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L'équipe de Creepypasta from the Crypt n'affirme ni n'infirme la véracité des témoignages et histoires présents sur ce blog. Pensez à consulter nos pages d'aide pour en apprendre plus, et à toujours vérifier les sources pour vous faire votre propre avis sur la question, ici comme ailleurs.
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Petit rappel amical : les creepypastas ne sont pas nécessairement des fictions, elles peuvent aussi être partiellement ou entièrement tirées de faits réels, c'est ce flottement qui fait leur charme (même si c'est plus facile à deviner pour certaines, on sait). Merci donc de ne pas nous assimiler à un Wattpad de l'horreur.
Vous voulez trouver toutes nos plateformes, ou vous êtes curieux de savoir quels médias parlent de CFTC ? Tout est sur notre Linktree !
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Affichage des articles dont le libellé est histoire. Afficher tous les articles
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lundi 11 août 2025
lundi 12 août 2024
Déchronologies Estivales : Le petit joueur de flûte
Temps approximatif de lecture : 6 minutes.
Un jour, mon grand-père m'a raconté une histoire dont je me souviendrais toute ma vie. J'avais 11 ans, et ce n'était clairement pas quelque chose à raconter à un enfant de cet âge-là. C'est une histoire aux racines perturbantes et au dénouement morbide. Mon grand-père en a vécu le début, j'ai assisté à sa fin.
Il est né en Espagne, vers la fin des années 20. À l'époque où tout a commencé, il avait dix ans. Le village qui l'a vu naitre était perdu dans le maquis. Il n'y avait pas beaucoup de passages à l'époque et encore moins maintenant, étant donné que le village a été depuis abandonné. Il n'était situé sur aucun grand axe routier, n'était proche d'aucune grande ville. C'était un endroit triste, un endroit où venaient mourir les rêves et ambitions des enfants, étouffés par les traditions et l'isolement presque total.
lundi 31 mai 2021
Dictionnaire non-exhaustif de superstition et sorcellerie
Au fil des siècles, les histoires concernant des sorcières et autres légendes sur la sorcellerie ont fait beaucoup de bruit. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare de voir des gens trembler à l’évocation de certaines pratiques. Or, vous allez découvrir de nombreuses histoires de sorcellerie regroupées en cette sorte de dictionnaire. Faits avérés ou simples racontars et injustes accusations ? Jugez-en par vous-même.
lundi 22 mars 2021
Le petit joueur de flûte
Temps approximatif de lecture : 6 minutes.
Un jour, mon grand-père m'a raconté une histoire dont je me souviendrais toute ma vie. J'avais 11 ans, et ce n'était clairement pas quelque chose à raconter à un enfant de cet âge-là. C'est une histoire aux racines perturbantes et au dénouement morbide. Mon grand-père en a vécu le début, j'ai assisté à sa fin.
Il est né en Espagne, vers la fin des années 20. À l'époque où tout a commencé, il avait dix ans. Le village qui l'a vu naitre était perdu dans le maquis. Il n'y avait pas beaucoup de passages à l'époque et encore moins maintenant, étant donné que le village a été depuis abandonné. Il n'était situé sur aucun grand axe routier, n'était proche d'aucune grande ville. C'était un endroit triste, un endroit où venaient mourir les rêves et ambitions des enfants, étouffés par les traditions et l'isolement presque total.
lundi 18 janvier 2021
Fiche M : L'affaire de Hautefaye
Temps de lecture approximatif : 5 minutes
Nous sommes le 16 août 1870 en Dordogne, et une foire se tient à Hautefaye, dans l’arrondissement de Nontron. Alain de Monéys, adjoint au maire de la commune voisine de Beaussac enfile son canotier, embrasse sa mère et part vers le bourg pour y saluer les habitants. Il a 32 ans, est célibataire et est exempté du service militaire du fait de sa faible constitution. Mais il a fait lever son immunité par volonté patriotique et se prépare malgré tout à partir vers le front lorrain pour combattre les Prussiens. La situation politique n’est guère plaisante : la France s’est engagée dans une guerre sans merci qu’elle sait ne pas pouvoir gagner, et Napoléon III, bien qu’apprécié par la population rurale, sent venir le changement.
lundi 7 décembre 2020
Fiche M : Sokushinbutsu
Temps de lecture approximatif : 2 minutes
Il est possible de trouver, dispersés un peu partout dans le nord du Japon, quelques dizaines de moines momifiés connus sous le nom de Sokushinbutsu. Adeptes du Shugendô, une ancienne forme de bouddhisme, ces religieux sont morts dans l'acte ultime d'abnégation.
En prononçant leurs vœux, ils consentaient à suivre durant trois ans un régime spécial composé uniquement de noix et de graines, tout en s’adonnant à un programme d'activité physique rigoureux qui les dépouillait de leur graisse corporelle. Suite à cette première phase, ils devaient, durant à nouveau trois ans, manger de l'écorce et des racines et boire un thé empoisonné à base de sève de l'arbre Urushi, normalement utilisée pour la laque des bols. Cette substance provoque des vomissements et une perte rapide des fluides corporels, et surtout, elle tue tous les asticots qui pourraient causer la décomposition du corps après la mort. Enfin, ils arrivaient à la dernière étape : l’auto-momification.
vendredi 3 avril 2020
Petit dictionnaire des légendes urbaines soviétiques
La publication d'aujourd'hui est un peu particulière, car il ne va pas tant s'agir d'une véritable creepypasta (ou, pour être plus précis, de plusieurs véritables creepypastas) que d'une page vers laquelle de futures publications pourront pointer dans un souci de clarté. Le texte suivant est en effet une longue compilation de petites légendes urbaines soviétiques en tous genres provenant de cette page.
Je n'ai pas traduit les trois derniers chapitres, car on s'éloignait
carrément du creepy, que ça partait plutôt dans les petits racontars
sans intérêt ou, pour le passage sur les personnalités célèbres, que ça
n'aurait avancé personne puisqu'il s'agit de légendes urbaines sur des
individus soviétiques totalement inconnus chez nous. Voyez donc ceci comme une petite plongée dans l'imaginaire collectif russe et soviétique, qui devrait vous dépayser et vous sera très utile pour comprendre les prochaines traductions de pastas russes, qui doivent reprendre sous peu. Assez parlé, place aux légendes !
Il ne s’agit la plupart du temps pas tant de légendes que de phobies, enfantines ou non, qui ont fait l’objet de tant de commérages peu crédibles et ont été agrémentés de tant de détails qu’elles ont presque fini par acquérir un goût de réel. Toute personne ayant raconté quelque chose du genre indique obligatoirement que ça lui est arrivé, ou à une de ses bonnes connaissances, ou à une bonne connaissance d’une de ses bonnes connaissances…
I) Dangers et morts étranges
Les mutants de Tchernobyl
Après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les animaux ont muté en d’énormes monstres assoiffés de sang. En 1993, un film intitulé « Les monstres » tellement mauvais qu’il en est devenu appréciable a été réalisé à propos des créatures gigantesques rôdant dans la zone de Tchernobyl.
Les serpents dans les canalisations
Il s’agit d’une variante de la légende urbaine américaine à propos des crocodiles dans les égouts de New York. Quelqu’un aurait balancé des œufs de serpent venimeux dans les toilettes. Ils auraient éclos et les serpents seraient devenus monnaie courante près des cadavres. Ils pourraient sortir des toilettes et vous mordre là où il faut…
Les rats du métro
Dans le métro vivent d’énormes rats mutants. Les conducteurs les voient souvent et les écrasent. Selon une version, on aurait pris un bull-terrier errant et qui aurait vécu assez longtemps dans une des stations du métro moscovite pour un rat de la taille d’un chien. C’était à l’époque où cette race n’était pas très connue en Union soviétique. C’est précisément ces proportions, « la taille d’un chien », qu’on a repris dans les articles de journaux.
L’invasion de hamsters
Au tout début de l’ère Khrouchtchev, vers 1955, il y a eu un hiver très rude avec beaucoup de neiges et des congères qui gelaient souvent.
Et cette année, un terrible fléau s’est abattu sur les régions centrales de la Russie…
De gigantesques hamsters sont apparus d’on ne sait où en grand nombre. Ils étaient en bonne santé, de la taille d’un petit chien et pouvaient atteindre un poids de quelques kilos. De ce que j’ai compris de leur description, il s’agissait vraiment de hamsters, et leur pelage était roux-blanc-noir. Les hamsters géants étaient étonnamment agressifs. Ils se rassemblaient près des congères gelées ou sur des monticules et guettaient les gens.
Lorsque ces derniers s’approchaient trop, ils se jetaient sur eux pour les mordre. Ils sautaient d’ailleurs très haut et visaient la jugulaire. Si plusieurs d’entre eux s’attaquaient à une personne, il était très difficile de s’en libérer, ces animaux étaient très forts. Ils étaient capables de tuer les enfants et les jeunes adolescents. Apparemment, ils auraient commencé à s’attaquer aux humains à cause de la faim car l’année avait été très mauvaise pour la nourriture, l’hiver était très rude et ils n’avaient probablement pas fait de réserves de gras.
Les escalators
La localisation de l’histoire est variable : Léningrad, Moscou, Kiev. Un accident d’escalator aurait projeté les gens dans une faille s’élargissant, et ceux-ci auraient été broyés par de gigantesques engrenages. Encore aujourd’hui, certains ont peur de les emprunter.
Cette histoire est partie de rumeurs (puisqu’il n’y a jamais eu d’annonce officielle) d’un accident à la station Aviamotornaya.
Tout le monde est mort
Un petit garçon jouait avec des ciseaux et s’est crevé les deux yeux. Alors que la mère courait partout dans l’appartement avec son petit garçon désormais aveugle, sa fille s’est noyée dans la baignoire. Voyant cela, la mère s’est jetée par la fenêtre du dixième étage. En rentrant, le père, voyant sa femme étalée sur le goudron, son fils aveugle et sa fille noyée, a pris son fusil, tué son fils et a retourné l’arme contre lui. Tout le monde est mort.
Les moustiques-vampires
Les moustiques ont sucé tout le sang : lors de la construction de la ligne ferroviaire Magistrale Baïkal-Amour (ou BAM), on a retrouvé un cadavre complètement vidé de son sang. Apparemment, les origines de cette légende remontent aux années 20 ou 30. Dans les camps de Solovski d’appellation particulière (SLON), il existait une forme de torture qui consistait à laisser un prisonnier complètement nu et attaché à un arbre toute la nuit « aux moustiques ». Les nuages de moustiques et d’autres saletés pouvaient tout simplement boire tout le sang du prisonnier.
Le motard assassiné
Un motard aurait déboulé devant un cortège de voitures dans lequel se trouvait un membre du Politburo (selon les versions, le Secrétaire Général lui-même) et aurait été abattu par la sécurité. Une autre version dit que le motard, par curiosité, avait voulu voir à quelle vitesse se déplaçait le cortège gouvernemental à Moscou. À cette fin, il s’est caché dans les buissons de la route Roubliovski avec un radar. À cette vitesse, la sécurité ne pouvait simplement pas voir qui les visait avec quoi depuis les buissons, et leur réaction a été machinale et fulgurante : ils ont ouvert le feu. Une version moins violente dit qu’un mec bourré serait allé se soulager derrière une voiture, sauf que cette voiture était celle de convoyeurs de fonds, et ceux-ci l’ont abattu, le prenant pour un voleur.
La fille d’un agent du KGB
Une fois, un groupe de racailles s’en est pris à une jeune fille. Celle-ci a tué l’un d’entre eux et sérieusement estropié l’autre. Il s’est avéré que c’était la fille d’un agent du KGB qui lui avait secrètement enseigné les points vitaux sur lesquels on peut frapper pour mettre momentanément quelqu’un hors d’état de nuire. Dans une autre version, ce n’est pas une fille mais un agent à la retraite qui se rendait à sa maison de campagne et à qui on essayait de voler sa voiture, ou bien tout simplement un agent en civil, ou alors une vieille dame ayant été agente dans sa jeunesse.
L’arme psychique
On raconte que dans l’arsenal de différents services secrets à travers le monde se trouve une arme psychique. Dirigée contre un ennemi, elle induirait un sentiment de peur intense.
Certains disent que le KGB s’en est servi contre des indésirables, que si l’on pointait l’émetteur suffisamment longtemps en direction de l’appartement de la cible, elle perdait la tête et se suicidait.
Et la meilleure défense contre ce genre d’arme était, bien sûr, un casque fait de feuilles d’aluminium.
Le chef de chantier
Dans chaque ville soviétique, il y a une histoire d’un chef de chantier qui aurait été emmuré vivant par ses employés.
II) Crimes et criminels
Fischer
Durant la chasse d’un certain psychopathe soviétique (pour être précis, de Sergueï Golovkine, dont le compte des seuls meurtres prouvés s’élevait à 11), un gamin a menti à la police en affirmant qu’il avait vu ce gars avec un tatouage « Fischer » sur la main. Il a fini par se faire griller après quelques temps. Mais plus d’une génération de pionniers (NdT : comprendre ici enfants de 9 à 14 ans) a entendu parler des méfaits du psychopathe Fischer non loin de leurs chambres de camps de vacances. Je mentionne ce racontar de pionniers parce qu’au contraire des dames blanches et autres voitures immatriculées S.S.D. (NdT : référence à une autre légende d’adolescents à propos d’une Volga noire avec ces lettres en guise d’immatriculation, qui signifient Smert’ Sovetskim Detjam, Mort aux Enfants Soviétiques), même les enfants les plus pragmatiques y croyaient. Quoi, même la police y a cru !
D’une manière générale, toutes les histoires de cette section sont des échos d’histoires vraies à propos de psychopathes, une thématique qui était taboue dans les médias soviétiques. Mais les légendes à propos de l’employé-tueur de la compagnie gazière (variante : de la compagnie des eaux) se sont répandues à travers tout le pays. Je peux vous le garantir.
Les mines d’uranium
Les condamnés à mort auraient en réalité été envoyés dans des mines d’uranium, et l’ami d’un ami les rencontrait forcément plus tard, édentés et malades.
Les fascistes
Dans la ville d’Omsk, il y avait une école spéciale pour l’apprentissage de la langue anglaise. Un jour, ils sont descendus dans la rue pour manifester sous des drapeaux fascistes et vêtus d’uniformes SS. Il s’avérait que l’école appartenait en fait à une organisation nazie souterraine. Tous ont été arrêtés sans attendre. Les profs ont été envoyés en prisons et les élèves dans des colonies pénitentiaires pour mineurs.
Une variante de cette histoire tourne autour d’un fonctionnaire ayant détourné beaucoup d’argent (il touchait des pots de vin), dans l’armoire duquel on aurait découvert – horreur ! – un uniforme d’officier SS.
Un petit détail marrant : dans l’air de la 7e symphonie de Chostakovitch, il y avait les mots « Nous sommes de la gestapo, Hitler est notre père ». Les écoliers se racontaient à mi-voix qu’un garçon qui se promenait dans la rue en sifflotant cette mélodie avait été arrêté sur-le-champ par la police.
Oui, et l’un des traits appartenant immanquablement aux fascistes était d’avoir les tempes rasées (NdT : comme un début de sidecut). C’était un peu l’élément principal dans un vrai fasciste. Et il y avait autant de jeunes battus à coups de ceinture dans le train que de 2 (NdT : les notes en Russie sont sur 5) donnés pour la note de comportement à cause de tempes rasées !
Les monstrueux médecins
Les monstrueux médecins étaient une thématique intarissable. Au début des années 80, le pays entier en tremblait. Tout le monde parlait d’un article dans le journal à propos d’un certain médecin de campagne qui avait enlevé la fille des voisins, lui avait coupé les pieds et les mains et la séquestrait dans sa cave. Les voisins avaient apparemment fait quelque chose à son chien et c’était comme ça qu’il s’était vengé. L’article a eu une forte résonnance. Personne ne l’avait lu soi-même, mais il y avait forcément un parent, un ami, un collègue ou une voisine qui l’avait raconté.
Le jour de l’anniversaire d’Hitler
Le jour de l’anniversaire d’Hitler (c’est en soi une légende urbaine sur les groupes de jeunes fascistes), on pend des pionniers avec leur foulard rouge caractéristique.
L’évasion
On dit que lors de la construction des hauteurs staliniennes (NdT : type d’énormes bâtiment contenant des appartements identiques construits lors de la période stalinienne) à Moscou, des prisonniers étaient utilisés comme main d’œuvre. Les maçons, qui n’étaient pas habitués à de telles hauteurs, avaient refusé de travailler. L’un des détenus (on précise parfois qu’il était pilote) aurait fabriqué un deltaplane avec du contreplaqué en trois couches et, après avoir attendu que le vent soit bon, aurait sauté du plus haut étage. L’aérodynamisme de sa création s’est révélé suffisant pour qu’il atterrisse seulement à Tchertanovo (NdT : un des quartiers de la banlieue de Moscou) sans la moindre égratignure.
Il s’est ensuite planqué pendant quelques années en prenant un faux nom et a été réhabilité après un certain temps.
La source la plus probable de cette légende est un précédent réel : des officiers britanniques faits prisonniers ont construit un planeur pour s’échapper du château de Colditz.
Il y a encore une autre histoire à propos d’une évasion d’un camp. Un détenu aurait confectionné un petit avion avec du contreplaqué et une tronçonneuse en guise de moteur et se serait envolé.
On raconte aussi qu’un citoyen est-allemand aurait construit un petit avion et aurait ainsi passé le mur de Berlin. Au niveau de la construction, l’avion aurait rappelé les modèles pour enfant, était très léger et était mis en mouvement grâce au moteur d’un scooter, ce qui lui permettait d’atteindre 100 mètres de hauteur. Cette légende est sans aucun doute une version (plus répandue) de l’histoire du deltaplane et des gratte-ciels staliniens. Pour parler sérieusement, ce n’est pas une légende, étant donné que l’Histoire a vu au moins deux tentatives réussies de construction à l’arrache d’appareil volant pour passer le mur de Berlin.
La défaite d’une personne au hasard au jeu de cartes de criminels
Dans cette histoire : des bandits jouent aux cartes pour faire perdre une place de cinéma. Le perdant s’assoit derrière cette place et, durant la séance, poignarde au cœur le spectateur infortuné avec une alêne.
Sonnerie d’alerte
Les vols d’appartement (comparé à l’époque actuelle) étaient moins courants, mais il y avait beaucoup de légendes à ce sujet. À propos d’une personne qui, afin de s’en prémunir, aurait placé en face de sa porte d’entrée une arme (un fusil ou une arbalète) en partant en vacances. Il y aurait ensuite eu un incendie chez lui, un pompier aurait défoncé sa porte et se serait pris la balle ou la flèche dans le ventre. Une autre personne aurait placé une trompe pour bateau en guise de sonnerie d’alerte ; un voleur aurait forcé sa porte, la trompe aurait fonctionné et celui-ci serait mort à cause du choc acoustique ou de peur.
Une vieille dame, très riche, aurait mis une alarme dans son appartement, parce qu’elle partait souvent. Elle la mettait en route, mais après quelques mois, elle s’était aperçue que de la monnaie disparaissait quand même. Mais il fallait qu’elle parte en Afrique du Sud, pour trois mois. Elle aurait payé en avance pour l’électricité, le gaz, le loyer et l’alarme. Mais au dernier moment, elle aurait été prise d’un doute. Elle aurait acheté de la clonidine, en aurait mélangé une dose mortelle à de la vodka et aurait laissé la bouteille sur la table.
Elle serait rentrée trois mois plus tard pour trouver trois flics (qui s’occupaient de la sécurité privée) morts, assis autour de la table, l’un d’eux ayant à la main un verre non terminé.
Les schizophrènes et les judas
Selon cette légende, certains schizophrènes sonnent aux portes toute la journée et, lorsqu’un propriétaire se décide à regarder à travers le judas, transpercent ce dernier à l’aide d’une pointe en fer. Les conséquences sont évidentes. Pour cette raison, il n’était pas recommandé de regarder à travers l’ouverture de la serrure. Que restait-il aux Soviétiques en guise d’alternative ? Ou bien faire appel à leurs compétences en ingénierie sociale à travers la porte, ou bien utiliser des gri-gris et des pendentifs douteux.
III) Nourriture
La citerne de kvas
Première version : à une époque soviétique reculée, alors qu’on pouvait encore voir les citernes jaunes avec leurs grandes lettres rouges en gras indiquant « Kvas » sur le côté dans les rues de nos villes pendant l’été, il y avait une jeune fille. Et un jour, elle a été violée et tuée. Et le cadavre a été caché dans une citerne qui se trouvait non loin. Le lendemain, la procédure de nettoyage réglementaire n’ayant pas été respectée, le cadavre a été noyé dans le kvas et la citerne a été emmenée pour les ventes du jour.
