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lundi 19 août 2019

Kabukicho

Si vous vous baladez au hasard, la nuit, dans les rues peu fréquentées de Shinjuku, à Tokyo, il vous sera peut-être encore possible, à l'écart des love hôtels et des salons de massage, de tomber sur une étrange boutique. Une simple bâche plastifiée, semblable à un rideau de douche, en masquera l'entrée. À l'intérieur, vous trouverez des milliers de DVD entassés partout, sans ordre, le long des murs ou en tas au milieu de la pièce. La plupart sont des films X, ou de vieilles séries B d'occasion. Par une porte entrouverte, vous aurez peut-être la chance d’apercevoir, dans les toilettes, accrochée près du miroir, la mignonne photo d'un bébé singe tout noir et tout fripé, les yeux fermés, tétant un sein de femme. Sous la photo, quelqu'un aura gribouillé à la craie un simple mot : « ブラインド ».

Une très vieille femme tiendra le comptoir. Si vous ne lui parlez pas japonais, elle ne vous répondra pas. Si vous parlez japonais, vous pourrez lui demander à voir les VHS. Elle niera d'abord avoir la moindre cassette dans son magasin. Vous devrez insister et probablement lui faire don de quelques yens. Elle vous conduira alors dans l'arrière-boutique. Ici, à même le sol, seront alignées une petite vingtaine de VHS noires, sans coffrets. Aucune inscription, si ce n'est, écrits au feutre blanc, en lettres latines, quelques codes mystérieux tels que MASD-002, KT-606, MKDD-04 ou LPS-008.
Si vous payez quelques yens de plus, elle vous laissera seul dans l'arrière-boutique, avec une vieille télévision et un magnétoscope. Vous pourrez alors regarder les films. Vous découvrirez ce que peu de spectateurs ont vu : des femmes et des hommes torturés avec des clous ou des aiguilles, des bouches cousues, des seins mutilés, de jeunes personnes forcées d'ingurgiter des insectes, de se rouler dans du sang d'animaux, d'avoir des relations sexuelles avec toutes sortes de créatures, ou d'étaler sur leur peau leurs propres excréments...

Quand vous serez lassé, si vous en voulez plus, demandez à voir la seconde collection de VHS. À nouveau la boutiquière niera, à nouveau vous en aurez pour votre poche. Elle vous conduira alors, par un petit escalier, à la première cave. Ici, le bâtiment semblera abandonné. Les couloirs seront sombres, obstrués de plâtre et de morceaux de faïence brisée. Si vous abandonnez quelques instants votre guide pour faire un petit tour du lieu, vous découvrirez une porte close, sur laquelle on a tagué un grand singe noir aux yeux semblables à deux trous blancs. Des moisissures auront couvert le sol aux pieds de l'animal. Quelqu'un aura tracé cinq lettres, avec son doigt, au milieu des champignons humides : « ブラインド ».

Rejoignez la vieille boutiquière. Elle vous attendra près d'une autre porte, celle-là complètement rouge. L'odeur sera insupportable. Vous n'aurez d'autre choix que de vous asseoir à même le sol, devant une télévision encore plus antique que la première. Des coulures et des tâches couvriront en partie l'écran. Un vestiaire vous attendra dans le coin le plus sombre de la pièce. La femme vous donnera une petite clé et une serviette, puis vous laissera seul.
Ouvrez le vestiaire. À l'intérieur, vous trouverez un grand sac et six cassettes, vierges de toute inscription. Le sac bougera, comme s'il grouillait de choses vivantes. N'ayez pas la malheureuse curiosité de l'ouvrir. Vous pourrez mettre une cassette dans le magnétoscope. Elles ne montreront rien d'autre que la mort et la putréfaction. Vous n'aurez jamais connu la mort avant d'avoir vu ces films. Ne vous avisez pas de voler l'une des VHS.

Quand vous aurez terminé, sortez. La femme vous attendra derrière la porte. Rendez-lui la clé. Elle vous pressera de partir. N'en faites rien. Demandez à voir le film. Elle vous demandera lequel. Répondez simplement « le film ». Elle n'aura pas l'air surprise, et ne demandera pas d'argent. En fait, elle ne vous dira rien. Elle vous tournera le dos, et s'enfoncera dans des couloirs abandonnés. Suivez-la. Elle vous mènera à une trappe, dissimulée sous un tas de cartons, à proximité du graffiti de singe. Vous descendrez par une longue échelle. Vous descendrez jusqu’à la seconde cave.

En bas, tout sera rouge. Une pièce ronde et vide. Au centre, le sol sera percé d'une plaque d'égout. Un verrou en interdira l'accès. Une télévision vous attendra, une télévision des premiers modèles, une télévision préhistorique, délabrée, à l'écran fissuré et couvert d'une épaisse couche de poussière et de graisse. Il n'y aura plus ni cassette, ni magnétoscope. Juste la télévision. L'écran s'illuminera soudainement. De la neige apparaîtra. Vous entendrez des gloussements, des cris rauques, des grognements de bêtes. Puis vous verrez les premières images du film. Un souterrain noir. Une femme. Un monstre. Un monstre noir, énorme. Un monstre aux yeux blancs. Fermez les yeux. Mettez vos mains devant vos paupières. Ne regardez pas. Malgré tout ce que vous aurez déjà vu, ne regardez pas. Vous entendrez des choses horribles. N'ouvrez pas les yeux. Ne baissez pas vos mains. Le film se terminera sur un sifflement strident.
Alors, vous pourrez enfin ouvrir les yeux. Sur l'écran, il y aura cinq caractères. Et leur reflet dans la plaque d'égout, au centre de la pièce, formera le mot « ブラインド ».
Et les gloussements ne cesseront pas. Ils ne viendront plus de la télévision. Ils viendront d'en-dessous.

La télévision s’éteindra. Tapez contre les barreaux de l'échelle. La femme ouvrira la trappe au dessus de vous. Ne lui demandez plus de voir le film. Demandez lui de vous montrer la réalité. Vous n'aurez pas besoin d'insister. Elle vous jettera une clé et refermera la trappe. Prenez la clé et dirigez-vous vers la plaque d'égout. Mettez la clé dans la serrure et ouvrez le verrou. Devant vous, il n'y aura plus qu'un puits noir. Il n'y aura rien que l'obscurité. L'obscurité et les gloussements de ブラインド.





Une bonne creepypasta "à l'ancienne" comme je les aime, pas vous ?





lundi 12 août 2019

Et c'est comme ça que j'ai rencontré ta mère.

"C'était il y a un peu plus de 20 ans. J'étais un jeune garçon à l'époque. Je n'avais encore jamais vécu de vraies relations avec une fille. Mais quand je l'ai vue, mon coeur a tout de suite su que ce serait elle, la future mère de mes enfants.
Elle avait tout pour plaire. De longs cheveux bruns, flottants au vent. Un visage angélique. Une poitrine ni trop petite, ni trop grosse. Elle était parfaite.
Elle s'appelait Cindy.

Avant de l'aborder, je l'avais quelquefois observée. Elle avait l'habitude d'aller déjeuner dans ce fast-food, au bord de la route. Je l'attendais souvent là-bas, la regardant manger son burger.
D’ordinaire, je n'aimais vraiment pas les lieux publics, mais il n'y avait pas trop de monde dans celui-ci, donc cela me convenait.
Puis, au bout de quelques semaines, j'ai sauté le pas. Au début, c'était vraiment laborieux. Mon manque d'expérience se faisait ressentir, et j'ai très souvent cru qu'elle ne voudrait plus me voir.

Mais petit à petit, j'ai appris à la connaître. Elle était venue des États-Unis en France pour étudier. Elle était ici depuis 2 ans, et comptait bien rester. Elle aimait tellement ce pays !
Au bout de quelques temps, on a fini par faire des sorties ensemble, dîner en tête à tête, aller à des parcs d'attractions... Et au bout d’un an, nous nous sommes mis en couple.
Notre relation était parfaite de bout en bout. Je lui montrais mon amour tous les jours. C'est avec des petites attentions, chaque jour, que l'on construit la base d'un couple sain.
Mais moi, ce que voulais, c'était un enfant. Toute ma vie, j'avais attendu ce moment. Elle n'était pas prête, me disait qu'elle était trop jeune pour penser à ça. Mais avec beaucoup de persuasion et d'insistance, elle a fini par céder.

Elle est donc tombée enceinte. Elle espérait un garçon, tandis que je voulais désespérément une fille. Ma propre mère m'avait un jour raconté que pour avoir une fille, une future mère devait manger beaucoup de laitage. Je lui en ai donc donné à volonté.
Et enfin, au bout du terme, Cindy a enfin donné la vie... Une petite fille ! Mon vœu avait été exaucé. Nous étions tous les deux ravis. Pendant sa grossesse, j'avais acheté une petite maison en campagne, qui deviendrait notre demeure familiale.

N'aimant pas les lieux publics, je n'étais pas allé voir Cindy et ma petite fille à l'hôpital. J'ai donc patiemment attendu qu'elles viennent à moi, déposées par un taxi, sur le seuil de cette maison.
Cindy était là, sur le pas de la porte, tenant dans ses bras notre enfant. Elle me l'avait tendue, en me disant :
"Voilà ta fille. Je te présente Éloïse."
Et c'est comme ça que j'ai rencontré ta mère.

