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lundi 21 septembre 2020

Fiche M - Un portail vers l'Enfer ?

Connaissez-vous la légende du portail vers l'Enfer ?

Situé non loin de Prague en République Tchèque, se trouve l’imposant château Houska, qui fut construit entre 1253 et 1278 sous le règne du roi d’Ottokar II de Bohême selon un style d’architecture Gothique, et il est d’ailleurs l’un des seuls châteaux de l’époque étant aussi bien conservé. Installé sur le bord d’une falaise de calcaire entourée de montagnes et de forêts, sa construction fut réalisée juste au-dessus d’un large trou connu comme étant une sorte de puits sans fond, la légende raconte même que ce fameux "puits sans fond" serait en réalité un portail menant tout droit vers l'Enfer.


Photographie du château - Miroslav Šálek

D'années en années, de nombreux chercheurs de tous les horizons ont tenté de trouver le fond de ce puits, mais ils auraient vraisemblablement tous échoué. De nombreux facteurs ont renforcé la légende disant que le château renferme en réalité un portail en direction de l’Enfer, comme par exemple le fait que la plupart de ses défenses soient tournées vers l’intérieur au lieu de s’orienter sur l’extérieur ou encore le fait que la cour ne possède aucun escalier. Elle est surplombée par un chemin de ronde, et sa façade possède de nombreuses fausses fenêtres cachées au milieu des vraies.
Le puits se trouve au centre de la chapelle qui fut consacrée à l’archange Saint-Michel. Les murs de l’édifice sont ornés de diverses fresques datant approximativement du début du XIVe siècle, et mettent en scène de nombreux récits Bibliques comme la crucifixion du Christ ou encore l’archange Saint-Michel terrassant le dragon symbolisant le mal. Cependant, l’une de ces fresques représente une créature mi-cheval mi-femme, une centaure armée d’un arc tenu dans sa main droite tirant une flèche sur une seconde figure ayant l’air humaine. Les centaures étant des créatures venant de la mythologie païenne, il est assez rare d’en trouver des représentations sur les murs de chapelles catholiques. En plus de cela, le centaure de la fresque est un archer gaucher, ce qui ferait que cette fresque serait vraisemblablement la seule et unique représentation de cette époque mettant en scène un archer de ce type, car au Moyen-Âge les gauchers étaient associés à Satan. Les historiens pensent que cette fresque fait écho à l’un des mythes entourant le « portail vers l’Enfer » dans lequel il est question de créatures démoniaques, mi-humaines mi-animales, qui sortiraient prétendument des profondeurs du portail dans le seul but de s’en prendre aux humains des villages alentours. Selon le mythe, on pourrait même les entendre en sortir la nuit et certains disent que les cris résonnent dans l'intégralité du château.


Fresque du centaure se trouvant dans la chapelle


Illustration de Rostone Hermann représentant les prétendues créatures sortant du puits

Certaines légendes vont jusqu’à raconter que les personnes se baladant autour du portail vers l'Enfer étaient elles-mêmes changées en ces créatures infernales pour aller à leur tour s’en prendre aux humains en commettant bon nombre d'atrocités. Beaucoup ont voulu essayer de reboucher le trou que forme le puits en y jetant des pierres jusqu’à ce qu’il soit inaccessible ou en tentant de le condamner tant bien que mal, mais leurs efforts n’ont jamais apporté de résultats concluants car tout ce qui a pu être jeté à l’intérieur au fil des ans a fini par disparaître, comme absorbé dans les profondeurs du néant.

Un jour, un Duc décida de faire amener un prisonnier dans le château (qui selon certaines versions était consentant et devait même se voir offrir sa liberté par la suite) pour y mener une expérience. Il demanda à ses hommes d’attacher le prisonnier à une corde solide pour le descendre lentement dans le puits afin qu’il puisse l’explorer de l’intérieur et à son retour, décrire à quoi cela pouvait bien ressembler. L’expérience se passait parfaitement bien, jusqu’à ce que le prisonnier commence à pousser d’horribles hurlements. Alors, à ce moment-là, les hommes du Duc prirent la décision de le remonter aussi rapidement que possible, mais il fut rapporté que lorsque le prisonnier remonta enfin à la surface, il avait l’air d’avoir vieilli de 30 ans d’un seul coup. Il ressemblait à un vieil homme plein de rides et de cheveux blancs alors qu’à son arrivée sur les lieux, il était encore jeune et vigoureux. Il n’était même pas en état de décrire ce qu’il avait vu là-bas puisqu’il avait malheureusement perdu la tête. Il mourut finalement 2 jours plus tard, sans jamais avoir pu décrire l’horreur qu’il avait vue et qui l’avait tant effrayé lorsqu’il était en bas. L’expérience fut réitérée à plusieurs reprises avec d’autres cobayes, mais il est dit qu'à chaque fois, le résultat futle même.

Dès le XVIe siècle, le château fut laissé entre les mains de l’aristocratie. À partir de 1584 et cela jusqu’en 1590, il reçut donc plusieurs modifications pour coller à un style plus Renaissance, mais les caractéristiques Gothiques qu’il avait ne furent pas perdues. Pendant la guerre de 30 ans, au cours du XVIIIe siècle, le château fut délaissé et abandonné, alors un chef de brigands, Oronto, pris la décision de s’y installer avec ses hommes et de s’autoproclamer Comte d’Houska. Certaines rumeurs disaient qu’Oronto était un alchimiste et également un mage noir qui avait installé un laboratoire secret dans le château pour travailler sur une formule lui donnant la vie éternelle et qu’il y aurait pratiqué des expériences plus terribles les unes que les autres.

Les hommes d’Oronto, qui étaient laissés livrés à eux-mêmes, avaient décidé de passer leur temps en tourmentant les habitants des villages voisins. C’est à cause de leurs actions peu scrupuleuses qu’une nuit, deux chasseurs décidèrent d’entrer par effraction dans le château, pensant que tuer l’autoproclamé Comte pourrait mettre fin aux tourments des villageois. Une fois dans le château, l’un d’eux tira sur Oronto à travers une fenêtre, et ce dernier mourut sur le coup.

