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L'équipe de Creepypasta from the Crypt n'affirme ni n'infirme la véracité des témoignages et histoires présents sur ce blog. Pensez à consulter nos pages d'aide pour en apprendre plus, et à toujours vérifier les sources pour vous faire votre propre avis sur la question, ici comme ailleurs.

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Vous l'avez remarqué, le site est à l'arrêt. Nous sommes toujours derrière, mais nous devons discuter de la suite et ne pouvons plus publier en attendant.

Petit rappel amical : les creepypastas ne sont pas nécessairement des fictions, elles peuvent aussi être partiellement ou entièrement tirées de faits réels, c'est ce flottement qui fait leur charme (même si c'est plus facile à deviner pour certaines, on sait). Merci donc de ne pas nous assimiler à un Wattpad de l'horreur.

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lundi 26 septembre 2022

50 kopecks - Aide sur les légendes russes


Temps approximatif de lecture : 7 minutes.


Philémon Martin <cinquantekopecks@gmail.com> 4 août 2022 à 16:27

À : creepypastaftc@gmail.com


Salut l'équipe ! Ça fait déjà quelques années que je vous suis et j'aime beaucoup votre travail, mais je vous contacte aujourd'hui pour une histoire un peu personnelle. Vous allez peut-être la trouver un peu étrange, mais je me tourne vers vous parce que vous traduisez régulièrement des légendes russes, et je me suis dit que vous pourriez peut-être me renseigner, parce qu'il n'y a pas beaucoup de sources facilement accessibles sur le sujet. Je m'explique :


lundi 6 septembre 2021

La Boîte à Dibbouk


Temps de lecture : 12 minutes.

Tous les événements que je vais rapporter dans cette annonces sont réels et peuvent être vérifiés par le gagnant de l’enchère, grâce aux copies des dossiers médicaux et les déclarations sous serment que je vais inclure dans la vente du cabinet.

En septembre 2001, je suis allé à un vide-greniers à Portland, en Oregon. Les objets vendus appartenaient à une dame décédée à l’âge de 103 ans. Une de ses petites-filles m’a dit que sa grand-mère avait grandi en Pologne, où elle s’était mariée et avait fondé une famille, avant d’être envoyée dans un camp de concentration Nazi pendant la Seconde Guerre Mondiale. Elle était le seul membre de la famille à y avoir survécu. Ses parents, ses frères et sœurs, son mari, ses deux garçons et sa fille avaient tous été tués. Elle avait survécu en s’échappant du camp avec d’autres prisonniers, jusqu’en Espagne, où elle a vécu jusqu’à la fin de la guerre. On m’a dit qu’elle avait acquis le petit cabinet à vin présent au vide-greniers là-bas et que c’était un des trois seuls objets qu’elle avait emmenés avec elle lorsqu’elle a immigré aux Etats-Unis. Les deux autres étaient une malle et une boîte à couture. 

lundi 10 août 2020

Le témoignage d'une soeur

J'aime Beth. C’est la meilleure sœur du monde entier. Elle joue souvent avec papa et moi, même si elle dit tout le temps qu'elle est trop vieille pour jouer comme une petite fille. Quand je fais un mauvais rêve, elle se blottit contre moi pour que je n'aie pas trop peur, mais elle était trop effrayée pour penser à se réfugier près de moi quand le méchant homme est arrivé. Nous l'étions toutes les deux.

Beth était en train de dormir quand je l’ai vu grimper à la fenêtre. J’étais trop terrifiée pour bouger. Le méchant homme a attrapé Beth et lui a couvert la bouche. Il l'a maintenue en l'air jusqu’à ce qu’elle arrête de se tortiller. Je suis restée allongée, silencieuse, comme si je dormais. Il m'a regardée, mais a dû entendre mon père car il s'est vite retourné, est sorti de la pièce et a sauté par la fenêtre du couloir. J'ai crié pour que papa vienne, mais quand il est entré, tout ce qu'il a pu faire, c'est serrer Beth et la bercer en pleurant. J’ai pleuré moi aussi. J’ai dit à mon père que tout irait bien, que j'avais tout vu et que j'allais dénoncer la personne qui avait blessé ma sœur.

La police est venue et a tout inspecté. Il y avait tellement de gens et j'essayais tant bien que mal de les faire m’écouter, mais ils ne voulaient pas. Jusqu’à ce que l'un d'entre eux remarque que j'étais en train de crier et me prenne dans ses bras. Un policier est ensuite arrivé derrière moi, et a tiré sur ma ficelle. Alors j’ai arrêté de crier et j'ai dit : "Tu es mon meilleur ami". Ce n'était pas vrai, mais je l'ai dit quand même. Il a ouvert le trou dans ma poitrine et a sorti mon appareil photo secret. Les photos montraient le méchant homme et ce qu'il avait fait à ma sœur. Celui-ci travaillait avec mon père, alors le policier l'a trouvé et l'a mis en prison.

Papa ne joue plus avec moi maintenant. Parfois, je lui demande si nous pouvons jouer à la dînette comme nous le faisions avec Beth, mais il n’entend pas. Et quand je lui dis qu'il est mon meilleur ami, il ne m’écoute pas. Il me regarde juste avec ce regard triste et effrayé et m'enferme dans la chambre. Je sais que Beth lui manque, elle me manque aussi. La chambre est devenue si calme maintenant qu'elle est partie.

Source

vendredi 1 mai 2020

Le furisode

J’ai un furisode à la maison, un kimono à manches longues porté par les jeunes filles en fleur pour symboliser la jeunesse. Il est aussi de coutume de s'en vêtir dans les mariages japonais. C'est un cadeau que ma mère m'a offert pour mes vingt-et-un ans, et je dois dire que c’est l’une des plus belles choses qu’elle ait pu m’offrir. Il est en satin blanc, décoré de phénix dorés aux ailes pourpres qui s’envolent depuis le bas du kimono jusqu’aux manches.

Quand je l’ai essayé pour la première fois, je l’ai porté avec un obi rouge orné de carpes vertes et jaunes. L’ensemble me semblait parfait, et après m’être pavanée dans la rue, je suis rentrée à la maison pour me préparer en vue d'une session photos dans le jardin.

Mais alors que je me coiffais devant le miroir de ma chambre, j’ai remarqué qu'une tache se trouvait près de l'encolure du furisode, un petit point brun foncé qui se démarquait sur le blanc. J’ai essayé de l’enlever en frottant délicatement le satin avec mon pouce humidifié de salive, mais évidemment, la tache n’est pas partie. Au contraire, les choses ont empiré, l'humidité n'ayant aidé à rien d'autre qu'à l'étaler. Par contre, la tache brune devait être récente, parce qu’en regardant si c'était la seule, j'en ai repéré une autre sur mon obi, en plein sur la queue jaune de l’un des poissons. Immédiatement, je suis allée dans la salle de bain pour la nettoyer, mais rien n’y a fait. Avec l'eau, les taches semblaient juste s’étendre davantage. Horrifiée à l’idée que le tissu reste souillé, j’ai abandonné la prise de photos pour enlever l’ensemble et l’emmener au pressing.

Trois jours plus tard, j’ai pu récupérer le furisode et l’obi. Les employés avaient fait un travail de pro, puisque les tâches avaient disparu, et le satin semblait plus doux et brillant que jamais.

J’étais assez contente du résultat, et je pensais que mes mésaventures allaient s’arrêter là. Mais le soir même, à peine après m’être couchée, tournée contre le mur, j’ai entendu du bruit derrière moi. C’était léger, presque inaudible, comme le bruit d’une étoffe qui frotte contre le sol. Je précise que je vis seule dans mon appart'.

Je ne me suis pas retournée, pas tout de suite en tout cas. D’abord, je me suis mise à réfléchir à ce que je devais faire. Si quelqu’un était dans la pièce, je ne pouvais pas rester immobile à attendre que quelque chose ne m’arrive. Prenant mon courage à deux mains, j’ai saisi mon portable pour le mettre en mode lampe-torche, et me suis brusquement jetée hors du lit, avant de me ruer sur l'interrupteur pour éclairer la chambre.

Il n’y avait rien.

J’ai vérifié chaque pièce, mais personne ne semblait s’être introduit chez moi. En revanche, le furisode n’était plus rangé dans mon placard, mais posé sur la chaise devant le miroir de ma chambre, comme si quelqu’un l’avait porté, s’était assis, et l’avait enlevé avant de s'en aller.

Je l’ai rangé, tout en sachant que quelque chose d’étrange venait de se passer, quelque chose que je ne pouvais pas expliquer de manière rationnelle. Tout ce à quoi je pouvais penser, c'était qu’un fantôme était venu porter le furisode, avant de disparaître quand il m'a entendue arriver, aussi absurde était-ce. .
La nuit suivante, j’ai fait attention à me coucher de façon à voir l'intégralité de la pièce. Depuis mon lit, j’avais une pleine vue sur le reste de ma chambre, et je pouvais voir la chaise devant mon miroir. Je n’ai jamais aimé dormir devant celui-ci, je n’aime pas voir mon reflet la nuit. Ça me donne l'impression qu'il y a quelqu'un en face de moi. Mais cette fois, j’ai pris sur moi pour essayer de surprendre mon fantôme.

J’ai attendu, mais la nuit est passée sans aucune manifestation de sa part.

Je crois qu’il a fallu environ un mois avant qu’il ne se passe de nouveau quelque chose. J’avais décidé de porter de nouveau l’ensemble, mais je n’arrivais pas à retrouver mon obi, même en cherchant dans tous les placards. Pour tout dire, j’avais même pensé l’avoir oublié au pressing quand je l’avais amené, mais lorsque je suis allée les voir, ils m’ont confirmé le fait que je l’avais bien récupéré en me montrant le ticket.

