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vendredi 30 novembre 2018

Le surnaturel est comme un aimant.

Bonjour à tous. Pour faire court, je suis un amateur de paranormal un peu curieux qui cherche sur le web des témoignages qui parlent de phénomènes surnaturels pendant son temps libre. D'habitude, je ne tombe que sur des fakes, mais cette fois-ci on m'a contacté pour me donner un témoignage des plus troublants. Je me suis dit que cela pourrait vous intéresser, je le poste donc ici, avec l'autorisation de l'adolescent qui me l'a envoyé.
J'ai changé certaines informations personnelles, pour préserver son anonymat et celui de ses proches.



17 juillet


Bonjour à vous. Je vous contacte parce que j'ai entendu parler de vous, et j'aurais besoin de vous parler de quelque chose ; je pense que mon voisin n'est pas humain. Je sais que vous allez croire à un canular, mais pourtant c'est bien vrai. Laissez moi contextualiser.


J'ai vécu en Guyane Française depuis mes 9 ans. Avant cela, j'habitais en Picardie, mais mon père a eu une offre d'emploi là-bas. Il travaille pour le CNES, et ceux-ci avaient besoin qu'il remplisse un poste au Centre Spatial Guyanais (le CSG). C'est donc ainsi que j'ai quitté la France métropolitaine qui m'a vu naître et grandir, pour aller vivre à Kourou, dans la rue Martin Luther King. Au début, j'ai eu beaucoup de mal avec la chaleur et la nuit qui tombait très tôt et amenait son lot de moustiques, mais pour être franc je m'y suis vite habitué. On apprend vite à se plonger dans la piscine quand il fait trop chaud, à beaucoup boire et à éteindre les lumières à 19h.
Au départ, je suis arrivé anxieux à l'école Raymond Cresson, en craignant d'être rejeté mais là-bas, il y a une diversité de population hallucinante. Des créoles, des métropolitains (les français d'Europe), des brésiliens, des Hmongs... je me suis tout de suite bien entendu avec les gens.


Mais, assez parlé de moi. Tout a commencé il y a deux ans. Mes voisins avaient envie de déménager depuis longtemps, mais quelque chose les retenait : Kali, une vieille chienne noire. L'animal n'était plus en état de voyager, et ils voulaient qu'elle vive ses derniers jours avec eux dans la rue qu'elle avait toujours connu. Et comme on pouvait le prévoir, celle-ci est morte il y a justement deux ans. Le quartier entier était attristé, car c'était une brave bête. Certes, elle était un peu idiote, aboyait les cyclistes et était pleine de tiques, mais je n'ai jamais revu d'animal plus affectueux et fidèle qu'elle. C'est après ce triste évènement que nos voisins décidèrent de partir, ce qu'ils firent quelques mois plus tard. Mais, quelques temps après, la maison fut rachetée par celui qui m'amène à vous aujourd'hui : Adrien.


Dès lors qu'il a emménagé, il a décidé de faire le tour du quartier pour se présenter. C'était un homme plutôt imposant, au teint hâlé, aux cheveux très longs (jusqu'au milieu ou au bas du dos, selon s'il se les était coupés ou non), et très poli. Il ne se fit pas remarquer, ne faisait jamais de bruit, et était apprécié du voisinage. Je discutai très vite avec lui, car il se révélait être un drôle de personnage ; il voyageait à travers le monde pour se renseigner sur les légendes des différents peuples. Il comptait donc faire de même ici, et profiter de la diversité ethnique. Croyez-moi ou non, mais il allait carrément passer quelques jours dans la forêt Amazonienne une fois par mois. Comme il interpellait souvent des inconnus dans la rue pour leur poser des questions sur leurs croyances, il devint très vite "Adrien le sorcier". Ce surnom était cependant affectueux, car les jours de marché, tout le monde le saluait et on lui gardait toujours un jus de maracuja de côté.


