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lundi 18 janvier 2021

Fiche M : L'affaire de Hautefaye




Temps de lecture approximatif : 5 minutes

Nous sommes le 16 août 1870 en Dordogne, et une foire se tient à Hautefaye, dans l’arrondissement de Nontron. Alain de Monéys, adjoint au maire de la commune voisine de Beaussac enfile son canotier, embrasse sa mère et part vers le bourg pour y saluer les habitants. Il a 32 ans, est célibataire et est exempté du service militaire du fait de sa faible constitution. Mais il a fait lever son immunité par volonté patriotique et se prépare malgré tout à partir vers le front lorrain pour combattre les Prussiens. La situation politique n’est guère plaisante : la France s’est engagée dans une guerre sans merci qu’elle sait ne pas pouvoir gagner, et Napoléon III, bien qu’apprécié par la population rurale, sent venir le changement.

Dans quelques heures, Alain deviendra la victime d’une des plus horribles affaires ayant secoué la France au XIXème siècle.

Arrivé au village, le bougre salue ses amis et connaissances, l’air enjoué. Il est connu de tous et apprécié du plus grand nombre. Il a récemment été élu et a mis au point un système d’assainissement pour un cours d’eau local, la Nizonne. Bref, tout semble bien s'annoncer : la population est accueillante, l’ambiance joviale, et de Monéys est promis à un bel avenir.

Un premier incident vient troubler cet ordre établi. Camille de Maillard de Lafaye, cousin d’Alain, favorable à la royauté (donc à contre-courant des opinions profondément impérialistes du village), lit à haute voix les dépêches de la bataille de Reichshoffen. Les Français reculent face à la Prusse. Accusé d’être un menteur, il est hué par la foule : il devient un Prussien, un espion à la solde de l’ennemi et un agitateur de l’ordre public. Il doit prendre la fuite devant cette méprise. Plus tard, il sera établi par les témoignages des principaux intéressés que de Maillard avait déjà pu énerver les foules pour des raisons similaires… Mais nous y reviendrons.

Se produit le deuxième incident. De Monéys arrive au cœur de la foire : on lui rapporte que son cousin aurait tenu des propos polémiques : « À mort Napoléon ! Vive la République ! ». Naïvement, le pauvre commence alors à défendre son cousin, persuadé qu’il ne s’agit que d’un malentendu. Plein de bonne foi et de bonne volonté, désireux de bien faire, il s’adresse à la foule en cherchant à rassurer.

Ses déclarations sont mal comprises, déformées, mal interprétées. On l’accuse à son tour, et c’est lui qui devient le Prussien, le traitre, le pro-République.

Commence alors le supplice.

De Monéys est cerné par les paysans, hargneux et querelleurs. Des invectives fusent : « C’est un Prussien ! » ; « Il faut le pendre, le brûler ! » Les frères Campot, figures importantes du village, portent les premiers coups. La foule rugit, et c’est l’escalade, la ruée vers Alain, innocent, paralysé et terrifié, qui n’a que son honnêteté et son envie de plaire pour se protéger. Il aura beau crier « Vive l’Empereur ! », la meute du village semble avoir oublié sa véritable identité. Il n’est plus que « le Prussien ».

Peu d’entre eux gardent la tête froide. L’abbé Saint-Pasteur, curé du village, essaie d’écarter la foule avec son pistolet, mais finit par renoncer devant son agressivité. Il fera cependant diversion, offrant le vin à tous ceux qui voudront bien le suivre loin d’Alain. Mais cela ne suffit malheureusement pas, et l’épaisse masse de villageois restante enchaîne coups de sabots, d’aiguillons et de piques sur la victime. Philippe Dubois et Georges Mathieu, les neveux du maire, s’interposent pour mettre leur comparse à l’abri ; mais le maire en personne refuse de les aider, incapable de reconnaitre de Monéys déjà défiguré par les coups. Il ne les laisse pas entrer, de peur que les paysans pénètrent à leur tour et ne lui brisent sa vaisselle. Mazière et Buisson, deux des tortionnaires, reprennent Alain de Monéys. Le village se réunit de nouveau, haineux et grondant, prêt à mettre en pièce l’objet de son ire. Chambord décide de le pendre à un arbre, se déclarant du conseil municipal et donc apte à décider à la place du maire, manifestement désintéressé du sort du « Prussien ».

On noue le nœud et on tend la corde à un cerisier. La branche craque et se rompt, trop faible. Mais Monéys ne s’en tirera pas ainsi. La foule hurle, enragée. S’il ne peut être pendu, alors il sera battu à mort.

Chambord hurle : « Avant de le faire périr, il faut le faire souffrir ! » On le bat, on l’attache dans un atelier. On lui brise les jambes, et lui fracasse le crâne. Le maire finit par intervenir, mais toujours sans intérêt aucun : qu’il soit Prussien ou non, il consent à ce qu’on l’installe dans son étable à mouton. « Faites-en ce que vous voulez, dit-il, mangez-le si vous voulez ! » Là, profitant d’un moment de répit de ses bourreaux, Monéys est soigné par ses deux partisans…

Il se croit sauvé. Il veut même que l'on achète une barrique de vin pour faire donner à boire à ceux qui le poursuivent.

Voilà donc les faits qui ont été rapportés par la suite : Alain de Monéys, après avoir été battu, pendu, humilié et souillé, ne souhaite qu’une chose : qu’on perce une barrique de vin et que l’on se réconcilie tous ensemble. Qu’il soit à ce stade de la folie n’est pas étonnant. Mais qu’il ne le soit pas, et parle en étant sain d'esprit, qu’il fasse simplement preuve jusqu’au bout de sa bonté est une pensée plus effrayante encore que celle de son égarement.