J’étais un peu agacée, cet obi était aussi un cadeau de ma mère et je ne savais pas comment faire pour lui dire que je l’avais perdu. Mais ce soir-là, quand je suis rentrée à l’appart' après être passée au pressing, l’obi était là, sagement posé sur le furisode que j’avais étendu sur mon lit. Je me souviens m’être pétrifiée en le voyant, sachant très bien malgré mon soulagement qu’il n’était pas là avant que je ne sorte. Maintenant, la présence du fantôme me semblait confirmée.

À partir de ce moment-là, j’ai essayé de rentrer en contact avec lui. Je parlais à voix haute, comme s’il me comprenait ou m’entendait. Je prenais soin du furisode, je ne le rangeais plus dans l’armoire, mais j’essayais de le tendre sur un portemanteau pour kimono à la japonaise. L’achat en valait la peine à mes yeux, et j’accrochais le vêtement à un endroit où le soleil ne pouvait pas venir le brûler tout en le protégeant sous une énorme housse en plastique, afin de pouvoir le contempler. Il était un peu exposé à la manière d'une œuvre d’art, et pour sublimer le tout, j’ai accroché l’obi sur un autre petit portemanteau, classique celui-là, qui tenait parfaitement sur le japonais, placé à l’une de ses extrémités.

Je dois dire que je suis assez fière de moi pour cette installation qui est toujours en place, mais depuis quelques temps, je n’ose plus porter le furisode. La dernière fois que je l’ai fait, il y a maintenant deux semaines, j’ai…

En fait, je fais de la calligraphie, et comme je me suis dit que le fantôme devait forcément être japonais, j’ai essayé d’écrire des kanjis sans vraiment savoir ce que je faisais à l’aide de Google traduction. J’ai laissé en vrac mes quelques feuilles griffonnées sur le bureau et, décidée à faire des photos vêtue du furisode, je m’en suis habillée avec l’obi avant de partir pour la session. À mon retour, tout semblait normal, et j’étais très contente du travail du photographe. Je me suis déshabillée en mettant tout en plan sur le lit, et ai mis une tenue plus confortable, Mais pendant que je me démaquillais dans la salle de bain, j’ai entendu un bruit d'objet qui tombe en provenance de mon espace de travail.

Je suis aussitôt allée voir ce que c’était, pour m'apercevoir que mon encre de Chine était tombée. Il y en avait partout sur mon bureau et sur le sol, mais ce n’est pas ce qui m’a le plus choquée. Non. Ce qui m’a glacé le sang, c’est de retrouver l'une de mes notes couverte d’empreintes.

 

On aurait dit que quelqu’un s’était acharné à déverser sa colère sur cette feuille. Étrangement, c’était celle où j’avais essayé d’écrire quelque chose qui m’était venu en tête à un moment où j’étais d’humeur un peu sombre : « Il y a deux raisons de vivre, pour effacer son âme ou la détruire. »

Je ne sais pas si c’était la façon qu'avait le fantôme de me dire qu’il n’était pas d’accord avec mon idée du moment. Mais personnellement, je voyais cet acte de dégradation comme l'expression d'un mécontentement par rapport au fait que j’avais osé porter à nouveau le furisode, malgré ce que je supposais être les avertissements de son ancienne propriétaire.

Depuis, je ne l’ai plus porté, il reste en exposition sur son porte-kimono. De toute façon, même si je voulais le porter, je ne pourrais pas car je ne retrouve plus mon obi. À la différence de la dernière fois, je ne le cherche pas. Je sais qui doit le cacher, et même si j’ai envie d’en savoir plus à son sujet, j’ai peur de me frotter à elle, la violence de sa dernière manifestation n'aidant pas.

Malgré tout, je n’ose pas me séparer du furisode, il s’agit pour moi d’une preuve qu’une vie après la mort existe. L’abandonner signifierait que je ne serai pas capable de faire face à une telle révélation, car depuis, je vis ma vie autrement. Je me sens libre face à la mort.

Je compte toujours essayer de communiquer avec ce fantôme. Je sais que ce ne sera pas facile sans le provoquer grâce au kimono puisqu’il ne se manifeste que lorsque j’y touche, mais j’ai envie de mettre en place une relation cordiale entre lui et moi. Quelque chose qui me permettrait d’en savoir plus sur l’au-delà, et peut-être que j’y parviendrai. Quitte à en faire potentiellement les frais, car je suis confiante, et compte garder ce furisode jusqu’à la fin de mes jours.

Edit :

Cela fait quatre jours que j’ai envoyé cette réponse à la question : « Avez-vous déjà été témoin d'expériences surnaturelles ou paranormales ? »  

 J’ai essayé de faire selon vos conseils, et je n’aurais jamais dû les suivre. J’ai posé le furisode sur la chaise devant le miroir à deux heures du matin avec la note que le fantôme a barbouillée, comme vous me l'avez indiqué, et depuis, j’entends systématiquement le bruit de l’étoffe la nuit. Ça ne me dérangeait pas plus que ça, du moins jusqu'à maintenant. Ce matin, j’ai retrouvé l'obi sous mon lit, éclaboussé de taches brunes qui mouchetaient le sol tout autour. Je ne sais pas pourquoi le fantôme a réagi comme ça, mais je commence à hésiter à garder le furisode. Est-ce que vous savez comment parler avec les morts tout en restant en sécurité ? Je m’inquiète un peu…

Edit 2 :

Vous vous êtes moqués de moi. C’est devenu pire. Je retrouve des taches sur tous mes vêtements ces temps-ci, et quand j’ai remis le furisode sur son porte-kimono l'autre jour, une odeur épouvantable s’en est dégagée, comme si quelque chose était en train de pourrir à l’intérieur. Ce matin, je me suis réveillée en faisant face au miroir et j’ai cru y voir quelque chose d'autre que moi. Ce qui se passe dépasse mes compétences, mais je ne pourrai jamais me débarrasser du furisode… Quelque chose m’en empêche, je me sens en colère contre moi-même dès que j’y pense. C’est peut-être parce que ce serait humiliant pour moi de me laisser intimider par quelque chose qui me voudrait du mal. Alors, je refuse de le jeter. Ce furisode est à moi et il le restera.

Ce fantôme pourra essayer ce qu’il veut, ça ne marchera pas, je ne me laisserai pas faire. Et n’essayez pas non plus de me dire de me débarrasser de l'objet, vous ne l’aurez pas.

https://fr.quora.com/Avez-vous-déjà été témoin d'expériences-surnaturelles-ou-paranormales/answers   


lundi 9 décembre 2019

Le loup-garou et les têtes d'Hexham

Ce texte est un résumé de l’affaire du loup et des têtes d’Hexham ou ‘’la malédiction des têtes d’Hexham’’. À ce jour, il est toujours difficile pour certains de trancher entre véritable malédiction ou simple affaire de coïncidences. 

Au matin du 9 décembre 1904, dans le village d'Hexham en Angleterre, un troupeau de moutons a été attaqué par un loup. Plusieurs hommes ont décidé de poursuivre l’animal, mais il leur a échappé. Le lendemain un journal local nommé ‘’The Hexham Courant’’ a publié en gros titre ‘’un loup au large d’Allendale’’. Les agriculteurs du village d’Allendale, non loin d’Hexham, ont rapporté au journal que les pertes de bétails étaient si graves que certains d’entre eux rentraient leurs animaux dans l’écurie à la tombée de la nuit. Un berger a ainsi rapporté que deux de ses moutons avaient été attaqués. L’un avait été éventré dans le champ, quant à l'autre, seule sa tête avait été retrouvée de l’autre côté de celui-ci. De nombreux autres montons appartenant à plusieurs bergers avaient également été mordus aux pattes, et subi ce qui ressemblait à des attaques de loups. Le même jour, un animal rodant dans les alentours a été détecté. Un groupe de volontaires s'est alors lancé à sa chasse, mais sans succès.

Le 15 décembre, la Haydon Hounds, célèbre meute de chiens dirigée par le limier Monarch, a été envoyée afin de retrouver la piste de la bête, mais n’y sont pas arrivés. D’autres cadavres de moutons ont été retrouvés.
Le 20 décembre, une récompense de cinq livres sterling a été proposée contre la peau du loup.
Le 29 décembre, plusieurs hommes l'ont traqué, mais le loup s’est enfui en sautant par-dessus un mur. Le lendemain, plusieurs témoins ont dit l’avoir vu forcer une brebis à sauter d’un ravin.
Le 31 décembre, des enfants qui ont dit l’avoir croisé l’auraient fait fuir en l’effrayant. Plusieurs témoins disaient maintenant avoir vu le fameux loup, mais un fait restait assez troublant. Aucun d’entre eux ne l'avait vu de la même couleur. Gris clair, gris foncé, roux, noir, blanc. Et cela rendait le tout encore plus flou.
Le "Comité du Loup d’Hexham’’ a été mis en place, avec lequel de nombreuses battues ont été organisées, mais le loup arrivait toujours à échapper aux chasseurs et à leurs balles.
Alors le comité a engagé le scientifique M.W. Briddick, qui a déclaré qu’il retrouverait le loup grâce à la science. Cependant, tous ses efforts ont été vains, et il a fini par déclarer que ce loup ne laissait ni traces, ni odeur.
Le 7 janvier 1905, des poseurs de rails ont découvert un cadavre de loup coupé en deux, et ont décidé de l’enterrer. Mais après avoir discuté avec le chef de gare, ils sont allé le déterrer pour le ramener en ville. Alors, de nombreuses personnes ont commencé à se rassembler pour voir le loup qui était devenu célèbre à cause des nombreux cadavres laissés derrière lui. Mais le lendemain, des preuves ont été apportées au comité, preuves qui pouvaient confirmer que l'animal retrouvé mort n’était pas celui responsable des attaques. Certains racontaient même que ce loup avait été tué par l'autre, la bête qu'ils traquaient depuis maintenant longtemps. Le 21 janvier, le journal local a indiqué que des chiens avaient été envoyés dans les bois mais que le gel avait empêché la chasse. Le loup aurait été revu par de nombreuses personnes, mais les attaques ont peu à peu diminué, jusqu’à ce que la population s'en désintéresse.