Vous ne devez pas voir le problème pour l'instant. Eh bien, depuis son arrivée, plusieurs éléments me perturbent. Déjà, sa maison ne change jamais d'apparence malgré le fait qu'il ne l'entretienne jamais. L'herbe ne pousse pas, on ne voit jamais un nid de moustique, pas un détritus, rien. En plus de cela, son bananier ne donne jamais de fruit, et je suis persuadé d'avoir entendu des hurlements de chien la nuit exactement comme ceux de la vieille Kali. Mes parents, eux, étaient sûrs de l'avoir vu parler à des gens alors que personne n'était rentré chez lui, et les voisins me disaient que malgré le fait qu'il s'habille toujours de la même façon, il ne transpirait jamais. On ne le voyait d'ailleurs jamais manger, en dehors des repas où il était invité.


Vous devez vous dire que je suis juste paranoïaque car j'ai rencontré un excentrique, mais ce n'est pas ça. Car ce qui m'a décidé à vous parler s'est passé en février (pour information, nous n'avons pas d'hiver). Dans notre jardin, il y a un manguier, et depuis quelques temps il ne produisait plus de fruits, ou plutôt les oiseaux allaient les manger directement sur l'arbre. Si vous voyez la hauteur qu'un manguier peut atteindre, vous comprenez que nous étions impuissants. Nous avons donc demandé son aide.
Il est venu, a tracé un signe sur l'arbre et a murmuré quelques paroles inaudibles, puis nous a dit qu'il avait juste fait un vieux rituel qu'il avait appris. Depuis, on a plus un oiseau qui vient manger nos mangues, et pour cause : on retrouve chaque matin leurs carcasses gisant à terre.


8 août


Bonjour de nouveau. Je tenais juste à signaler que depuis la dernière fois, les évènements ont empiré. Cependant, le nombre de cadavres d'oiseaux que l'on retrouve chaque matin diminue petit à petit depuis quelques temps, c'est donc que ce qui les tue doit s'affaiblir avec le temps. Mais, plus troublant, je voulais vous parler des choses qui arrivent à présent.


Du vivant de Kali, celle-ci passait ses journées à chasser les iguanes. Elle laissait ainsi des cadavres à moitié dévorés dans le jardin de nos voisins, ce qui les énervait beaucoup. Eh bien, on retrouve maintenant les mêmes cadavres dans le jardin d'Adrien. Quand on lui demande leur origine, il dit que ce doit être un chien errant qui a dû les déposer là. Et ce n'est pas tout : à présent, on peut voir des silhouettes humanoïdes la nuit près de chez Adrien voire chez lui, et on entend à toute heure de la journée comme des voix qui chuchoteraient.


19 août


Tout cela est devenu encore pire. Les chuchotements deviennent parfois des hurlements, et on retrouve des cadavres d'iguanes jusque dans notre jardin, ou dans la rue. On a cru plusieurs fois voir la vieille Kali chez lui. Certains passants se plaignent de s'être fait suivre et parfois attaquer par des êtres à la forme inconsistante devant la maison d'Adrien. Celui-ci commence à sortir de moins en moins de chez lui, et les rumeurs se font de plus en plus noires. On lui prête des attributs sataniques, ou de véritable sorcier.


Moi, j'essaie de toujours lui parler. Mes parents restent cordiaux, mais le fuient du regard lorsqu'ils l'aperçoivent. Je ne l'ai pas vu au marché cette semaine, d'ailleurs. La dernière fois que j'ai pu échanger quelques mots avec lui, il m'a dit quelque chose comme "je ne sais plus si c'est le surnaturel qui m'attire, ou moi qui attire le surnaturel."