Plus les années passaient, plus le château avait mauvaise réputation. Ferdinand III alla jusqu’à le faire nommer « le château maudit ».


Gravure représentant le château Houska, František Alexandr, 1845

En 1836, le poète d’origine Tchèque Karel Hynek Mácha y passa une nuit pour se reposer alors qu’il visitait la région. Il écrit dans une lettre adressée à Edward Hindle qu’il y aurait vécu une expérience traumatisante pendant cette fameuse nuit. D’après lui, il serait descendu dans la cour avant de remarquer un drôle de creux dans le sol. Il aurait alors pris la décision d’aller voir s’il y avait quelque chose dedans et y aurait vu l'avenir, atroce, où l’horreur régnait. Il dit y avoir vu une femme ressemblant à un ange dans un futur semblable à l’Enfer. Il lui aurait demandé où ils étaient et elle lui aurait répondu « nous sommes à Prague. »

Alors, il lui aurait demandé en quelle année et elle lui aurait répondu « en l’an 2006 ». D’après lui, à ce moment-là, elle lui aurait montré des images en mouvement à l’intérieur de ce qu’il décrit comme un « petit cercueil » pour lui montrer qu’elle disait la vérité. La majorité des gens pensent qu’il a simplement cauchemardé tandis que d’autres disent qu’il aurait véritablement eu des visions du futur. Quoi qu’il en soit, Karel Hynek Mácha est mort en novembre 1836, quelques mois après sa nuit au château, à seulement 25 ans.

Entre 1938 et 1944, les SS Allemands occupèrent le château alors qu’il n’avait pourtant jamais été situé sur un emplacement stratégique. Lorsque les forces Allemandes se retirèrent de la Bohême, l’intégralité des dossiers concernant le château furent définitivement détruits pour des raisons inconnues.

Aujourd’hui le château est ouvert au grand public, mais malgré tout, quelque chose d’étrange semble toujours régner dans cet endroit. Des cadavres d’oiseaux sont régulièrement ramassés dans la cour intérieure, et plusieurs visiteurs ont rapporté avoir été les témoins de phénomènes étranges. Certains disent même que l’activité spirituelle de ce lieu est très élevée. Des dalles de pierre ont été posées sur le puits pour éviter de laisser ce trou ouvert et personne n’ose y toucher de nouveau.

Beaucoup de personnes affirment voir des fantômes là-bas, certains guides touristiques s’occupant des visites disent avoir aperçu dans la cour l’esprit d’une personne décapitée avec de grandes quantités de sang dégoulinant de son corps spectral, et se trouverait également l’esprit d’un moine qui hanterait la chapelle en donnant des coups aux visiteurs avec une hache fantomatique. Il y aurait aussi des apparitions de créatures infernales dans la salle voûtée. Au premier étage, une silhouette masculine pourrait être vue dans les pièces où les nazis menaient des expériences. Au troisième étage, le fantôme d’une femme blonde en robe blanche pourrait être aperçu en train de regarder par les fenêtres et de déambuler dans les couloirs. La cave du château est appelée le « bureau du diable » ou « bureau de Satan » à cause d’un imposant trône possédant des cornes et un trident à côté duquel un prêtre sans visage aurait pu être observé. Et ce ne sont pas les seules apparitions répertoriées au fil du temps…


Le trône se trouvant dans le "bureau du diable" ou "bureau de Satan"

Des grattements, des hurlements, des gémissements, des chuchotements résonneraient de sous ce qui recouvre aujourd’hui le puits. Des bruits de pas, des coups et des voix peuvent être entendus par les visiteurs dans les différentes pièces du château.

À travers les siècles cet endroit a gagné la réputation d’être un lieu maudit et est devenu l'origine de nombreuses légendes et théories, mais il reste pourtant entouré de mystères. Peut-être qu’un jour quelqu’un soulèvera les dalles recouvrant le puits, peut-être qu’un jour quelqu’un retournera l’explorer et lèvera les mystères qui l’entourent. Mais ce jour n’est pas encore arrivé.


Sources :


Petite parenthèse : Une rom hack reprenant la toute première creepypasta postée sur CFTC ("Pokémon Black") a été achevée assez récemment par des anglophones, avec une unique version dans leur langue. Le lien pour la télécharger est disponible ici pour Windows, allez y jeter un œil si vous voulez la tester !

lundi 14 septembre 2020

Chambre 331

Mon tout premier emploi a été celui de « groom » à l'hôtel du coin. Ce n'était pas une chaîne ou un motel, mais un hôtel de luxe relativement tranquille situé près de ma maison, le Kingfisher. 
C'est le 15 novembre que je m'y suis retrouvé face à face avec l'horreur et que j’ai vraiment perdu ma confiance en l'humanité. Je me souviens encore de cette soirée comme si c'était hier, quand bien même je ne comprends toujours pas ce qui est arrivé, et j'espère au fond ne jamais le découvrir. Tout ce que je sais, c'est que je ne resterai plus jamais seul ou ne travaillerai plus dans un hôtel de toute ma vie, par crainte que cela ne se reproduise ou que la prochaine fois, je sois plus qu'un témoin.

Quand j'ai commencé à y travailler, c'était une entreprise florissante. Des gens de tout le pays venaient y séjourner chaque fois qu'ils voulaient passer un week-end à la plage ou bénéficier d'un séjour luxueux dans une campagne paisible. J'adorais cet endroit, mais au fur et à mesure que le temps passait et que le pays commençait à plonger dans les problèmes économiques, de moins en moins de gens sont passés. Ne vous méprenez pas, nous étions toujours très occupés, mais nous n'étions plus aussi populaires. Alors qu’avant nous avions l'habitude de recevoir environ 1 500 personnes par week-end, nous avons commencé à nous estimer chanceux si nous en avions approximativement 1 100. Ce fut le début du déclin pour la plupart des hôtels de ce genre et comme de moins en moins de personnes y dormaient, de moins en moins de personnel y travaillait, ce qui signifiait que la sécurité était beaucoup moins présente. 