Cette affaire aurait pu s’arrêter là, mais en février 1971, un enfant de 11 ans, Colin Robson, jouait dans le jardin de ses parents à Hexham lorsqu’il a trouvé une petite pierre ronde de
la taille d’une balle de tennis. Un visage aux traits grossièrement sculptés était gravé sur cette pierre. Alors Colin a ratissé le jardin avec son frère Leslie, et ils ont trouvé une deuxième pierre similaire. Les traits sculptés de la première étaient vaguement masculins, et elle était assez lourde. La deuxième quant à elle arborait un visage de sorcière d’après les deux enfants, et était plus légère. Après avoir lavé les deux têtes, ils les ont amenées à l’intérieur. Et c’est là que d’étranges phénomènes ont commencé à se produire. Les deux pierres avaient l’air de bouger seules, se tournant et se retournant sans que personne ne les touche. Des objets étaient retrouvés brisés, la vaisselle fracassée. La voisine des Robson, Mme Dodd, a également eu une mésaventure dans leur maison. Un jour où, accompagnée de son fils Brian, elle est allée chez les Robson pour tenir compagnie à l'un des enfants de la famille qui était malade, elle a vu une silhouette lui toucher la jambe, avant que celle-ci ne quitte la chambre à quatre pattes, dans une posture à cheval entre celle d'un homme et d'un animal. Cela s'est produit devant tous ceux qui étaient à l’intérieur, qui l'ont suivie du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans les escaliers. La nuit suivante, déjà terrifiée par l’apparition, Mme Dodd aurait entendu des bruits semblables à des cris, provenant selon elle de la maison des Robson. Elle serait descendue au rez-de-chaussée pour aller voir à sa fenêtre, et aurait trouvé la porte d’entrée ouverte. Le lendemain matin, elle en a parlé à Mr Robson, qui a également affirmé entendu des cris chez lui, qu'il a comparés à ceux d’un loup. Mme Dodd a demandé à ce que sa famille soit relogée par la municipalité.
Quelques temps après, les journaux locaux écrivaient des rumeurs disant que les têtes d’Hexham, nommées ‘’le garçon et la fille’’ par la presse, étaient des pierres maudites. Elles ont alors été amenées à l’abbaye d’Hexham pour être examinées, puis déposées au Musée des Antiquités de la ville et enfin données au Dr Ann Ross, une experte en objets Celtiques. Après étude, elle a pu en conclure qu’elles avaient toutes deux plus de 1800 ans et qu’elles avaient probablement été utilisées pour des rituels Celtiques.

Le Dr Ross, qui possédait chez elle des objets similaires a donc décidé de ramener définitivement chez elle ‘’le garçon et la fille’’ qu’elle a posé à côté des autres pièces de sa collection d’objets Celtiques. Mais quelques jours plus tard, elle se serait levée en pleine nuit et aurait ressenti une grande bouffée de peur. Elle aurait regardé en direction de la porte, et aurait vu une immense silhouette noire qui semblait être mi-homme, mi-animal. Elle a raconté être sortie de son lit en un éclair, puis avoir vu cette silhouette s'en aller et disparaître derrière sa maison.
Quelques jours plus tard, le Dr Ross et son mari sont allés à Londres. A leur retour leur fille, âgée de 15 ans à l’époque, est allée les trouver, paniquée, et leur a expliqué avoir vu une grande silhouette mi-homme mi-animal courir dans la maison devant elle alors qu’elle rentrait de cours, avant que celle-ci ne disparaisse. Cette silhouette est apparue plusieurs fois à chacun des membres de la famille Ross.
Le Dr Ross a ainsi pris connaissance des détails de ce qu’avait vu Mme Dodd et son fils dans la maison de la famille Robson, et a fait le lien avec le fait que les apparitions avaient commencé quelques jours après l’arrivée des pierres chez elle.
Invitée sur un plateau télé, elle a raconté que sa maison de Southampton était hantée par le fantôme d’un loup-garou qui suivait les pierres depuis Hexham. Elle a expliqué que la créature n’était pas juste une ombre ou un revenant, mais quelque chose de réel qui pouvait pousser des cris, et que tous ceux invités chez elle depuis qu’elle avait les deux pierres avaient vu, entendu et ressenti la présence du loup-garou. Elle a par la suite décidé de se débarrasser des deux pierres, et est allée jusqu’à mettre en vente l’intégralité de la collection qu’elle possédait.
La collection du Dr Ross a été achetée par un collectionneur, mais les têtes maudites d’Hexham ont été envoyées au British Museum. Cependant, les visiteurs s’en plaignaient tellement que le musée les a retirées de l’exposition.
En 1972, Desmond Craigie, un ancien habitant d’Hexham, a contacté un journal pour expliquer que c’était lui qui avait fabriqué les deux têtes dans les années 50, et il est allé jusqu’à en fabriquer des reproductions pour prouver qu’il avait raison. Mais alors, comment aurait-il pu duper les scientifiques avec de simples petites têtes sculptés dans les années 50 ? Et d’où pouvaient venir ces étranges phénomènes ?
Certains pensaient qu’il y avait un lien entre les têtes maudites, le fantôme de loup-garou et la fameuse affaire du loup tueur d’Hexham. En 1977, les pierres ont été confiées à Don Robins, un chimiste souhaitant les analyser. Il a expliqué avoir été témoin de phénomènes inexplicables et a confié les pierres à Frank Hyde, un radiesthésiste, mais elle ont fini par disparaître. Personne ne les revit jamais. À ce jour, on ne sait toujours pas où elles sont.


Alors selon vous, loup-garou et pierres maudites ? Coïncidences ? Ou psychose générale ? 


vendredi 24 mai 2019

Comme du sable sur une feuille de papier


J'ai eu soixante ans l'année dernière. La fête était sublime, une bonne partie de la famille était là. Mes enfants, mes petits-enfants. Cela fait du bien parfois, de sentir que ça vit autour de soi, d’entendre du bruit. J'ai toujours été passionné par le son, la musique en particulier. Mais aujourd'hui, j'aurais aimé être né sourd. Car il y a un bruit qui ne me quitte plus. Qui me hante.

Je dois d'abord revenir quelques années en arrière. Quand j'étais enfant, dans les années 60, je vivais chez mes grands-parents maternels. Ce sont eux qui m'ont élevé car mon père est mort quelques temps avant ma naissance, et ma mère est décédée en couche. Ma grand-mère, que j'appelais " maman " quand mon grand-père n'était pas là, était une femme forte, au caractère bien trempé, pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Je me rappelle l'avoir vue, un jour, lancer une casserole sur un passant un peu trop bruyant. Mais quand nous étions ensemble, elle était très tendre. Elle me faisait écouter des disques de jazz, de musique classique... C'est elle qui m'a fait découvrir la musique latine. J'aimais beaucoup son nom, Narayaq. Ce nom m'évoquait l'aventure. Allez savoir pourquoi.
Narayaq était d'origine péruvienne. Elle était parvenue à glisser un 33 tours de Machito le cubain dans la collection de vinyles de mon grand-père.

Presque tous les jours après l'école, lorsque mon grand-père partait jouer à la pétanque, je restais avec elle et nous finissions inévitablement par danser sur ce vieux 33 tours. Petit à petit, ma grand-mère remarqua que je ne mimais plus la guitare, mais les maracas. Et en effet, j'étais obnubilé par ce son. Je le trouvais doux, il glissait, comme du sable qu'on aurait lâché sur une feuille de papier. Et le rythme m'emportait loin. Ça pourrait paraître ridicule aux yeux d'un enfant d'aujourd'hui, mais n'ayant pas la télé, c'était le seul " contact avec le monde " auquel j'avais accès. Je rêvais de partir en Amérique du sud. Tous les soirs, j'obligeais presque ma grand-mère à me parler de son enfance au Pérou. Et je m'endormais, m'imaginant là-bas, en train de jouer des maracas. Maintenant, je sais que les maracas ne sont pas vraiment des instruments typiques du Pérou, mais à l'époque, je faisais naturellement l'association entre les deux.

Un soir, pendant les vacances d'été de 1967, j'ai fait une découverte. Il était presque l'heure de souper mais mon grand-père n'était toujours pas rentré de la pétanque. Ma grand-mère, maman, était donc sortie pour aller le chercher, non sans râler et promettre de lui donner un bon coup de canne. Je suis ainsi resté seul à la maison, chose qui m'était très rarement arrivée. Je suis resté assis devant le tourne-disque, à écouter Machito agiter ses maracas dans un rythme effréné. Quand la musique a laissé place au grésillement de l'aiguille frottant le vinyle, la nuit était tombée. Mes grands-parents n'étaient toujours pas rentrés et le souper refroidissait doucement sur la table. Mon grand-père m'aurait sans doute frappé si j'avais commencé à manger sans lui. C'était un homme discret, froid même. Il n'avait jamais eu un geste tendre à mon égard. Maintenant, je pense qu'il m'en voulait d'avoir en quelque sorte "coûté la vie " à ma mère lors de ma naissance. La moindre bêtise était synonyme de coups. Laissant le repas de côté, j'ai décidé de partir en expédition. J'ai pris la vieille lampe qui traînait dans le tiroir et j'ai entrepris de gravir les marches menant au grenier.