Je me suis rapidement débarrassé de Cindy, je n'avais plus besoin d'elle. J'ai élevé Éloïse seul, jusqu'à ce qu'elle soit en âge de comprendre les choses, puis je l'ai enfermée ici, dans cette pièce spécialement faite pour elle.
Comme sa mère, elle m'a donné une fille. Toi. Ma merveille. Mon amour.

Mais après, elle ne m'a donné que des garçons. Je n'ai que faire des garçons. Au bout d'un moment, j'ai donc dû me débarrasser de ta mère. Elle est maintenant dans la fosse commune, avec tous les autres.
Mais toi, je sais que tu ne me décevras pas. Tu me donneras une belle petite fille, qui, elle aussi, me donnera une autre fille. Le cycle ne sera jamais rompu.

Je sais que tu ne comprends pas, et, de toute façon, sans langue, tu ne pourras pas me répondre. Mais j'aime raconter cette histoire.
Je t'ai amené ton pot de yaourt. Aux fraises, comme tu les aimes. Si tu le finis rapidement, je t'enlèverai peut-être une de tes chaînes, pourquoi pas ?
Allez, sois sage. Je reviendrai demain."


lundi 5 août 2019

Madame Singletear

Extrait d'un compte rendu de l'interrogatoire d'un agent de police


Madame Singletear n’était pas de ces vieilles femmes qui  attendaient sagement la mort, elle ne regardait donc pas la télévision et ne tricotait aucun pull désuet pour d’éventuels petits-enfants. En effet, Anna Singletear, elle, considérait la vie comme une bénédiction  et, était bien décidée à profiter au maximum de chaque seconde restante jusqu’à sa mort. En fait, malgré ses huit décennies, elle demeurait bien plus active que tous les adolescents du village qui restaient cloitrés chez eux. Généreuse, altruiste ou courageuse, ce sont ce genre de qualificatifs qu’on citait pour décrire Madame Singletear.

Dans les petits villages où tout le monde se connaît, il est très courant que l’officier de police donne son numéro personnel aux habitants. En cas de besoin, ils peuvent me contacter sans problème. Alors, lorsqu’elle m’a appelé en larmes pour que je vienne chez elle rapidement, je n’ai pas hésité un instant.

Lorsque j’ai enfin rejoint sa vieille bâtisse, c’est une Madame Singletear méconnaissable qui m’a accueilli. Elle était, en effet, complètement paniquée, pleurait abondamment et était devenue anormalement pâle, elle qui avait le teint si mat.

On s’est assis autour d’une bonne tisane et elle m’a tout expliqué. Que depuis plusieurs jours, une étrange silhouette noire l’épiait à travers les fenêtres, et cela pendant des heures. Cette silhouette, elle pouvait parfaitement me la décrire : une ombre distordue qui pouvait mesurer jusqu’à plusieurs mètres, de ce qu’elle me disait, la chose adapterait sa taille pour pouvoir l’espionner où qu’elle soit, que ce soit dans sa chambre à l’étage ou dans le salon au rez-de-chaussée. La pauvre femme, terrorisée, n’osait même plus toucher à ses volets.

Naturellement, j’ai sorti ma lampe torche et j’ai fait mine de vérifier les alentours de la maison. J’ai, de ce fait, ignoré l’immense silhouette noire qui longeait le mur. Encore une autre.

J’ai évidemment feinté n’avoir rien trouvé, laissant Madame Singletear perplexe, mais un peu rassurée.

Vous savez, au début je pensais que les vieux avaient besoin d’un peu de compagnie, qu’ils inventaient des histoires pour que je boive du thé avec eux l’espace de quelques minutes. Puis je les ai vues moi aussi, ces ombres, ça ne sert à rien de les combattre, vous le savez mieux que moi. Au début ça vous ronge, vous faites croire à une vieille dame qu’elle hallucine, qu’elle disjoncte, que c’est la solitude qui la rend folle et vous culpabilisez. Mais, au fond de moi, je sais que j’ai fait les bons choix. C’est toujours pire quand ils apprennent la vérité, toujours plus brutal, plus violent. Et puis, les ombres me connaissent maintenant, c’est l’avantage.

J’ai continué de rendre visite à Madame Singletear tous les soirs, et tous les soirs c’était le même rituel que la veille, je faisais semblant de ne pas la voir, je rassurais la femme apeurée puis je repartais la gorge nouée.

Et puis, un soir, Madame Singletear m’a ouvert avec un grand sourire. Il était si malsain que j’en frissonne encore, pour tout vous dire. À partir de ce moment-là, j’ai su que la vieille dame que j’avais connue n’était plus de ce monde. Mais j’ai apprécié savoir qu’elle avait eu une mort assez douce, sans effusion de sang , un simple arrêt cardiaque. Je vous avais bien dit que c’était mieux pour tout le monde quand je n’agissais pas, pas vrai ?

J’ai enterré le corps dans le jardin, la nouvelle Madame Singletear m’épiant depuis la fenêtre du salon. Tout ça ne me fait plus rien honnêtement, j’ai tellement l’habitude maintenant.

Croyez-moi, personne ne peut faire la différence entre la véritable Anna Singletear et sa remplaçante, personne. Ses mouvements, sa démarche, ses tics de langage, tout a été copié à l’identique. Pour l’instant, les silhouettes s’attaquent aux personnes âgées, mais il viendra un moment où elles s’attaqueront à plus jeune. Je vous ai dit, on ne peut rien faire, tout est perdu.

mardi 2 juillet 2019

Communiqué de l'équipe : harcèlement

Membres de la crypte,

Ceci est un petit communiqué visant à résoudre une bonne fois pour toute un problème récurrent au sein de la communauté. Depuis les évènements ayant mené au renouveau du staff, le calme est globalement revenu. Pourtant, il nous arrive encore d'avoir des échos de plaintes, la plupart du temps concernant quelque chose s'apparentant de près ou de loin à du harcèlement (je ne rentrerai pas dans les détails car ces affaires ne regardent que les personnes impliquées, et aussi parce que les conclusions à en tirer restent les mêmes).

Tout le problème est décrit dans cette phrase : nous n'avons que des échos. Il peut nous être reproché de ne pas agir lorsque des membres ont des problèmes, mais il arrive souvent que nous découvrions lesdits problèmes au moment même où nous sommes accusés d'inaction. Néanmoins, nous tenons à réaffirmer notre position sur ce genre de choses, et vous assurer que nous considérons toute forme de harcèlement comme inacceptable et appelant inévitablement à une réaction de la part de l'équipe de modération.

Afin de nous permettre d'agir dans ce sens, nous avons toutefois besoin que vous vous tourniez vers le staff, et non vers d'autres membres ou anciens membres qui n'ont pas intégré le staff précisément parce qu'ils ne souhaitent pas s'occuper de ce genre de choses. L'équipe a été élargie dans le but de faciliter tant le travail sur le site que la meilleure gestion des différentes difficultés qui peuvent apparaître dans la communauté, et si nous pouvons comprendre que les anciennes têtes puissent ne pas inspirer confiance aux membres ayant potentiellement eu des différends avec eux, nous trouvons en revanche regrettable qu'aucune chance ne soit accordée aux autres comme Gordjack, Piaandy, Litanie ou Wasite.

Par ailleurs, nous tenons à souligner le fait que, pour les personnes pouvant se sentir mal à l'aise quant à la perspective de partager leurs inquiétudes avec une personne de quelque genre, orientation ou origine que ce soit, le staff est composé de membres suffisamment différents pour que vous puissiez trouver une oreille à laquelle vous pourrez accordez votre confiance. Personne dans l'équipe ne se vexera si vous demandez à être entendu par quelqu'un en particulier, aussi, nous vous invitons à vous tourner vers nous si vous rencontrez le moindre problème. Votre confiance en nous est le seul élément permettant de garantir une action de notre part afin de mettre fin à une quelconque situation impactant négativement votre expérience utilisateur, voire votre vie privée.

N'oubliez pas également que, pour nous permettre de réagir avec une sanction officielle, nous avons toujours besoin de preuves indiscutables. Ceci n'est pas dans le but de vous compliquer la tâche, mais tout simplement parce qu'il y a malheureusement, comme partout, des trolls qui montent de faux témoignages dans le but de nuire à une personne en particulier ou de semer la discorde de manière générale. Cela ne nous empêche toutefois pas de renforcer notre vigilance si vous venez nous solliciter. Enfin, en ce qui pourrait concerner d'éventuels problèmes avec d'anciens membres ayant été exclus de manière permanente par l'administration, sachez que nous ferons toujours en sorte de vous aider dans la mesure du possible, mais que notre champ d'action se limite à un soutien dans d'éventuelles démarches à votre initiative auprès d'une instance officielle à partir du moment où ce genre d'individus se trouve exclusivement à l'extérieur de nos plateformes, sachant que l'exclusion définitive représente déjà la plus haute sanction au sein de CFTC.

Nous espérons que ces quelques lignes sauront vous convaincre de vous tourner vers nous dans le cas où vous rencontrez des difficultés sur nos plateformes. Soyez en tous les cas assurés que notre priorité est de vous permettre une expérience utilisateur dans les meilleures conditions, avec du contenu de qualité et sans devoir craindre quoi que ce soit.

Sincèrement vôtre,

Le staff de CFTC


lundi 1 juillet 2019

Un truc de jumeaux

Ecoute, je ne suis pas un tueur en série. C’est ponctuel.