C'est à partir de là que j'ai été témoin du fameux événement. 

C'était un jeudi soir assez classique, nous avions dû héberger environ 300 personnes sur les 15 étages accessibles, donc nous étions bien évidemment assez vides. De toute façon, ce n’était jamais complet le jeudi. Mon service a commencé de façon relativement normale. J'aidais les clients qui arrivaient et partaient, mais vers 21 heures, mon travail s'est arrêté et j’ai eu un moment de répit. N'ayant plus rien à faire, je traînais dans le hall, discutant avec des clients attendant un taxi et avec mon ami Craig, qui était à la réception. Après environ une heure à chercher des choses à faire pour me donner l’impression d’accélérer un peu mon service, nous avons reçu un appel de la chambre 331, de la part d’un certain M. Gerald Rogers. C'est Craig qui a répondu, donc je ne sais pas exactement de quoi il s’agissait. Tout ce qu'on m'a dit, c'est que le téléphone avait probablement été décroché par accident mais que d'après le brouhaha, le monsieur qui était dans la chambre devait être éveillé. Il y avait apparemment un barouf sourd et des bruits de mouvements audibles à travers le téléphone. 
Pensant que je pouvais faire traîner cette tâche, j'ai décidé de prendre les escaliers et je ne suis donc pas arrivé avant une dizaine de minutes. Lorsque je me suis présenté devant la chambre, j'ai frappé doucement à la porte, ne voulant alerter aucune des personnes qui se trouvaient à cet étage et qui dormaient sans doute. J’ai attendu plusieurs minutes mais je n'ai pas eu de réponse, alors j'ai frappé à nouveau, un petit peu plus fort. Cette fois-ci, j'ai entendu une voix basse qui me répondait. 

"Qui est-ce ?" a-t-il demandé. Sa voix était très grave mais tout de même très claire. Ce n'était rien qui puisse vraiment me mettre mal à l'aise. 

"Je suis un employé. J’ai été informé que votre téléphone avait été décroché et que vous nous aviez appelés accidentellement. Pourriez-vous le raccrocher ?" lui ai-je demandé.

"Désolé, je ne peux pas. Pourquoi ne pas entrer et allumer la lumière ? Ma porte est déverrouillée." 

Cette fois, il a élevé la voix comme s'il était maintenant loin de l’entrée. 

J'ai saisi la poignée de la porte, mais en essayant de la tourner, j’ai constaté qu’elle ne bougeait pas. La porte était verrouillée. J'ai attendu derrière le battant, pensant qu’il se rendrait compte qu'elle était en réalité fermée et qu'il m'ouvrirait. Cependant, après plusieurs minutes d'attente, rien ne s'est passé. Lassé, j'ai dit à travers la porte, "Je ne peux pas entrer. Raccrochez simplement votre téléphone." Je me suis alors retourné pour redescendre dans le hall, sans repenser à cette histoire. Une fois de retour en bas, j'ai demandé à Craig si l'homme avait finalement raccroché le téléphone et il m'a répondu que oui, alors j'en suis resté là.

Une heure plus tard, Craig a dû revenir vers moi pour me dire que le même téléphone dans la même chambre avait de nouveau appelé la réception et était de nouveau resté décroché. Pensant que cela devait être une sorte de problème technique venant de ladite chambre, je suis retourné à la 331 en allant beaucoup plus vite que la dernière fois. J'ai continué de procéder en frappant à la porte de façon silencieuse, car il était 23h et que nous ne voulions pas de mauvaises critiques de la part des clients. Une fois de plus, je n'ai pas eu de réponse, alors, comme j’avais fait plus tôt, j'ai frappé un peu plus fort. Mais cette fois, toujours pas de réponse. Mes cognements n'ont été accueillis que par le silence. 

Pensant que le Monsieur était peut-être endormi, je suis retourné dans le hall et j'ai pris la grande clef pour me permettre d’entrer dans la 331. En ouvrant, j'ai vu l'homme assis sur le lit. Il regardait en direction de la salle de bain. À part le lavabo qui coulait, la pièce était calme, extrêmement silencieuse. Étrangement, l'homme n'avait pas réalisé que j'étais là. Il a continué à fixer la salle de bain. Je me suis excusé de l'avoir dérangé de nouveau et lui ai gentiment demandé de raccrocher, mais il n'a pas bougé. Il a continué à fixer le même point. J'ai fait un pas dans la pièce. Mon anxiété a commencé à augmenter. C’était effrayant de me rendre compte qu'il ne me voyait même pas. J'étais sur le point d'allumer la lumière, mais j'ai entrevu le téléphone. J’ai immédiatement changé de direction pour aller remettre ce dernier en place sur son support. 

Une fois mon travail terminé, j’ai tourné les talons et je me suis précipité vers la sortie tout en ayant l’impression que quelque chose était derrière moi et me suivait. En arrivant à la porte, je me suis retourné pour contrôler la pièce du regard une dernière fois. C’est alors qu'il a finalement fait un mouvement. C’était lent, presque imperceptible et ce n'était qu’au niveau de son visage, mais c'était déconcertant. Il a lentement incliné la tête pour éloigner son regard de la salle de bain et m’a regardé, les yeux grands ouverts. J’ai fermé la porte en la claquant de façon assez rapide pour rompre le contact visuel aussi vite que possible. J’ai eu la chair de poule et en redescendant vers le hall, j'ai prié pour que rien en rapport avec cet homme ne se reproduise ce soir. 

Une fois revenu, j'ai tout raconté à Craig. Il m'a dit que j'étais probablement paranoïaque et que le type était sûrement ivre ou dormait juste bizarrement. Pour être honnête, je préférais ses explications à ce que je venais de voir et j'ai donc essayé de me convaincre que ce qu'il avait dit était vrai. Au fil de la nuit, l'hôtel est devenu de plus en plus calme et j'ai donc passé du temps à parler avec Craig, ce qui m'a rassuré et m'a fait oublier ma précédente rencontre, jusqu’à ce que l’homme appelle une troisième fois. 

