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lundi 30 décembre 2019

Baxbaxwalanuksiwe

Bonjour à tous et à toutes. Comme vous le savez, j'ai des amis partout dans le monde. L'un d’eux, vivant au Canada, connaît mon goût pour tout ce qui est “histoires effrayantes et étranges”, bref, pour tout ce qui est creepy. Il m'a envoyé la copie d'un post provenant d’un forum de survivalistes. Le membre l’ayant écrit était parti faire un "stage de survie en Colombie-Britannique" (comprenez qu'il partait seul durant quelques semaines dans la nature) et racontait son histoire. Franchement, soit le type fumait là-bas le calumet de la paix en compagnie des Kwakwaka'wakw, les indiens locaux, soit il mentait, soit... c'est très étrange. La première hypothèse me semble la plus crédible. À vous d'en juger :
 Bienvenue, amateurs de survie à la dure, dans la nature, dans le monde sauvage. Cela fait plusieurs semaines que je vous parle de mon stage de survie en Colombie-Britannique, eh bien je l'ai fait. J'y suis allé, mais je n’ai pas pu tenir les deux mois prévus à cause de ce que l'on peut appeler un accident. Le premier mois, tout se passait bien. Je me débrouillais même pas mal du tout. Je trouvais ma nourriture, mon eau que je purifiais avec mes pastilles, je dormais au coin du feu, etc... Je me sentais plutôt bien, éloigné de toute humanité et de tout être conscient. Je ne me trompais pas. J'étais effectivement loin de toute humanité. Même les Kwakwaka'wakw ne s'aventuraient pas dans cette région. J'en avais d'ailleurs aperçus de loin, une ou deux fois. Ils se déplaçaient par groupes de dix à chaque fois et avait l'air constamment effrayés. Peut-être qu'ils chassaient le puma ou le grizzly. Je m'en fichais après tout. Moi, je survivais, eux, ils vivaient à l'abri dans leur réserve. Bah !
Quel abruti j'étais. Survivre tant que le seul adversaire est la nature, ce n'est pas un souci.
  Ce qui abrégea mon stage fut la rencontre fortuite avec un groupe de ces Indiens, pas de loin, mais de très près. Je marchais tranquillement dans la forêt, à la recherche de matériaux utiles pour me bâtir un abri potable capable de durer plus de trois jours, et je me retrouvai subitement face à eux. Ils marchaient également, observaient dans toutes les directions comme s'ils étaient suivis. Je devais comprendre plus tard qu'ils étaient non seulement suivis, mais aussi chassés. Sentant leur détresse, j'allai à leur rencontre. Quel effet je dus leur faire ! Vous savez, je suis un survivaliste un peu romantique. J'aime me passer de la peinture de combat sur le visage et me promener avec un fusil en bandoulière. Je trouve ça cool. Avec cet accoutrement, ils ont dû me prendre pour un GI, quelque chose comme ça. Ils vinrent vers moi en baragouinant leur dialecte. Mais bon, je ne pouvais pas les comprendre : seules 200 personnes parlent leur langue ! Heureusement, quelques-uns, qui avaient sûrement acquis un peu de culture occidentale, parlaient un anglais approximatif, comme moi en fait. Ils jouèrent donc le rôle d'interprète. Ces indiens me disaient de fuir, ou plutôt de courir et de les suivre, ou plutôt les trois à la fois. En effet, Baxbaxwalanuksiwe était proche selon eux. Je leur demandai alors ce qu'était cet animal au nom incompréhensible. Ils traduisirent ce nom de leur langue par "Le premier qui mangea un homme à l'embouchure de la rivière". Cela ne m’avençait pas vraiment pour tout vous dire. J’ai pensé qu’il s’agissait sûrement d'un gros ours ou d’une bestiole dans ce goût-là.
  J'entendis alors un grand bruit, comme une mastication : "Hap Hap Hap Hap", avec des grognements. Les indiens étaient livides. Ils me pressèrent de les suivre, affirmant que j'étais en danger "de nutrition" d'après ce que je compris de leur charabia. Je ne regrette pas de les avoir écoutés et d'avoir pris peur exactement à ce moment-là. Un... être émergea des fourrés. Il faisait la taille de deux hommes. Sa peau était nue, violette et ridée, sans un seul poil. Son corps était recouvert de bouches truffées de dents plates. Il en avait même à la place des yeux. Cette vision infernale me poussa à prendre mes jambes à mon cou. Mais cette chose courait vite. À un moment, comme j'avais pris un peu d'avance, je m'arrêtai et je tirai avec mon fusil. Un fusil à double-canon, suffisant contre n'importe quel prédateur normalement. Du gros calibre. Les balles s'enfonçaient et creusaient des trous sanglants dans la chair de ce monstre, mais cela ne l'arrêtait pas. Juste au moment où ça allait se jeter sur moi de toute sa masse, ça tomba dans un trou profond, camouflé par des feuilles. Les indiens, s'étant arrêtés un peu plus loin, hurlèrent de joie. À priori, leur piège avait fonctionné. J'entendais les hurlements de la bête au fond du trou" Hap Hap Hap Hap !". On pensait avoir gagné. On ne pouvait imaginer pire erreur...
  Nous rentrâmes tous, en nous dépêchant bien sûr, pour s'éloigner de ce monstre, au cas où il parviendrait à se sortir de son trou, mais sans trop de pression. Nous étions tous choqués, moi sans doute plus que les autres. Les indiens parlaient entre eux. Un des anglophones m'expliqua que leur attitude de peur était simulée pour attirer Baxbaxwalanuksiwe, puis le faire tomber dans un piège, afin de réaliser une sorte de rite d'initiation. Il fallait que je les suive pour que leur plan réussisse, sinon Baxbaxwalanuksiwe ne serait pas passé au bon endroit, car il m'aurait poursuivi. Soudain, un cri retentit depuis l'endroit où était tombé l'ogre. Sur le coup, cela me fit penser à un appel à l'aide. En fait non. Il appelait ses acolytes. Les indiens pâlirent. Dans les légendes, Baxbaxwalanuksiwe était assisté de deux autres bêtes. Ils recommencèrent à courir, et moi aussi. Cette fois-ci, je suis sûr que leur peur n'était pas simulée. Après que nous eûmes seulement couru deux cent ou trois cent mètres, un énorme corbeau atterrit sur la tête d'un de mes nouveaux camarades et lui creva les yeux. L'indien en question hurla de douleur. Exactement au même moment, une grue de deux mètres de haut descendit des arbres pour crever le crâne d'un des indiens, me ratant de peu. Mais là, mon fusil fut utile. Je tirai vaguement dans la direction de ces bêtes, dont les indiens devaient m'apprendre qu'ils s'appelaient Qoaxqoaxualanuxsiwae et Hoxhogwaxtewae, les yeux et les oreilles de Baxbaxwalanuksiwe. Le groupe les avait piégés autre part, mais ils avaient été libérés. Les anciens du village me dirent le lendemain que Qominaga, la femme de Baxbaxwalanuksiwe, les avait sûrement désentravésBref, passons ces explications. Mes balles les atteignirent et semblèrent leur faire assez mal pour les repousser. Nous abandonnâmes les cadavres pour courir, laissant le coeur de la forêt et tout mon équipement, derrière nous.
  Nous arrivâmes le soir au village Kwakwaka'wakw. Csoir fut un soir de deuil. Les jeunes avaient échoué à leur rite de passage, et deux étaient morts. Le chamane du village, ayant une voiture et un permis de conduire, me mena à une ville proche où je pus contacter mes proches pour leur expliquer que j'avais perdu tout mon matériel après avoir été poursuivi par un grizzly. Je décidai donc de passer sous silence cette histoire. Il valait mieux ! En tant que survivaliste, j'étais déjà considéré comme sacrément dégénéré par ma famille. Les Kwakwaka'wakw n'ayant que peu de contacts avec les autorités, ces deux disparitions passeront sans doute inaperçues.
  Voilà pourquoi je reviens sur ce forum plus tôt que prévu.


lundi 23 décembre 2019

Vouivre

Bonjour. Je poste ici un document trouvé sur un forum lié à la psychiatrie. Le forum en question se nommait "Psychologie, Suicides et dépressions". Un "bug informatique" aurait fini par en annihiler le contenu, mais ayant été membre du forum en question, je sais que le propriétaire était dépressif. C'est sûrement lui qui a tout supprimé dans un accès de rage, avant de faire passer cela pour un bug. Mais bref, là n'est pas le sujet. Cette lettre a donc été postée par un policier possédant un Master en Psychiatrie. Ses collègues la lui avaient envoyée comme pièce à étudier dans le cadre de l'affaire Grégoire Jumierti. Il la présentait comme un ensemble typique d'éléments que l'on peut trouver chez des gens un peu dérangés. Personnellement, je la trouve creepy, et assez émouvante. La voici.



    Pour Anna.

    Je n'en peux plus. Il faut que j'en parle. Elle va venir me chercher, j'en suis sûr. Ceci est à la fois mon testament et mon témoignage.

    Je tiens tout d'abord à m'excuser auprès de ma mère et de mes frères, que je laisse en ce monde alors que j'avais juré d'être toujours à leurs côtés.
Je m'excuse aussi pour toi, Anna, ma muse, que je n'aurais jamais dû quitter.
Et aussi pour Wouffi, notre chien.
Je tiens à ce que mes maigres possessions, ou ce qu'il en restera, soient partagées à égalité entre ces personnes.

    Tout a commencé par une belle soirée de Mai. Je me promenais, comme chaque semaine, en quête d'inspiration, près des lacs de la région. Cette fois-ci, j'avais choisi le Lac du Vernois, un petit lac, dans un vallon isolé de la route reliant Le Frasnois à Chevrotaine. Je trouvais ses rives bordées de roseaux et son isolement stimulants pour la production poétique. Ce soir-là donc, je me suis couché sur mon tapis de sommeil, au bord de ce maudit lac. Que je sois damné pour m'être endormi à ce moment-là. Je ne me suis réveillé que plusieurs heures après. La nuit était tombée. En me levant, prenant conscience que je devais me dépêcher de rentrer à ma voiture pour ne pas geler, j'au vu une jeune femme magnifique se baignant dans le lac. Sur le coup, je n'ai pas réagi : l'eau était glaciale, beaucoup trop pour une baignade. Subjugué, je l'observais sans mot dire. J'avais trouvé une nouvelle muse. Anna, je le répète, je suis désolé. À ce moment-là, je me trompais. Tu as été et resteras la seule muse qui m'a inspiré de véritables poèmes. J'ai fini par la perdre de vue dans la nuit, car la lumière de la Lune se reflétant sur le lac était très faible. Mais j'étais décidé à la revoir.

    Les soirs suivants, je suis revenu à ce même lac et suis resté sur le bord, à chercher du regard cette belle étrangère. Anna, tu me demandais où j'allais, tu le sais maintenant. Cependant, j'avais beau y retourner, je ne la voyais jamais nulle part. Mais le septième soir, je l'ai enfin aperçue de nouveau. Elle était là. La Lune était cette fois-ci pleine, si bien qu'on y voyait comme en plein jour. J'ai pu détailler son corps, et ses courbes sensuelles. Il se dégageait d'elle une énergie féminine certaine. Quand j'y repense, il aurait été impossible pour moi de ne pas céder. Je pensais à toi Anna, mais ton image s'estompait quand je la voyais. Je suis revenu sept jours plus tard, et je l'ai vue cette fois encore. Et ainsi durant les trois semaines suivantes. Les poèmes écrits durant cette période ne parlent plus de toi Anna, mais d'elle. D'ailleurs, c'était le moment où tout allait mal entre nous. Je restais enfermé dans ma chambre sans vouloir te voir, comme je l'ai fait il y a un an. Tu me demandais où j'allais le soir, je ne pouvais te répondre. Maintenant, tu sais. Mais si on te lit cette lettre, ou si tu la lis, ne t'arrête pas là. Tu vas comprendre.