Bon sang, ferme-la. Reste allongé et silencieux, c’est tout ce que je te demande. J’essaie de me concentrer, là. C’est ma première fois et j’essaie de faire les choses bien.

Donc. Premièrement, je suis vraiment désolé de tout ça. Deuxièmement, je vais un peu tâtonner pendant un moment. Courage. Je suis désolé pour ça aussi.
Mon frère jumeau et moi, on est nés à environ 20 secondes d’intervalle. On est restés quasiment collés de notre naissance jusqu’au lycée. Mais après, quelque chose a changé en nous et nous sommes devenus assez différents. Il est parti de son côté et je suis parti du mien.
Merde, tu sais comment c’est à cet âge-là. La rébellion, essayer de se trouver soi-même...

Bordel, où est ce putain de… Ok, si j’étais un chalumeau, où est-ce que je pourrais être… Je sais que ça va paraître stupide, et je suis désolé si je rends la situation bizarre, mais est-ce que tu vois un chalumeau quelque part dans la pièce ? Il est censé être… Ah, il est là. La boîte à outils le cachait.
Donc, comme je disais, il est parti de son côté et moi du mien. Mais on a toujours eu cette connexion, tu sais ? C’est un truc de jumeaux. Généralement, je peux toujours dire ce qu’il est en train de ressentir. C’est comme si… on vivait les expériences de l’autre. Surtout quand ça implique de fortes émotions. 

Je me souviens qu’une fois, quand on était enfants, il a glissé et s’est cassé le poignet. Ça m’a fait super mal. J’allais bien, mais la douleur irradiait dans tout mon avant-bras.
Et c’était pareil pour à peu près tout. Le jour où j’ai perdu ma virginité, il m’a dit qu’il… hum.

Bref. Il m’a aidé, récemment. Je veux dire, vraiment. Ma femme et moi, on s’est séparés et je ne pouvais pas rester à la maison après ça. Il m’a laissé squatter chez lui. Il m’a aidé à m’en remettre, à trouver un appartement. Il a même payé la caution. Il m’a soutenu quand j’en avais besoin.
Et… il est à l’hôpital, cette semaine. Cancer de la gorge. Il fume même pas, c’est quel genre de malchance ça ? Il se fait opérer demain. Il est super inquiet, ça se voit. Là, tout de suite, il est en train d’écouter de la musique en essayant de ne pas y penser. Putain, qu’est-ce que je déteste Kelly Clarkson.

Il a besoin de sa dose, mais il ne peut pas sortir et s’en occuper lui-même. Je lui dois bien ça.
Comme je l’ai dit, je ne suis pas un tueur en série. C’est ponctuel. Un truc de jumeaux. Tu comprends.

Traduction de Piaandy

jeudi 27 juin 2019

Deuxième édition du concours de poèmes

Aujourd'hui, CFTC a le plaisir de vous annoncer l'ouverture de son deuxième concours de poèmes, qui n'avait pas été réorganisé depuis sa première édition, en 2015.

Pour cette fois, nous avons décidé de voir les choses en plus grand, aussi les trois poèmes ayant récolté le plus de votes se verront-ils offrir une publication "gratuite" sur le Nécronomorial.

Pour ce qui est du thème, il s'agit du trouble intérieur, l'interprétation de celui-ci étant libre. Qu'importe que votre poème soit un sonnet, une ode, ou même prosaïque, tant que vous saisissez votre plus bel encrier pour vous laisser porter par l'inspiration.

Enfin, concernant les dates, tous vos poèmes devront être envoyés avant 23h59, le vendedi 5 Juillet. Les votes auront ensuite lieu jusqu'au dimanche 7 à 15h, après quoi le classement sera établi.

Au sujet des inscriptions, celles-ci servent surtout à tenir à jour la liste des participants, qui apparaîtra sur un post du forum prévu à cet effet auquel je reviendrai plus tard. A noter que ces dernières peuvent se faire jusqu'au dernier instant, mais pour une raison pratique, il serait préférable que vous les réalisiez avant d'envoyer votre création, plutôt qu'en même temps. Que ce soit pour les inscriptions ou pour l'envoi de vos poèmes, le système est plus ou moins le même.

Ainsi, pour vous inscrire et nous transmettre votre poème, le plus arrangeant pour nous serait que vous passiez par ce post du forum où tout est expliqué de façon un peu plus exhaustive. Vous pouvez également envoyer un MP à Gordjack, via Discord ou le forum, que ce soit dans cette optique, ou pour tout complément d'information. Dans le moins avantageux des cas, celui où la création d'un compte vous rebuterait particulièrement, vous pouvez toujours passer par notre adresse e-mail, que vous trouverez elle aussi sur le forum.

Vous l'aurez compris, pour ce concours, posséder un compte sur le forum est bien plus pratique, d'autant que seuls ses membres pourront voter, et ce grâce au fameux post mentionné ci-dessus.

Gardez à l'esprit que tout le monde a ses chances. Aussi, nous espérons voir nombreux à participer nos cryptiens aspirants poètes.

Bonne chance à tous les éventuels participants !

lundi 24 juin 2019

Mon fils s'est suicidé, et ma femme me tient pour responsable.

Je n’avais jamais posté ici avant. Mais j’imagine que je n’en avais pas besoin jusque-là. Si vous avez vu le titre, vous savez à quoi vous attendre, et vous devriez passer votre chemin si vous préférez éviter le sujet. Je comprendrai. Le deuil est une chose étrange. Le professeur Farina m’avait appris ça pendant ma prépa, et je n’avais jamais compris jusqu’à aujourd’hui.

Pour ma femme, ça se traduit par une colère irrationnelle. Elle est en bas en ce moment même, sûrement en train de maudire mon nom. Pour moi, ça s’est manifesté par un besoin de me tenir occupé. Mais je n’ai plus de papiers à organiser, ni de surfaces à nettoyer, donc je suis venu ici pour écrire toute l’histoire de la vie de mon fils. Je m’excuse d’avance si c’est un peu décousu, mais tout cela est vieux, alors je dois me concentrer pour me souvenir de tout ce qu'il s’est passé jusqu’à cet événement. Mon plus grand échec.

Mon idole, Skinner, a dit un jour : « Un échec n’est pas toujours une erreur, il peut être tout simplement le meilleur qu’on puisse faire dans les circonstances ». Mais j’ai pourtant l’impression d’avoir fait beaucoup d’erreurs.

Quand mon fils est né, c’était comme si j’avais enfin trouvé ma raison d’être. J’avais eu plusieurs emplois, avant. J’avais même ce que je pensais être une carrière respectable. Mais rien ne m’avait jamais réellement intéressé. Rien n’avait jamais retenu mon attention comme ce petit visage chérubin l’avait fait.
Nous avions prévu de confier Isaac aux parents de ma femme quatre jours par semaine pour qu’elle puisse retourner à son travail rapidement, et moi au mien. Mais une semaine de congés de paternité semblait trop courte pour moi, j’ai donc décidé que nous pourrions renoncer au confort que deux revenus permettait d’avoir. J’ai pris la décision de devenir un homme au foyer.

L’université n'a pas été pas enchantée à l’idée de perdre un de ses professeurs titulaires, mais je suis resté inflexible. Je finirai le semestre en cours, et ce serait alors la fin de ma carrière universitaire. Est-ce que cela a été été douloureux d’abandonner mon diplôme durement obtenu et mon ancien job de rêve ? Bien sûr. Mais ce fut l’échange d’un trésor rare contre un trésor unique. Beaucoup de gens ont des diplômes en psychologie. Beaucoup de gens sont titulaires. Mais Isaac était unique en son genre. Quelqu’un d’autre pourrait bien devenir le prochain James Olds. Moi, j’avais trouvé un but supérieur.

Avoir convaincu ma femme de me laisser rester à la maison s'est révélé être un bonne chose. Isaac a eu une enfance difficile, et il avait besoin d’un guide. Bébé, c’était un ange. En grandissant, il s’est avéré beaucoup moins facile à vivre. Des années d’études et d’enseignement en développement humain ne m’avaient pas préparé aussi bien que je l’avais espéré. Il y a eu des jours où je me suis demandé si j’étais vraiment fait pour être père, j’admets même avoir regretté d’avoir quitté mon travail, par moments. C’était bref, et toujours suivi par un sentiment de culpabilité, mais c’était là. La vérité pure et brute est que je ne suis pas - n’étais pas - un père parfait.

Alors que j’avais presque atteint mon point de rupture, que la pensée d’un autre jour rempli de crises de colères et de couches sales m’était devenue insupportable, Isaac a totalement changé de comportement. Ce changement était arrivé juste après une terrible blessure, la seule qu’il a eue dans toute sa vie. Sa mère a toujours pensé que quand il est tombé et s’est cogné la tête, si fort qu’il a eu besoin de points de suture, il a gardé des séquelles. Je ne pensais pas que c'était été si grave que ça, mais je dois admettre qu'il y a eu une grande amélioration après ce jour. Et même si, avant ça, je n’avais jamais été capable de lui en vouloir très longtemps, j’ai été encore plus indulgent après avoir vu son regard de chien battu et ses yeux meurtris. En fait, après avoir eu peur de le perdre, je n’arrivais plus à avoir la force de le discipliner.
Heureusement, je n’ai eu que rarement l’occasion de le faire. Alors que ses deux premières années tombaient dans l’oubli, Isaac se transformait en enfant modèle. Ses crises ont disparu, et le garçon obstiné et capricieux qu’il était est devenu aussi doux que n’importe quel parent aurait pu l’espérer. Il mangeait ses légumes, il rangeait sa chambre, ne laissait plus traîner ses jouets, et il avait transformé ma vie de père en réel bonheur. Voir son grand sourire le matin me rendait toujours joyeux.

