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vendredi 8 février 2019

La vieille dame

Je viens vous parler d'une expérience vécue le mois dernier, pour avoir votre avis, et savoir si d'autres en auraient vécu une similaire.


Il était dans les 3h du matin quand ça a commencé. Un grattement, à peine audible, mais suffisamment pour ne plus entendre que lui dans la nuit. Un grattement permanent, qui ne semblait pas vouloir s'arrêter, mais dont le rythme n'était jamais le même. Au départ, je ressentais de l'énervement plus que la peur. Je suis quelqu'un de nerveux, le moindre son répétitif comme l'éternelle goutte d'eau dans l'évier, et j'en fais une fixation.


Impossible de me rendormir, avec ce bruit parasite. Je me suis donc levé en soupirant, ai allumé ma lampe de chevet, et fait un effort considérable pour me remettre les idées en place à cette heure avancée de la nuit. Cherchant la source du grattement, je me suis rendu sur le palier de la porte de ma chambre, et ai tendu l'oreille. Cela m'a permis de conclure que le son venait bel et bien de la pièce dans laquelle je me trouvais.


Après un nouveau soupir, j'ai poursuivi mon investigation, et me suis me couché contre le plancher, y collant l'oreille dans l'espoir de déterminer si le grattement pouvait provenir d'en dessous. Celui-ci a cessé presque immédiatement. Haussant les épaules, je m'apprêtais à relever la tête, lorsque cet horrible son est revenu juste au niveau de ma nuque, plus fort que jamais. D'un bon, je me suis redressé, les jambes en coton et le coeur battant à 1000 à l'heure. Le grattement cessa presque aussitôt. Dans ma tête, ça fusait. C'était quoi, à l'instant ? Comment ça a pu savoir l'endroit précis où je me trouvais...sans même me voir ? Et, tout aussi étrange, j'étais dans un vieil immeuble, il n'y avait donc que ce vieux plancher qui me séparait de la voisine du dessous. Sauf que la hauteur sous plafond doit dépasser les 2m50. Impossible donc qu'elle se mette à gratter son plafond à 3h du matin, surtout à 95 ans.


Au bout de 5min de réflexion à m'en faire cramer les neurones, j'ai poussé un énième soupir, et me suis recouché. Inutile de vous dire que le sommeil fut dur à retrouver.


Le lendemain matin, tout ça n'était presque plus qu'un mauvais souvenir, presque risible.
Le jour se passa normalement, et pour tout vous dire, je n'ai plus pensé à cet événement de la journée. Du moins, jusqu'à ce que je franchisse le pas de ma porte. A ce moment là, je me souviens qu'une désagréable sensation s'est emparée de moi. D'autant plus désagréable qu'il n'y avait à priori aucune raison valable. Tétanisé, je restais dans mon hall, droit comme un I, respirant le plus lentement possible, dans la crainte de je ne sais quoi. Il m'a fallu au moins 5 min pour déterminer ce qui n'allait pas.


L'appartement était silencieux, beaucoup trop silencieux. C'était comme si je portais des boules quies. Si bien que les seules choses que j’arrivais à entendre, c'étaient ma respiration haletante, et mon cœur qui tapait de plus en plus vite dans ma poitrine. Rien d'autre. C'était une sensation horrible, oppressante et malsaine. Et pour un appartement sans double vitrage situé en plein centre ville, ce silence n'avait rien de normal. Reprenant mes esprits, j'ai franchi le seuil, et me suis retrouvé dans le couloir. J'ai fixé la porte un instant, et ai sorti ma clé, avant de la fermer méticuleusement. Ma respiration était rauque, mes mains moites et mes yeux remplis de larmes. Après quelques minutes à contempler le battant clos, j'ai réalisé que ce que je venais de faire était complètement idiot et insensé. Avec un petit rire gêné pour moi-même, j'ai à nouveau inséré la clé dans la serrure, et ai poussé la porte. Alors que celle-ci s'ouvrait, un poids s'est enlevé de mes épaules. L'appartement était à nouveau baigné de ses bruits habituels : le tic-tac l'horloge, le vrombissement du frigo, l'agitation de la ville à travers mes fenêtres.... Tout était normal. Cependant, si cela avait pu me rassurer un tant soit peu, je n'était pas tranquille pour autant. J'ai avancé lentement en direction du salon, comme si au moindre pas de travers, ça pouvait recommencer. Mais rien. Rien ne se passa jusqu’au moment de me coucher.


Il était 23h15, et je venais d'enchaîner des épisodes d'une série à la con tout en vidant 3-4 bières pour me détendre. Estimant que c'était assez pour ce soir, j'ai rejoint mon lit et me suis couché, tentant de trouver le sommeil en gardant les récents événements le plus loin possible de mon esprit. Et, comme on pouvait s'y attendre, le grattement a repris quelques heures plus tard. Je me suis levé immédiatement, et ai allumé la lumière dans la foulée. La peur avait laissé place à la colère. Il paraît que la nuit porte conseil, et effectivement, le début de celle-ci m'avait permis de me convaincre que le silence bizarre de la journée était sûrement un malaise dû à la fatigue, et que ces grattements avaient une explication des plus rationnelles. Mais visiblement, j'allais devoir remettre cela en question une nouvelle fois. A nouveau, je me suis aplati sur le sol en collant mon oreille contre le plancher. Comme lors de la nuit précédente, le son s'est aussitôt arrêté. C'est alors que je me suis rendu compte que quelque chose me chatouillait le nez. Je n'ai rien vu sur le moment, alors j'ai passé ma main entre les lattes du plancher. Des cheveux, des putains de cheveux blancs coincés entre les lattes en bois. Lattes en bois qui je le rappelle servait de plafond à la voisine du dessous.