Tout comme les deux dernières fois, il n'y a pas eu de paroles au bout du fil. Seulement des bruits de pas et des petits gémissements étouffés. Mon estomac s’est noué et, malgré mon bon sens me disant de ne pas y aller, je suis remonté jusqu'à la 331. 

Cette fois, la porte était légèrement entrouverte, alors j'ai frappé tout doucement et fait grincer les gonds en l’ouvrant, tout en espérant que l'homme n'était pas là. 

En zyeutant la pièce, j'ai remarqué qu’il était toujours dedans. Sauf que cette fois, il était sur le lit, face contre terre. La seule lumière qui illuminait la chambre était la faible lampe du couloir, m'empêchant de voir ce qu’il y avait autour. Tout ce que je discernais, c'était cet homme allongé, entouré d'un liquide sombre. Cela me rassurait un petit peu et me rendait moins anxieux. Craig avait certainement raison. Il était probablement ivre et il avait sans doute commencé à s’uriner dessus en s'endormant. C’était ennuyeux qu'il ait abîmé nos draps, mais cela rendait l’ambiance beaucoup moins effrayante. J’ai raccroché son téléphone pour la deuxième fois et je suis parti en fermant complètement la porte. 

Après cela, le reste de la soirée a été plutôt tranquille. Vers une heure du matin, Craig et moi avons terminé notre quart de travail et sommes donc rentrés chez nous. J’ai brièvement raconté à mon remplaçant les problèmes qu’il y avait eu avec l’homme de la 331, au cas où il aurait recommencé, mais comme j'avais une seconde garde à partir de neuf heures, je suis parti assez brusquement pour aller dormir. 

Cette nuit-là, il m'a fallu un certain temps pour m'endormir. Même si je me répétais que ce n'était qu'un homme un peu trop ivre, ces événements me travaillaient trop pour pouvoir fermer l’œil. Ils étaient toujours gravés au fond de mon esprit, m’apportant un sentiment de malaise.

Je suis retourné au travail le lendemain matin et tout semblait aller pour le mieux. Il faisait maintenant jour dans tout l'hôtel, alors toutes ces petites angoisses qu'on a parfois dans la tête lorsque nous sommes dans le noir avaient complètement disparu de mon esprit. J’ai passé les premières heures de mon service à suivre ma routine. Je transportais les bagages des gens jusqu’aux chambres, j’appelais de nombreux taxis... Je me montrais toujours amical envers les clients et je leur parlais souvent de leurs soirées et du déroulement de leur séjour. Lors de mon troisième voyage dans le hall, j'ai été accueilli par un grand homme portant un long manteau de cuir entièrement boutonné avec un foulard qui lui couvrait le nez et la bouche ainsi qu’une casquette. Il s'est approché de moi et m'a dit "Désolé pour la nuit dernière, dans la chambre 331."

"Au revoir, M. Rogers. Je suis heureux que vous ayez apprécié votre séjour chez nous," lui ai-je répondu. Et sur ces mots, il est sorti de l’établissement. 

Aux alentours de onze heures, j'ai été appelé une ultime fois à la 331, non pas par le téléphone de la chambre, mais par la femme de ménage.

Elle avait appelé parce qu'elle ne pouvait pas entrer et avait besoin que je déverrouille la porte pour elle. Apparemment, sa clef ne fonctionnait plus, car peu importe le nombre de fois où elle l’avait tournée, elle refusait d’ouvrir. 

En arrivant, j’ai voulu la déverrouiller mais elle a également refusé de s’ouvrir. J’ai donc pensé que quelque chose devait se trouver derrière et bloquer. J’ai passé un appel à la réception pour demander si Gerald Rogers avait bel et bien quitté l'hôtel quand je l'avais vu à dix heures, et ils m'ont affirmé que oui. Sachant cela, j'ai décidé qu'il valait mieux forcer le passage, alors j'ai donné trois coups de pied dans la porte pour tenter de casser la serrure. Le dernier coup a fonctionné et nous avons pu ouvrir le battant. En entrant, nous avons été horrifiés de voir que la pièce était couverte de sang. Il y en avait partout, dans la baignoire et le lavabo, sur les murs et le plafond… Il y en avait aussi une grande mare qui avait tâché tout le matelas. J'étais dégoûté. Mon estomac s’est tordu et je me suis senti mal. Je me suis mis la main sur la bouche pour essayer de ne pas vomir.

 Je me suis retourné pour quitter la pièce avec précipitation et lorsque je me suis dirigé vers la porte, j'ai vu ce qui la bloquait. C’était le cadavre de Gerald Rogers. Il était allongé là, près du battant. Ses vêtements avaient tous disparu, sauf son caleçon, il avait des coupures des deux côtés du corps et il portait ses boyaux autour du cou comme un boa. Cependant, le plus déconcertant était le fait qu'il avait un écœurant sourire formé sur son visage, comme s'il était mort dans un moment « d’extase ». 

Il va sans dire que nous avons immédiatement appelé la police. L'enquête a été longue et ardue et personne n’a jamais su qui avait tué M. Rogers. Peu de temps après, j'ai démissionné. Je ne pouvais pas continuer à retourner sur les lieux de ce crime. Pas avec les souvenirs que j’avais. Encore plus tard, l'hôtel a fermé définitivement. Il n’avait pas réussi à se remettre de son image ternie. Je pense souvent aux événements de cette nuit-là. Qui était le meurtrier ? Aurais-je pu aider M. Rogers ? Et pourquoi avait-il l'air si heureux ?

Traduction de Naveen



lundi 7 septembre 2020

Le chemin de la vengeance

Si un jour vous souhaitez vous venger de quelqu'un, il existe un moyen.

Cette personne doit vous avoir fait vraiment souffrir, parce que les épreuves que vous traverserez et les risques encourus pour mener à bien cette revanche sont potentiellement mortels.