Il faisait chaud. Les gens buvaient avec joie des boissons fraîches pour étancher la soif qui les torturait.
Alors que le soir approchait, il ne restait plus beaucoup de boisson. Avec la diminution du volume de liquide, le corps de la pauvre jeune fille a bougé. Les restes du kvas sont sortis du robinet avec des cheveux…
Et si seulement c’était le plus horrible ! Si seulement le plus horrible était que les substances provenant de la décomposition s’étaient mélangées dans le kvas ! Mais en plus de tout cela, on a diagnostiqué la syphilis à la jeune fille…
Deuxième version : Une citerne de kvas s’est renversée (en général durant un accident), et on a découvert de gigantesques asticots (dans une autre version, des vers solitaires) dans le fond. Mais le kvas a malgré tout été bu dans des verres à peine nettoyés à la fontaine du coin.
Troisième version : Une longue file d’attente est devant la citerne. Trois kopeks le petit verre, six kopeks le grand. Brusquement, le kvas arrête de couler. Le vendeur s’énerve, disant qu’il doit en rester plus de la moitié, mais qu’il ne peut pas ouvrir la citerne car elle est plombée.
Un spécialiste est appelé (il est peu clair si la file d’attente reste ou non à attendre pendant ce temps).
Celui-ci ouvre la citerne, et à l’intérieur, le cadavre d’un homme flotte dans le kvas, et sa main s’est coincée dans le robinet.
L’histoire est racontée comme si elle s’était produite récemment avec des indications sur la localisation de la citerne.
Dans l’histoire, le kvas n’est JAMAIS remplacé par du lait ou de la bière.
Dans certaines versions, davantage de détails sont donnés sur l’homme : il aurait été un clochard qui aurait forcé la citerne durant la nuit afin d’étancher sa soif, serait malencontreusement tombé dedans et s’y serait noyé (mais dans ces versions, le passage avec le plombage est incohérent).
Le rat et le jardin d’enfants
Un rat (variante : un rat à moitié mort, ayant mangé de la mort-aux-rats répandue justement pour se débarrasser des nuisibles) est tombé dans la marmite dans laquelle on préparait de la bouillie de semoule (NdT : plat très commun pour les enfants soviétiques) pour les enfants. Bien évidemment, après avoir mangé le plat, ils sont tous morts. Et donc, l’ensemble du jardin d’enfant est allé manger les pissenlits par la racine !
C’est probablement l’inconscient collectif soviétique, dans lequel les jardins d’enfants sont détestés justement à cause de la bouillie de semoule, qui a permis la popularité de cette légende urbaine. Il y a même eu un article à ce sujet, intitulé « Comment un rat mort a vaincu l’URSS – l’irrationalité contre le monde soviétique ».
Une préparation contraire aux standards des produits alimentaires
On aurait rajouté du papier toilette dans le cervelas, et la vodka (variante : l’huile de tournesol) aurait été produite à partir de pétrole (variante : de sciure de bois). Du brome aurait été versé dans le thé des soldats pour éviter les abandons de poste momentanés, et du dimédrol dans leur vodka (variante : leur bière) pour qu’ils boivent moins et s’endorment plus vite. Dans la bière encore, on aurait ajouté de la lessive pour qu’elle mousse davantage.
Il y a aussi les choses étranges qu’on retrouvait dans le cervelas (variante : dans les crêpes) : des doigts et des dents humaines, des pattes de rats ou des queues de souris. Encore aujourd’hui, ces racontars sont très répandus (hélas, parfois, ce ne sont d’ailleurs pas de simples racontars).
Du caviar dans des conserves de hareng
Variante 1 : Lors de « l’affaire des poissons » (NdT : une célèbre affaire de corruption), un homme serait allé une conserve d’un kilo de hareng et, rentré chez lui, l’aurait ouvert pour y découvrir du caviar rouge. Il serait alors retourné au magasin pour prendre 10 autres conserves, et aurait trouvé du caviar dans chacune d’elles. Cette histoire était célèbre à l’époque d’Andropov (NdT : grosso modo vers 1983). Les « Voix » (NdT : l’auteur sous-entend ici La Voix de l’Amérique, média interdit sous l’Union soviétique que beaucoup écoutaient en cachette pour contourner la censure) l’ont rendue populaire, disant que c’est comme ça que la célèbre « affaire des poissons » a commencé.
Variante 2 : Une femme se serait rendue à l’épicerie fine Elizeïev pour y acheter une grosse conserve de hareng. En rentrant chez elle, elle y aurait découvert du caviar noir ! Excitée, elle serait repartie au magasin prendre quelques boîtes de plus, mais aurait entendu à la radio (dans le métro ?) qu’un ministre (aucune idée duquel) aurait été arrêté pour une tentative de contrebande de caviar noir dans des boîtes de hareng. La femme aurait pris peur et serait rentrée chez elle sans le caviar.
Pour plus de crédibilité, on ajoutait le nom d’un ministre récemment démis de ses fonctions. C’était en général l’Elizeïev qui constituait le magasin dans lequel se déroulait l’action, et ce pour de bonnes raisons (NdT : une autre affaire de corruption, moins connue, a eu lieu dans ses murs).
Le lait
Il y avait un fameux directeur d’une usine de production de lait, un homme qui avait beaucoup de succès, membre du parti et héros de toutes sortes de compétitions socialistes. Et il avait une femme magnifique, beaucoup plus jeune que lui, que peu de gens avaient vue, mais ceux qui en avaient eu la chance racontaient que sa beauté était indescriptible. Le directeur l’aimait, la choyait et la dorlotait, la gâtait de toutes les manières possibles et satisfaisait toutes ses innocentes fantaisies.
Soudainement, les habitants de la ville ont commencé à remarquer que le lait dans les bouteilles de verre commençait à laisser apparaître un contenu étrange : des ombres bleues et un petit pourcentage de gras. Des retraités vigilants (comme chacun sait, c’est précisément eux qui prenaient toujours les devants des mouvements anonymes) ont assailli les administrations qu’il fallait avec quelques dizaines de lettres anonymes.
Les représentants de ces services ne pouvaient pas ne pas réagir aux demandes des anciens travailleurs, et puis peut-être que l’ordre avait été donné de retirer le directeur qui commençait à agacer les hauts placés du coin. Passer un coup de balais pour le faire déguerpir de sa place bien au chaud ! Ces braves gaillards se sont donc rendus à l’usine, y ont trouvé des irrégularités au niveau des machines, sont remontés un peu plus loin – une petite visite chez le directeur s’est imposée.
Ils sont allés chez l’homme déjà dépossédé, marchant avec leur grand air, et qu’est-ce qu’ils y ont vu ? La magnifique femme du directeur était dans une énorme baignoire remplie de lait frais et prenait soin de son corps, lavait chacune de ses charmantes courbes. Les pièces du puzzle ont commencé à s’assembler, et ils ont compris que l’on ramenait ce lait chez le directeur et, une fois le bain terminé, qu’on le ramenait à l’usine pour le mettre en bouteille. La belle lavait même ses innocentes mains avec du lait frais, elle ne pouvait s’en passer.
C’est ainsi que les vifs habitants de la ville ont découvert le secret de sa beauté, et le directeur, selon ce qu’affirment les anciens et les anonymes, a été fusillé. Le destin de la jeune femme n’est pas connu de manière certaine, mais certains, qui sont proches des hautes sphères, assurent qu’on l’aurait vue à Kiev. Elle serait devenue la femme d’un autre directeur et aurait conservé sa resplendissante beauté et sa poitrine opulente.
Des bananes dans la morgue
Des étudiants en fac de médecine avaient un cours dans une morgue à Moscou. On leur montrait des cadavres, des têtes et d’autres parties de corps. Ils passaient d’un tiroir réfrigéré à un autre, jusqu’à ce qu’ils tombent sur l’un d’eux qui contenait des bananes. Et lorsqu’ils ont demandé ce que des bananes faisaient là-dedans, on leur a répondu que les places qui n’étaient pas occupées par les cadavres étaient louées aux marchands. Et que c’était absolument sans danger pour les personnes qui achèteraient les bananes ensuite. Dans la banlieue, des entrepreneurs auraient même racheté une morgue entière pour la transformer en entrepôt. Certains disent aujourd’hui que c’est précisément pour cette raison que des tâches apparaissent sur les bananes, parce qu’elles murissent avec les morts. Soi-disant que les bananes ne mûriraient pas de cette manière dans la nature.
C’est sûrement des foutaises, mais il vaut mieux tout de même faire attention avec les bananes qui deviennent mouchetées.
IV) Technologie
Les voitures-radars
Les voitures-radars parcouraient les rues et vérifiaient les magnétoscopes à la recherche de cassettes interdites. C’était, pour être précis, à l’époque du boom des cassettes vidéo, et cela a duré jusqu’à l’époque de Gorbatchev.
Et voilà comment se déroulait prétendument la lutte contre le visionnage de films néfastes idéologiquement parlant, tels que Rambo ou 9 semaines ½, à la maison : le courant était coupé dans les logements, et sans électricité, il était impossible de retirer une cassette du magnétoscope. Les agents allaient dans l’appartement visé et dressaient un procès-verbal. Détail à part, à Moscou, on appelait ça des « vidak », et en province des « vidik ».
Les modèles « Tchaïka »
Des missiles ou des mitrailleuses à gros calibres étaient soi-disant cachés dans les « canines » du pare-chocs (NdT : terme utilisé dans le texte original faute de mieux, l’auteur veut dire ici les deux formes sphériques sous la grille, probablement de simples éléments esthétiques) des voitures de modèle Tchaïka du KGB. Il est vrai que toutes les Tchaïka qu’on rencontrait en ville appartenaient à l’administration, mais c’est un détail.
La pellicule rouge
Chez les adolescents de l’Union soviétique, il existait un mythe selon lequel si l’on mettait cette mystérieuse « pellicule rouge » dans un appareil photo, les gens sur les photos apparaitraient sans leurs vêtements. On l’importait depuis l’étranger et elle coûtait très cher. Personne n’en a jamais vu, mais tout le monde rêvait de mettre la main dessus. Et c’était une « histoire pour faire peur » populaire : souvent, après avoir photographié des filles, les garçons leur disaient qu’ils les avaient prises sur pellicule rouge, après quoi il leur fallait s’enfuir pour échapper à leurs camarades un peu trop crédules en furie.
Dans une autre version, il ne s’agissait pas d’une pellicule rouge mais d’un appareil photo infrarouge créé pour les besoins de l’armée. Et il y en avait même qui croyaient que si l’on enduisait le verre de sang de chauve-souris, l’effet serait le même qu’avec la pellicule rouge.
L’antenne à mercure
Comme les « Voix de l’ennemi » étaient brouillées et que l’on voulait les écouter, les gens ont inventé toutes sortes d’antennes. Les antennes contre les brouillages n’aidaient pas vraiment, ce qui, selon moi, a été à l’origine de l’apparition de l’histoire de « l’antenne à mercure ». Selon la légende, on versait du mercure dans un tube de cuivre d’une certaine longueur (personne ne savait laquelle). On plaçait le tube sur le rebord de la fenêtre à l’extérieur et il permettait de capter n’importe quel signal radio avec une clarté de son époustouflante. Même les plus éloignés. L’utilisation de cette antenne était extrêmement limitée par le fait que l’image de tous les téléviseurs du bâtiment disparaissait lorsqu’elle était en marche.
Dans l’une des versions, un certain amateur de radios aurait récolté 10 années durant du mercure goutte par goutte (il fallait en récupérer beaucoup, quasiment un litre), assemblé l’incroyable antenne et commencé à essayer de capter tous les canaux de télévision et de radio existant. Mais une telle antenne brouillait les communications entre les avions et les tours de contrôle, c’est pourquoi l’amateur de radio aurait été arrêté, et le mercure aurait été jeté… Dans une autre version, ce sont des agents du KGB qui se sont rendus chez lui pour faire une perquisition, mais ils n’ont pas pu trouver l’antenne et sont repartis bredouilles, car notre héros l’avait installée dans sa cheminée (eh oui, des agents si naïfs et idiots qu’ils n’avaient pas pensé à la vérifier). Le destin de l’antenne et de son fabriquant après cela est inconnu.
Dans une autre des nombreuses versions, ces antennes étaient fabriquées par le KGB afin d’espionner les communications à l’étranger, et les antennes paraboliques pour la réception satellite seraient en réalité aussi des antennes à mercure, et il ne fallait pas les utiliser, car lorsqu’on les branchait, tous les objets métalliques à proximité commençaient instantanément à fondre.
D’autres moyens de fabriquer une antenne à mercure :
• Le mercure était versé dans une bouteille et un fil électrique était passé par le bouchon. Une variante existe dans laquelle le mercure est versé dans une boîte de baume vietnamien « Golden Star » ;
• Le mercure était versé dans le manche d’un stylo ;
• Dans un thermomètre médical chauffé au maximum, on faisait une ouverture pour passer un fil électrique ;
• Il fallait faire un trou dans une ampoule et la remplir de mercure, puis la brancher, mais cela avait pour risque de rendre tout l’appareil HS et même ce qui y était branché.
Il y a également des versions à propos d’antennes à mercure pour la télévision avec des caractéristiques semblables. Lors de leur utilisation, tous les téléviseurs du quartier s’éteignaient à part le tien, et le KGB repérait rapidement ce genre d’antennes, ce pourquoi personne n’essayait d’en construire.
De manière générale, l’écoute des « Voix » a fait naître beaucoup de légendes. Par exemple, parmi ceux qui n’ont aucune culture technique, il y avait une histoire qui circulait comme quoi des appareils spéciaux étaient installés dans les radios pour que le KGB puisse suivre qui écoutait quoi. Ce qui est intéressant, c’est qu’il est réellement possible de définir sur quelle fréquence une radio est réglée grâce aux émissions parasites de l’hétérodyne. Il y avait aussi une croyance selon laquelle il était pénalement répréhensible d’avoir des diapasons émettant sur les bandes des 19, 16 et 13 mètres (beaucoup de stations étrangères émettent sur ces fréquences, mais elles n’étaient pas brouillées car les radios soviétiques sur le marché étaient dépourvues de tels diapasons). Il y avait aussi une histoire prétendant que sur les bandes magnétiques étrangères livrées en Union soviétique étaient enregistrés des sons particuliers qui avaient un effet nocif sur l’esprit. Il n’est jamais venu à l’esprit de ceux qui croyaient cela que, premièrement, les bandes sont complètement démagnétisées lorsqu’on enregistre dessus, et, deuxièmement, que même si ces sons existaient, les appareils courants n’étaient pas en mesure de les reproduire.
Le couteau à mercure
Il existe, quelque part, un COUTEAU. Dans sa lame, il y a une cavité sur toute sa longueur remplie exactement à moitié de mercure. L’intérêt, c’est que peu importe comment il est lancé, il tournera toujours de sorte à ce que la lame soit en avant (grâce au mercure) et se plantera avec une force effrayante (dans un ennemi, dans un arbre, dans un mur). La légende a également été enrichie de quelques histoires :
1) Comme quoi de tels couteaux n’étaient produits que pour les régiments de SS par la firme Solingen ;
2) Comme quoi il existerait également des canifs de ce genre.
Il y avait également une version à propos d’une batte de baseball creuse remplie à moitié de mercure qui, même dans les mains d’un faiblard, se transformait en arme mortelle. On racontait que les meilleurs joueurs de baseball avaient une batte de ce genre et que c’était grâce à elle qu’ils occupaient les meilleures places dans les championnats.
La chachka de Tchapaev
Tchapaev (NdT : un acteur de la révolution bolchévique sans particularité, tout de même passé à la postérité grâce à un livre de 1923 ayant rencontré un grand succès) possédait une chachka dont l’intérieur était creux et à moitié rempli de mercure. Cela permettait au commandant de division intrépide de trancher les cavaliers ennemis jusqu’à la selle en un seul coup. Cette légende est, sans aucun doute, liée à celle du couteau à mercure, mais elle existe de manière indépendante. Quoiqu’elle pourrait avoir un lien avec la légende de l’épée d’Alexandre Nevski (NdT un des héros historiques les plus populaires de Russie, grand-prince de la ville de Vladimir et vainqueur des Suédois puis des chevaliers teutoniques vers 1240) qui aurait également été remplie d’un liquide pour l’alourdir, histoire répandue parmi les « connaisseurs » des histoires de la cour.
Le numéro spécial
Ce racontar vient du Moscou du début des années 80. Les Moscovites affirmaient qu’il existait un certain numéro, admettons le 777-13-13, dont l’appel permettait de passer en mode soirées téléphoniques, où tout le monde pouvait parler avec tout le monde, certes par-dessus des tonalités courtes ininterrompues.
On en apprend tous les jours. À Leningrad aussi, il y avait un tel numéro, soi-disant une défaillance du commutateur téléphonique de la ville, et il était possible d’y discuter un peu comme sur internet sur aujourd’hui en l’appelant. Et il s’est avéré qu’il y avait la même chose à Moscou. Il n’y a aucun doute sur le fait que c’était alors une légende. Maintenant, il y a même un site sur lequel des gens qui se sont rencontrés via ces chats vocaux se réunissent et s’échangent des anecdotes.
Un internaute de l’Oural se rappelle d’une autre légende de l’époque où il était sur les bancs de l’école : pour une certaine somme, les plus vieux de l’école vendaient un numéro de téléphone secret grâce auquel il était possible de téléphoner gratuitement dans toutes les villes de Russie. Le canal n’était accessible que depuis les cabines téléphoniques, aucune carte n’était nécessaire.
Les radars à la frontière finno-soviétique
La frontière finno-soviétique aurait été contrôlée par des radars spéciaux sur lesquels on pouvait voir n’importe quel être vivant. Afin de les duper, il fallait jeter des feuilles d’aluminium sur la route. C’est ce que faisaient les contrebandiers qui ramenaient des sacs pleins de collants de la Finlande (NdT : sous l’union soviétique, les collants étaient interdits et valaient donc une fortune).
L’URSS souterraine et sous-marine
On racontait qu’il existait d’énormes usines souterraines dans lesquelles d’incroyables technologies secrètes étaient développées. On peut relier ces histoires à celles des tanks capables de se déplacer au fond de l’océan et des hangars sous-marins de l’Atlantique où étaient entreposées des bombes atomiques. Ainsi qu’à celles des sous-marins et des armes tectoniques (le sous-marin se rendait furtivement sous le territoire de l’ennemi et déposait une bombe atomique sous la terre, la bombe explosait et déclenchait un tremblement de terre destructeur).
Encore une fois dans l’Oural, dans la sphère des constructions mécaniques, des bruits courent encore aujourd’hui à propos d’ateliers souterrains. Cela a l’air crédible, car lorsque l’on se rend au déjeuner par les couloirs sous la terre, on peut voir des tunnels sans fin partant dans toutes les directions, barrés par des grilles.
L’île Damanski
En 1969, l’URSS aurait tout simplement rayé l’île Damanski (NdT : île à propos de laquelle existait un litige entre l’Union soviétique et la Chine, qui a mené à une escalade faisant craindre une guerre nucléaire avant le cessez-le feu de la même année ; l’île a été rendue à la Chine en 1991 et s’appelle maintenant île Zhenbao) de la carte avec des lasers (variante : des lance-roquettes multiples). Ainsi que les Chinois. « Comme ça, personne ne l’aura ! »
Les signaux radio d’une autre époque
Un article indépendant a été créé et sera prochainement disponible.
V) Les étrangers et les autres pays
Les dangereux étrangers
Les touristes étrangers auraient donné des friandises (variante : des chewing-gum) infectées avec la tuberculose (variante : remplis d’aiguilles ou de fragments de lames de rasoir, ou encore, plus exotique, des fanons de baleines) aux enfants soviétiques. De ce que je comprends, c’est plutôt les grands-mères qui racontaient ça aux enfants dans un but pédagogique, afin qu’ils n’acceptent rien venant des inconnus.
On parlait parfois de prisonniers à la place des étrangers, qui auraient laissé des bonbons infectés à la tuberculose sur les terrains de jeux. C’est une assez étrange série d’ennemis de la nation soviétique qu’on obtenait là : des étrangers et des taulards.
Une autre version dans le genre mettait en scène des étrangers vendant des jeans infectés à la syphilis aux contrebandiers soviétiques (NdT : les produits occidentaux étaient très appréciés sur le marché noir soviétique), qui les revendaient à leurs concitoyens sans se douter de rien.
Pour l’histoire des jeans, il ne s’agissait parfois pas de syphilis, mais d’un petit sachet contenant des poux caché dans la couture arrière, et qui éclatait au premier lavage, leur permettant de s’échapper.