    Quatre semaines après ma première vision de cette silhouette féminine, lorsque je suis revenu au lac, j'ai trouvé un escarboucle au sol, au bord de l'étendue bleue. Une pierre rouge luisante, la plus belle que j'avais jamais vue. J'aurais voulu te l'offrir, mais tu étais déjà partie. Je l'ai tout de même prise, et ai continué d'observer la Dame du Lac, comme je l'avais nommée dans un poème. Caché dans les roseaux, m'étant éloigné de l'endroit de découverte de la pierre, je l'ai vue sortir de l'eau. Elle avait l'air paniquée. Même en sachant qu'elle cherchait l'escarboucle, je l'ai gardée pour toujours être en contact avec elle. J'aurais dû la jeter dans le lac. Elle l'aurait récupérée et tout aurait été réglé. Mais non. Je l'ai gardée avec moi.

    Une semaine plus tard, elle n'est pas venue. La semaine suivante non plus. Je m'enfonçais dans la dépression, solitaire, en bon poète maudit. J'essayais de t'appeler, mais tu ne répondais pas Anna, ce qui était légitime. Je t'avais trompé en rêve, et j'avais trahi ma muse.

    C'est alors qu'Elle m'a rendu visite. Un soir de Juillet, elle est apparue sur le seuil de ma porte. Me demandant qui sonnait à cette heure de la nuit, à 23h, j'ai regardé par la fenêtre et l'ai reconnue. Je suis immédiatement allé lui ouvrir. Je l'ai invitée à entrer. Elle n'a pas dit un mot, et a passé le seuil de la porte. Elle n'a pas ouvert la bouche de la soirée, mais je n'en avais cure. J'étais fasciné par sa féminité. La soirée a été  merveilleuse, mais merveilleuse comme de l'opium, comme le poison d'un rêve... Le lendemain, elle est restée avec moi. Et le surlendemain aussi. J'étais épuisé. L'inspiration me fuyait, chassée par la fatigue. Puis un jour, elle est partie. Je l'ai cherchée dans ma maison, mais je ne la trouvais pas. J'ai également remarqué que l'escarboucle n'était plus là.

    En manque d'elle, un soir, je me suis précipité vers le Lac du Vernois pour espérer la revoir. Et effectivement, par chance, ou plutôt par malchance, je L'ai aperçue. Mais cette fois-ci, elle était en train de sortir de son bain nocturne. Elle a repris son escarboucle, qu'elle avait laissée sur le bord du lac. Elle l'a porté à son front délicat et l'y a enfoncé. Ses jambes se sont fondues en une queue de serpent, sa tête s'est muée en celle d'un chien, des ailes de chauve-souris lui ont poussé dans le dos.. J'ai hurlé à cette vision d'enfer, et ai couru à ma voiture. J'ai démarré au quart de tour en priant pour ne pas caler, et ai juste eu le temps de voir, dans les rétroviseurs, le Monstre me poursuivre. Mais heureusement, il n'allait pas assez vite pour rattraper le miracle de force brute qu'est le moteur à explosion.

    Depuis, je suis hanté par des visions. La nuit, je crois la voir, au pied de mon lit, prête à me dévorer. Je me suis renseigné, et j'ai découvert quelque chose. Que personne ne pourrait m'aider, pas même toi Anna. Quiconque voit une Vouivre est destiné à être poursuivi par elle jusqu'à la mort, et même au-delà. J'ai une arme sous mon oreiller maintenant, et des alarmes installées partout dans la maison, mais j'ai peur. J'ai peur pour ma vie. Mais surtout, j'ai peur pour toi Anna. J'ai peur de te perdre à jamais, Ô ma Muse, car j'ai toujours l'illusion de pouvoir te retrouver un jour.

    Ma Muse, je m'excuse enc  (Une énorme tâche d'encre est présente à cet endroit, comme si l'auteur avait sursauté et cassé sa plume).


    Cette lettre a été retrouvée dans la cuisine de Grégoire Jumierti. L'intérieur de sa chambre, à l'étage, était carbonisé. Cet autoproclamé poète maudit était, de l'avis du psychiatre qui le suivait, dépressif, et selon ses voisins très étrange. Par exemple, il passait parfois des semaines entières sans sortir de sa maison, et éclatait en sanglots au beau milieu de discussions. Il posait également des feuillets sur lesquels étaient inscrits des poèmes sur les bancs de tous les parcs alentours, qui généralement s'envolaient au premier coup de vent. L'hypothèse la plus probable est celle d'un suicide particulièrement élaboré, au cours duquel il se serait immolé dans sa chambre. Les policiers en charge de l'affaire ne comprennent toujours pas comment un feu assez intense pour réduire en cendre tout ce qui était présent dans la chambre ne s'est pas propagé pas au reste de la maison, mais certains doctorants de la Police Nationale ont des théories à ce sujet. La femme dont il est question serait, selon les psychiatres, la projection d'un certain manque du poète dans sa relation avec la fameuse Anna, relation que l'intéressée a révélé être restée platonique. Le suicide serait une conséquence de l'insatisfaction d'un désir, et du terreau favorable que constituait la personnalité de cet auteur.



lundi 16 décembre 2019

Monsieur Tout le monde

Ce qui suit est un post, aujourd'hui supprimé, que j'ai trouvé il y a quelques années sur reddit. Au vu de son contenu, il m'a semblé judicieux de le partager ici.

Avez-vous déjà ressenti la solitude ? Ce sentiment si atroce, et qui vous rend si faible que vous avez l’impression que votre vie perd de son sens ? Avez-vous déjà été seul au point de vous sentir détesté, haï par le monde entier, sans arriver à comprendre pourquoi ? 

 Moi, je ressens ça chaque jour de mon existence.

 Je me lève, le matin, seul. Je me couche, le soir, encore plus seul. Et surtout, chaque jour, je me sens comme un fantôme vis-à-vis des autres. Je pourrais être mort, personne ne le remarquerait.

 On trouve la vie fade et sans intérêt, quand on est aussi seul que je le suis. La solitude nous pousse même à être atroce envers les autres. On en arrive à les détester. Pourquoi ne nous aiment-ils pas ? Pourquoi nous ignorent-ils de la sorte ? Qu’avons-nous fait pour subir ce triste sort ?

 Je m’appelle Norman Veymher, et j’ai trente-et-un an. A vrai dire, je n’ai jamais eu de relation sexuelle avec une femme. Peut-être parce que je n’ai jamais réellement osé parler avec l'une d'entre elles. Cela m’effraie affreusement. De toute façon, aucune femme ne veut de moi. Je suis trop banal, trop ennuyant pour qu’elles puissent vouloir de ma compagnie. Tous les soirs, je rêve de me réveiller aux côtés d’une belle demoiselle, une grande brune de préférence, qui saurait me montrer que je ne suis plus seul. Je l’entends presque me dire :

 “J’ai envie de toi, Norman. Je t’aime, Norman.”

 Seulement, au réveil, elle n’est plus là. La sensation de ses mains contre mon visage, de ses cheveux caressant mon torse, je ne la sens même plus. Je me réveille alors, terriblement seul. Les quelques instants où je ne suis plus vraiment livré à moi-même, c'est durant mes journées de travail. J’y tiens un misérable poste d’ouvrier, m’exténuant pour un patron qui ne sait même pas que j’existe. J’exécute, tous les jours, durant neufs longues heures, les mêmes gestes et mouvements, tel une machine. 

 Je déteste ma vie.

 Il y a des jours où, quand je suis sur la route pour rentrer chez moi, je m’assois sur un banc, au bord d’un trottoir, et pendant une vingtaine de minutes, je regarde les gens vivre. J’admire surtout les jeunes femmes qui passent une par une devant moi. Certaines me lancent un petit regard en coin, d’autres préfèrent tracer leur route, essayant à tout prix de m'éviter. Mais parmi elles, il y en a une qui a fait chavirer mon cœur. Elle s’appelle Elena. Elle travaille dans un café-bar à deux pas de chez moi. Tous les jours, vers 18h55, je m’installe à la fenêtre de ma chambre, d’où je peux la regarder sortir. Je l’admire dans cette belle petite robe noire qu’elle porte régulièrement, observant la danse de ses longs cheveux bruns volant au vent. Cela fait maintenant deux ans que je l’épie chaque soir, sans jamais oser l’aborder. Elle ne sait même pas que j’existe. Et, même si c'était le cas, elle n’arriverait pas à savoir tout ce que je ressens pour elle, tout ce que j’aimerais lui faire. Ces baisers que je déposerais dans son cou, ces caresses que je ferais dans ses cheveux. Je passe mon temps à rêver du jour où je pourrai, aussi court que ce soit cet instant, lui dire quelques mots.

 Mais à un moment, il faut bien se lancer.

 Rentrant du travail, croisant la route de dizaines d’inconnus, j’étais déterminé à aller lui parler. Je répétais, tout le long de la route, les mots que j’utiliserai. Son prénom trottait dans ma tête, et mon cœur battait à toute allure. Je ne sentais plus mes jambes, et chaque foulée était une vraie torture. Tous ces pas me rapprochaient d’elle. Je suis arrivé devant son bar à 18h50. Cinq petites minutes avant qu’elle n'en sorte. Cinq minutes au goût d’éternité. A chaque ouverture de la porte, j’oubliais ma respiration, fébrile. Toutes les silhouettes m’apparaissaient comme la sienne. Je scrutais ma montre, attendant désespérément que la petite aiguille s’arrête sur le cinquante-cinq. A la seconde près, la porte s’est ouverte et Elena est sortie. Mon regard a timidement croisé le sien.

 “A toi de jouer, Norman.”

 - Bonjour, mademoiselle.
 - Qui êtes-vous ?
 - Je m’appelle Norman Veymher. Je… je voulais vous inviter à boire un verre avec moi.

 Heureusement, elle ne s'est pas débattue.


 Après une longue journée de travail, je m’apprête à rentrer chez moi, rangeant frénétiquement mes affaires. Je souhaite une bonne soirée à mes collègues avec une assurance exceptionnelle, et prends la route pour rentrer à mon appartement. 

 J’arrive enfin face à ma porte d’entrée. J’enfonce les clés dans la serrure, et entre. 

 - Bonjour, chérie. Je suis rentré !

 Je pose mes affaires sur une table avant de m’asseoir à côté d’elle sur le canapé. Je glisse ma main autour de sa taille, dépose un baiser sur sa joue. Elle est magnifique, et son sourire exprime une joie que je n’aurais jamais cru voir. 

 - Tu as passé une bonne journée ? Tu m’as beaucoup manqué, tu sais. Tiens ! J’ai un cadeau pour toi. 

 Je prends mon sac et en sors une belle robe. Une robe qui ressemble comme deux gouttes d’eau à sa robe noire, celle qu’elle portait quand elle travaillait encore au bar. Sa robe est trop tâchée pour qu’elle puisse la reporter, alors j’ai pensé que ça lui ferait plaisir d’en avoir une neuve. Je lui tends l'habit, mais après plusieurs secondes d'indifférence de sa part, je la lui pose sur les jambes.

 - J’espère qu’elle te plaît. J’aimerais beaucoup te voir avec, ce soir. 

 Malheureusement, elle n’est plus en capacité de me répondre. 

 Je t’aime, Elena.

lundi 9 décembre 2019

Le loup-garou et les têtes d'Hexham

Ce texte est un résumé de l’affaire du loup et des têtes d’Hexham ou ‘’la malédiction des têtes d’Hexham’’. À ce jour, il est toujours difficile pour certains de trancher entre véritable malédiction ou simple affaire de coïncidences. 