Le faisceau de lumière braqué sur la vieille porte poussiéreuse du grenier, j'avançais tout doucement. Je savais que l’on m’avait formellement interdit de monter là-haut, mais ce qu'il y avait dans cette pièce m'intriguait. Ou plutôt le fait de ne pas savoir ce qu'il y avait J'ai ouvert doucement la porte, essayant de faire le moins de bruit possible, bien que personne ne fût là pour m'entendre. Mon excitation est retombée presque aussitôt. La pièce était vide, mis à part un vieux carton affaissé dans un coin. N'étant pas monté ici pour rien, j'ai décidé d'aller fouiller ce dernier, lequel était rongé par les souris, qui se cachaient et m'observaient sûrement. A l'intérieur, il n'y avait pas grand-chose. En réalité, même s’il y avait eu des centaines de pièces d'or, je ne m'en serais pas souvenu. J'étais fasciné par l'éclat rouge vif qui scintillait dans le faisceau de lumière de ma lampe. Mon cœur battait à toute allure, j'avais l'impression que cet éclat de couleur m'hypnotisait. J'ai écarté du dos de la main le reste du contenu du carton, quoi que c’était. Et mon cœur a failli s'arrêter. C'était une paire de maracas.

Vous n'imaginez peut-être pas ou ne vous rendez pas compte de ce que ça représentait pour moi. C'était comme si un fan de David Bowie, un fan à s'en damner, trouvait le chanteur en tenue de concert, prêt à chanter tout son répertoire dans sa salle de bain en rentrant chez lui. Je ne les ai pas touchées tout de suite. Je les ai observées de longues minutes. Je me posais toutes sortes de questions, qui se sont évaporées à l'instant où j'ai posé la main dessus. Ce n'est pas facile à décrire, et c'est sans doute un souvenir déformé par le temps mais j'ai senti une sorte... d'électricité, comme si vous touchiez votre écran de télé peu de temps après l'avoir éteint. Je les ai approchées de mes oreilles et je les ai à peine faites tinter. Le son a résonné dans ma tête, s'insinuant dans le moindre recoin de mon cerveau. Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais je savais en jouer. Je savais exactement quels gestes faire, à quel rythme. Je m'imaginais déjà en train de faire le tour du monde avec mon groupe de musique latine.
J'avais l’impression d’être ailleurs, si bien que je n'ai pas entendu le son de la porte d'entrée qui s'ouvrait.

A cet instant, j’ai entendu la voix rauque de mon grand-père qui m'appelait, et ses pas qui montaient l'escalier. Le son de sa voix m'a fait sursauter, si bien que les magnifiques maracas m'ont échappé des mains. Elles sont tombées lourdement sur le sol, faisant tinter leur contenu. Ce son, mon Dieu. Il roulait dans l'air, semblait venir de partout. Au moment où les maracas sont tombées au sol, les pas de mon grand-père se sont faits plus lourds. Il a lâché un cri inarticulé, et le bruit de ses pas dans l'escalier s'est aussitôt tu. Il a alors crié un mot qui ressemblait à mon prénom, et j'ai tout de suite ramassé les maracas pour les cacher sous mon t-shirt, comme on aurait dissimulé l'arme d'un crime. Je me suis précipité dans l'escalier, prêt à prendre la raclée de ma vie. Mais au lieu de ça, j'ai vu mon grand-père affalé au milieu des marches. Et j'ai entendu le cri de désespoir de ma grand-mère. Maman.

Mon grand père est mort avant l'arrivée des secours, d'une crise cardiaque, bien qu'il n'ait jamais eu de problèmes avant cet événement. L'ambiance a changé après sa mort. Plus de musique dans la maison. Grand-mère avait jeté tous les vinyles en même temps que le tourne-disque. Quand elle a découvert les maracas dans ma chambre en venant me réveiller un matin, elle les a prises calmement, malgré son air très énervé. Je ne les ai plus revues jusqu'au jour où, pour mes quinze ans, je suis parti en internat. Je savais que j'allais passer plus de temps là-bas que chez moi, il était donc hors de question que je les laisse derrière moi.

Et grand bien m'en a fait car ils ont été pendant toute ma scolarité et bien après encore, mes porte-bonheurs. Bien sûr, les autres élèves qui pratiquaient la guitare avaient bien plus la côte que moi, mais je m'en fichais. Chaque fois que je faisais tinter ces maracas, c'était comme si j'étais dans un autre monde. Et grâce à la musique, j'ai pu obtenir certains avantages. J'ai monté un groupe avec mes copains de chambre, Los Perros Rojos, les chiens rouges. Je ne sais pas d'où nous est venu ce nom. Mais grâce à notre groupe, nous pouvions ne pas être présents à certains cours pour répéter, avant de se produire au spectacle de fin d'année. Et à chaque fois, je partais dans mon monde et secouais mes maracas comme un diable.

On a, plusieurs fois, essayé de me les voler ou de les casser. On pouvait facilement voir que j'y tenais, à ces maracas, cela se savait. Il y avait pas mal de petits cons, excusez-moi l'expression, qui n'avaient pas le talent nécessaire pour jouer d'un instrument, qui préféraient alors embêter ceux qui en avaient. Mais là aussi, j'ai eu de la chance. La fois où Michel, le grand escogriffe de terminale, était rentré en douce dans ma chambre pour me voler mes maracas, l'armoire lui était tombée dessus, lui fracturant l'épaule gauche. Celui qui m'avait jeté une pierre en pleine tête alors que nous répétions avec les chiens rouges, avait failli se tuer en glissant dans les douches. Mais moi, je continuais comme si de rien était. Ces maracas et mon groupe étaient ma raison de me lever le matin.

Bien plus tard, vers la trentaine, toujours avec Los Perros Rojos, nous faisions la tournée des bars de musique latine. Contre une soirée de boissons gratuites, nous jouions jusqu’à la fermeture. Il faut l'avouer, c'était souvent des bars mal famés, où l'ambiance tournait quelquefois au vinaigre quand un gaillard éméché sortait une lame et la collait sous le menton d'une autre personne tout aussi imbibée. Cependant, je m'en suis toujours sorti indemne… ou presque. Un soir, alors que nous rangions notre matériel (je rangeais mes maracas dans un sac en velours rouge), un énorme type nous a ordonné de continuer à jouer. Nous lui avions alors répondu que le bar fermait et que nous allions rentrer chez nous. Il m'a fracassé une chaise sur le dos et m'a frappé au sol avant que mes amis le maîtrisent. Quand, trois jours plus tard, je suis allé à la gendarmerie pour confronter ce fou furieux, les gendarmes m'ont fait part de son absence. Il ne viendrait pas, il était mort quelques heures après notre rencontre, renversé par un bus de nuit à quelques rues du bar.

Vers mes quarante ans, j'ai arrêté les concerts et j'ai laissé Los Perros Rojos continuer leur route. Nous nous sommes réunis une ou deux fois depuis, mais j'avais décidé de me concentrer sur ma famille. J'avais deux enfants, Miguel et Gabriel. Gabriel est mort à 22 ans, après une très grave dispute à propos d'un mariage. La dernière fois que je l'ai vu, le soir de la dispute, la discussion avait été houleuse et il m'avait giflé. Je suis resté abasourdi. Il a passé la porte, l'a claquée et je ne l'ai jamais revu. Sa voiture est sortie de la route sur le trajet qui menait à chez lui. Je regrette chaque mot que j'ai pu lui dire ce soir-là.

Tout ceci nous mène à l'anniversaire de mes soixante ans. Il y avait du monde, une bonne partie de la famille, ceux qui comptaient le plus pour moi. Mon fils Miguel m'avait fait la surprise d'inviter Jean-Jacques et Bruno, les deux autres chiens rouges. Los Perros Rojos étaient réunis pour un dernier baroud d'honneur. Jean Jacques avait sorti sa guitare, Bruno son clavier. Il ne manquait plus que mes maracas. Miguel avait tout prévu : mon petit-fils, Sebastian, est apparu au balcon qui surplombait la cour, avec mon sac rouge en velours. Cela faisait une éternité que je n'avais plus vu mes maracas, et quand mon petit-fils les a sorties de leur sac, j'ai éprouvé une sensation étrange. Je n'étais pas heureux. J'étais... jaloux.

C'est très bizarre à décrire, mais j'étais en colère. De quel droit Miguel avait-il donné l'autorisation au petit de toucher mes porte-bonheurs ? Et de quel droit mon petit-fils les touchait-il de ses mains sales ? Il les avait sorties du sac sans même faire attention, les laissant s'entrechoquer. Il les tenait maintenant par la corde et les faisait tournoyer pendant que tout le monde rigolait. Ne riez pas, ce mioche jouait avec les instruments qui ont fait ma vie, dans lequel sont renfermés tous mes souvenirs. C'est exactement ce qui tournait dans ma tête à ce moment-là. De la haine. Et c'est là que ça s'est produit. Et que j'ai compris.

Le petit Sebastian, tout souriant devant sa famille qui l'applaudissait, s'est soulevé. Je ne saurais le dire autrement, il s'est soulevé. Comme si une paire de bras invisibles l'avait attrapé, ne lui laissant aucune chance de s'échapper. Presque aussitôt, il a basculé par-dessus la rambarde du balcon. Tout le monde a crié, sauf moi. Je crois être le seul à avoir vraiment vu le petit se soulever. Il n'est pas simplement tombé, il a été poussé. Lorsque son petit corps s'est écrasé sur la pierre, les maracas ont émis un bruit que je n'avais jamais entendu au cours de toutes les années durant lesquelles j'en avais joué. Un son strident que j'ai eu l'impression d'être le seul à entendre. Je paraîtrais sûrement fou si je vous disais que c'était comme une plainte. Et ce bruit, quand ils se sont explosés par terre, ressemblait à celui d’un crâne qui se brise. C'était peut-être le bruit du crâne de Sebastian qui touchait la pierre, mais je reste convaincu que ce n'était pas ça. Et aussi horrible que cela paraisse, lorsque je me suis précipité, comme tout le monde, sur le petit Sebastian, je suis d'abord allé au chevet de mes maracas.