Ou encore mieux : un noir qu’on aurait vu une nuit en train de laver un organe d’enfant dans le réservoir d’une fontaine à eau. C’est une connaissance de la belle-mère du cousin d’une camarade de classe qui l’aurait vu et qui se serait battu avec lui pour l’arrêter, le tuant par accident. J’ai entendu cette même histoire dans deux grandes villes de républiques différentes… Oui, à chaque fois, on parlait d’un noir. Je pense que ce n’était pas le reflet du racisme des Soviétiques, mais plutôt de leur peur infernale face aux étrangers.
Ou encore une histoire un peu plus soft à propos des dangereux étrangers : elle aurait eu lieu lors d’une certaine parade des pionniers sur la Place Rouge. Soi-disant, les pionniers marchaient en rang au pas cadencé, et de vils étrangers leur jetaient des chewing-gums dans les jambes pour casser le rythme. Mais les pionniers n’en auraient eu cure – voilà un bel exemple de sens civique ! Bien sûr, c’est plutôt une histoire pour enfant, mais elle est belle.
Il y avait aussi une légende assez ancienne à propos des doryphores, qui auraient été répandus par l’Occident impérialiste en URSS afin qu’ils s’attaquent aux récoltes et que les citoyens soviétiques subissent une pénurie de denrées alimentaires.
S.S.D. (NdT : Smert’ Sovetskim Detjam, Mort aux Enfants Soviétiques) : Un bus ou une voiture noire avec des vitres teintées aurait sillonné la ville où l’on racontait l’histoire. On y attirait les enfants pour les emmener vers une destination inconnue. Sur la plaque d’immatriculation de ce véhicule, on pouvait lire les lettre SSD, Mort aux Enfants Soviétiques !
Histoires de Tziganes
Un camarade de classe aimait beaucoup les chewing-gums, mais comme il avait du mal à en trouver, il en avait acheté un à un Tzigane. Lorsqu’il l’a ouvert, il a décidé de le couper en deux, afin de pouvoir faire durer le plaisir. Ce faisant, il aurait découvert à l’intérieur des lames de rasoir. Parfois, les gens y trouvaient des aiguilles, ou la syphilis.
La marijuana
L’Occident faisait totalement partie des légendes urbaines soviétiques. Par exemple, les marins qui s’arrêtaient dans les ports étrangers, ou les chanceux qui avaient l’opportunité d’aller dans le « vrai » Occident, pouvaient acheter de simples cigarettes dans des paquets habituels (Marlboro, Camel, etc.), mais ils pouvaient aussi acheter des cigarettes contenant de la marijuana dans des paquets quasiment identiques (ils étaient simplement marqués de trois petites étoiles sous le nom de la marque) ! Et certains les faisaient passer la douane, et les distribuaient chez nous !
Les Japonais
Les Japonais achetaient tous les verres, car ils étaient toujours emballés dans des boîtes en bois ! Ils refondaient le verre et faisaient des meubles avec le bois.
On leur vendait des arbres, on débarrassait les troncs de leurs branches et de leurs épines, mais les Japonais nous les demandaient aussi, car ils en faisaient des vêtements. J’ai par la suite travaillé dans une région productrice de bois, et je vois bien l’absurdité de l’histoire. Le sous-texte était des plus rabaissant : voyez comme les Japonais sont économes, pas comme nous, crétins de Soviétiques…
De manière générale, le Japon était une légende urbaine à lui tout seul à cette époque (et certes pas uniquement en URSS). Dans les commentaires, on m’a rapporté l’histoire d’un marin qui aurait acheté une montre japonaise qui aurait eu une garantie contre tout, car il aurait été impossible de la briser. Notre marin serait tout de même parvenu à la casser et aurait écrit au producteur, une délégation se serait déplacée et lui aurait payé une gigantesque compensation, mais lui aurait tout de même demandé comment il y était parvenu. Il aurait alors lâché le morceau : il l’avait soi-disant simplement mis dans de l’eau bouillante pendant longtemps.
Matériel audio japonais
Les Japonais auraient mis des cartouches explosives dans leur matériel audio qui se seraient déclenchées si l’on essayait d’ouvrir le couvercle arrière. Soi-disant pour empêcher le reverse engineering. À Saint-Pétersbourg, on disait qu’ils y mettaient des puces spéciales qui grillaient l’appareil si l’on essayait de l’ouvrir pour comprendre comment il fonctionnait.
Les tapis chinois
La nuit, les tapis chinois auraient brillé, représentant la silhouette du défunt Mao Zedong dans sa tombe. Ils auraient été cousus à l’aide d’aiguilles spéciales au phosphore. Le jour, rien n’aurait été visible.
Les échanges
1) À propos des Finnois
Même cet escroc de Veller (NdT : Mikhaïl Veller, auteur connu pour se prendre pour le seul philosophe de la Russie contemporaine et pour ses nombreux ragequit des plateaux télévisés) a fini par prétendre que c’était une histoire vraie, mais je l’ai entendue alors qu’il vivait encore à Tallinn et n’était connu de personne. C’est sûrement un racontar, mais ce qui en fait une légende, à mon sens, est que diverses personnes l’ont entendue de quelqu’un qui jurait l’avoir apprise de l’un de ses protagonistes.
Lorsque les infrastructures olympiques étaient en construction en vue des Jeux Olympiques de 1980, l’URSS a introduit un régime de visas simplifié pour les Finnois (les employés du bâtiment et les touristes), et beaucoup de touristes finnois sont alors allés à Leningrad. Et comme il y avait alors une loi anti-alcool en Finlande (ça aussi, en soi, était aussi une légende urbaine soviétique), bien évidemment, les Finnois venaient surtout dans la capitale culturelle afin de se murger et, bien évidemment, avec de l’alcool du marché noir. Il y avait alors un certain triangle dans la ville : la « Station de la Bière » (Pivnaya), la « Station du Grignotage » (Zakoussotchnaya) et la « Station du Dernier Verre » (Ryoumotchnaya), c’était pour les touristes finnois du genre du triangle des Bermudes. Un autobus rempli de touristes finnois arrivait dès le matin à la Pivnaya, et le chauffeur venait récupérer les corps presque sans vie des fêtards imbibés. Un jour, un des Finnois se serait lié d’amitié avec l’alcoolique du coin lors de son expérimentation de la gnole locale, et lui aurait offert ses chaussures et son costume de bonté de cœur. Et il aurait gardé ses grolles et sa veste en échange.
Lorsque le chauffeur « récupérait les siens », par habitude, il se repérait surtout aux chaussures qui étaient très différentes de ce qu’on trouvait en Union soviétique. Du coup, notre légendaire alcoolique, ouvrant les yeux, se serait aperçu que personne autour de lui ne parlait russe, et que son épopée en état d’ébriété lui avait fait quitter sa patrie. La même surprise attendait le Finnois.
On ne s’est pas ennuyé à organiser d’extraction dans les règles du protocole, l’échange de notre alcoolique et de l’alcoolique finnois a eu lieu au point de contrôle « Torfyanovka », dans la plus pure tradition des films d’espionnage occidentaux et soviétiques tels que La saison morte.
2) Le Japonais de l’Armée soviétique
Un touriste soviétique a échangé un uniforme d’un soldat ayant raccroché contre sa veste à un contrebandier. Pendant l’échange, il s’est fait dérober ses documents d’identité et son argent. L’histoire se déroulait en hiver. Pas d’argent, pas de veste, il a donc décidé d’enfiler l’uniforme pour ne pas mourir de froid et se rendre à l’hôtel où se trouvait son groupe d’étudiants. Il a erré dans les rues et a fini par se perdre. Il est alors tombé sur une patrouille militaire, qui l’a interpellé et a exigé de voir sa carte de militaire.
« Euuuuuuuuh
– Bordel le bridé, ça fait deux ans que t’es dans l’armée et t’as toujours pas appris le russe ? »
On lui a mis un coup sur la tête et on l’a emmené au bureau de garnison. Ils ont commencé à appeler leurs unités :
« Eh, un Ouzbek se serait pas barré de chez vous ?
– Si si, on en a un qui s’est tiré. »
Le commandant de l’unité est venu récupérer le Japonais. Heureusement pour lui, il ne lui restait que six mois à servir. Il a terminé son service en obtenant toute une flopée de récompenses pour exemplarité. Il est ensuite allé à l’ambassade pour rentrer chez lui.
3) Les missionnaires soviétiques en Afrique
Afin d’apporter de l’aide, l’URSS a envoyé une cargaison de nourriture pour enfants aux pays africains amicaux. Après un certain temps, la cargaison est revenue intacte, mais les agents de la mission diplomatique qui l’accompagnaient avaient disparu sans laisser de trace !
Il s’est avéré que les locaux, voyant des enfants dessinés sur les emballages, avaient cru qu’on avait voulu les nourrir de viande humaine (d’enfants) pour se moquer d’eux (à cause de l’analphabétisme de la population des pays africains, on dessinait sur leurs emballages ce qu’ils contenaient). Les agents ont été tués sur place, toute la marchandise a été renvoyée, et les gouvernements ne se sont plus montrés amicaux envers l’URSS jusqu’à l’arrivée de Gorbatchev.
Il y avait encore une autre histoire. Dans un pays africain, notre ambassadeur se serait fait boulotter parce qu’il aurait dit un truc qu’il ne fallait pas. L’URSS aurait envoyé une lettre de protestation, commencé à se saisir de l’affaire et tout le tintouin… Ils auraient failli envoyer les troupes. Le président aurait répondu qu’ils reconnaissaient l’avoir dévoré, et que si c’était si offensant, il n’y avait qu’à manger leur ambassadeur en retour ! Le tout le plus sérieusement du monde. Une histoire tout à fait vraie.
Le déficit
En voilà une bien formulée dont je me rappelle : une jeune femme serait parvenue à se procurer un maillot de bain étranger grâce à une connaissance pour un prix très élevé (ou bien, il est possible que ce soit une de ses connaissances étrangères qui lui ait directement offert). Elle l’a enfilée, magnifique, les gens se trouvant à la plage l’ont suivie du regard alors qu’elle allait se baignait dans la mer. Et lorsqu’elle en est ressortie, à sa grande surprise, le maillot de bain est devenu complètement transparent, révélant tout son corps, et elle a ressenti un terrible sentiment de honte et de colère. C’est pour ça qu’il ne fallait pas lorgner sur les marchandises étrangères et ne porter que ce que les citoyens soviétiques portaient.
C’était bien évidemment un complot occidental pour miner la morale de notre pays.
Les deux valises d’aiguilles
Il y avait une histoire selon laquelle un militaire avait ramené d’Allemagne deux grandes valises d’aiguilles à coudre (une autre version parle d’aiguilles de tourne-disque ; il y avait un énorme déficit pour ces deux produits à l’époque), et avait permis à la population de longues années à l’abri de la misère. L’argument selon lequel une valise pleine d’aiguille pèserait une tonne et demie ne convainquait personne, tout le monde croyait à ce racontar.
Cette histoire est souvent répétée dans des interviews de vétérans de la Deuxième Guerre mondiale sur le site iremember. Sans parler bien sûr d’une valise entière, ils ramenaient souvent des aiguilles de tourne-disque, ainsi que des aiguilles pour les machines à coudre de l’Allemagne occupée, car elles prenaient peu de place et coûtaient très cher en URSS puisqu’elles n’existaient pas sur le marché.
Le trésor d’Elisseïev
Un descendant du célèbre marchand Elisseïev (NdT : Grigori Elisseïev, fondateur de la dynastie marchande des Elisseïev et de la chaîne de magasin portant le même nom) vivant aux USA aurait un jour appelé les autorités soviétiques pour leur indiquer qu’avant son émigration (NdT : en France), Elisseïev aurait dissimulé un trésor dans son magasin à Petrograd (NdT : autre nom de Saint-Pétersbourg). Bien évidemment, la restitution du trésor à l’héritier a été refusée, mais, si vous vous souvenez bien, le magasin Elisseïev a été longtemps fermé, soi-disant pour une restauration. Tout a été retourné, même les sols ont été fouillés, mais rien n’y a été trouvé.
Alors, le jeune Elisseïev a repris contact avec les Soviétiques et a promis de leur montrer où se trouver le trésor en échange d’un certain pourcentage. Il n’y avait rien à faire, alors ils ont accepté. Lorsqu’il est arrivé, il a vu que le magasin était tout retourné, a souri, montré le lustre et leur a dit de le démonter.
L’énorme lustre a été descendu, et il s’est avéré que sous la fine couche de bronze qui recouvrait la décoration, elle était en réalité faite intégralement d’un or pur avec un nombre très élevé de carats.
Il ne s’agit la plupart du temps pas tant de légendes que de phobies, enfantines ou non, qui ont fait l’objet de tant de commérages peu crédibles et ont été agrémentés de tant de détails qu’elles ont presque fini par acquérir un goût de réel. Toute personne ayant raconté quelque chose du genre indique obligatoirement que ça lui est arrivé, ou à une de ses bonnes connaissances, ou à une bonne connaissance d’une de ses bonnes connaissances…
I) Dangers et morts étranges
Les mutants de Tchernobyl
Après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les animaux ont muté en d’énormes monstres assoiffés de sang. En 1993, un film intitulé « Les monstres » tellement mauvais qu’il en est devenu appréciable a été réalisé à propos des créatures gigantesques rôdant dans la zone de Tchernobyl.
Les serpents dans les canalisations
Il s’agit d’une variante de la légende urbaine américaine à propos des crocodiles dans les égouts de New York. Quelqu’un aurait balancé des œufs de serpent venimeux dans les toilettes. Ils auraient éclos et les serpents seraient devenus monnaie courante près des cadavres. Ils pourraient sortir des toilettes et vous mordre là où il faut…
Les rats du métro
Dans le métro vivent d’énormes rats mutants. Les conducteurs les voient souvent et les écrasent. Selon une version, on aurait pris un bull-terrier errant et qui aurait vécu assez longtemps dans une des stations du métro moscovite pour un rat de la taille d’un chien. C’était à l’époque où cette race n’était pas très connue en Union soviétique. C’est précisément ces proportions, « la taille d’un chien », qu’on a repris dans les articles de journaux.
L’invasion de hamsters
Au tout début de l’ère Khrouchtchev, vers 1955, il y a eu un hiver très rude avec beaucoup de neiges et des congères qui gelaient souvent.
Et cette année, un terrible fléau s’est abattu sur les régions centrales de la Russie…
De gigantesques hamsters sont apparus d’on ne sait où en grand nombre. Ils étaient en bonne santé, de la taille d’un petit chien et pouvaient atteindre un poids de quelques kilos. De ce que j’ai compris de leur description, il s’agissait vraiment de hamsters, et leur pelage était roux-blanc-noir. Les hamsters géants étaient étonnamment agressifs. Ils se rassemblaient près des congères gelées ou sur des monticules et guettaient les gens.
Lorsque ces derniers s’approchaient trop, ils se jetaient sur eux pour les mordre. Ils sautaient d’ailleurs très haut et visaient la jugulaire. Si plusieurs d’entre eux s’attaquaient à une personne, il était très difficile de s’en libérer, ces animaux étaient très forts. Ils étaient capables de tuer les enfants et les jeunes adolescents. Apparemment, ils auraient commencé à s’attaquer aux humains à cause de la faim car l’année avait été très mauvaise pour la nourriture, l’hiver était très rude et ils n’avaient probablement pas fait de réserves de gras.
Les escalators
La localisation de l’histoire est variable : Léningrad, Moscou, Kiev. Un accident d’escalator aurait projeté les gens dans une faille s’élargissant, et ceux-ci auraient été broyés par de gigantesques engrenages. Encore aujourd’hui, certains ont peur de les emprunter.
Cette histoire est partie de rumeurs (puisqu’il n’y a jamais eu d’annonce officielle) d’un accident à la station Aviamotornaya.
Tout le monde est mort
Un petit garçon jouait avec des ciseaux et s’est crevé les deux yeux. Alors que la mère courait partout dans l’appartement avec son petit garçon désormais aveugle, sa fille s’est noyée dans la baignoire. Voyant cela, la mère s’est jetée par la fenêtre du dixième étage. En rentrant, le père, voyant sa femme étalée sur le goudron, son fils aveugle et sa fille noyée, a pris son fusil, tué son fils et a retourné l’arme contre lui. Tout le monde est mort.
Les moustiques-vampires
Les moustiques ont sucé tout le sang : lors de la construction de la ligne ferroviaire Magistrale Baïkal-Amour (ou BAM), on a retrouvé un cadavre complètement vidé de son sang. Apparemment, les origines de cette légende remontent aux années 20 ou 30. Dans les camps de Solovski d’appellation particulière (SLON), il existait une forme de torture qui consistait à laisser un prisonnier complètement nu et attaché à un arbre toute la nuit « aux moustiques ». Les nuages de moustiques et d’autres saletés pouvaient tout simplement boire tout le sang du prisonnier.
Le motard assassiné
Un motard aurait déboulé devant un cortège de voitures dans lequel se trouvait un membre du Politburo (selon les versions, le Secrétaire Général lui-même) et aurait été abattu par la sécurité. Une autre version dit que le motard, par curiosité, avait voulu voir à quelle vitesse se déplaçait le cortège gouvernemental à Moscou. À cette fin, il s’est caché dans les buissons de la route Roubliovski avec un radar. À cette vitesse, la sécurité ne pouvait simplement pas voir qui les visait avec quoi depuis les buissons, et leur réaction a été machinale et fulgurante : ils ont ouvert le feu. Une version moins violente dit qu’un mec bourré serait allé se soulager derrière une voiture, sauf que cette voiture était celle de convoyeurs de fonds, et ceux-ci l’ont abattu, le prenant pour un voleur.
La fille d’un agent du KGB
Une fois, un groupe de racailles s’en est pris à une jeune fille. Celle-ci a tué l’un d’entre eux et sérieusement estropié l’autre. Il s’est avéré que c’était la fille d’un agent du KGB qui lui avait secrètement enseigné les points vitaux sur lesquels on peut frapper pour mettre momentanément quelqu’un hors d’état de nuire. Dans une autre version, ce n’est pas une fille mais un agent à la retraite qui se rendait à sa maison de campagne et à qui on essayait de voler sa voiture, ou bien tout simplement un agent en civil, ou alors une vieille dame ayant été agente dans sa jeunesse.
L’arme psychique
On raconte que dans l’arsenal de différents services secrets à travers le monde se trouve une arme psychique. Dirigée contre un ennemi, elle induirait un sentiment de peur intense.
Certains disent que le KGB s’en est servi contre des indésirables, que si l’on pointait l’émetteur suffisamment longtemps en direction de l’appartement de la cible, elle perdait la tête et se suicidait.
Et la meilleure défense contre ce genre d’arme était, bien sûr, un casque fait de feuilles d’aluminium.
Le chef de chantier
Dans chaque ville soviétique, il y a une histoire d’un chef de chantier qui aurait été emmuré vivant par ses employés.
II) Crimes et criminels
Fischer
Durant la chasse d’un certain psychopathe soviétique (pour être précis, de Sergueï Golovkine, dont le compte des seuls meurtres prouvés s’élevait à 11), un gamin a menti à la police en affirmant qu’il avait vu ce gars avec un tatouage « Fischer » sur la main. Il a fini par se faire griller après quelques temps. Mais plus d’une génération de pionniers (NdT : comprendre ici enfants de 9 à 14 ans) a entendu parler des méfaits du psychopathe Fischer non loin de leurs chambres de camps de vacances. Je mentionne ce racontar de pionniers parce qu’au contraire des dames blanches et autres voitures immatriculées S.S.D. (NdT : référence à une autre légende d’adolescents à propos d’une Volga noire avec ces lettres en guise d’immatriculation, qui signifient Smert’ Sovetskim Detjam, Mort aux Enfants Soviétiques), même les enfants les plus pragmatiques y croyaient. Quoi, même la police y a cru !
D’une manière générale, toutes les histoires de cette section sont des échos d’histoires vraies à propos de psychopathes, une thématique qui était taboue dans les médias soviétiques. Mais les légendes à propos de l’employé-tueur de la compagnie gazière (variante : de la compagnie des eaux) se sont répandues à travers tout le pays. Je peux vous le garantir.
Les mines d’uranium
Les condamnés à mort auraient en réalité été envoyés dans des mines d’uranium, et l’ami d’un ami les rencontrait forcément plus tard, édentés et malades.
Les fascistes
Dans la ville d’Omsk, il y avait une école spéciale pour l’apprentissage de la langue anglaise. Un jour, ils sont descendus dans la rue pour manifester sous des drapeaux fascistes et vêtus d’uniformes SS. Il s’avérait que l’école appartenait en fait à une organisation nazie souterraine. Tous ont été arrêtés sans attendre. Les profs ont été envoyés en prisons et les élèves dans des colonies pénitentiaires pour mineurs.
