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lundi 30 mars 2020

Je pense que Lovecraft était sur quelque chose

Lorsque j’étais enfant, j’avais l’habitude de pêcher avec mon père. Tous les dimanches, on descendait sur Providence River et on passait des heures à lancer des hameçons dans l’eau. La plupart du temps, on n’attrapait pas grand-chose à part quelques bars ou quelques petits poissons bizarres par-ci par-là. Je regardais parfois mon père soulever les grosses bestioles sur notre petite barque à moteur et retirer les crochets ensanglantés de leurs bouches béantes. Au début ces trucs me terrifiaient, j’étais jeune et je ne comprenais pas grand-chose.

Plus je grandissais, et moins mon père m’emmenait dehors, il avait toujours une bonne excuse. Soit il était trop occupé, soit il ne se sentait pas très bien. À partir de là, je lui ai souvent reproché de ne pas vouloir passer de temps avec moi. Mais après tout, je n’étais pas un enfant parfait non plus.
Mon père était un homme de la nature, comme son père avant lui, et il passait tout son temps dehors, garantissant à ma mère et moi une existence saine grâce à ses talents en termes de pêche et de chasse. Il vendait le fruit de son travail tous les lundis matin au marché local, lequel était essentiellement constitué de fourrure, de viande ou de poisson. Frais comme un gardon dès 6 heures du matin, il était toujours le genre à être suspicieusement en avance.

Mais toutes les choses de la vie s'épuisent  et meurent un jour, et c’est ce qui a fini par arriver à ma mère, malgré le fait que je me sois occupé d’elle du mieux que je pouvais. Tous ces facteurs dans ma vie m’ont conduit à l’isolement et la solitude, je n’avais pas d’amis ou de petite amie et je ne savais pas non plus comment m’en trouver. J’ai fini par quitter notre petite maison et j’ai emménagé sur une péniche que je m’étais achetée. Il n’y avait pas meilleur moyen pour avoir du poisson frais à disposition.

Vivre sur une rivière, aussi bizarre que cela puisse paraître, m’a rendu encore plus isolé que de vivre sur la terre ferme. Il n’y a vraiment personne à qui parler sur la rivière. J’ai fini par devenir un rat de bibliothèque, et de ce fait, par me plonger dans des histoires écrites par de grands auteurs.

De temps en temps, je faisais le trajet de la rivière jusqu’au centre-ville pour faire les courses et je m’arrêtais à la librairie. Lovecraft était un auteur dont je n’avais jamais entendu parler, mais dont le vendeur m’avait fortement recommandé les écrits.

J’ai passé de nombreuses nuits à lires ses contes glaçants. C’était très anxiogène, mais je ne pouvais détacher mes yeux de ces pages maudites. Chaque jour, je me réveillais et je mettais en place mes lignes de pêche, j’avais développé un système qui me permettait d’en mettre plusieurs à l’eau en même temps, un truc d’optimisation ou quelque chose dans le genre.

Mais au fil des années, les poissons ont commencé à grandir… anormalement. J’ai d’abord cru que c’était juste le niveau de mercure dans l’eau qui augmentait, ce qui aurait pu provoquer des mutations sur la faune aquatique, une évolution naturelle de la vie dans cet espace. Du moins, j’ai gardé cette explication jusqu’à ce qu’ils se mettent à parler. En tout cas, c’est ce qu’ils avaient l’air d’essayer de faire. Je remontais souvent quelques bars ou des poissons bleus comme mon père et moi le faisions il y a quelques années, juste pour voir leur bouche remuer de haut en bas comme s’ils essayaient de former des suites de mots.

Au fil du temps, ça a empiré. Ils parlaient une langue chaotique et fracassante, tout ça n’avait aucun sens. Je ne peux rien faire d’autre que vous dire ce que j’ai entendu, et ce que maintenant je ne peux plus cesser d’entendre, comme des tambours battants à l’intérieur de ces créatures aquatiques me parlant en rythme. Chaque fois que leur voix me parvenait, ça me mettait en transe, et il me fallait beaucoup de volonté pour m’en libérer.

Quand les choses sont arrivées à leur paroxysme, chacun des chants de ces bestioles immondes me faisaient penser que j’avais été amené dans les profondeurs. Je ne peux plus appeler ça des poissons, ils me fixent, ils parlent, ils sont dans ma tête. Cette mélodie continue de m’envoûter. J’ai essayé un nombre incalculable de fois de résister à leur appel et de retrouver la terre ferme, mais j’ai échoué à chaque tentative.

Je peux entendre leurs voix démoniaques sous mon bateau désormais, ils m’ont encerclé. Ce n’est plus qu’une question de temps, je savais que je finirai par ne plus faire qu’un avec cet endroit. Je ne pensais pas que ça arriverait si vite.

Je me tiens sur le pont maintenant, je vois les créatures nager tout autour de la coque, leur minuscule tête en dehors de l’eau, ce rythme infernal me martelant toujours les tympans. Cette chanson qui m’ordonne de plonger, de ne faire qu’un avec ce trou. Le truc le plus dérangeant dans tout ça, c’est que je peux distinguer la voix de mon père dans la chorale.

Je pense que Lovecraft était sur quelque chose.

Traduction de Charlou




8 commentaires:

  1. C'est en lien avec "Le Cauchemar d'Innsmouth" de Lovecraft si je ne m'abuse. Va y jeter un œil :)

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    1. Je pense que sa un rapport avec une certaine
      Legende si je ne me trompe
      (JE PEUX ME TROMPER QUAND MEME ×) !!!)

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    2. quelle légende ?

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  2. Ça me rappelle cette histoire de Lovecraft dans laquelle un gamin se rend compte qu'il n'est pas humain mais fait partie d'une race d'hommes poisson et s'en retourne dans les profondeurs de R'lyeh. Peut-être que le protagoniste est de la même race et c'est pourquoi il entend la voix de son père

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    1. Je connais pas Lovecraft mais d'après ce que tu viens de décrire ça semble ultra plausible

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