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lundi 10 juin 2019

Le testament d'Omaha

Cette anecdote s'est déroulée dans un petit village de Normandie. Comme le village en question est relativement proche des plages du débarquement, j'appelerai, pour le reste de mon témoignage, ce village Omaha. Je ne révélerai pas d'information personnelle dans les paragraphes qui suivront ; non pas que j'encours quelconque risque à dévoiler ces informations, mais dans le doute, je préfère conserver l'anonymat des personnes dont je parle.

Dans le village d'Omaha, dans le Calvados, il y avait un vieux monsieur qui était connu pour sa réussite. Il avait eu une jeunesse difficile : il était né dans une famille pauvre, la Seconde Guerre mondiale avait marqué son enfance, et sa famille était régulièrement frappée par des malheurs. Quand il eut atteint l'âge de seize ans, cet homme se saisit de toutes les opportunités qui se présentèrent à lui, et travailla durement, année après année, pour nourrir sa famille. Ses efforts finirent par payer : bien plus tard, ses enfants bénéficièrent d'une très bonne situation et ne manquèrent de rien.

Son histoire est évidemment plus compliquée que ça, mais pas besoin de la raconter dans les moindres détails. Disons simplement que, quand on entend le nom de cette homme, la première pensée qui nous vient à l'esprit est celle d'une personne courageuse, avec beaucoup de mérite, qui a tout construit de ses mains et inspire un profond respect. 

Cette belle histoire allait néanmoins connaître un dénouement...étrange. Aujourd'hui encore, les amis de ce monsieur n'évoquent que rarement cette anecdote, de peur qu'elle ternisse son image en le dépeignant comme une personne folle. 

Après la mort de cet homme, ses enfants devaient se répartir son héritage, selon les termes stipulés dans son testament (écrit quelques mois avant son décès). Le contenu de ce testament n'a pas été rendu public, mais des individus indiscrets ont fait fuiter suffisamment d'informations pour se faire une idée de ce qui y était écrit. Certains détails pourraient avoir été déformés par un effet de "téléphone arabe".

Dans un premier temps, le monsieur écrivait qu'il avait honte d'avoir rendu sa réussite "visible". Lui qui avait grandi dans l'humilité, il avait la sensation d'être devenu involontairement hautain, en osant porter quotidiennement des vêtements élégants, en osant rouler dans de belles voitures, et en ne cachant pas son goût pour les restaurants chics. Il s'excusait auprès de Dieu pour son manque de modestie. 

Ensuite, il aurait écrit ne vouloir léguer qu'une toute petite partie de sa richesse à ses enfants, et aurait demandé qu'on dilapide le reste, sinon la totalité du magot. Cette demande surprenante, le défunt l'explique en disant que, contrairement à ce qu'il a laissé penser pendant des années, il n'a aucun mérite. Tout cet argent ne serait "pas de l'argent sale" selon ses dires, "mais de l'argent maudit".

Dans les paragraphes qui suivent, les explications deviennent abracadabrantes. 

Alors qu'il avait onze ans, et que deux de ses frères étaient déjà morts à la naissance, il aurait contracté la tuberculose, dont il aurait dû mourir. Son père, très pieux, s'apitoyait sur le sort de sa famille, en se demandant pourquoi Dieu avait choisi de les punir de la sorte, tandis que sa mère, rendue folle de ne pas avoir trouvé de réconfort en Jésus, se serait tournée...vers Satan. L'homme rapporte que, à cette période, sa mère n'adressait ses prières qu'à Satan, et qu'elle avait scellé un pacte avec le Diable pour que son fils survive à la maladie. Cela aurait débouché sur une guérison miraculeuse.

Réalisant que le Malin était d'une bien meilleure aide que le Christ, les parents de l'homme auraient sollicité le Diable à plusieurs reprises, notamment pendant l'Occupation. L'idée de faire un pacte avec le Diable n'aurait pas été totalement secrète, puisque très vite, les parents auraient persuadé d'autres familles d'Omaha de quérir l'aide de Satan pour leurs problèmes. Au fond d'eux, ils avaient l'impression de libérer les gens de "l'imposture de la chrétienté". 

Mais un pacte implique une relation donnant-donnant, et tous ne respectent pas leur part du contrat. L'homme aurait écrit que ses parents donnaient "quelque chose en retour" (bien qu'il ne précise pas la chose en question), tandis que les autres habitants d'Omaha qui avaient scellé un pacte avec le Diable étaient beaucoup plus égoïstes. Alors, Satan se serait vengé en déclenchant un grand incendie, qui aurait coûté la vie à toutes les personnes n'ayant pas respecté l'accord.

Ce grand incendie est réel. Je n'étais pas né, mais je sais qu'il a eu lieu. Tous les vieillards du village s'en souviennent très bien, c'est un événement qui est transmis de bouche à oreille depuis des décennies. Une vingtaine de personnes sont mortes dans les flammes, et d'après le testament, les victimes de l'incendie sont bien des individus n'ayant pas respecté leur contrat.

Tenté par ce qu'un pacte avec le Diable peut apporter, l'homme, qui avait longuement regardé ses parents faire, aurait à son tour prié Satan, quelques années plus tard, pour lui demander une vie pleine de réussite et une chance perpétuelle dans les affaires. Et Satan se serait exécuté, en donnant à l'homme de nombreuses opportunités dont il était toujours le premier à profiter. En échange, l'homme brûlait une partie de ses richesses, comme pour les offrir au Diable par le biais du feu. 

Ce serait très vite devenu une habitude : à chaque fois qu'il achetait de la nourriture, des vêtements, des jouets, il en prenait un tout petit peu plus, et il allait brûler ce surplus quelque part, dans la rase campagne, tout près d'Omaha. C'était sa façon de remercier son "partenaire" et de remplir sa part du contrat. 

D'après ce que l'homme aurait écrit, il pensait parfois que tout ceci n'était qu'une coïncidence, et que sa réussite n'était en rien imputable à Satan. Il aurait essayé à plusieurs reprises de briser le pacte en n'offrant rien en retour ; mais des malheurs inattendus lui tombaient dessus, le faisant comprendre qu'il devait respecter le pacte coûte que coûte. 

Mais l'homme aurait progressivement réalisé que, ce faisant, il en devenait prisonnier. Tandis que ses richesses s'accumulaient et qu'il devenait, au fil des années, un père de famille comblé avec une situation confortable, il sentait qu'elle était précaire. Ce que l'homme allait brûler dans la rase campagne, ce n'était pas ce que désirait Satan. Le Malin voulait probablement l'âme de ce monsieur, et ses offrandes matérielles n'était qu'un acompte, qui ne le satisfaisaient que temporairement. C'est du moins ce que l'homme comprit, car, d'après le contenu supposé de son testament, le Diable ne s'est jamais manifesté physiquement devant lui.

Espérant que Satan le lâcherait si les cadeaux avaient une valeur "humaine", l'homme commença à repousser les limites du raisonnable : il aurait forcé sa femme à avorter, pour sacrifier l'âme du fœtus. Il aurait provoqué un accident de voiture, qu'il aurait réussi à faire passer pour un acte involontaire, en tentant en vain de causer des morts dont Satan pourrait prendre l'âme. Rien n'y fit. Quand il ne donnait pas une grosse part du gâteau à la Bête, des malheurs lui tombaient dessus, signe que Satan en voulait, encore et toujours, à son âme. 

La détresse de l'homme atteignait alors son paroxysme : il pensait que s'il ne trouvait pas un moyen de rassasier Satan, son âme serait emportée en Enfer. Cette obsession l'avait poussé à commettre des méfaits de plus en plus impardonnables...

L'homme aurait finalement avoué, dans son testament, être à l'origine du meurtre d'une joggeuse, dans la région, dans les années 80. Il espérait, en tuant cette femme qu'il ne connaissait même pas et qu'il avait quasiment choisie au hasard, que Satan serait satisfait et qu'il le laisserait tranquille. Cette affaire de meurtre est réelle, mais jusqu'à présent, elle restait non élucidée, et on aurait été très, très loin de s'imaginer que cet homme-là puisse être l'auteur d'un crime aussi sordide. A partir de ce moment, personne ne sait si ce passage du testament devait être pris au sérieux, ou si l'homme avait perdu la boule.

Réalisant à quel point il était devenu un monstre, le monsieur aurait alors fait machine arrière, et serait devenu un fervent chrétien, cherchant à tout prix à se libérer de l'emprise du Diable et à obtenir sa rédemption. Dans son testament parsemé d'excuses envers Dieu, il répète constamment qu'il regrette d'avoir bâti toute sa vie en commerçant avec Satan, et dit vouloir se racheter à tout prix, pour tout le mal qu'il a fait. Il aurait ordonné à ses descendants de détruire tous ses biens, ce qui ne fut pas fait, lesdits descendants ne prenant pas le testament de leur père au sérieux.

Évidemment, on est en droit de remettre en question la véracité des anecdotes rapportées par le défunt, car personne n'avait entendu pareille histoire avant la lecture du testament. Les faits vérifiables auquel le monsieur fait référence ont bien eu lieu, mais toute cette histoire autour de Satan paraît absurde, si bien qu'il n'est pas impossible que ce monsieur ait développé une forme de schizophrénie dans les dernières années de sa vie.

Et pourtant, trois éléments font penser qu'il y a une part de réel dans toute cette histoire.

Premièrement, on a trouvé, dans une plaine près d'Omaha, une petite zone où l'herbe ne pousse plus. On jurerait que le gazon a été brûlé, mais le plus troublant, c'est la présence de résidus de billets partiellement brûlés à cet endroit précis. On peut penser que c'est là que l'homme sacrifiait une partie de ses biens à Satan.

Deuxièmement, tous ceux qui fréquentaient l'homme s'accordent à dire qu'il avait l'air parfaitement lucide jusqu'à la fin de sa vie. On en viendrait même à penser que cette histoire de testament n'est qu'une blague de mauvais goût, de la part d'un homme à l'esprit décidément unique.

Enfin, un dernier détail, et pas des moindres : il y a quelques années, un long moment après la mort de cet homme, lors d'une réunion de famille entre ses descendants, un incendie s'est déclaré dans la salle des fêtes où avait lieu le repas. L'incendie a fait quatre morts. Les quatre enfants du monsieur. Les mêmes qui avaient refusé de se débarrasser des biens de leur père. Un peu comme si le Diable était venu réclamer ses dettes.