C'est décidé, vous voulez toujours vous venger ?

Bien, prenez des notes, mais je refuse d'être tenue pour responsable si les choses tournent mal.

Voyez-vous, les … êtres ? ou entités ? qui vous aideront à vous venger ne sont pas des plus recommandables. Elles ne sont pas non plus des plus prévisibles. En clair, ces choses pourront décider ou non d'appliquer la vengeance demandée. Elles pourront aggraver les souffrances que vous avez souhaitées pour votre ennemi. Même si cette personne a de la famille, notamment des enfants, qui sont plus réceptifs, il y a de fortes chances que selon l'humeur de vos... exécutants, des gens innocents subissent les effets de la vengeance.

C'est qu'une fois qu'ils ont commencé, difficile de les arrêter. Par ailleurs, parfois, et sans jamais que des raisons précises n’aient pu être déterminées, ils s'en prendront également à vous. En clair, si vous suivez mes instructions, vous passerez un contrat avec des exécuteurs des basses œuvres, cruels et incontrôlables, qui se réserveront le droit de modifier à tout moment les modalités du contrat, sans préavis, de façon unilatérale et même de se retourner contre vous si leur soif de douleur n'est pas apaisée.

Vous voulez toujours ? Eh bien, je me demande ce que cette personne vous a fait… En tout cas, je vous ai prévenu !

Les consignes sont simples. Choisissez une journée de préférence ensoleillée, et partez au plus tard vers midi.

Vous devez absolument avoir quitté la forêt lorsque l'obscurité tombera.

Au passage, plusieurs personnes ont rapporté qu'il leur semblait que le temps s'était anormalement accéléré une fois le rituel terminé et qu'ils avaient à peine eu le temps de repartir, alors qu'il aurait dû leur rester plusieurs heures de marge.

Vous pouvez vous déplacer à pied ou à vélo, de préférence tout terrain (vous allez comprendre). Les véhicules motorisés type quads ou motocross semblent faire échouer le rituel à une fréquence plus élevée, mais c'est vrai qu'ils offrent une certaine forme de sécurité en cas de repli.

Veuillez emmener avec vous un objet de valeur, à la hauteur de vos moyens : ce doit être un sacrifice pour vous. L'argent liquide est accepté, tout objet précieux aussi. Les inconscients ayant tenté de tricher avec un chèque ou une carte bleue ne sont plus en état d'expliquer les raisons de leur stupidité. Il vous faudra également des allumettes ou un briquet, une tablette de chocolat de qualité ou une autre friandise, et une dose de drogue, légale ou non (cigarettes, alcool, cannabis, cocaïne…)

Prévoyez aussi de quoi écrire.

Rentrez dans la forêt et ne perdez jamais des yeux vos camarades si vous êtes accompagné. La personne la plus désireuse d'effectuer le rituel de vengeance devra prononcer 3 fois les noms des entités (que je refuse de retranscrire ici) en leur exprimant son souhait de les rencontrer ainsi que les raisons, et ce, avant d'avoir parcouru un kilomètre dans la forêt.

Veillez à être aussi loin que possible d'autres personnes à ce moment : une fois la demande formulée, il semble que ce qui se passe ensuite puisse toucher tout le monde dans un rayon plus ou moins étendu et vous ne voudriez pas mettre des personnes non préparées en danger, n'est-ce pas...

Si vous échouez, ou si la demande n'est pas à leur goût, vous en serez quittes pour une bonne balade. Les choses pourraient être pires, croyez-moi.

Si votre requête est acceptée, un sentier que vous n'aviez jamais remarqué auparavant apparaîtra au détour d'un virage, sur votre gauche, au bout de quelques centaines de mètres. Empruntez-le. D’abord un petit chemin, il deviendra de plus en plus impraticable : pierres, sable ou boue, ronces acérées, orties, racines protubérantes, dénivelé improbable pour la région, tout est fait pour vous ralentir et vous décourager.

Ne rebroussez pas chemin, il est déjà trop tard.

Vous devez avancer pour avoir une chance de survie. Si vous apercevez des animaux sauvages, ne les regardez pas trop, même s'ils vous paraissent anormalement peu farouches. Vous pourriez remarquer sur eux des anomalies qui vous feraient perdre l'esprit.

Important : si vous tombez sur une meute de chiens errants, cela signifie que les entités ont changé d'avis (je vous ai déjà dit qu'elles étaient lunatiques).

Dans ce cas, déposez la drogue et la friandise sur la souche d'arbre la plus proche, ainsi vous pourrez passer au milieu des chiens sans qu'ils vous attaquent (même s'ils grogneront et aboieront). Sans offrande, ils vous prendront en chasse et s'ils parviennent à vous attraper, ils vous tailleront en pièces. Ce serait dommage, étant donné que dans ce cas de figure, le monde des vivants se trouve à quelques centaines de mètres après les chiens.

Si vous ne croisez pas de chiens, vous allez pouvoir, peut-être, obtenir votre vengeance ! Vous devriez apercevoir une sorte de hameau abandonné, constitué de maisonnettes en bois. Toutes seront brûlées, sauf une : elle est pour vous. Sortez votre papier et votre stylo. Rédigez une sorte de contrat daté du jour, comportant vos noms à tous, ainsi que celui que l'on donne aux choses. Expliquez qui vous voulez viser, pourquoi, quand (la date doit être avant le 31 décembre de l'année en cours), et quel sera le châtiment. C'est le moment d'avoir de l'imagination : vous pouvez tout souhaiter, de l'impossibilité d'obtenir satisfaction chez le coiffeur, aux aigreurs d'estomacs ou flatulences permanentes, en passant par la ruine financière… ou pire. Une fois les modalités d'exécution du contrat couchées sur le papier, précisez le paiement offert en échange du service. Signez tous de vos noms et prénoms, puis placez le contrat et les objets de valeur dans la maisonnette. Assurez-vous que tout le monde est en sécurité puis mettez-y le feu. A présent, dépêchez-vous de partir par là où vous êtes arrivés.