Je ne vous cache pas que j’avais peur qu’il change encore en grandissant et en entrant à l’école. Ma femme me traitait de maman poule, à moitié en rigolant et à moitié agacée par mon inquiétude. Ceci dit, après sa première année à l’école, elle a commencé à être d’accord avec moi. Notre fils si bien élevé risquait de redevenir la petite peste qui nous avait causé tant de problèmes. Nous avons alors décidé de passer à un système d’école à la maison. Ma femme s’inquiétait, mais je ne savais pas pourquoi. Après tout, j’avais de l’expérience dans l’enseignement, et j’avais toutes les qualifications nécessaires pour l’éduquer chez nous. Je pense qu’elle avait peur que sa croissance émotionnelle et sociale soit impactée si nous le retirions du système scolaire.
Cela n'a pas été le cas. En fait, il s’est épanoui encore plus en étudiant à la maison que quand il était à l’école. Je m’assurais de l’amener régulièrement à des groupes d’école à domicile et à des événements sociaux, et j’ai essayé de le laisser garder contact avec les amis qu’il s’était fait à l’école. Au niveau des études, il excellait. Il est devenu évident pour moi qu'Isaac était talentueux, et que son talent aurait été gaspillé dans une banale école.

Voir le plaisir qu’il prenait à apprendre de nouvelles choses m’enchantait en tant que prof. Pendant que d’autres enfants se contentaient de tolérer l’école et ne se passionnaient que pour les dessins animés et les jeux vidéos, mon fils adorait rester assis et lire, explorant des univers entiers avec la même ardeur que certains enfants avaient pour explorer des forêts dangereuses et sauter dans des flaques d’eau sale. Et pas que des nouvelles sans intérêt et des histoires d’aventure frivole : il lisait des livres d’histoire, de poésies, de science. Isaac aimait apprendre juste pour le plaisir d’apprendre. Il était tout ce que j’avais jamais espéré trouver chez un étudiant, et je ne peux pas exprimer combien j’étais heureux qu’un tel enfant ait été fabriqué à partir de ma propre chair et de mon sang.
Alors que les années passaient, mon fils a continué à grandir exactement comme l’homme que j’avais espéré qu’il soit. Il ne buvait jamais, ne fumait pas, n’essayait aucune drogue, et ne se rebellait que très rarement - il lui est arrivé quelquefois de rester dehors après son couvre-feu, un bref flirt avec une fille du coin. Bien sûr, une rébellion de jeunesse est une chose normale, et je l’ai toléré car c’était une phase à passer qui lui permettrait d’avoir une adolescence normale. Ma femme et moi écoutions avec horreur les histoires que nos amis nous racontaient sur les disputes qu’ils avaient avec leurs propres adolescents, qui étaient devenus des étrangers pour eux et qui faisaient semblant de les aimer. Plus d’une fois, sur le chemin du retour d’un dîner ou rassemblement, ma femme se tournait vers moi et me disait simplement : « Nous sommes chanceux, très chanceux ».

Quand Isaac a commencé à penser à l’université, il a d’abord envisagé de préparer un diplôme de psychologie. J’étais… peu enthousiaste à cette idée, et il l'a remarqué. Je sais qu’il pensait que je prendrais comme un compliment le fait qu’il veuille suivre mes pas, et je l’ai pris comme tel. Mais je lui ai dit franchement que j’avais trouvé que mon diplôme avait été une perte de temps, que c’était un morceau de papier sans signification, et qu’il ferait mieux d’aller travailler dans un McDonalds où, au moins, il apprendrait des choses utiles. Il l’a pris aussi bien que l’on pouvait s’y attendre, et s’est tourné vers un cursus de physique avec enthousiasme.
Ma femme a été surprise qu’il décide d’aller dans une université du coin alors qu’il avait eu beaucoup d’offres de prestigieuses universités partout dans le monde, mais je lui ai expliqué le pourquoi de cette idée. Pourquoi dépenser autant d’argent pour aller dans un autre pays et être si occupé avec ses études qu’il ne pourrait pas profiter de la vie étudiante ? Il valait mieux rester à la maison, économiser un peu, et aller ensuite faire un tour du monde bien mérité après avoir obtenu son diplôme.
Même si son domaine d’études n’était pas le mien, il a continué à prendre exemple sur moi. Il était un étudiant brillant qui a très vite atteint le top de sa classe et y est resté pendant quatre ans. Il récoltait des félicitations et des éloges alors que les étudiants médiocres récoltaient des avertissements et des contraventions. A la fin de sa première année, il avait déjà tous les crédits nécessaires pour obtenir son diplôme, et il s’est inscrit à la majorité des options disponibles.

Peut-être que son enthousiasme, son désir d’apprendre a été la raison de tout ce qui s’est passé ensuite ? J’espère que non. Mon Dieu, j’espère que non.
Que ce soit le cas ou non, mon fils a pu choisir les matières auxquelles il voulait s’inscrire pour sa dernière année. Peut-être était-ce un désir de m’imiter encore plus. Peut-être était-ce une pure coïncidence : une jolie fille mentionnant qu’elle s’était inscrite à ce cours, un pile ou face, une décision prise sur un coup de tête. Quelle que fût la raison, il a choisi de s’inscrire à un cours de psychologie au printemps. Un cours sur la toxicomanie. Au moment où il me l’a annoncé, il était déjà trop tard pour en changer, et il ne voulait pas le faire par peur d’entacher son dossier. De plus, je ne voulais pas le forcer. Bien sûr, j’ai essayé de le convaincre de laisser tomber cette matière. Mais quand il m’a demandé de lui expliquer pourquoi j’insistais autant, je n’avais aucune réponse à lui apporter. J’ai donc laissé tomber.
Cela a été l'une des pires erreurs de ma vie.

J’ai entendu parler de ses cours pendant les premières semaines du semestre. Pendant toutes ses années universitaires, Isaac avait été plus qu’heureux de passer du temps avec sa mère et moi, et de nous raconter ses anecdotes sur l’université. Nous étions tellement fiers de lui. J’étais tellement fier. Mais en février, quelque chose a changé. Ses conversations étaient de plus en plus courtes, froides, et ont rapidement complètement cessé. Au début du mois dernier, il quittait rarement sa chambre quand il était à la maison. Quand il le faisait, toutes nos conversations étaient banales et gênantes. Un mur avait grandi entre nous, et je ne comprenais pas pourquoi.

Ma femme l’a pris comme une crise d’adolescence tardive. Je n'en étais pas convaincu. Mon garçon était parfait. Il était au-delà de ce genre de choses. Elle et moi nous sommes mis d’accord sur le fait que si ça continuait comme ça après les vacances (les premières qu’il allait passer hors de la maison), on lui en parlerait. On RECUPERERAIT notre fils, disait-elle. Et je l’avais crue. Je pensais vraiment que nous réglerions ça, peu importe le problème.
Mais Isaac n’est jamais rentré de ses vacances. Tout ce qui est revenu de ces rives ensoleillées du sud ont été des appels insensés, un rapport de police, et des enveloppes scellées. Ma femme et moi avons organisé une petite cérémonie privée pour son enterrement il y a une semaine et demie. Alors que je faisais son éloge funèbre, je ne pouvais pas m’empêcher de pleurer pour ce que nous avions perdu. Pas seulement mon fils tel qu’il était - la lumière de ma vie - mais aussi pour l’homme qu’il aurait pu être.

Après de nombreuses larmes et moments de colère, ma femme et moi avons finalement ouvert les enveloppes qui contenaient les derniers mots de notre fils. Celle qui m’était adressée était destinée à être lue uniquement par moi, mais je vais la copier ici pour que vous puissiez la lire aussi. C’est trop dur de supporter ça seul.

Papa,

Mon premier souvenir de toi est un souvenir heureux. Tu me serres fort contre toi et tu me réconfortes, pour arrêter mes pleurs et me promettre que tout ira bien. C’est de cette façon que je me souviens de toi : la seule personne vers qui je pouvais me tourner et qui pouvait tout arranger. La seule personne qui prendra ma défense, qui me protégera quoi qu’il arrive.
Je voulais être comme toi, et tu voulais que je sois encore meilleur. C’est pour ça que tu m’as encouragé, je pense. D’une certaine façon tordue, je pense que tu croyais honnêtement - peut-être même que tu le crois encore - que tout ce que tu as fait était pour mon bien.
Je sais, Papa. Je sais ce que tu as fait.

Tu te souviens à quel point tu insistais pour que je ne prenne jamais de drogues ? Je n’ai jamais remis en question cette interdiction à l’époque. Mais je comprends tout, maintenant.
La première fois que tu m’as expliqué ce que l’héroïne faisait au cerveau, j’étais confus. Parce que cette euphorie, cette putain de montée d’adrénaline, ça me semblait trop familier. Ça m’arrivait tout le temps. Chaque fois que j’ouvrais un livre. Chaque fois que je réussissais un contrôle. Chaque fois que je rangeais, ou que je tondais la pelouse, ou même quand je faisais ce que tu me demandais. J’avais cette montée d’adrénaline que ton bouquin décrivait comme une conséquence d’un opiacé.
J’ai pensé que c’était peut-être mon corps qui sécrétait naturellement toutes ces réactions, alors j’ai fait des recherches. Et documentaire après documentaire, livre après livre, je me suis rendu compte que ce n’était pas juste mon imagination. Je me suis alors dit que j’étais peut-être une sorte de monstre de la nature qui était naturellement euphorique après avoir fait de bonnes actions. Peut-être. Mais une montée d’adrénaline qui favoriserait les études et l’alimentation saine aussi fortement que l’héroïne et le sexe ? Putain, c’est assez improbable.