Il n'y a pas de morale à cette histoire et je ne sais pas quoi en penser. Juste que ce petit testament, écrit par un homme quelque part dans un petit village normand, est peut-être une preuve qu'il ne faut pas trop badiner avec le Diable.

lundi 3 juin 2019

Mon voisin est debout sur sa pelouse depuis des heures.

Il est encore là, à regarder la fenêtre de ma chambre. Je comprends pas ce qu'il fait.
Il s'appelle Thomas.
Thomas n'est pas un gars bien, c'est un bâtard qui aurait du mourir y'a de années, mais il a jamais agi comme ça avant. Mon dieu, mais qu'est-ce qu'il fout ? Il regarde juste, sans dire un mot.
Et sa femme, elle est où ?
Minute, je la vois. Elle descend, avec sa canne. J'espère qu'elle va lui mettre un bon coup.
Elle ne l'a pas fait.
Elle est sur ma pelouse, maintenant. À regarder. À regarder ma maison.
Ils se parlent pas. Ils ont pas l'air en colère. Je suis même pas sûr qu'ils se soient vus. Quelques minutes plus tard, leur fille Anna vient regarder aussi.
Anna est aveugle.
Je les regarde depuis la fenêtre de mon salon. Le petit Tommy, le garçon qui livre le journal le soir, était sur son vélo en bas de la rue. Il a jeté un oeil à la maison, et s'est arrêté. Il est debout dans la rue, maintenant.
Tous mes voisins commencent à sortir de chez eux. Les enfants, les vieux. Les voitures s'arrêtent en plein milieu de la route et les passagers plaquent leur visage contre la vitre pour avoir une vue sur ma maison.
La vieille Agie, qui ne peut même pas marcher, a ouvert la fenêtre de sa chambre, et je peux voir sa silhouette. Les mains sur la vitre.
Il commence à faire nuit. ils sont toujours debout, silencieux. À regarder ma maison. À la fenêtre de ma chambre.
J'entends des bruits venir d'en haut. Quelque chose bouge. Respire. Des centaines de gens qui respirent.
J'ai les yeux fixés sur mon plafond depuis si longtemps maintenant.
Ça m'a pris des heures pour écrire tout ça, je peux pas quitter le plafond des yeux. Même pour une seconde.
Les gens ont commencé à bouger, ils marchent vers la maison.
Je vais voir en haut. Il faut que je sache ce qui s'y trouve.


Traduction : Alexray

vendredi 24 mai 2019

Comme du sable sur une feuille de papier


J'ai eu soixante ans l'année dernière. La fête était sublime, une bonne partie de la famille était là. Mes enfants, mes petits-enfants. Cela fait du bien parfois, de sentir que ça vit autour de soi, d’entendre du bruit. J'ai toujours été passionné par le son, la musique en particulier. Mais aujourd'hui, j'aurais aimé être né sourd. Car il y a un bruit qui ne me quitte plus. Qui me hante.

Je dois d'abord revenir quelques années en arrière. Quand j'étais enfant, dans les années 60, je vivais chez mes grands-parents maternels. Ce sont eux qui m'ont élevé car mon père est mort quelques temps avant ma naissance, et ma mère est décédée en couche. Ma grand-mère, que j'appelais " maman " quand mon grand-père n'était pas là, était une femme forte, au caractère bien trempé, pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Je me rappelle l'avoir vue, un jour, lancer une casserole sur un passant un peu trop bruyant. Mais quand nous étions ensemble, elle était très tendre. Elle me faisait écouter des disques de jazz, de musique classique... C'est elle qui m'a fait découvrir la musique latine. J'aimais beaucoup son nom, Narayaq. Ce nom m'évoquait l'aventure. Allez savoir pourquoi.
Narayaq était d'origine péruvienne. Elle était parvenue à glisser un 33 tours de Machito le cubain dans la collection de vinyles de mon grand-père.

Presque tous les jours après l'école, lorsque mon grand-père partait jouer à la pétanque, je restais avec elle et nous finissions inévitablement par danser sur ce vieux 33 tours. Petit à petit, ma grand-mère remarqua que je ne mimais plus la guitare, mais les maracas. Et en effet, j'étais obnubilé par ce son. Je le trouvais doux, il glissait, comme du sable qu'on aurait lâché sur une feuille de papier. Et le rythme m'emportait loin. Ça pourrait paraître ridicule aux yeux d'un enfant d'aujourd'hui, mais n'ayant pas la télé, c'était le seul " contact avec le monde " auquel j'avais accès. Je rêvais de partir en Amérique du sud. Tous les soirs, j'obligeais presque ma grand-mère à me parler de son enfance au Pérou. Et je m'endormais, m'imaginant là-bas, en train de jouer des maracas. Maintenant, je sais que les maracas ne sont pas vraiment des instruments typiques du Pérou, mais à l'époque, je faisais naturellement l'association entre les deux.

Un soir, pendant les vacances d'été de 1967, j'ai fait une découverte. Il était presque l'heure de souper mais mon grand-père n'était toujours pas rentré de la pétanque. Ma grand-mère, maman, était donc sortie pour aller le chercher, non sans râler et promettre de lui donner un bon coup de canne. Je suis ainsi resté seul à la maison, chose qui m'était très rarement arrivée. Je suis resté assis devant le tourne-disque, à écouter Machito agiter ses maracas dans un rythme effréné. Quand la musique a laissé place au grésillement de l'aiguille frottant le vinyle, la nuit était tombée. Mes grands-parents n'étaient toujours pas rentrés et le souper refroidissait doucement sur la table. Mon grand-père m'aurait sans doute frappé si j'avais commencé à manger sans lui. C'était un homme discret, froid même. Il n'avait jamais eu un geste tendre à mon égard. Maintenant, je pense qu'il m'en voulait d'avoir en quelque sorte "coûté la vie " à ma mère lors de ma naissance. La moindre bêtise était synonyme de coups. Laissant le repas de côté, j'ai décidé de partir en expédition. J'ai pris la vieille lampe qui traînait dans le tiroir et j'ai entrepris de gravir les marches menant au grenier.

Le faisceau de lumière braqué sur la vieille porte poussiéreuse du grenier, j'avançais tout doucement. Je savais que l’on m’avait formellement interdit de monter là-haut, mais ce qu'il y avait dans cette pièce m'intriguait. Ou plutôt le fait de ne pas savoir ce qu'il y avait J'ai ouvert doucement la porte, essayant de faire le moins de bruit possible, bien que personne ne fût là pour m'entendre. Mon excitation est retombée presque aussitôt. La pièce était vide, mis à part un vieux carton affaissé dans un coin. N'étant pas monté ici pour rien, j'ai décidé d'aller fouiller ce dernier, lequel était rongé par les souris, qui se cachaient et m'observaient sûrement. A l'intérieur, il n'y avait pas grand-chose. En réalité, même s’il y avait eu des centaines de pièces d'or, je ne m'en serais pas souvenu. J'étais fasciné par l'éclat rouge vif qui scintillait dans le faisceau de lumière de ma lampe. Mon cœur battait à toute allure, j'avais l'impression que cet éclat de couleur m'hypnotisait. J'ai écarté du dos de la main le reste du contenu du carton, quoi que c’était. Et mon cœur a failli s'arrêter. C'était une paire de maracas.

Vous n'imaginez peut-être pas ou ne vous rendez pas compte de ce que ça représentait pour moi. C'était comme si un fan de David Bowie, un fan à s'en damner, trouvait le chanteur en tenue de concert, prêt à chanter tout son répertoire dans sa salle de bain en rentrant chez lui. Je ne les ai pas touchées tout de suite. Je les ai observées de longues minutes. Je me posais toutes sortes de questions, qui se sont évaporées à l'instant où j'ai posé la main dessus. Ce n'est pas facile à décrire, et c'est sans doute un souvenir déformé par le temps mais j'ai senti une sorte... d'électricité, comme si vous touchiez votre écran de télé peu de temps après l'avoir éteint. Je les ai approchées de mes oreilles et je les ai à peine faites tinter. Le son a résonné dans ma tête, s'insinuant dans le moindre recoin de mon cerveau. Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais je savais en jouer. Je savais exactement quels gestes faire, à quel rythme. Je m'imaginais déjà en train de faire le tour du monde avec mon groupe de musique latine.
J'avais l’impression d’être ailleurs, si bien que je n'ai pas entendu le son de la porte d'entrée qui s'ouvrait.

A cet instant, j’ai entendu la voix rauque de mon grand-père qui m'appelait, et ses pas qui montaient l'escalier. Le son de sa voix m'a fait sursauter, si bien que les magnifiques maracas m'ont échappé des mains. Elles sont tombées lourdement sur le sol, faisant tinter leur contenu. Ce son, mon Dieu. Il roulait dans l'air, semblait venir de partout. Au moment où les maracas sont tombées au sol, les pas de mon grand-père se sont faits plus lourds. Il a lâché un cri inarticulé, et le bruit de ses pas dans l'escalier s'est aussitôt tu. Il a alors crié un mot qui ressemblait à mon prénom, et j'ai tout de suite ramassé les maracas pour les cacher sous mon t-shirt, comme on aurait dissimulé l'arme d'un crime. Je me suis précipité dans l'escalier, prêt à prendre la raclée de ma vie. Mais au lieu de ça, j'ai vu mon grand-père affalé au milieu des marches. Et j'ai entendu le cri de désespoir de ma grand-mère. Maman.

Mon grand père est mort avant l'arrivée des secours, d'une crise cardiaque, bien qu'il n'ait jamais eu de problèmes avant cet événement. L'ambiance a changé après sa mort. Plus de musique dans la maison. Grand-mère avait jeté tous les vinyles en même temps que le tourne-disque. Quand elle a découvert les maracas dans ma chambre en venant me réveiller un matin, elle les a prises calmement, malgré son air très énervé. Je ne les ai plus revues jusqu'au jour où, pour mes quinze ans, je suis parti en internat. Je savais que j'allais passer plus de temps là-bas que chez moi, il était donc hors de question que je les laisse derrière moi.

