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lundi 10 juin 2019

Le testament d'Omaha

Cette anecdote s'est déroulée dans un petit village de Normandie. Comme le village en question est relativement proche des plages du débarquement, j'appelerai, pour le reste de mon témoignage, ce village Omaha. Je ne révélerai pas d'information personnelle dans les paragraphes qui suivront ; non pas que j'encours quelconque risque à dévoiler ces informations, mais dans le doute, je préfère conserver l'anonymat des personnes dont je parle.

Dans le village d'Omaha, dans le Calvados, il y avait un vieux monsieur qui était connu pour sa réussite. Il avait eu une jeunesse difficile : il était né dans une famille pauvre, la Seconde Guerre mondiale avait marqué son enfance, et sa famille était régulièrement frappée par des malheurs. Quand il eut atteint l'âge de seize ans, cet homme se saisit de toutes les opportunités qui se présentèrent à lui, et travailla durement, année après année, pour nourrir sa famille. Ses efforts finirent par payer : bien plus tard, ses enfants bénéficièrent d'une très bonne situation et ne manquèrent de rien.

Son histoire est évidemment plus compliquée que ça, mais pas besoin de la raconter dans les moindres détails. Disons simplement que, quand on entend le nom de cette homme, la première pensée qui nous vient à l'esprit est celle d'une personne courageuse, avec beaucoup de mérite, qui a tout construit de ses mains et inspire un profond respect. 

Cette belle histoire allait néanmoins connaître un dénouement...étrange. Aujourd'hui encore, les amis de ce monsieur n'évoquent que rarement cette anecdote, de peur qu'elle ternisse son image en le dépeignant comme une personne folle. 

Après la mort de cet homme, ses enfants devaient se répartir son héritage, selon les termes stipulés dans son testament (écrit quelques mois avant son décès). Le contenu de ce testament n'a pas été rendu public, mais des individus indiscrets ont fait fuiter suffisamment d'informations pour se faire une idée de ce qui y était écrit. Certains détails pourraient avoir été déformés par un effet de "téléphone arabe".

Dans un premier temps, le monsieur écrivait qu'il avait honte d'avoir rendu sa réussite "visible". Lui qui avait grandi dans l'humilité, il avait la sensation d'être devenu involontairement hautain, en osant porter quotidiennement des vêtements élégants, en osant rouler dans de belles voitures, et en ne cachant pas son goût pour les restaurants chics. Il s'excusait auprès de Dieu pour son manque de modestie. 

Ensuite, il aurait écrit ne vouloir léguer qu'une toute petite partie de sa richesse à ses enfants, et aurait demandé qu'on dilapide le reste, sinon la totalité du magot. Cette demande surprenante, le défunt l'explique en disant que, contrairement à ce qu'il a laissé penser pendant des années, il n'a aucun mérite. Tout cet argent ne serait "pas de l'argent sale" selon ses dires, "mais de l'argent maudit".

Dans les paragraphes qui suivent, les explications deviennent abracadabrantes. 

Alors qu'il avait onze ans, et que deux de ses frères étaient déjà morts à la naissance, il aurait contracté la tuberculose, dont il aurait dû mourir. Son père, très pieux, s'apitoyait sur le sort de sa famille, en se demandant pourquoi Dieu avait choisi de les punir de la sorte, tandis que sa mère, rendue folle de ne pas avoir trouvé de réconfort en Jésus, se serait tournée...vers Satan. L'homme rapporte que, à cette période, sa mère n'adressait ses prières qu'à Satan, et qu'elle avait scellé un pacte avec le Diable pour que son fils survive à la maladie. Cela aurait débouché sur une guérison miraculeuse.

Réalisant que le Malin était d'une bien meilleure aide que le Christ, les parents de l'homme auraient sollicité le Diable à plusieurs reprises, notamment pendant l'Occupation. L'idée de faire un pacte avec le Diable n'aurait pas été totalement secrète, puisque très vite, les parents auraient persuadé d'autres familles d'Omaha de quérir l'aide de Satan pour leurs problèmes. Au fond d'eux, ils avaient l'impression de libérer les gens de "l'imposture de la chrétienté". 