Je sais que tu dois être surpris de me voir jurer. Je suis aussi surpris de l’écrire, crois-moi. Ce n’est pas comme ça que tu m’as élevé. Le fait est, Papa, que j’essaie de faire abstraction de la manière dont tu m’as élevé.
J’ai fait un scanner, juste pour vérifier qu’il n’y a rien d’anormal. Et qu’est-ce qu’ils ont trouvé ? Aucune tumeur. Pas de glande pituitaire sur-développée. Rien d’inhabituel, si ce n’est le gros tas de fils branchés dans mon cerveau.
J’ai appelé Maman et je lui ai demandé si j’avais déjà eu une opération du cerveau quand j’étais enfant. J’étais terrifié, mais je voulais croire que j’avais tort. Qu’il y avait une explication. Mais non, m’a-t-elle dit. Jamais. Juste quelques points de suture de quand j’étais tombé enfant. Que Papa pourrait m’en dire plus, puisqu’il était à côté.

Le médecin voulait que j’aille au commissariat, ou que je reste pour faire plus de tests. Je leur ai dit que je devais y réfléchir. Et je l’ai fait. Mais j’y ai pensé, et j’ai réalisé quelque chose.
Je ne sais pas qui je suis.
Toute ma vie, tu étais en train d’appuyer sur un bouton et de dérégler mon cerveau pour que je pense que j’étais heureux à chaque fois que je faisais quelque chose qui TE rendait heureux. Ranger ma chambre ? Zap ! Faire la vaisselle ? Zap ! Faire mes devoirs ? Zap ! Et petit à petit, tu as fait de moi le parfait petit soldat à son père.

Est-ce que je suis comme tu voulais que je sois, Papa ? Est-ce que je suis aussi parfait que tu l'espérais quand tu as mis ce putain de truc dans mon cerveau ?! Je ne sais pas qui je suis !
Je suis ta putain de poupée ! Tu as tué la personne que j’aurais dû être ! La personne que j’aurais pu être ! Tu m’as tué, et remplacé par la personne que je suis maintenant !
Je suis
Je voudrais juste
Non. Plus jamais. Je ne sais pas si j’ai déjà décidé par moi-même de quelque chose dans toute ma putain de vie, mais je déciderai tout seul sur ça : quand et comment elle finira.
J’espère que tu pourriras en enfer.

Maintenant, vous pouvez imaginer ma douleur. J’avais tellement d’espoir pour mon fils. Je savais qu’il pourrait devenir tout ce qu’il voulait en grandissant. Mais je n’aurais jamais imaginé qu’il devienne ingrat.
Tout ce qu’il a eu, toutes ses réussites, tous les mauvais choix qu’il a évité ? C’était grâce à moi ! Parce qu’il y avait quelqu’un pour le guider, quelqu’un pour le protéger du danger et le diriger vers le meilleur chemin ! Tout ce que je voulais, c’était qu’il devienne quelqu’un de bien. Qu’il soit le meilleur qu’il pouvait être. Tout ce que je voulais, c’était l’orienter dans la bonne direction.
Et, ce que je voulais au début, c’était qu’il arrête de pleurer et de faire des crises.
Et voilà le résultat. La cause de toute ma tristesse, de la colère de ma femme. Je pense que dans la lettre qui lui était adressée, il lui a dit ce que j’avais fait. Elle l’a brûlée, alors je ne peux pas en être sûr, mais elle a essayé de m’attaquer avec des ciseaux juste après, donc il lui a forcément dit quelque chose.
Elle est en bas en ce moment même, dans la cave. C’est bizarre - pendant que j’étais en train d’écrire tout ça, je ne l’entendais plus trop, mais maintenant que j’ai fini, ses pleurs et ses cris sont presque pesants. Elle me tient pour responsable de ce qui est arrivé à notre fils, pour ce qu’il s’est fait à lui-même. Mais elle finira par comprendre mon point de vue avec le temps.

Quand elle se réveillera de son opération, elle apprendra à me pardonner.

Traduction de Piaandy
Source

lundi 17 juin 2019

Cigarettes

Est-ce que quelqu'un veut essayer ça ?

Allez dans des toilettes très fréquentées. Ce doivent être des toilettes où beaucoup de gens sont allés, où il n'y aura pas assez d'énergie latente résiduelle pour y arriver. Assurez-vous que minuit est passé, et n’oubliez pas d'apporter deux cigarettes. Plus les cigarettes sont fortes, meilleures sont vos chances de succès. Asseyez-vous dans l'obscurité et fumez une des cigarettes. Assurez-vous qu'il y a un miroir et que vous pouvez toujours voir votre reflet. La fraise de la cigarette allumée devrait vous donner assez de lumière pour cela. Lorsque vous aurez fumé environ les trois quarts de votre cigarette, la pièce devrait être pleine de fumée. Vos yeux seront probablement larmoyants, mais ne clignez pas des paupières. Ne les détournez pas de votre reflet dans le miroir, pour rien au monde. Si vous clignez des yeux, tout ce que vous aurez fait jusqu'à présent sera vain.

Vous réaliserez que votre reflet s'estompe dans les ténèbres. Cependant, la fraise de la cigarette se séparera en deux yeux rouges. La fumée dans la pièce commencera à se condenser et avant que vous ne sachiez ce qui se passe, une silhouette sera assise à côté de vous. Elle vous demandera une cigarette, donnez-la lui et elle s'allumera d'elle-même dès qu'elle l'aura amené là où sa bouche devrait être. Vous pourrez lui demander ce que vous voulez et elle vous dira toujours la vérité. Vous pourrez lui demander qui a tué JFK ou qui était Jack l'Éventreur… Tout ce qui vous vient à l'esprit. Assurez-vous de garder un œil sur la quantité restante de la cigarette que vous fumez. Lorsqu'elle sera sur le point de s’éteindre, la fumée de cigarette commencera à définir plus de caractéristiques de la silhouette, ce qui la rendra plus matérielle qu'éthérée.

 À ce moment, levez-vous et arrachez-lui les yeux d'un mouvement. La silhouette devrait être surtout faite de fumée, donc vos mains passeront à travers sa tête. Si vous la laissez finir sa cigarette, elle vous attaquera, vous tuant sûrement. Elle criera et vous insultera, et la main avec laquelle vous lui avez arraché les yeux vous brûlera intensément. N'ouvrez pas votre main ! Même si les yeux sont presque partis, ils peuvent toujours voir. Courez vers l'interrupteur et allumez-le. Ceci va estomper la forme physique de la silhouette et la faire retourner à sa forme éthérée. Quittez la pièce et attendez trois heures du matin pour ouvrir votre main. L’ardeur est probablement insupportable, mais si vous l'ouvrez, toutes les lumières, où que vous soyez, s’éteindront, permettant à l'ombre de revenir et de se venger. Vous pourrez avoir des marques sur la paume de votre main lorsque vous l'ouvrez, même si les plaies seront déjà cautérisées.

Après ça, vous ne pourrez plus jamais être dans une pièce sombre avec un miroir car la silhouette pourra vous suivre grâce aux marques sur votre main. Il se peut que vous ayez plus froid que d'habitude, peu importe à quel point il fait chaud. Vous ferez de nombreux cauchemars, mais en eux, vous aurez la capacité d’avoir une sorte de sixième sens. Vous pourrez voir des événements à venir, peut-être même des choses horribles. Des choses que vous seul saurez et ne pourrez jamais arrêter.

Je suppose que c'est un petit prix à payer pour un savoir absolu...


Traduction de AngeNoire_MissTriskell

lundi 10 juin 2019

Le testament d'Omaha

Cette anecdote s'est déroulée dans un petit village de Normandie. Comme le village en question est relativement proche des plages du débarquement, j'appelerai, pour le reste de mon témoignage, ce village Omaha. Je ne révélerai pas d'information personnelle dans les paragraphes qui suivront ; non pas que j'encours quelconque risque à dévoiler ces informations, mais dans le doute, je préfère conserver l'anonymat des personnes dont je parle.

Dans le village d'Omaha, dans le Calvados, il y avait un vieux monsieur qui était connu pour sa réussite. Il avait eu une jeunesse difficile : il était né dans une famille pauvre, la Seconde Guerre mondiale avait marqué son enfance, et sa famille était régulièrement frappée par des malheurs. Quand il eut atteint l'âge de seize ans, cet homme se saisit de toutes les opportunités qui se présentèrent à lui, et travailla durement, année après année, pour nourrir sa famille. Ses efforts finirent par payer : bien plus tard, ses enfants bénéficièrent d'une très bonne situation et ne manquèrent de rien.

Son histoire est évidemment plus compliquée que ça, mais pas besoin de la raconter dans les moindres détails. Disons simplement que, quand on entend le nom de cette homme, la première pensée qui nous vient à l'esprit est celle d'une personne courageuse, avec beaucoup de mérite, qui a tout construit de ses mains et inspire un profond respect. 