Au matin du 9 décembre 1904, dans le village d'Hexham en Angleterre, un troupeau de moutons a été attaqué par un loup. Plusieurs hommes ont décidé de poursuivre l’animal, mais il leur a échappé. Le lendemain un journal local nommé ‘’The Hexham Courant’’ a publié en gros titre ‘’un loup au large d’Allendale’’. Les agriculteurs du village d’Allendale, non loin d’Hexham, ont rapporté au journal que les pertes de bétails étaient si graves que certains d’entre eux rentraient leurs animaux dans l’écurie à la tombée de la nuit. Un berger a ainsi rapporté que deux de ses moutons avaient été attaqués. L’un avait été éventré dans le champ, quant à l'autre, seule sa tête avait été retrouvée de l’autre côté de celui-ci. De nombreux autres montons appartenant à plusieurs bergers avaient également été mordus aux pattes, et subi ce qui ressemblait à des attaques de loups. Le même jour, un animal rodant dans les alentours a été détecté. Un groupe de volontaires s'est alors lancé à sa chasse, mais sans succès.

Le 15 décembre, la Haydon Hounds, célèbre meute de chiens dirigée par le limier Monarch, a été envoyée afin de retrouver la piste de la bête, mais n’y sont pas arrivés. D’autres cadavres de moutons ont été retrouvés.
Le 20 décembre, une récompense de cinq livres sterling a été proposée contre la peau du loup.
Le 29 décembre, plusieurs hommes l'ont traqué, mais le loup s’est enfui en sautant par-dessus un mur. Le lendemain, plusieurs témoins ont dit l’avoir vu forcer une brebis à sauter d’un ravin.
Le 31 décembre, des enfants qui ont dit l’avoir croisé l’auraient fait fuir en l’effrayant. Plusieurs témoins disaient maintenant avoir vu le fameux loup, mais un fait restait assez troublant. Aucun d’entre eux ne l'avait vu de la même couleur. Gris clair, gris foncé, roux, noir, blanc. Et cela rendait le tout encore plus flou.
Le "Comité du Loup d’Hexham’’ a été mis en place, avec lequel de nombreuses battues ont été organisées, mais le loup arrivait toujours à échapper aux chasseurs et à leurs balles.
Alors le comité a engagé le scientifique M.W. Briddick, qui a déclaré qu’il retrouverait le loup grâce à la science. Cependant, tous ses efforts ont été vains, et il a fini par déclarer que ce loup ne laissait ni traces, ni odeur.
Le 7 janvier 1905, des poseurs de rails ont découvert un cadavre de loup coupé en deux, et ont décidé de l’enterrer. Mais après avoir discuté avec le chef de gare, ils sont allé le déterrer pour le ramener en ville. Alors, de nombreuses personnes ont commencé à se rassembler pour voir le loup qui était devenu célèbre à cause des nombreux cadavres laissés derrière lui. Mais le lendemain, des preuves ont été apportées au comité, preuves qui pouvaient confirmer que l'animal retrouvé mort n’était pas celui responsable des attaques. Certains racontaient même que ce loup avait été tué par l'autre, la bête qu'ils traquaient depuis maintenant longtemps. Le 21 janvier, le journal local a indiqué que des chiens avaient été envoyés dans les bois mais que le gel avait empêché la chasse. Le loup aurait été revu par de nombreuses personnes, mais les attaques ont peu à peu diminué, jusqu’à ce que la population s'en désintéresse.

Cette affaire aurait pu s’arrêter là, mais en février 1971, un enfant de 11 ans, Colin Robson, jouait dans le jardin de ses parents à Hexham lorsqu’il a trouvé une petite pierre ronde de
la taille d’une balle de tennis. Un visage aux traits grossièrement sculptés était gravé sur cette pierre. Alors Colin a ratissé le jardin avec son frère Leslie, et ils ont trouvé une deuxième pierre similaire. Les traits sculptés de la première étaient vaguement masculins, et elle était assez lourde. La deuxième quant à elle arborait un visage de sorcière d’après les deux enfants, et était plus légère. Après avoir lavé les deux têtes, ils les ont amenées à l’intérieur. Et c’est là que d’étranges phénomènes ont commencé à se produire. Les deux pierres avaient l’air de bouger seules, se tournant et se retournant sans que personne ne les touche. Des objets étaient retrouvés brisés, la vaisselle fracassée. La voisine des Robson, Mme Dodd, a également eu une mésaventure dans leur maison. Un jour où, accompagnée de son fils Brian, elle est allée chez les Robson pour tenir compagnie à l'un des enfants de la famille qui était malade, elle a vu une silhouette lui toucher la jambe, avant que celle-ci ne quitte la chambre à quatre pattes, dans une posture à cheval entre celle d'un homme et d'un animal. Cela s'est produit devant tous ceux qui étaient à l’intérieur, qui l'ont suivie du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans les escaliers. La nuit suivante, déjà terrifiée par l’apparition, Mme Dodd aurait entendu des bruits semblables à des cris, provenant selon elle de la maison des Robson. Elle serait descendue au rez-de-chaussée pour aller voir à sa fenêtre, et aurait trouvé la porte d’entrée ouverte. Le lendemain matin, elle en a parlé à Mr Robson, qui a également affirmé entendu des cris chez lui, qu'il a comparés à ceux d’un loup. Mme Dodd a demandé à ce que sa famille soit relogée par la municipalité.
Quelques temps après, les journaux locaux écrivaient des rumeurs disant que les têtes d’Hexham, nommées ‘’le garçon et la fille’’ par la presse, étaient des pierres maudites. Elles ont alors été amenées à l’abbaye d’Hexham pour être examinées, puis déposées au Musée des Antiquités de la ville et enfin données au Dr Ann Ross, une experte en objets Celtiques. Après étude, elle a pu en conclure qu’elles avaient toutes deux plus de 1800 ans et qu’elles avaient probablement été utilisées pour des rituels Celtiques.

Le Dr Ross, qui possédait chez elle des objets similaires a donc décidé de ramener définitivement chez elle ‘’le garçon et la fille’’ qu’elle a posé à côté des autres pièces de sa collection d’objets Celtiques. Mais quelques jours plus tard, elle se serait levée en pleine nuit et aurait ressenti une grande bouffée de peur. Elle aurait regardé en direction de la porte, et aurait vu une immense silhouette noire qui semblait être mi-homme, mi-animal. Elle a raconté être sortie de son lit en un éclair, puis avoir vu cette silhouette s'en aller et disparaître derrière sa maison.
Quelques jours plus tard, le Dr Ross et son mari sont allés à Londres. A leur retour leur fille, âgée de 15 ans à l’époque, est allée les trouver, paniquée, et leur a expliqué avoir vu une grande silhouette mi-homme mi-animal courir dans la maison devant elle alors qu’elle rentrait de cours, avant que celle-ci ne disparaisse. Cette silhouette est apparue plusieurs fois à chacun des membres de la famille Ross.
Le Dr Ross a ainsi pris connaissance des détails de ce qu’avait vu Mme Dodd et son fils dans la maison de la famille Robson, et a fait le lien avec le fait que les apparitions avaient commencé quelques jours après l’arrivée des pierres chez elle.
Invitée sur un plateau télé, elle a raconté que sa maison de Southampton était hantée par le fantôme d’un loup-garou qui suivait les pierres depuis Hexham. Elle a expliqué que la créature n’était pas juste une ombre ou un revenant, mais quelque chose de réel qui pouvait pousser des cris, et que tous ceux invités chez elle depuis qu’elle avait les deux pierres avaient vu, entendu et ressenti la présence du loup-garou. Elle a par la suite décidé de se débarrasser des deux pierres, et est allée jusqu’à mettre en vente l’intégralité de la collection qu’elle possédait.
La collection du Dr Ross a été achetée par un collectionneur, mais les têtes maudites d’Hexham ont été envoyées au British Museum. Cependant, les visiteurs s’en plaignaient tellement que le musée les a retirées de l’exposition.
En 1972, Desmond Craigie, un ancien habitant d’Hexham, a contacté un journal pour expliquer que c’était lui qui avait fabriqué les deux têtes dans les années 50, et il est allé jusqu’à en fabriquer des reproductions pour prouver qu’il avait raison. Mais alors, comment aurait-il pu duper les scientifiques avec de simples petites têtes sculptés dans les années 50 ? Et d’où pouvaient venir ces étranges phénomènes ?
Certains pensaient qu’il y avait un lien entre les têtes maudites, le fantôme de loup-garou et la fameuse affaire du loup tueur d’Hexham. En 1977, les pierres ont été confiées à Don Robins, un chimiste souhaitant les analyser. Il a expliqué avoir été témoin de phénomènes inexplicables et a confié les pierres à Frank Hyde, un radiesthésiste, mais elle ont fini par disparaître. Personne ne les revit jamais. À ce jour, on ne sait toujours pas où elles sont.


Alors selon vous, loup-garou et pierres maudites ? Coïncidences ? Ou psychose générale ? 


lundi 2 décembre 2019

Quvdlugiarsuaq

Bonjour, je poste aujourd'hui un document que m'a envoyé un ami islandais travaillant dans une petite librairie de Reykjavik. Selon lui, ce texte, écrit sur un parchemin, proviendrait d'un très vieux livre datant du XIIIème siècle. Il lui aurait été vendu par un vieil homme venu dans la librairie, pour 7000 couronnes islandaises, soit environ 50 euros. Pour un aussi bel ouvrage, c'était donné. Comme mon ami a à son actif une formation en scandinave ancien (j'ai oublié le nom précis de la langue), il a pu le lire. Il sait que j'aime beaucoup les documents creepys, et m'a envoyé la traduction d'un extrait par mail. La voici.

[...]
Auber Auberson était petit-fils d'Auber, qui obtint de son parent Peringskjold la concession du pays compris entre Vestibygjd et Banquibygjd, et s'établit à Dniapstokk, au Greenland. Il y jouissait d'une grande considération. Erik Anquetil était le personnage le plus considérable du lieu et était respecté de tous. Il eut deux fils, Folker et Ditmar, et une fille, Solveig, qu'il maria à Auber Auberson.

Auber Auberson, en l'an de grâce 1055, décida de partir explorer les terres plus au nord du Greenland, qui, disait-on, pouvaient renfermer d'intéressants secrets. De plus, ces terres étaient dites arables, et seuls des Skrælings  les occupaient. Dans ce but, il emmena avec lui Folker Anquetil, fils d'Erik Anquetil, et quelques foyers du village dont il avait la charge. Ils embarquèrent en été, et naviguèrent plusieurs jours en suivant la côte.Très vite, il réalisèrent que ce pays était montagneux et couvert de forêts, quoique moins vert que le sud du Greenland. Ils s'approchèrent des terres dès que Folker Anquetil, qui connaissait bien ces contrées, affirma reconnaître les côtes des régions dont on avait parlé à Auber Auberson. Après avoir accosté, ils reconnurent l'embouchure d'une rivière et la remontèrent durant deux jours jusqu'au pays décrit par Folker Anquetil. Dans celle-ci, ils trouvèrent des saumons en abondance, les plus grands qu'ils eussent jamais vus. Le climat était devenu si favorable qu'Auber Auberson se demanda s'il pouvait geler ici, et si le gazon se flétrissait parfois. Ils débarquèrent sur une plage de sable noir. Ayant remarqué de la rosée sur le tapis vert qui recouvrait le sol, ils la goûtèrent, et la trouvèrent plus savoureuse que tout ce qu'ils connaissaient.