Néanmoins, le groupe de poursuivants cauchemardesques, habité par une folie meurtrière sans commune mesure, enfonce la porte de la grange. De Monéys est à nouveau roué de coups, propulsé au-dehors. Sa tête ressemble à un globe de sang, ses cheveux sont arrachés, ses jambes brisées. Ses partisans reprennent le corps, dans une dernière tentative de l’abriter à l’auberge. Le propriétaire lui ferme la porte sur la cheville, la lui brisant. Ce dernier rampe alors jusque sous une charrette en pleurant. Il est délogé, avant qu’on lui porte un coup violent à la nuque, coup mortel s’il en est.

L’histoire qui nous occupe pourrait se terminer ici. La haine spontanée et l’ampleur de la réaction de ce village entier envers un homme sont déjà effarantes.

Mais la fin de notre histoire vous laissera un goût amer, car le supplice d’Alain ne s’arrête pas là. Il est ensuite, bien que déjà mort, écartelé par la foule, fracassé de coups de fourches, de pieux, de crochets. La foule n’en a pas terminé avec lui, et s’acharne encore à détruire le « Prussien ». On le traîne alors par les jambes. Son cadavre, déchiré, saute de gauche à droite. Sa tête résonne sur les pavés. « Vive l’Empereur ! » chante-t-on. On parle d’une récompense offerte par Napoléon pour la mort du Prussien. Du remboursement de son bûcher.

Car oui, l’apothéose doit se faire par la crémation de la dépouille de cet infâme Prussien, monstre parmi les monstres, que l’on a aujourd’hui bien maté. Le bûcher est dressé. C’est le plus jeune garçon du village qui est chargé d’y mettre le feu.

On rit alors, on danse, et on commente.

Alain de Monéys est mort et brûlé. Son supplice aura duré deux heures et demie. Suffisamment longtemps pour que tout le village soit coupable au pire de complicité, au mieux de ne rien avoir fait.

« Voyez comme ça brûle bien ! »

« Nous aurons fait griller à Hautefaye un fameux cochon ! »

« Dommage que toute cette graisse soit perdue… »

L’histoire se fait ici plus folle encore, mais aussi plus floue. Les journaux rapporteront des propos étranges et des témoignages glauques. « Mangez-en si vous voulez ! » ; « Dommage que toute cette graisse soit perdue… ». Ces propos seront actés et rapportés par de nombreux témoins au cours du procès qui s'ensuivit, et leurs auteurs, à l’exception du maire, reconnaîtront les avoir tenus.

Et si, perdus dans l’hystérie profonde et l’extatique sensation de voir brûler la chose, la bête, les habitants avaient osé… y goûter ? Les journaux parleront de cannibales, les tribunaux eux, constateront simplement que des pierres plates proches du bûcher gardent des traces de graisse et qu’elles auraient pu recevoir des morceaux découpés de la victime…

Cinquante personnes seront arrêtées, dont vingt et une seront inculpées. Quatre villageois seront condamnés à mort, et passeront à la guillotine sur la place de ce même village. La mère d’Alain se laissera mourir de chagrin.

Le village, lui, en gardera une honte imprescriptible.
 
Sources :
Jean Teulé, Mangez-le si vous voulez, Paris, Julliard, 2009, 129 p.
Gelli, Mangez-le si vous voulez, Paris, Delcourt/Mirage, 2020, 166p.

Cette creepypasta vous est offerte grâce au travail de Jared Gauss, qui a assuré la compilation des éléments nécessaires à sa rédaction, de Sawsad, Dr.lama et AngeNoire qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et de Litanie et Noname qui se sont chargés de la correction et la mise en forme. L'équipe de Creepypasta from the Crypt n'affirme ni ne dément la véracité du présent article et invite les lecteurs à se faire leur propre avis sur la question. L'équipe décline également toute responsabilité en cas de disparition ou de mort, douloureuse ou non, s'ensuivant des éventuelles recherches menées à cet effet.

lundi 11 janvier 2021

Spirited Away Hair




Temps approximatif de lecture : 5 minutes
 

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L'équipe médicale de "Spirited Away Hair" est composée de médecins chevronnés et d’un personnel hautement qualifié venant du monde entier. Nos professionnels rapportent leur expertise et leurs diplômes de leurs pays d’origine, incluant le Soudan, le Cambodge, la Thaïlande, la Biélorussie, la Colombie et l'Iran. Nous avons cherché partout ailleurs, et il n'y a tout simplement aucun autre endroit mieux qualifié que "Spirited Away Hair" pour satisfaire votre besoin de cheveux humains. Le fait que nous prélevions des cuirs chevelus entiers implique que ce que vous sélectionnez est tout à fait adapté à la transplantation et à la mise en place de greffons capillaires (à condition, bien sûr, qu'il y ait une histocompatibilité adéquate entre vous et le propriétaire initial).

Toutes les tailles sont disponibles ! Nous proposons des scalps de tous âges, de la petite enfance à la gériatrie. Nous maintenons et renouvelons continuellement les niveaux du stock. Afin d'éviter le gaspillage des échantillons, "Spirited Away Hair" propose également un adorable assortiment de poupées de collection avec d'authentiques cheveux d'enfant ! Les poupées sont stylisées avec goût de manière à ne pas dégrader l'odeur et la texture originales des fibres. Si vous commandez un modèle pour jeune enfant, nous vous garantissons que vous pourrez même encore sentir l'odeur de la tête du bébé donneur lorsque la poupée arrivera. Nous parions que vous n'aurez jamais rien vu d'aussi réaliste que nos poupées de porcelaine. Mais elles ne sont pas disponibles tout au long de l'année, alors agissez vite et achetez la vôtre dès aujourd'hui !

Contactez-nous dès maintenant pour fixer votre rendez-vous ! Nous sommes impatients de savoir à quoi ressemble votre coiffure idéale, et nous sommes prêts à vous aider à réaliser vos rêves capillaires. N'attendez plus et profitez de la coupe parfaite dès aujourd'hui ! Nous voulons vous voir au plus vite, surtout si vous avez déjà une belle chevelure. En effet, "Spirited Away Hair" propose actuellement une nouvelle promotion étonnante que vous ne voudrez pas manquer. Si vous avez les cheveux roux, longs et bouclés, nous ferons votre premier mesurage du cuir chevelu et votre premier essayage, sans aucun frais supplémentaire !"