Et grand bien m'en a fait car ils ont été pendant toute ma scolarité et bien après encore, mes porte-bonheurs. Bien sûr, les autres élèves qui pratiquaient la guitare avaient bien plus la côte que moi, mais je m'en fichais. Chaque fois que je faisais tinter ces maracas, c'était comme si j'étais dans un autre monde. Et grâce à la musique, j'ai pu obtenir certains avantages. J'ai monté un groupe avec mes copains de chambre, Los Perros Rojos, les chiens rouges. Je ne sais pas d'où nous est venu ce nom. Mais grâce à notre groupe, nous pouvions ne pas être présents à certains cours pour répéter, avant de se produire au spectacle de fin d'année. Et à chaque fois, je partais dans mon monde et secouais mes maracas comme un diable.

On a, plusieurs fois, essayé de me les voler ou de les casser. On pouvait facilement voir que j'y tenais, à ces maracas, cela se savait. Il y avait pas mal de petits cons, excusez-moi l'expression, qui n'avaient pas le talent nécessaire pour jouer d'un instrument, qui préféraient alors embêter ceux qui en avaient. Mais là aussi, j'ai eu de la chance. La fois où Michel, le grand escogriffe de terminale, était rentré en douce dans ma chambre pour me voler mes maracas, l'armoire lui était tombée dessus, lui fracturant l'épaule gauche. Celui qui m'avait jeté une pierre en pleine tête alors que nous répétions avec les chiens rouges, avait failli se tuer en glissant dans les douches. Mais moi, je continuais comme si de rien était. Ces maracas et mon groupe étaient ma raison de me lever le matin.

Bien plus tard, vers la trentaine, toujours avec Los Perros Rojos, nous faisions la tournée des bars de musique latine. Contre une soirée de boissons gratuites, nous jouions jusqu’à la fermeture. Il faut l'avouer, c'était souvent des bars mal famés, où l'ambiance tournait quelquefois au vinaigre quand un gaillard éméché sortait une lame et la collait sous le menton d'une autre personne tout aussi imbibée. Cependant, je m'en suis toujours sorti indemne… ou presque. Un soir, alors que nous rangions notre matériel (je rangeais mes maracas dans un sac en velours rouge), un énorme type nous a ordonné de continuer à jouer. Nous lui avions alors répondu que le bar fermait et que nous allions rentrer chez nous. Il m'a fracassé une chaise sur le dos et m'a frappé au sol avant que mes amis le maîtrisent. Quand, trois jours plus tard, je suis allé à la gendarmerie pour confronter ce fou furieux, les gendarmes m'ont fait part de son absence. Il ne viendrait pas, il était mort quelques heures après notre rencontre, renversé par un bus de nuit à quelques rues du bar.

Vers mes quarante ans, j'ai arrêté les concerts et j'ai laissé Los Perros Rojos continuer leur route. Nous nous sommes réunis une ou deux fois depuis, mais j'avais décidé de me concentrer sur ma famille. J'avais deux enfants, Miguel et Gabriel. Gabriel est mort à 22 ans, après une très grave dispute à propos d'un mariage. La dernière fois que je l'ai vu, le soir de la dispute, la discussion avait été houleuse et il m'avait giflé. Je suis resté abasourdi. Il a passé la porte, l'a claquée et je ne l'ai jamais revu. Sa voiture est sortie de la route sur le trajet qui menait à chez lui. Je regrette chaque mot que j'ai pu lui dire ce soir-là.

Tout ceci nous mène à l'anniversaire de mes soixante ans. Il y avait du monde, une bonne partie de la famille, ceux qui comptaient le plus pour moi. Mon fils Miguel m'avait fait la surprise d'inviter Jean-Jacques et Bruno, les deux autres chiens rouges. Los Perros Rojos étaient réunis pour un dernier baroud d'honneur. Jean Jacques avait sorti sa guitare, Bruno son clavier. Il ne manquait plus que mes maracas. Miguel avait tout prévu : mon petit-fils, Sebastian, est apparu au balcon qui surplombait la cour, avec mon sac rouge en velours. Cela faisait une éternité que je n'avais plus vu mes maracas, et quand mon petit-fils les a sorties de leur sac, j'ai éprouvé une sensation étrange. Je n'étais pas heureux. J'étais... jaloux.

C'est très bizarre à décrire, mais j'étais en colère. De quel droit Miguel avait-il donné l'autorisation au petit de toucher mes porte-bonheurs ? Et de quel droit mon petit-fils les touchait-il de ses mains sales ? Il les avait sorties du sac sans même faire attention, les laissant s'entrechoquer. Il les tenait maintenant par la corde et les faisait tournoyer pendant que tout le monde rigolait. Ne riez pas, ce mioche jouait avec les instruments qui ont fait ma vie, dans lequel sont renfermés tous mes souvenirs. C'est exactement ce qui tournait dans ma tête à ce moment-là. De la haine. Et c'est là que ça s'est produit. Et que j'ai compris.

Le petit Sebastian, tout souriant devant sa famille qui l'applaudissait, s'est soulevé. Je ne saurais le dire autrement, il s'est soulevé. Comme si une paire de bras invisibles l'avait attrapé, ne lui laissant aucune chance de s'échapper. Presque aussitôt, il a basculé par-dessus la rambarde du balcon. Tout le monde a crié, sauf moi. Je crois être le seul à avoir vraiment vu le petit se soulever. Il n'est pas simplement tombé, il a été poussé. Lorsque son petit corps s'est écrasé sur la pierre, les maracas ont émis un bruit que je n'avais jamais entendu au cours de toutes les années durant lesquelles j'en avais joué. Un son strident que j'ai eu l'impression d'être le seul à entendre. Je paraîtrais sûrement fou si je vous disais que c'était comme une plainte. Et ce bruit, quand ils se sont explosés par terre, ressemblait à celui d’un crâne qui se brise. C'était peut-être le bruit du crâne de Sebastian qui touchait la pierre, mais je reste convaincu que ce n'était pas ça. Et aussi horrible que cela paraisse, lorsque je me suis précipité, comme tout le monde, sur le petit Sebastian, je suis d'abord allé au chevet de mes maracas.

Ils étaient, comme mon petit-fils, brisés sur la pierre noire de la terrasse. Et pendant que tous essayaient de ramener Sebastian à la vie, j'ai éprouvé une haine si terrible à l'encontre de Miguel et de son morveux que j'ai failli me faire saigner la paume des mains avec mes ongles. Qu'ils essaient de le ramener à la vie, à faire du bouche à bouche sur un crâne fendu, ça ne servait à rien. Cette phrase atroce, qui ne me ressemblait pas, c'était pourtant la première qui m'est passé par l'esprit. J'ai doucement ramassé les éclats rouges et verts qui jonchaient le sol, sous le regard médusé de ma famille. Mais ils ne me regardaient pas moi. Ils regardaient à mes pieds. J'ai réalisé que, maintenant que les éclats de mes maracas étaient tous dans mes mains, il ne restait plus au sol que leur contenu. Et c'était cela qui drainait l'attention de tout le monde.

Des dents. Des dents et des os. J'ai pensé que c'était peut-être les dents de Sebastian, mon petit Sebastian. Mais elles étaient trop grandes, trop usées, trop anciennes pour être les siennes. Les os paraissaient aussi vieux que les dents. C'était sûrement les os d'une main. J'ai été pris de nausée, et j'ai vomi mon repas. Ce bruit, lorsque les maracas ont touché le sol, ce son semblable à un millier de cris. Je l'entendais encore, mes oreilles sifflaient. Je me suis évanoui.

Lorsque je me suis réveillé dans mon lit une heure plus tard, j'étais seul avec ma femme, Laura. Elle me regardait avec des yeux froids. Ça n'a plus jamais été pareil entre elle et moi après ça. En fait, toute ma famille a pris ses distances. Quand j'ai voulu prendre des nouvelles de Sebastian, mon fils Miguel m'a dit qu'il était décédé. Point. Il ne m'a plus parlé depuis. Depuis un an, je vis dans une maison vide de musique, vide de sons. J'ai jeté tous mes vieux disques, ma chaîne hi-fi également. Je ne vais plus sur le balcon, tout comme je ne mange plus sur la terrasse. Je vis quasiment seul puisque ma femme Laura s'occupe de notre fils Miguel, à qui on a diagnostiqué un cancer foudroyant un mois après la mort de son fils. Il vit ses derniers jours, mais il refuse de me voir.

Le soir, alors que je suis seul dans ma grande maison, je me cache sous ma couverture, comme un enfant. Ce son ne me quitte pas. Le vent souffle dehors, mais j'entends un sifflement familier. J'entends comme du sable qu'on aurait lâché sur une feuille de papier. J'entends des cris lointains. J'entends un craquement. J'imagine les bras invisibles qui me soulèvent. J'allume la lumière comme un enfant qui se réveille d'un cauchemar, mais il n'y a rien. Malgré la lumière allumée, j'ai cette impression désagréable que le cauchemar n'est pas terminé. Et que, dès que j'éteindrai la lumière, le bruit reviendra. Comme du sable qu'on aurait lâché sur une feuille de papier.

vendredi 17 mai 2019

Il fait toujours nuit sous le pont


Très cher Mr. Abberline, 

Alors que j’écris ces lignes, je suis sur le chemin de Queensland. J’espère y trouver des terres et une opportunité de mener mes projets à bien en paix. Ce fut une décision difficile que de quitter l’Angleterre. J’aurais préféré y rester. Il s’agit de ma patrie, après tout. Mais c’est mieux ainsi. L’Australie est une nouvelle aventure et j’ai hâte de voir les résultats que ce changement pourrait apporter.