Un soir, Burnouf Dodemanson ne rentra pas avec ses compagnons. Auber Auberson en fut très affligé, car il avait été élevé avec beaucoup de soins par ce dernier, qui était depuis très longtemps attaché à sa famille. Il réprimanda durement ceux qui étaient revenus sans lui, et se mit avec vingt hommes à sa recherche. Ils le trouvèrent à peu de distance du camp et l'accueillirent avec de grandes démonstrations de joie. Burnouf Dodemanson était un homme qui possédait un front étroit, des yeux fixes et des traits durs. Il était grand et maigre, mais adroit dans toutes sortes de métiers. Auber Auberson remarqua aussitôt que son père nourricier n'était pas dans son état normal; il lui demanda d'où il venait et pourquoi il s'était séparé de la bande. Burnouf Dodemanson tint quelques temps des propos incohérents, mais finit par dire "Je puis vous apprendre du nouveau, car j'ai trouvé du blé et de la vigne. -  Parlez-vous sérieusement ? demanda Auber Auberson. - Oui, certainement, car du pays d'où je viens, les vignobles ne manquent pas". Ils laissèrent passer la nuit, et le matin suivant Auber Auberson dit à ses gens : "Nous avons maintenant deux choses à faire alternativement : un jour nous vendangerons, l'autre nous couperons des cèpes et abattrons des arbres pour en charger le navire." Ils firent ainsi. On rapporte que leur grande chaloupe était remplie de raisins, et le vaisseau, de bois. Le froment y croissait sans culture.

    Ils rembarquèrent à la fin du printemps. Un des hommes de l'équipage fit remarquer un élément étrange : des hommes se tenaient sur un rocher, non loin du navire. Ses compagnons dirent qu'il n'y avait là rien d'extraordinaire. Il s'agissait sûrement de Skrælings. Mais leur chef décida d'aller à leur rencontre. Ils débarquèrent de nouveau. Folker Anquetil fut étonné de voir que ces hommes ne ressemblaient pas à des Skrælings : ils étaient de constitution robuste, et paraissaient bien nourris. En outre, ils étaient vêtus de longues robes d’un bleu sombre. Quand Auber Auberson leur demanda qui ils étaient, d'où ils venaient, ils ne répondirent pas. Ils se contentèrent de partir vers l'intérieur des terres. Auber Auberson prit douze hommes avec lui pour les suivre, dont Folker Anquetil. Ils ne tardèrent pas à arriver à un village de taille importante, avec des maisons aux murs de terre et, chose étonnante, aux toits de fer. Des villageois erraient, apparemment sans but, l'air hagard. De temps en temps, certains partaient cueillir des fruits sur des arbres qui semblaient pousser seuls, sans intervention humaine. Il n'y avait aucun enfant. Auber Auberson, qui avait vu plus de cent contrées, n'avait jamais vu cela. Supposant qu'il s'agissait d'un peuple de simplets, il demanda à ces personnes d'où venaient ces richesses. Les étranges villageois prononcèrent alors un mot : "Quvdlugiarsuaq", et l'amenèrent ensuite devant un gigantesque trou dont le fond se perdait dans l'obscurité, au centre du village. Ils faisait la longueur de cinq langskips mis bout à bout.

    Auber Auberson décida de descendre dans ce trou, espérant y trouver la source de ces richesses, et si possible, la ramener à son village. Il laissa Folker et cinq hommes dans le village autochtone pour assurer leur sécurité. La descente, par une rampe qui plongeait dans la caverne, dura plusieurs heures. Des maux de tête frappèrent les compagnons d'Auber Auberson, mais ce dernier resta de marbre. Ils affirmaient qu'on parlait dans leur tête, qu'on leur disait de vivre, de ne pas penser au lendemain, on leur promettait une vie éternelle, un bonheur entier et permanent. Auber Auberson, par l'effort de sa volonté et de sa dévotion à Dieu, n'entendait rien. Les voix disaient de vivre pour le moment de la Grande Éclosion. Auber Auberson ne voulait rien entendre. Ils arrivèrent finalement au fond. Là, dans les profondeurs de cet abîme, se tenait une abomination aux yeux de Dieu : un ver géant d'au moins cinq langskips de long, comme ceux décrits par les sacerdotes pour incarner le Diable aux yeux de la populace. Lorsqu'Auber Auberson s'approcha de cette Abomination, elle se réveilla. Un tentacule, aussi long que celui d'un Kraken, jaillit de l'avant de la Créature et s'empara des deux compagnons du pérégrin. Celui-ci se jeta sur le membre, mais s'aperçut vite que sans l'intégralité de ses frères d'armes, il n'avait aucune chance. Ivre de vengeance, il remonta donc le tunnel sans réaction de la part de l'Abomination, et une fois à l'air libre, ordonna à Folker Anquetil, fils d'Erik Anquetil, de partir chercher tous les guerriers au bateau. Il s’apprêtait à détruire cette chose. Les villageois se jetèrent alors sur eux. Tous les autochtones furent tués, et leur village fut pillé. Mais Folker Anquetil périt dans la bataille, tué par une flèche tiré par un lâche. Les héros ne laissèrent pas un seul bâtiment intact derrière eux, et repartirent vers le bateau au plus vite. Ils rembarquèrent et rentrèrent  à Filkenbygjd.
[...]

Extrait de la Saga d'Auber le Noir.



lundi 25 novembre 2019

Schneewittchen

Bonjour, je re-poste ici un message trouvé il y a quelques mois sur un forum dédié aux contes de fée et à leur analyse (oui, on trouve de tout sur le net, même des forums spécialisés dans ce genre de choses). Inutile de le chercher, il est mort de son inactivité (guère étonnant me direz-vous), et son propriétaire a arrêté de payer, donc erreur 404 not found.
Personnellement, je crois que le texte ci-dessous est un fake, mais ça a le mérite d'être marrant.

Salut à tous. Aujourd'hui, je vais vous parler d'un de mes amis. Il est allemand, et il est employé aux archives régionales de Saxe, en Allemagne, ce qui lui donne accès à des documents très ... intéressants. Il m'en envoie quelques fois. Je tiens à préciser que c'est tout à fait illégal.

Voici donc ce qu'il m'a envoyé. C'est un document datant du XVème siècle, écrit en vieil allemand. Comme il sait que je ne parle pas cette langue, il me l'a gentiment traduit. Il s'agit d'une version différente du conte de Blanche-Neige. Seule la fin diffère vraiment, les autres variations étant du détail inepte (par exemple, le premier paragraphe qu'il m'a envoyé, sur les escarpins de fer, suit à quelques termes près le dénouement du conte habituel). Voilà, je la poste donc ici.

" [...] Lorsqu'elle fit son entrée, la vieille reine reconnut immédiatement Blanche-Neige, et la peur qu'elle en eut la cloua sur place, sa terreur l'empêchant de bouger. Mais on lui avait préparé des souliers de fer qui étaient sur le feu, à rougir: on les lui apporta avec des tenailles et on les mit devant elle, l'obligeant à s'en chausser et à danser dans ces escarpins de fer rouge jusqu'à sa mort, qui suivit bientôt.
Et ils vécurent heureux le temps de leur mariage.
Un jour, la jeune reine se retrouva veuve. Le Roi était mort dans son sommeil. Elle le fit placer dans le cercueil de verre que les Nains avaient taillé pour elle, pour pouvoir l'observer chaque jour. Puis elle vécut longtemps, bien trop longtemps.

Certains paysans proches de Blanche-Neige, qui montaient souvent au château, disparurent bientôt. La région s'inquiétait. Blanche-Neige, elle, semblait triste. Elle se promenait dans la ville, regardant étrangement ses sujets, l'air hagard. Un beau jour, les sept Nains vinrent rendre visite à leur amie. Elle les accueillit comme il se devait. La ville fut préparée pour une grande fête. Blanche-Neige était de nouveau rayonnante, comme avant. Mais en arrivant devant elle, les Nains frémirent. "Qui es-tu ?" demandèrent-ils.
"Je suis Blanche-Neige" répondit en souriant la jeune femme. "Qui d'autre pourrais-je être ?".
"Tu n'es pas notre Blanche-Neige" lança l'un des Nains, "Va-t-en, monstre ! Nous nous doutions de quelque chose depuis ton réveil, maintenant, nous en sommes sûrs !".
Et ils repartirent en courant dans la forêt. Nul dans la ville ne les revit plus.
Progressivement, les environs du château se vidèrent. Chaque mois, de jeunes nobles, attirés par le veuvage de la Reine, s'installaient, et disparaissaient peu après. La ville devint sinistre. Les gens ne sortaient plus de chez eux. Le château devint lugubre, la forêt enchantée sombre. Puis, peu à peu, la forteresse tomba en ruine. Les habitants fuirent ce lieu hanté où ils perdaient leurs filles et leur fils du jour au lendemain, et où la Reine ne sortait plus de sa tour.

Un jour, une jeune barde fut déposée à l'orée de cette forêt maudite, car on disait que l'on pouvait y trouver de fabuleux trésors et des êtres extraordinaires. Les premières choses qu'elle vit furent des arbres gris, aux branches tordues et à l'écorce grimaçante. Le soleil ne passait pas à travers leur dense feuillage. Une brume inquiétante couvrait le sol. La jeune fille décida alors de s'enfoncer dans la forêt. Elle se perdit rapidement. Les arbres se ressemblaient tous. Rien ne permettait de les distinguer et de retrouver son chemin.
Heureusement, elle finit par arriver à une petite maison, dans une clairière grise. Le chaume du toit était pourri. La charpente apparaissait par endroits. Les briques étaient d'un rouge sale, poussiéreux. La porte était en bois renforcé de fer forgé. Il s'en dégageait une sorte de tristesse. Affamée et assoiffée, elle toqua à la porte. Elle entendit aussitôt des exclamations derrière le battant, sept voix différentes. "Qui est-ce ?", "Ne la laissez pas rentrer !", "Attention", "Elle a déjà failli nous avoir", "Elle ne fait pas comme ça d'habitude", "Regardons, on verra bien". Peu après, la porte s'ouvrit en grinçant. Sept nains se tenaient derrière. "Rentre vite" chuchota l'un d'eux. Une fois à l'intérieur, la barde fut assaillie de questions : "Qui es-tu ?", "Que viens-tu faire ici ?". Exténuée, la jeune fille était bien incapable de répondre. La voyant ainsi, quatre nains la montèrent à l'étage et la déposèrent dans un lit froid et poussiéreux. Avant de s'endormir, elle eut le temps d'apercevoir les sept autres petits lits qui l'entouraient.

Durant la nuit, elle fut réveillée par une voix enjôleuse. "Laissez moi-entrer, je suis votre amie. C'est moi, Blanche-Neige". Les Nains criaient : "Non ! Tu n'es pas notre amie. Va-t-en !" La jeune fille, l'esprit engourdi par le sommeil, se leva et, dégageant un trou dans le toit en chaume, observa le devant de porte. Une femme à la peau blanche comme la neige et aux lèvres rouges comme le sang se tenait là. Elle scintillait dans la brume. Celle-ci leva la tête vers elle : "Toi, tu me laisserais entrer, non ?". Subjuguée, la jeune fille répondit par l'affirmative. La Reine fit alors un bond extraordinaire, se posant dans la chambre. Elle attrapa la jeune fille. Dans le même temps, un nain monta à toute vitesse. "Non, pourquoi l'as-tu invitée ! Tant qu'elle n'était pas invitée, elle ne pouvait pas rentrer". D'autres voix reprirent : "Nous n'aurions jamais dû l'accueillir !" L'apparition, elle, poursuivit de sa voix mielleuse : "Allons, je ne suis pas méchante. C'est moi, Blanche-Neige." "Non ! Tu les as tous dévorés, le Prince en premier !" crièrent-ils en chœur. "J'aurais voulu aimer mon Prince, je l'ai aimé, mais seul son sang m'intéressait" répondit-elle. Sa véritable silhouette apparut alors : un corps décharné, à la peau blanche comme la neige et aux os saillants, dominé par un crâne chauve mis en valeur par une bouche rouge comme le sang. La dernière chose qu'entendit la jeune paysanne fut son rire, résonnant dans la forêt, tandis que les nains s'enfuyaient dans la brume."



lundi 18 novembre 2019

Les Chahuteurs

J’ai toujours rêvé d’être enquêteur. Chercher des indices, traquer, réfléchir et trouver. Et j’ai fini par atteindre mon but : je suis devenu enquêteur dans la police. Mais après quelques années de service, j’ai décidé d’abandonner ce poste pour quelque chose d’encore plus excitant : me mettre au service du paranormal. Mon travail actuel consiste simplement à chercher des preuves de l’existence de certaines créatures ou d’esprits. Pas de les faire partir ou de les exorciser, ce boulot-là c’est celui de ceux qui passent après moi. Si je décide aujourd’hui de rendre cet écrit accessible, c’est parce que, après trois ans de recherches et de concertations d’experts, personne n'a trouvé le moindre moyen de faire disparaître ces créatures. Aussi, pour le bien commun, il me semble nécessaire de mettre à la disposition de tous le résultat de mon enquête concernant ce que j’ai décidé d’appeler les « Chahuteurs ».