J'ai trouvé ce post sur une marketplace dans le deep web qui a depuis été saisi et fermé par Interpol. Il convient de mentionner que la liste des pays d'où cette société prétend engager son personnel médical (Iran, Biélorussie, Cambodge, etc.) est également la liste des nations les plus réputées au monde en matière de trafic d'êtres humains.

Cette creepypasta vous est offerte grâce au travail de David Feuling, qui a assuré la compilation des éléments nécessaires à sa rédaction, de Naveen qui a assuré sa traduction de l'anglais vers le français à partir de l'originale que vous pouvez trouver sur Creepypasta.com, de Daniel Torrance et AngeNoire qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et de Noname et Magnosa qui se sont chargés de la correction et la mise en forme. L'équipe de Creepypasta from the Crypt n'affirme ni ne dément la véracité du présent article et invite les lecteurs à se faire leur propre avis sur la question. L'équipe décline également toute responsabilité en cas de disparition ou de mort, douloureuse ou non, s'ensuivant des éventuelles recherches menées à cet effet.

vendredi 8 janvier 2021

La chaîne YouTube reprend du service !

En 2018, nous ouvrions sur YouTube notre chaîne communautaire, et y postions la première vidéo, un documentaire (que nous vous invitons à découvrir ou redécouvrir) au sujet de la creepypasta telle que nous l'avions jusqu'alors construite. Néanmoins, et vous l'avez constaté, il s'est agi de la seule et unique vidéo de la chaîne, du moins jusqu'à aujourd'hui. En effet, dès ce soir, notre chaîne reprend du poil de la bête ! Pour inaugurer ce nouveau départ, nous vous proposons un bouquet de quatre creepypastas dûment choisies et recommandées par l'équipe, que nous tenions à mettre en lumière et à vous faire découvrir sous un autre jour. Un grand merci à nos partenaires, qui, non contents d'avoir contribué à ce choix, nous prêtent également leurs voix pour pouvoir transmettre au mieux ces quatre récits.

Vous pouvez dès maintenant retrouver ici ladite vidéo, et nous donner votre ressenti en commentaire. D'autres projets et collaborations sont à venir sur la plateforme, n'hésitez pas à nous y suivre pour ne rien manquer !

Merci encore à Requiem.exe, Stup'Horror, Tales of Ivy et Récit Fantastique pour leur participation à cette inauguration !

lundi 4 janvier 2021

Gjoberdik




Temps de lecture approximatif : < 1 minute

À Gjoberdik, petit village de pêcheurs en Bulgarie, lorsque vient l’aube du 1er janvier, tout le monde ferme les rideaux et retient son souffle pendant trente secondes. Quelques heures après l’engouement des célébrations de minuit, les enfants regardent dans l'incompréhension leurs parents inquiets et tremblants, ne pouvant s’empêcher de frissonner dans leurs bras.

L'an dernier, durant ce court laps de temps, le tintement des cloches s'est fait entendre exactement 25 fois. Alors que pourtant, l’église la plus proche est à plus de 50 kilomètres. Vous ne trouverez personne dans les rues pendant ces trente secondes sacrées, et même les oiseaux cesseront de chanter.

Certains sont sortis de leurs maisons, criant avec hardiesse leur incrédulité face à cette tradition centenaire. Aux premières lueurs du jour de cette nouvelle année, deux personnes ont ainsi joué leur sort dans les tout premiers rayons du soleil.

À l'aube de l'année suivante, les cloches sonneront 27 fois.

Cette creepypasta vous est offerte grâce au travail de Daniel Torrance qui a assuré sa traduction de l'anglais vers le français à partir de l'originale que vous pouvez trouver sur Creepypasta.com, de Jared Gauss, Seven et Sawsad qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et de Kintefleush et Noname qui se sont chargés de la correction et la mise en forme. L'équipe de Creepypasta from the Crypt n'affirme ni ne dément la véracité du présent article et invite les lecteurs à se faire leur propre avis sur la question. L'équipe décline également toute responsabilité en cas de disparition ou de mort, douloureuse ou non, s'ensuivant des éventuelles recherches menées à cet effet.

lundi 28 décembre 2020

MrSleepyPeople


Temps de lecture approximatif : 9 minutes

J'aimerais vous parler d'une communauté que j'ai découverte il y a quelques mois. Pour vous donner du contexte, je dois d’abord vous parler de quelque chose dont j’ai honte, même si c’est relativement commun. J’ai toujours apprécié des vidéos que beaucoup trouveraient écœurantes. Tout a commencé avec les « blackhead removal » et autres évulsions de sébum coincé dans les pores de la peau. Bien vite, ce n’était plus suffisant pour satisfaire mon appétit, je suis donc passée aux traitements de kystes en tout genre, puis je me suis attaquée aux ablations de tumeurs.

J’ai aussi pu découvrir le monde merveilleux des parasites. Pour les amateurs, je recommande chaleureusement le contenu sur les larves des dermatobia, des mouches ayant une fâcheuse tendance à pondre des œufs dans la peau de certains primates.
Au fil des vidéos recommandées, je suis tombée sur les extractions de dents de sagesse qui m’ont apporté une grande satisfaction. Malheureusement, peu de chirurgiens-dentistes partagent en détails leurs pratiques, j’en ai rapidement fait le tour. Alors que je creusais pour trouver plus de contenu du même genre, l’algorithme m’a recommandé quelque chose de nouveau.

« Lisa Eye Check Part 1 »

La miniature montrait un pouce soulevant une paupière afin de dévoiler le globe oculaire. Quelques semaines auparavant, j’aurais soigneusement évité cette vidéo. Je suis plutôt frileuse en ce qui concerne les yeux. Je n’irais pas jusqu’à qualifier cela de phobie, mais ça me met mal à l’aise.

Pourtant j’ai cliqué, avide de nouvelles découvertes, pensant que ça ferait un peu de changement. La vidéo, publiée par la chaîne « MrSleepyPeople », date du 26 octobre 2011.