Le voyage a été long, mais il ne fut pas fastidieux. Le capitaine est un camarade bien jovial, et il m’invita dans sa cabine à de nombreuses occasions pour partager un verre et me conter ses histoires. Je dirais même que celles-ci sont meilleures que les miennes.  Les passagers sont aussi intéressants. Un grand nombre de femmes était à bord. Il s’avère que ma nouvelle patrie est en pénurie du sexe faible. Beaucoup de ces pèlerins étaient autrefois des « travailleuses », si je puis dire. Nous pouvions voir à quel point elles désiraient un nouveau départ, compte tenu de leur situation.  Bien sûr, le point culminant de ce voyage fut les meurtres. Il y en a eu trois, pour l’instant. Les femmes croient qu’il y a une goule à bord du bateau. J’en ai entendu quelques-uns mentionner le mot « vampyre ».  
Cette superstition est assez enfantine, certes, mais nous ne pouvons pas leur en vouloir. Il est vrai que les attaques sont assez horribles.  
Les gorges sont tranchées. Les coupures sont extrêmement profondes. Assez pour être fatales, mais pas immédiatement.  
Les abdomens sont grand ouverts. Les organes, coupés et enlevés. Ils sont soigneusement placés à côté de la victime.  
Les organes génitaux sont souillés. Hachés en petits morceaux, ils ne sont plus que des lambeaux de chair.  
Le capitaine sait que j’ai quelques connaissances en médecine, alors il m’a autorisé à examiner les corps. C’est vraiment un plaisir pour les yeux. Vous pourriez apprécier ce chef-d’oeuvre, si vous le voyiez.  
Le coupable court toujours. C’est réellement merveilleux, n’est-ce pas ? De pouvoir œuvrer sur un navire de cette taille, en évitant d’être pris. C’est assez incroyable. Peut-être qu’il s’agit d’un vampyre. Il fait toujours nuit sous le pont, après tout.  
Il nous reste plusieurs jours de voyages. Des nuits, aussi. Que se passera-t-il ? Qui survivra ?  
C’est palpitant, n’est-ce pas ?  

Votre ami,

Jack. 


Traduction : Piaandy

Source

lundi 13 mai 2019

Un message


THESE XK-743 : 

Début de la boucle anthropologique : 

Pouvez-vous m’entendre ? Y-a-t-il quelqu’un ?
Il fait si sombre, si noir. Les sons se perdent dans le néant. 
Quelqu’un ? S’il vous plaît. 
Aidez-moi. 

Je suis perdu, il n’y a rien. 
Les points lumineux semblent si proches et pourtant si éloignés. 
Je veux ressentir leur chaleur, à nouveau. 
Je vous en conjure, sauvez-moi. 

Je n’y arriverai pas tout seul. 
Quelqu’un m’entend ? 
Je me vide de plus en plus. 
J’ai besoin de vivre, aidez-moi. 

Je ne sais pas où je suis, il n’y a rien. 
Mais toutes ces étoiles, entendez mon appel. 
Venez me chercher, s’il vous plait. 
Venez à moi. 

Ils m’ont laissé ici, dans le vide. 
Ils ont disparu, d’un coup. 
Ils disparaissent tous, à chaque fois. 
Ceci est un appel à l’aide. 
Aidez-moi. 

Fin de la boucle. 


EXTRAIT DU CONGRES SCIENTIFIQUE :

 « … vous voyez, le problème c’est qu’une approche purement physique des rayons électromagnétiques reçus sur Terre de l’espace avait grandement limité la recherche… 
Et donc ? 
 …et bien une approche plus linguistique et psychologique, des rayons X notamment… 
Ou voulez-vous en venir ? 
 …pourquoi ne pas les voir comme des messages, émis dans une langue qui nous échappe ? Il nous a suffi de mettre sur le coup les plus grands linguistes du monde, et de calquer la recherche sur un modèle humain grâce à d’éminents psychologues… 
Donc ce message est la preuve de l’existence de vie extraterrestre ? 
 …pas vraiment… 
Que voulez-vous dire ?
 …ces rayons X que nous avons traduits sont produits par un astre lui-même, de la même façon que notre soleil émet de la lumière… 
Mais pourquoi personne n’avait pensé à les traduire avant ?
 …cela n’avait pas semblé pertinent, j’imagine… 
De quels astres parlez-vous ?
 … 
Eh bien ? 
 …des trous noirs. »

vendredi 10 mai 2019

La Légende de Masque Rouge

Dans ma famille, on a toujours été attirés par la mer. Cette attirance dépasse de loin le simple intérêt, c’est une vraie passion, une vocation familiale. Vous l’aurez compris, nous sommes des marins. Une profession qu’on hérite de génération en génération. Mes parents sont pêcheurs. Ma sœur, elle, s’est engagée dans la Marine Nationale. Quant à moi, je poursuis mes études afin d’intégrer la marine marchande.

Une nuit, j’étais seul avec mon père à bord de son bateau, nous avions décidé de passer une soirée entre père et fils en pleine mer. Nous avions un peu bu, beaucoup rigolé et nous comptions finalement rentrer chez nous. Mais, lorsque nous nous apprêtions à enfin partir, quelque chose dans la mer attira mon attention. Au début, j’avais du mal à distinguer ce que c’était, mais en me concentrant un peu, je remarquai qu’il s’agissait d’un bâtiment (un navire, pour les non-initiés). Jusque-là, il n’y a rien d’anormal à croiser des bateaux en mer, me direz-vous. Mais ici, le bateau en question disposait de trois grands mâts. En fait, je n’avais aucun doute sur le fait qu’il s’agissait d’une frégate, elle disposait en effet d’une rangée de canons que je pouvais maintenant parfaitement observer. Autre fait troublant, hormis celui qu’un navire de guerre d’un autre temps se trouvait devant mes yeux, une fumée épaisse émanait de la frégate, et j’avais l’étrange pressentiment qu’elle brûlait.

Devant cette scène effrayante, je me retournai vers mon père et l’interpellai. Je lui demandai ainsi de regarder dans la direction où se trouvait le bateau. Il regarda attentivement vers celle-ci, avant de me fixer droit dans les yeux en me rétorquant que j’avais trop bu. Croyez-le ou non, mais la frégate avait disparu. J’étais pourtant certain de ce que j’avais vu, et ce n’était pas l’alcool qui me faisait halluciner. Je lui ai alors décrit ce que j’avais vu au risque de passer pour un fou : un navire de plusieurs siècles qui brûlait.

Son sourire s’est vite effacé, il s’est ensuite assis et m’a invité à le rejoindre. Il m’a expliqué qu’une légende se transmettait de père en fils, de marin en marin : la légende du Masque Rouge. Lorsqu’il m’annonça ça, je laissai transparaître un léger sourire, mais lui paraissait très sérieux. Mon père est un très mauvais menteur, s’il m’avait menti, je l’aurais immédiatement su.

De ce que je compris, un de mes ancêtres aurait fait partie de l’équipage de Pierre Egron, un pirate aux multiples pseudonymes qui aurait sévi dans les Antilles. Pierre Egron, au premier abord, n’était pas destiné à une carrière en tant que pirate. Il était connu comme un homme bon et généreux. On dit qu’il tenait dans sa jeunesse une taverne qui avait rencontré un fort succès, il y avait alors engagé ses deux filles et sa femme pour le service. Mais durant l’une de ses absences, la taverne fut incendiée et la famille Egron retrouvée calcinée. À partir de ce jour, Pierre sombra dans la folie et plus personne n'eut de ses nouvelles.

Quelques années plus tard, dans les eaux antillaises, une certaine frégate fut repérée. Le nom des bâtiments étant indiqué sur le flanc de la coque, celui de ce navire a donc rapidement été identifié : Le Purgatoire. Le Purgatoire et son équipage avaient terrassé plusieurs navires marchands. Le plus inquiétant résidait dans l'équipage, que des rumeurs décrivaient comme monstrueux, mené d'une main de fer par un capitaine portant un intriguant masque rouge. Un simple masque rouge laissant uniquement visibles ses yeux et dissimulant ainsi son nez et sa bouche, lui donnant le surnom de Masque Rouge. Les capitaines souhaitant garder l'anonymat étaient vraiment rares, surtout dans ces temps.

Évidemment, à cette époque la piraterie était courante, mais ce cas-là était un peu plus spécial. Ici, les hommes de Masque Rouge avaient réitéré un même schéma à de nombreuses reprises : après avoir abordé le bateau ciblé et avoir pillé toutes ses richesses, ces derniers décimaient l’ensemble de l’équipage adverse. Tout l’équipage ? Non, car en réalité, d'autres rumeurs circulaient dans les ports. D’après elles, l’équipage du Purgatoire laisserait un choix à une unique personne dans chaque équipage vaincu.

Ce choix, ce n'était pas le fameux capitaine du Purgatoire qui le posait au prisonnier. Il était généralement posé par un des anciens de l'équipage. Masque Rouge ne parlait jamais, puisqu'un simple regard lui suffisait pour se faire comprendre. Le dilemme reposait sur une simple question, trois mots, que j'ai retournés sans cesse dans mon esprit : « Enfer ou Purgatoire ? ». Dit comme ça, ça ne veut pas dire grand-chose, bien sûr. Mais en réalité, deux options s’offraient au prisonnier : la première proposition n'était pas très avantageuse, car s’il choisissait l’Enfer, on lui réservait un triste sort; il serait brûlé vif jusqu’à sa mort, et son corps calciné serait hissé en haut de l'un des 3 mâts. Ainsi, le choix du Purgatoire était en fait beaucoup plus intéressant, car il permettait au prisonnier de devenir un membre à part entière de l’équipage du Purgatoire.

Je me souviens avoir interrompu mon père à ce moment là.

« Un choix ? », m’étonnais-je.

Cette question n’avait rien d’un choix. Nulle personne censée ne choisirait de brûler vive alors qu’elle pouvait tout simplement survivre en rejoignant un équipage.

Il fronça les sourcils. Je regrettai immédiatement ma question stupide, et il me répondit d’un ton agacé :

« Oui, il y a bien un choix, j’y viens. »

Il reprit donc. Le choix du Purgatoire impliquait une contrainte majeure, car l’homme devait choisir une partie de son corps à sacrifier. Oui, sacrifier est le bon mot. Le membre choisi était alors entièrement brûlé. Ce rituel n'était jamais oublié puisque les marins sadiques du Purgatoire appréciaient de rendre la douleur qu'ils avaient subie auparavant. En fait, c’est ce qui faisait la singularité de l’équipage, chacun d’entre eux était un grand brûlé : parfois une jambe, un bras ou encore le dos d'un marin, qui était consumé par le feu. Mais l'exécution de ce rituel entraînait le plus fréquemment la mort, puisque certains ne se remettaient pas de la blessure, quand d'autres encore devenaient fous. C’était donc ça, le vrai choix imposé par Masque Rouge, la dure décision de la partie de son corps dont on souhaitait se défaire. Masque Rouge ne se lassait jamais de ce genre de spectacles, il n'en perdait pas une miette, même si, encore aujourd'hui, on ne sait toujours pas si c'est l'odeur de la chair brûlée, durablement installée au bord du navire, ou les cris de la victime qui lui plaisait le plus. L'ensemble des marins officiant dans les Antilles était terrifié de croiser un jour le Purgatoire.