Mais un pacte implique une relation donnant-donnant, et tous ne respectent pas leur part du contrat. L'homme aurait écrit que ses parents donnaient "quelque chose en retour" (bien qu'il ne précise pas la chose en question), tandis que les autres habitants d'Omaha qui avaient scellé un pacte avec le Diable étaient beaucoup plus égoïstes. Alors, Satan se serait vengé en déclenchant un grand incendie, qui aurait coûté la vie à toutes les personnes n'ayant pas respecté l'accord.

Ce grand incendie est réel. Je n'étais pas né, mais je sais qu'il a eu lieu. Tous les vieillards du village s'en souviennent très bien, c'est un événement qui est transmis de bouche à oreille depuis des décennies. Une vingtaine de personnes sont mortes dans les flammes, et d'après le testament, les victimes de l'incendie sont bien des individus n'ayant pas respecté leur contrat.

Tenté par ce qu'un pacte avec le Diable peut apporter, l'homme, qui avait longuement regardé ses parents faire, aurait à son tour prié Satan, quelques années plus tard, pour lui demander une vie pleine de réussite et une chance perpétuelle dans les affaires. Et Satan se serait exécuté, en donnant à l'homme de nombreuses opportunités dont il était toujours le premier à profiter. En échange, l'homme brûlait une partie de ses richesses, comme pour les offrir au Diable par le biais du feu. 

Ce serait très vite devenu une habitude : à chaque fois qu'il achetait de la nourriture, des vêtements, des jouets, il en prenait un tout petit peu plus, et il allait brûler ce surplus quelque part, dans la rase campagne, tout près d'Omaha. C'était sa façon de remercier son "partenaire" et de remplir sa part du contrat. 

D'après ce que l'homme aurait écrit, il pensait parfois que tout ceci n'était qu'une coïncidence, et que sa réussite n'était en rien imputable à Satan. Il aurait essayé à plusieurs reprises de briser le pacte en n'offrant rien en retour ; mais des malheurs inattendus lui tombaient dessus, le faisant comprendre qu'il devait respecter le pacte coûte que coûte. 

Mais l'homme aurait progressivement réalisé que, ce faisant, il en devenait prisonnier. Tandis que ses richesses s'accumulaient et qu'il devenait, au fil des années, un père de famille comblé avec une situation confortable, il sentait qu'elle était précaire. Ce que l'homme allait brûler dans la rase campagne, ce n'était pas ce que désirait Satan. Le Malin voulait probablement l'âme de ce monsieur, et ses offrandes matérielles n'était qu'un acompte, qui ne le satisfaisaient que temporairement. C'est du moins ce que l'homme comprit, car, d'après le contenu supposé de son testament, le Diable ne s'est jamais manifesté physiquement devant lui.

Espérant que Satan le lâcherait si les cadeaux avaient une valeur "humaine", l'homme commença à repousser les limites du raisonnable : il aurait forcé sa femme à avorter, pour sacrifier l'âme du fœtus. Il aurait provoqué un accident de voiture, qu'il aurait réussi à faire passer pour un acte involontaire, en tentant en vain de causer des morts dont Satan pourrait prendre l'âme. Rien n'y fit. Quand il ne donnait pas une grosse part du gâteau à la Bête, des malheurs lui tombaient dessus, signe que Satan en voulait, encore et toujours, à son âme. 

La détresse de l'homme atteignait alors son paroxysme : il pensait que s'il ne trouvait pas un moyen de rassasier Satan, son âme serait emportée en Enfer. Cette obsession l'avait poussé à commettre des méfaits de plus en plus impardonnables...