15 septembre


Je me suis fait agresser en sortant de chez moi avant-hier. Par un chien noir qui ressemblait bien trop à un que je connaissais pour que ce soit réel. Et pourtant, la bête m'a arraché un bout de chair à la jambe droite avant de s'enfuir du côté...de chez Adrien. Bien sûr, le chien était introuvable chez lui. En allant aux urgences, néanmoins, ma blessure m'a semblé être moins grave. Alors que les docteurs s'assuraient de la gravité de la blessure, qu'elle ne s'infecte pas et que l'animal n'ait pas la rage, ils furent surpris de voir sa rapidité de guérison.
24 heures. 24 putains d'heures, et cette blessure qui menaçait de me priver de ma jambe avait cicatrisé. Il n'y en avait plus aucune trace. Au lycée, les gens commencent à raconter que je suis possédé, maudit, ou qu'Adrien m'apprend la sorcellerie. On m'évite dans les couloirs. Même ma copine, d'habitude terre-à-terre, semble y croire. Elle a dit qu'elle s'inquiétait pour moi, qu'elle ne voulait pas me voir devenir une créature de l'ombre.


Foutaises. Je me sens encore normal, moi. Pourtant, je ne suis pas le plus à plaindre. Adrien, lui, ne sort plus de chez lui, et son portail a été vandalisé il y a peu. Je crois qu'il commence à craindre sérieusement pour sa peau, mais je n'ose plus lui parler. J'ai réfléchi depuis que ma copine m'a dit ça hier, et je pense qu'elle s'inquiète sincèrement pour moi. De toute façon, je compte bien me tenir éloigné de sa maison, à présent.


21 octobre


Il est parti. Adrien est parti. Depuis l'incident du chien, il a commencé à partir de chez lui pour aller explorer la forêt Amazonienne régulièrement. Ces derniers temps, on ne le voyait revenir que pour quelques heures. D'ailleurs, depuis qu'il est plus souvent absent, les évènements étranges ont diminué en intensité. Les rumeurs aussi, d'ailleurs, et pour moi tout est rentré dans l'ordre. Ma copine ne m'en a plus jamais reparlé, et je l'invite souvent chez moi sans qu'il ne lui arrive rien.


C'était en début de semaine, qu'il a annoncé qu'il allait partir. On a eu une réunion de quartier où il s'est excusé pour tout, et nous a promis que tout rentrerait dans l'ordre. Je sentais de la crainte de tout le monde, mais que peu d'animosité à son égard. Ce matin, j'ai vu qu'il n'y avait plus aucune trace de lui dans sa maison, excepté une lettre vite griffonnée qui m'était destinée. Je la recopie ici, pour vous épargner de devoir déchiffrer son écriture :


"Il est temps de te dire adieu, mon garçon. Comme tu as été mon plus fidèle confident, je t'écris cette lettre pour ne pas que tu finisse comme moi. Lis la bien, et détruis-la au cas où. Tout objet m'ayant appartenu pourrait les attirer.


Normalement, dans quelques jours, tous les évènements dont vous avez été témoins auront disparu. Tu dois t'en douter, mais c'est la conséquence de trop s'intéresser au paranormal. Depuis mon plus jeune âge, ça a été ma passion, et j'ai délaissé ma famille et mes amis pour voyager à travers le monde. J'ai fini par atterrir dans des endroits dont tu ne soupçonnes pas l'existence, j'ai appris énormément, mais ça m'a coûté tout autant. Car en m'intéressant de trop près au surnaturel, j'ai fini par basculer de l'autre côté de la limite.


Je ne suis pas fou, mais je sais trop de choses que je devrais ignorer. Heureux sont les ignorants, comme on dit ; je n'aurais pas pensé que c'était aussi vrai. Depuis que j'ai commencé mon périple, partout où je vais ma présence donne lieu à des phénomènes surnaturels. C'est la contrepartie de vivre comme je vis, c'est que je ne fais plus qu'un avec l'irréel. Car le surnaturel est un aimant : je l'attire, et il m'attire tout autant.


Alors, ne t'en approche pas. Ne t'y intéresse pas de trop près. Je sais beaucoup de choses pour me protéger, mais toi ou une personne lambda seriez en grand danger si jamais vous deviez vous retrouver dans la même situation."


Voici donc tout son témoignage. J'en ai vu d'autres, mais celui-ci me trouble beaucoup car après vérification, il y a des traces de l'existence  de cet "Adrien". Je ne peux hélas pas vous les fournir, elles permettraient de dévoiler l'identité de l'adolescent qui m'a contacté. Et vous, qu'en pensez-vous ?