Mais, comme je l’ai dit précédemment, mon récit a comme source l'un de mes ancêtres, Edouard. En effet, il eut la malchance de croiser la route de Masque Rouge et de son macabre équipage, mais qui put, malgré tout, nous rapporter beaucoup d'éléments relatifs à ce dernier. Son bateau de pêcheur fut pris pour cible par l'équipage des grands brûlés. Sans surprise, l’ensemble de ses collègues fut exécuté, sauf lui évidemment, puisque Masque Rouge l’avait désigné du doigt comme le prisonnier. On lui proposa alors, comme prévu, l’Enfer ou le Purgatoire. Edouard aurait répondu sans aucune hésitation, le Purgatoire.

Ils placèrent donc son bras au-dessus d’un feu de soufre pendant 30s. Son membre s’embrasa complètement. Lorsque le feu fut enfin calmé, le bras de mon aïeul était méconnaissable. Il resta cloué dans sa couchette pendant plusieurs journées avant d’être opérationnel de nouveau. Cette réaction était, paraît-il, assez commune. Ceux qui avaient surmonté l’épreuve avaient, de ce fait,  réussi le rituel d’initiation de Masque Rouge. Il faisait partie intégrante de la troupe d'immolés.

Edouard navigua ainsi pendant des années aux côtés de Masque Rouge, enchaînant les abordages, les pillages et, je n’en doute pas, les meurtres. Ce dernier était toujours isolé, dans sa cabine ou sur la dunette. Masque Rouge était vraiment craint de ses hommes, sa cruauté était réputée sans limite.

Petit à petit, les agissements du capitaine, sa cruauté et tous les sévices qu’il avait pu infliger à son équipage ont participé à une accumulation de rancœur, et l’idée d’une potentielle vengeance avait vite émergé. Un jour, l’inévitable se produisit, et toute la haine de l’équipage envers son capitaine éclata lors d’une mutinerie. Beaucoup reprochaient à Masque Rouge d’être le seul à ne pas avoir été confronté à son supplice, et tout l’équipage était bien décidé à y remédier.

L’équipage s’était ainsi rassemblé sur le pont principal, faisant maintenant face à la cabine de Masque Rouge, qui lui était, comme à son habitude, seul dans la cabine supérieure. Elle surplombait la totalité du pont principal. Masque Rouge était un homme intimidant, peu de membres de son équipage, même les plus robustes, voulaient réellement s’engager dans le long escalier menant au capitaine.

Alors que l’un des estropiés allait être désigné par défaut par la troupe de mutilés, Masque Rouge sortit de sa cabine, accompagné de son fidèle masque écarlate, dévisageant son équipage pendant un long moment, toujours calme, sans dire un mot.

En voyant Masque Rouge sortir de sa cabine, Edouard prit l'une des décisions les plus importantes de sa vie. Il s’engagea dans l'effrayant escalier en bois grinçant, tout en fixant le capitaine droit dans les yeux. Chaque marche franchie le rapprochait de ce dernier, la tête de Masque Rouge devenant de plus en plus nette, et il pouvait maintenant parfaitement observer une peau fripée, complètement écarlate : une peau déformée par la brûlure. On ne pouvait même plus distinguer ses lèvres, seuls ses yeux bleus étaient intacts. Edouard racontait qu'il avait senti son cœur s'arrêter, et qu'il aurait préféré mourir plutôt que de franchir l'une des dernières marches le séparant de Masque Rouge.

En voyant son mutin se décomposer de terreur, Masque Rouge sourit, laissant paraître des dents anormalement jaunes. L’horreur s’était installée parmi l’équipage, encore spectateur de la scène. Personne ne s’était douté qu’il puisse s’agir de son vrai visage, et non pas d’un masque.

Maintenant, tout le monde connaissait le choix du capitaine, il n’avait pas choisi de se brûler un bras ou une jambe. Non. Il avait choisi de se détruire le visage.

La mutinerie prit immédiatement fin.


Masque Rouge n’avait pas dû supporter la mutinerie, puisque pendant la nuit suivant la tentative, il mit le feu aux barils de poudre dans la cale, déclenchant alors un immense incendie.

Je ne connais pas le nombre exact de morts lors de ce drame, mais il paraît qu’il n’y eut pas plus de dix survivants. D’ailleurs, personne ne sait ce qu’il est advenu de Masque Rouge. Son corps n'a jamais été retrouvé.

Pierre Egron est l’hypothèse la plus probable quant à l’identité de Masque Rouge, son vécu et toutes les dates coïncident parfaitement entre elles.

Cette histoire a donc donné vie à une légende connue seulement de rares marins, dont ma famille. Car si l’on voit au large une frégate en feu, il s’agit du Purgatoire de Masque Rouge. Et elle serait le présage d’une très mauvaise nouvelle, celle d’un incendie qui toucherait celui l'ayant vue.

Un long silence se fit entendre après qu’il ait prononcé les derniers mots de la légende. Je me sentais mal. Mon père avait toujours été superstitieux mais il s’efforçait de rester rationnel. Nous finîmes par rentrer, toujours dans un silence pesant. Je me rassurai comme je le pouvais, ce n’était qu’une légende après tout.

Pourtant, en rentrant chez nous, aucun de nous deux ne fut surpris de retrouver notre immeuble en feu. Je ne suis pas superstitieux, mais je ne crois pas aux coïncidences non plus.  

vendredi 3 mai 2019

Envoyez de l'aide.

Opératrice : 911, quelle est votre urgence ?

??? : Oui, bonjour ? S'il vous plaît, envoyez de l'aide ! Il y a quelque chose dans la maison et je pense que ça a blessé ma mère !

Opératrice : Ok. Quel est votre nom, et quelle est votre adresse ?

Ionah : Mon prénom est Ionah, et, heu, mon nom de famille est Tiller. J'habite au 60, Goldale Boulevard.

Opératrice :  Ok Ionah, est-ce que tu as vu le visage de l'intrus ?

Ionah : Non, je me suis précipité dans ma chambre quand j'ai vu ma mère sur le sol et que j'ai entendu des bruits de pas. Je suis désolé. Je ne sais pas quoi faire d'autre.

Opératrice :  Ce n'est pas grave, Ionah. C'était très malin et mature de ta part d'appeler le 911. Juste, reste en ligne avec moi, d'accord ? Et reste bien caché à l'endroit où tu te trouves.

Ionah : Ok, je ne bougerai pas.

Opératrice :  Maintenant, Ionah, j'ai besoin de toi. Sois un grand garçon et réponds à quelques questions très importantes. Tu peux faire ça pour moi ?

Ionah : Ok, je vais essayer.

Opératrice : Quel jour sommes-nous aujourd'hui ? Regarde sur ton téléphone.

Ionah : On est le, heu... le 28 Mars 2019.

Opératrice : Très bien. Et quelle est l'heure exacte ?

Ionah : ... C'est affiché 13h30.

Opératrice : ...Je vois.

Encore un.

Ionah : Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas perdre ma mère.

Opératrice : ...

Ionah : Envoyez de l'aide, s'il vous plaît !

Opératrice : Ionah, là ou tu te trouves, il devrait être 03h42. En plein milieu de la nuit.

Ionah : enyovez ed l'eida.

Opératrice : Je suis désolé Ionah, mais je ne peux pas envoyer de l'aide à l'endroit que tu nous as indiqué.

??? : voeynze ed l'iaed.

---Fin d'appel---

Super, maintenant, ils imitent des enfants.
À cause de ces "imitateurs", beaucoup de personnes, tant dans la police que dans les services d'hôpitaux, ont disparu après leur départ pour ce genre d'endroit, desquels provenaient des appels à l'aide similaires.
Tout récemment, "ils" ont appris à dire la date avec précision. J'espère seulement qu'ils n'apprendront pas aussi vite à donner l'heure exacte.

lundi 29 avril 2019

Le démon de minuit

Ne vous êtes-vous jamais réveillé en sueur, en pleine nuit, sortant d'un cauchemar où quelque chose essayait de vous dévorer ? Précisément. C'est lui, il cherche à vous atteindre. Avez-vous déjà entendu parler de ces personnes qui se sont paisiblement éteintes dans leur sommeil ? Il n'y a rien de paisible là dedans. C'est juste qu'Il a réussi à les atteindre. Et qu'eux ne sont pas parvenus à se réveiller à temps.


Maintenant, laissez-moi vous faire part de mon expérience. Il y a deux jours, je me suis réveillé avec, comme qui dirait, une paralysie du sommeil et j'ai fait ce rêve, avant de me réveiller. J'étais dans un endroit obscur, et Il me poursuivait. Il a failli m'avoir. Pour ceux du fond qui dorment, la paralysie du sommeil est un état de "semi conscience" si je puis dire, survenant au moment du réveil ou de l'endormissement. Le sujet est éveillé et conscient, mais il est incapable de bouger son corps. J'ai fait quelques recherches et je suis tombé sur le témoignage d'un type. Je le croyais illuminé et j'ai fait le rapprochement avec ce que j'avais vécu auparavant. Il parlait d'un démon dénommé Hélias, qui dévore votre âme pendant votre sommeil.


Je suis épuisé. La caféine ne me tiendra pas éveillé éternellement. J'ai conscience que si Hélias m'a laissé filer une fois, il ne me ratera pas la seconde. On dit que l'être humain peut survivre 11 jours sans dormir. Ça fait 5 jours que je n'ose pas fermer l'oeil, je devrais donc bientôt pouvoir confirmer cette fameuse théorie...

samedi 27 avril 2019

CFTC : le staff s'élargit !

Bonjour à vous ! Nous vous faisons ce petit communiqué pour vous informer que l'équipe gérant CFTC s'est agrandie cette semaine suite à une phase de recrutement, ce qui explique d'ailleurs les ralentissements rencontrés dans le rythme de publication dernièrement. Cela a en partie été motivé par les récents évènements au sein de la communauté (rappelons que nous n'étions plus que deux à gérer le site depuis), et de toute manière le staff souhaitait depuis longtemps faire peau neuve et augmenter ses effectifs. C'est désormais chose faite, et nous sommes désormais sept à s'occuper de vos blogs préférés !

On est donc prêts à repartir de plus belle, et nous nous sommes dit que vous apprécieriez d'en savoir un peu plus sur le nouveau staff et son fonctionnement qui a un peu été revu (jusqu'à présent, tout le monde s'occupait plus ou moins de tout, alors que désormais, nous jouons un peu plus la carte de la spécialisation).