Une variante de cette histoire tourne autour d’un fonctionnaire ayant détourné beaucoup d’argent (il touchait des pots de vin), dans l’armoire duquel on aurait découvert – horreur ! – un uniforme d’officier SS.
Un petit détail marrant : dans l’air de la 7e symphonie de Chostakovitch, il y avait les mots « Nous sommes de la gestapo, Hitler est notre père ». Les écoliers se racontaient à mi-voix qu’un garçon qui se promenait dans la rue en sifflotant cette mélodie avait été arrêté sur-le-champ par la police.
Oui, et l’un des traits appartenant immanquablement aux fascistes était d’avoir les tempes rasées (NdT : comme un début de sidecut). C’était un peu l’élément principal dans un vrai fasciste. Et il y avait autant de jeunes battus à coups de ceinture dans le train que de 2 (NdT : les notes en Russie sont sur 5) donnés pour la note de comportement à cause de tempes rasées !
Les monstrueux médecins
Les monstrueux médecins étaient une thématique intarissable. Au début des années 80, le pays entier en tremblait. Tout le monde parlait d’un article dans le journal à propos d’un certain médecin de campagne qui avait enlevé la fille des voisins, lui avait coupé les pieds et les mains et la séquestrait dans sa cave. Les voisins avaient apparemment fait quelque chose à son chien et c’était comme ça qu’il s’était vengé. L’article a eu une forte résonnance. Personne ne l’avait lu soi-même, mais il y avait forcément un parent, un ami, un collègue ou une voisine qui l’avait raconté.
Le jour de l’anniversaire d’Hitler
Le jour de l’anniversaire d’Hitler (c’est en soi une légende urbaine sur les groupes de jeunes fascistes), on pend des pionniers avec leur foulard rouge caractéristique.
L’évasion
On dit que lors de la construction des hauteurs staliniennes (NdT : type d’énormes bâtiment contenant des appartements identiques construits lors de la période stalinienne) à Moscou, des prisonniers étaient utilisés comme main d’œuvre. Les maçons, qui n’étaient pas habitués à de telles hauteurs, avaient refusé de travailler. L’un des détenus (on précise parfois qu’il était pilote) aurait fabriqué un deltaplane avec du contreplaqué en trois couches et, après avoir attendu que le vent soit bon, aurait sauté du plus haut étage. L’aérodynamisme de sa création s’est révélé suffisant pour qu’il atterrisse seulement à Tchertanovo (NdT : un des quartiers de la banlieue de Moscou) sans la moindre égratignure.
Il s’est ensuite planqué pendant quelques années en prenant un faux nom et a été réhabilité après un certain temps.
La source la plus probable de cette légende est un précédent réel : des officiers britanniques faits prisonniers ont construit un planeur pour s’échapper du château de Colditz.
Il y a encore une autre histoire à propos d’une évasion d’un camp. Un détenu aurait confectionné un petit avion avec du contreplaqué et une tronçonneuse en guise de moteur et se serait envolé.
On raconte aussi qu’un citoyen est-allemand aurait construit un petit avion et aurait ainsi passé le mur de Berlin. Au niveau de la construction, l’avion aurait rappelé les modèles pour enfant, était très léger et était mis en mouvement grâce au moteur d’un scooter, ce qui lui permettait d’atteindre 100 mètres de hauteur. Cette légende est sans aucun doute une version (plus répandue) de l’histoire du deltaplane et des gratte-ciels staliniens. Pour parler sérieusement, ce n’est pas une légende, étant donné que l’Histoire a vu au moins deux tentatives réussies de construction à l’arrache d’appareil volant pour passer le mur de Berlin.
La défaite d’une personne au hasard au jeu de cartes de criminels
Dans cette histoire : des bandits jouent aux cartes pour faire perdre une place de cinéma. Le perdant s’assoit derrière cette place et, durant la séance, poignarde au cœur le spectateur infortuné avec une alêne.
Sonnerie d’alerte
Les vols d’appartement (comparé à l’époque actuelle) étaient moins courants, mais il y avait beaucoup de légendes à ce sujet. À propos d’une personne qui, afin de s’en prémunir, aurait placé en face de sa porte d’entrée une arme (un fusil ou une arbalète) en partant en vacances. Il y aurait ensuite eu un incendie chez lui, un pompier aurait défoncé sa porte et se serait pris la balle ou la flèche dans le ventre. Une autre personne aurait placé une trompe pour bateau en guise de sonnerie d’alerte ; un voleur aurait forcé sa porte, la trompe aurait fonctionné et celui-ci serait mort à cause du choc acoustique ou de peur.
Une vieille dame, très riche, aurait mis une alarme dans son appartement, parce qu’elle partait souvent. Elle la mettait en route, mais après quelques mois, elle s’était aperçue que de la monnaie disparaissait quand même. Mais il fallait qu’elle parte en Afrique du Sud, pour trois mois. Elle aurait payé en avance pour l’électricité, le gaz, le loyer et l’alarme. Mais au dernier moment, elle aurait été prise d’un doute. Elle aurait acheté de la clonidine, en aurait mélangé une dose mortelle à de la vodka et aurait laissé la bouteille sur la table.
Elle serait rentrée trois mois plus tard pour trouver trois flics (qui s’occupaient de la sécurité privée) morts, assis autour de la table, l’un d’eux ayant à la main un verre non terminé.
Les schizophrènes et les judas
Selon cette légende, certains schizophrènes sonnent aux portes toute la journée et, lorsqu’un propriétaire se décide à regarder à travers le judas, transpercent ce dernier à l’aide d’une pointe en fer. Les conséquences sont évidentes. Pour cette raison, il n’était pas recommandé de regarder à travers l’ouverture de la serrure. Que restait-il aux Soviétiques en guise d’alternative ? Ou bien faire appel à leurs compétences en ingénierie sociale à travers la porte, ou bien utiliser des gri-gris et des pendentifs douteux.
III) Nourriture
La citerne de kvas
Première version : à une époque soviétique reculée, alors qu’on pouvait encore voir les citernes jaunes avec leurs grandes lettres rouges en gras indiquant « Kvas » sur le côté dans les rues de nos villes pendant l’été, il y avait une jeune fille. Et un jour, elle a été violée et tuée. Et le cadavre a été caché dans une citerne qui se trouvait non loin. Le lendemain, la procédure de nettoyage réglementaire n’ayant pas été respectée, le cadavre a été noyé dans le kvas et la citerne a été emmenée pour les ventes du jour.
Il faisait chaud. Les gens buvaient avec joie des boissons fraîches pour étancher la soif qui les torturait.
Alors que le soir approchait, il ne restait plus beaucoup de boisson. Avec la diminution du volume de liquide, le corps de la pauvre jeune fille a bougé. Les restes du kvas sont sortis du robinet avec des cheveux…
Et si seulement c’était le plus horrible ! Si seulement le plus horrible était que les substances provenant de la décomposition s’étaient mélangées dans le kvas ! Mais en plus de tout cela, on a diagnostiqué la syphilis à la jeune fille…
Deuxième version : Une citerne de kvas s’est renversée (en général durant un accident), et on a découvert de gigantesques asticots (dans une autre version, des vers solitaires) dans le fond. Mais le kvas a malgré tout été bu dans des verres à peine nettoyés à la fontaine du coin.
Troisième version : Une longue file d’attente est devant la citerne. Trois kopeks le petit verre, six kopeks le grand. Brusquement, le kvas arrête de couler. Le vendeur s’énerve, disant qu’il doit en rester plus de la moitié, mais qu’il ne peut pas ouvrir la citerne car elle est plombée.
Un spécialiste est appelé (il est peu clair si la file d’attente reste ou non à attendre pendant ce temps).
Celui-ci ouvre la citerne, et à l’intérieur, le cadavre d’un homme flotte dans le kvas, et sa main s’est coincée dans le robinet.
L’histoire est racontée comme si elle s’était produite récemment avec des indications sur la localisation de la citerne.
Dans l’histoire, le kvas n’est JAMAIS remplacé par du lait ou de la bière.
Dans certaines versions, davantage de détails sont donnés sur l’homme : il aurait été un clochard qui aurait forcé la citerne durant la nuit afin d’étancher sa soif, serait malencontreusement tombé dedans et s’y serait noyé (mais dans ces versions, le passage avec le plombage est incohérent).
Le rat et le jardin d’enfants
Un rat (variante : un rat à moitié mort, ayant mangé de la mort-aux-rats répandue justement pour se débarrasser des nuisibles) est tombé dans la marmite dans laquelle on préparait de la bouillie de semoule (NdT : plat très commun pour les enfants soviétiques) pour les enfants. Bien évidemment, après avoir mangé le plat, ils sont tous morts. Et donc, l’ensemble du jardin d’enfant est allé manger les pissenlits par la racine !
C’est probablement l’inconscient collectif soviétique, dans lequel les jardins d’enfants sont détestés justement à cause de la bouillie de semoule, qui a permis la popularité de cette légende urbaine. Il y a même eu un article à ce sujet, intitulé « Comment un rat mort a vaincu l’URSS – l’irrationalité contre le monde soviétique ».
Une préparation contraire aux standards des produits alimentaires
On aurait rajouté du papier toilette dans le cervelas, et la vodka (variante : l’huile de tournesol) aurait été produite à partir de pétrole (variante : de sciure de bois). Du brome aurait été versé dans le thé des soldats pour éviter les abandons de poste momentanés, et du dimédrol dans leur vodka (variante : leur bière) pour qu’ils boivent moins et s’endorment plus vite. Dans la bière encore, on aurait ajouté de la lessive pour qu’elle mousse davantage.
Il y a aussi les choses étranges qu’on retrouvait dans le cervelas (variante : dans les crêpes) : des doigts et des dents humaines, des pattes de rats ou des queues de souris. Encore aujourd’hui, ces racontars sont très répandus (hélas, parfois, ce ne sont d’ailleurs pas de simples racontars).
Du caviar dans des conserves de hareng
Variante 1 : Lors de « l’affaire des poissons » (NdT : une célèbre affaire de corruption), un homme serait allé une conserve d’un kilo de hareng et, rentré chez lui, l’aurait ouvert pour y découvrir du caviar rouge. Il serait alors retourné au magasin pour prendre 10 autres conserves, et aurait trouvé du caviar dans chacune d’elles. Cette histoire était célèbre à l’époque d’Andropov (NdT : grosso modo vers 1983). Les « Voix » (NdT : l’auteur sous-entend ici La Voix de l’Amérique, média interdit sous l’Union soviétique que beaucoup écoutaient en cachette pour contourner la censure) l’ont rendue populaire, disant que c’est comme ça que la célèbre « affaire des poissons » a commencé.
Variante 2 : Une femme se serait rendue à l’épicerie fine Elizeïev pour y acheter une grosse conserve de hareng. En rentrant chez elle, elle y aurait découvert du caviar noir ! Excitée, elle serait repartie au magasin prendre quelques boîtes de plus, mais aurait entendu à la radio (dans le métro ?) qu’un ministre (aucune idée duquel) aurait été arrêté pour une tentative de contrebande de caviar noir dans des boîtes de hareng. La femme aurait pris peur et serait rentrée chez elle sans le caviar.
Pour plus de crédibilité, on ajoutait le nom d’un ministre récemment démis de ses fonctions. C’était en général l’Elizeïev qui constituait le magasin dans lequel se déroulait l’action, et ce pour de bonnes raisons (NdT : une autre affaire de corruption, moins connue, a eu lieu dans ses murs).
Le lait
Il y avait un fameux directeur d’une usine de production de lait, un homme qui avait beaucoup de succès, membre du parti et héros de toutes sortes de compétitions socialistes. Et il avait une femme magnifique, beaucoup plus jeune que lui, que peu de gens avaient vue, mais ceux qui en avaient eu la chance racontaient que sa beauté était indescriptible. Le directeur l’aimait, la choyait et la dorlotait, la gâtait de toutes les manières possibles et satisfaisait toutes ses innocentes fantaisies.
Soudainement, les habitants de la ville ont commencé à remarquer que le lait dans les bouteilles de verre commençait à laisser apparaître un contenu étrange : des ombres bleues et un petit pourcentage de gras. Des retraités vigilants (comme chacun sait, c’est précisément eux qui prenaient toujours les devants des mouvements anonymes) ont assailli les administrations qu’il fallait avec quelques dizaines de lettres anonymes.
Les représentants de ces services ne pouvaient pas ne pas réagir aux demandes des anciens travailleurs, et puis peut-être que l’ordre avait été donné de retirer le directeur qui commençait à agacer les hauts placés du coin. Passer un coup de balais pour le faire déguerpir de sa place bien au chaud ! Ces braves gaillards se sont donc rendus à l’usine, y ont trouvé des irrégularités au niveau des machines, sont remontés un peu plus loin – une petite visite chez le directeur s’est imposée.
Ils sont allés chez l’homme déjà dépossédé, marchant avec leur grand air, et qu’est-ce qu’ils y ont vu ? La magnifique femme du directeur était dans une énorme baignoire remplie de lait frais et prenait soin de son corps, lavait chacune de ses charmantes courbes. Les pièces du puzzle ont commencé à s’assembler, et ils ont compris que l’on ramenait ce lait chez le directeur et, une fois le bain terminé, qu’on le ramenait à l’usine pour le mettre en bouteille. La belle lavait même ses innocentes mains avec du lait frais, elle ne pouvait s’en passer.
C’est ainsi que les vifs habitants de la ville ont découvert le secret de sa beauté, et le directeur, selon ce qu’affirment les anciens et les anonymes, a été fusillé. Le destin de la jeune femme n’est pas connu de manière certaine, mais certains, qui sont proches des hautes sphères, assurent qu’on l’aurait vue à Kiev. Elle serait devenue la femme d’un autre directeur et aurait conservé sa resplendissante beauté et sa poitrine opulente.
Des bananes dans la morgue
Des étudiants en fac de médecine avaient un cours dans une morgue à Moscou. On leur montrait des cadavres, des têtes et d’autres parties de corps. Ils passaient d’un tiroir réfrigéré à un autre, jusqu’à ce qu’ils tombent sur l’un d’eux qui contenait des bananes. Et lorsqu’ils ont demandé ce que des bananes faisaient là-dedans, on leur a répondu que les places qui n’étaient pas occupées par les cadavres étaient louées aux marchands. Et que c’était absolument sans danger pour les personnes qui achèteraient les bananes ensuite. Dans la banlieue, des entrepreneurs auraient même racheté une morgue entière pour la transformer en entrepôt. Certains disent aujourd’hui que c’est précisément pour cette raison que des tâches apparaissent sur les bananes, parce qu’elles murissent avec les morts. Soi-disant que les bananes ne mûriraient pas de cette manière dans la nature.
C’est sûrement des foutaises, mais il vaut mieux tout de même faire attention avec les bananes qui deviennent mouchetées.
IV) Technologie
Les voitures-radars
Les voitures-radars parcouraient les rues et vérifiaient les magnétoscopes à la recherche de cassettes interdites. C’était, pour être précis, à l’époque du boom des cassettes vidéo, et cela a duré jusqu’à l’époque de Gorbatchev.
Et voilà comment se déroulait prétendument la lutte contre le visionnage de films néfastes idéologiquement parlant, tels que Rambo ou 9 semaines ½, à la maison : le courant était coupé dans les logements, et sans électricité, il était impossible de retirer une cassette du magnétoscope. Les agents allaient dans l’appartement visé et dressaient un procès-verbal. Détail à part, à Moscou, on appelait ça des « vidak », et en province des « vidik ».
Les modèles « Tchaïka »
Des missiles ou des mitrailleuses à gros calibres étaient soi-disant cachés dans les « canines » du pare-chocs (NdT : terme utilisé dans le texte original faute de mieux, l’auteur veut dire ici les deux formes sphériques sous la grille, probablement de simples éléments esthétiques) des voitures de modèle Tchaïka du KGB. Il est vrai que toutes les Tchaïka qu’on rencontrait en ville appartenaient à l’administration, mais c’est un détail.
La pellicule rouge
Chez les adolescents de l’Union soviétique, il existait un mythe selon lequel si l’on mettait cette mystérieuse « pellicule rouge » dans un appareil photo, les gens sur les photos apparaitraient sans leurs vêtements. On l’importait depuis l’étranger et elle coûtait très cher. Personne n’en a jamais vu, mais tout le monde rêvait de mettre la main dessus. Et c’était une « histoire pour faire peur » populaire : souvent, après avoir photographié des filles, les garçons leur disaient qu’ils les avaient prises sur pellicule rouge, après quoi il leur fallait s’enfuir pour échapper à leurs camarades un peu trop crédules en furie.
Dans une autre version, il ne s’agissait pas d’une pellicule rouge mais d’un appareil photo infrarouge créé pour les besoins de l’armée. Et il y en avait même qui croyaient que si l’on enduisait le verre de sang de chauve-souris, l’effet serait le même qu’avec la pellicule rouge.
L’antenne à mercure
Comme les « Voix de l’ennemi » étaient brouillées et que l’on voulait les écouter, les gens ont inventé toutes sortes d’antennes. Les antennes contre les brouillages n’aidaient pas vraiment, ce qui, selon moi, a été à l’origine de l’apparition de l’histoire de « l’antenne à mercure ». Selon la légende, on versait du mercure dans un tube de cuivre d’une certaine longueur (personne ne savait laquelle). On plaçait le tube sur le rebord de la fenêtre à l’extérieur et il permettait de capter n’importe quel signal radio avec une clarté de son époustouflante. Même les plus éloignés. L’utilisation de cette antenne était extrêmement limitée par le fait que l’image de tous les téléviseurs du bâtiment disparaissait lorsqu’elle était en marche.
Dans l’une des versions, un certain amateur de radios aurait récolté 10 années durant du mercure goutte par goutte (il fallait en récupérer beaucoup, quasiment un litre), assemblé l’incroyable antenne et commencé à essayer de capter tous les canaux de télévision et de radio existant. Mais une telle antenne brouillait les communications entre les avions et les tours de contrôle, c’est pourquoi l’amateur de radio aurait été arrêté, et le mercure aurait été jeté… Dans une autre version, ce sont des agents du KGB qui se sont rendus chez lui pour faire une perquisition, mais ils n’ont pas pu trouver l’antenne et sont repartis bredouilles, car notre héros l’avait installée dans sa cheminée (eh oui, des agents si naïfs et idiots qu’ils n’avaient pas pensé à la vérifier). Le destin de l’antenne et de son fabriquant après cela est inconnu.
Dans une autre des nombreuses versions, ces antennes étaient fabriquées par le KGB afin d’espionner les communications à l’étranger, et les antennes paraboliques pour la réception satellite seraient en réalité aussi des antennes à mercure, et il ne fallait pas les utiliser, car lorsqu’on les branchait, tous les objets métalliques à proximité commençaient instantanément à fondre.
D’autres moyens de fabriquer une antenne à mercure :
• Le mercure était versé dans une bouteille et un fil électrique était passé par le bouchon. Une variante existe dans laquelle le mercure est versé dans une boîte de baume vietnamien « Golden Star » ;
• Le mercure était versé dans le manche d’un stylo ;
• Dans un thermomètre médical chauffé au maximum, on faisait une ouverture pour passer un fil électrique ;
• Il fallait faire un trou dans une ampoule et la remplir de mercure, puis la brancher, mais cela avait pour risque de rendre tout l’appareil HS et même ce qui y était branché.
Il y a également des versions à propos d’antennes à mercure pour la télévision avec des caractéristiques semblables. Lors de leur utilisation, tous les téléviseurs du quartier s’éteignaient à part le tien, et le KGB repérait rapidement ce genre d’antennes, ce pourquoi personne n’essayait d’en construire.
De manière générale, l’écoute des « Voix » a fait naître beaucoup de légendes. Par exemple, parmi ceux qui n’ont aucune culture technique, il y avait une histoire qui circulait comme quoi des appareils spéciaux étaient installés dans les radios pour que le KGB puisse suivre qui écoutait quoi. Ce qui est intéressant, c’est qu’il est réellement possible de définir sur quelle fréquence une radio est réglée grâce aux émissions parasites de l’hétérodyne. Il y avait aussi une croyance selon laquelle il était pénalement répréhensible d’avoir des diapasons émettant sur les bandes des 19, 16 et 13 mètres (beaucoup de stations étrangères émettent sur ces fréquences, mais elles n’étaient pas brouillées car les radios soviétiques sur le marché étaient dépourvues de tels diapasons). Il y avait aussi une histoire prétendant que sur les bandes magnétiques étrangères livrées en Union soviétique étaient enregistrés des sons particuliers qui avaient un effet nocif sur l’esprit. Il n’est jamais venu à l’esprit de ceux qui croyaient cela que, premièrement, les bandes sont complètement démagnétisées lorsqu’on enregistre dessus, et, deuxièmement, que même si ces sons existaient, les appareils courants n’étaient pas en mesure de les reproduire.