Ils étaient, comme mon petit-fils, brisés sur la pierre noire de la terrasse. Et pendant que tous essayaient de ramener Sebastian à la vie, j'ai éprouvé une haine si terrible à l'encontre de Miguel et de son morveux que j'ai failli me faire saigner la paume des mains avec mes ongles. Qu'ils essaient de le ramener à la vie, à faire du bouche à bouche sur un crâne fendu, ça ne servait à rien. Cette phrase atroce, qui ne me ressemblait pas, c'était pourtant la première qui m'est passé par l'esprit. J'ai doucement ramassé les éclats rouges et verts qui jonchaient le sol, sous le regard médusé de ma famille. Mais ils ne me regardaient pas moi. Ils regardaient à mes pieds. J'ai réalisé que, maintenant que les éclats de mes maracas étaient tous dans mes mains, il ne restait plus au sol que leur contenu. Et c'était cela qui drainait l'attention de tout le monde.

Des dents. Des dents et des os. J'ai pensé que c'était peut-être les dents de Sebastian, mon petit Sebastian. Mais elles étaient trop grandes, trop usées, trop anciennes pour être les siennes. Les os paraissaient aussi vieux que les dents. C'était sûrement les os d'une main. J'ai été pris de nausée, et j'ai vomi mon repas. Ce bruit, lorsque les maracas ont touché le sol, ce son semblable à un millier de cris. Je l'entendais encore, mes oreilles sifflaient. Je me suis évanoui.

Lorsque je me suis réveillé dans mon lit une heure plus tard, j'étais seul avec ma femme, Laura. Elle me regardait avec des yeux froids. Ça n'a plus jamais été pareil entre elle et moi après ça. En fait, toute ma famille a pris ses distances. Quand j'ai voulu prendre des nouvelles de Sebastian, mon fils Miguel m'a dit qu'il était décédé. Point. Il ne m'a plus parlé depuis. Depuis un an, je vis dans une maison vide de musique, vide de sons. J'ai jeté tous mes vieux disques, ma chaîne hi-fi également. Je ne vais plus sur le balcon, tout comme je ne mange plus sur la terrasse. Je vis quasiment seul puisque ma femme Laura s'occupe de notre fils Miguel, à qui on a diagnostiqué un cancer foudroyant un mois après la mort de son fils. Il vit ses derniers jours, mais il refuse de me voir.

Le soir, alors que je suis seul dans ma grande maison, je me cache sous ma couverture, comme un enfant. Ce son ne me quitte pas. Le vent souffle dehors, mais j'entends un sifflement familier. J'entends comme du sable qu'on aurait lâché sur une feuille de papier. J'entends des cris lointains. J'entends un craquement. J'imagine les bras invisibles qui me soulèvent. J'allume la lumière comme un enfant qui se réveille d'un cauchemar, mais il n'y a rien. Malgré la lumière allumée, j'ai cette impression désagréable que le cauchemar n'est pas terminé. Et que, dès que j'éteindrai la lumière, le bruit reviendra. Comme du sable qu'on aurait lâché sur une feuille de papier.

vendredi 27 avril 2018

La poupée rieuse

Tout a commencé par un craquement, un léger craquement derrière la porte de mon placard. C’était la nuit de mon sixième anniversaire et j’avais eu comme cadeau une poupée. Sans trop comprendre pourquoi, j’éprouvais une fascination morbide pour Cassandra, le nom que j’avais donné à ma poupée. Je l’aimais et la détestais à la fois, c’était vraiment très étrange comme sentiment. Ses gros yeux vitreux sans sourcils étaient effrayants, et que dire de son sourire si grand qu’il touchait ses deux oreilles cachées par de longs cheveux noirs. Elle avait aussi un petit nez ridicule et des tâches rouges sur ses joues. Sa robe grise lui ajoutait une allure adorablement macabre. On appelait ce modèle la poupée rieuse, car il suffisait de toucher une partie de son corps afin de l’entendre rire. On n'était qu’au début de l’ère des poupées rieuses et il était un peu normal que les rires enregistrés dans l’interface interne du modèle ne soient pas vraiment fidèles à un rire humain, c’était plutôt une suite de petits rires métalliques. Mes parents étaient pauvres, j’étais très heureuse et très étonnée d’avoir un tel cadeau, même si j’ai gardé pour moi le fait que la poupée n’était pas neuve, car sous sa robe, j'ai découvert les craquellements du vernis de sa peau bleue-pâle.

Je n’avais pas beaucoup d’amis à cette époque et j’emmenais Cassandra partout avec moi, même à l’école. Son petit format me permettait de la cacher au fond de mon cartable. Et puis un jour, son petit rire métallique s’est déclenché dans la classe. Tout le monde a ri, sauf moi et la maîtresse, madame Bertrand, une femme colérique que je détestais. Pour ne rien arranger, le rire de Cassandra était complètement détraqué, elle n’arrêtait pas de rire encore et encore. La maîtresse a trouvé la poupée et m'a ordonné de la faire taire sur-le-champ. J’étais morte de honte, mes mains tremblaient en cherchant l'accès aux piles dans son dos, des larmes gonflaient mes yeux. Je l'ai secouée plein de fois mais la poupée continuait de rire. En colère, la maîtresse me l’a arrachée des mains et l’a jetée par terre. J’ai entendu un craquement sec, comme une branche morte écrasée par un pied. Pour finir, elle l’a ramassée et l'a brandie devant mon visage, en criant trois fois : confisqué, confisqué, confisqué ! C’est à ce moment-là que j’ai vu la tête brisée de ma poupée. Ses yeux étaient comme crevés et une fracture séparait son front en deux.

À la suite de cette histoire, mes parents ont été convoqués à l’école en fin d’après-midi. J’ai pris deux claques par mon père et une par ma mère. Cette dernière m’a promis de ne plus jamais m’acheter de poupée.

J’ai eu vraiment beaucoup de mal à m’endormir puisque je n’avais plus Cassandra pour me protéger des méchants imaginaires qui vivaient dans mon placard. En pleine nuit, j’ai cru entendre son rire métallique. Je me suis réveillée en sursaut. Des chiens aboyaient furieusement au loin, mais sinon, ma chambre était silencieuse. C’était sans doute un cauchemar et alors que je tentais de me rendormir, j’ai entendu une voix agonisante au creux de mon oreille : « aidez-moi, aidez-moi ». Puis il y a eu ce rire, un rire dément, métallique, si fort que j’ai fini par crier en me bouchant les oreilles. Mes parents étaient fâchés contre moi et aucun des deux n’est venu me rassurer. Ce rire m’a semblé durer une éternité puis il s’est arrêté d’un coup, laissant la place aux aboiements des chiens.

Assise sur mon lit, essoufflée, le cœur battant, je regardais la pénombre de ma chambre. Les volets filtraient la pâle lumière de la lune et tous mes meubles semblaient gris. J’ai entendu un léger craquement derrière la porte de mon placard, puis un second, toujours aussi bref, puis un troisième espacé d’un petit rire métallique, et d’autres, encore, et encore, d’autres rires, d’autres craquements qui me faisaient sursauter. C’était affreux, j’avais l’impression qu’une mâchoire monstrueuse mâchait des os derrière la porte de mon placard.

Puis, quand j'ai cru cette hallucination auditive terminée, la poignée a cliqueté en tournant très doucement, la porte s’est ouverte par à-coups. C’était si effrayant que mon cri est resté coincé dans ma gorge. J’ai sauté du lit et je me suis réfugiée dessous. Je ne saurais dire combien de temps j'y suis restée, je claquais des dents, je regardais l’ouverture du placard qui n’était située qu’à deux mètres de mon lit.

Un pied blanchâtre est apparu, un pied squelettique aussi grand que mon bras. Il s’est enfoncé dans la moquette avant de sautiller autour du lit puis vers le fond de la chambre où j’ai aperçu la maigreur d'une jambe. Mon cœur battait si fort que je l’entendais cogner dans mes tympans. Je priais de toutes mes forces que cette horreur s’en aille, mais elle a sautillé jusqu’à mon lit puis elle a disparu. Enfin, c’est ce que je croyais, avant que mon matelas ne s’enfonce au-dessus de ma tête. J’étais petite, j’ai pu me rouler sur le dos pour voir ce qui se passait.

Le monstre bondissait sur le lit, le matelas s’est enfoncé plusieurs fois, me touchant le visage, le ventre et les jambes. Il devait y avoir plusieurs pieds car le lit se déformait à plusieurs endroits en même temps. Ça s’est arrêté d’un coup. Le silence est revenu, hormis ce claquement de dents qui sortait de ma bouche. La porte du placard a claqué sèchement, le monstre était reparti. Toutefois, je n’avais pas vu le pied sautiller jusqu’à lui, et j’ai attendu de longues minutes sans bouger un cil. J’étais trempée d’une sueur glacée, mes muscles me faisaient mal, j’avais l’impression qu’on avait jeté mon corps au fond d’un puits. Enfin, au moment où je voulais m’enfuir jusqu’à la chambre de mes parents, de longs cheveux noirs ont stoppé mon élan. Mon matelas s'est mis à bouger, le monstre a doucement baissé la tête, car ses longs cheveux s’entortillaient sur la moquette, puis un front blanchâtre est apparu. Le front était brisé en deux, sa texture et sa teinte livide m’ont fait penser à de la peau collée sur du caoutchouc. Et ses yeux, jamais je n’oublierai ses yeux crevés d’où s’écoulait une humeur bleuâtre. 

La porte de ma chambre s’est brusquement ouverte, ma mère a crié puis… puis… je ne sais plus trop ce qui s’est passé, je me souviens juste de petits rires métalliques et de craquements effroyables.