Nous avons donc, en premier lieu, nos trois nouveaux modérateurs qui s'assurent que tout se passe pour le mieux pour les membres sur les plateformes où il est possible d'échanger, c'est-à-dire le forum et la chatbox, ainsi que le Discord. Ils sont là pour faire en sorte que les discussions se passent dans le respect et que tout le monde puisse cohabiter d'une manière aussi harmonieuse que possible. Il s'agit d'Alexray, que les personnes nous suivant depuis longtemps reconnaîtront peut-être, de Wasite, dont vous pouvez trouver quelques textes sur le Nécronomorial, et de Gordjack, qui est également responsable de l'équipe de correction, ayant joué un rôle important dans le rétablissement de celle-ci.

Vous retrouverez également le nom de ce dernier sous certains articles à partir de maintenant, puisqu'il a également souhaité nous soutenir dans les publications, afin de vous assurer un flux continu de contenu. Cette tâche sera également assurée par wrektangle, que vous connaissez peut-être sur le forum avec le pseudo Litanie. De son côté, elle se consacrera uniquement aux publications. Avec Kamus et moi-même, cela fait donc quatre personnes qui feront en sorte de tenir CFTC et le Nécronomorial le plus à jour possible !

Enfin, si vous avez Twitter, vous l'avez déjà vu, nous avons également décidé d'ajouter une community manager à l'équipe afin de s'occuper plus spécifiquement de nos pages et du contact avec la communauté. C'est Piaandy qui assumera ce rôle, bien qu'il n'est pas exclu que vous voyiez d'autres membres du staff mettre la main à la pâte de ce côté-là. Nous espérons donc, pour qui n'aurait pas encore fait sa connaissance, que vous lui ferez bon accueil, que vous nous suiviez sur Twitter, Facebook ou Instagram !

Elle s'occupera également d'un projet au niveau de la traduction sur le forum, car, comme nous avons eu de mauvaises expériences au fil des ans avec des gens qui nous rendaient des textes traduits avec Google ou Reverso, ou qui prenaient la liberté de transformer complètement ce qu'ils trouvaient, nous avons décidé qu'il était temps que nous ayons quelques personnes avec de bonnes compétences en traduction pour vérifier celles des autres. Je vous rassure tout de suite, il sera toujours possible pour n'importe qui de proposer une traduction ! Cependant, aucun cadeau ne sera fait à qui essaierait de dénaturer le travail d'autrui, car ce n'est pas honnête et nous n'avons franchement pas envie qu'on nous accuse de plagiat à cause de la malhonnêteté de quelqu'un d'autre. Dans tous les cas, si vous aimez beaucoup la traduction (encore plus si vous parlez couramment une autre langue que l'anglais) et que ça vous intéresserait, n'hésitez pas à venir nous en faire part sur le forum ou le Discord !

Voilà, nous espérons que le ralentissement ne vous a pas trop posé problème (bon, soyons honnête, avec Game of Thrones en ce moment, il y a de quoi s'occuper quand même), et nous vous donnons rendez-vous dès demain pour la prochaine publication sur le Nécronomorial !


vendredi 12 avril 2019

L'école

Il existe un type d'histoires que tous les enfants connaissent. On les trouve dans des livres pour adolescents à la bibliothèque de l'école, ou dans des séries B américaines. Elles se ressemblent toujours toutes.
Certains jeunes se rendent dans une grande maison abandonnée, en plein milieu de la nuit pour y dormir et se faire peur. La lune brille, et... Vous connaissez le reste. Un loup-garou, un tueur violent avec un crochet à la place du bras ou un fantôme agressif effraie les ados, les tue ou les blesse, d'une façon ou d'une autre.

Paradoxalement, ce sont justement des histoires comme celles-là qui poussent les enfants, peut-être majoritairement des garçons, à faire de telles bêtises. C'était, en tout cas, comme ça que ça s'est passé pour moi. Mais je n’ai en aucun cas trouvé une maison abandonnée, une pleine lune ou un tueur assoiffé de sang. Pour moi, ce fut quelque chose de différent. De plus froid. De plus sombre.
Je venais juste d'avoir quatorze ans. L’air automnal avait peu à peu pénétré la ville. Il y avait une brise agréable et fraîche, qui répandait l'odeur de châtaigniers et de feuilles mortes. Ce jour-là venait de se finir, la respiration des passants formait de minces nuages de buée dans l'air. Trop chaud pour un manteau d'hiver, trop froid pour un simple pull.
 Cette après-midi-là, quand Johan, Jonathan et moi-même sommes sortis, pour « explorer », comme on disait... Je ne me doutais pas que ce jour-là, cette après-midi-là, j'y repenserai chaque jour pour le reste de ma vie. Je me réveillerai d'innombrables nuits avec un cri coincé dans la gorge, le front trempé de gouttes de sueur. Et j'essayerai d'oublier.
Je me souviens de combien la terre était froide sous mes pieds, malgré mes deux paires de chaussettes. Le chemin qui descendait vers « la Cerp » était trempé et glissant, et mes vieilles chaussures de sport usées n'arrangeaient rien.

La Cerp, c'était le surnom du bâtiment en briques rouges, long et étroit, qui se situait tout à la fin d'un petit chemin de gravier, à environ dix minutes à pied de la station d'essence en bordure du village. Le nom « la Cerp » vient de C.C.E.R.P., une abréviation pour « Centre de Collecte Et Recyclage de Papier », qui était autrefois un point de rencontre pour les familles responsables voulant contribuer à un avenir meilleur en recyclant leurs déchets. Maintenant, de hauts arbustes encerclaient le bâtiment, et le chemin qui y menait devenait chaque année de plus en plus étroit, à mesure que la forêt se rapprochait.
Mais notre objectif, ce n'était pas la Cerp. Ce bâtiment n'était pas la raison pour laquelle j'avais dans mon sac une lampe torche et des batteries supplémentaires, ni pour laquelle Jonathan avait commencé à dire: « Euh, les gars, on s'en fout de la Cerp maintenant ou...? »
Ce n'était pas non plus ce pour quoi mon souffle se faisait de plus en plus court, ni ce pour quoi mon ventre se serait.
Derrière la Cerp, le chemin de gravier menait à un versant de montagne de vingt-cinq mètres de haut, une grande barrière grise qui s'élevait jusqu'à une forêt de pins en amont, où la forêt ne cessait de s'étendre. Qu'il y ait une entrée dans le versant de la montagne n'était pas nouveau. Ce qui l'était en revanche, c'était que celle-ci se trouvait à présent être accessible. Nous ne savions pas pourquoi la porte en acier se trouvait là, dans l'énorme montagne, et j'ai par la suite passé de nombreuses heures à parcourir les archives de l'État et les archives municipales à la recherche d'une explication. J'ai fait des recherches sur Google des centaines de fois, attendu des heures au téléphone pour parler avec des administrateurs peu suspicieux. Je n'ai jamais réussi à savoir ce qu'était cette porte, ou ce que j'avais vu à l'intérieur. Et par la suite, je n'y suis jamais retourné.
Mais pour l'heure, la porte était là. Vert foncé, elle semblait peser une tonne. D'aussi loin que je puisse me souvenir, les grosses orties qui la bloquaient avaient été tuées par un petit feu d'herbes, plus tôt en été. Nous avons presque immédiatement commencé à parler d'y entrer. Et oui, c'était quelque chose que nous voulions tous. On aurait dû être dix pour explorer le monde au-delà de la porte, on aurait pu y passer une journée entière sans difficulté. Mais la semaine qui précédait l'aventure, les changements d'avis avaient commencé à tomber. Mes amis ont, les uns après les autres, trouvé des excuses, ont regretté leur choix ou ont juste arrêté de répondre quand on les appelait. Il n'y avait maintenant plus que Johan, Jonathan et moi-même.
Quand j'ai posé la main sur la poignée de la porte, j'ai presque espéré qu'elle soit fermée à clé, mais elle a cédé sans problème. Celle-ci était silencieuse, aucun grincement ne s'est fait entendre à son ouverture. Cependant, sa lourdeur et le bruit de son frottement sur l'herbe donnaient l'impression que la porte, l'entrée même de la montagne, soupirait.
Dès le battant ouvert, une odeur de pierre froide et humide, et d'air renfermé, m'a frappé au visage. Je me souviens encore d’un relent de métallique coincé dans mes narines. L'obscurité à l'intérieur était compacte, et la seule source de lumière provenait de l'ouverture de la porte. Les seules choses que je pouvais voir sur le sol bétonné étaient des papiers dispersés, un journal, des déjections de rat, et...
Mon cœur s'est figé. Quand mon regard s'est posé sur l'objet, j'ai seulement vu deux petits yeux noirs comme du charbon qui me fixaient. Mon corps hésitait entre fuir et en découdre, mais je ne pouvais que rester immobile. Après quelques secondes, mes nerfs se sont apaisés, et j'ai vu qu'il n'y avait rien de vivant qui reposait là, sur le sol. Rien non plus qui avait, un jour, vécu. Un ourson en peluche brun et hirsute, à peu près grand comme un gant, se trouvait là. Il était allongé sur le côté, comme si quelqu'un l'avait jeté ou laissé tomber là. Et maintenant, les yeux d'épingles noirs me fixaient. La bouche, un morceau de tissu rouge-rose, était tordu en un léger sourire, comme si l'ours en peluche me voulait du bien. Ou, peut-être ricanait-il.
Toujours un peu tremblant, j'ai fait quelques pas à l'intérieur. Je pouvais maintenant voir distinctement qu'il s'agissait d'un simple ours en peluche, et même si j'étais un peu dépassé, ce n'était rien qui valait la peine d'y prêter attention. Je refusais cependant de m'en approcher, je ne voulais pas le regarder, ni le toucher. Mon for intérieur hurlait que ce n'était pas normal, que je devais faire demi-tour. Mais j'ai continué.
J'entendais derrière moi les respirations saccadées de mes deux compagnons tandis que j'allumais ma lampe torche. La pièce dans laquelle nous nous tenions maintenant était grande d'environ vingt mètres carré. Contre le mur était placé un gros placard à fusibles sur lequel des tableaux aux cases remplies étaient scotchés, bien que celles-ci étaient illisibles. Une plus petite table ainsi que quelques chaises se tenaient dans un coin. L'air, quant à lui, était froid et humide.
En bas de la pièce, un des murs s'ouvrait sur un passage plus long avec de gros tuyaux au plafond et des murs nus, sans portes. En réalité, je voulais faire demi-tour, mais il était, en même temps, impossible de résister. J'avais l'impression d'être un explorateur qui découvrait courageusement des pays dans lesquels personne n'était encore allé. Je pensais que l'endroit était vide depuis longtemps et qu'il n'y avait aucune raison d'avoir peur. Plus tard, j'apprendrai qu'une seule de ces deux choses était vraie...