Au début, on peut voir un couple profondément endormi dans un lit. La chambre n’a pas de fenêtre et les murs nus font plutôt penser à une cave. Le cameraman se rapproche doucement, avançant jusqu’à n’être qu’à quelques centimètres du visage de la femme. De sa main libre, il soulève une paupière avec un doigt, rapprochant encore la caméra. D’un autre doigt, il lui touche l’œil, appuyant légèrement dessus. Il répète le même procédé avec l’autre œil, puis soulève les deux paupières en même temps. La femme et son compagnon sont toujours profondément endormis. Le cameraman fait quelques pas en arrière, puis la vidéo s’arrête.

Je me suis sentie mal à l’aise tout le long, beaucoup trop de détails me dérangeaient. Jusqu’à présent, dans les vidéos que j’avais pu visionner, les sujets étaient toujours consentants. La plupart était d’ailleurs entre les mains de professionnels médicaux, dans un lieu stérilisé et adapté à la procédure. Même en l’absence de ces professionnels, un minimum de précautions étaient prises, comme le port de gants ou au moins le lavage des mains.

Ici, rien de tout ça, juste un homme tripotant les yeux d’une femme inconsciente dans des conditions d’hygiène douteuses. Ne sachant pas comment réagir, j’ai jeté un coup d’œil aux commentaires, tous en anglais :

« Magnifique, quel âge a-t-elle ? Acceptes-tu les commandes de vidéos ? J’aimerais voir du feet play. »
« Très sexy ! J’ai une demande de vidéo spécifique, quels sont tes tarifs ? Je t’ai envoyé un mail. »
« J’ai des vidéos à échanger, plusieurs femmes, yeux clairs. Répondez à ce commentaire si intéressé. »

A ma grande surprise, la plupart des commentaires étaient encourageants et le ratio like/dislike était majoritairement positif. Avec mon malaise, ma curiosité grandissait, me poussant à explorer la chaîne. MrSleepyPeople comptait une quarantaine de vidéos, toutes du même genre. Certaines montraient les mêmes femmes, Lisa étant d’ailleurs mentionnée dans cinq titres de vidéos différents.

Certains d'entre eux mettaient en évidence d’autres éléments inquiétants. Quelques-unes des filles étaient indiquées comme « inconscientes » ou encore « ivres ». Les vidéos avaient été publiées de façon régulière depuis 2011, et la plus récente datait de janvier 2020. Chacune comptait plusieurs milliers de vues et des dizaines de commentaires.

J’ai d’abord pensé à un ARG très poussé. Il serait impossible pour une même personne de gérer autant de profils différents pour interagir avec les vidéos, ce devait être le travail d’un groupe. Autre élément difficile à expliquer : le nombre de jeunes femmes différentes sur la chaîne. Où trouvaient-ils autant de personnes prêtes à se faire manipuler les yeux ? J’ai continué à parcourir la chaîne, cherchant des éléments qui pourraient m’aider à comprendre ce à quoi j’avais affaire.  

Deux vidéos ont suffi à me convaincre que MrSleepyPeople n’était ni un projet artistique un peu sombre, ni une blague.

« Interrupted eye check »
Schéma similaire aux autres vidéos, une femme endormie, un « examen » des yeux. Vers la fin de la vidéo, la jeune femme referme l’œil qui est maintenu ouvert. Le cameraman s’éloigne brusquement d’elle, coupant la vidéo.

« Passed out Mary eye check, cleaning »
La vidéo est en format portrait, probablement prise avec un téléphone portable. Après l’habituel examen du globe oculaire, MrSleepyPeople se sert de la caméra frontale pour se filmer tandis qu’il rapproche son visage de celui de la femme endormie. C’est un homme, on ne voit que la moitié inférieure de son visage. La paupière est soulevée avec délicatesse, puis l’œil est léché avidement. La femme ne réagit pas.

Un excellent jeu d’acteur ne suffirait pas à réprimer un réflexe de protection des yeux. Mary, si c’est son vrai prénom, n’était pas consciente, et probablement pas consentante. Il m’a alors semblé évident que MrSleepyPeople profitait de jeunes femmes endormies et parfois droguées. Sa réaction lorsqu’une de ses victimes semblait prête à se réveiller prouvait qu’il le faisait à leur insu.

Plus déconcertant : pour qu’il puisse ainsi toucher leurs visages et ouvrir leurs yeux, ses victimes devaient être au stade du sommeil lent profond. Durant ce stade, il est difficile de se réveiller et le cerveau devient pratiquement insensible aux stimuli extérieurs. MrSleepyPeople connaît donc les habitudes de sommeil des personnes qu’il filme. Pire encore, il doit probablement les regarder dormir, attendant le moment opportun pour accéder à leurs yeux sans être importuné.

Après avoir visionné plusieurs « Examens de l’œil », YouTube a commencé à me recommander d’autres vidéos semblables. MrSleepyPeople n’était pas un cas isolé, j’ai rapidement trouvé des dizaines de chaînes proposant du contenu similaire. Des femmes endormies sont filmées à leur insu, leurs bras sont soulevés et relâchés pour montrer la flaccidité de leurs membres, leurs visages sont touchés, leurs pieds caressés.
En commentaire, les autres membres de cette sinistre communauté encouragent celui qui publie la vidéo à “faire plus”. Parfois, ils demandent des vidéos spécifiques ou proposent des échanges, laissant leurs adresses e-mail pour être contactés. Les playlists sur certains de ces profils ne sont pas bien rassurantes. La plupart sont centrées sur un aspect : l’incapacité de la victime, toujours une femme, à consentir. Endormie, évanouie, droguée, elle est un objet à la merci de la personne tenant la caméra. Certaines playlists montrent des techniques d’hypnose, dont ces personnes comptent probablement se servir à mauvais escient. 