En état de choc, je ne suis pas retournée à l’école pendant plusieurs jours, d’autant plus que j’étais très inquiète de l’état de santé de ma mère. Elle a été transportée à l’hôpital avec de graves blessures, des membres brisés et un pied arraché. Mon père n’a jamais été le plus courageux des hommes et la police, alertée par les voisins, l’a retrouvé inconscient près du corps de ma mère. Il a été accusé de tentative de meurtre.

Ma pauvre mère a perdu la raison, elle n’a jamais pu témoigner en sa faveur. Lorsque j’allais la voir à l’hôpital, elle était souvent agitée, elle criait dès qu’elle voyait une poupée à la télévision au-dessus de son lit. Parfois, elle hurlait en me regardant, comme si j’étais responsable de son état.

Les policiers m’ont interrogée plusieurs fois et aucun n’a cru à mon histoire de poupée au visage brisé. Mais qui croirait une fillette de six ans ? Pourtant, si la police m’avait prise plus au sérieux, la maîtresse ne serait pas morte la nuit suivante. Son meurtre a été imputé à un rôdeur.

Un peu plus tard, j’ai trouvé un petit mot dans mes affaires d’école. La carte était sale, pleine de traces de suie et une écriture tremblante disait ceci : tu veux jouer avec moi ?

Même aujourd’hui, à l’heure où je termine de raconter mon histoire sur votre forum, je revois toujours le visage brisé du monstre, ses longs cheveux noirs, ses yeux crevés. Parfois, au milieu de la nuit, j’entends le petit rire métallique de ma poupée et parfois aussi, près de mon lit, le craquement de ses genoux...


vendredi 30 mars 2018

Yakoutie #5 : Keryakh

À propos, malgré la quantité d'esprits en tous genres dans la nature, il n'existe aucun concept pouvant se rapprocher de celui du Liéchi [NdT : en russe, le terme est un adjectif voulant simplement dire "sylvain"]dans les croyances yakoutes. Il y a Bayanay, l'esprit protecteur de la chasse, et l'on raconte qu'il est possible de le rencontrer en forêt (il y a une tonne de légendes à ce sujet), mais sa description ne correspond pas vraiment à celle du Liéchi, et il possède un rang plus élevé. Le mot "sylvain" ("tyhataagy") était utilisé en Yakoutie pour parler des ours. Il est possible que le concept du Liéchi ne soit tout simplement pas utile à leur mythologie, étant donné que tous les endroits, chaque recoin de la forêt, la moindre montagne, le moindre étang,... Tout possède un esprit protecteur correspondant. Il faut préciser qu'ils ont par essence un sale caractère, et qu'ils peuvent sévèrement punir le voyageur qui ne respecte pas les règles de l'endroit où il se trouve. Parfois même physiquement.

Il est par exemple strictement interdit, en Yakoutie, de prononcer à voix haute le nom d'un endroit inhabité si l'on s'y trouve pour la première fois. On dit qu'il s'agit d'une grave insulte envers l'esprit protecteur de ce lieu. Vous trouvez sans doute ça drôle, mais quand j'étais petit, mes parents ont bien failli m'en coller une bonne pendant un trajet car je n'arrêtais pas de lire les panneaux de signalisation portant le nom d'un endroit. Même de nos jours, il s'agit d'une règle d'or. Si vous l'enfreignez, tout le monde vous regardera bizarrement. Je me serais d'ailleurs sans doute moi-même regardé bizarrement. C'est une chose que de se moquer des campagnards un peu idiots, assis bien confortablement dans son appartement ; c'en est une autre lorsqu'on est à trois cents kilomètres de toute civilisation, dans le fin fond d'une forêt infernale, et que tout peut arriver. Enfin voilà.

Bref, les prochaines histoires qui seront publiées auront trait à des cas de transgression de règles de ce genre.

Lorsque l'on se rend sur un lieu considéré comme particulièrement saint en Yakoutie, les routes sont bordées d'arbres auxquels sont accrochés d'innombrables petits objets brillants sans valeur, des pièces de monnaie et même des billets. On en trouve beaucoup sur les routes, j'en ai moi-même vu cinq au cours de ma vie. On les appelles les keryakh, les arbres sacrés. Si l'on veut qu'aucune force inconnue ne s'en prenne à nous lorsque l'on traverse ce genre d'endroit, il faut payer la taxe et laisser sur l'arbre un petit objet brillant, une pièce ou un billet. En soi, cette règle n'est plus tellement suivie de nos jours, même si l'on ne laisse rien, l'absence de paiement n'entraîne aucune conséquence. En revanche, si l'on abîme l'arbre ou, pire, si l'on vole quelques "cadeaux", c'est la fin, il n'y a plus qu'à s'attendre au déchaînement des forces de ce lieu.

La première histoire se déroule vers la fin de la période soviétique, probablement dans les années 80. Un certain patron du centre du raïon, appelons-le Nikolaï, était parti en visite dans un raïon voisin à bord d'une GAZ de fonction [NdT : encore une marque de voiture, celle-ci connue notamment pour ses tout-terrains ressemblant beaucoup aux modèles que la marque fournit à l'armée] avec son chauffeur, que nous appellerons Ivan. C'était l'hiver, ils avaient roulé pendant longtemps, et la nuit était tombée avant qu'ils n'atteignent la ville. Ils avaient profité d'être arrivés dans une clairière pour sortir se dégourdir les jambes, et y avaient trouvé un de ces fameux arbres. Ils savaient bien évidemment de quoi il s'agissait, mais ils ne se sont pas pliés à la coutume et, pour une raison qui m'échappe, le conducteur a décidé de faire la petite commission sur les racines de l'arbre. Puis ils sont retournés à la voiture et ont poursuivi leur chemin en bavardant de tout et de rien, entourés par les ténèbres au point que la route enneigée n'était visible que dans le cercle de lumière que formaient les phares.

Soudain, le chauffeur s'est aperçu que le bruit provenant du moteur de la GAZ avait brutalement changé et qu'elle commençait à perdre de la vitesse. Il a enfoncé l'accélérateur, le moteur a rugi, mais le véhicule arrivait malgré tout à peine à se traîner. C'est à ce moment que Nikolaï lui a demandé ce qui s'était mis à dégager une odeur de charogne dans la cabine. Ivan a haussé les épaules, puis plus tard a jeté un oeil derrière lui pour s'apercevoir qu'au milieu de la banquette arrière se trouvait un Yakoute décharné, vêtu d'une vieille fourrure en lambeaux, et qu'il le regardait d'un air mauvais. La terreur a figé Ivan qui s'est rappelé ce qu'il avait fait près de l'arbre, puis il a recommencé à regarder droit devant lui, vers la route. Pendant ce bref instant, il avait continué à conduire tout droit, comme s'il avait été en pilote automatique.

Son patron lui a demandé quel était le problème, mais il a seulement fait un signe de la tête vers l'arrière, ne pouvant plus articuler le moindre mot. Nikolaï s'est retourné et s'est tu. La puanteur s'est accentuée, la voiture se traînait comme une tortue, comme si le passager de la banquette arrière pesait plusieurs centaines de kilos, les deux hommes étaient pâles comme des linges, mais ils ne voulaient surtout pas arrêter la voiture au milieu d'une clairière abandonnée. Ils ont poursuivi leur chemin un moment comme ça. Puis le chauffeur a lancé un regard dans le rétroviseur, mais il n'y a rien vu, il n'y avait que le siège arrière. Cependant, il n'a pu s'empêcher de se retourner, l'odeur lui emplissant les narines étant si forte qu'il lui aurait semblé que le passager arrière était mort et avait été laissé là pendant deux semaines, et a de nouveau senti sur lui le regard acéré des yeux enfoncés. La peur montait en lui alors qu'il se remettait à regarder la route, abandonnant l'idée de se retourner encore une fois.

Le chemin s'est poursuivi ainsi pendant une heure avant qu'ils n'arrivent au premier endroit habité. Alors que les lumières des maisons se rapprochaient, le conducteur a senti que la voiture commençait à avancer plus facilement. Rassemblant son courage, il s'est alors retourné pour retrouver une banquette vide. Ivan a laissé échapper un soupir de soulagement, donné un coup de coude à son chef, et les deux se sont détendus. Mais la puanteur n'a pas immédiatement disparu, il a même fallu ouvrir les fenêtres pour qu'elle diminue plus rapidement. Plus tard, ils se sont longuement lamentés sur le fait qu'il faille désormais respecter les traditions pour ne plus jamais revivre une telle horreur.


Traduction : Magnosa



vendredi 9 février 2018

La cloche de l'Avent

L’histoire qui va suivre m’a été rapportée par le tenancier d’une auberge jurassienne située dans le département du Doubs, dans le secteur des Pôles du Froid, connu pour ses hivers particulièrement rigoureux. Vous reconnaitrez peut-être les grandes lignes d’un fait divers paru il y a quelques années dans les infos locales, ou, avec un peu plus de détails, dans l’Est Républicain ; mais la version présentée par ces médias a semble-t-il occulté un grand nombre de détails de l’affaire - du moins, si j’en crois la vision de cet aubergiste, qui aura peut-être vu dans le touriste que j’étais une cible facile pour ses racontars.

Il y a quelques années de ça, un village situé non loin de mon auberge se préparait pour les fêtes et le début de l’Avent : chaque foyer, du plus modeste au plus cossu, s’employait à décorer la maison et le jardin aux couleurs de Noël. L’événement avait pris de l’ampleur d’année en année, et c’était maintenant à qui présenterait les illuminations les plus éclatantes et les décorations les plus originales. Les sapins en ferronnerie, les crèches grandeur nature et les châteaux de neige illuminés avaient recueilli les suffrages les années passées, et on commençait à se creuser bien profondément la cervelle à la recherche de nouvelles idées.