Passé le choc de la découverte, et la panique redescendue, j'ai un peu repris confiance en moi, l'idée qu'il s'agissait d'un endroit oublié et immaculé commençant à s’imposer. Nous avons allumé nos lampes torches et entamé l'exploration des tunnels. Je me suis mis à ressentir de l'excitation, et l'impression d'être un explorateur était de retour. Les tunnels étaient sales, il y avait de la moisissure et des excréments de rats, des taches de différentes tailles et de différentes natures. Les murs étaient nus, à l'exception de quelques plaques isolées indiquant « Personnel autorisé seulement » ou « Port de l'équipement de protection obligatoire ».

Les odeurs, ou plus exactement, les puanteurs, variaient. Le plus souvent humides et rocailleuses, parfois plus huileuses. Il régnait constamment une lourde pénombre et un silence de mort. La seule chose que je pouvais entendre était mes amis explorateurs quelque part au loin. Nous nous étions éloignés les uns des autres depuis un moment, mais on s'était dit qu'on se reverrait à l'extérieur.
Avec un sursaut, j'ai tourné le cou, par réflexe. J'étais en train de regarder un calendrier sur le mur quand j'ai cru voir une sorte de petite lumière scintiller au loin, sur ma gauche. Mais non, ça ne pouvait pas être vrai. Ou alors, le faisceau de lumière de ma lampe s'était réfléchi sur quelque chose en verre ou en métal ? J'ai fait quelques pas vers la zone où j'avais vu le rond de lumière, voulant m'assurer que ce n’était rien de bizarre, qu'il y avait une explication rationnelle. Ce n'était vraiment pas une question d'héroïsme téméraire. Mais exactement au moment où la zone a rencontré la lumière de ma lampe torche, cette dernière s'est éteinte dans une clignotement.
 Je n'avais jamais fait l'expérience d'une telle obscurité, d'une telle noirceur. L'atmosphère était si lourde et compacte que j'ai vite perdu la perception de mon corps et de ma position. J'ai lentement enlevé mon sac à dos et l'ai tâté jusqu'à en sentir la fermeture, pour chercher les batteries de secours que j'avais rangées dedans plus tôt dans la journée. Puis j'ai été ébloui par une lumière, et apeuré par un bruit soudain. Un clic électronique assez fort et sec s’est répandu dans la pièce, et par la même occasion, de fortes lumières se sont allumées au plafond. J'ai mis mon bras devant mes yeux pour atténuer la lumière aveuglante bleue et blanche, mon cœur battant la chamade. Le clic bruyant et la lumière m'avaient fait énormément flipper.
J'ai tendu l'oreille. Rien ne se faisait entendre. Il n'y avait ni Johan, ni Jonathan. Aucun autre bruit, si ce n’est le bourdonnement du tube fluorescent au-dessus de moi. Doucement, tout doucement, j'ai retiré ma main tremblante de devant mes yeux.

C'est là que j'ai vu ça. Ce que je vois parfois, encore maintenant, dans mes rêves et quand je ferme les yeux.
Des pupitres. Il y avait des pupitres.
Environ vingt-cinq, alignés, faisant face au mur. Ils ressemblaient à ceux que j'avais en primaire, avec un couvercle et un petit creux où on pouvait mettre des crayons et une gomme, mais ces pupitres-ci étaient quand même différents. Ils avaient l'air anciens. Usés et au bois assombri. À l'avant de la pièce se trouvait une estrade, une partie surélevée où il y avait un bureau d'enseignant et un harmonium.
Je ne pouvais rien faire d'autre que de rester totalement immobile. Mon corps était comme gelé, et mon regard errait à travers la pièce. Il y avait quelque chose de différent ici, par rapport au reste des tunnels. Quelque chose qui faisait battre mon cœur encore plus fort. Le sol était propre. Il n'était pas seulement exempt de détritus, de merdes de rat, de flétrissures humides et de vieux journaux que j'avais vus partout ailleurs dans les tunnels.
Il était propre. Vraiment propre. Même pas poussiéreux ou humide. L’estrade où se trouvaient le bureau et l’harmonium n'était pas non plus sale ou poussiéreuse. Tout était... joliment propre.
 J'ai balayé la pièce du regard. Sur le mur était accroché une rangée de manteaux, principalement des imperméables, mais aussi des manteaux plus épais et plus chauds avec des capuches et des fermetures éclair. Néanmoins, leurs couleurs n'étaient pas aussi claires et vives que les vêtements d'extérieur pour enfants qu'on a l'habitude de voir. Ceux-là avaient l’air ternes, fatigués. Comme s'ils avaient été colorés autrefois mais étaient devenus sombres et graves après des années d'utilisation et des centaines de lavages. Le regard plein d'effroi et les yeux presque larmoyants, j'ai remarqué qu'un écriteau était placé au-dessus de chaque crochet.

Stig. Britt. Eva-Lena. Kjell.
Chaque manteau avait un crochet et chaque crochet avait son propre nom, écrit en lettres désordonnées, dessinées avec des pastels.
Anna. Leif. Birgitta. Gunnar.
Paralysé de terreur, j'ai laissé mon regard glisser vers les rangées de tables, de l'autre côté de la pièce. Je me suis alors à nouveau figé sur place.
Il y avait des dessins accrochés avec des épingles, sur le mur. Des centaines de dessins. Ce n'était cependant pas leur nombre qui m'avait glacé le sang. C'était ce qu'ils représentaient.

Des bonshommes bâtons dessinés au crayon noir. Violemment, comme si quelqu'un avait pressé le crayon contre le papier. Des traits rouges qui ressemblaient à des traînées de sang. Des êtres gigantesques avec les yeux rouge clair et les bras levés. Des bonshommes bâtons qui étaient chassés, qui perdaient leurs bras, leur tête. Qui hurlaient. Malgré le style enfantin et simpliste, je pouvais pratiquement entendre les dessins hurler de douleur et de peur.
Ils avaient tous l'air différents, mais le même thème revenait sans cesse. Sang. Peur. Un effroi indescriptible se dégageait des dessins. Pendant une milliseconde, j'aurais pu jurer que certains regards des bonshommes prenaient vie, qu'ils me regardaient avec des yeux suppliants. Comme s'il y avait quelque chose derrière le mur...

J'ai soudainement entendu un fort bruit de grincement. J'avais l'impression que ce son était celui d'un ongle aiguisé qui me déchirait le long de la colonne vertébrale. J'ai cherché du regard la source du bruit...
Jusqu'à cet instant, j'aurais peut-être pu tout expliquer. Un vieil abri, le tournage d'un film, une société secrète de jeux de rôle. Mais ce que je venais de voir là déjouait toutes les « explications rationnelles ». Un trait blanc était apparu sur le tableau noir. C'était l’origine du bruit que je venais d'entendre. Comme un clou qu'on frotterait lourdement contre le tableau.
Un nouveau trait. Les deux traits se rencontraient au sommet du premier et formaient le début d'un R. Encore un trait. Et encore un. À chaque trait, « l'écriture » s'accélérait et devenait de plus en plus agressive, stressée.
 Le tout a finalement formé deux mots. « RETOURNE-TOI ! »
J'ai à peine eu le temps de réfléchir à ce que j’avais vu que la pièce se retrouvait de nouveau plongée dans le noir. Le tube fluorescent ne bourdonnait plus, mais j'entendais maintenant autre chose. Des bruits de pas. Les bruits de pas de plusieurs pieds légers en provenance des tunnels, comme s'ils couraient dans ma direction. Les bruits se rapprochaient de plus en plus. Ils résonnaient dans la pièce, et j'ai soudainement eu la sensation que les pas étaient juste derrière moi, à seulement quelques centimètres. J'ai reculé, non sans trébucher, vers l'entrée. Un rire s'est fait entendre au loin, ressemblant à celui d'une petite fille. Mais il semblait aussi sombre, distordu. Je me suis retourné et me suis mis à courir, me fichant de la lampe torche et des batteries.
Je n'entendais rien, sinon mon cœur battre dans mes tempes. Bam bam bam.
J'ai fini par apercevoir au loin la lumière de la porte qui se rapprochait de plus en plus, et ai vu en même temps du coin de l'œil une autre lumière lointaine, derrière moi. Davantage de rires fous et distordus. Bam bam bam.
Je me suis précipité comme un taré hors du tunnel, le souffle court. Dehors, l'air était frais, et une petite pluie avait commencé à tomber. Jonathan et Johan étaient chacun assis sur une pierre dans l'herbe et me regardaient avec étonnement. Jonathan rigolait un peu.

Johan m'a demandé pourquoi je courais, et je me suis alors rappelé que la porte était toujours ouverte. Bien que mon corps soit complètement éreinté par la peur, la panique et la fatigue, je me suis redressé et me suis dirigé vers le battant. J'ai posé ma main sur la poignée et, au même moment, je les ai entendues.
Au loin, retentissant entre les murs de béton nus, les notes claires d'un harmonium jouant une mélodie monotone et plaintive.
Je me suis tourné vers Johan et Jonathan, qui m'ont regardé avec des yeux pleins de terreur, confirmant ainsi ce que j'avais perçu. Ils l'avaient, eux aussi, entendue. La porte s'est refermée avec un bruit sourd. Et le son de l'orgue s'est tu.

Traduction : Astrophel

source

lundi 1 avril 2019

Le rituel de l'étranger

Le rituel de l'Étranger semble être assez récent, il a en effet été publié le 29 octobre 2014 sur Creepyasta wiki par un certain « Sylar1610 » (un fan de Heroes, je présume) [NdT : Je précise que ce rituel a depuis été supprimé du site, comme de nombreux autres avant lui, d’ailleurs]. Tout comme pour d'autres jeux similaires (le Jeu de l'hôte, le Racontoqueur, le Jeu de Minuit, etc.), la partie Invocation implique l'utilisation d'une porte, bien que l'on ne sache pas vraiment qui ou quoi est invoqué. Le rituel de l'Étranger est une sorte de "pacte avec le Diable", quoique le démon auquel vous pourriez avoir à faire n'est pas exactement précisé.