Cette belle histoire allait néanmoins connaître un dénouement...étrange. Aujourd'hui encore, les amis de ce monsieur n'évoquent que rarement cette anecdote, de peur qu'elle ternisse son image en le dépeignant comme une personne folle. 

Après la mort de cet homme, ses enfants devaient se répartir son héritage, selon les termes stipulés dans son testament (écrit quelques mois avant son décès). Le contenu de ce testament n'a pas été rendu public, mais des individus indiscrets ont fait fuiter suffisamment d'informations pour se faire une idée de ce qui y était écrit. Certains détails pourraient avoir été déformés par un effet de "téléphone arabe".

Dans un premier temps, le monsieur écrivait qu'il avait honte d'avoir rendu sa réussite "visible". Lui qui avait grandi dans l'humilité, il avait la sensation d'être devenu involontairement hautain, en osant porter quotidiennement des vêtements élégants, en osant rouler dans de belles voitures, et en ne cachant pas son goût pour les restaurants chics. Il s'excusait auprès de Dieu pour son manque de modestie. 

Ensuite, il aurait écrit ne vouloir léguer qu'une toute petite partie de sa richesse à ses enfants, et aurait demandé qu'on dilapide le reste, sinon la totalité du magot. Cette demande surprenante, le défunt l'explique en disant que, contrairement à ce qu'il a laissé penser pendant des années, il n'a aucun mérite. Tout cet argent ne serait "pas de l'argent sale" selon ses dires, "mais de l'argent maudit".

Dans les paragraphes qui suivent, les explications deviennent abracadabrantes. 

Alors qu'il avait onze ans, et que deux de ses frères étaient déjà morts à la naissance, il aurait contracté la tuberculose, dont il aurait dû mourir. Son père, très pieux, s'apitoyait sur le sort de sa famille, en se demandant pourquoi Dieu avait choisi de les punir de la sorte, tandis que sa mère, rendue folle de ne pas avoir trouvé de réconfort en Jésus, se serait tournée...vers Satan. L'homme rapporte que, à cette période, sa mère n'adressait ses prières qu'à Satan, et qu'elle avait scellé un pacte avec le Diable pour que son fils survive à la maladie. Cela aurait débouché sur une guérison miraculeuse.

Réalisant que le Malin était d'une bien meilleure aide que le Christ, les parents de l'homme auraient sollicité le Diable à plusieurs reprises, notamment pendant l'Occupation. L'idée de faire un pacte avec le Diable n'aurait pas été totalement secrète, puisque très vite, les parents auraient persuadé d'autres familles d'Omaha de quérir l'aide de Satan pour leurs problèmes. Au fond d'eux, ils avaient l'impression de libérer les gens de "l'imposture de la chrétienté". 

Mais un pacte implique une relation donnant-donnant, et tous ne respectent pas leur part du contrat. L'homme aurait écrit que ses parents donnaient "quelque chose en retour" (bien qu'il ne précise pas la chose en question), tandis que les autres habitants d'Omaha qui avaient scellé un pacte avec le Diable étaient beaucoup plus égoïstes. Alors, Satan se serait vengé en déclenchant un grand incendie, qui aurait coûté la vie à toutes les personnes n'ayant pas respecté l'accord.

Ce grand incendie est réel. Je n'étais pas né, mais je sais qu'il a eu lieu. Tous les vieillards du village s'en souviennent très bien, c'est un événement qui est transmis de bouche à oreille depuis des décennies. Une vingtaine de personnes sont mortes dans les flammes, et d'après le testament, les victimes de l'incendie sont bien des individus n'ayant pas respecté leur contrat.

Tenté par ce qu'un pacte avec le Diable peut apporter, l'homme, qui avait longuement regardé ses parents faire, aurait à son tour prié Satan, quelques années plus tard, pour lui demander une vie pleine de réussite et une chance perpétuelle dans les affaires. Et Satan se serait exécuté, en donnant à l'homme de nombreuses opportunités dont il était toujours le premier à profiter. En échange, l'homme brûlait une partie de ses richesses, comme pour les offrir au Diable par le biais du feu. 

Ce serait très vite devenu une habitude : à chaque fois qu'il achetait de la nourriture, des vêtements, des jouets, il en prenait un tout petit peu plus, et il allait brûler ce surplus quelque part, dans la rase campagne, tout près d'Omaha. C'était sa façon de remercier son "partenaire" et de remplir sa part du contrat. 

D'après ce que l'homme aurait écrit, il pensait parfois que tout ceci n'était qu'une coïncidence, et que sa réussite n'était en rien imputable à Satan. Il aurait essayé à plusieurs reprises de briser le pacte en n'offrant rien en retour ; mais des malheurs inattendus lui tombaient dessus, le faisant comprendre qu'il devait respecter le pacte coûte que coûte. 

Mais l'homme aurait progressivement réalisé que, ce faisant, il en devenait prisonnier. Tandis que ses richesses s'accumulaient et qu'il devenait, au fil des années, un père de famille comblé avec une situation confortable, il sentait qu'elle était précaire. Ce que l'homme allait brûler dans la rase campagne, ce n'était pas ce que désirait Satan. Le Malin voulait probablement l'âme de ce monsieur, et ses offrandes matérielles n'était qu'un acompte, qui ne le satisfaisaient que temporairement. C'est du moins ce que l'homme comprit, car, d'après le contenu supposé de son testament, le Diable ne s'est jamais manifesté physiquement devant lui.

Espérant que Satan le lâcherait si les cadeaux avaient une valeur "humaine", l'homme commença à repousser les limites du raisonnable : il aurait forcé sa femme à avorter, pour sacrifier l'âme du fœtus. Il aurait provoqué un accident de voiture, qu'il aurait réussi à faire passer pour un acte involontaire, en tentant en vain de causer des morts dont Satan pourrait prendre l'âme. Rien n'y fit. Quand il ne donnait pas une grosse part du gâteau à la Bête, des malheurs lui tombaient dessus, signe que Satan en voulait, encore et toujours, à son âme. 

La détresse de l'homme atteignait alors son paroxysme : il pensait que s'il ne trouvait pas un moyen de rassasier Satan, son âme serait emportée en Enfer. Cette obsession l'avait poussé à commettre des méfaits de plus en plus impardonnables...

L'homme aurait finalement avoué, dans son testament, être à l'origine du meurtre d'une joggeuse, dans la région, dans les années 80. Il espérait, en tuant cette femme qu'il ne connaissait même pas et qu'il avait quasiment choisie au hasard, que Satan serait satisfait et qu'il le laisserait tranquille. Cette affaire de meurtre est réelle, mais jusqu'à présent, elle restait non élucidée, et on aurait été très, très loin de s'imaginer que cet homme-là puisse être l'auteur d'un crime aussi sordide. A partir de ce moment, personne ne sait si ce passage du testament devait être pris au sérieux, ou si l'homme avait perdu la boule.

Réalisant à quel point il était devenu un monstre, le monsieur aurait alors fait machine arrière, et serait devenu un fervent chrétien, cherchant à tout prix à se libérer de l'emprise du Diable et à obtenir sa rédemption. Dans son testament parsemé d'excuses envers Dieu, il répète constamment qu'il regrette d'avoir bâti toute sa vie en commerçant avec Satan, et dit vouloir se racheter à tout prix, pour tout le mal qu'il a fait. Il aurait ordonné à ses descendants de détruire tous ses biens, ce qui ne fut pas fait, lesdits descendants ne prenant pas le testament de leur père au sérieux.

Évidemment, on est en droit de remettre en question la véracité des anecdotes rapportées par le défunt, car personne n'avait entendu pareille histoire avant la lecture du testament. Les faits vérifiables auquel le monsieur fait référence ont bien eu lieu, mais toute cette histoire autour de Satan paraît absurde, si bien qu'il n'est pas impossible que ce monsieur ait développé une forme de schizophrénie dans les dernières années de sa vie.

Et pourtant, trois éléments font penser qu'il y a une part de réel dans toute cette histoire.

Premièrement, on a trouvé, dans une plaine près d'Omaha, une petite zone où l'herbe ne pousse plus. On jurerait que le gazon a été brûlé, mais le plus troublant, c'est la présence de résidus de billets partiellement brûlés à cet endroit précis. On peut penser que c'est là que l'homme sacrifiait une partie de ses biens à Satan.

Deuxièmement, tous ceux qui fréquentaient l'homme s'accordent à dire qu'il avait l'air parfaitement lucide jusqu'à la fin de sa vie. On en viendrait même à penser que cette histoire de testament n'est qu'une blague de mauvais goût, de la part d'un homme à l'esprit décidément unique.

Enfin, un dernier détail, et pas des moindres : il y a quelques années, un long moment après la mort de cet homme, lors d'une réunion de famille entre ses descendants, un incendie s'est déclaré dans la salle des fêtes où avait lieu le repas. L'incendie a fait quatre morts. Les quatre enfants du monsieur. Les mêmes qui avaient refusé de se débarrasser des biens de leur père. Un peu comme si le Diable était venu réclamer ses dettes.

Il n'y a pas de morale à cette histoire et je ne sais pas quoi en penser. Juste que ce petit testament, écrit par un homme quelque part dans un petit village normand, est peut-être une preuve qu'il ne faut pas trop badiner avec le Diable.

lundi 3 juin 2019

Mon voisin est debout sur sa pelouse depuis des heures.

