - emboîtant le pas au chevreuil et au cerf, le dernier en date était un sanglier. Fuyant la vigilance de ses parents, l’enfant s’était penché au-dessus de l’ouverture et n’avait pas manqué d’y apercevoir, à quelques mètres sous lui, la forme inerte de la carcasse d’un grand mammifère.

Répondant à ses cris paniqués, le reste de la famille accourait à son tour, bousculant au passage les effigies de glace qui rendaient maintenant le puits difficile d’accès. Confirmant ce que son fils avait vu, la mère était allée glaner un treuil chez un habitant du village, et on commença à remonter du conduit un sinistre bestiaire. Vingt-deux animaux morts, un pour chaque sculpture, parfaitement conservés par le froid qui régnait à cette époque de l’année. Les fourrures et les plumes n’en étaient pas moins maculées de sang gelé, l’arrière du crâne étant toujours sauvagement mordu, et complètement écrasé pour les plus fragiles, à l’instar des petites dépouilles des premiers animaux.

L’ensemble du village était au courant le soir même. En ce jour de réveillon, la nouvelle jetait un froid. Chacun fut d’accord pour bazarder les sculptures, et décrocher la cloche - on allait essayer d’écarter l’incident, de vivre les fêtes comme on aurait dû les vivre et de régler définitivement le mystère après les repas du 25 décembre. La famille et ses invités ont finalement passé un réveillon teinté tout juste d’une légère angoisse, alimentée sur la fin par les allers et retours du cadet au jardin, qui insistait pour veiller dehors près du puits maintenant silencieux malgré les rigoureuses réprobations de ses parents. Assez tard dans la nuit, on partit finalement se coucher en comptant bien sur chacun pour rester sagement dans son lit.

Les villageois, finalement, se sont réveillés le lendemain sans avoir été perturbés par un des sons de cloche qui avaient hanté les nuits précédentes. On pensait, satisfait, que tout était enfin terminé. Au matin, c’est la sculpture d’un jeune enfant qui se trouvait devant le puits.

La disparition de cet unique témoin d’une apparition à laquelle personne ne croyait vraiment donne pourtant plus de crédit à son histoire... Le matin d’avant, le malheureux enfant décrivait à ses parents une créature serpentine au long museau et à la fourrure noire, qui se déplaçait avec aisance en promenant ses courtes pattes griffues sur l’épaisse couche de neige, déposait près de son antre un hommage à sa victime du jour et se glissait rapidement, sa proie dans la gueule, au fond du puits où sa courte queue disparaissait finalement en tapant la cloche au passage.


vendredi 14 décembre 2018

Je fais semblant

Quand je dis bonjour à ma femme le matin, je fais semblant.
Quand je la remercie pour son merveilleux petit-déjeuner, je fais semblant.
Quand elle me voit aller travailler, je fais semblant.
Quand elle m'appelle au boulot,  et que je lui dis combien elle me manque, je fais semblant.
Quand je rentre à la maison et que je mange le repas qu'elle a préparé , je fais semblant.
Lorsque ses parents appellent, disant qu'ils veulent nous rendre visite pour la première fois depuis des années, je fais semblant.
Lorsque les voisins me demandent comment je vais depuis l'accident, je dois faire semblant.
Quand je tire les rideaux pour m'assurer que personne ne peut nous voir, je dois faire semblant.
Quand ma femme commence à sentir horriblement mauvais, je dois faire semblant.
Quand ma femme commence à se décomposer de plus en plus rapidement, je dois faire semblant.
Quand ma femme me souhaite bonne nuit, je dois faire semblant.

Parce que si j'arrête une seule seconde de faire semblant, la chose qui s'est glissée dans le corps de ma femme et qui la fait bouger, pourrait bien décider elle aussi d'arrêter de faire semblant.

Traduction : Kamus 

mercredi 12 décembre 2018

Spotlight de Noël : La magie de Noël

Maman dit que l'on doit croire au Père Noël si on veut des cadeaux.

Mais des fois c'est difficile. Comme quand je vois, dans le centre commercial, un Père Noël totalement différent de celui que j'avais vu l'année dernière. Et si je pose la question à maman, elle me répond tout le temps de ne pas parler de ça. Elle me dit que si j'en parle, je n'aurais pas de cadeaux pour Noël. Et que tout cela fait partie de la "Magie de Noël".

L'année dernière, à la même époque, j'ai emmené ma petite sœur au parc. Je faisais une bataille de boules de neige avec mes copains pendant qu'elle faisait un bonhomme de neige.
Nous avons vu le Père Noël au parc ce jour-là. Il est venu vers nous, et a donné à chacun de nous un petit cadeau. Il nous a dit qu'on était tous de gentils garçons et filles. Il a aussi dit que le cadeau de ma petite sœur était dans son traîneau, car il était trop lourd pour le porter jusqu'ici. Ma sœur est allée avec lui, mais n'est jamais revenue. La police nous a posé tellement de questions, mais nous avons tous insisté sur le fait que c’était juste le Père Noël : grand, enjoué, et rouge.
C’était tout ce que nous savions.