Ça n'avait rien d'horrible en soit, mais le malaise que je ressentais à la vue de ces cheveux était atroce. J'essayais de relativiser la chose, mais quand même, je voyais mal comment ils avaient pu se coincer à cet endroit. Comme pour me sortir de ma torpeur, le grattement a repris un peu plus fort. J'avais envie de gueuler, mais si la vieille dame n'avait rien à voir avec ça ? Si c'était des bêtes, ou je sais pas quoi...? Après tout, je n'avais jamais le moindre problème avec elle, mieux valait régler ça en journée.


Mais bien décidé à en trouver la source de mon côté avant une quelconque discussion, j'ai à nouveau plaqué l'oreille au sol. Cette fois, le grattement n'a pas cessé. Je pouvais l'entendre plus clairement que jamais. J'ai fermé les yeux, bloqué ma respiration, et me suis concentré au maximum. Le bruit était régulier, fort, comme si quelqu'un essayait de creuser le bois avec ses ongles. Cette image m'a donné un frisson, rien que d'imaginer le bois sous mes ongles... Brrr. Au vu de la force du grattement, des ongles normaux n'auraient pas pu tenir, de toute façon. J'ai chassé cette image tant bien que mal, et me suis à nouveau concentré sur le son. J'entendais autre chose, comme un petit râle plaintif mais très léger. L'inquiétude prenait petit à petit le pas sur la peur. On ne savait jamais, s'il était en train d'arriver quelque chose à la voisine ? Si c'était le cas et que je restais sans réagir, je m'en voudrais toute ma vie.


Alors, je l'ai appelée doucement, toujours collé contre le parquet. Le grattement a cessé presque aussitôt. Elle m'avait donc entendu. "Vous allez bien ?". Pas de réponse. Si quelqu'un me voyait, je passerais sûrement pour un fou... Il s'agissait sûrement d'une bête, un rat où je ne sais quoi. Le grattement a alors repris de plus belle, accompagné d'un souffle rauque qui se faisait entendre par intermittence. Avant de prendre la décision de descendre voir ce qui se passait vraiment, je me suis déplacé de quelques centimètres à droite, où je sais que deux lattes sont un peu espacées, laissant à jour presque 1 cm d'espace sur une bonne longueur. Avec un peu de chance, je verrai quelque chose, quelque chose qui me ferait décider si oui ou non j'allais débouler chez la voisine et la réveiller la à 3h du matin. J'ai attrapé mon téléphone, ai allumé le flash et ai commencé à balayer doucement la zone, collant le plus possible mon oeil contre la fente. Le grattement s'est alors intensifié, et semblait se rapprochait de moi. C'est alors que mon cœur s'est arraché. Au moment où j'ai déplacé le faisceau vers la source du bruit, je suis tombé sur un oeil, un oeil révulsé, les vaisseaux explosés. Un oeil qui me fixait intensément. J'ai poussé un cri en me reculant d'un bond.


Ni une ni deux, je suis sorti en trombe dans le hall, dévalant les escaliers deux par deux pour voir quel bordel se déroulait dans l'appartement en dessous. Dans un sursaut de bon sens, j'ai d'abord tambouriné chez le gardien en lui criant de venir vite, que c'était une urgence. Sans pouvoir lui expliquer quoi que ce soit, je lui ai hurlé d'ouvrir la porte de la vieille avec son double dès qu'il m'a eu rejoint. Ce qu'il a fait. Sitôt la porte ouverte, je suis entré en trombe, pour me retrouver face à... absolument rien. L'appartement était vide. Vide de son occupante, mais aussi de son mobilier.
"Elle est morte il y a trois jours, sa famille l'a enterrée avant-hier. Vous pensiez trouver quoi là-dedans ?" Sous le choc, je me contente de secouer la tête, et de m'excuser poliment avant de remonter chez moi, désorienté.

Trois jours et trois nuits passèrent sans qu'aucun grattement ne se fasse entendre. Je commençais à mettre tout ça sur le compte de la fatigue. Après tout, j'avais peut-être développé une psychose avec ce bruit, et ça m'avait fait vriller. Du moins, c'est ce que je pensais jusqu'à ce que je descende à la boîte aux lettres, croisant le gardien, blanc comme un linge, en pleine discussion avec la fille de ma vieille voisine qui était toute aussi livide.


L'exhumation du corps avait été demandée après que le gardien du cimetière ait rapporté des bruits de grattement provenant de sa tombe.
Il s'avère qu'elle s'était réveillée à l'intérieur, et avait gratté et cogné le bois de son cercueil, s'arrachant ongles, cheveux et bouts de crânes dans la bataille.


Je n'arrive toujours pas à m'expliquer ce que j'ai vu. Ni pourquoi elle s'est manifestée auprès de moi. Mais quelque part, je ne peux pas m'empêcher de ressentir de la culpabilité.

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