Il est encore là, à regarder la fenêtre de ma chambre. Je ne comprends pas ce qu'il fait.
Il s'appelle Thomas.
Thomas n'est pas un gars bien, c'est un bâtard qui aurait dû mourir il y a des années. Mais il n'avait jamais agi comme ça avant. Mon dieu, mais qu'est-ce qu'il fout ? Il regarde juste, sans dire un mot.
Et sa femme, elle est où ?
Minute, je la vois. Elle descend, avec sa canne. J'espère qu'elle va lui mettre un bon coup.
Elle ne l'a pas fait.
Elle est sur ma pelouse, maintenant. À regarder. À regarder ma maison.
Ils ne se parlent pas. Ils n'ont pas l'air en colère. Je ne suis même pas sûr qu'ils se soient vus. 
Quelques minutes plus tard, leur fille Anna est venue regarder aussi.
Anna est aveugle.
Je les regarde depuis la fenêtre de mon salon. Le petit Tommy, le garçon qui livre le journal le soir, était sur son vélo en bas de la rue. Il a jeté un oeil à la maison, et s'est arrêté. Il est debout dans la rue, maintenant.
Tous mes voisins commencent à sortir de chez eux. Les enfants, les vieux. Les voitures s'arrêtent en plein milieu de la route et les passagers plaquent leur visage contre la vitre pour avoir une vue sur ma maison.
La vieille Agie, qui ne peut même pas marcher, a ouvert la fenêtre de sa chambre, et je peux voir sa silhouette, les mains sur la vitre.
Il commence à faire nuit. Ils sont toujours debouts, silencieux. À regarder ma maison. À regarder la fenêtre de ma chambre.
J'entends des bruits venir d'en haut. Quelque chose bouge. Respire. Des centaines de gens qui respirent.
J'ai les yeux fixés sur mon plafond depuis si longtemps maintenant.
Ça m'a pris des heures pour écrire tout ça, je peux pas quitter le plafond des yeux. Même pour une seconde.
Les gens ont commencé à bouger, ils marchent vers la maison.
Je vais voir en haut. Il faut que je sache ce qui s'y trouve.


Traduction : Alexray

vendredi 24 mai 2019

Comme du sable sur une feuille de papier


J'ai eu soixante ans l'année dernière. La fête était sublime, une bonne partie de la famille était là. Mes enfants, mes petits-enfants. Cela fait du bien parfois, de sentir que ça vit autour de soi, d’entendre du bruit. J'ai toujours été passionné par le son, la musique en particulier. Mais aujourd'hui, j'aurais aimé être né sourd. Car il y a un bruit qui ne me quitte plus. Qui me hante.

Je dois d'abord revenir quelques années en arrière. Quand j'étais enfant, dans les années 60, je vivais chez mes grands-parents maternels. Ce sont eux qui m'ont élevé car mon père est mort quelques temps avant ma naissance, et ma mère est décédée en couche. Ma grand-mère, que j'appelais " maman " quand mon grand-père n'était pas là, était une femme forte, au caractère bien trempé, pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Je me rappelle l'avoir vue, un jour, lancer une casserole sur un passant un peu trop bruyant. Mais quand nous étions ensemble, elle était très tendre. Elle me faisait écouter des disques de jazz, de musique classique... C'est elle qui m'a fait découvrir la musique latine. J'aimais beaucoup son nom, Narayaq. Ce nom m'évoquait l'aventure. Allez savoir pourquoi.
Narayaq était d'origine péruvienne. Elle était parvenue à glisser un 33 tours de Machito le cubain dans la collection de vinyles de mon grand-père.

Presque tous les jours après l'école, lorsque mon grand-père partait jouer à la pétanque, je restais avec elle et nous finissions inévitablement par danser sur ce vieux 33 tours. Petit à petit, ma grand-mère remarqua que je ne mimais plus la guitare, mais les maracas. Et en effet, j'étais obnubilé par ce son. Je le trouvais doux, il glissait, comme du sable qu'on aurait lâché sur une feuille de papier. Et le rythme m'emportait loin. Ça pourrait paraître ridicule aux yeux d'un enfant d'aujourd'hui, mais n'ayant pas la télé, c'était le seul " contact avec le monde " auquel j'avais accès. Je rêvais de partir en Amérique du sud. Tous les soirs, j'obligeais presque ma grand-mère à me parler de son enfance au Pérou. Et je m'endormais, m'imaginant là-bas, en train de jouer des maracas. Maintenant, je sais que les maracas ne sont pas vraiment des instruments typiques du Pérou, mais à l'époque, je faisais naturellement l'association entre les deux.

Un soir, pendant les vacances d'été de 1967, j'ai fait une découverte. Il était presque l'heure de souper mais mon grand-père n'était toujours pas rentré de la pétanque. Ma grand-mère, maman, était donc sortie pour aller le chercher, non sans râler et promettre de lui donner un bon coup de canne. Je suis ainsi resté seul à la maison, chose qui m'était très rarement arrivée. Je suis resté assis devant le tourne-disque, à écouter Machito agiter ses maracas dans un rythme effréné. Quand la musique a laissé place au grésillement de l'aiguille frottant le vinyle, la nuit était tombée. Mes grands-parents n'étaient toujours pas rentrés et le souper refroidissait doucement sur la table. Mon grand-père m'aurait sans doute frappé si j'avais commencé à manger sans lui. C'était un homme discret, froid même. Il n'avait jamais eu un geste tendre à mon égard. Maintenant, je pense qu'il m'en voulait d'avoir en quelque sorte "coûté la vie " à ma mère lors de ma naissance. La moindre bêtise était synonyme de coups. Laissant le repas de côté, j'ai décidé de partir en expédition. J'ai pris la vieille lampe qui traînait dans le tiroir et j'ai entrepris de gravir les marches menant au grenier.

Le faisceau de lumière braqué sur la vieille porte poussiéreuse du grenier, j'avançais tout doucement. Je savais que l’on m’avait formellement interdit de monter là-haut, mais ce qu'il y avait dans cette pièce m'intriguait. Ou plutôt le fait de ne pas savoir ce qu'il y avait J'ai ouvert doucement la porte, essayant de faire le moins de bruit possible, bien que personne ne fût là pour m'entendre. Mon excitation est retombée presque aussitôt. La pièce était vide, mis à part un vieux carton affaissé dans un coin. N'étant pas monté ici pour rien, j'ai décidé d'aller fouiller ce dernier, lequel était rongé par les souris, qui se cachaient et m'observaient sûrement. A l'intérieur, il n'y avait pas grand-chose. En réalité, même s’il y avait eu des centaines de pièces d'or, je ne m'en serais pas souvenu. J'étais fasciné par l'éclat rouge vif qui scintillait dans le faisceau de lumière de ma lampe. Mon cœur battait à toute allure, j'avais l'impression que cet éclat de couleur m'hypnotisait. J'ai écarté du dos de la main le reste du contenu du carton, quoi que c’était. Et mon cœur a failli s'arrêter. C'était une paire de maracas.

Vous n'imaginez peut-être pas ou ne vous rendez pas compte de ce que ça représentait pour moi. C'était comme si un fan de David Bowie, un fan à s'en damner, trouvait le chanteur en tenue de concert, prêt à chanter tout son répertoire dans sa salle de bain en rentrant chez lui. Je ne les ai pas touchées tout de suite. Je les ai observées de longues minutes. Je me posais toutes sortes de questions, qui se sont évaporées à l'instant où j'ai posé la main dessus. Ce n'est pas facile à décrire, et c'est sans doute un souvenir déformé par le temps mais j'ai senti une sorte... d'électricité, comme si vous touchiez votre écran de télé peu de temps après l'avoir éteint. Je les ai approchées de mes oreilles et je les ai à peine faites tinter. Le son a résonné dans ma tête, s'insinuant dans le moindre recoin de mon cerveau. Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais je savais en jouer. Je savais exactement quels gestes faire, à quel rythme. Je m'imaginais déjà en train de faire le tour du monde avec mon groupe de musique latine.
J'avais l’impression d’être ailleurs, si bien que je n'ai pas entendu le son de la porte d'entrée qui s'ouvrait.

A cet instant, j’ai entendu la voix rauque de mon grand-père qui m'appelait, et ses pas qui montaient l'escalier. Le son de sa voix m'a fait sursauter, si bien que les magnifiques maracas m'ont échappé des mains. Elles sont tombées lourdement sur le sol, faisant tinter leur contenu. Ce son, mon Dieu. Il roulait dans l'air, semblait venir de partout. Au moment où les maracas sont tombées au sol, les pas de mon grand-père se sont faits plus lourds. Il a lâché un cri inarticulé, et le bruit de ses pas dans l'escalier s'est aussitôt tu. Il a alors crié un mot qui ressemblait à mon prénom, et j'ai tout de suite ramassé les maracas pour les cacher sous mon t-shirt, comme on aurait dissimulé l'arme d'un crime. Je me suis précipité dans l'escalier, prêt à prendre la raclée de ma vie. Mais au lieu de ça, j'ai vu mon grand-père affalé au milieu des marches. Et j'ai entendu le cri de désespoir de ma grand-mère. Maman.

Mon grand père est mort avant l'arrivée des secours, d'une crise cardiaque, bien qu'il n'ait jamais eu de problèmes avant cet événement. L'ambiance a changé après sa mort. Plus de musique dans la maison. Grand-mère avait jeté tous les vinyles en même temps que le tourne-disque. Quand elle a découvert les maracas dans ma chambre en venant me réveiller un matin, elle les a prises calmement, malgré son air très énervé. Je ne les ai plus revues jusqu'au jour où, pour mes quinze ans, je suis parti en internat. Je savais que j'allais passer plus de temps là-bas que chez moi, il était donc hors de question que je les laisse derrière moi.