J'ai eu tellement de cadeaux de Noël cette année-là. Beaucoup plus que d'habitude.
Je suis tellement heureux de n'avoir dit à personne que le Père Noël ressemblait beaucoup à notre voisin, monsieur Wilkens. Et je suis heureux de n'avoir dit à personne que j'avais vu ma petite sœur entrer dans son camion bleu au lieu d'un traîneau.
Maman me dit de ne jamais parler de ce que j'avais vu, que c'est juste la "Magie de Noël".

Et elle dit qu'il faut croire au Père Noël si on veut des cadeaux.

Traduction : Kamus
 
 
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lundi 10 décembre 2018

Spotlight de Noël : Ma lettre au père noël

Cela fait maintenant plusieurs années que je travaille pour la poste, et chaque hiver je suis en charge des réponses du Père Noël pour les lettres qui lui sont adressées. C'est un travail magique bien que parfois déstabilisant, comme par exemple des enfants qui demandent le retour d'un parent décédé.
Mais ce que j'ai reçu il y a maintenant quelque temps ne cesse de me perturber. J'en suis au point où, chaque année, je redoute de recevoir à nouveau une telle lettre. Je me dois de vous la partager en espérant que vous évitiez de laisser entrer n'importe qui chez vous le soir de Noël.


Papa Noël,


Moi et ma petite sœur Suzie, on a passé un super Noël avec toi ! Même si j'ai pas très bien compris pourquoi au lieu de descendre par la cheminée, tu es resté debout devant la fenêtre de ma chambre.
En tout cas je regrette pas de t'avoir ouvert, tu nous as bien fait rire avec ta tête rigolote et ton manteau rouge et blanc, en plus les jouets que tu m'a donnés sont super !
Mais, s'il te plaît, même si tu as dit que tu t'énerverais si on te le demandait, est-ce qu’on peut revenir sur ce marché ?
Papa et maman me manquent, et Suzie sent mauvais, en plus elle ne fait que pleurer, et moi aussi ça me fait pleurer !

PS : Je te rendrai les jouets, tiens, je te rends même notre photo tous les trois !







vendredi 7 décembre 2018

Un email du tueur de ma fille

Croyez-vous aux coïncidences ?



Drôle de question, pas vrai ? Je n’y avais jamais vraiment réfléchi non plus. Laissez-moi vous expliquer.



Hier, cela faisait un an que ma fille avait disparu. Il n’y a jamais eu de demande de rançon, pas de corps découvert et pas un iota de preuve pour appuyer l’hypothèse d’un kidnapping ou d’une fugue. En dehors de son absence elle-même, toute la situation semblait effroyablement propre.



À seulement quatorze ans, elle a disparu sans laisser de traces.



Son prénom était Emily. Je peux dire ce « était » tant redouté avec plus d’assurance, maintenant.

C’est une bénédiction bien amère, une bénédiction qui nous a tous coûté très cher.



Quand Emily a disparu, elle nous a laissé, son père, son grand frère Joseph et moi dans un état d’angoisse perpétuelle. Dans les limbes monstrueux de l’incertitude. Chaque appel téléphonique était une aiguille transperçant notre peau, et chaque flash d’infos parlant de cette pauvre petite « toujours portée disparue, présumée morte » donnait l’impression que de l’eau bouillante se déversait dans notre gorge.



Ne pas savoir, c’était ça la vraie torture. Jusqu’à hier, je le croyais vraiment.



Jusqu’à hier, quand j’ai reçu un email d’un destinataire inconnu. Un email prétendant détenir la vérité sur ce qui est arrivé à Emily ce terrible jour.



Laissez-moi vous le retranscrire.



« Bonjour Mme Stanfield,



Je ne vous dirai pas mon nom. Ce n’est pas important, pour le moment. Ce qui est important, c’est ce que j’ai fait, et à quel point je suis désolé de l’avoir fait.



Je serai rapide et honnête. Emily est morte, et je l’ai tuée. J’aimerais tellement vous dire que c’était rapide et miséricordieux, mais ce n’était ni l’un ni l’autre. Elle est morte lentement, terriblement.