Toute cette communauté est centrée sur le fantasme de la femme dans son état le plus vulnérable, inconsciente et dans l’impossibilité de refuser quoi que ce soit. Ses membres sont des hommes adultes partageant ou consommant des vidéos dont ils tirent une gratification sexuelle. Tout cela est fait aux dépens de femmes qui font souvent partie de leur entourage comme l’indiquent certains titres contenant les mots « ami », « cousin », « coup de ce soir », « colloc’ » ou « copine de mon colloc’ »

Ce qui a fini par me dégoûter, c’est que les femmes sur ces vidéos ne sont pas toutes majeures, comme en témoignaient des titres tels que « Examen de l’œil sur une enfant » ou encore « J’examine l'œil de ma petite sœur et je joue avec ses cheveux ». Sur les centaines de vidéos des playlists, on peut occasionnellement voir des enfants endormies, traitées comme des poupées de chiffon et qualifiées comme les adultes de « sexy », « attirantes » ou encore « délicieuses ». S’ils sont capables de poster cela sur YouTube, je n’ose pas imaginer le genre de vidéos que ces hommes se partagent en privé.

Le plus triste c’est qu’il n’y a pas grand-chose à faire contre ces personnes. Quand bien même le site trouverait cette communauté et purgerait son contenu, le réseau va au-delà de ce qui est accessible publiquement, et ces vidéos continueraient à être échangées par mail ou grâce aux services de messagerie instantanée d’autres réseaux sociaux.

J’ai effacé mon historique de recherche YouTube, et je prends désormais soin d’éviter les mots-clefs ou de cliquer sur les vidéos (y compris celles que je consommais avidement avant de tomber sur MrSleepyPeople) qui pourraient me faire retomber sur de telles communautés. Bien que sa découverte m’ait forcée à remettre en question mes tendances voyeuristes (sur des personnes consentantes et entre les mains de professionnels médicaux, je tiens à le rappeler) c’est quelque chose de plus concret qui me tient désormais éloignée de cette partie cachée de YouTube.

Je n’ai aucune envie de tomber un jour sur une vidéo montrant une femme que je connais, et je ne veux surtout pas me retrouver face à mon corps endormi, manipulé à mon insu par un homme de mon entourage.

Cette creepypasta vous est offerte grâce au travail de Moth Noises, qui a assuré la compilation des éléments nécessaires à sa rédaction, de Dan Torrance et Seven (7) qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et de Kintefleush et Gordjack qui se sont chargés de la correction et la mise en forme. L'équipe de Creepypasta from the Crypt n'affirme ni ne dément la véracité du présent article et invite les lecteurs à se faire leur propre avis sur la question. L'équipe décline également toute responsabilité en cas de disparition ou de mort, douloureuse ou non, s'ensuivant des éventuelles recherches menées à cet effet.

lundi 21 décembre 2020

Les Bougies


Temps approximatif de lecture : 6 minutes

J'arrive sur mes trente ans. J'ai une vie active, un homme avec qui j'espère me marier, un bon travail. Il n'y a pas longtemps, mon fiancé m'a fait remarquer que je ne lui parlais jamais de mon enfance avant mes treize ans. J'ai eu comme un déclic. Il avait raison. Pourtant, il n'y avait aucune mauvaise volonté de ma part, ni aucune honte qui me pousserait à cacher mon passé. Je l'avais simplement occulté. Quand j'ai réalisé ça, que j'avais moi-même muré cette partie de moi, ce passé, tout m'est revenu. Et aujourd'hui, je regrette d'avoir fouiné dans ce recoin de mon cerveau. 

J'ai eu une famille atypique. Je ne sais pas vraiment comment vous raconter tout ça, alors je vais le faire en suivant l'ordre dans lequel mes souvenirs me sont revenus. Je pense que vous parler de ma famille est déjà un bon début.

Commençons par ma mère. Persuadée d'avoir des dons de médium et de guérisseuse, elle a été condamnée à plusieurs années de prison pour la mort de mon petit frère Joseph, après avoir refusé de l'emmener à l'hôpital suite à une importante brûlure lors d'un barbecue. Avec l'accord de mon père, dont je parlerai plus tard, elle a préféré soigner Joseph à l'aide de ses " dons " plutôt que d'appeler les pompiers. C'est ma tante qui, au bout de plusieurs semaines et suite à mon appel, l'a emmené d'urgence à l'hôpital. Sa blessure s'était infectée et les docteurs ont dû amputer sa jambe gauche, mais il était bien trop tard. Mon frère Joseph est mort à l'âge de dix ans. J'ai ensuite été placée chez ma grand-mère maternelle avec l'interdiction pour mes parents de me récupérer. 

Mon père avait une confiance aveugle en ma mère et ses soi-disant dons, il ne la remettait jamais en question. Ce n'était pas un homme très intelligent, elle le dominait en quelque sorte. Aussi, il détournait le regard lorsqu’elle nous mettait en danger, mon frère et moi, volontairement ou pas. Il a fini ses jours seul, dans sa vieille et sombre maison de la campagne bretonne, à regretter sa vie et ce qu'il en avait fait. 

Voilà dans quel environnement j'ai grandi. Mais malgré tout, ce ne sont pas ces événements qui m'ont fait oublier les trois-quarts de mon enfance. 

Pour tout dire, je n'avais jamais vu ma grand-mère avant d'être placée chez elle. Ma mère ne parlait jamais d’elle et à chaque fois que l'on évoquait mon grand-père, elle entrait dans des crises d'hystérie que seul mon père parvenait à calmer. Ma mamie s'appelait Louise. C'était quelqu'un de calme, qui ne parlait jamais pour ne rien dire. Elle vivait seule dans la forêt près de Rocroi, dans les Ardennes, mais était née et avait grandi en Bretagne. Elle habitait une petite maison de bois très rustique. C'était une femme indépendante, qui s'occupait de son logis avec vigueur. Elle savait se débrouiller et se servait de sa voiture une fois par mois pour aller faire ses courses en ville. 