Et grand bien m'en a fait car ils ont été pendant toute ma scolarité et bien après encore, mes porte-bonheurs. Bien sûr, les autres élèves qui pratiquaient la guitare avaient bien plus la côte que moi, mais je m'en fichais. Chaque fois que je faisais tinter ces maracas, c'était comme si j'étais dans un autre monde. Et grâce à la musique, j'ai pu obtenir certains avantages. J'ai monté un groupe avec mes copains de chambre, Los Perros Rojos, les chiens rouges. Je ne sais pas d'où nous est venu ce nom. Mais grâce à notre groupe, nous pouvions ne pas être présents à certains cours pour répéter, avant de se produire au spectacle de fin d'année. Et à chaque fois, je partais dans mon monde et secouais mes maracas comme un diable.

On a, plusieurs fois, essayé de me les voler ou de les casser. On pouvait facilement voir que j'y tenais, à ces maracas, cela se savait. Il y avait pas mal de petits cons, excusez-moi l'expression, qui n'avaient pas le talent nécessaire pour jouer d'un instrument, qui préféraient alors embêter ceux qui en avaient. Mais là aussi, j'ai eu de la chance. La fois où Michel, le grand escogriffe de terminale, était rentré en douce dans ma chambre pour me voler mes maracas, l'armoire lui était tombée dessus, lui fracturant l'épaule gauche. Celui qui m'avait jeté une pierre en pleine tête alors que nous répétions avec les chiens rouges, avait failli se tuer en glissant dans les douches. Mais moi, je continuais comme si de rien était. Ces maracas et mon groupe étaient ma raison de me lever le matin.

Bien plus tard, vers la trentaine, toujours avec Los Perros Rojos, nous faisions la tournée des bars de musique latine. Contre une soirée de boissons gratuites, nous jouions jusqu’à la fermeture. Il faut l'avouer, c'était souvent des bars mal famés, où l'ambiance tournait quelquefois au vinaigre quand un gaillard éméché sortait une lame et la collait sous le menton d'une autre personne tout aussi imbibée. Cependant, je m'en suis toujours sorti indemne… ou presque. Un soir, alors que nous rangions notre matériel (je rangeais mes maracas dans un sac en velours rouge), un énorme type nous a ordonné de continuer à jouer. Nous lui avions alors répondu que le bar fermait et que nous allions rentrer chez nous. Il m'a fracassé une chaise sur le dos et m'a frappé au sol avant que mes amis le maîtrisent. Quand, trois jours plus tard, je suis allé à la gendarmerie pour confronter ce fou furieux, les gendarmes m'ont fait part de son absence. Il ne viendrait pas, il était mort quelques heures après notre rencontre, renversé par un bus de nuit à quelques rues du bar.

Vers mes quarante ans, j'ai arrêté les concerts et j'ai laissé Los Perros Rojos continuer leur route. Nous nous sommes réunis une ou deux fois depuis, mais j'avais décidé de me concentrer sur ma famille. J'avais deux enfants, Miguel et Gabriel. Gabriel est mort à 22 ans, après une très grave dispute à propos d'un mariage. La dernière fois que je l'ai vu, le soir de la dispute, la discussion avait été houleuse et il m'avait giflé. Je suis resté abasourdi. Il a passé la porte, l'a claquée et je ne l'ai jamais revu. Sa voiture est sortie de la route sur le trajet qui menait à chez lui. Je regrette chaque mot que j'ai pu lui dire ce soir-là.

Tout ceci nous mène à l'anniversaire de mes soixante ans. Il y avait du monde, une bonne partie de la famille, ceux qui comptaient le plus pour moi. Mon fils Miguel m'avait fait la surprise d'inviter Jean-Jacques et Bruno, les deux autres chiens rouges. Los Perros Rojos étaient réunis pour un dernier baroud d'honneur. Jean Jacques avait sorti sa guitare, Bruno son clavier. Il ne manquait plus que mes maracas. Miguel avait tout prévu : mon petit-fils, Sebastian, est apparu au balcon qui surplombait la cour, avec mon sac rouge en velours. Cela faisait une éternité que je n'avais plus vu mes maracas, et quand mon petit-fils les a sorties de leur sac, j'ai éprouvé une sensation étrange. Je n'étais pas heureux. J'étais... jaloux.

C'est très bizarre à décrire, mais j'étais en colère. De quel droit Miguel avait-il donné l'autorisation au petit de toucher mes porte-bonheurs ? Et de quel droit mon petit-fils les touchait-il de ses mains sales ? Il les avait sorties du sac sans même faire attention, les laissant s'entrechoquer. Il les tenait maintenant par la corde et les faisait tournoyer pendant que tout le monde rigolait. Ne riez pas, ce mioche jouait avec les instruments qui ont fait ma vie, dans lequel sont renfermés tous mes souvenirs. C'est exactement ce qui tournait dans ma tête à ce moment-là. De la haine. Et c'est là que ça s'est produit. Et que j'ai compris.

Le petit Sebastian, tout souriant devant sa famille qui l'applaudissait, s'est soulevé. Je ne saurais le dire autrement, il s'est soulevé. Comme si une paire de bras invisibles l'avait attrapé, ne lui laissant aucune chance de s'échapper. Presque aussitôt, il a basculé par-dessus la rambarde du balcon. Tout le monde a crié, sauf moi. Je crois être le seul à avoir vraiment vu le petit se soulever. Il n'est pas simplement tombé, il a été poussé. Lorsque son petit corps s'est écrasé sur la pierre, les maracas ont émis un bruit que je n'avais jamais entendu au cours de toutes les années durant lesquelles j'en avais joué. Un son strident que j'ai eu l'impression d'être le seul à entendre. Je paraîtrais sûrement fou si je vous disais que c'était comme une plainte. Et ce bruit, quand ils se sont explosés par terre, ressemblait à celui d’un crâne qui se brise. C'était peut-être le bruit du crâne de Sebastian qui touchait la pierre, mais je reste convaincu que ce n'était pas ça. Et aussi horrible que cela paraisse, lorsque je me suis précipité, comme tout le monde, sur le petit Sebastian, je suis d'abord allé au chevet de mes maracas.

Ils étaient, comme mon petit-fils, brisés sur la pierre noire de la terrasse. Et pendant que tous essayaient de ramener Sebastian à la vie, j'ai éprouvé une haine si terrible à l'encontre de Miguel et de son morveux que j'ai failli me faire saigner la paume des mains avec mes ongles. Qu'ils essaient de le ramener à la vie, à faire du bouche à bouche sur un crâne fendu, ça ne servait à rien. Cette phrase atroce, qui ne me ressemblait pas, c'était pourtant la première qui m'est passé par l'esprit. J'ai doucement ramassé les éclats rouges et verts qui jonchaient le sol, sous le regard médusé de ma famille. Mais ils ne me regardaient pas moi. Ils regardaient à mes pieds. J'ai réalisé que, maintenant que les éclats de mes maracas étaient tous dans mes mains, il ne restait plus au sol que leur contenu. Et c'était cela qui drainait l'attention de tout le monde.

Des dents. Des dents et des os. J'ai pensé que c'était peut-être les dents de Sebastian, mon petit Sebastian. Mais elles étaient trop grandes, trop usées, trop anciennes pour être les siennes. Les os paraissaient aussi vieux que les dents. C'était sûrement les os d'une main. J'ai été pris de nausée, et j'ai vomi mon repas. Ce bruit, lorsque les maracas ont touché le sol, ce son semblable à un millier de cris. Je l'entendais encore, mes oreilles sifflaient. Je me suis évanoui.

Lorsque je me suis réveillé dans mon lit une heure plus tard, j'étais seul avec ma femme, Laura. Elle me regardait avec des yeux froids. Ça n'a plus jamais été pareil entre elle et moi après ça. En fait, toute ma famille a pris ses distances. Quand j'ai voulu prendre des nouvelles de Sebastian, mon fils Miguel m'a dit qu'il était décédé. Point. Il ne m'a plus parlé depuis. Depuis un an, je vis dans une maison vide de musique, vide de sons. J'ai jeté tous mes vieux disques, ma chaîne hi-fi également. Je ne vais plus sur le balcon, tout comme je ne mange plus sur la terrasse. Je vis quasiment seul puisque ma femme Laura s'occupe de notre fils Miguel, à qui on a diagnostiqué un cancer foudroyant un mois après la mort de son fils. Il vit ses derniers jours, mais il refuse de me voir.

Le soir, alors que je suis seul dans ma grande maison, je me cache sous ma couverture, comme un enfant. Ce son ne me quitte pas. Le vent souffle dehors, mais j'entends un sifflement familier. J'entends comme du sable qu'on aurait lâché sur une feuille de papier. J'entends des cris lointains. J'entends un craquement. J'imagine les bras invisibles qui me soulèvent. J'allume la lumière comme un enfant qui se réveille d'un cauchemar, mais il n'y a rien. Malgré la lumière allumée, j'ai cette impression désagréable que le cauchemar n'est pas terminé. Et que, dès que j'éteindrai la lumière, le bruit reviendra. Comme du sable qu'on aurait lâché sur une feuille de papier.