Ne vous retournez pas.

Ne perdez pas de temps et ne vous perdez pas de vue les uns les autres. Si l'un d'entre vous s'égare, ne prenez pas le risque de retourner en arrière. Vous connaissiez les risques avant de venir.

Ce que vous avez souhaité à votre ennemi lui arrivera à la date souhaitée comme vous l'avez demandé, si votre cadeau est jugé suffisamment précieux ET si les choses vous ont à la bonne (j'imagine). Si vous ne constatez rien d'anormalement grave dans votre vie au bout d'un an jour pour jour, vous pouvez (normalement) vous considérer comme tiré d'affaire. Vous pouvez toutefois souffrir d'effets secondaires pénibles, mais sans gravité comparé au reste.

Ils peuvent être :

- Migraines
- Nausées
- Troubles du sommeil (insomnies, cauchemars, terreurs nocturnes)
- Sensation permanente d'être observé
- Acouphènes, ou autres sons que l'on est seul à percevoir
- Malchance chronique

Si cela peut vous consoler, ils ne durent jamais éternellement et il n'y en a jamais plus d'un ou deux à la fois, par personne. Pour ma part, il y a plus de trois ans que j'ai cessé de voir des ombres dans mon miroir.


samedi 5 septembre 2020

Résultat du concours d'écriture de l'été 2020

Le concours d'écriture est terminé, et nous avons un gagnant ! Il s'agit d'El Cabri et de sa nouvelle "Le château des songes" qui a su s'attirer les faveurs du jury ! 


Voici donc le classement au complet :

Château des songes : 1ère place

Reminiscence : 2e place

J'ai tenté d'ouvrir les yeux, ne vous en allez pas!!!!!!! : 3e place

L'héritage de suzie : 4e place 

L'année dernière : 5e place


Le texte victorieux va être publié sur le Nécronomorial une fois la correction achevée nos correcteurs, et nous vous inviterons donc à aller voir cette pépite une fois ceci fait ! 

Nous tenons à remercier tous les participants pour leurs textes qui sont tous agréables à lire, et serons ravi de recevoir leurs prochaines créations. Nous remercions également le jury qui a su admirablement bien juger les contributions.


lundi 31 août 2020

Une vie à l'intérieur de moi

Mon époux et moi nous aimions énormément, mais comme la plupart des couples, nous nous disputions. Nos plus grosses querelles tournaient toujours autour d'un seul et unique sujet : les enfants. 

J’en voulais absolument, pas lui. 

Au fil des années, j'avais espéré qu'il finirait par se raviser et par accepter l'idée de fonder une famille, mais il est resté têtu et n'a pas voulu changer d'avis. Je lui ai rappelé maintes fois que si nous attendions trop longtemps, nous ne pourrions jamais concevoir notre propre progéniture, mais il ne semblait pas s'en soucier. Je lui ai même suggéré l’adoption, mais il n'a rien voulu entendre. 

« Tu n'es pas digne de devenir mère ! » disait-il. 

Ses paroles cruelles sont aujourd'hui gravées dans ma mémoire. Je l'aimais. Pourquoi disait-il une chose pareille ? 

Je voulais porter un bébé. Je voulais avoir une vie en moi, un petit bout de lui à l'intérieur de moi. J’aime mon époux, mais il n'a pas le droit de m'en empêcher. Personne ne le peut. 

J'ai jeté mes pilules contraceptives à la poubelle et j'ai saboté ses préservatifs. Alors que je me préparais à le séduire dans une frénétique passion amoureuse, mon mari, qui savait que je cherchais désespérément à avoir une vie en moi, a découvert mon plan et a rejeté mes avances. 

Mon propre époux m'a dit que j'étais folle, que je devenais obsédée et que je perdais la tête. Je l'aimais tellement, comment pouvait-il me dire des choses aussi horribles ? Je suis tout de même sa femme. 

Cette nuit-là, j'ai pleuré. Je n’ai jamais pleuré autant de toute ma vie. Il n'avait pas le droit de faire ça ! Je porterai cette vie que je désirerais tant. 

Ça m’a pris une semaine, mais j'avais préparé mon prochain plan. Il était infaillible, il n'y avait rien qu'il puisse faire. Cette fois, il n’allait pas m’arrêter. Après son retour du travail, je lui ai offert une bière dans laquelle j’avais glissé au préalable une dose de somnifères. Bien sûr, il n'a pas senti le goût des médicaments alors qu’il descendait avidement sa boisson. Vingt minutes plus tard, il était dans un sommeil profond, pratiquement inconscient. 

Je l’ai traîné jusqu’à notre chambre, puis sur le lit. Je lui ai enlevé ses vêtements et j'ai commencé à l'embrasser sur tout le corps. 

« Tu ne pourras pas m’empêcher de faire ça » lui ai-je ai chuchoté à l'oreille alors qu'il restait béatement inconscient de ce qui allait lui arriver. 

Les heures passaient alors que je m'occupais de lui. Il ne s'est pas réveillé une seule fois de son sommeil forcé, pas une seule fois il n'a senti mes lèvres chaudes se presser constamment contre sa peau froide. Je profitais de chaque sensation alors que je terminais soigneusement ma tâche. 

Les draps étaient trempés après mon activité nocturne. Mais il ne s’agissait pas de sueur, les draps étaient trempés de sang. Du sang de mon mari. 

Je me suis assise sur le sol de la chambre, le dos appuyé contre le pied de notre lit. J’ai tendrement passé mes mains sur mon ventre, ravie de la vie que je portais enfin. Cependant, je n’allais pas pouvoir profiter de cette vie en moi pendant neuf mois entiers, comme la plupart des femmes. Mais les quelques jours que j’allais passer avec elle dans mon ventre seront les meilleurs de mon existence. 

Il n'est pas facile de dévorer un être humain entier en une seule nuit. Mais cela en a valu la peine. 