Je ne peux pas vraiment, en toute bonne conscience, recommander à quiconque de jouer à des jeux similaires, et encore moins à celui-ci, d'ailleurs. Il est en effet particulièrement déconseillé. Faire du mal aux autres a toujours été un gros NON dans mes récits, et dans bien d'autres histoires aussi. Vous ne jouez pas seulement à vos risques et périls, ici. Vous faites aussi courir des risques à quelqu'un d'autre.


Joueurs :

  • Une personne.
Exigences :
  • Une porte, idéalement faite de bois. La porte doit avoir une serrure, mais elle ne doit avoir ni fenêtre ni judas.
  • Une bougie blanche.
  • Une bougie noire.
  • Un briquet ou des allumettes.
  • Un cadeau. Le cadeau ne doit PAS être un objet de pouvoir ou un quelconque talisman. Il devra en réalité en être le contraire : quelque chose qui n'a aucune connexion de quelque sorte que ce soit avec vous. Achetez donc ce cadeau le jour où vous avez l'intention d'effectuer le rituel. Des friandises ou des bonbons quelconques sont recommandés.
  • Quelque chose pour écrire. Une craie est recommandée.
  • La photographie d'une personne répondant aux spécifications suivantes :
    1. Vous devez avoir pris la photo vous-même.
    2. La photo doit être aussi récente que possible.
    3. La photographie ne doit pas représenter quelqu'un de votre famille.

Instructions :

L'invitation :

  1. Commencez après la tombée de la nuit. Vous pouvez commencer à n'importe quel moment tant que le soleil s'est couché. Cependant, pour obtenir les meilleurs résultats possibles, il est recommandé de commencer en étant le plus proche possible de minuit.
  2. Assurez-vous d'être seul(e) dans le lieu où aura lieu le rituel. Fermez toutes les fenêtres, tirez tous les rideaux, couvrez tous les miroirs et éteignez les lumières. Gardez la photographie sur vous.
  3. Fermez la porte. Avec ce que vous aurez pris pour écrire, inscrivez-y le mot "Étranger".
  4. Placez les deux bougies de chaque côté de la porte (quelle couleur est placée de quel côté n'a aucune importance). Allumez-les avec votre briquet ou vos allumettes.
  5. Placez le cadeau en face de la porte. Si elle s'ouvre vers l'intérieur, assurez-vous également que le cadeau soit suffisamment éloigné pour qu'il ne soit pas touché ou renversé quand la elle s'ouvrira.
  6. Frappez à la porte trois fois.
  7. Attendez.
  • Si vous n’entendez qu'un silence pesant dans la pièce : ne continuez pas. Essuyez le mot inscrit sur la porte, verrouillez-la et soufflez les bougies. Attendez jusqu'au lever du soleil. Après celui-ci, vous pourrez déverrouiller et ouvrir la porte.
  • Si vous entendez trois coups venant de l'autre côté de la porte : vous pouvez continuer. Ouvrez la porte légèrement - pas plus d'un pouce ou deux - mais ne regardez pas à l'extérieur. Après avoir fait ceci, tournez-vous et placez vous dos au battant ainsi qu'à votre cadeau.

L'échange des cadeaux
  1. Derrière vous, la porte s'ouvrira complètement. Vous sentirez alors une présence : cela indique que l'Étranger est arrivé. Ne vous retournez PAS. Ne regardez PAS l'Étranger.
    • Si l'Étranger n'approuve pas votre cadeau : ne poursuivez pas. Ne vous retournez pas. Ne regardez pas l'Étranger. Excusez-vous auprès de celui-ci. Restez où vous êtes jusqu'au lever du soleil.
    • Si, pour une raison quelconque, vous ne souhaitez pas continuer à ce stade : présentez des excuses à l'Étranger et demandez-lui poliment de partir. La porte se fermera, et vous pourrez vous retourner, essuyer le mot inscrit sur celle-ci, la verrouiller et souffler les bougies. Attendez jusqu'au lever du soleil. Ne déverrouillez PAS la porte avant que le soleil ne se lève.
    • S'il approuve votre cadeau: il vous demandera un nom. Regardez votre photo et dites à voix haute le nom de la personne qu'elle représente.
  2. Attendez.
  3. Vous entendrez alors la porte se fermer, et la présence de l'Étranger disparaîtra. Une fois le battant fermé, et la présence évaporée, retournez-vous : votre cadeau ne devrait plus être présent. Essuyez le mot inscrit sur la porte, verrouillez-la et soufflez les bougies. Attendez jusqu'au lever du soleil. Ne déverrouillez PAS la porte avant que le soleil ne se lève.
  4. Brûlez la photo dès que possible. Ne négligez PAS cette étape.

Les résultats :

Gardez un œil sur les rubriques nécrologiques au cours des trois prochains jours. Si vous voyez apparaître le nom que vous avez donné à l'étranger, le rituel peut être considéré comme un succès - dans la mesure où n'importe quel rituel de ce genre peut être considéré comme un succès.




Notes complémentaires :

Tant que vous ne vous retournez pas ou ne regardez pas l'Étranger, vous n'avez pas à le craindre : c'est votre invité, et en tant que tel, il ne vous nuira pas. Cependant, si l'Étranger n'approuve pas votre cadeau ou si vous choisissez d'abandonner le rituel après l'arrivée de l'entité, il est recommandé de ne plus tenter d'accomplir ce rituel dans le futur, plus jamais. L'Étranger serait très mécontent de vous.

Après l'arrivée de l'Étranger, il est impératif que vous ne vous retourniez pas ou ne le regardiez pas. Les conséquences peuvent varier d'une personne à une autre, mais au mieux, l'Étranger ne partira jamais.

Concernant la photographie: n'oubliez PAS de la brûler. Si elle n'a pas été détruite par le feu au moment où la victime meurt... Eh bien, disons que vous ne serez plus en état de garder un œil sur les rubriques nécrologiques.


FAQ du rituel de l'Étranger

Que se passe-t-il si l'on utilise une photo qui ne remplit pas les conditions ?

Cela ne fonctionnera probablement tout simplement pas. Vous voyez la manière dont une fournée cookies ne donnera pas ce que vous voulez en sortant du four si vous omettez l'un des ingrédients lorsque vous les préparez ? C'est la même chose avec les exigences de tout jeu ou rituel.


Que se passe-t-il une fois que l'Étranger est parti avec le cadeau et le nom de la personne ?

Votre environnement va revenir à la normale, même s'il ne faut pas oublier de remplir les instructions qui suivent la rencontre avec lui (effacer le mot, verrouiller la porte, éteindre les bougies, attendre le lever du soleil pour déverrouiller la porte et brûler la photo).


Si j'accomplis le rituel correctement une première fois, puis-je le refaire ?

Vous pouvez toujours essayer de le refaire ; quant à savoir si vous devriez réessayer, c'est une autre question. Je ne le ferais pas, et ça vaut pour tous les jeux de ce genre. À moins que les instructions n'indiquent clairement qu'il est possible de retenter l'expérience, je préfère considérer la plupart de ces jeux comme quelque chose à ne faire qu'une seule fois.
Dans ce cas précis, je ne pense pas que l'Étranger apprécierait qu'on lui demande des faveurs sur une base régulière.


Faut-il rester éveillé toute la nuit ?

À moins que les instructions de quelque jeu que ce soit n'indiquent qu'il faille aller dormir, il est probablement plus sûr de rester éveillé. De cette manière, vous serez conscient de tout ce qui pourrait se produire dans l'espace vous entourant avant que n'arrive le moment où vous serez en sûreté. Cela dit, tant que vous restez dans la pièce avec la porte fermée une fois que l'Étranger est parti, vous devriez rester plus ou moins indemne même si vous vous endormez. Probablement.


C'est donc une sorte de tueur à gage éthéré ?

On peut dire ça.


Combien de temps ça prend pour entendre les trois coups à la porte ?

Si les coups doivent arriver, ils risquent de ne pas arriver instantanément, mais ce sera assez rapide. Vous n'allez pas les attendre une heure ou quoi que ce soit.


Comment savoir si le cadeau n'est pas approuvé ?

Vous le saurez.


Que faire si la porte n'a pas de verrou ?

Ne réalisez pas le rituel. Les instructions stipulent que la porte doit avoir un verrou, donc si ce n'est pas le cas, au mieux, le rituel ne fonctionnera pas, au pire... Eh bien, disons que le verrou est là pour une raison.


Quand vaut-il mieux brûler la photo ? Faut-il attendre le matin, ou est-il possible de la brûler immédiatement après avoir éteint les bougies et effacé le nom ?

Je pense qu'il faut attendre le lever du soleil. J'ai toujours vu cette étape comme étant la dernière, après avoir verrouillé la porte, éteint les bougies, effacé le nom, attendu que le soleil se lève et déverrouillé la porte.


Est-il possible d'utiliser une photo numérique de la personne ? Si oui, suffirait-il de supprimer la photo ou faudrait-il brûler l'appareil sur lequel elle se trouve ?

J'éviterais. La technologie qui pointe son nez là où il ne faut pas a tendance à tout faire foirer. De plus, le rituel spécifie très explicitement que la photographie elle-même doit être détruite par le feu, donc je ne pense pas que la suppression marcherait (ça ignore l'instruction concernant la destruction par le feu), tout comme je ne pense pas que brûler l'appareil fonctionnerait (vous brûlez l'appareil, pas la photo). Les détails comptent.


La photo peut-elle être de soi-même.

Elle pourrait... Mais dans ce cas, vous ne feriez que vous offrir à l'Étranger. Si votre vie a de la valeur à vos yeux, alors ne donnez pas de photographie de vous-même.


Que se passe-t-il si l'on filme le rituel avec une caméra ? Est-il possible de regarder l'Étranger à travers la caméra ?

Non. Même si vous regardez l'Étranger à travers une caméra, c'est toujours lui que vous regardez, ce que l'on vous dit expressément de ne pas faire. Ne le faites pas.
J'éviterais aussi d'amener un quelconque appareil électronique à un rituel, mais c'est juste moi.


Traduction de souls et de Magnosa

Source (et là aussi)