Des spotlights pour Noël !

Afin de fêter Noël comme il se doit, l'équipe de CFTC vous proposera, jusqu'au 25 décembre, et ces tous les lundis et les mercredis, un spotlight de textes ayant pour thème Noël. Bien sûr, les autres publications du vendredi et du Dimanche resteront des textes inédits.

 Rendez-vous tout à l'heure pour la creepypasta et lundi pour le premier spotlight !


lundi 26 novembre 2018

Les guêpes de mon grand-père

D'aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu cette grande ruche, perchée dans l’immense sapin près de la maison de mon grand-père.


Nous étions trois, mes cousins et moi. Nous étions curieux. Nous n’arrêtions pas de demander si nous pouvions emprunter l’échelle pour essayer d’atteindre le sommet, et voir le nid de plus près. Et toujours, mon grand-père secouait la tête. Il disait qu’il ne fallait pas déranger les guêpes, que l’échelle était trop courte de toute façon. Alors, à chaque nouveau lever de soleil, la ruche était toujours au même endroit, immobile, attendant.


Un appel toujours plus impérieux à venir l’explorer, la toucher, la déranger un peu.



Le plus étrange, c’est que nous n’avions jamais vu de guêpes dans les environs. Pas une seule, depuis que nous venions ici. Grand-père nous disait que c’est parce qu’elles étaient trop en hauteur, ou alors en sommeil, et qu’il ne fallait surtout pas les réveiller.


Je sais que mes parents insistaient depuis des années pour qu’il la fasse enlever. Mais il se contentait toujours de hausser les épaules et de changer de sujet.


Le temps a passé. D’enfants, nous avons fini par devenir des adolescents. La stupidité qui allait de pair avec cette évolution ne nous a pas épargnés, et nous n’arrêtions pas de nous lancer ce défi idiot qu’était celui d’escalader le sapin et d’en décrocher la ruche. Mais heureusement, ni moi ni mes cousins n'avions osé. Du moins, à cette époque.
Puis, nous sommes devenus de jeunes adultes. Basiquement la même chose, avec en bonus la capacité de réaliser nos conneries d’adolescents.


« – Je te parie que tu ne monteras pas en haut du sapin pour en décrocher la ruche », m'a un soir lancé mon cousin Jérôme pour la millième fois au moins de toute notre vie, alors que nous étions tous trois assis sur le porche, bière à la main et soleil déclinant au-dessus des cimes.


Je me souviens très nettement que mon autre cousin plus âgé, Marc, a levé les yeux au ciel.


« – Pas encore ce truc idiot... »


Moi ? J’étais assez âgée pour avoir le cran de relever le défi, mais encore trop jeune pour avoir l’intelligence de ne pas le faire.


« – Je te prends au mot, tu me devras une bière.
– Si tu y arrives, je te payerai un pack entier. »


Je me suis alors levée, et j’ai marché vers le grand arbre, suivie de près par Jérôme. Marc a fait de même, mais avec une certaine réticence. Nous sommes finalement arrivés au pied du fameux sapin. Nous avions bien grandi depuis la première fois que nous étions venus ici, à nos cinq ans ; mais il demeurait malgré tout bien plus large et massif que nous. Le plus grand arbre que nous ayons jamais vu.


J’ai alors commencé à grimper. Le début était facile, je l’avais fait de multiples fois. C’est la suite qui posait problème, qui demandait toujours plus d’efforts. Et qui devenait plus dangereuse, aussi.


J’ai battu mon record précédent ce jour-là, et j’ai continué à grimper jusqu’à la ruche. Les encouragements de Jérôme et les conseils inquiets de Marc devenaient de plus en plus lointain.


Vous savez comment sont les sapins, les branches du sommet sont toujours moins touffues, moins longues que celles de la base ? Elles sont plus fragiles aussi. Je devais donc faire très attention. Heureusement, la ruche ne trônait pas vraiment au sommet de l’arbre, autrement il aurait été impossible de l’atteindre.