Puisque j’ai enfin une partie de mon mari en moi.


lundi 24 août 2020

Maison Close

Message posté par LordH hier à 18h45.

Bonjour à tous, ça faisait longtemps que je n'avais pas posté sur le forum !

Je m'étais un peu détaché de tout ce qui est légende urbaine, mais j'ai de quoi remettre en question toutes mes croyances sur le sujet. Pour être honnête, je ne m'attends pas à ce que vous me preniez au sérieux. Libre à vous de considérer cette histoire comme un canular avant mon ultime départ. Je vous demanderai juste de ne pas me répondre avec des « mdr t'es psychologiquement atteint toi » comme vous l'avez fait avec les témoignages de RagondinMalin le mois dernier. Je vis suffisamment mal ce qu'il m'est arrivé, au point d'en faire des cauchemars toutes les nuits malgré les nombreux cachets que je me suis fait prescrire.

Bref, j'en viens aux faits. J'étais, et suis toujours, bénévole dans mon village auprès d'une association d'aide aux personnes âgées. Il y a quelques mois, un samedi, je rendais visite à Pietro, un vieil homme ma foi fort sympathique bien que peu bavard. Il nous arrivait de parler de légendes urbaines vu qu'il en connaissait un rayon, mais la plupart n'étaient pas effrayantes. Enfin, je vous avais tout de même parlé de la Tarasco, il me semble !

Cette fois, il voulait me parler d'une histoire un peu plus sérieuse, quelque chose dont on ne parlait pas trop. Il s'agissait de la maison close au bord du lac. Suite à un incendie il y a longtemps, la bâtisse qui tenait à peine debout avait été fermée, mais je crois que certains jeunes y font parfois de l'urbex. Pietro, lui, l'avait connue à l'époque où elle était encore fonctionnelle.

On se doutait bien que certains habitants du village s'y rendaient, mais le sujet était en ce temps soit tabou, soit source de plaisanteries. Un jour, le frère jumeau de Pietro, appelons-le V, lui a dit qu'il s'y était rendu, que ce qu'il y avait vécu était absolument magique, et que Pietro devait absolument l'accompagner le soir suivant. V était un original, et Pietro, un peu plus froussard, acceptait rarement de le suivre dans ses sottises. Cette fois pourtant, motivé par des intérêts personnels, il avait accepté. S'il pouvait être vu se rendant là-bas, cela pouvait bien dissiper quelques rumeurs pourtant bien fondées à son sujet.

Le soir suivant, ils étaient donc devant la porte de cette grande maison à la peinture écaillée, aux volets dont le bois avait pourri, et dont les alentours étaient envahis par les mauvaises herbes. Rien de vraiment étrange, mais l'atmosphère était... pesante. Oui, l'air était si lourd qu'il leur pesait sur les épaules et leur assaillait la gorge. Pietro avait voulu mettre ça sur le compte du stress.

À l'intérieur, le hall était vide, à l’exception d'un comptoir en bois verni, et intégralement recouvert de velours rouge. Celui-ci était tâché, et la pièce sentait extrêmement mauvais, comme une odeur de moisissure ou de viande pourrie. Le comptoir détonnait un peu avec le reste. L'air, lui, s'était encore un peu plus épaissi.

Un rire féminin avait résonné, et V avait souri, avant de se précipiter vers une porte. Il semblait avoir reconnu la voix. Pietro s'était alors trouvé seul dans la pièce, ne sachant que faire et se sentant un peu con. Il s'était alors dirigé vers le couloir en face de lui, et s'était retrouvé face à une porte entrouverte.

Ensuite, tout était flou. Pietro se souvenait d’avoir perdu connaissance, puis s'être réveillé en sentant un puissant orgasme. Et cela s'était répété une fois, deux fois, dix peut-être. La puanteur était toujours plus intense tandis que le plaisir se décuplait sans cesse. Il ne savait s'il était allongé, debout, assis, la seule certitude qu'il avait malgré l'obscurité était que des dizaines d'hommes arpentaient son corps.

Quand il avait vraiment repris connaissance, il était de nouveau hors de la maison, debout dans l'herbe. Il ne comprenait rien à ce qui venait de se produire. Effrayé par ce qu'il avait vécu, Pietro avait décidé de ne jamais y retourner, bien que chaque nuit, les souvenirs de cette soirée se manifestaient agréablement dans ses rêves. V continuait d'y retourner chaque soir ou presque, et à mesure que les semaines se succédaient, sa santé mentale semblait se détériorer. Cela avait commencé par des absences, puis très vite, des crises de démence avaient fait leur apparition. Il entrait dans une fureur telle qu'il cassait des objets et hurlait sur tous ceux qui se mettaient en travers de son chemin. Il disait qu'il avait besoin de voir la déesse qui l'attendait dans la maison close et que le manque le rendait fou. Un jour, dans une crise particulièrement violente, il avait tranché son pénis. Hospitalisé un moment, il n'a pas pu retourner au bordel et sa fureur avait laissé place à la léthargie. Il n'a plus jamais prononcé un mot.

Les années ont passé, Pietro travaillait en tant que menuisier et veillait sur son frère malade, ne pensant plus à cette maison, qu'il ne considérait pas comme réelle responsable de la folie de son frère. Un jour cependant, un homme avait affirmé une chose incroyable. La femme du maire n'était pas morte le mois dernier comme tout le monde le croyait. Il criait haut et fort qu'elle avait été son amante et que désormais, c'était une prostituée de la maison close du village ! Certains disaient que c'était une aberration, tandis que d'autres ricanaient en disant qu'ils iraient bien vérifier par eux-mêmes. Le fanfaron avait été diagnostiqué schizophrène peu de temps après, et les habitants du village avaient cessé de donner du crédit à ses paroles.