Note : ceci n’est que le résultat de la recherche, si vous avez des questions sur le déroulement de celle-ci, n’hésitez pas et envoyez-moi un mail à l'adresse phil.inquisit@gmail.com. Je vous répondrai dès que possible.

Les Chahuteurs sont des créatures qui apparaissent lorsqu’on dort. Ils n'apparaîtront jamais si vous êtes éveillé, ni si quelqu’un d’autre est éveillé à vos côtés. Ils ont un comportement qu’on peut qualifier d’enfantin. Ils viennent en général à trois ou quatre, dans votre phase de sommeil profond, et ont pour « jeu » de faire le plus de bruit possible. Souvent cela ressemble à des cris d’enfants, des rires. Les sons ressemblent à ceux qu’on pourrait entendre dans une cour de récréation, mais tout ça sans vous réveiller. Ils semblent aimer jouer avec le risque, essayer de faire le plus de bruit possible sans vous faire sortir de votre sommeil. Alors, en général, les nuits où ils apparaissent, vous ne vous en rendez jamais compte. Ils passeront une heure environ à « jouer » à côté de votre lit, parfois à se bagarrer entre eux. Puis, si vous restez endormi, ils disparaîtront. Cela rend le phénomène très difficile à quantifier car les témoignages ne peuvent en rien nous informer sur la fréquence de celui-ci.
Nous savons néanmoins que les Chahuteurs: 
- peuvent apparaître n’importe où sur Terre, même si aucun témoignage n’a été recueilli auprès  de passagers d’avions (probablement car il y a la plupart du temps des gens éveillés autour), et le phénomène ne semble jamais s’être produit non plus sur un bateau. 
- peuvent apparaître aux côtés de n’importe qui, peu importe l’âge, le sexe ou le mode de vie. 
- une fois qu’ils ont commencé à jouer auprès de quelqu’un, semblent continuer plusieurs nuits d’affilé. Parfois une semaine, parfois un mois, mais rarement plus.

Nous avons une idée assez imprécise de l’apparence des Chahuteurs, car ces derniers détestent être vus. Si vous vous réveillez et avez le malheur d’en apercevoir un, il vous sautera immédiatement dessus pour vous crever les yeux avec ses ongles. La suite des tortures qu’il vous fera subir dépend des cas. Parfois il partira immédiatement, parfois il vous griffera légèrement le corps. Il pourra également aller jusqu'à vous arracher un membre voire, très rarement, vous tuer. Le châtiment alors administré à votre vue semble sans échappatoire, ces créatures sont très vives. Si l’une d’entre elles est aperçue, elles vous attaqueront toutes ensembles, donc à quatre environ.
Voici une description approximative des Chahuteurs basée sur divers témoignages, ces créatures étant la dernière chose que les victimes ont pu voir de leur vie. Ils mesurent aux alentours de quatre-vingt centimètres, ont une apparence humanoïde, avec une très grande tête disproportionnée par rapport à leur corps. Leur menton est pointu, surplombé par une énorme bouche dont deux canines sortent, au-dessus de laquelle est situé un nez se résumant à un trou. Leur visage est également marqué par une absence totale d’yeux, et ils abordent souvent une coupe de cheveux longue, qui leur couvre les oreilles et le haut du front. Leurs bras sont assez longs et leurs jambes courtes. Ils ont, que ce soit aux mains ou aux pieds, des ongles longs d’environ deux centimètres. Leur teint est assez sombre, brunâtre.

Je vais maintenant décrire une potentielle rencontre avec des Chahuteurs et vous donner quelques conseils sur la façon dont vous devez réagir:
1) Tout d’abord, vous vous réveillez en plein milieu de votre sommeil, généralement ce sera aux alentours de 3h du matin. Jusque-là, cela n’est peut-être qu’une simple insomnie. Ne paniquez pas.
2) Si vous vous êtes réveillé et avez le souvenir vague de l'avoir été par un bruit de pas, un cri ou un rire, surtout si cela vous évoquait une voix d’enfant, le risque que ce soit un Chahuteur est plus élevé, mais il demeure relativement faible. Après tout, cela n’est peut-être qu’un rêve.
3) Que ce soit le cas ou pas, ne paniquez pas. La plupart du temps, les Chahuteurs sentent votre réveil et entreprennent de se cacher, sous votre lit ou dans votre armoire. Pour une raison inconnue, les Chahuteurs mettent environ deux à trois minutes avant de complètement disparaître. Il est néanmoins conseillé d’attendre une vingtaine de secondes avant d’allumer la lumière car parfois, et surtout si votre chambre a peu de meubles, ces créatures peuvent avoir du mal à trouver une cachette.
4) Attendez 2 à 3 minutes, je vous conseille pour ma part d’attendre 5 minutes, avant de regarder sous votre lit ou dans vos armoires si cela peut vous rassurer. Pas avant. Vous ne voulez pas les trouver.
5) Une fois cela fait, vous pouvez aller dormir de nouveau, mais soyez certain d’une chose: les Chahuteurs reviendront, ils passent la nuit entière avec la même personne si celle-ci s’est réveillée, alors dormez profondément.

A l’heure actuelle (5 septembre 2019), nous n’avons trouvé aucun moyen de neutraliser ces créatures sans risques pour la victime. Il est capital d’obtenir toutes les informations possibles car les Chahuteurs représentent un réel danger pour tous, et leur nombre, ou du moins le nombre de témoignages les concernant, explose depuis un an. Si vous vous réveillez au milieu de la nuit avec l’étrange impression d’avoir entendu un rire d’enfant, il est impératif que vous suiviez les instructions ci-dessus. Le lendemain, n’hésitez pas et contactez-moi par mail.

Bien à vous,
P.

Voici donc la dernière creepypasta gagnante du concours d'Octobre à être publiée, écrite par Princeps ! 

lundi 11 novembre 2019

Histoire d'Halloween

Halloween a toujours été une fête... quelconque chez moi. Même quand j'étais petite. Bien sûr, je me rappelle avoir passé plusieurs années à chasser les bonbons avec mes amies, déguisée en sorcière ou en ange, mais pendant qu'elles dansaient, riaient, et s'amusaient à se faire peur, moi... je m'ennuyais franchement. J'ai vite arrêté, de toutes façons je commençais à être trop grande pour défiler dans les rues et quémander des sucreries aux voisins du quartier. Depuis, Halloween est devenue une journée comme les autres. Mais je dois avouer que ça me fait sourire aujourd'hui, de voir les enfants sonner à ma porte et me demander des bonbons. Ça ma rend un peu nostalgique, malgré ce que j'ai pu dire à propos de ces soirées. C'est pour cela que j'achète toutes sortes de friandises quelques jours avant, histoire d'avoir toujours quelque chose à donner. Quand j'ai quitté la maison familiale, et pris mon premier appartement, je n'imaginais pas le nombre d'enfants qui sortiraient le soir d'Halloween dans mon nouveau quartier. Il était calme, un peu perdu, il n'y avait pas grand-chose à faire, alors j'imagine que pour beaucoup de gamins c'était l'une des seules activités intéressantes de l'année.

Tous les soirs d'Halloween, c'était la même chose : je ne pouvais pas me poser plus de cinq minutes sans qu'un groupe d'enfants, parfois accompagné d'un adulte, ne sonne à ma porte et scande "Des bonbons ou un sort !". Ça me faisait rire et, étant célibataire, ces interactions, bien que courtes, égayaient souvent ces soirées. Habituellement je ne recevais plus de visite après 22 heures, 22 heures 30 grand maximum. Mais il y avait cet enfant. Cet enfant qui arrivait toujours après les autres. Cet enfant qui était toujours seul. Cet enfant qui... m'a fait une impression particulière la première fois que je l'ai vu.

Il était plus de 23 heures. A cette heure-ci, je commençais à ranger dans les placards les derniers bonbons qu'il me restait, me disant que je ne recevrais vraisemblablement plus aucune visite pour ce soir. Mais non. On a sonné à ma porte. Après avoir lancé un rapide coup d’œil sur l'horloge, j'ai ouvert la porte, et je suis tombée sur cet enfant. Il portait un masque en forme de crâne, qui cachait non seulement son visage, mais enveloppait également toute sa tête, ainsi qu'un simple t-shirt bleu clair délavé en guise de costume. Il y avait quelques traces de sang sur le masque et le T-shirt, mais également sur sa peau extrêmement pâle. Je ne suis pas une personne qui aime juger, mais son accoutrement me laissait... un peu perplexe. Comme si ses parents n'avaient pas assez d'argent pour acheter un déguisement complet, et que ce gamin essayait de rattraper le tout en ajoutant du faux sang. Ça lui donnait un air particulier. Mais peut-être que cela était accentué par le fait qu'il ne parlait pas. Dès que j'ai ouvert la porte, il est resté silencieux pendant... cinq petites secondes j'imagine, avant de tendre ses bras, ouvrant bien grand son sac à bonbons. La chasse ne devait pas être bonne pour ce petit, le sac semblait plutôt vide. Je lui ai offert mes dernières friandises, et il m'a fait un rapide salut de la main avant de tourner les talons, toujours aussi silencieux. Je suis restée devant la porte quelques instants, et j'ai haussé les épaules. Halloween s'est arrêté de cette façon, cette année-là.

Ce premier Halloween sans ma famille a également été marqué par un autre événement, beaucoup plus grave. Le lendemain, derrière un bâtiment, près des poubelles, un concierge a retrouvé un corps. Le corps d'un enfant. Une petite fille, poignardée plusieurs fois à l'aide d'un morceau de verre. La nouvelle a choqué tout le quartier, dont moi bien évidemment. Ce voisinage si paisible s'était soudainement... transformé. Par la peur et la paranoïa. Parmi les habitants se trouvait un meurtrier. Je ne me rappelle pas très bien comment se sont déroulés les premiers jours qui ont suivi le drame, de mon côté. Comme tous les autres j'imagine, l'horreur en premier lieu, puis la crainte, l'insécurité. Mais ça n'a pas duré, bien évidemment. C'est peut-être horrible à dire, mais passés les premier mois, les marches blanches, les hommages... Nous avions déjà tous oublié. La vie avait repris son cours, après tout, ce n'était qu'un fait divers parmi tant d'autres. Même si le meurtrier n'avait pas été retrouvé... finalement, je m'étais trompée : le voisinage était redevenu paisible, comme si cette affaire n'avait jamais existé. Une information en efface une autre, comme on dit.