J’ai aimé Emily pendant très longtemps, d’une manière que vous pourriez décrire comme inappropriée. La partie la plus difficile était de savoir qu’elle ne pourrait jamais m’aimer, ou du moins, pas de la manière dont je l’aimais. Ce n’était pas faute d’avoir essayé. J’avais fait des tentatives auparavant, des tentatives bêtes, vraiment, mais elle n’a jamais été réceptive à mon affection. Je la dégoûtais, et cela m’a fait sentir petit, méprisable et en colère. Bien que je sois quand même reconnaissant qu’elle ne vous en ait jamais parlé.



J’imagine que cela aurait été terriblement embarrassant pour elle si vous aviez su. Non pas qu’elle s’en soucie, maintenant.



Savez-vous à quel point il est difficile de gérer un fantasme, Mme Stanfield ? J’avais des rêves tellement laids à propos d’Emily, et je savais bien qu’ils étaient laids, mais je ne pouvais pas m’empêcher de les trouver excitants. Je me suis demandé plusieurs fois au cours de l’année écoulée si c’était cette laideur qui m’a rendu tellement passionné.



Quand tout ce que vous avez est un fantasme, un fantasme que vous pensez irréalisable, vous passez beaucoup de temps à le peaufiner, comme un sculpteur travaillant sa statue, espérant trouver la perfection cachée dans le granit. Peu importe combien de fois vous desserrez secrètement les valves avec vos mains, cela ne fait que garder le fantasme sous contrôle, cela ne le détruit pas. Ne peut pas le détruire. Il ne fait que gagner en détails. Peut-être un autre quart d’heure de torture, un autre cri. Peut-être un outil différent ajouté au kit.



Au moment où le fantasme entre en éruption, il devient trop complexe pour être satisfait uniquement par la pensée. Vous devez le rendre en chair. De la chair chaude, satisfaisante. Et je l’ai fait, Mme Stanfield, je l’ai vraiment fait.



Je dois être honnête avec vous. Il ne s’agissait pas tant de vivre mon fantasme que de savoir si j’avais ce qu’il fallait pour le réaliser. Il n’y avait aucune dignité à me faire plaisir en pensant à la violence, il n’y en avait que dans le fait d’être capable de dire que j’ai eu le courage de faire la seule et unique chose qui donnait à ma vie un quelconque sens.



Et, il y a un an aujourd’hui, j’ai prouvé que j’avais réellement ce courage.



Mes petites indiscrétions faisaient partie du passé. J’étais patient, comme un crocodile guettant sa proie. J’ai fait en sorte de gagner la confiance d’Emily, je l’ai laissée se sentir à l’aise en ma présence, baisser sa garde.



Elle était sur le chemin de retour de l’école quand j’ai finalement saisi ma chance. J’avais préalablement choisi une cabane dans les bois, vieille et délabrée. J’avais jeté une bâche par terre et préparé des chaînes. J’avais même allumé quelques bougies pour un effet plus romantique. Plus pour moi que pour elle, je l’admets.



Emily était méfiante au début, mais j’ai réussi à la convaincre de visiter la cabane avec moi. La porte était fermée et verrouillée derrière nous avant même qu’elle puisse voir le pistolet que je tenais. Et quand elle l’a fait, quand elle l’a enfin remarqué, elle a été une gentille fille obéissante et n’a pas crié. Je dois dire que cela m’a quand même un peu déçu.



Je ne fais pas de pornographie, je ne vais donc pas entrer dans les détails de ce que j’ai fait. J’ai conscience que c’est pervers, mais quand on est une tornade, le vent à l’extérieur n’a aucune importance. Ma vie n’était que perversité, dissimulée et enfermée, et Emily était la conséquence de cette perversité. Une partie de moi pense que je ne l’ai aimée que parce que c’était pratique, parce qu’elle était accessible.



J’ai utilisé un marteau, un couteau, une paire de pinces et une perceuse électrique. C’était beaucoup plus salissant que je ne l’avais prévu. Il y avait tellement de sang, tellement... d’autres choses. Dans l’ensemble, cela a pris quelques heures avant qu’elle ne meure enfin. Elle ne m’a jamais laissé prendre mon plaisir, ce qui était admirable. Emily était une fille tellement forte... Vous devriez être fière d’elle, Mme Stanfield.



Pour ma propre fierté, j’aimerais préciser que je ne l’ai pas baisée avant sa mort. Je n’ai pas pu me résoudre à franchir cette barrière, sachant que ses yeux seraient fixés sur moi pendant l’acte. Cette pensée me dégoûtait. Elle est morte, à ma connaissance, vierge.



Après en avoir terminé avec elle, l’euphorie était passée, et j’ai pris conscience des horreurs que j’avais commises. Mon plaisir s’est transformé en dégoût, et toute la douceur qui était en moi pendant que je la tuais est devenue aigre. J’ai réalisé que je n’étais pas fait pour être un meurtrier, que ça ne m’allait pas. Qu’au-delà du plaisir temporaire de l’acte, la pensée de prendre la vie de quelqu’un me répulsait.