Comme ma mère, et je pense que c'est d’elle qu'elle tenait ça, ma grand-mère était versée dans l'ésotérisme. J'avais remarqué certains livres dans sa bibliothèque qui intriguaient la petite fille que j'étais. D'épais ouvrages reliés de cuir, aux noms indéchiffrables pour moi. Mais ce n'était pas une sorcière, disons qu'elle pratiquait plus la magie à la façon des anciens du village, ceux qui vivent ou ont vécu à la campagne sauront de quoi je parle. C’était plus de la superstition que de la véritable magie. 

Je me souviens que dans son salon, il y avait un petit guéridon que mamie Louise avait transformé en autel à la mémoire de papy. Je ne l’ai jamais connu car il est mort avant ma naissance. Elle avait disposé cinq bougies autour d'un cadre contenant sa photo. J'avais interdiction de m'en approcher, et de souffler les bougies pour quelque raison. Ma grand-mère prenait également soin de ne jamais créer de courants d'air dans la maison. On n'ouvrait jamais une porte ou une fenêtre si une autre l’était déjà. 

Quand le soleil se couchait, mamie déposait un plat recouvert d'une serviette blanche sur le rebord de la fenêtre, à l'extérieur de la maison. Avec tout l'amour que je lui porte encore aujourd'hui, je dois admettre que vivre avec elle ne me plaisait pas. Il y avait constamment une ambiance lourde de secrets, de choses non dites, de regards inquiétants, d'interdits. Mamie Louise ne parlait pas souvent et restait la plupart du temps dans le salon à tricoter. Quant à moi, je passais le temps en grattant le bout rouge des allumettes pour ne garder que le bois et tenter d'en faire des châteaux. Je m'amusais comme je le pouvais. 

Je n'osais pas sortir seule dans la forêt et à chaque fois que je demandais à mamie de m'accompagner, elle restait immobile, sans rien dire. De colère face à son mutisme, me sentant ignorée, je courais parfois jusqu'à la porte d'entrée, bien décidée à aller jouer dehors avec ou sans elle. Mais à chaque fois, au moment de passer le battant, j'étais paralysée de peur. La forêt n'avait rien d'inquiétant, mais c'était plus fort que moi. Je ne pouvais pas franchir le seuil de la maison sans succomber à une peur panique. Alors je revenais auprès d’elle, qui continuait à tricoter, un sourire satisfait sur le visage. 

Une fois, en passant devant une bougie, l'air que mon passage avait dérangé l'a soufflée. Ma grand-mère était assise dos à moi et ne pouvait pas me voir. Alors comme une petite fille, j'ai tenté de cacher ma bêtise. J'ai pris une des bougies pour rallumer la mèche éteinte. Alors que j'approchais la flamme, mamie m'a appelée pour que je vienne près d'elle. Elle savait. C'est peut-être l'odeur de la fumée qui l'avait alertée. Elle m'a demandé de m'asseoir à côté d'elle. Elle a posé sa main sur ma cuisse. J'ai regardé son visage en pensant y voir de la colère, mais elle pleurait. Sa face était crispée dans une expression de dégoût et des larmes coulaient de ses joues. Sa main est doucement remontée le long de ma cuisse vers le haut, comme une caresse. Mamie Louise pleurait toujours et semblait lutter, retroussant avec peine ses lèvres pour articuler quelque chose. Alors que sa main effleurait mon entrejambe, elle a hurlé : « RALLUME LA BOUGIE ! ». Ce que je me suis empressée de faire, terrifiée. Une fois celle-ci allumée, mamie a séché ses larmes, puis sans rien dire, est partie préparer le dîner. 

Maintenant, j'aborde la partie délicate. Vous êtes libres de croire ou non à ce qui va suivre, je n'écris pas pour convaincre qui que ce soit mais pour m'exorciser d'un souvenir que j'avais miraculeusement oublié et que j'aimerais de nouveau sceller. 

Un soir, ma grand-mère, comme d'habitude, emmenait un plat recouvert d'une serviette en tissu pour le poser sur le rebord extérieur de la fenêtre. Alors qu'elle ouvrait la fenêtre du salon, j'ai relevé de mon côté celle de la cuisine pour fermer les volets. J'ai aussitôt senti un courant d'air et j'ai tout de suite pensé aux bougies, avant d’entendre un grand fracas de vaisselle brisée dans le salon. J'ai aussitôt fermé la fenêtre et j'ai accouru pour trouver mamie, livide, devant l'autel dédié à mon grand-père dont les bougies étaient comme je le pensais, éteintes. À ses pieds, le plat était brisé. 

Mamie Louise m'a alors jeté un regard que je n'oublierai jamais, et s'est jetée sur le paquet d'allumettes, vide. Par ma faute. J'avais tout utilisé pour fabriquer un château qui n'avait même pas tenu. Devant son affolement, je me suis mise à pleurer. Quelque chose n'allait pas. Elle a poussé un petit gémissement puis est passée devant moi sans même me regarder. La nuit commençait à tomber et on y voyait déjà plus grand-chose dans le salon. Elle a grimpé les escaliers à toute vitesse et j'ai entendu la porte de sa chambre claquer. Puis plus rien. Un silence qui encore aujourd'hui, me terrorise. Je ne peux m'endormir que si j'entends la radio ou la télé. Au grand dam de mon fiancé. 

J'ai ramassé les morceaux du plat et récupéré la serviette en tissu. Jusque-là, je n'avais jamais pu voir ce que mettait mamie Louise dans ce plat qu'elle s'évertuait à poser sur le rebord de la fenêtre, tous les soirs, à la nuit tombante. Je croyais à de la nourriture, mais il n'en était rien. J'ai découvert, ce soir-là, une petite poupée de chiffon, avec de la laine jaune en guise de cheveux et une petite robe rose. J'étais terrifiée. C'était moi dans ma tenue de nuit, la robe avec laquelle je dormais. 