Le maire s'était pendu l'année suivante, et des commères avaient affirmé l'avoir vu se rendre à la maison close. « Peut-être que c'était vrai, et qu'il n'a pas supporté d'y trouver sa femme ! » - « Ou bien il était déçu qu'elle soit vraiment morte ! »

Le même jour, V avait fui la maison pendant que Pietro faisait une sieste. On avait retrouvé son corps après avoir éteint l'incendie qui s'était répandu dans la maison close. Vengeance contre ce qu'il pensait être l'origine de ses problèmes dans un état de semi-lucidité ? Ou suicide désespéré ?

Pietro, après avoir fait son deuil, avait enfoui ces événements troublants dans un coin de sa mémoire, et les autres villageois en avaient fait de même. Le bâtiment avait simplement été abandonné.

Même si pour moi c'était des sottises, j'ai eu la curiosité de me rendre sur place. Après tout, j'habitais ici depuis des années et je n'avais jamais été voir la seule attraction un peu glauque du coin. J'avais décidé d'y aller la nuit afin de bien me mettre dans l'ambiance. J'avais prévu de vous prendre des photos pour en faire un topic. Mais la première chose qui m'a saisi quand j'ai été à moins de 500m, c'est l'odeur qui m'a enveloppé. Et l'épaisseur de l'air. C'était comme Pietro me l'avait raconté. Persuadé que mon esprit me jouait juste un tour, je suis entré. L'intérieur était différent de ce qu'il m'avait décrit, cependant. Tout était carbonisé, et il me semblait que toute la structure menaçait de s'écrouler.

Ce qui s'est passé ensuite, je ne peux vous le raconter. Je ne me souviens pas vraiment de la chronologie des événements, et je pense que vous êtes en mesure d'imaginer l'essentiel. C'était effrayant et en même temps... complètement addictif, c'était comme si une drogue parcourait mes veines, je pouvais déjà sentir le manque arriver malgré une puissante envie de vomir tout ce que contenait mon estomac.

Comme Pietro, je me suis retrouvé dans l'herbe, alors que le soleil se levait. J'ai essayé de retourner à l'intérieur de la maison, je voulais comprendre ! Je me suis déchaîné sur la porte un long moment, mais impossible de l'ouvrir. Comment ce vieux bout de bois brûlé pouvait-il tant me résister ?

Je n'aurais pas dû jouer à ça, depuis je ne cesse d'y penser, partagé entre l'envie incontrôlable d'y retourner et la terreur. J'y pense constamment, dans mes rêves surtout. Je prends des médicaments pour anéantir ma libido et des anxiolytiques, ça m'aide un peu à ne pas craquer et y retourner, mais je reste hanté, complètement possédé par cette maison qui m'appelle sans cesse. J'envisage même de déménager. Je n'ai pas pu reparler à Pietro depuis qu'il m'a raconté cette histoire, j'ai appris son décès en rentrant chez moi après cette excursion maudite.

Prenez-moi pour un fou si vous voulez, mais si jamais quelqu'un ici a déjà eu affaire à des lieux comme celui-ci, contactez-moi en pv, je sais bien que vous n'oserez sans doute pas prendre la parole en public. J'ai lu sur internet des histoires concernant des emplacements semblables, il semblerait qu'ils soient comme des passerelles pour les démons voulant corrompre les humains, mais je ne sais pas quoi en penser, et impossible de retrouver les auteurs de ces articles.


Voici mon Facebook si jamais : XXXXX XXXXXXXX.


lundi 17 août 2020

Ma peur de l'eau

J'ai toujours eu une peur panique d'être complètement immergé dans l'eau. Non pas que je ne sache pas nager ou quoi que ce soit de ce genre, mon père m'a appris. Mais il dit que j’ai failli me noyer, quand j'étais très jeune.

Or j’ai cette crainte, car d’aussi loin que je me souvienne, chaque fois que je me retrouvais sous l'eau et que je regardais vers la surface, je voyais une femme blonde s'approcher de moi avec un sourire chaleureux, ses yeux bleu foncé rivés sur moi. Et ce, même lorsque ce n'était que dans une baignoire. Ça m’a toujours fait ça, et c'est juste devenu normal pour moi, même si en réalité je ne m'y suis jamais vraiment habitué.

C'était à la fois déconcertant et apaisant. Elle me donnait toujours l'impression que tout irait bien. Mais je l'évitais toujours, parce que je n'étais qu'un enfant et que c'était vraiment… bizarre.

Je n'en ai jamais parlé à mon père lorsque j'étais enfant, mais je lui ai posé des questions sur ma mère, qu'il esquivait toujours. Parfois, il se mettait même en colère contre moi parce que j'essayais d'en discuter.

Ce n'est que récemment que je lui ai décrit cette apparition. Lui qui était au volant de la voiture a failli en heurter un poteau. Preuve qu’il savait manifestement quelque chose. Face à cette réaction, je lui ai à nouveau posé des questions sur ma mère. Cette fois, il m'a répondu qu'elle était morte quand j'étais très jeune et qu'elle m'aimait beaucoup. Il a aussi admis que ses cheveux et ses yeux étaient de la même couleur que ceux de cette apparition, qui étaient aussi comme les miens.

J'ai donc fait quelques recherches par moi-même en regardant son nom sur mon certificat de naissance et en essayant de trouver tout ce qui pouvait avoir un rapport avec moi. Que ce soit des articles de journaux sur un petit garçon qui avait failli se noyer, ou n'importe quoi en rapport avec cet incident. Je voulais surtout une photo, quelque chose que je pourrais faire correspondre à mon ange gardien.

Aujourd'hui, enterré parmi les papiers de la bibliothèque municipale, je l'ai trouvé.

WINCHESTER : Marie Withie, âgée de 28 ans, s'est noyée hier soir après avoir escaladé une clôture de barbelés et s'être jetée dans un réservoir d’eau qui était proche. Des funérailles sont prévues par sa famille pour le 25 de ce mois-ci. Six mois auparavant, Marie avait été internée après avoir été reconnue "non coupable" de tentative de meurtre pour cause de démence. Son mari, Daniel Withie, avait agi assez rapidement pour sauver la vie de leur très jeune fils lorsqu'elle avait été retrouvée en train de le noyer dans une baignoire.

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