J’étais un fantaisiste qui a commis une terrible, terrible erreur. Une erreur qui a coûté la vie à une jeune fille prometteuse. S’il y a un grand plan dont nous faisons tous partie, je pouvais sentir que ce que j’avais fait était une déviation de cette loi naturelle. J’étais dégoûté par l’acte, et par moi-même. Cette petite expérience s’est complètement retournée contre moi. Je nageais en mer complètement inconnue.



Une fois que j’ai surmonté la vague initiale de peur et de panique, j’ai découpé le cadavre d’Emily en plusieurs petites parties, faciles à transporter. J’ai pris tous les morceaux, je les ai enroulés dans la bâche, et je les ai brûlés dans les bois. Après ça, j’ai enterré le paquet d’os calcinés et de cendres, souhaitant pouvoir tout oublier.



Tuer Emily et faire ce que j’ai fait à son corps n’étaient pas des actes de courage, je l’ai réalisé au cours de l’année passée. C’étaient des actes d’obsession et de lâcheté, d’une personne trop faible pour surmonter ses pulsions les plus sombres. J’ai été détruit par la culpabilité, entouré de souvenirs de la vie que j’ai prise et que je ne pourrai jamais rendre.



C’est pour cela que j’ai la courtoisie de vous prévenir que j’ai décidé de prendre une autre vie : la mienne. Je ne pourrais jamais être autre chose qu’un danger pour les personnes autour de moi, une bombe à retardement destinée à exploser et à blesser des innocents. La seule chose altruiste à faire dans mon cas est de me retirer du tableau.



Je suis désolée de ce que j’ai fait à Emily. Je ne m’attends pas à ce que vous me pardonniez, et je ne pense pas non plus le mériter. J’espère juste que cela vous permettra le faire le deuil et de tourner cette page.



Mes excuses les plus sincères. »



Après avoir lu ce terrible email, j’ai pleuré pendant des heures. Je n’ai pas eu cette réaction violente parce que je croyais que cette personne était bien le meurtrier de ma fille, mais juste parce que j’avais l’impression que quelqu’un faisait une blague atroce à ma famille alors que nous avions déjà tant souffert. Et à l’anniversaire de la disparition de notre Emily, en plus.



Je ne l’ai pas montré à mon mari, ni à mon fils. Je ne pouvais pas m’y résoudre. Je me suis contentée de porter ce poids moi-même, et j’ai montré un visage courageux pour eux, sachant que cet anniversaire était très difficile pour nous tous. Je ne laisserai pas le monstre de l’autre côté de cet email déchirer ma famille.



Mais ce matin, j’ai entendu deux détonations en provenance de la chambre de Joseph. Le temps que son père et moi puissions forcer sa porte, c’était trop tard. Il avait d’une manière ou d’une autre mis la main sur un pistolet, et a tiré deux fois : Une fois à travers son ordinateur, l’autre à travers son front.



Donc, avec ceci en tête, je vous repose la question : Croyez-vous aux coïncidences ?

Traduction de Daenys Horror Story - Visitez sa chaîne Youtube !

Source

mercredi 5 décembre 2018

Spotlight de Noël : Le vrai Père Noël

Post trouvé dans la section libre d'un forum de littérature.


Posté le: lundi 25 mai 2015 à: 1h33 – Sujet: « Vos histoires dérangeantes et malsaines ».




Bonjour à tous.

Moi aussi, j'ai quelque chose à vous raconter. Il y a une semaine, j'ai fait une découverte qui continue de me perturber encore aujourd'hui. En faisant du nettoyage dans mon grenier, j'ai trouvé de vieilles affaires appartenant à mon défunt grand-père. Il y avait des habits, des photos retraçant toute une partie de sa vie, et un beau carnet relié en cuir.

Curieux, je l'ai ouvert, non sans émotion vous vous en doutez. Il se trouve que mon grand-père y avait écrit de petites histoires. Je suis sorti du grenier pour pouvoir lire tout cela, et j'ai reconnu certains de ces récits. Il faut que vous sachiez que mon grand-père était, pour mon plus grand plaisir, grand féru de contes. Il nous en racontait très souvent à ma sœur et moi, lorsqu'il venait nous rendre visite à la maison. J'ai versé une petite larme en relisant certaines histoires qui avaient bercé mon enfance, et que mon grand-père avait pris soin de consigner dans ce carnet. J'ai remarqué qu'il avait même noté quelques expressions orales dans ses textes, du type « Écoutez bien, les enfants » ou « Vous comprenez ? », preuves que ces contes étaient directement destinés à nous être lus.