Le deuxième Halloween que j'ai vécu dans ce quartier était quasiment identique au premier. En réalité, il était parfaitement identique. Cette histoire n'avait eu aucune incidence, et je pense même qu'il y avait encore plus d'enfants dans les rues cette année-là. Et, vous vous en doutez, en toute fin de soirée... l'enfant était là. Comment j'ai réussi à le reconnaître ? Il avait le même déguisement. Le même masque en forme de crâne, un t-shirt sobre, et plusieurs tâches de sang sur le corps et les vêtements. Les mêmes gestes que l'année dernière : un silence de mort, son sac grand ouvert, un rapide geste de la main, et il a disparu. Comme je vous l'ai dit, cet Halloween était similaire au dernier. En tout point. Le lendemain... on a retrouvé un nouveau cadavre. Encore une enfant, une nouvelle fois tuée de manière extrêmement violente. Et c'est à ce moment précis que tout a changé pour de bon. Cette fois-ci... Toutes ces émotions, toutes ces peurs, tous ces soupçons... ne se sont pas dissipés. Deux meurtres deux années de suite le soir d'Halloween, et un assassin toujours en liberté... Ce fut dur. Pour tout le monde.

Inutile de dire qu'après ce deuxième incident, les derniers Halloween ne se sont pas spécialement  passés dans la joie et la bonne humeur. Au fil des ans, je recevais de moins en moins d'enfants à ma porte. Ce n'était pas vraiment une peur exagérée, à vrai dire. Chaque année, on avait droit à une nouvelle atrocité. Malgré les gendarmes, malgré les bénévoles chargés d'ouvrir l’œil, personne n'a réussi à empêcher les meurtres de se reproduire. Année après année. Ça a duré encore trois ans. Quatre enfants avaient déjà perdu la vie. Le cinquième Halloween après le premier meurtre, mis à part quelques groupes d'enfants, plus personne ne faisait la fête. Après, plus grand-monde ne s'intéressait à Halloween dans le village, il faut l'avouer, mais disons que les meurtres ont accéléré le processus. J'étais en pleine période de déménagement, et ça m'arrangeait de ne pas avoir à ouvrir la porte constamment. Certains enfants étaient bien là à vouloir des bonbons, mais leur nombre chutait au fil des années. Cependant, il y en avait un qui était toujours à son poste. Ce gamin. Le même masque, un t-shirt banal... Mais cette fois, aucune trace de sang. Ça ne m'a pas surpris plus que ça, je me disais que laver ces affaires à la main devait être compliqué pour sa mère ou son père. Comme vous pouvez vous en douter, le même comportement, les mêmes petits gestes de sa part. Néanmoins, j'ai essayé de lancer une conversation. Après tout, je le connaissais depuis cinq ans maintenant. Je lui ai juste balancé "Tu n'es pas un peu trop vieux pour participer à Halloween, maintenant ?". Il n'a rien dit, a haussé les épaules, et ç'a été notre dernière rencontre.

J'ai quitté le quartier quelques jours plus tard, après un cinquième meurtre. Néanmoins, peu après mon départ, ils ont enfin trouvé l'assassin. Je pense que beaucoup ici l'ont déjà deviné : il s'agissait de cet enfant. Les tâches de sang sur ses vêtements n'étaient pas de la décoration, c'était de l'hémoglobine véritable, appartenant à ses victimes. Une fois ses pulsions calmées, comme tous les autres enfants, il allait toquer aux portes pour récupérer des bonbons. J'ai également appris qu'il avait étranglé sa dernière proie, ce qui expliquait l'absence de sang sur lui. Je ne me rappelle plus comment j'ai réagi. Un peu... choquée je dirais ? Je ne sais pas. Mais voilà, c'était une histoire que je voulais raconter. J'aurais aimé vous inventer une chute extrêmement terrifiante, un "plot twist", mais ce n'est pas le but. C'est une anecdote sur Halloween. Le fait d'avoir croisé la route de l'assassin pendant toutes ces années, le fait qu'il était un enfant... C'est tout. Une histoire de ce genre, qui... en quelque sorte, forge un peu plus le côté mystique de cette fête. La rend un peu plus éternelle, un peu plus... effrayante. Ce sont ce genre de faits qui nous font nous rappeler Halloween.

Voici donc la deuxième creepypasta siégeant sur le podium du concours à être publiée, écrite par Luidi. Je trouve que l'originalité et l'étrange simplicité de cette histoire font tout son charme, et ce sont sans doute eux qui lui ont valu cette victoire.

lundi 4 novembre 2019

Mémoires

Aujourd’hui, j’ai 65 ans. La majeure partie de ma vie, je l’ai passée à récolter des témoignages dans le but de monter un documentaire sur la Grande Guerre. Mais les années passant, j’ai eu de sacrés problèmes, autant sur le plan familial que sur celui de la santé. Je crois que j’ai peu a peu transformé mon projet de documentaire en une arlésienne, condamnée à jamais à rester une suite de pages traînant sur mon bureau poussiéreux. Avec la mort du dernier vétéran de la Grande Guerre en 2012, une aviatrice anglaise si je me souviens bien, j’ai relégué mon projet au deuxième plan. En fait, je pensais ne jamais le ressortir des placards.
Ma femme m’a beaucoup aidé à monter ce projet. C’est elle qui m’a obtenu la plupart des rendez-vous avec les vétérans, étant donné qu'elle était infirmière en maison de retraite. Du moins, elle m’aidait pour ceux qui se trouvaient dans son établissement. Pour les autres, ceux qui résidaient dans d’autres coins de la France, je me débrouillais seul. Bien souvent, elle me traduisait ce qu’ils disaient, car n’étant guère habitué à leur diction approximative, je ne saisissais rien de ce qu’ils tentaient de me dire. C’était en 1979, j’avais donc 30 ans. La plupart des vétérans étaient déjà octogénaires, et nous avons passé du temps à écouter leurs histoires, recueillir leurs témoignages. Souvent par petites séances, pour les ménager.
Je n’ai vécu aucune guerre, et je ne peux pas imaginer ce que cela a dû être pour ces hommes de raviver de tels souvenirs. Certains se plongeaient dans le mutisme sans crier gare, quand d’autres se mettaient à sursauter au moindre claquement de porte. Nous savions alors qu’il était temps de laisser ces gens se reposer. Il nous fallait néanmoins nous hâter, car la condition de ces hommes n’allait pas en s’arrangeant. Entre 1979 et 1991, j’ai rencontré vingt-trois vétérans de la Première Guerre mondiale. Des français pour la plupart, mais aussi deux allemands et un italien. Et ma femme m’a suivi presque à chaque fois.
Ces hommes avaient déjà été sollicités maintes et maintes fois pour raconter ce qu’ils avaient vécu, pour des documentaires ou des émissions de télévision. En lisant mes interviews aujourd’hui, je me rends compte qu’il n’y a plus grand-chose à en tirer. Tout ce que ces hommes m’ont dit, ils l’ont aussi dit à d’autres qui ont été plus ambitieux que moi, et actuellement, le contenu de mes pages ne comporte plus rien de nouveau qui justifierait qu’on en fasse un documentaire. Malgré tout, j'ai trois interviews qui sortent du lot.
Les trois hommes que j’ai interviewés ont tous évoqué une même chose qu’ils ont décrite presque unanimement. C’étaient deux vétérans français, et un italien. Ils n’étaient pas au même endroit au même moment, et n’étaient pas non plus dans les mêmes régiments ou unités. Ainsi, la première fois que j’ai entendu parler des «  nègres fins », c’était en 1982. J’interviewais Michel Augier, qui avait servi à Verdun en 1916, dans le 106e régiment d’infanterie territoriale. Voici le passage en question :

« Michel Augier : […] C’était un sacré bourbier, donc. Mais il n’y avait pas de tirailleurs avec nous, c’est un détail qui a son importance, vous devriez le noter. Dans le coin où on était, vers la côte 304, enfin dans le coin où j’étais moi en tout cas, la visibilité était mauvaise. J’avais trouvé un petit recoin, un renfoncement dans la tranchée et je m’y étais installé. Au-dessus de ma tête on avait disposé des planches, pour s’abriter de la pluie et des shrapnels. Ces planches faisaient une sorte de pont, au dessus de la tranchée. Mais si un imbécile heureux avait eu la bonne idée d’y marcher en dessus, il se serait fait tuer par les allemands.
Une nuit, j’essayais de dormir, un peu plié comme je le pouvais, n’est-ce pas. Je partageais mon trou avec Maurice, un autre soldat qui venait de… je crois qu’il était des Vosges. […]Je l'ai senti bouger à côté de moi et quand je l’ai regardé, il levait la tête par-dessus la tranchée. Je lui ai attrapé la manche pour le faire se coucher et c’est là qu’il m’a dit qu’il avait vu un boche s’approcher. Je me suis levé à mon tour et j’ai jeté un coup d’œil. On avait pas le droit de se servir de nos jumelles parce qu’elles brillaient dans le noir et on aurait été pris à partie. Au premier coup d’œil je n’ai rien vu. Il faisait noir, on voyait juste des lumières oranges dans les tranchées d’en face. C’est qu’il faisait froid aussi, donc les allemands avaient allumé des feux.
Et puis j’ai vu bouger là, dans le noir. C’était pas loin hein, peut-être à cent mètres de nous. J’ai pris mon fusil discrètement et j’ai mis l’intrus en joue, puis j’ai tiré. Bien sûr, ça a réveillé tout le monde et je me suis empressé de replonger dans ma tranchée, vous imaginez. Je pense pas l’avoir touché, mais je suis sûr que c’était pas un boche. Pour être franc, je sais pas ce que c’était. Mais quand j’avais tiré, ça s’était mis à cavaler à quatre pattes alors que c’était debout avant la seconde d'avant. Et ça courait pas comme un chien ou quoi que ce soit d’autre. C’était debout comme votre femme là, puis d’un coup à quatre pattes. Je pense que Maurice et moi avons été les seuls à le voir parce que si quelqu’un d’autre l’avait vu, il l’aurait aligné tout comme. »

Ne sachant trop si Michel Augier me racontait un souvenir déformé par le temps ou une affabulation, je lui ai demandé sans conviction de me décrire cette chose. J’étais à ce moment-là persuadé que c’était un animal. Il faisait noir, Michel l’avait dit. Et puis, il n’avait pas regardé longtemps, il aurait été abattu sinon. Tout laissait place à l’erreur.

« Michel Augier : Oh bah ça, vous m’en demandez de bien bonnes aujourd’hui ! Bon… c’était plutôt gringalet, n’est-ce pas. C’était noir, mais je ne saurais pas vous dire si c’étaient des poils, des plumes ou quoi que ce soit d'autre. Ç'avait deux bras et deux jambes. Et lorsque cette chose s'est mise à courir, elle avait le dos voûté. Quand on en a parlé avec les autres, ils nous ont dit que c’était surement un sénégalais qui était devenu fou. Ça nous a bien fait rire sur le moment, mais on avait pas de tirailleurs dans notre coin, ils étaient bien plus bas sur le front. On a quand même gardé cette version-là parce qu’elle nous faisait rire. On a appelé ça un nègre fin. Nègre parce que c’était noir et fin parce que c’était gringalet. »

En sortant, j’ai mis toute la fin de l’interview entre parenthèses, parce que je pensais qu’elle ne me serait pas utile pour mon projet. Pour moi, encore une fois, malgré tout le respect et l’admiration que je portais à Michel Augier, il ne s’agissait là que d’une interprétation farfelue et biaisée par l’enfer des tranchées d’une rencontre avec un animal.

En 1983, presque un an plus tard, j’interviewais Jean-Eugène Servant, près de Bordeaux. Âgé de 82 ans, il avait servi à Verdun mais également pendant la bataille de la Somme, au sein du 418e régiment d’infanterie. Après qu'il m'a raconté en détail son expérience de ces deux grandes batailles, je lui ai demandé à tout hasard et sans trop de conviction s'il avait déjà entendu parler de « nègres fins ». Je lui ai décrit sommairement le témoignage de Michel Augier. Jean-Eugène paraissait mal à l’aise, presque honteux. Finalement, il a acquiescé. Lui les avait appelés les « bougnats ». Un bougnat était un marchand de charbon, il a donc rapproché la couleur de ces choses à celle du charbon.