Une famille, cette année, comptait beaucoup sur une superbe pièce ramenée d’un pays étranger pour compenser des décorations par ailleurs un peu quelconques. Ayant passé une partie de l’été à parcourir la Scandinavie, le jeune frère du mari était revenu à l’automne les bras chargés de souvenirs, et il n’avait pas manqué d’en transmettre quelques-uns à ses neveux. Parmi ces artefacts, un en particulier va retenir notre attention. Il l’avait obtenu vers la fin de son périple, alors qu’il terminait de traverser le nord de la Finlande et approchait de la frontière russe ; là, il avait trouvé asile dans un village de Samis et avait rapidement remarqué, trônant chez son hôte, une grosse cloche gravée de symboles étranges, ayant environ le diamètre d’une petite assiette. Le métal avait la couleur jaune clair du laiton et de petites pierres allongées, diaphanes et bleutées, étaient incrustées çà et là sur son pourtour.

Le jeune homme, évidemment, n’avait pas tardé à questionner le chef de famille au sujet de cette cloche au style si particulier. Lui-même, en fait, ne semblait pas tout savoir ; d’après de brèves informations échangées dans un anglais approximatif, elle avait été fondue il y a 300, peut-être 400 ans, à l’époque des évangélisations, et avait pris place au sommet d’un grand clocher de bois que les fidèles Samis avaient érigé, solitaire, au centre de leurs pâtures. Ce que signifiaient les inscriptions, il l’ignorait : peut-être une langue disparue depuis, ou bien des symboles ésotériques uniquement connus des initiés de je ne sais quel culte ancien. On évoquait, sans certitude, des conflits avec les représentants de l’Église, qui voyaient dans ces inscriptions un paganisme caché, et, comble du culot, juché au plus haut de la maison de Dieu.

Toujours est-il que le clocher finit par être frappé par la foudre, et brûla entièrement ; au lendemain de cet incident, seule demeurait la cloche, qui trônait, à peine tachée de suie, au centre des décombres fumants. L’instrument était resté, depuis, dans la famille du vieux Sami, et il voulait profiter du passage d’un étranger dans son pays reculé pour s’octroyer un complément de revenu conséquent en lui vendant la cloche. Il n’y tenait pas autant que ses ancêtres, et l’occasion était trop belle.

C’est ainsi que la cloche, d’abord offerte au plus jeune des deux fils de la famille, s’était retrouvée suspendue au-dessus du vieux puits, condamné depuis, qui se trouvait sur la propriété. On l’avait serti pour l’occasion de branches de sapin et de quatre photophores, à la manière d’une couronne de l’avent allemande. L’ensemble était superbe, et tous les habitants se sont accordés à dire qu’il s’agissait de la plus belle installation du village. Une victoire pour ainsi dire unanime, dès le premier jour de l’avent : la famille exultait ! Et durant les quelques jours suivants, les choses allaient aller en s’améliorant, bien que pas vraiment dans la direction prévue.

Durant la nuit du 1er au 2 décembre, la cloche sonna. Peut-être parce qu’elle avait été conçue pour être entendue à travers les vastes landes lapones, le tintement s’était révélé audible dans tout le village, pourtant plutôt étendu. D’après la description de l’aubergiste, c’était un timbre profond et vibrant, presque nasillard, assez désagréable - surtout à deux heures du matin. Les voisins directs de la petite propriété ont évidemment entrepris de se plaindre du vacarme dès le lendemain, mais c’était pour découvrir un changement inattendu dans les décorations du puits.

Le savant arrangement des rameaux de sapin qui étaient disposés tout autour du parapet de pierre avait été dérangé, signe évident que quelqu’un s’était effectivement approché de la cloche durant la nuit. Mais un autre détail a retenu l’attention des visiteurs : tout près du rebord, grossièrement sculpté dans de la glace, se trouvait la forme d’un petit mammifère : une souris, un mulot, peut-être un rat ?
La mère de famille était la seule présente à la maison ce matin-là. Devant ses voisins maintenant plus intrigués qu’agacés, elle n’a su donner que des suppositions ; peut-être une blague d’un enfant du voisinage, peut-être une surprise de son mari ou de ses fils. Je me l’imagine confuse, confrontée sans trop savoir pourquoi à des amis qui ne savent pas choisir entre reprocher le tapage et féliciter le mystérieux auteur de la petite effigie, forcée à faire des suppositions auxquelles elle ne croyait pas vraiment. Elle avait entendu la cloche comme tous les autres, mieux que tous les autres sûrement, et elle était comme eux dans le flou. Si quelqu’un dans sa famille était responsable, c’est que cette personne tenait bien sa langue.

La nuit suivante peu avant minuit, la cloche sonna à nouveau. Au matin, c’était devenu le sujet de conversation récurrent d’une bonne partie du village ; mais on tendait à faire reculer les plaintes devant le prodige qui s’était reproduit : aux côtés du petit rongeur qui disparaissait sous la neige de la nuit passée se trouvait maintenant un écureuil de glace. Ses formes grossièrement réalisées étaient pourtant, dans leur épure, d’une précision anatomique. À présent, on se demandait davantage qui était le mystérieux sculpteur, et si le coup de cloche aux vibrations menaçantes réveillait tout le village plus sûrement que le vieux bourdon fatigué de l’église locale, il était surtout l’annonce que le farceur allait déposer une nouvelle sculpture auprès du puits.

Les nuits de l’avent se sont succédées suivant ce même modèle. La nuit d’après, tocsin à minuit trente ; au matin, un furet de glace à la gueule béante se tenait au pied des décorations du puits. Le lendemain, un coup puissant à trois heures passées annonça la venue d’un lapin. Hibou, fouine, ramier, puis renard et chevreuil : nuit après nuit, la troupe d’animaux s’agrandissait et l‘émerveillement des habitants s’amplifiait. On n’avait jamais rien vu de tel depuis l’établissement du concours.

Mais s’il y en avait qui ne s’émerveillaient pas, c’était la famille concernée. La neige était régulièrement présente depuis le début du mois et le sculpteur ne laissait jamais aucune trace. Chaque nuit, on s’introduisait sur leur propriété, à leur insu. Les branches de sapin étaient plus bousculées que n’aurait pu le faire un simple passant qui viendrait sonner la cloche. À force, l’accumulation des animaux devant le puits finissait par être ressentie par les membres de la famille comme une menace, et le plus jeune fils, à qui la cloche appartenait à l’origine, était resté plusieurs nuits à veiller à sa fenêtre, sans rien repérer d’anormal : souvent il s’endormait avant l’accomplissement du forfait, et ne se réveillait qu’au son de la cloche qui semblait en signer la fin. Tout juste un nuage glacé entourait le puits pour marquer le passage de l’auteur des sculptures, et se dissipait rapidement.

Jusqu’aux derniers jours précédant Noël, le jeune garçon était resté sans réponses. Mais la nuit du 23 au 24 décembre, la vision qu’il avait eue, et qui avait valu pour ses proches un témoignage paniqué et cru difficilement, devait le motiver à s’approcher dangereusement du puits auprès duquel s’attroupaient des animaux de plus en plus gros - emboîtant le pas au chevreuil et au cerf, le dernier en date était un sanglier. Fuyant la vigilance de ses parents, l’enfant s’était penché au-dessus de l’ouverture et n’avait pas manqué d’y apercevoir, à quelques mètres sous lui, la forme inerte de la carcasse d’un grand mammifère.

Répondant à ses cris paniqués, le reste de la famille accourait à son tour, bousculant au passage les effigies de glace qui rendaient maintenant le puits difficile d’accès. Confirmant ce que son fils avait vu, la mère était allée glaner un treuil chez un habitant du village, et on commença à remonter du conduit un sinistre bestiaire. Vingt-deux animaux morts, un pour chaque sculpture, parfaitement conservés par le froid qui régnait à cette époque de l’année. Les fourrures et les plumes n’en étaient pas moins maculées de sang gelé, l’arrière du crâne étant toujours sauvagement mordu, et complètement écrasé pour les plus fragiles, à l’instar des petites dépouilles des premiers animaux.

L’ensemble du village était au courant le soir même. En ce jour de réveillon, la nouvelle jetait un froid. Chacun fut d’accord pour bazarder les sculptures, et décrocher la cloche - on allait essayer d’écarter l’incident, de vivre les fêtes comme on aurait dû les vivre et de régler définitivement le mystère après les repas du 25 décembre. La famille et ses invités ont finalement passé un réveillon teinté tout juste d’une légère angoisse, alimentée sur la fin par les allers et retours du cadet au jardin, qui insistait pour veiller dehors près du puits maintenant silencieux malgré les rigoureuses réprobations de ses parents. Assez tard dans la nuit, on partit finalement se coucher en comptant bien sur chacun pour rester sagement dans son lit.

Les villageois, finalement, se sont réveillés le lendemain sans avoir été perturbés par un des sons de cloche qui avaient hanté les nuits précédentes. On pensait, satisfait, que tout était enfin terminé. Au matin, c’est la sculpture d’un jeune enfant qui se trouvait devant le puits.

La disparition de cet unique témoin d’une apparition à laquelle personne ne croyait vraiment donne pourtant plus de crédit à son histoire... Le matin d’avant, le malheureux enfant décrivait à ses parents une créature serpentine au long museau et à la fourrure noire, qui se déplaçait avec aisance en promenant ses courtes pattes griffues sur l’épaisse couche de neige, déposait près de son antre un hommage à sa victime du jour et se glissait rapidement, sa proie dans la gueule, au fond du puits où sa courte queue disparaissait finalement en tapant la cloche au passage.