J'ai alors entendu la porte de la chambre de ma grand-mère s'ouvrir doucement. Des pas lents ont commencé à descendre l'escalier. Sans savoir pourquoi, je me suis ruée derrière le canapé pour me cacher. Quelque chose n'allait pas, j'avais l'impression que mamie essayait de se faufiler sans que je ne l'entende. Au fond de moi, je sentais que ce n'était pas mamie Louise qui descendait l'escalier. Que quelque chose d'autre était dans la maison avec moi. J'ai entendu sa voix, beaucoup plus proche que je ne le pensais. J'ai levé la tête, elle se tenait juste devant le canapé. Aujourd'hui je crois, sans savoir pourquoi, qu'elle savait où je me cachais avant même d’être en bas. 

Je me suis levée et je suis sortie de ma cachette. Que pouvais-je faire d'autre ? Elle s'est approchée de moi et m'a serrée dans ses bras en m'assurant que tout allait bien. Je l'ai crue. J'avais envie de la croire. J'étais une enfant terrorisée. Elle a pris ma main dans la sienne, je me sentais presque rassurée. Puis, elle s'est assise dans son fauteuil et m'a invitée à venir sur ses genoux. Il faisait noir, la nuit était totalement tombée. Je ne distinguais pas bien son visage, mais je crois qu'elle souriait. Je me suis assise sur ses genoux, face à elle. D'une manière ou d'une autre, je n'osais pas lui tourner le dos. Elle a caressé mes cheveux puis ma joue, essuyant mes larmes. Sa main est descendue le long de mon épaule puis s'est attardée sur ma poitrine naissante. J'ai à nouveau senti que quelque chose n'allait pas. Je n'aimais pas la façon dont elle me touchait. Ni son sourire qui s'était élargi. Elle dégageait une odeur d'alcool et de tabac qui me donne encore la nausée, quand j'y repense. 

J'ai repoussé sa main et je me suis levée, toujours lui faisant face. Son sourire s'est estompé. Elle s'est levée d'un bond et s'est jetée sur moi. Elle a enfilé quelque chose sur ma tête et a recouvert mon visage. C'était épais, élastique, et ça m'empêchait de respirer. J'ai tout de suite compris qu'elle essayait de m'étouffer avec le bonnet de bain qu'elle utilisait pour garder ses cheveux au sec sous la douche. J'essayais de hurler, mais je ne pouvais pas reprendre mon souffle. Je me débattais, griffais ses mains qui me maintenaient avec une force sidérante. Je ne sais pas combien de temps tout ça a duré. Probablement pas longtemps, même si ça me parait une éternité. J'entends encore aujourd'hui le son de sa voix, les mots qu'elle a prononcés.

Sa voix était beaucoup plus grave, mais c'était toujours la sienne. Son accent en revanche, n'était plus le même. Elle ne cessait de répéter : « Tu vas être obéissante, tu vas m'écouter ! » 

Mais soudain, elle a lâché prise et je suis tombée au sol. Elle se tenait devant moi, agrippant son bras à l'aide de sa main comme pour l'empêcher de se mouvoir. Ses deux membres semblaient lutter l'un contre l'autre. Elle a poussé un hurlement terrifiant et a traversé la maison en courant, a ouvert la porte d'entrée et a disparu dans la nuit. Moi, je suis restée quelques instants à reprendre mon souffle, incapable du moindre mouvement. Ensuite, quand j'ai senti que mes jambes pouvaient de nouveau me porter, j'ai couru tout le long du chemin jusqu'à la ville, m'attendant à tout moment à ce que le monstre qu'était devenue ma grand-mère ne se jette à ma poursuite. Mais il n'en a rien été. Je suis tombée dans les pommes, exténuée, devant les portes de la mairie.

Écrire tout ça a été difficile, j'ai dû faire de longues pauses. Lorsque l'on m'a retrouvée à l'époque, j'avais dit que quelqu'un s'était introduit dans la maison pour me faire du mal et que mamie l'avait poursuivi dans les bois. C'était évidemment faux, mais personne n'aurait cru la vraie version des faits. Depuis que tous ces souvenirs ont refait surface, j'ai parlé à ma tante. Elle m'a dit qu'après la mort de mon grand-père, mamie Louise n'avait plus été la même. Mon grand-père qui d'ailleurs, était de ses dires un homme mauvais qui avait plusieurs fois jeté des regards malsains sur ma mère et elle.

Le plus étrange dans tout ça, c'est que j'aime toujours ma mamie. Je pense qu'au fond, elle essayait de me protéger. De quoi ? J'ai quelques hypothèses mais aucune certitude. Mais ce qui est sûr, c'est que quand mamie Louise a gravi les marches de l'escalier ce soir-là, c'était la dernière fois que je la voyais. Quant à ce qui est descendu dans le salon ensuite, à pas de loup, tentant de se faufiler dans le noir et qui a disparu dans l'obscurité en hurlant, je ne saurai probablement jamais ce que c'était…

Cette creepypasta vous est offerte grâce au travail de Atepomaros, qui a assuré la compilation des éléments nécessaires à sa rédaction, de Undetermined.B et Sawsad qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et de Noname et Gordjack qui se sont chargés de la correction et la mise en forme. L'équipe de Creepypasta from the Crypt n'affirme ni ne dément la véracité du présent article et invite les lecteurs à se faire leur propre avis sur la question. L'équipe décline également toute responsabilité en cas de disparition ou de mort, douloureuse ou non, s'ensuivant des éventuelles recherches menées à cet effet.

lundi 14 décembre 2020

Tradition




Temps de lecture approximatif : 3 minutes

La majorité des membres de ma famille (ma grand-mère, mon grand-père, mes oncles et tantes) ne sont plus de ce monde depuis les années 90. Ma mère, comme sa mère avant elle, a reçu une éducation respectueuse des vieilles traditions : à l'occasion de Noël, elle dressait toujours la table pour la nuit. Elle y laissait les cuillères et les assiettes, de la koutia1, du kholodets2, des vareniki3, et des verres de vin. Le couvert était mis pour 6 ou 7 personnes. Tout était préparé comme si des gens devaient arriver dans la cuisine et prendre place à table. Je vivais à l'époque avec mon frère jumeau, nous avions alors 15 ans, et je ne faisais pas vraiment attention à tout cet assortiment. Quand je demandais à ma mère à quoi ça servait de dresser la table pour la nuit, elle répondait qu'à Noël, les cieux s'ouvraient et que tous nos défunts descendaient pour se voir et dîner (ou plutôt souper). Enfin, je n'y ai jamais cru, je pensais plutôt qu'il s'agissait d'une fantaisie, une tradition tout ce qu'il y avait de plus commun.