« J-E Servant : […] Après ça, nous nous sommes enterrés dans les bois. C’était en novembre et on avait un temps exécrable. Parfois même, on écopait nos trous avec nos quarts ( Ndla : un quart est une tasse métallique dont le militaire se sert pour boire ou manger ), on faisait ce qu’on pouvait mais le confort était aux abonnés absents. Je crois que pendant toute la période pendant laquelle je suis resté là-bas, je n’ai pas eu de vêtements secs, pas une fois. Nous, on était dans les bois, ceux de Saint-Pierre-Waast pour être exact, pas loin de Rancourt si jamais ça vous dit quelque chose. Alors imaginez ceux qui n’étaient pas autant à l’abri, en dehors des bois. De la boue partout, tout le temps.
On avait pas mal de rats aussi, qui cherchaient à s’abriter, mais aussi à se nourrir. Ces salopiots taillaient dans les sacs de vivres, trouaient nos vêtements, nous amenaient poux et puces. Des fois même, ces fils de putains nous mordaient dans notre sommeil. Nous avions développé des stratagèmes pour nous en débarrasser, ou du moins réduire leur nombre. On avait installé des pièges un peu partout, et certains faisaient même la collection des rats morts. Vous savez Patrick ( Ndla : c’est mon prénom ), j’ai mangé des choses immondes dans ma vie. Mais la viande de rat, c’est une des pires.
En fait, ce n’est pas tellement le goût, mais le fait de s’imaginer que l’on mange la même bestiole qui a sûrement grignoté les orteils des morts gisant quelque part dans la boue. Parce que faut le dire, c’était courant qu’en écopant l’eau de la tranchée, on bute sur quelque chose de dur sous l’eau. Et en général, c’étaient des corps. Mais je m’égare.
Une nuit, pendant mon tour de garde, je marchais dans la tranchée. Il n’avait pas plu, l’eau avait donc laissé place à une couche épaisse de boue. D’ailleurs, j’avais bien du mal à me déplacer rapidement, dans la tranchée. Je vérifiais si tout le monde allait bien, je jetais de temps en temps un coup d’œil discret par-dessus le parapet pour voir si les casques à pointe ne tentaient pas quelque chose, ou si je voyais une tête dépasser de leur tranchée. Ah, j’oublie de vous dire que ces cadavres qu’on trouvait dans l’eau, on les laissait pas en plein milieu du passage. On les avait entassés… je n’aime pas ce mot mais c’est malheureusement le plus représentatif. On les avait entassés donc, à une extrémité de la tranchée. Ils bouchaient le passage, en quelque sorte.
J’arrive donc au niveau de la pile de corps, et du coin de l’œil, je crois voir bouger un bras. Je me tourne vers le monticule de cadavres, un peu désarçonné. Et je ne rêve pas, un corps bouge. Puis un autre. Très vite, je me rends compte que ce ne sont pas les corps qui bougent, mais quelque chose dessous. J’arme mon Berthier (Ndla : Fusil de dotation de l’armée française durant la seconde moitié de la Grande Guerre ) et instinctivement, je mets en joue l’endroit d’où je pense que provient le mouvement. Je m’approche tant bien que mal, mes pieds s’enfonçant dans la boue. Du bout de mon canon, je tâte les corps et j’entends un grognement strident. De surprise ou de terreur, le tir m’échappe, et les corps se soulèvent d'un coup avant de me tomber dessus. Je ne comprends pas tout de suite ce qui m’arrive, mais je me retrouve allongé sur le dos, enfoncé dans la boue par les deux ou trois cadavres qui ont atterri sur moi. Et devant moi, je vois… comme un animal, voûté, qui respire en haletant. Il a la peau noire, et je dis peau parce que ce n’étaient pas des poils, mais bien un cuir. Je pouvais voir ses muscles.
Je m’apprête à hurler, à appeler n’importe quel sous-verge (Ndla : Sous-officier ) qui passerait par là. Mais là, cette chose se relève lentement et se juche sur ses deux pattes arrières. J’ai prié. Enfoncé dans ma boue, j’ai prié. […]C’était debout, et c’était grand. Surtout, ça se tenait parfaitement debout. Pas du tout chancelant comme un ours qui essaierait de se dresser, non non, bien fixe. Ça a enjambé le tas de cadavre et c’est sorti de la tranchée comme vous montez un escalier. »

La description ressemble à s’y méprendre à celle de Michel Augier. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’il ne pouvait pas s’agir d’une coïncidence. Ces deux hommes ont vu la même créature, l’ont décrite et ne se sont jamais rencontrés. J’ai fait quelques recherches, interviewé d’autres vétérans après ça, mais je n’ai plus entendu parler de « nègres fins » ou « bougnats » jusqu’en 1991.

En 1991 donc, j’ai interviewé Pavi Trapanese, vétéran italien de la première guerre mondiale. Il était soldat dans la 52e division d’Alpini, spécialisés dans le combat en milieu montagneux. Comme avec les autres, je n’ai pas abordé tout de suite le cas de ces créatures. Trapanese me racontait donc difficilement ( il avait 95 ans à ce moment-là ) comment il s’était battu pour reprendre le Mont Ortigara, dans la région de Venise. Après plusieurs pauses, j’en suis venu à lui demander s'il avait vu des choses étranges durant la guerre. Tout d’abord, il m'a répondu que non. Il a réfléchi quelques instant, puis m'a à nouveau assuré qu'il n'avait rien vu d’étrange. Alors que je me préparais à mettre un terme à l’entretien pour le laisser se reposer, Pavi Trapanese a semblé avoir un éclat de lucidité. Son regard fixé dans le mien, il m'a dit que si, il se souvenait. Notez que ce qui va suivre est une retranscription de l’enregistrement que j’ai fait à l’époque. Trapanese y parlant en italien, j’ai traduit en français, il se peut qu’il y ait des erreurs.

« A la toute fin… quand nous avons déplacé les corps de nos camarades, mais aussi ceux des austro-hongrois, je me souviens de quelque chose. C’est très fugace, je l’avais presque oublié. Je me souviens d’une image. Je regarde les chariots de cadavres qui descendent dans la vallée, depuis un point en hauteur. A l’orée de la forêt, je vois du mouvement. Le soleil se couche, je ne distingue pas bien ce que c’est. La forêt est dans l’ombre de la montagne. Au départ, je pense à des éclaireurs ou des rescapés austro-hongrois. Je pense ensuite à des ours lorsque je les vois courir à quatre pattes. Il  y a un corps qui traîne en bas de la route. Je vois alors d’autres formes sortir des bois, ils sont peut-être cinq ou six. L’un d’eux s’approche du corps, alternant entre cavalcade à quatre pattes et course debout. Il attrape le cadavre, et le tire jusque dans la forêt.
Maintenant que j’y repense, il s’agissait sûrement d’ours. Oui, très certainement. »

A ce moment-là, Pavi Trapanese semblait très épuisé. Je l'ai donc laissé se reposer, en me promettant de revenir dans la semaine pour continuer l’entretien, creuser un peu plus sur cet épisode. Il est mort deux jours plus tard. C’est le dernier vétéran que j’ai interviewé.
Après ça, j’ai peu à peu abandonné mon projet. Je ne sais pas ce que vous en pensez. J’ai fait des recherches, recoupé d’autres interviews de collègues, mais je n’ai rien trouvé. Tout ce que j’ai, ce sont trois témoignages de trois hommes qui ne se connaissaient pas, qui ont manœuvré sur des fronts différents et qui ont pourtant tous trois vu la même chose.
De mon projet, il n’y a plus rien à tirer. Du moins, je n’en espère plus rien. Je poste ça ici dans l’espoir que ce cas vous intéresse et que vous fassiez vos propres recherches. Peut-être ai-je manqué quelque chose que d’autres découvriront. Personnellement, je pense que les réponses à mes questions sont mortes en même temps que les derniers vétérans.

La première des trois creepypastas ayant remporté le concours d'Halloween a être publiée, écrite par Atepomaros et portant sur le thème "Monstres". Le tout mis en valeur par une dimension historique qui n'a d'ailleurs pas été pour déplaire à nos votants. Encore félicitations à lui !

jeudi 31 octobre 2019

Résultats du concours de creepypastas

Aujourd'hui, nous sommes le 31 Octobre. Qui dit 31 Octobre dit Halloween, et de fil en aiguille, résultats du concours de creepypastas. Tout d'abord, nous tenons à remercier l'intégralité des participants et des votants. D'un côté comme de l'autre, vous étiez au rendez-vous. Cependant, le but d'un concours étant d'établir des vainqueurs, vous vous doutez bien que certains récits se sont plus distingués que les autres. Aussi, sans plus tarder, voici le classement des textes !

Cinquième place : Le jeu maudit (un troll made in Gordjack)
Quatrième place ex æquo : Le labyrinthe itinérant (par Manchot1er)/L'égout Rattenwater (par the Scary Warhol)
Troisième place ex æquo : Les dents blanches (par Marius)/Sans nom (par Maureen)
Deuxième place ex æquo : Cette fille (par Philsam)/Morts étranges (par Martien) /Je regarde encore (par Fram)/L'héritage (par Datkii)/Cauchemars (par AngeNoire)

Enfin, le moment est venu d'annoncer le gagnant. Ah, on me souffle dans l'oreillette qu'il n'y a pas un, pas deux, mais bien trois creepypastas à arriver en première place. Le podium sera donc cette fois  équitablement partagé entre trois textes ! Minute, quelle oreillette ?

 Première place ex æquo : Mémoires (par Atepomaros)/Les chahuteurs (par Princeps, sous l'étendard de la communauté Fighting Spirit)/Histoire d'Halloween (par Luidi)

Encore une fois, félicitations à tous nos participants, et plus particulièrement à nos gagnants ! Leurs textes seront publiés dans les prochains jours sur le blog, alors restez tapis dans l'ombre de la crypte !

Au nom de toute l'équipe de CFTC, il ne me reste donc plus qu'à vous souhaiter un terrifiant, horrible, abominable Halloween. Et si d'aventure votre nuit, en cette fête des morts, réclame son tribu en frissons, c'est avec un plaisir malsain que nous vous inviterons à plonger dans les limbes de Creepypasta from the crypt, et ce jusqu'au Pandémonium de l'horreur. 


lundi 28 octobre 2019

Camacrusa

Salut à tous et à toutes. J'ai un truc assez creepy à vous montrer, bien qu'un peu tiré par les cheveux. Un ami policier en Gascogne, dans le sud-ouest, connaissant mon goût pour les histoires flippantes, m'a envoyé le script d'un témoignage oral dans une affaire de disparition. Je vous le poste ici.

- Début du script du témoignage de Pepito Williams sur l'affaire Pedro-Jordan :

Vous voulez savoir ce qu'il s'est passé ? D'accord, je vais vous le répéter... C'est déjà la troisième fois, mais bon.

Le 11 octobre, avant-hier quoi, moi et une bande de potes, on a décidé de partir en randonnée. Comme on est plutôt sportifs, et qu'on avait déjà fait pas mal de randonnées dans le coin, on a choisi de sortir des sentiers battus. Oui bon d'accord, c'est risqué je sais, mais là c'est pas ce qui nous intéresse, je crois.

Je reprends. Nous sommes donc sortis du sentier balisé pour nous enfoncer un peu dans une vallée boisée, le genre de belle vallée verdoyante avec des arbres bordant une rivière, tout ça quoi. Bref, jusqu'à la tombée de la nuit, rien de grave. Ah, je ne vous l'avais pas dit ? Oh, ben d'accord, je vous le dis maintenant alors : on avait aussi décidé de camper un peu dans la vallée. Rien de grave, un village était à à peine 15 km. Normalement, on était en sécurité.