Cependant, parmi la cinquantaine d'histoires courtes rédigées à la main, un certain nombre ne m'évoquait absolument aucun souvenir. Mais si je poste ici, c'est parce que certaines histoires que je ne connaissais pas m'ont hautement dérangé. Parmi celles-ci, une était introduite de la sorte, en grosses lettres :



« À RACONTER AU COIN DU FEU LE SOIR DE NOËL POUR QUE MES PETITS-ENFANTS SACHENT LA VÉRITÉ »


Mon grand-père disait donc ici que l'histoire qui suivait n'était pas une invention de sa part ? Cela rend ce texte étrange avant même de commencer à le lire... Je vous l'ai recopié ici. Il s'intitule : « Le vrai Père Noël ».


« Il était une fois... Un vieil homme. L'histoire ne dit pas son nom. On sait juste que ce qui le caractérisait le plus était son extrême gentillesse envers tous les enfants. 


Il travaillait dans une fabrique de jouets, si bien que sa maison était un véritable paradis pour tous les enfants du monde : chevaux à bascule, petits soldats, poupées, pantins, jeux de société... 


Le soir, il restait des heures à la sortie des écoles, repérant les enfants les plus... Comment dire... Intéressants. La plupart du temps, tous ces jeunes petits êtres repartaient en tenant la main d'un ou deux de leurs parents. Mais, parfois, il en restait un. Un seul, perdu, au bord des larmes, cherchant du regard son père ou sa mère, ou bien quelque figure rassurante... Le vieil homme s'approchait alors de lui, un petit jouet à la main. 


"Tu es perdu, mon petit ? Oh ! Tu aimes cette petite marionnette ? Viens chez moi, il y a plein d'autres jouets qui n'attendent que toi, et tu pourras bien t'amuser pendant que j'appellerai tes parents pour qu'ils viennent te chercher. Allez, viens, tiens-moi la main..."


Arrivés dans la maison du vieux monsieur, les marmots avaient toujours les yeux qui se remplissaient d'étoiles. Il y avait tant à voir, et si peu de temps jusqu'à ce que maman ou papa ne vienne les chercher ! Le vieillard, lui, regardait son propre pantin de chair s'amuser avec tous les joujoux de bois entreposés dans la pièce... Il aimait beaucoup ce moment ; lire la joie dans les yeux des enfants.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Le vieux monsieur, donc, avec toute la délicatesse du monde, prenait l'enfant dans ses bras et l'asseyait sur une chaise.



"Tu vas attendre bien sagement ici, d'accord ?" disait-il avec une voix douce.


Bien sûr, le petit ignorant aurait voulu continuer à jouer, mais la gentillesse de celui qui aurait pu être son grand-père le mettait en confiance, et il ne voulait pas le décevoir en lui désobéissant. C'était comme ça à chaque fois. Même quand le vieux monsieur commençait à ligoter le petit garçon ou la petite fille, et qu'il disait "Ne t'inquiète pas mon chéri, on joue aux Cow-Boys et aux Indiens", l'enfant restait sage, statique sur sa chaise, tel une poupée...


Lorsque le vieux monsieur commençait à se servir de son couteau, ni le « tic-tac » des horloges, ni le « tchou-tchou » des petits trains n'arrivait à masquer les cris de joie des enfants.


Un beau jour, à force de disparitions, ce qui devait arriver arriva. Une méchante institutrice, qui avait repéré le vieux monsieur devant son école à plusieurs reprises, appela la police. Le personnage principal de notre histoire fut arrêté, jugé, et, finalement, condamné à mourir. 

La nuit du 24 décembre, le vieil artisan eut la tête tranchée. Couic ! 

 
Mais l'histoire ne s'arrête pas là.

À sa mort, le vieux monsieur refusa de monter au ciel rejoindre les anges. Il ne le voulait pas car il n'avait pas accompli la mission qu'il s'était donnée : rendre tous les enfants heureux. Alors, le brave homme a commencé à voyager, et cela fait maintenant très longtemps qu'il se rend de foyer en foyer tout autour du monde, année après année. Vous ne le voyez pas, mais lui, il vous voit, et vous entend. Il vous écoute. Tout cela dans le but de connaître vos souhaits. Peut-être est-il là en ce moment même avec nous, qui sait ?

Il souhaite connaître les jouets qui feraient le plus plaisir à chaque enfant à qui il a rendu visite. Quand il n'est pas aux côtés d'un enfant, il est à son atelier, en train de confectionner les plus beaux joujoux qui soient... Malheureusement, douze mois ne sont pas assez longs pour confectionner tant de jouets lorsque l'on n'est pas aidé par une bande de lutins ! Alors, il doit faire des choix et, s'il surprend un enfant en train de faire une bêtise, alors celui-ci n'aura pas la chance de recevoir un jouet confectionné avec amour au pied du sapin...