L'homme aurait finalement avoué, dans son testament, être à l'origine du meurtre d'une joggeuse, dans la région, dans les années 80. Il espérait, en tuant cette femme qu'il ne connaissait même pas et qu'il avait quasiment choisie au hasard, que Satan serait satisfait et qu'il le laisserait tranquille. Cette affaire de meurtre est réelle, mais jusqu'à présent, elle restait non élucidée, et on aurait été très, très loin de s'imaginer que cet homme-là puisse être l'auteur d'un crime aussi sordide. A partir de ce moment, personne ne sait si ce passage du testament devait être pris au sérieux, ou si l'homme avait perdu la boule.

Réalisant à quel point il était devenu un monstre, le monsieur aurait alors fait machine arrière, et serait devenu un fervent chrétien, cherchant à tout prix à se libérer de l'emprise du Diable et à obtenir sa rédemption. Dans son testament parsemé d'excuses envers Dieu, il répète constamment qu'il regrette d'avoir bâti toute sa vie en commerçant avec Satan, et dit vouloir se racheter à tout prix, pour tout le mal qu'il a fait. Il aurait ordonné à ses descendants de détruire tous ses biens, ce qui ne fut pas fait, lesdits descendants ne prenant pas le testament de leur père au sérieux.

Évidemment, on est en droit de remettre en question la véracité des anecdotes rapportées par le défunt, car personne n'avait entendu pareille histoire avant la lecture du testament. Les faits vérifiables auquel le monsieur fait référence ont bien eu lieu, mais toute cette histoire autour de Satan paraît absurde, si bien qu'il n'est pas impossible que ce monsieur ait développé une forme de schizophrénie dans les dernières années de sa vie.

Et pourtant, trois éléments font penser qu'il y a une part de réel dans toute cette histoire.

Premièrement, on a trouvé, dans une plaine près d'Omaha, une petite zone où l'herbe ne pousse plus. On jurerait que le gazon a été brûlé, mais le plus troublant, c'est la présence de résidus de billets partiellement brûlés à cet endroit précis. On peut penser que c'est là que l'homme sacrifiait une partie de ses biens à Satan.

Deuxièmement, tous ceux qui fréquentaient l'homme s'accordent à dire qu'il avait l'air parfaitement lucide jusqu'à la fin de sa vie. On en viendrait même à penser que cette histoire de testament n'est qu'une blague de mauvais goût, de la part d'un homme à l'esprit décidément unique.

Enfin, un dernier détail, et pas des moindres : il y a quelques années, un long moment après la mort de cet homme, lors d'une réunion de famille entre ses descendants, un incendie s'est déclaré dans la salle des fêtes où avait lieu le repas. L'incendie a fait quatre morts. Les quatre enfants du monsieur. Les mêmes qui avaient refusé de se débarrasser des biens de leur père. Un peu comme si le Diable était venu réclamer ses dettes.

Il n'y a pas de morale à cette histoire et je ne sais pas quoi en penser. Juste que ce petit testament, écrit par un homme quelque part dans un petit village normand, est peut-être une preuve qu'il ne faut pas trop badiner avec le Diable.

10 commentaires:

  1. Bonjour, je suis relou, les enfants ne meurent pas en couches, ce sont les mères qui meurent en accouchant qui meurent en couches.
    Sinon c’était bien, pas super original mais agréable à lire et efficace

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  2. C'est pas précisé qu'ils sont morts à la naissance, et un enfant qui meurt en portant une couche, il meurt en couche.

    Plus sérieusement, bonne remarque.

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    1. Toi t'as trouvé la solution pour ne jamais avoir tord *clap clap*

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  3. Si sa mère a commencer à invoquer le diable à ses 11 ans, comment c'est possible qu'il soit pas né pendant l'incendie

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    1. Qu'est ce qui empêche l'incendie d'avoir eu lieu après ses 11ans ?

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    2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    3. C'est le narrateur qui est né après l'incendie et pas le vieux.

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  4. Ca me fait penser au genre de contes qu'on peut trouver en Normandie ou en Bretagne, un tout petit peu modernisé. J'ai bien aimé, mais ça n'a pas grand chose à voir avec les creepypasta.

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