Mais plus je montais vers elle, plus elle me semblait étrange. Sa forme était grossière, irrégulière. Je ne voyais aucune guêpe. En dessous de celle-ci, le tronc de l’arbre semblait étrangement boursouflé, en une improbable excroissance d’écorce qu'on ne pouvait voir depuis le sol.


Aucun bourdonnement. Aucune guêpe. Ce n’était pas faute de faire attention pourtant, je ne voulais pas me faire piquer. S’il y en avait eu, je me serais sans doute arrêtée là et serais redescendue. Toucher la ruche, c’était plus un délire de gamin, le principe de nos jeux était juste de s’en approcher le plus possible.


Mais il n’y avait pas de guêpes. Donc j’ai continué.


Je me suis arrêtée de grimper au moment exact où j'ai réalisé que la ruche n’était pas vraiment attachée à l’arbre, mais plutôt à l’excroissance du tronc mentionnée précédemment.
Et que l’écorce avait ici la forme d’un être humain.


Un être humain à l’envers, enserrant le tronc de ses mains et de ses jambes, immobile. Donc ce que nous avions pris pendant des années pour une ruche était visiblement la tête. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de me poser plus de questions.


Deux yeux se sont ouverts sur la ruche. Deux yeux bleus, humains.


J’étais tellement sur le cul que je n’ai eu aucune réaction. Je me suis contentée de regarder les yeux, bouche bée.


« – Est-ce que ça va ? a hurlé Jérôme. »


La créature a alors eu un mouvement vif, incroyablement vif. Elle m’a foncé dessus, dégringolant le tronc comme une chenille arrimée à sa branche.


J’ai hurlé et tout lâché.


La rencontre avec le sol a été rude. J’ai eu très mal, j’ai beuglé et chialé comme une gamine, je ne mentirais pas. Jérôme et Marc se sont immédiatement précipités vers moi.


Nous avons tous les trois vu la chose, la même chose. Elle a atterri à quelques mètres de là où j’étais moi-même tombée, sans problème. S’est redressée. Nous a regardés, de ses grands yeux bleus incrustés dans la fausse ruche.


Puis a fait volte-face et s’est mise à courir en direction de la forêt, ses jambes partant sans cohésion dans tous les sens, mais avec une vitesse phénoménale.


La dernière chose que j’ai vue, c’était son cul nu en écorce qui disparaissait dans les fourrés.


Marc a appelé les pompiers. J’avais une côte cassée et une fracture à la jambe. Nous n’avons rien dit. Ni aux parents, ni aux médecins, ni à grand-père.


Mais quand ce dernier a fini par apprendre que j’étais tombée de l’arbre, quand il a vu que la ruche n’était plus là, il ne nous a pas laissé le choix. Il nous a chassés. On a dû passer une nuit à l’hôtel, tous les trois, le temps que nos parents respectifs viennent nous chercher en voiture.


Nous n’avons pas dormi de la nuit. Nous n’avons pas discuté de ce que nous avions vu non plus.


Nous n’avons plus jamais revu grand-père. Il refusait de quitter sa maison, et refusait aussi que nous retournions chez lui.


Si je parle de cette histoire, c’est parce qu’il est mort récemment. Marc et moi étions les seuls héritiers possibles de son domaine forestier, Jérôme étant mort quelques années plus tôt dans un accident de moto. Mon cousin ne voulait plus rien avoir à faire avec les lieux, et m’avait conseillé d’en faire de même.


Comme je l'avais déjà fait des années auparavant, je ne l’ai pas écouté.


Je suis allée à la maison. Le palier en ruines m’a rappelé des souvenirs, bons comme mauvais. Je suis entrée dans la maison. Juste le silence. Et un petit bourdonnement.