Bien sûr, les enfants, vous qui êtes si malins, vous avez compris que le héros de cette histoire n'est autre que celui que l'on nomme communément « Le Père Noël »... Le Père Noël n'est pas un bonhomme tout rouge, et ne passe pas par la cheminée. Mais, tous les ans, à la même date, il dépose bel et bien de jolis cadeaux sous le sapin des enfants sages... En espérant que ceux-ci viendront un jour s'amuser avec lui dans son atelier.


La suite de l'histoire reste à écrire... Tâchez seulement de ne pas en être les personnages principaux. Pour cette raison, au lit maintenant ! Et ne vous levez pas cette nuit. »


Le conte se termine ainsi. Vous vous doutez bien qu'une horde de questions s'immisce dans mon esprit : pourquoi mon grand-père a-t-il écrit un conte aussi malsain ? En est-il même l'auteur ? Pourquoi cette note au début du texte ? Ce qui me perturbe également, c'est que je me demande bien pourquoi il ne nous a jamais raconté cette histoire, à ma soeur et à moi... Ceci étant dit, je préfère ne l'avoir jamais entendue étant enfant, vous pensez bien. J'attends vos réactions et vos avis sur cette trouvaille, je posterais sûrement plus tard d'autres contes étranges trouvés dans ce carnet. Croyez-moi qu'il y a de quoi raconter...


lundi 3 décembre 2018

Spotlight de Noël : Le calendrier de l'avent

Bonjour à tous,
Je voudrais vous partager le contenu d'un blog. Je suis tombé dessus par hasard, et son contenu est assez... Troublant.
Je vous laisse en juger.


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30 Novembre

Aujourd'hui, ma mère a insisté pour que je l’accompagne au marché de Noël, histoire de me changer les idées. Depuis sa séparation avec Papa, c'est la première fois que l'on sort tous les deux. Ça m'a fait chaud au cœur !
J'ai trouvé quelque chose de sympa : un calendrier de l'Avent. Bon, le vendeur était un peu bizarre, du genre pas très bavard, sourire en coin, et il lui manquait des doigts. Mais ce calendrier était très beau, et il ne m'a presque rien coûté. À l'instar des autres, celui-ci n'était pas en carton, mais métallique. Il y avait 24 petites portes portant des nombres allant de 01 à 24. À chaque jour sa friandise. Ce qui était dessiné dessus était très banal par contre : des rennes, le Père Noël, des enfants...
J'ai hâte d'être demain pour goûter ce qu'il y a de caché à l’intérieur !


01 Décembre

J'ai passé la journée au parc avec ma petite sœur. Elle avait l'air très heureuse.
Depuis que mon grand frère a disparu l'année dernière, c'est la première fois que j'ai eu envie de l'emmener jouer dehors. J'avais comme un sentiment paternaliste, ce qui ne m'a pas déplu. J'aimerais le refaire plus souvent, et puis ça décharge un peu ma mère. Elle n'a pas l'air dans son assiette ces temps-ci.
Sinon... J'ai enfin ouvert la petite porte portant le numéro 01 de mon calendrier. Mon Dieu... Ce petit chocolat était délicieux ! Il était carré, assez épais, avec à l'intérieur du chocolat au lait et un petit liquide... À la manière des "Mon Chéri". Mais en tout cas, c'était délicieux ! Vivement demain pour un autre petit plaisir de la sorte.


02 Décembre

J'ai passé ma journée dans le jardin. J'ai même commencé à vouloir jardiner, jusqu'à ce que ma mère me dise que ce n'était pas du tout la saison pour ça. Mais moi, je voulais jardiner.
Sinon, le chocolat de la case 02 était lui aussi délicieux. Ça va être difficile d'attendre pour manger les suivants.


03 Décembre

Aujourd'hui, il ne s'est pas passé grand-chose. J'ai fait mes devoirs et j'ai trouvé ça très facile. Je suis peut-être un génie sans le savoir !
Le chocolat de la case 03 était comme les autres. Je n'arrive pas à savoir quel est ce liquide, si délicieux. Je devrais demander à ma mère, mais elle va vouloir goûter. Et ce sont mes chocolats. Les miens.


04 Décembre

Je me suis surpris à jouer avec les poupées de ma petite sœur. Je n'ai aucune idée de ce qui s'est passé dans ma tête, mais j'ai aimé ça.
Ma petite friandise est encore bien passée. Je pense que je ne vais plus pouvoir m'en passer...


05 Décembre

Ma mère a insisté pour que j'aille avec elle au karaoké, mais je déteste ça ! Même si c'est sa passion, j'aimerais qu'elle ne l'impose pas aux autres... J'y suis quand même allé, pour lui faire plaisir. Mais mon Dieu, quel ennui. En plus, elle chante comme une casserole !