Tout a commencé à Noël 1997. Ma mère, comme toujours, avait dressé la table pour la nuit, installé tous les couverts, servi la nourriture dans les assiettes et le vin dans de petits verres, l’ensemble était splendide. Ce jour-là, ma sœur aînée était venue avec son enfant, nous avions fait la fête et elle était restée dormir. Elle couchait dans le salon, qui était à côté de la cuisine. À la fin de la soirée, alors que nous étions partis rejoindre nos chambres situées un peu plus loin, elle était restée éveillée et avait regardé la télé jusqu'à une heure du matin.

C'est là que tout a commencé : dans la cuisine, des couverts ont commencé à tinter contre les assiettes. Comme si quelqu'un était en train de manger, selon les dires de ma sœur. Lorsqu'elle a entendu cela, elle a allumé la lumière, paniquée, et s'est précipitée dans la chambre des parents en criant. Mon père est allé dormir dans le salon. Après cet incident, ma sœur n'a plus jamais couché à la maison pour Noël.

Six ans ont passé. Un nouveau Noël est arrivé, et ma mère, comme à son habitude, a dressé la table pour les membres de notre famille ayant rejoint l'autre monde. Mon frère et moi étions dans notre chambre, assis près de l'ordinateur quand c’est arrivé. La porte était entrouverte, nos parents dormaient déjà, il était environ une heure du matin. Quand j'ai commencé à réaliser de quoi il retournait, j'ai eu la chair de poule sur tout le corps et j'ai ressenti une telle peur que je ne me rappelais pas avoir un jour éprouvé quoi que ce soit de similaire. À ce moment, j'ai cru aux esprits immortels de l'autre monde.

Ça a début lorsque je m'étais assis près de la porte, et que j'ai entendu un bruit étrange en provenance de la cuisine. J'ai cru que j'avais rêvé. Mais à peine une minute plus tard, il y a eu un nouveau son, et cette fois-ci si distinctement que je ne pouvais pas me tromper : c'était le son d'une cuillère raclant contre une assiette. 

J'ai dit à mon frère : « Tu as entendu ça ? » 

Il m’a répondu : « Tu as rêvé. » 

Un autre son s'est fait entendre, je n'avais aucun doute, un tabouret était tiré contre le carrelage. 

Je lui ai de nouveau demandé : « Tu as entendu ça ? », ce à quoi, il a cette fois, répliqué : « J'ai entendu quelque chose, oui... ». Au même moment, d'autres bruits nous sont parvenus. Comme si quelqu'un s'installait, tirait son tabouret et commençait à se servir. Et ce "quelqu'un" renvoyait à un grand nombre de personnes.

Je ne pouvais pas crier, mon cœur s'était décroché et une boule s'était formée dans ma gorge. La chair de poule parcourait ma peau, et la peur nous envahissait lentement mon frère et moi.

À ce moment, j'ai compris que ceux qui étaient là-bas s'étaient levés de leurs sièges et avaient traversé le couloir au sol grinçant pour entrer dans le salon et se rapprocher de notre chambre.

Mon frère s'est jeté sur la porte et a fermé le verrou, et j'ai commencé à prier. Le loquet a commencé à trembler, et en-dessous, par l'interstice de la porte, j'ai vu des pieds. De retour dans notre lit, mon frère et moi étions comme paralysés. Et alors, les gonds de la porte ont commencé à trembler, un coup en haut, un coup en bas. Nous n'avons pu nous retenir et nous sommes mis à hurler, réveillant nos parents. Tout s'est subitement arrêté.

J'ai entendu le cri de mon père et la voix inquiète de ma mère. Je suis sorti de la chambre, et mon père et moi nous sommes dirigés vers la cuisine. Ce que nous y avons vu m'a plongé dans un profond malaise : les tabourets étaient tirés, et les verres de vin renversés sur la table. Des filets de liquide écarlate gouttaient encore de la table pour se répandre sur le sol. La nourriture n'avait pas été touchée.

Nous ne nous sommes rendormis qu'une heure plus tard, et seulement avec la lumière allumée. Après cet incident, ma mère n'a plus jamais dressé la table pour la nuit : je le lui ai interdit.

1 Plat traditionnel orthodoxe des pays d'Europe de l'Est à base de graines de froment et de pavot, de miel, de noix et de raisins secs, pouvant notamment être servi à Noël.

2 Une version de l'aspic, un plat en gelée, typique de la cuisine russe, ukrainienne et biélorusse... quoiqu'en un peu moins ragoûtant.

3 Une version plutôt ukrainienne des raviolis, ils sont traditionnellement fourrés avec de la purée de pomme de terre, des champignons et parfois avec de la viande en Russie, souvent opposés aux pelmeni fourrés exclusivement avec de la viande ou du poisson et originellement issus de la cuisine de l'Oural.

Cette creepypasta vous est offerte grâce au travail de Elche27, qui a assuré la compilation des éléments nécessaires à sa rédaction, de Magnosa qui a assuré sa traduction du russe vers le français à partir de l'originale que vous pouvez trouver sur Jutkoe.ru, de Jared Gauss et Seven qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et de Noname et Gordjack qui se sont chargés de la correction et la mise en forme. L'équipe de Creepypasta from the Crypt n'affirme ni ne dément la véracité du présent article et invite les lecteurs à se faire leur propre avis sur la question. L'équipe décline également toute responsabilité en cas de disparition ou de mort, douloureuse ou non, s'ensuivant des éventuelles recherches menées à cet effet.