Depuis ma dernière expérience j'aimais encore moins les guêpes, même celles aussi petites que l’intruse qui m’importunait à l’instant. J’ai passé plusieurs minutes à essayer d’anéantir celle-ci à l’aide de ma chaussure, avant même de vouloir explorer les lieux davantage. J’ai finalement réussi à l’atteindre, mais pas avant qu’elle réussisse à me piquer.


Il m’a semblé entendre la voix de mon grand-père résonner au moment où le projectile a enfin atteint sa cible. Il nous disait toujours de ne jamais, jamais tuer un insecte quel qu’il soit.


Après le meurtre, j'ai retourné ma chaussure. Il y avait un mélange abominable de chitines et de fluides visqueux, d'une curieuse teinte jaune et rouge.
Dans les derniers morceaux encore identifiables de la créature, je suis sûre d’avoir vu de minuscules membres humains, ainsi que la monture déformée d’une paire de lunette infiniment petite.


Je suis partie aussi vite que j’étais venue. Sans ma chaussure et sans les clés de cette maudite maison.


Le médecin m’a dit que c’était une simple piqûre de guêpe, sans rien d’anormal. Je m’en suis remise quelques jours plus tard.

vendredi 9 novembre 2018

Je vous appelle pour vous informer

- Bonjour ?


- Bonjour, c'est bien Karen Maitland à l'appareil ?


- Oui, c'est bien ça.


- Heu... je suis désolé d'appeler si tard... C'est juste que... Hum... Je connais votre fille ?


- Est ce que Anna va bien ?


- Oh, heu... Non, Je... L'autre... Je vais au collège communautaire avec Sarah ?


- Oh... D'accord. Bon. Et vous vous situez vers où ?


- Chicago.


- Chicago ?


- Hah, de par votre réaction je peux deviner que Sarah a toujours été une sorte de loup solitaire.


- Ah, oui. On peux dire ça, en effet... Mais c'est bien d'entendre qu'elle a quelques amis là-bas. Je peux vous demander la raison de votre appel ?


- Et bien, je vous appelle pour vous demander si vous êtes entrée en contact avec Sarah récemment.


- Hum... non... Pas vraiment. Elle a en quelque sorte... coupé les ponts il y a pas mal de temps. Je lui ai toujours dit qu'elle pouvait, si elle le voulait... Je n'ai pas changé de numéro de téléphone, juste au cas où. Mais, je pense qu'elle... a probablement changé le sien maintenant.


- Je suis désolé. Ça, heu... ne lui ressemble pas trop. Bien... écoutez, je suis désolé de vous l'apprendre, mais Sarah est portée disparue.


- Quoi ? Comment ça, disparue ? Depuis combien de temps ?


- Heu, depuis presque trois jours.


- Trois jours ? Ok bah heu... Mais... Je veux dire... Qu'est ce qui se passe, des gens la recherchent ?


- Et bien, c'est ça le truc, je... je ne pense pas. Je veux dire... Vous savez qu'elle n'est pas très sociable... donc elle n'a pas vraiment d'amis proches. Et elle est très souvent absente. Alors c'est comme si personne n'avait remarqué. J'ai averti la police, mais elle ne semble pas être disposée à pousser l'enquête trop loin.


- Mais c'est... Elle a toujours été un peu antisociale ! Mais ça ne veut pas dire qu'ils n'ont pas à... Écoutez, pouvez-vous me donner le nom de votre Campus ? Je prends un avion dès ce soir, je pourrais ainsi y être demain après-midi.


- Bien sûr, c'est le Campus WestGate. J'appelais juste pour vous avertir, car, honnêtement c'est heu... C'est vraiment bien de voir quelqu'un prendre cette affaire au sérieux.


- Bien sûr... Merci beaucoup de me l'avoir dit.. Je... J’apprécie vraiment le geste.


- Non, honnêtement, c'est moi qui devrais vous remercier. J'ai, heu... J'ai déjà fait ça plusieurs fois dans le passé et... Ce n'est vraiment pas marrant si tout le monde s'en fout.


- Pardon ? Que voulez vous dire ?
  Allo ?

 Traduction : Kamus

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