Le couteau à mercure
Il existe, quelque part, un COUTEAU. Dans sa lame, il y a une cavité sur toute sa longueur remplie exactement à moitié de mercure. L’intérêt, c’est que peu importe comment il est lancé, il tournera toujours de sorte à ce que la lame soit en avant (grâce au mercure) et se plantera avec une force effrayante (dans un ennemi, dans un arbre, dans un mur). La légende a également été enrichie de quelques histoires :
1) Comme quoi de tels couteaux n’étaient produits que pour les régiments de SS par la firme Solingen ;
2) Comme quoi il existerait également des canifs de ce genre.
Il y avait également une version à propos d’une batte de baseball creuse remplie à moitié de mercure qui, même dans les mains d’un faiblard, se transformait en arme mortelle. On racontait que les meilleurs joueurs de baseball avaient une batte de ce genre et que c’était grâce à elle qu’ils occupaient les meilleures places dans les championnats.
La chachka de Tchapaev
Tchapaev (NdT : un acteur de la révolution bolchévique sans particularité, tout de même passé à la postérité grâce à un livre de 1923 ayant rencontré un grand succès) possédait une chachka dont l’intérieur était creux et à moitié rempli de mercure. Cela permettait au commandant de division intrépide de trancher les cavaliers ennemis jusqu’à la selle en un seul coup. Cette légende est, sans aucun doute, liée à celle du couteau à mercure, mais elle existe de manière indépendante. Quoiqu’elle pourrait avoir un lien avec la légende de l’épée d’Alexandre Nevski (NdT un des héros historiques les plus populaires de Russie, grand-prince de la ville de Vladimir et vainqueur des Suédois puis des chevaliers teutoniques vers 1240) qui aurait également été remplie d’un liquide pour l’alourdir, histoire répandue parmi les « connaisseurs » des histoires de la cour.
Le numéro spécial
Ce racontar vient du Moscou du début des années 80. Les Moscovites affirmaient qu’il existait un certain numéro, admettons le 777-13-13, dont l’appel permettait de passer en mode soirées téléphoniques, où tout le monde pouvait parler avec tout le monde, certes par-dessus des tonalités courtes ininterrompues.
On en apprend tous les jours. À Leningrad aussi, il y avait un tel numéro, soi-disant une défaillance du commutateur téléphonique de la ville, et il était possible d’y discuter un peu comme sur internet sur aujourd’hui en l’appelant. Et il s’est avéré qu’il y avait la même chose à Moscou. Il n’y a aucun doute sur le fait que c’était alors une légende. Maintenant, il y a même un site sur lequel des gens qui se sont rencontrés via ces chats vocaux se réunissent et s’échangent des anecdotes.
Un internaute de l’Oural se rappelle d’une autre légende de l’époque où il était sur les bancs de l’école : pour une certaine somme, les plus vieux de l’école vendaient un numéro de téléphone secret grâce auquel il était possible de téléphoner gratuitement dans toutes les villes de Russie. Le canal n’était accessible que depuis les cabines téléphoniques, aucune carte n’était nécessaire.
Les radars à la frontière finno-soviétique
La frontière finno-soviétique aurait été contrôlée par des radars spéciaux sur lesquels on pouvait voir n’importe quel être vivant. Afin de les duper, il fallait jeter des feuilles d’aluminium sur la route. C’est ce que faisaient les contrebandiers qui ramenaient des sacs pleins de collants de la Finlande (NdT : sous l’union soviétique, les collants étaient interdits et valaient donc une fortune).
L’URSS souterraine et sous-marine
On racontait qu’il existait d’énormes usines souterraines dans lesquelles d’incroyables technologies secrètes étaient développées. On peut relier ces histoires à celles des tanks capables de se déplacer au fond de l’océan et des hangars sous-marins de l’Atlantique où étaient entreposées des bombes atomiques. Ainsi qu’à celles des sous-marins et des armes tectoniques (le sous-marin se rendait furtivement sous le territoire de l’ennemi et déposait une bombe atomique sous la terre, la bombe explosait et déclenchait un tremblement de terre destructeur).
Encore une fois dans l’Oural, dans la sphère des constructions mécaniques, des bruits courent encore aujourd’hui à propos d’ateliers souterrains. Cela a l’air crédible, car lorsque l’on se rend au déjeuner par les couloirs sous la terre, on peut voir des tunnels sans fin partant dans toutes les directions, barrés par des grilles.
L’île Damanski
En 1969, l’URSS aurait tout simplement rayé l’île Damanski (NdT : île à propos de laquelle existait un litige entre l’Union soviétique et la Chine, qui a mené à une escalade faisant craindre une guerre nucléaire avant le cessez-le feu de la même année ; l’île a été rendue à la Chine en 1991 et s’appelle maintenant île Zhenbao) de la carte avec des lasers (variante : des lance-roquettes multiples). Ainsi que les Chinois. « Comme ça, personne ne l’aura ! »
Les signaux radio d’une autre époque
Un article indépendant a été créé et sera prochainement disponible.
V) Les étrangers et les autres pays
Les dangereux étrangers
Les touristes étrangers auraient donné des friandises (variante : des chewing-gum) infectées avec la tuberculose (variante : remplis d’aiguilles ou de fragments de lames de rasoir, ou encore, plus exotique, des fanons de baleines) aux enfants soviétiques. De ce que je comprends, c’est plutôt les grands-mères qui racontaient ça aux enfants dans un but pédagogique, afin qu’ils n’acceptent rien venant des inconnus.
On parlait parfois de prisonniers à la place des étrangers, qui auraient laissé des bonbons infectés à la tuberculose sur les terrains de jeux. C’est une assez étrange série d’ennemis de la nation soviétique qu’on obtenait là : des étrangers et des taulards.
Une autre version dans le genre mettait en scène des étrangers vendant des jeans infectés à la syphilis aux contrebandiers soviétiques (NdT : les produits occidentaux étaient très appréciés sur le marché noir soviétique), qui les revendaient à leurs concitoyens sans se douter de rien.
Pour l’histoire des jeans, il ne s’agissait parfois pas de syphilis, mais d’un petit sachet contenant des poux caché dans la couture arrière, et qui éclatait au premier lavage, leur permettant de s’échapper.
Ou encore mieux : un noir qu’on aurait vu une nuit en train de laver un organe d’enfant dans le réservoir d’une fontaine à eau. C’est une connaissance de la belle-mère du cousin d’une camarade de classe qui l’aurait vu et qui se serait battu avec lui pour l’arrêter, le tuant par accident. J’ai entendu cette même histoire dans deux grandes villes de républiques différentes… Oui, à chaque fois, on parlait d’un noir. Je pense que ce n’était pas le reflet du racisme des Soviétiques, mais plutôt de leur peur infernale face aux étrangers.
Ou encore une histoire un peu plus soft à propos des dangereux étrangers : elle aurait eu lieu lors d’une certaine parade des pionniers sur la Place Rouge. Soi-disant, les pionniers marchaient en rang au pas cadencé, et de vils étrangers leur jetaient des chewing-gums dans les jambes pour casser le rythme. Mais les pionniers n’en auraient eu cure – voilà un bel exemple de sens civique ! Bien sûr, c’est plutôt une histoire pour enfant, mais elle est belle.
Il y avait aussi une légende assez ancienne à propos des doryphores, qui auraient été répandus par l’Occident impérialiste en URSS afin qu’ils s’attaquent aux récoltes et que les citoyens soviétiques subissent une pénurie de denrées alimentaires.
S.S.D. (NdT : Smert’ Sovetskim Detjam, Mort aux Enfants Soviétiques) : Un bus ou une voiture noire avec des vitres teintées aurait sillonné la ville où l’on racontait l’histoire. On y attirait les enfants pour les emmener vers une destination inconnue. Sur la plaque d’immatriculation de ce véhicule, on pouvait lire les lettre SSD, Mort aux Enfants Soviétiques !
Histoires de Tziganes
Un camarade de classe aimait beaucoup les chewing-gums, mais comme il avait du mal à en trouver, il en avait acheté un à un Tzigane. Lorsqu’il l’a ouvert, il a décidé de le couper en deux, afin de pouvoir faire durer le plaisir. Ce faisant, il aurait découvert à l’intérieur des lames de rasoir. Parfois, les gens y trouvaient des aiguilles, ou la syphilis.
La marijuana
L’Occident faisait totalement partie des légendes urbaines soviétiques. Par exemple, les marins qui s’arrêtaient dans les ports étrangers, ou les chanceux qui avaient l’opportunité d’aller dans le « vrai » Occident, pouvaient acheter de simples cigarettes dans des paquets habituels (Marlboro, Camel, etc.), mais ils pouvaient aussi acheter des cigarettes contenant de la marijuana dans des paquets quasiment identiques (ils étaient simplement marqués de trois petites étoiles sous le nom de la marque) ! Et certains les faisaient passer la douane, et les distribuaient chez nous !
Les Japonais
Les Japonais achetaient tous les verres, car ils étaient toujours emballés dans des boîtes en bois ! Ils refondaient le verre et faisaient des meubles avec le bois.
On leur vendait des arbres, on débarrassait les troncs de leurs branches et de leurs épines, mais les Japonais nous les demandaient aussi, car ils en faisaient des vêtements. J’ai par la suite travaillé dans une région productrice de bois, et je vois bien l’absurdité de l’histoire. Le sous-texte était des plus rabaissant : voyez comme les Japonais sont économes, pas comme nous, crétins de Soviétiques…
De manière générale, le Japon était une légende urbaine à lui tout seul à cette époque (et certes pas uniquement en URSS). Dans les commentaires, on m’a rapporté l’histoire d’un marin qui aurait acheté une montre japonaise qui aurait eu une garantie contre tout, car il aurait été impossible de la briser. Notre marin serait tout de même parvenu à la casser et aurait écrit au producteur, une délégation se serait déplacée et lui aurait payé une gigantesque compensation, mais lui aurait tout de même demandé comment il y était parvenu. Il aurait alors lâché le morceau : il l’avait soi-disant simplement mis dans de l’eau bouillante pendant longtemps.
Matériel audio japonais
Les Japonais auraient mis des cartouches explosives dans leur matériel audio qui se seraient déclenchées si l’on essayait d’ouvrir le couvercle arrière. Soi-disant pour empêcher le reverse engineering. À Saint-Pétersbourg, on disait qu’ils y mettaient des puces spéciales qui grillaient l’appareil si l’on essayait de l’ouvrir pour comprendre comment il fonctionnait.
Les tapis chinois
La nuit, les tapis chinois auraient brillé, représentant la silhouette du défunt Mao Zedong dans sa tombe. Ils auraient été cousus à l’aide d’aiguilles spéciales au phosphore. Le jour, rien n’aurait été visible.
Les échanges
1) À propos des Finnois
Même cet escroc de Veller (NdT : Mikhaïl Veller, auteur connu pour se prendre pour le seul philosophe de la Russie contemporaine et pour ses nombreux ragequit des plateaux télévisés) a fini par prétendre que c’était une histoire vraie, mais je l’ai entendue alors qu’il vivait encore à Tallinn et n’était connu de personne. C’est sûrement un racontar, mais ce qui en fait une légende, à mon sens, est que diverses personnes l’ont entendue de quelqu’un qui jurait l’avoir apprise de l’un de ses protagonistes.
Lorsque les infrastructures olympiques étaient en construction en vue des Jeux Olympiques de 1980, l’URSS a introduit un régime de visas simplifié pour les Finnois (les employés du bâtiment et les touristes), et beaucoup de touristes finnois sont alors allés à Leningrad. Et comme il y avait alors une loi anti-alcool en Finlande (ça aussi, en soi, était aussi une légende urbaine soviétique), bien évidemment, les Finnois venaient surtout dans la capitale culturelle afin de se murger et, bien évidemment, avec de l’alcool du marché noir. Il y avait alors un certain triangle dans la ville : la « Station de la Bière » (Pivnaya), la « Station du Grignotage » (Zakoussotchnaya) et la « Station du Dernier Verre » (Ryoumotchnaya), c’était pour les touristes finnois du genre du triangle des Bermudes. Un autobus rempli de touristes finnois arrivait dès le matin à la Pivnaya, et le chauffeur venait récupérer les corps presque sans vie des fêtards imbibés. Un jour, un des Finnois se serait lié d’amitié avec l’alcoolique du coin lors de son expérimentation de la gnole locale, et lui aurait offert ses chaussures et son costume de bonté de cœur. Et il aurait gardé ses grolles et sa veste en échange.
Lorsque le chauffeur « récupérait les siens », par habitude, il se repérait surtout aux chaussures qui étaient très différentes de ce qu’on trouvait en Union soviétique. Du coup, notre légendaire alcoolique, ouvrant les yeux, se serait aperçu que personne autour de lui ne parlait russe, et que son épopée en état d’ébriété lui avait fait quitter sa patrie. La même surprise attendait le Finnois.
On ne s’est pas ennuyé à organiser d’extraction dans les règles du protocole, l’échange de notre alcoolique et de l’alcoolique finnois a eu lieu au point de contrôle « Torfyanovka », dans la plus pure tradition des films d’espionnage occidentaux et soviétiques tels que La saison morte.
2) Le Japonais de l’Armée soviétique
Un touriste soviétique a échangé un uniforme d’un soldat ayant raccroché contre sa veste à un contrebandier. Pendant l’échange, il s’est fait dérober ses documents d’identité et son argent. L’histoire se déroulait en hiver. Pas d’argent, pas de veste, il a donc décidé d’enfiler l’uniforme pour ne pas mourir de froid et se rendre à l’hôtel où se trouvait son groupe d’étudiants. Il a erré dans les rues et a fini par se perdre. Il est alors tombé sur une patrouille militaire, qui l’a interpellé et a exigé de voir sa carte de militaire.
« Euuuuuuuuh
– Bordel le bridé, ça fait deux ans que t’es dans l’armée et t’as toujours pas appris le russe ? »
On lui a mis un coup sur la tête et on l’a emmené au bureau de garnison. Ils ont commencé à appeler leurs unités :
« Eh, un Ouzbek se serait pas barré de chez vous ?
– Si si, on en a un qui s’est tiré. »
Le commandant de l’unité est venu récupérer le Japonais. Heureusement pour lui, il ne lui restait que six mois à servir. Il a terminé son service en obtenant toute une flopée de récompenses pour exemplarité. Il est ensuite allé à l’ambassade pour rentrer chez lui.
3) Les missionnaires soviétiques en Afrique
Afin d’apporter de l’aide, l’URSS a envoyé une cargaison de nourriture pour enfants aux pays africains amicaux. Après un certain temps, la cargaison est revenue intacte, mais les agents de la mission diplomatique qui l’accompagnaient avaient disparu sans laisser de trace !
Il s’est avéré que les locaux, voyant des enfants dessinés sur les emballages, avaient cru qu’on avait voulu les nourrir de viande humaine (d’enfants) pour se moquer d’eux (à cause de l’analphabétisme de la population des pays africains, on dessinait sur leurs emballages ce qu’ils contenaient). Les agents ont été tués sur place, toute la marchandise a été renvoyée, et les gouvernements ne se sont plus montrés amicaux envers l’URSS jusqu’à l’arrivée de Gorbatchev.
Il y avait encore une autre histoire. Dans un pays africain, notre ambassadeur se serait fait boulotter parce qu’il aurait dit un truc qu’il ne fallait pas. L’URSS aurait envoyé une lettre de protestation, commencé à se saisir de l’affaire et tout le tintouin… Ils auraient failli envoyer les troupes. Le président aurait répondu qu’ils reconnaissaient l’avoir dévoré, et que si c’était si offensant, il n’y avait qu’à manger leur ambassadeur en retour ! Le tout le plus sérieusement du monde. Une histoire tout à fait vraie.
Le déficit
En voilà une bien formulée dont je me rappelle : une jeune femme serait parvenue à se procurer un maillot de bain étranger grâce à une connaissance pour un prix très élevé (ou bien, il est possible que ce soit une de ses connaissances étrangères qui lui ait directement offert). Elle l’a enfilée, magnifique, les gens se trouvant à la plage l’ont suivie du regard alors qu’elle allait se baignait dans la mer. Et lorsqu’elle en est ressortie, à sa grande surprise, le maillot de bain est devenu complètement transparent, révélant tout son corps, et elle a ressenti un terrible sentiment de honte et de colère. C’est pour ça qu’il ne fallait pas lorgner sur les marchandises étrangères et ne porter que ce que les citoyens soviétiques portaient.
C’était bien évidemment un complot occidental pour miner la morale de notre pays.
Les deux valises d’aiguilles
Il y avait une histoire selon laquelle un militaire avait ramené d’Allemagne deux grandes valises d’aiguilles à coudre (une autre version parle d’aiguilles de tourne-disque ; il y avait un énorme déficit pour ces deux produits à l’époque), et avait permis à la population de longues années à l’abri de la misère. L’argument selon lequel une valise pleine d’aiguille pèserait une tonne et demie ne convainquait personne, tout le monde croyait à ce racontar.
Cette histoire est souvent répétée dans des interviews de vétérans de la Deuxième Guerre mondiale sur le site iremember. Sans parler bien sûr d’une valise entière, ils ramenaient souvent des aiguilles de tourne-disque, ainsi que des aiguilles pour les machines à coudre de l’Allemagne occupée, car elles prenaient peu de place et coûtaient très cher en URSS puisqu’elles n’existaient pas sur le marché.
Le trésor d’Elisseïev
Un descendant du célèbre marchand Elisseïev (NdT : Grigori Elisseïev, fondateur de la dynastie marchande des Elisseïev et de la chaîne de magasin portant le même nom) vivant aux USA aurait un jour appelé les autorités soviétiques pour leur indiquer qu’avant son émigration (NdT : en France), Elisseïev aurait dissimulé un trésor dans son magasin à Petrograd (NdT : autre nom de Saint-Pétersbourg). Bien évidemment, la restitution du trésor à l’héritier a été refusée, mais, si vous vous souvenez bien, le magasin Elisseïev a été longtemps fermé, soi-disant pour une restauration. Tout a été retourné, même les sols ont été fouillés, mais rien n’y a été trouvé.
Alors, le jeune Elisseïev a repris contact avec les Soviétiques et a promis de leur montrer où se trouver le trésor en échange d’un certain pourcentage. Il n’y avait rien à faire, alors ils ont accepté. Lorsqu’il est arrivé, il a vu que le magasin était tout retourné, a souri, montré le lustre et leur a dit de le démonter.
L’énorme lustre a été descendu, et il s’est avéré que sous la fine couche de bronze qui recouvrait la décoration, elle était en réalité faite intégralement d’un or pur avec un nombre très élevé de carats.
Traduction : Magnosa
Comme indiqué au début, la page originale avec les 3 chapitres qui n'ont pas été retenus est consultable ici, pour ceux qui seraient curieux et liraient le russe (ou auraient un bon traducteur). Vous êtes désormais fin prêts pour la reprise des traductions de creepypastas russes !
lundi 4 novembre 2019
Mémoires
Aujourd’hui, j’ai 65 ans. La majeure partie de ma vie, je l’ai passée à récolter des témoignages dans le but de monter un documentaire sur la Grande Guerre. Mais les années passant, j’ai eu de sacrés problèmes, autant sur le plan familial que sur celui de la santé. Je crois que j’ai peu a peu transformé mon projet de documentaire en une arlésienne, condamnée à jamais à rester une suite de pages traînant sur mon bureau poussiéreux. Avec la mort du dernier vétéran de la Grande Guerre en 2012, une aviatrice anglaise si je me souviens bien, j’ai relégué mon projet au deuxième plan. En fait, je pensais ne jamais le ressortir des placards.
Ma femme m’a beaucoup aidé à monter ce projet. C’est elle qui m’a obtenu la plupart des rendez-vous avec les vétérans, étant donné qu'elle était infirmière en maison de retraite. Du moins, elle m’aidait pour ceux qui se trouvaient dans son établissement. Pour les autres, ceux qui résidaient dans d’autres coins de la France, je me débrouillais seul. Bien souvent, elle me traduisait ce qu’ils disaient, car n’étant guère habitué à leur diction approximative, je ne saisissais rien de ce qu’ils tentaient de me dire. C’était en 1979, j’avais donc 30 ans. La plupart des vétérans étaient déjà octogénaires, et nous avons passé du temps à écouter leurs histoires, recueillir leurs témoignages. Souvent par petites séances, pour les ménager.