Donc, la nuit est tombée. Nous, on a continué de marcher jusqu'au point où nous avions décidé de nous arrêter pendant la nuit. Dans la nuit, vous le savez sûrement, on marche en colonne pour éviter les obstacles. Le premier, en l'occurrence moi, comme ici d'ailleurs, a une lampe et les autres suivent, le dernier fermant la marche.

Et là, je suis tombé sur une jambe. Croyez-moi ou pas, c'était une putain de jambe. Pas le genre jambe-coupée-pour-film-d-horreur, mais une jambe verdâtre un peu couverte de mousse, qui se tenait là, debout, devant moi. Au niveau du genou, un œil me fixait. Alors moi, je me suis arrêté, normal. Les autres m'ont demandé ce qu'il y avait. Je leur ai montré la jambe. Je crois que là on s'est tous dit "What the fuck man ?". Là, le truc a commencé à avancer à cloche-pied vers moi. J'étais assez effrayé pour tout vous dire, mais j'étais motivé par la présence des autres. Donc, j'ai pas reculé. Et puis, ce pouvait être une blague des gamins du coin ou un hoax quelconque, une caméra cachée, un truc du genre. Mais quand elle est arrivée plus près de moi, je tremblais d'effroi. La jambe était creuse. L'intérieur était rempli de dents, avec une langue rouge vif s'agitant au fond. Je me suis vite tourné vers les autres, ils avaient les yeux aussi ronds que moi devant cette jambe creuse. Elle m'a sauté dessus, l’impact me faisant chuter, et je suis resté groggy pendant 2-3 secondes. Quand j’ai retrouvé mes esprits, la jambe était sur ma poitrine. D'un seul coup, je me suis relevé et je l'ai envoyée valdinguer. Je me suis enfui en courant, ce truc était dangereux. Aixe m'a suivi, mais pas Pedro, ni Jordan. Avec le recul, m'enfuir comme ça c'était pas cool, j'aurais dû revenir les chercher. Sans lumière, dans une forêt, la nuit, on peut pas s'en sortir. En fuyant, comme ma lampe valdinguait un peu, j'ai pu voir que d'autres  jambes se dirigeaient vers l'endroit d'où on était venus.

Finalement, on est arrivés au village, Aixe et moi. On est entrés dans la maison qu'on avait louée, et on y est restés calfeutrés toute la nuit.

Dès le lendemain, on est allés chercher le garde-forestier pour qu'il nous aide à retrouver nos deux potes. On lui a montré le lieu où on s'était perdus de vue. Il y avait des traces de piétinements, et des empreintes de pas qui s'éloignaient de cette zone, avec bizarrement la trace d'un seul pied à chaque fois. Le garde-forestier, qui devait avoir soixante-dix ans, nous a dit qu'on ne les retrouverait pas, que ce n'était pas la peine de s'acharner. Rebroussant chemin, il a murmuré une seule chose. "Camacrusa".

- Fin du script

Si vous voulez savoir la suite, mon ami m'a informé que Pepito Williams était connu chez eux pour son addiction à des drogues de tous poils, et ses amis Aixe, Pedro, et Jordan aussi. Il est donc vraisemblable que tout cela n'ait été qu'une hallucination, et que Pedro et Jordan se soient noyés dans la rivière adjacente, après une sorte de rave party sylvestre. Il m'a aussi dit que les recherches, pour l'instant, ne donnaient rien. Quant au garde-forestier, il est mort d'une crise cardiaque chez lui, le 13 octobre. Le jour suivant ayant été balayé par de fortes pluies, les traces mentionnées par Pepito n'ont jamais pu être retrouvées.

lundi 21 octobre 2019

Le frère modèle

Les liens entre les membres d'une même fratrie sont une énigme.
Bien souvent, au sein de leur famille, les fratries se mettent en constante compétition avec des activités malsaines. Alors que les choses pourraient être simples.
Si simples ...
Mon frère Rémi n'était pas de ce genre-là. Nous avions toujours eu un rapport complice, il me montrait sans cesse des jeux à faire dans la maison. Ma mère ne comprenait jamais, et s’énervait beaucoup en qualifiant mes loisirs de bêtises dangereuses. Mais mon frère était toujours présent pour arrondir les angles en prenant ma défense. Réellement, je vous le dis : on devrait tous avoir un grand frère comme modèle. Lorsque j'ai grandi, les choses ont quelque peu commencé à changer. Il ne me poussait plus vers ces sources d'amusements en solo, il voulait à présent jouer avec moi, être à mes côtés pour mieux me guider. Inutile de dire que j'étais aux anges.

Un jour, alors que j'avais six ans, Rémi s'est approché de moi en catimini, et a chuchoté à mon oreille : " Hé frérot, tu voudrais t'amuser et devenir un grand ? Un vrai de vrai ? " Il souriait gentiment, une main derrière le dos, comme s'il cachait quelque chose. De l'autre, il m'a fait signe de venir avec lui. Flatté et amusé, je l'ai suivi.
Arrivé dans sa chambre, on s'est assis l'un en face de l'autre sur le parquet. Il a alors posé de petites sphères rouges sur le sol. " Indiana Jones en personne croque dans ces bonbons avant de partir à l'aventure. Il est tellement costaud qu'il les mange par cinq. Toi aussi t'es un guerrier, frérot ! "
D'un geste, il a poussé les friandises vers moi. Peu rassuré, j'ai secoué la tête. " J'ai jamais vu qu'il se nourrissait avec ces machins dans ses films." " C'est parce qu'il le cache, pardi! Il va quand même pas montrer toutes ces astuces à tout le monde. Mais Indiana Jones le sait, moi je le sais, et toi aussi maintenant ! "
Comme mon idole, je voulais être un guerrier. Alors, j'ai enfourné les cinq bonbons en même temps, et ai croqué. Un feu a envahi ma bouche, brûlant ma langue et mes gencives alors que mes lèvres se mettaient à enfler. La brûlure s'est étendue jusqu'à ma gorge, tandis que je me mettais à tousser et à suffoquer. Ma mère, qui était en bas, a entendu mon corps tomber lourdement au sol. Elle a grimpé l'escalier, couru dans le couloir, et pénétré dans la chambre. Elle a aussitôt été renseignée par mon frère : " Il... Il a avalé de travers. Je ne sais pas ce que je dois faire."

J'ai passé quelques heures à l'hôpital. Cependant, les médecins ont dû assurer à ma mère que ce n'était rien, car dans la journée, j'étais de retour chez moi.
Les jours suivants, c'était comme si mon sens du goût avait été altéré. De toute façon, la brûlure qui persistait dans ma bouche m'a dégoûté pendant un moment de l'acte de manger.
Quant à mon frère, il se répandait toute la journée en excuses. Il s'était trompé dans le choix des bonbons, et avait pris des friandises totalement différentes de celles du film. Je m'en voulais de l'amener involontairement à se justifier. Après tout, on devrait tous avoir ce genre de grand frère exemplaire.

De tous les endroits de la maison, le grand escalier en bois, dont ma mère nous avait formellement interdit l'accès, avait fini par devenir le lieu préféré de mon frère. Un soir, il s'est approché de la première marche, des craies et un chiffon à la main. Il s'est ensuite tourné vers moi : " Tu voudrais retomber ? Retomber en enfance ?" Il avait cet air énigmatique sur le visage, admirant le vieil escalier.
" Maman nous a interdit d'y aller. Elle dit que c'est dangereux."
" Maman dit ci, maman dit ça ! Espèce de poule mouillée ! Elle est pas ici au cas où tu l'as pas vu, donc on a le champ libre. "
J'étais déjà prêt à éclater en sanglots, et je regardais mon frère avec de plus en plus de réticence. Rémi avait rarement été dans cet état d'agacement et de rébellion. Il a ignoré mon regard, et a tracé à la craie des chiffres, des traits et des spirales sur les premières marches. " Et le jeu du jour est... ( Il a mimé un mouvement de frappe violent sur un tambour imaginaire)... La marelle !" Paniqué, j'ai jeté un œil vers l'escalier, et ce jeu insensé.
" Je ne veux pas jouer."
" Oh que si, tu vas le faire. Moi, je vais m' amuser ! Ton rôle en tant que frangin, c'est de venir jouer avec moi. Allez c'est facile ! Je commence pour te montrer l'exemple."
Il est venu se placer sur la toute première marche, puis s'est cramponné à la rampe de l'escalier, et a sauté sur la deuxième en équilibre sur son pied droit. Il a ri, et est revenu vers moi." Rapide, simple et efficace. Rien qu'une marche, une seule. Mais pour ton tour, on va juste un peu corser les choses."
Il s'est penché,et s'est mis à défaire mes lacets. Les larmes aux yeux, je l'ai regardé faire. Lorsqu'il s'est redressé, il m'a regardé avec un grand sourire. Un sourire, qui, étrangement, me dérangeait.
" Rappelle-toi, rien qu'une marche. "
Malgré toutes mes peurs, toutes mes réticences, la volonté tenace d'épater mon frère l'a emporté. Je me suis positionné sur la première marche, ai serré la rampe, et sauté sur la deuxième, m'appuyant sur mon pied droit.
Mais alors que je m'apprêtais à souffler, la voix autoritaire de mon frère s'est élevée. " Encore !" J'ai baissé la tête sur la marche suivante, qui m'apparaissait trouble. Je pleurais, et des larmes de peur ruisselaient sur mes joues, mouillant l'escalier.
" Allez, saute encore !"
J'ai fait ce qu'il me disait. J'ai sauté sur la troisième marche, prenant appui sur mon pied gauche. Lorsque ma semelle a touché le rebord, j'ai immédiatement regretté. Mon pied, manquant d'appui, a dérapé sur celui-ci, et tout mon corps s'est retrouvé projeté en avant.
Dit comme ça, trois marches, ça semble peu. Mais pour un garçon de mon âge, ça représentait une chute terrifiante. J'ai dégringolé douloureusement l'escalier, alors que mon corps se tordait dans un enchevêtrement bizarre de pieds, de bras, de mains et de jambes tordues dans des angles improbables, le tout accompagné d'un concert de craquements que j'aurais préféré oublier.
Alors que j'étais là, étendu au bas des marches, je pouvais entendre mon frère rire, et crier : " Encore, encore ! "

Voilà un an que je suis coincé dans ce fauteuil roulant, sans même savoir pourquoi. Mon grand frère est toujours aux petits soins avec moi, mais notre complicité a changé. Il refuse qu'on joue ensemble, ou de me lancer des défis comme avant. Il dit qu'il est sûr qu'il gagnerait, et qu'il n'y a donc aucun intérêt.
Oh, et autre chose !
Un bébé est venu agrandir les rangs des garçons de la famille. Je regarde d'ailleurs souvent Rémi s'occuper de lui. Peut-être enfonce-t-il le biberon trop loin dans sa bouche, et peut-être le berce-t-il un peu trop fort, mais je sais qu'il n'en est pas moins un frère exemplaire. Le soir, je l'entends chuchoter à l'oreille du nouveau-né : "Je jouerai avec toi. Je jouerai avec toi tous les jours. Et tous les jours, je te laisserai gagner..."
D'une certaine manière, ça me fait chaud au cœur. Ce petit aura une chance phénoménale de pouvoir jouer avec un tel frère, comme j'en ai moi-même eue.
J'espère que vous aussi, vous avez un Rémi, un grand frère dans votre famille. Je le souhaite à tous, de tout cœur.

Après tout, on devrait tous avoir un grand frère pour modèle.


Stup'Horror, notre chaîne partenaire, a réalisé une vidéo où est contée cette histoire. Vous pouvez la retrouver via ce lien !