06 Décembre

Le chocolat du matin devient mon moment préféré de la journée. Je me demande vraiment comment ils peuvent être aussi bons.
J'ai passé la journée avec mon ami, Damien. Comme d'habitude, on a été au terrain de foot pour faire une partie avec les autres. Je n'ai jamais été aussi mauvais. D'habitude je ne joue pas trop mal, mais aujourd'hui, je ne sais pas... C'est comme si j'avais les pieds carrés.


07 Décembre

La journée de l'ennui. Et puis... Le chocolat de la case 07 est tombé quand j'ai ouvert la petite porte métallique. Je l'ai jeté, même si ça m'a fendu le cœur. Quel gâchis !


08 Décembre

Aujourd'hui, après avoir mangé mon petit chocolat quotidien, je suis allé dans la chambre de mon grand frère. Ça va faire un an qu'il a disparu, et tout est intact. Ses consoles sont toutes à la place même où il les avait laissées. Je n'ai jamais aimé ça, les jeux-vidéo, pourtant j'ai allumé une console et j'y ai joué. Pendant des heures. J'ai fini plusieurs jeux dès le premier essai, alors que c'était la première fois que je m'y essayais. Je me suis même surpris à allumer son ordinateur et à jouer avec ses personnages de MMO. Comment est-ce que je connaissais ses mots de passe ? C'est bizarre. Peut-être me les avait-t-il donnés un jour, et que j'avais gardé ça en mémoire tout ce temps.
En tout cas, j'ai aimé cette journée. C'était comme si j'avais passé du temps avec mon grand frère. Tu me manques, Denis.


09 Décembre

J'ai encore passé la journée avec Damien. Je ne sais vraiment pas pourquoi, mais aujourd'hui je l'ai trouvé très séduisant. Que m'arrive-t-il ? J'aime pourtant les femmes... D'habitude. Je suis très troublé.


10 Décembre

Ces chocolats... J'en veux encore plus. Ça devient presque une obsession.
Je suis retourné au marché de Noël, pour trouver le vendeur et acheter d'autres calendriers. Mais évidemment, il n'était plus là. Ça aurait été trop beau. Tant pis, j'ai quand même trouvé un très joli manteau. Ça m'aidera à passer cet hiver qui s'annonce très froid.


11 Décembre

J'ai de nouveau emmené ma petite sœur au parc aujourd'hui. Je l'ai regardée longuement, je ne sais pas pourquoi. Elle est devenue très mignonne. Et très mature pour son âge...


12 Décembre

Je n'arrive pas à croire ce que j'ai écrit hier. Où avais-je la tête ? J'ai l'impression de la perdre, la tête.


13 Décembre

Ma mère m'a encore saoulé avec son karaoké. Elle m'a déjà obligé à écrire sur ce blog tous les jours car soi-disant il me fallait une activité relaxante et reposante après mon "choc émotionnel". C'est vrai que perdre tout d'un coup son frère, ça va pas aider à garder l'esprit serein. Maintenant, elle veut m'obliger à pousser la chansonnette avec elle ? Vivement mes 18 ans, que je me tire d'ici. Ma vie c'est de la merde.


14 Décembre

Aujourd'hui, après avoir mangé mon petit chocolat, j'ai voulu tricher. Je ne pouvais plus attendre, il m'en fallait plus, et tout de suite. Mais... Impossible d'ouvrir les portes métalliques des jours suivants ! C'est assez étrange... Il ne me semble pas qu'il y ait des mécanismes complexes là-dedans. Mais je n'avais pas envie de le casser, et je risquais d'endommager mes précieux chocolats.


15 Décembre

J'ai fait des recherches sur internet concernant ce calendrier, histoire de voir si je pouvais en commander d'autres. Je n'ai rien trouvé. La seule chose qui est marquée sur la boîte, c'est un nom, enfin je pense : "Tiralata". J'ai recherché ça sur internet, mais ça ne me menait à rien, sauf sur des sites écrits en portugais, donc je ne comprenais rien. J'ai essayé de voir sur le site de ma ville s'ils parlaient de ce vendeur dans les détails du marché de Noël, mais aucunes références.
J'ai demandé à ma mère si elle avait déjà vu ce vendeur au marché de Noël de l'année dernière, mais elle m'a répondu que peu de gens s'y étaient rendus, et qu'elle ne faisait pas exception. En effet, la ville faisait face à un grand nombre de disparitions... Dont celle de Denis. Les gens étaient un peu paniqués à l'idée de traîner dehors.
Il va falloir que j'attende pour manger mes chocolats... La poisse.