Je n’ai vécu aucune guerre, et je ne peux pas imaginer ce que cela a dû être pour ces hommes de raviver de tels souvenirs. Certains se plongeaient dans le mutisme sans crier gare, quand d’autres se mettaient à sursauter au moindre claquement de porte. Nous savions alors qu’il était temps de laisser ces gens se reposer. Il nous fallait néanmoins nous hâter, car la condition de ces hommes n’allait pas en s’arrangeant. Entre 1979 et 1991, j’ai rencontré vingt-trois vétérans de la Première Guerre mondiale. Des français pour la plupart, mais aussi deux allemands et un italien. Et ma femme m’a suivi presque à chaque fois.
Ces hommes avaient déjà été sollicités maintes et maintes fois pour raconter ce qu’ils avaient vécu, pour des documentaires ou des émissions de télévision. En lisant mes interviews aujourd’hui, je me rends compte qu’il n’y a plus grand-chose à en tirer. Tout ce que ces hommes m’ont dit, ils l’ont aussi dit à d’autres qui ont été plus ambitieux que moi, et actuellement, le contenu de mes pages ne comporte plus rien de nouveau qui justifierait qu’on en fasse un documentaire. Malgré tout, j'ai trois interviews qui sortent du lot.
Les trois hommes que j’ai interviewés ont tous évoqué une même chose qu’ils ont décrite presque unanimement. C’étaient deux vétérans français, et un italien. Ils n’étaient pas au même endroit au même moment, et n’étaient pas non plus dans les mêmes régiments ou unités. Ainsi, la première fois que j’ai entendu parler des « nègres fins », c’était en 1982. J’interviewais Michel Augier, qui avait servi à Verdun en 1916, dans le 106e régiment d’infanterie territoriale. Voici le passage en question :
« Michel Augier : […] C’était un sacré bourbier, donc. Mais il n’y avait pas de tirailleurs avec nous, c’est un détail qui a son importance, vous devriez le noter. Dans le coin où on était, vers la côte 304, enfin dans le coin où j’étais moi en tout cas, la visibilité était mauvaise. J’avais trouvé un petit recoin, un renfoncement dans la tranchée et je m’y étais installé. Au-dessus de ma tête on avait disposé des planches, pour s’abriter de la pluie et des shrapnels. Ces planches faisaient une sorte de pont, au dessus de la tranchée. Mais si un imbécile heureux avait eu la bonne idée d’y marcher en dessus, il se serait fait tuer par les allemands.
Une nuit, j’essayais de dormir, un peu plié comme je le pouvais, n’est-ce pas. Je partageais mon trou avec Maurice, un autre soldat qui venait de… je crois qu’il était des Vosges. […]Je l'ai senti bouger à côté de moi et quand je l’ai regardé, il levait la tête par-dessus la tranchée. Je lui ai attrapé la manche pour le faire se coucher et c’est là qu’il m’a dit qu’il avait vu un boche s’approcher. Je me suis levé à mon tour et j’ai jeté un coup d’œil. On avait pas le droit de se servir de nos jumelles parce qu’elles brillaient dans le noir et on aurait été pris à partie. Au premier coup d’œil je n’ai rien vu. Il faisait noir, on voyait juste des lumières oranges dans les tranchées d’en face. C’est qu’il faisait froid aussi, donc les allemands avaient allumé des feux.
Et puis j’ai vu bouger là, dans le noir. C’était pas loin hein, peut-être à cent mètres de nous. J’ai pris mon fusil discrètement et j’ai mis l’intrus en joue, puis j’ai tiré. Bien sûr, ça a réveillé tout le monde et je me suis empressé de replonger dans ma tranchée, vous imaginez. Je pense pas l’avoir touché, mais je suis sûr que c’était pas un boche. Pour être franc, je sais pas ce que c’était. Mais quand j’avais tiré, ça s’était mis à cavaler à quatre pattes alors que c’était debout avant la seconde d'avant. Et ça courait pas comme un chien ou quoi que ce soit d’autre. C’était debout comme votre femme là, puis d’un coup à quatre pattes. Je pense que Maurice et moi avons été les seuls à le voir parce que si quelqu’un d’autre l’avait vu, il l’aurait aligné tout comme. »
Ne sachant trop si Michel Augier me racontait un souvenir déformé par le temps ou une affabulation, je lui ai demandé sans conviction de me décrire cette chose. J’étais à ce moment-là persuadé que c’était un animal. Il faisait noir, Michel l’avait dit. Et puis, il n’avait pas regardé longtemps, il aurait été abattu sinon. Tout laissait place à l’erreur.
« Michel Augier : Oh bah ça, vous m’en demandez de bien bonnes aujourd’hui ! Bon… c’était plutôt gringalet, n’est-ce pas. C’était noir, mais je ne saurais pas vous dire si c’étaient des poils, des plumes ou quoi que ce soit d'autre. Ç'avait deux bras et deux jambes. Et lorsque cette chose s'est mise à courir, elle avait le dos voûté. Quand on en a parlé avec les autres, ils nous ont dit que c’était surement un sénégalais qui était devenu fou. Ça nous a bien fait rire sur le moment, mais on avait pas de tirailleurs dans notre coin, ils étaient bien plus bas sur le front. On a quand même gardé cette version-là parce qu’elle nous faisait rire. On a appelé ça un nègre fin. Nègre parce que c’était noir et fin parce que c’était gringalet. »
En sortant, j’ai mis toute la fin de l’interview entre parenthèses, parce que je pensais qu’elle ne me serait pas utile pour mon projet. Pour moi, encore une fois, malgré tout le respect et l’admiration que je portais à Michel Augier, il ne s’agissait là que d’une interprétation farfelue et biaisée par l’enfer des tranchées d’une rencontre avec un animal.
En 1983, presque un an plus tard, j’interviewais Jean-Eugène Servant, près de Bordeaux. Âgé de 82 ans, il avait servi à Verdun mais également pendant la bataille de la Somme, au sein du 418e régiment d’infanterie. Après qu'il m'a raconté en détail son expérience de ces deux grandes batailles, je lui ai demandé à tout hasard et sans trop de conviction s'il avait déjà entendu parler de « nègres fins ». Je lui ai décrit sommairement le témoignage de Michel Augier. Jean-Eugène paraissait mal à l’aise, presque honteux. Finalement, il a acquiescé. Lui les avait appelés les « bougnats ». Un bougnat était un marchand de charbon, il a donc rapproché la couleur de ces choses à celle du charbon.
« J-E Servant : […] Après ça, nous nous sommes enterrés dans les bois. C’était en novembre et on avait un temps exécrable. Parfois même, on écopait nos trous avec nos quarts ( Ndla : un quart est une tasse métallique dont le militaire se sert pour boire ou manger ), on faisait ce qu’on pouvait mais le confort était aux abonnés absents. Je crois que pendant toute la période pendant laquelle je suis resté là-bas, je n’ai pas eu de vêtements secs, pas une fois. Nous, on était dans les bois, ceux de Saint-Pierre-Waast pour être exact, pas loin de Rancourt si jamais ça vous dit quelque chose. Alors imaginez ceux qui n’étaient pas autant à l’abri, en dehors des bois. De la boue partout, tout le temps.
On avait pas mal de rats aussi, qui cherchaient à s’abriter, mais aussi à se nourrir. Ces salopiots taillaient dans les sacs de vivres, trouaient nos vêtements, nous amenaient poux et puces. Des fois même, ces fils de putains nous mordaient dans notre sommeil. Nous avions développé des stratagèmes pour nous en débarrasser, ou du moins réduire leur nombre. On avait installé des pièges un peu partout, et certains faisaient même la collection des rats morts. Vous savez Patrick ( Ndla : c’est mon prénom ), j’ai mangé des choses immondes dans ma vie. Mais la viande de rat, c’est une des pires.
En fait, ce n’est pas tellement le goût, mais le fait de s’imaginer que l’on mange la même bestiole qui a sûrement grignoté les orteils des morts gisant quelque part dans la boue. Parce que faut le dire, c’était courant qu’en écopant l’eau de la tranchée, on bute sur quelque chose de dur sous l’eau. Et en général, c’étaient des corps. Mais je m’égare.
Une nuit, pendant mon tour de garde, je marchais dans la tranchée. Il n’avait pas plu, l’eau avait donc laissé place à une couche épaisse de boue. D’ailleurs, j’avais bien du mal à me déplacer rapidement, dans la tranchée. Je vérifiais si tout le monde allait bien, je jetais de temps en temps un coup d’œil discret par-dessus le parapet pour voir si les casques à pointe ne tentaient pas quelque chose, ou si je voyais une tête dépasser de leur tranchée. Ah, j’oublie de vous dire que ces cadavres qu’on trouvait dans l’eau, on les laissait pas en plein milieu du passage. On les avait entassés… je n’aime pas ce mot mais c’est malheureusement le plus représentatif. On les avait entassés donc, à une extrémité de la tranchée. Ils bouchaient le passage, en quelque sorte.
J’arrive donc au niveau de la pile de corps, et du coin de l’œil, je crois voir bouger un bras. Je me tourne vers le monticule de cadavres, un peu désarçonné. Et je ne rêve pas, un corps bouge. Puis un autre. Très vite, je me rends compte que ce ne sont pas les corps qui bougent, mais quelque chose dessous. J’arme mon Berthier (Ndla : Fusil de dotation de l’armée française durant la seconde moitié de la Grande Guerre ) et instinctivement, je mets en joue l’endroit d’où je pense que provient le mouvement. Je m’approche tant bien que mal, mes pieds s’enfonçant dans la boue. Du bout de mon canon, je tâte les corps et j’entends un grognement strident. De surprise ou de terreur, le tir m’échappe, et les corps se soulèvent d'un coup avant de me tomber dessus. Je ne comprends pas tout de suite ce qui m’arrive, mais je me retrouve allongé sur le dos, enfoncé dans la boue par les deux ou trois cadavres qui ont atterri sur moi. Et devant moi, je vois… comme un animal, voûté, qui respire en haletant. Il a la peau noire, et je dis peau parce que ce n’étaient pas des poils, mais bien un cuir. Je pouvais voir ses muscles.
Je m’apprête à hurler, à appeler n’importe quel sous-verge (Ndla : Sous-officier ) qui passerait par là. Mais là, cette chose se relève lentement et se juche sur ses deux pattes arrières. J’ai prié. Enfoncé dans ma boue, j’ai prié. […]C’était debout, et c’était grand. Surtout, ça se tenait parfaitement debout. Pas du tout chancelant comme un ours qui essaierait de se dresser, non non, bien fixe. Ça a enjambé le tas de cadavre et c’est sorti de la tranchée comme vous montez un escalier. »
La description ressemble à s’y méprendre à celle de Michel Augier. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’il ne pouvait pas s’agir d’une coïncidence. Ces deux hommes ont vu la même créature, l’ont décrite et ne se sont jamais rencontrés. J’ai fait quelques recherches, interviewé d’autres vétérans après ça, mais je n’ai plus entendu parler de « nègres fins » ou « bougnats » jusqu’en 1991.
En 1991 donc, j’ai interviewé Pavi Trapanese, vétéran italien de la première guerre mondiale. Il était soldat dans la 52e division d’Alpini, spécialisés dans le combat en milieu montagneux. Comme avec les autres, je n’ai pas abordé tout de suite le cas de ces créatures. Trapanese me racontait donc difficilement ( il avait 95 ans à ce moment-là ) comment il s’était battu pour reprendre le Mont Ortigara, dans la région de Venise. Après plusieurs pauses, j’en suis venu à lui demander s'il avait vu des choses étranges durant la guerre. Tout d’abord, il m'a répondu que non. Il a réfléchi quelques instant, puis m'a à nouveau assuré qu'il n'avait rien vu d’étrange. Alors que je me préparais à mettre un terme à l’entretien pour le laisser se reposer, Pavi Trapanese a semblé avoir un éclat de lucidité. Son regard fixé dans le mien, il m'a dit que si, il se souvenait. Notez que ce qui va suivre est une retranscription de l’enregistrement que j’ai fait à l’époque. Trapanese y parlant en italien, j’ai traduit en français, il se peut qu’il y ait des erreurs.
« A la toute fin… quand nous avons déplacé les corps de nos camarades, mais aussi ceux des austro-hongrois, je me souviens de quelque chose. C’est très fugace, je l’avais presque oublié. Je me souviens d’une image. Je regarde les chariots de cadavres qui descendent dans la vallée, depuis un point en hauteur. A l’orée de la forêt, je vois du mouvement. Le soleil se couche, je ne distingue pas bien ce que c’est. La forêt est dans l’ombre de la montagne. Au départ, je pense à des éclaireurs ou des rescapés austro-hongrois. Je pense ensuite à des ours lorsque je les vois courir à quatre pattes. Il y a un corps qui traîne en bas de la route. Je vois alors d’autres formes sortir des bois, ils sont peut-être cinq ou six. L’un d’eux s’approche du corps, alternant entre cavalcade à quatre pattes et course debout. Il attrape le cadavre, et le tire jusque dans la forêt.
Maintenant que j’y repense, il s’agissait sûrement d’ours. Oui, très certainement. »
A ce moment-là, Pavi Trapanese semblait très épuisé. Je l'ai donc laissé se reposer, en me promettant de revenir dans la semaine pour continuer l’entretien, creuser un peu plus sur cet épisode. Il est mort deux jours plus tard. C’est le dernier vétéran que j’ai interviewé.
Après ça, j’ai peu à peu abandonné mon projet. Je ne sais pas ce que vous en pensez. J’ai fait des recherches, recoupé d’autres interviews de collègues, mais je n’ai rien trouvé. Tout ce que j’ai, ce sont trois témoignages de trois hommes qui ne se connaissaient pas, qui ont manœuvré sur des fronts différents et qui ont pourtant tous trois vu la même chose.
De mon projet, il n’y a plus rien à tirer. Du moins, je n’en espère plus rien. Je poste ça ici dans l’espoir que ce cas vous intéresse et que vous fassiez vos propres recherches. Peut-être ai-je manqué quelque chose que d’autres découvriront. Personnellement, je pense que les réponses à mes questions sont mortes en même temps que les derniers vétérans.
Ma femme m’a beaucoup aidé à monter ce projet. C’est elle qui m’a obtenu la plupart des rendez-vous avec les vétérans, étant donné qu'elle était infirmière en maison de retraite. Du moins, elle m’aidait pour ceux qui se trouvaient dans son établissement. Pour les autres, ceux qui résidaient dans d’autres coins de la France, je me débrouillais seul. Bien souvent, elle me traduisait ce qu’ils disaient, car n’étant guère habitué à leur diction approximative, je ne saisissais rien de ce qu’ils tentaient de me dire. C’était en 1979, j’avais donc 30 ans. La plupart des vétérans étaient déjà octogénaires, et nous avons passé du temps à écouter leurs histoires, recueillir leurs témoignages. Souvent par petites séances, pour les ménager.
Je n’ai vécu aucune guerre, et je ne peux pas imaginer ce que cela a dû être pour ces hommes de raviver de tels souvenirs. Certains se plongeaient dans le mutisme sans crier gare, quand d’autres se mettaient à sursauter au moindre claquement de porte. Nous savions alors qu’il était temps de laisser ces gens se reposer. Il nous fallait néanmoins nous hâter, car la condition de ces hommes n’allait pas en s’arrangeant. Entre 1979 et 1991, j’ai rencontré vingt-trois vétérans de la Première Guerre mondiale. Des français pour la plupart, mais aussi deux allemands et un italien. Et ma femme m’a suivi presque à chaque fois.
Ces hommes avaient déjà été sollicités maintes et maintes fois pour raconter ce qu’ils avaient vécu, pour des documentaires ou des émissions de télévision. En lisant mes interviews aujourd’hui, je me rends compte qu’il n’y a plus grand-chose à en tirer. Tout ce que ces hommes m’ont dit, ils l’ont aussi dit à d’autres qui ont été plus ambitieux que moi, et actuellement, le contenu de mes pages ne comporte plus rien de nouveau qui justifierait qu’on en fasse un documentaire. Malgré tout, j'ai trois interviews qui sortent du lot.
Les trois hommes que j’ai interviewés ont tous évoqué une même chose qu’ils ont décrite presque unanimement. C’étaient deux vétérans français, et un italien. Ils n’étaient pas au même endroit au même moment, et n’étaient pas non plus dans les mêmes régiments ou unités. Ainsi, la première fois que j’ai entendu parler des « nègres fins », c’était en 1982. J’interviewais Michel Augier, qui avait servi à Verdun en 1916, dans le 106e régiment d’infanterie territoriale. Voici le passage en question :
« Michel Augier : […] C’était un sacré bourbier, donc. Mais il n’y avait pas de tirailleurs avec nous, c’est un détail qui a son importance, vous devriez le noter. Dans le coin où on était, vers la côte 304, enfin dans le coin où j’étais moi en tout cas, la visibilité était mauvaise. J’avais trouvé un petit recoin, un renfoncement dans la tranchée et je m’y étais installé. Au-dessus de ma tête on avait disposé des planches, pour s’abriter de la pluie et des shrapnels. Ces planches faisaient une sorte de pont, au dessus de la tranchée. Mais si un imbécile heureux avait eu la bonne idée d’y marcher en dessus, il se serait fait tuer par les allemands.
Une nuit, j’essayais de dormir, un peu plié comme je le pouvais, n’est-ce pas. Je partageais mon trou avec Maurice, un autre soldat qui venait de… je crois qu’il était des Vosges. […]Je l'ai senti bouger à côté de moi et quand je l’ai regardé, il levait la tête par-dessus la tranchée. Je lui ai attrapé la manche pour le faire se coucher et c’est là qu’il m’a dit qu’il avait vu un boche s’approcher. Je me suis levé à mon tour et j’ai jeté un coup d’œil. On avait pas le droit de se servir de nos jumelles parce qu’elles brillaient dans le noir et on aurait été pris à partie. Au premier coup d’œil je n’ai rien vu. Il faisait noir, on voyait juste des lumières oranges dans les tranchées d’en face. C’est qu’il faisait froid aussi, donc les allemands avaient allumé des feux.
Et puis j’ai vu bouger là, dans le noir. C’était pas loin hein, peut-être à cent mètres de nous. J’ai pris mon fusil discrètement et j’ai mis l’intrus en joue, puis j’ai tiré. Bien sûr, ça a réveillé tout le monde et je me suis empressé de replonger dans ma tranchée, vous imaginez. Je pense pas l’avoir touché, mais je suis sûr que c’était pas un boche. Pour être franc, je sais pas ce que c’était. Mais quand j’avais tiré, ça s’était mis à cavaler à quatre pattes alors que c’était debout avant la seconde d'avant. Et ça courait pas comme un chien ou quoi que ce soit d’autre. C’était debout comme votre femme là, puis d’un coup à quatre pattes. Je pense que Maurice et moi avons été les seuls à le voir parce que si quelqu’un d’autre l’avait vu, il l’aurait aligné tout comme. »
Ne sachant trop si Michel Augier me racontait un souvenir déformé par le temps ou une affabulation, je lui ai demandé sans conviction de me décrire cette chose. J’étais à ce moment-là persuadé que c’était un animal. Il faisait noir, Michel l’avait dit. Et puis, il n’avait pas regardé longtemps, il aurait été abattu sinon. Tout laissait place à l’erreur.
« Michel Augier : Oh bah ça, vous m’en demandez de bien bonnes aujourd’hui ! Bon… c’était plutôt gringalet, n’est-ce pas. C’était noir, mais je ne saurais pas vous dire si c’étaient des poils, des plumes ou quoi que ce soit d'autre. Ç'avait deux bras et deux jambes. Et lorsque cette chose s'est mise à courir, elle avait le dos voûté. Quand on en a parlé avec les autres, ils nous ont dit que c’était surement un sénégalais qui était devenu fou. Ça nous a bien fait rire sur le moment, mais on avait pas de tirailleurs dans notre coin, ils étaient bien plus bas sur le front. On a quand même gardé cette version-là parce qu’elle nous faisait rire. On a appelé ça un nègre fin. Nègre parce que c’était noir et fin parce que c’était gringalet. »
En sortant, j’ai mis toute la fin de l’interview entre parenthèses, parce que je pensais qu’elle ne me serait pas utile pour mon projet. Pour moi, encore une fois, malgré tout le respect et l’admiration que je portais à Michel Augier, il ne s’agissait là que d’une interprétation farfelue et biaisée par l’enfer des tranchées d’une rencontre avec un animal.
En 1983, presque un an plus tard, j’interviewais Jean-Eugène Servant, près de Bordeaux. Âgé de 82 ans, il avait servi à Verdun mais également pendant la bataille de la Somme, au sein du 418e régiment d’infanterie. Après qu'il m'a raconté en détail son expérience de ces deux grandes batailles, je lui ai demandé à tout hasard et sans trop de conviction s'il avait déjà entendu parler de « nègres fins ». Je lui ai décrit sommairement le témoignage de Michel Augier. Jean-Eugène paraissait mal à l’aise, presque honteux. Finalement, il a acquiescé. Lui les avait appelés les « bougnats ». Un bougnat était un marchand de charbon, il a donc rapproché la couleur de ces choses à celle du charbon.
« J-E Servant : […] Après ça, nous nous sommes enterrés dans les bois. C’était en novembre et on avait un temps exécrable. Parfois même, on écopait nos trous avec nos quarts ( Ndla : un quart est une tasse métallique dont le militaire se sert pour boire ou manger ), on faisait ce qu’on pouvait mais le confort était aux abonnés absents. Je crois que pendant toute la période pendant laquelle je suis resté là-bas, je n’ai pas eu de vêtements secs, pas une fois. Nous, on était dans les bois, ceux de Saint-Pierre-Waast pour être exact, pas loin de Rancourt si jamais ça vous dit quelque chose. Alors imaginez ceux qui n’étaient pas autant à l’abri, en dehors des bois. De la boue partout, tout le temps.
On avait pas mal de rats aussi, qui cherchaient à s’abriter, mais aussi à se nourrir. Ces salopiots taillaient dans les sacs de vivres, trouaient nos vêtements, nous amenaient poux et puces. Des fois même, ces fils de putains nous mordaient dans notre sommeil. Nous avions développé des stratagèmes pour nous en débarrasser, ou du moins réduire leur nombre. On avait installé des pièges un peu partout, et certains faisaient même la collection des rats morts. Vous savez Patrick ( Ndla : c’est mon prénom ), j’ai mangé des choses immondes dans ma vie. Mais la viande de rat, c’est une des pires.
En fait, ce n’est pas tellement le goût, mais le fait de s’imaginer que l’on mange la même bestiole qui a sûrement grignoté les orteils des morts gisant quelque part dans la boue. Parce que faut le dire, c’était courant qu’en écopant l’eau de la tranchée, on bute sur quelque chose de dur sous l’eau. Et en général, c’étaient des corps. Mais je m’égare.
Une nuit, pendant mon tour de garde, je marchais dans la tranchée. Il n’avait pas plu, l’eau avait donc laissé place à une couche épaisse de boue. D’ailleurs, j’avais bien du mal à me déplacer rapidement, dans la tranchée. Je vérifiais si tout le monde allait bien, je jetais de temps en temps un coup d’œil discret par-dessus le parapet pour voir si les casques à pointe ne tentaient pas quelque chose, ou si je voyais une tête dépasser de leur tranchée. Ah, j’oublie de vous dire que ces cadavres qu’on trouvait dans l’eau, on les laissait pas en plein milieu du passage. On les avait entassés… je n’aime pas ce mot mais c’est malheureusement le plus représentatif. On les avait entassés donc, à une extrémité de la tranchée. Ils bouchaient le passage, en quelque sorte.
J’arrive donc au niveau de la pile de corps, et du coin de l’œil, je crois voir bouger un bras. Je me tourne vers le monticule de cadavres, un peu désarçonné. Et je ne rêve pas, un corps bouge. Puis un autre. Très vite, je me rends compte que ce ne sont pas les corps qui bougent, mais quelque chose dessous. J’arme mon Berthier (Ndla : Fusil de dotation de l’armée française durant la seconde moitié de la Grande Guerre ) et instinctivement, je mets en joue l’endroit d’où je pense que provient le mouvement. Je m’approche tant bien que mal, mes pieds s’enfonçant dans la boue. Du bout de mon canon, je tâte les corps et j’entends un grognement strident. De surprise ou de terreur, le tir m’échappe, et les corps se soulèvent d'un coup avant de me tomber dessus. Je ne comprends pas tout de suite ce qui m’arrive, mais je me retrouve allongé sur le dos, enfoncé dans la boue par les deux ou trois cadavres qui ont atterri sur moi. Et devant moi, je vois… comme un animal, voûté, qui respire en haletant. Il a la peau noire, et je dis peau parce que ce n’étaient pas des poils, mais bien un cuir. Je pouvais voir ses muscles.
Je m’apprête à hurler, à appeler n’importe quel sous-verge (Ndla : Sous-officier ) qui passerait par là. Mais là, cette chose se relève lentement et se juche sur ses deux pattes arrières. J’ai prié. Enfoncé dans ma boue, j’ai prié. […]C’était debout, et c’était grand. Surtout, ça se tenait parfaitement debout. Pas du tout chancelant comme un ours qui essaierait de se dresser, non non, bien fixe. Ça a enjambé le tas de cadavre et c’est sorti de la tranchée comme vous montez un escalier. »
La description ressemble à s’y méprendre à celle de Michel Augier. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’il ne pouvait pas s’agir d’une coïncidence. Ces deux hommes ont vu la même créature, l’ont décrite et ne se sont jamais rencontrés. J’ai fait quelques recherches, interviewé d’autres vétérans après ça, mais je n’ai plus entendu parler de « nègres fins » ou « bougnats » jusqu’en 1991.
En 1991 donc, j’ai interviewé Pavi Trapanese, vétéran italien de la première guerre mondiale. Il était soldat dans la 52e division d’Alpini, spécialisés dans le combat en milieu montagneux. Comme avec les autres, je n’ai pas abordé tout de suite le cas de ces créatures. Trapanese me racontait donc difficilement ( il avait 95 ans à ce moment-là ) comment il s’était battu pour reprendre le Mont Ortigara, dans la région de Venise. Après plusieurs pauses, j’en suis venu à lui demander s'il avait vu des choses étranges durant la guerre. Tout d’abord, il m'a répondu que non. Il a réfléchi quelques instant, puis m'a à nouveau assuré qu'il n'avait rien vu d’étrange. Alors que je me préparais à mettre un terme à l’entretien pour le laisser se reposer, Pavi Trapanese a semblé avoir un éclat de lucidité. Son regard fixé dans le mien, il m'a dit que si, il se souvenait. Notez que ce qui va suivre est une retranscription de l’enregistrement que j’ai fait à l’époque. Trapanese y parlant en italien, j’ai traduit en français, il se peut qu’il y ait des erreurs.
« A la toute fin… quand nous avons déplacé les corps de nos camarades, mais aussi ceux des austro-hongrois, je me souviens de quelque chose. C’est très fugace, je l’avais presque oublié. Je me souviens d’une image. Je regarde les chariots de cadavres qui descendent dans la vallée, depuis un point en hauteur. A l’orée de la forêt, je vois du mouvement. Le soleil se couche, je ne distingue pas bien ce que c’est. La forêt est dans l’ombre de la montagne. Au départ, je pense à des éclaireurs ou des rescapés austro-hongrois. Je pense ensuite à des ours lorsque je les vois courir à quatre pattes. Il y a un corps qui traîne en bas de la route. Je vois alors d’autres formes sortir des bois, ils sont peut-être cinq ou six. L’un d’eux s’approche du corps, alternant entre cavalcade à quatre pattes et course debout. Il attrape le cadavre, et le tire jusque dans la forêt.
Maintenant que j’y repense, il s’agissait sûrement d’ours. Oui, très certainement. »
A ce moment-là, Pavi Trapanese semblait très épuisé. Je l'ai donc laissé se reposer, en me promettant de revenir dans la semaine pour continuer l’entretien, creuser un peu plus sur cet épisode. Il est mort deux jours plus tard. C’est le dernier vétéran que j’ai interviewé.
Après ça, j’ai peu à peu abandonné mon projet. Je ne sais pas ce que vous en pensez. J’ai fait des recherches, recoupé d’autres interviews de collègues, mais je n’ai rien trouvé. Tout ce que j’ai, ce sont trois témoignages de trois hommes qui ne se connaissaient pas, qui ont manœuvré sur des fronts différents et qui ont pourtant tous trois vu la même chose.
De mon projet, il n’y a plus rien à tirer. Du moins, je n’en espère plus rien. Je poste ça ici dans l’espoir que ce cas vous intéresse et que vous fassiez vos propres recherches. Peut-être ai-je manqué quelque chose que d’autres découvriront. Personnellement, je pense que les réponses à mes questions sont mortes en même temps que les derniers vétérans.
La première des trois creepypastas ayant remporté le concours d'Halloween a être publiée, écrite par Atepomaros et portant sur le thème "Monstres". Le tout mis en valeur par une dimension historique qui n'a d'ailleurs pas été pour déplaire à nos votants. Encore félicitations à lui !
lundi 25 mars 2019
Le centre
Qu’y a t-il de plus beau que l'amour en ce bas monde ? Je n'ai pas la réponse.
Cette histoire commence il y a de cela presque deux ans; je venais de finir mes études quand, lors d'une soirée pour fêter l'obtention de notre diplôme avec ma promo, je la vis. Elle était là, assise au bar, un verre à la main. Au moment où nos regard se sont croisés, nous savions que nous allions passer beaucoup de temps ensemble. Et cela ne manqua pas, après deux semaines à nous voir presque tous les jours Lisa et moi étions un couple.
Tout allait pour le mieux, nous passions du temps ensemble, sortions, nous étions épanouis. J'étais persuadé que cela allait durer toujours… si seulement.
Après six mois de pur bonheur, notre monde s'écroula. Lisa, suite à de nombreuses migraines consulta un médecin, qui l'envoya vers d'autres médecins qui transmirent encore son cas à d'autres médecins... Jusqu'à ce que le verdict tombe : tumeur en phase terminale au niveau du tronc cérébral, son mal était incurable.
Suite à cette nouvelle, ma Lisa, celle dont j'étais tombé amoureux changea du tout au tout, elle qui était si pétillante, si joviale, si heureuse de vivre, sombra dans une profonde dépression. Elle ne mangeait ni ne dormait presque plus, ne voulait plus sortir et restait cloîtrée presque toute la journée dans un lourd silence. J'essayais de toute mon âme de lui remonter le moral, de la faire se sentir mieux, de la rassurer, mais rien n'y faisait. Elle restait chez elle cherchant un moyen de se soigner, elle envoya des mails à des laboratoires pour des traitements expérimentaux, mais recevait à chaque fois la même réponse :
" Nous sommes au regret de vous annoncer que, sur examen de votre dossier, nous sommes dans l’impossibilité de donner suite à votre demande pour notre traitement, votre tumeur étant trop avancée. Veuillez croire à notre sincère soutien pour cette difficile épreuve."
Après différentes analyses les médecins lui annoncèrent qu'elle avait tout au plus un an à vivre, ce qui acheva ses derniers espoirs. Pourtant, un jour, environ deux mois après le diagnostic, Lisa reçut le mail d'un laboratoire, qui lui disait qu'ils avaient peut-être un traitement pour elle malgré l'état avancé de sa maladie. Elle était folle de joie, mais j'examinai tout de même ce mail de plus près. Bien que très heureux de la nouvelle, je ne pouvais m’empêcher de penser que c'était trop beau pour être vrai. La cure impliquait qu’elle devait, durant une période comprise entre 4 et 8 mois, rester dans un centre ou elle serait soignée. J'avais un peu peur de la laisser seule dans un endroit rempli de malades, au vu de son état psychologique plus que fragile; De plus, ce n'était pas vraiment proche de notre ville. Le soir même je faisais mes petites recherches sur ce centre, je n'ai presque rien trouvé, à part le fait qu’ il venait d'ouvrir et qu'il avait toutes les autorisations pour exercer la médecine.
Le lendemain de ce fameux mail et après une longue conversation à propos du centre, j'ai donné mon approbation à Lisa; elle s'empressa de leur répondre qu'elle était d'accord pour subir le traitement expérimental. A partir de ce jour tout s'enchaîna assez vite, elle partit pour le centre la semaine suivante et les mois s'écoulèrent. Je n'avais le droit qu'à une visite par mois, pour "ne pas altérer le déroulement du traitement" ce qui me semblait assez bizarre. J'ai aussi demandé lors d'une de mes visites à un médecin en quoi ce traitement consistait, il m'a simplement dit que c'était révolutionnaire, mais que, comme c’était expérimental, il ne pouvait rien me dire de plus. Je trouvais cela assez étrange, ce qui m'inquiétais le plus restait Lisa, elle avait l'air d'aller mieux mais avait quelque chose de changé… J’ai pensé que c'était un mal pour un bien.
Au bout de 6 mois de traitement, Lisa m'appela pour me dire qu'elle était enfin guérie et qu'elle pourrait rentrer deux semaines plus tard. J'étais fou de joie à l'idée de retrouver la femme que j'aimais, avec sa joie de vivre. Une fois rentrée, tous mes doutes sur le centre s'envolaient, Lisa était guérie et redevenue la même qu'avant la maladie. Mais au bout d'un mois il se passa quelque chose d'étrange.
Alors que nous rentrions d'une soirée chez des amis, Lisa alla se changer dans la salle de bain, c'est là qu'à travers la porte je l'entendis parler à quelqu'un. Au début je pensais qu'elle passait un coup de fil, mais en regardant dans l'encadrement de la porte je la vis parler à son reflet. Surpris j'entrai alors dans la salle de bain en lui demandant si tout allait bien, et à ce moment là elle entra dans un colère noire en disant qu'elle était guérie, que je ne lui faisait pas confiance et que je n'avais pas confiance dans le centre. J’essayais a maintes reprises de désamorcer la situation, mais rien n'y faisait.
Pourtant, le lendemain de cette violente dispute tout ce passa normalement, comme si elle n’avait jamais eu lieu. Mais plus les jours passaient, plus Lisa changeait, elle devenait agressive, parlait toute seule, parfois même avec des mots incompréhensibles. J’essayais parfois de lui en parler mais elle se mettait à nouveau en colère. Je ne savais plus quoi faire, son comportement devenait de plus en plus inquiétant, incontrôlable. Elle mangeait la viande crue, reniflait à chaque fois la nourriture et elle qui d'habitude prenait toujours soin d'elle, ne faisait plus aucun effort sur son apparence. J'étais vraiment effrayé. Si je disais quoi que ce soit qui puisse la contrarier, elle me grognait dessus comme un animal.
Un soir, n’y tenant plus, j'ai appelé le centre. Je leur ai raconté ce qui se passait et ils m'ont affirmé que le traitement ne causait pas ce genre d'effets secondaires, qu'ils ne pouvaient rien pour moi. Au fond de moi j'étais persuadé qu'ils mentaient, mais je ne pouvais rien prouver. J'ai essayé d'informer la police de la situation, et du fait que je soupçonnais le centre de cacher des choses mais ils m'ont ri au nez.
Je suis resté 3 mois avec Lisa, à essayer de la convaincre de se faire soigner, mais un jour, après une énième dispute, elle se jeta sur moi et, avec une force surhumaine, elle me plaqua au sol avant de me mordre au bras, y arrachant un morceau de chair. Le soir même, pendant son sommeil, je fis mes affaires et allai chez un ami passer la nuit.
Depuis ce soir là je ne suis plus jamais allé chez elle et n'ai plus pris de nouvelles, traumatisé par cette expérience. Si je vous raconte tout ceci c'est pour une raison, ce matin dans le journal, un article parlait de ce fameux centre. Il était dit qu'un culte pratiquait des expériences sur les patients au sein même de l'établissement, que tous les coupables n’avaient pas été arrêtés, que certains avaient réussi à s'échapper avant l’arrivée de la police.
Alors si un jour vous êtes malade et qu'un centre sorti de nulle part vous propose un traitement, refusez. C’est pour votre bien et celui de vos proches.
Cette histoire commence il y a de cela presque deux ans; je venais de finir mes études quand, lors d'une soirée pour fêter l'obtention de notre diplôme avec ma promo, je la vis. Elle était là, assise au bar, un verre à la main. Au moment où nos regard se sont croisés, nous savions que nous allions passer beaucoup de temps ensemble. Et cela ne manqua pas, après deux semaines à nous voir presque tous les jours Lisa et moi étions un couple.
Tout allait pour le mieux, nous passions du temps ensemble, sortions, nous étions épanouis. J'étais persuadé que cela allait durer toujours… si seulement.
Après six mois de pur bonheur, notre monde s'écroula. Lisa, suite à de nombreuses migraines consulta un médecin, qui l'envoya vers d'autres médecins qui transmirent encore son cas à d'autres médecins... Jusqu'à ce que le verdict tombe : tumeur en phase terminale au niveau du tronc cérébral, son mal était incurable.
Suite à cette nouvelle, ma Lisa, celle dont j'étais tombé amoureux changea du tout au tout, elle qui était si pétillante, si joviale, si heureuse de vivre, sombra dans une profonde dépression. Elle ne mangeait ni ne dormait presque plus, ne voulait plus sortir et restait cloîtrée presque toute la journée dans un lourd silence. J'essayais de toute mon âme de lui remonter le moral, de la faire se sentir mieux, de la rassurer, mais rien n'y faisait. Elle restait chez elle cherchant un moyen de se soigner, elle envoya des mails à des laboratoires pour des traitements expérimentaux, mais recevait à chaque fois la même réponse :
" Nous sommes au regret de vous annoncer que, sur examen de votre dossier, nous sommes dans l’impossibilité de donner suite à votre demande pour notre traitement, votre tumeur étant trop avancée. Veuillez croire à notre sincère soutien pour cette difficile épreuve."
Après différentes analyses les médecins lui annoncèrent qu'elle avait tout au plus un an à vivre, ce qui acheva ses derniers espoirs. Pourtant, un jour, environ deux mois après le diagnostic, Lisa reçut le mail d'un laboratoire, qui lui disait qu'ils avaient peut-être un traitement pour elle malgré l'état avancé de sa maladie. Elle était folle de joie, mais j'examinai tout de même ce mail de plus près. Bien que très heureux de la nouvelle, je ne pouvais m’empêcher de penser que c'était trop beau pour être vrai. La cure impliquait qu’elle devait, durant une période comprise entre 4 et 8 mois, rester dans un centre ou elle serait soignée. J'avais un peu peur de la laisser seule dans un endroit rempli de malades, au vu de son état psychologique plus que fragile; De plus, ce n'était pas vraiment proche de notre ville. Le soir même je faisais mes petites recherches sur ce centre, je n'ai presque rien trouvé, à part le fait qu’ il venait d'ouvrir et qu'il avait toutes les autorisations pour exercer la médecine.
Le lendemain de ce fameux mail et après une longue conversation à propos du centre, j'ai donné mon approbation à Lisa; elle s'empressa de leur répondre qu'elle était d'accord pour subir le traitement expérimental. A partir de ce jour tout s'enchaîna assez vite, elle partit pour le centre la semaine suivante et les mois s'écoulèrent. Je n'avais le droit qu'à une visite par mois, pour "ne pas altérer le déroulement du traitement" ce qui me semblait assez bizarre. J'ai aussi demandé lors d'une de mes visites à un médecin en quoi ce traitement consistait, il m'a simplement dit que c'était révolutionnaire, mais que, comme c’était expérimental, il ne pouvait rien me dire de plus. Je trouvais cela assez étrange, ce qui m'inquiétais le plus restait Lisa, elle avait l'air d'aller mieux mais avait quelque chose de changé… J’ai pensé que c'était un mal pour un bien.
Au bout de 6 mois de traitement, Lisa m'appela pour me dire qu'elle était enfin guérie et qu'elle pourrait rentrer deux semaines plus tard. J'étais fou de joie à l'idée de retrouver la femme que j'aimais, avec sa joie de vivre. Une fois rentrée, tous mes doutes sur le centre s'envolaient, Lisa était guérie et redevenue la même qu'avant la maladie. Mais au bout d'un mois il se passa quelque chose d'étrange.
Alors que nous rentrions d'une soirée chez des amis, Lisa alla se changer dans la salle de bain, c'est là qu'à travers la porte je l'entendis parler à quelqu'un. Au début je pensais qu'elle passait un coup de fil, mais en regardant dans l'encadrement de la porte je la vis parler à son reflet. Surpris j'entrai alors dans la salle de bain en lui demandant si tout allait bien, et à ce moment là elle entra dans un colère noire en disant qu'elle était guérie, que je ne lui faisait pas confiance et que je n'avais pas confiance dans le centre. J’essayais a maintes reprises de désamorcer la situation, mais rien n'y faisait.
Pourtant, le lendemain de cette violente dispute tout ce passa normalement, comme si elle n’avait jamais eu lieu. Mais plus les jours passaient, plus Lisa changeait, elle devenait agressive, parlait toute seule, parfois même avec des mots incompréhensibles. J’essayais parfois de lui en parler mais elle se mettait à nouveau en colère. Je ne savais plus quoi faire, son comportement devenait de plus en plus inquiétant, incontrôlable. Elle mangeait la viande crue, reniflait à chaque fois la nourriture et elle qui d'habitude prenait toujours soin d'elle, ne faisait plus aucun effort sur son apparence. J'étais vraiment effrayé. Si je disais quoi que ce soit qui puisse la contrarier, elle me grognait dessus comme un animal.