16 Décembre

Très mauvaise journée.
J'ai voulu prendre mon chocolat ce matin, mais il n'était plus là. Ma mère, cette garce, l'avait pris. Elle m'a dit qu'ils étaient délicieux et que j'aurais pu partager au lieu de garder tout ça pour moi. Puis elle est partie je ne sais pas où. Elle était très souriante, chose rare ces temps-ci. Bordel... Ce sont mes chocolats. Comment a-t-elle osé ? Putain.


17 Décembre

J'ai caché mon calendrier, histoire d'éviter un nouveau vol de chocolat. Et j'ai bien fait : j'ai vu ma mère sortir de ma chambre ce matin, l'air chafouin. Haha, tu pensais vraiment que j'allais te laisser avoir encore un autre de mes précieux chocolats ? Tu rêves !
Sinon, j'ai été voir un ami dont le père est brésilien, je lui ai demandé s'il pouvait lui demander ce qu'il savait sur un certain "Tiralata".


18 Décembre

Il ne me reste que six chocolats, et ça me rend triste. Je l'ai été toute la journée. J'ai même pleuré, pour aucune raison valable. L'horreur totale... Qu'est-ce qui m'arrive ?


19 Décembre

Aujourd'hui, je ne suis pas allé en cours. J’espère que ma mère ne le saura pas. Mais j'ai passé une chouette journée, à fumer de l'herbe avec Damien. Ce qui me surprend, c'est que je ne supporte pas la fumée de cigarette d'habitude.


20 Décembre

J'ai revu mon ami qui a un père brésilien. Il avait des infos pour moi. Selon lui, "Tiralata" est un "Feiticeiro", un sorcier très connu au brésil. Il s'agissait du sorcier d'une tribu appelée "Tupinamba", se situant dans la forêt amazonienne. J'ai fait des recherches sur ce peuple, à priori c’étaient des cannibales. Le sorcier pratiquait le "Macumba", une sorte de magie noire. Il est aussi dit que cette tribu mangeait le corps de leurs ennemis pour en voler la force et le savoir.
Ça me donne des frissons car je change effectivement de comportement après avoir mangé ces chocolats. Mais bizarrement, je n'ai pas envie d’arrêter. Ils sont beaucoup trop bons.


21 Décembre

Il s'est passé une chose horrible ce matin : alors que j'allais manger mon petit chocolat du matin, ma mère a débarqué dans ma chambre et me l'a pris des mains. Il était hors de question que je lui laisse, alors je lui ai arraché des mains à mon tour, avec ma bouche. J'y suis peut-être allé un peu fort, car j'ai arraché un bout de sa main avec. Elle pissait le sang ! Mais le plus étrange, c'est que le goût de son sang dans ma bouche allait de pair avec le goût du chocolat. C'était encore meilleur que d'habitude. La saveur était beaucoup plus forte. Mais c'était sans doute mon imagination.


22 décembre

Fait bizarre du jour : j'ai pu répondre à un touriste Japonais qui me demandait où se trouvait la gare... Dans un japonais parfait. Je regarde des animes de temps en temps, mais, putain, c'était comme si j'avais parlé cette langue toute ma vie.
Comme je l'ai écrit il y a quelques jours, je suis peut-être un génie sans le savoir...


23 Décembre

Il ne me reste qu'un seul chocolat. Ce matin, j'ai ouvert la porte 23, et je l'ai mangé, très doucement, pour faire durer le plaisir. Bientôt je n'en aurai plus. Cette pensée me terrifie. Je suis comme dépendant de cette douceur quotidienne. Que vais-je faire ? Ma vie n'aura plus de sens...


24 Décembre

J'ai mangé mon dernier chocolat.


25 Décembre.

Je n'ai plus de chocolats, mais ce n'est pas grave : j'ai la recette ! Après avoir mangé mon dernier chocolat hier, tout était clair. Je savais ce que je devais faire. Je savais quelle était ma destinée. J'ai hâte d'être l'année prochaine pour pouvoir en faire profiter une autre personne. Et ça ne me coûtera que quelques doigts. En attendant, j'ai très envie de faire un karaoké.

Cher lecteurs,
Joyeux Noël.


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Voilà. Pour ma part, je ne sais quoi penser de cette histoire. Car habitant en Seine-et-Marne, j'avais eu vent de cette histoire. J'ai même un ami qui faisait partie de la famille d'un des disparus. Il a d'ailleurs pu me fournir une copie d'écran d'un article publié à l'époque. Il n'est plus disponible aujourd'hui. Je suppose qu'ils effacent les articles les plus anciens.



En tout cas, personnellement, il est hors de question que je sorte seul en cette fin d'année, et je vous conseille d'en faire autant.

Voici l'adresse du blog : http://sadpandaissad.unblog.fr.


Rien de mieux que de commencer les spotlights spécial Noël par un calendrier de l'avent, non ?