Un soir, n’y tenant plus, j'ai appelé le centre. Je leur ai raconté ce qui se passait et ils m'ont affirmé que le traitement ne causait pas ce genre d'effets secondaires, qu'ils ne pouvaient rien pour moi. Au fond de moi j'étais persuadé qu'ils mentaient, mais je ne pouvais rien prouver. J'ai essayé d'informer la police de la situation, et du fait que je soupçonnais le centre de cacher des choses mais ils m'ont ri au nez.
Je suis resté 3 mois avec Lisa, à essayer de la convaincre de se faire soigner, mais un jour, après une énième dispute, elle se jeta sur moi et, avec une force surhumaine, elle me plaqua au sol avant de me mordre au bras, y arrachant un morceau de chair. Le soir même, pendant son sommeil, je fis mes affaires et allai chez un ami passer la nuit.
Depuis ce soir là je ne suis plus jamais allé chez elle et n'ai plus pris de nouvelles, traumatisé par cette expérience. Si je vous raconte tout ceci c'est pour une raison, ce matin dans le journal, un article parlait de ce fameux centre. Il était dit qu'un culte pratiquait des expériences sur les patients au sein même de l'établissement, que tous les coupables n’avaient pas été arrêtés, que certains avaient réussi à s'échapper avant l’arrivée de la police.
Alors si un jour vous êtes malade et qu'un centre sorti de nulle part vous propose un traitement, refusez. C’est pour votre bien et celui de vos proches.
lundi 18 février 2019
Des lumières au loin
Une nuit, un jeune homme
souffrant d'insomnie tentait de trouver le sommeil. Les minutes
passaient, la nuit s'avançait et il était toujours éveillé. Impatient,
il s'est mis sur le côté, en direction de sa fenêtre. Remarquant les
lumières de deux lampadaires au bout de la rue, il a alors eu l'idée de
fixer ces points lointains jusqu'à tomber de sommeil - ce qu'il est
parvenu à faire peu après.
La nuit suivante, ses troubles du sommeil le retenaient à nouveau de s'endormir. Se rappelant du remède qu'il avait essayé la veille, il s'est mis à nouveau sur le côté, à la recherche des deux lampadaires. Les lumières étaient là ; en quelques minutes, il sombrait dans un sommeil réparateur.
Le lendemain, son insomnie était de retour, mais il savait ce qu'il avait à faire : se tourner vers la fenêtre, et regarder les lumières. Ce soir-là, elles clignotaient par moments. Le jeune homme a supposé que les lampes allaient bientôt claquer. Et par chance, c'est au moment où ses paupières se fermaient que les lumières ont cessé de fonctionner.
L'homme s'est réveillé le lendemain matin, revigoré. En se levant de son lit, il s'est dirigé vers la fenêtre pour voir les lampadaires et peut-être apercevoir, par chance, le technicien venu changer les ampoules.
Cependant, en regardant par la fenêtre, il s'est aperçu de quelque chose d'étrange. Il n'y avait pas de lampadaires au bout de la rue.
Le jeune homme s'est encore rapproché pour s'assurer qu'il avait bien vu. Mais les lampadaires n'étaient nulle part.
Puis, ses yeux ont dérivé vers le rebord de la fenêtre, dont l'encadrement portait des marques qu'on aurait cru appartenir à de petites griffes.
Les nuits suivantes, son insomnie a empiré.
La nuit suivante, ses troubles du sommeil le retenaient à nouveau de s'endormir. Se rappelant du remède qu'il avait essayé la veille, il s'est mis à nouveau sur le côté, à la recherche des deux lampadaires. Les lumières étaient là ; en quelques minutes, il sombrait dans un sommeil réparateur.
Le lendemain, son insomnie était de retour, mais il savait ce qu'il avait à faire : se tourner vers la fenêtre, et regarder les lumières. Ce soir-là, elles clignotaient par moments. Le jeune homme a supposé que les lampes allaient bientôt claquer. Et par chance, c'est au moment où ses paupières se fermaient que les lumières ont cessé de fonctionner.
L'homme s'est réveillé le lendemain matin, revigoré. En se levant de son lit, il s'est dirigé vers la fenêtre pour voir les lampadaires et peut-être apercevoir, par chance, le technicien venu changer les ampoules.
Cependant, en regardant par la fenêtre, il s'est aperçu de quelque chose d'étrange. Il n'y avait pas de lampadaires au bout de la rue.
Le jeune homme s'est encore rapproché pour s'assurer qu'il avait bien vu. Mais les lampadaires n'étaient nulle part.
Puis, ses yeux ont dérivé vers le rebord de la fenêtre, dont l'encadrement portait des marques qu'on aurait cru appartenir à de petites griffes.
Les nuits suivantes, son insomnie a empiré.
Traduction : Tripoda
source
vendredi 15 février 2019
Compte jusqu'à cinq
Temps approximatif de lecture : 1 minute.
Un jour d'hiver, quatre étudiants du club d'alpinisme s'étaient perdus en montagne et s'étaient retrouvés en pleine tempête de neige. Par chance, ils avaient réussi à trouver une cahute abandonnée sur leur chemin.
lundi 21 janvier 2019
Hyper-Cola
Je préfère ne pas parler de l’époque où je travaillais pour Coca-Cola, cependant, je pense que c’est mon devoir de révéler les petits secrets de cette entreprise démoniaque. Quand j’y travaillait, ils étaient prêts à tourmenter les gens, les utiliser comme des marionnettes, les torturer ou même les tuer. Tout ça pour être sûr que l’entreprise reste en tête. Il y a quelque année, aux alentours de 2009, j’étais félicité par mes supérieurs pour mes compétences et ma détermination. Le manager de notre département, m’a donné une promotion et m’a mis en charge du nouveau projet qu’on testait. Le projet s’appelait « Hyper Cola ». A cette époque, les boissons énergisantes gagnaient en popularité, et Coca-Cola n’avait pas de boissons pour faire de la concurrence dans ce domaine. Hyper-Cola était là pour palier à ça.
Je ne savait pas vraiment les ingrédients qui composaient Hyper Cola, vu que je m’occupais principalement de la partie marketing. Cependant, j’étais sûr d’une chose, le but était de faire une boisson énergisante vraiment addictive. Après un entretient avec l’équipe de développement, nous sommes arrivés à la conclusion que la dernière chose qui nous restait à faire était de recueillir l’opinion des fans. Nous voulions rassembler une grande variété de personnes afin qu’ils puissent gouter à cette nouvelle boisson. Il y avait des gens de tout type, des plus vieux aux plus jeunes, des plus minces aux plus gros, et des plus petits aux plus grands... C’était nos bêta testeurs. Alors qu’ils dégustaient leurs sodas, ils avaient tous l’air enchantés. Après le test de dégustation, nous avons placé nos quinze bêta testeurs dans une pièce. Cette pièce était entièrement récréative. Dans la pièce il y avait deux paniers de basketball, des toboggans, et il y avait même des frisbees. La pièce était très vaste, il y avait beaucoup d’espace pour faire de l’exercice. Nous regardions tous derrière la vitre sans teint avec beaucoup d’intérêt pour voir à quel point Hyper Cola les rendaient actifs.
Les vieilles personnes marchaient rapidement, leur dos semblait plus droit, ils avaient l’air beaucoup plus actifs, les plus jeunes quant à eux, sautaient partout, il n’y en avait qu’un seul qui s’était mis face à un mur et qui le regardait fixement. C’était vraiment spectaculaire, la boisson semblait fonctionner sur tout le monde. Très rapidement, un des couples de personnes âgée, ont fait un footing. Un groupe d’enfants s’amusaient avec les frisbees, et deux hommes qui devait avoir la quarantaine s’amusaient à faire de la lutte. Puis, il y avait maintenant deux personnes face au mur. Leur dos tourné vers nous. La deuxième personne qui s’était mise à côté du jeune enfant face au mur, devait avoir la soixantaine. Ils étaient tous les deux très petits. Ils étaient penchés en avant et avait l’air sans vie. Moi et le groupe de scientifiques, on se demandait s’ils n’avaient pas été épuisé par la boisson, ou s’ils n’avaient pas décidé de faire une pause. On n’en était pas sûr, mais j’avais un mauvais pressentiment, je savais que quelque chose n’allait pas. On a décidé d’envoyer un des scientifiques pour vérifier s’ils allaient bien.
Alors qu’il marchait à travers la pièce, tous les bêta testeurs avaient l’air de se fatiguer au fur et à mesure. En effet, avant qu’il n’arrive vers le mur où se trouvait les deux autres, on a remarqué qu’un troisième les avait rejoints. On aurait dit que leur attitude se propageait parmi les autres. Une fois que le scientifique a rejoint le groupe de bêta testeur, on s’est tous concentré sur cet endroit. Il a levé sa main, pour toucher l’épaule d’une jeune fille, puis a dit : « Mademoiselle, tout va bien ? ».
La jeune fille s’est tournée. Son apparence était déconcertante, elle regardait le scientifique droit dans les yeux et le fixait avec ses yeux bombés de sang. Puis, elle s’est mise à se lécher la main qui était devenue complètement pâle avec une teinte verdâtre.
Elle a souri, d’un sourire si grand que j’avais l’impression qu’il allait d’un côté à l’autre de son visage, ses paupières se sont agrandies, et ses pupilles se sont élargies au point de toucher les bordures de ses yeux. Tout ce qu’elle a pu prononcer avec sa bouche c’était les mots « Aidez-moi ». Sa voix était tremblante. Et d’un coup, elle s’est effondrée sur le sol. Pendant ce temps-là, d’autres personnes ont rejoint les gens face au mur. Tous les employés se sont alors précipités dans la pièce pour les mettre en quarantaine. Une fois en isolation, tous les bêta testeurs infectés semblaient de plus en plus à l’article de la mort. Leur peau était dénuée de couleur, et beaucoup d’entre eux vomissaient une substance jaune fluo, épaisse, et visqueuse. Ils ont ensuite commencé à dire des choses qui n’avaient pas de sens, et à se comporter de façon complètement étrange.
Un des bêta testeur, a commencé à gratter violemment au mur de façon frénétique. Il semblait ne pas savoir ce qu’il faisait, et avait l’air d’avoir peur pour sa vie. Ses lèvres gercées, se sont ouverte pour révéler des dents détériorées, alors qu’il hurlait « Aidez-moi ! Aidez-moi ! » il continuait à gratter le mur jusqu’à ce que ses ongles commencent à se détacher de la chair de ses doigts. Quelques-uns des employés se sont dépêché et lui ont attaché les mains dans le dos. Mais dans ce court laps de temps, on pouvait voir les os de ses doigts. Sa peau était détachée de l’os, et le reste de ses mains étaient couverte de sang. Il avait l’air de vraiment vouloir finir ce qu’il avait commencé.
Je me suis tourné pour regarder le reste des bêta testeurs, et ils semblaient tous sombrer petit à petit dans la folie. Ils avaient l’air de tous chercher quelque chose à travers la pièce, et d’être couverts de sueur. Après un jour ou deux, notre équipe médicale a procédé à des tests sur eux. Après des examens approfondis, ils ont confirmé qu’une substance inconnue qui se trouvait à l’intérieur de la boisson énergisante, avait conduit à la décomposition accélérée des bêta-testeurs. Cependant, ils avaient déterminé que la seule chose qui les gardait en vie, était la forte dose de produit énergisants qui se trouvait dans les boissons. Les docteurs ont affirmé qu’ils allaient pouvoir régler le problème. Cependant, les effets secondaires allaient rester de façon latente chez les bêta testeurs.
Rapidement, les scientifiques de notre entreprise ont fait plusieurs tests sur l’Hyper Cola, pour trouver ce qui avait causé cette horrible réaction. Malheureusement, il n’y avait aucune explication. Aucune preuve de quoi que ce soit. L’entreprise n’a pas eu d’autres choix que de libérer les patients sans savoir ce qu’ils avaient exactement. A ma grande surprise, aucun d’entres eux ne se souvenaient de ce qu’il s’était passé. Et dés le lendemain, ils nous ont à tous fait signer un long contrat de confidentialité qui nous empêchait de dire le moindre mot, même entre nous, sur ce qui s’était passé les jours d’avant. Mais la curiosité l’a emporté sur ma raison, j’ai essayé de retrouver les patients. Et j’ai réussi à les retrouver. Ils étaient tous déclarés morts. C’était effrayant, et le pire c’est qu’ils étaient tous morts le même jour. Ce qui m’a le plus choqué, c’est quand j’ai réalisé que la date de leur mort correspondait à la date d’expiration des bouteilles d’Hyper Cola qui leur a été fournie.
Bien sûr, le projet a par la suite été complètement abandonné. L’entreprise a tout fait pour se protéger, et avec les moyens qu’ils avaient, ça n’a pas été dur. Coca Cola a rapidement effacé toute trace d’Hyper Cola, et les spéculations sur l’arrivée d’un nouveau produit ont été rapidement classifiée comme étant des rumeurs. Comme je vous l’ai dit, je sais que je prends un risque énorme en parlant de ça. Car à part moi, personne d’autre ne l’a fait. Je ne serais pas étonné si un jour cette vidéo disparaît. Mais pire encore, je ne serait pas étonné de disparaître avant elle.
Je ne savait pas vraiment les ingrédients qui composaient Hyper Cola, vu que je m’occupais principalement de la partie marketing. Cependant, j’étais sûr d’une chose, le but était de faire une boisson énergisante vraiment addictive. Après un entretient avec l’équipe de développement, nous sommes arrivés à la conclusion que la dernière chose qui nous restait à faire était de recueillir l’opinion des fans. Nous voulions rassembler une grande variété de personnes afin qu’ils puissent gouter à cette nouvelle boisson. Il y avait des gens de tout type, des plus vieux aux plus jeunes, des plus minces aux plus gros, et des plus petits aux plus grands... C’était nos bêta testeurs. Alors qu’ils dégustaient leurs sodas, ils avaient tous l’air enchantés. Après le test de dégustation, nous avons placé nos quinze bêta testeurs dans une pièce. Cette pièce était entièrement récréative. Dans la pièce il y avait deux paniers de basketball, des toboggans, et il y avait même des frisbees. La pièce était très vaste, il y avait beaucoup d’espace pour faire de l’exercice. Nous regardions tous derrière la vitre sans teint avec beaucoup d’intérêt pour voir à quel point Hyper Cola les rendaient actifs.
Les vieilles personnes marchaient rapidement, leur dos semblait plus droit, ils avaient l’air beaucoup plus actifs, les plus jeunes quant à eux, sautaient partout, il n’y en avait qu’un seul qui s’était mis face à un mur et qui le regardait fixement. C’était vraiment spectaculaire, la boisson semblait fonctionner sur tout le monde. Très rapidement, un des couples de personnes âgée, ont fait un footing. Un groupe d’enfants s’amusaient avec les frisbees, et deux hommes qui devait avoir la quarantaine s’amusaient à faire de la lutte. Puis, il y avait maintenant deux personnes face au mur. Leur dos tourné vers nous. La deuxième personne qui s’était mise à côté du jeune enfant face au mur, devait avoir la soixantaine. Ils étaient tous les deux très petits. Ils étaient penchés en avant et avait l’air sans vie. Moi et le groupe de scientifiques, on se demandait s’ils n’avaient pas été épuisé par la boisson, ou s’ils n’avaient pas décidé de faire une pause. On n’en était pas sûr, mais j’avais un mauvais pressentiment, je savais que quelque chose n’allait pas. On a décidé d’envoyer un des scientifiques pour vérifier s’ils allaient bien.
Alors qu’il marchait à travers la pièce, tous les bêta testeurs avaient l’air de se fatiguer au fur et à mesure. En effet, avant qu’il n’arrive vers le mur où se trouvait les deux autres, on a remarqué qu’un troisième les avait rejoints. On aurait dit que leur attitude se propageait parmi les autres. Une fois que le scientifique a rejoint le groupe de bêta testeur, on s’est tous concentré sur cet endroit. Il a levé sa main, pour toucher l’épaule d’une jeune fille, puis a dit : « Mademoiselle, tout va bien ? ».
La jeune fille s’est tournée. Son apparence était déconcertante, elle regardait le scientifique droit dans les yeux et le fixait avec ses yeux bombés de sang. Puis, elle s’est mise à se lécher la main qui était devenue complètement pâle avec une teinte verdâtre.
Elle a souri, d’un sourire si grand que j’avais l’impression qu’il allait d’un côté à l’autre de son visage, ses paupières se sont agrandies, et ses pupilles se sont élargies au point de toucher les bordures de ses yeux. Tout ce qu’elle a pu prononcer avec sa bouche c’était les mots « Aidez-moi ». Sa voix était tremblante. Et d’un coup, elle s’est effondrée sur le sol. Pendant ce temps-là, d’autres personnes ont rejoint les gens face au mur. Tous les employés se sont alors précipités dans la pièce pour les mettre en quarantaine. Une fois en isolation, tous les bêta testeurs infectés semblaient de plus en plus à l’article de la mort. Leur peau était dénuée de couleur, et beaucoup d’entre eux vomissaient une substance jaune fluo, épaisse, et visqueuse. Ils ont ensuite commencé à dire des choses qui n’avaient pas de sens, et à se comporter de façon complètement étrange.
Un des bêta testeur, a commencé à gratter violemment au mur de façon frénétique. Il semblait ne pas savoir ce qu’il faisait, et avait l’air d’avoir peur pour sa vie. Ses lèvres gercées, se sont ouverte pour révéler des dents détériorées, alors qu’il hurlait « Aidez-moi ! Aidez-moi ! » il continuait à gratter le mur jusqu’à ce que ses ongles commencent à se détacher de la chair de ses doigts. Quelques-uns des employés se sont dépêché et lui ont attaché les mains dans le dos. Mais dans ce court laps de temps, on pouvait voir les os de ses doigts. Sa peau était détachée de l’os, et le reste de ses mains étaient couverte de sang. Il avait l’air de vraiment vouloir finir ce qu’il avait commencé.
Je me suis tourné pour regarder le reste des bêta testeurs, et ils semblaient tous sombrer petit à petit dans la folie. Ils avaient l’air de tous chercher quelque chose à travers la pièce, et d’être couverts de sueur. Après un jour ou deux, notre équipe médicale a procédé à des tests sur eux. Après des examens approfondis, ils ont confirmé qu’une substance inconnue qui se trouvait à l’intérieur de la boisson énergisante, avait conduit à la décomposition accélérée des bêta-testeurs. Cependant, ils avaient déterminé que la seule chose qui les gardait en vie, était la forte dose de produit énergisants qui se trouvait dans les boissons. Les docteurs ont affirmé qu’ils allaient pouvoir régler le problème. Cependant, les effets secondaires allaient rester de façon latente chez les bêta testeurs.
Rapidement, les scientifiques de notre entreprise ont fait plusieurs tests sur l’Hyper Cola, pour trouver ce qui avait causé cette horrible réaction. Malheureusement, il n’y avait aucune explication. Aucune preuve de quoi que ce soit. L’entreprise n’a pas eu d’autres choix que de libérer les patients sans savoir ce qu’ils avaient exactement. A ma grande surprise, aucun d’entres eux ne se souvenaient de ce qu’il s’était passé. Et dés le lendemain, ils nous ont à tous fait signer un long contrat de confidentialité qui nous empêchait de dire le moindre mot, même entre nous, sur ce qui s’était passé les jours d’avant. Mais la curiosité l’a emporté sur ma raison, j’ai essayé de retrouver les patients. Et j’ai réussi à les retrouver. Ils étaient tous déclarés morts. C’était effrayant, et le pire c’est qu’ils étaient tous morts le même jour. Ce qui m’a le plus choqué, c’est quand j’ai réalisé que la date de leur mort correspondait à la date d’expiration des bouteilles d’Hyper Cola qui leur a été fournie.
Bien sûr, le projet a par la suite été complètement abandonné. L’entreprise a tout fait pour se protéger, et avec les moyens qu’ils avaient, ça n’a pas été dur. Coca Cola a rapidement effacé toute trace d’Hyper Cola, et les spéculations sur l’arrivée d’un nouveau produit ont été rapidement classifiée comme étant des rumeurs. Comme je vous l’ai dit, je sais que je prends un risque énorme en parlant de ça. Car à part moi, personne d’autre ne l’a fait. Je ne serais pas étonné si un jour cette vidéo disparaît. Mais pire encore, je ne serait pas étonné de disparaître avant elle.
Traduction : Skull. retrouvez sa chaîne youtube ICI
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