La thématique est un peu passée, mais cette pasta a tellement plu qu'on ne pouvait pas ne pas vous la publier.

jeudi 9 mars 2017

Cadeau empoisonné

Si vous comptez vous lancer dans l'aventure Youtube, sachez que ce n'est pas exempt de risques. En effet, vous allez peut être réussir et devenir connu, mais vous n’envisagez que les bon cotés de la notoriété. Etre célèbre amène son lot de fans en tous genre, mais aussi une bonne partie de haters. Et ceux là, peuvent être très virulents. Ainsi il est important de toujours se protéger et de ne pas divulguer ses informations privées, même si c'est pour recevoir des cadeaux. Si je n'ai pas réussi à vous convaincre, peut être que cette histoire le fera.
 
Il y a quelques années, j'étais ami avec un gars, que je nommerais Mathieu (Ce n'est pas son vrai nom). Étant un gamer depuis pas mal de temps, il avait décidé de partager sa passion sur Youtube, en ouvrant sa chaîne, "Destroy Gaming". Celle-ci était composée majoritairement de Let's Play, et d'enregistrements de ses streams sur Twitch.

Je ne suis pas vraiment fan de ce type de contenu "Fast Food" sur Youtube, mais ça a l'avantage de marcher, et il avait rapidement atteint une petite communauté de 5000 abonnés. Il avait ouvert une page Facebook pour sa chaîne, ainsi qu'un compte Twitter. Tout allait bien pour Mathieu, mais il avait de plus en plus de haters, qui l'insultaient pour aucune raison à chaque vidéo. Il ne savait pas ce qu'il avait fait pour mériter ça, mais après tout il ne faut pas chercher à comprendre ces gens-là. Il ne sont là que pour cracher leur haine à tout bout de champs.

Bref, vous vous en doutez, tout ça n'a pas duré. A Noël, Mathieu avait fait une vidéo spéciale, un "Unboxing" de cadeaux, envoyés par sa communauté. c'est assez commun chez les Youtubers connus, ils se font offrir beaucoup de cadeaux et aiment les ouvrir devant la caméra afin d'en faire une vidéo.

Cette vidéo avait curieusement fait beaucoup plus de vues que d'habitude sur sa chaîne, il s'en était félicité sur Facebook :



Parmi ces cadeaux, il se trouvait une statuette en bois représentant un homme à tête de bouc. On ne savait pas vraiment ce qu'elle représentait, mais on la trouvait vachement classe. Mathieu l'avait installée dans sa vitrine, au côté de ses figurines et autres choses offertes par ses fans.

C'est à partir de là que Mathieu avait commencé à avoir une poisse incroyable. Jugez en par vous-même, j'ai gardé certains tweets de l'époque :



Ça a duré pendant des mois. De la poisse du soir au matin. De plus, la perte d'un de ses 3 chats l'avait beaucoup affecté....

Ça fait un bel enchaînements de mauvaises choses en si peu de temps. Il avait remarqué que ses ennuis ont commencé le jour où il avait reçu cette statuette. Il était très superstitieux, alors il avait fait des recherches et découvert que celle ci était une représentation du Diable. Il avait essayé de retrouver la personne qui lui avait envoyé ce cadeau, pour la lui retourner, mais il n'avait reçu aucune réponse.



Du coup, il a essayé de s'en débarrasser. Mais le choses ne sont jamais aussi simples...



Pour la fameuse vidéo :




C'était assez étrange. Pour tout vous dire, j'ai été témoin du phénomène. On avait beau la détruire, la cramer, l'enterrer, dès qu'on quittait les yeux de la vitrine, elle revenait. Mathieu a bien essayé de faire venir un spécialiste, mais personne ne voulait venir dans ce village paumé pour constater le phénomène.

Au fil des mois passés à subir toutes sortes de mésaventures, Mathieu devenait de plus en plus replié sur lui même. Il ne sortait plus de chez lui. Il avait tout perdu, argent, famille, amis. Il ne pouvait plus être Youtuber, car quelque soit l'opérateur, sa connexion ne fonctionnait pas 80% de temps. Il avait juste un débit très lent via son téléphone portable.



Jusqu'à son dernier Tweet...



Le lendemain, Mathieu s'est pendu, chez lui. La statuette, elle, n'était plus dans la vitrine. Nous ne l'avons jamais retrouvée. Les parents de Mathieu m'ont demandé de supprimer tous ses comptes sur les réseaux sociaux, par respect pour leur fils. J'ai quand même gardé les copies d'écran que vous avez pu voir. J'ai supprimé également sa chaîne youtube, que des fans se sont empressé de prendre le nom. Il ne reste plus rien du vrai Destroy Gaming en ligne.

Voilà, c'est la fin de la petite histoire. Si vous croyez que c'est un ramassis d'inepties, tant mieux pour vous. Pour ceux qui croient à mon histoire, faites bien attention aux cadeaux que vous recevez d'inconnus. Vous ne savez jamais ce qu'ils contiennent et ce qu'ils peuvent vous faire.


mercredi 4 janvier 2017

Les lunettes

D’après mes psys, la première chose à faire pour exorciser ses démons, c’est d'écrire son histoire. Je n’ai jamais eu envie de le faire mais aujourd'hui je me sens prêt. Hormis des formulaires et de la paperasse administrative, j’ai passé ma vie à éviter d’écrire, j’avais bien trop peur que le stylo fuie et qu’une tache d’encre ne se dresse sur la feuille. Personne ne peut se douter de ce qui peut naître à partir d'une simple tache, personne.

Bon, alors voilà. Même si je suis toujours angoissé, je vais me mettre à écrire mon histoire et peut-être que j’arrêterai de voir des fantômes partout. J’avais quatorze ans quand les faits se sont produits. On venait d’emménager dans une maison que mes parents avaient fait construire. Mon père et ma mère étaient du genre très maniaques. Si la plupart des parents emménagent dans une nouvelle maison pour avoir plus grand, eux, c’était pour avoir plus blanc et plus propre. Ma mère avait toujours un maudit chiffon à poussière à la main, et mon père passait l’aspirateur trois fois par jour quand il ne bossait pas.

Moi, ces murs blancs, ce mobilier laqué, ça me faisait mal aux yeux et cela avait fini par me filer de terribles migraines. L’ophtalmo m’avait prescrit des médocs et des lunettes noires pour les atténuer. Si mes parents ont accepté les médicaments à base de codéine, ils ont refusé les lunettes prescrites sous prétexte que je ne pourrais plus admirer la splendeur de leur étincelante maison ! Qui a pensé que j’avais une famille bizarre ?

On avait aussi un grand jardin impeccablement entretenu par monsieur, madame et par moi aussi (plus par obligation que par goût des plantes vertes). Un jour où je grattais la pelouse avec mon râteau, j’ai accroché un truc dans la haie de thuyas encadrant le jardin. Une tige noire dépassait de la terre. Je me suis baissé, j’ai creusé un peu et j’ai découvert une vieille paire de lunettes noires. J’ai été les nettoyer en cachette avec un produit qui se trouvait sur une étagère du garage et j’ai bien fait attention à ne pas faire tomber le moindre grain de terre sur le sol laqué. Malheureusement pour moi, j’ai dû en oublier quelques-uns et j’ai passé le reste de l’après-midi dans le placard à balais avec quelques bleus au corps (mon père ne me frappait jamais au visage, il n’était pas idiot). Heureusement j’avais réussi à cacher mes lunettes dans une poche de mon jean. Je les essayais juste avant de me coucher. À ma grande joie, les murs blancs sont devenus sombres tout comme mon armoire laquée, mon bureau laqué, mon lit laqué car même si j’éteignais la lampe de ma table de nuit, la lumière crue des lampadaires du jardin passait à travers mes fenêtres sans rideaux. Ainsi mes murs n’étaient pas salis par le noir de l’obscurité ! N’étaient-ils pas vraiment cons mes parents ?

J’étais donc allongé sur mon lit, admirant l’atmosphère sombre de ma chambre. Au début, je n’avais pas remarqué une tache plus claire sur le plafond. C’est quand elle a bougé que je l’ai vue ! Elle a glissé jusqu’à l’arête du plafond, a dévalé le mur jusqu’à mon lit ! D’un réflexe j’ai retiré mes lunettes et heureusement, cette maudite tache avait disparu. Inutile de vous dire que je n’ai pas réessayé ces foutues lunettes ce soir-là mais j’ai tout de même regardé sous mon lit, au cas où… Je n’ai pas super bien dormi et même si les taloches de mon père m’avaient considérablement endurci au cours de ces dernières années, on peut dire que j’avais la trouille. Mais ça, je ne l’avoue que maintenant...

Le lendemain mes parents m’ont dit avoir mal dormi et m’ont demandé si j’avais fait des cauchemars ou si j’avais crié. J’ai dit que non. J’ai d’ailleurs été étonné de cette question, car même si je hurlais mes tripes, ils ne pouvaient pas m’entendre puisque ma chambre avait été aménagée au sous-sol. Leur chambre se situait au-dessus de la mienne et un mètre de béton nous séparait.

Plusieurs fois dans la journée j’ai mis mes lunettes et j’ai regardé le plafond, les murs de ma chambre sans revoir cette tâche. Autre chose a cependant marqué ma journée : les violentes disputes entre mes parents. Il y a toujours eu quelques éclats de voix entre eux, mais jamais avec cette intensité. J’ai bien cru que mon père allait étrangler ma mère ou que ma mère allait égorger mon père. Aucune des deux solutions ne m’aurait déplu, mais bon, de nature solitaire, je pensais qu'il valait mieux vivre avec des maniaco-dépressifs qu’à la DASS avec une troupe d’ados en mal de reconnaissance.

Au dîner on entendait juste le bruit des couverts et des mastications. On n’avait pas grand-chose à se dire alors pour « meubler » cette fastidieuse réunion familiale on regardait la télévision. Mais ce soir-là c’était silence radio. On s’observait comme des étrangers. Après le dîner, mon père a refusé que je regarde un film pour me détendre et m’a dit d’aller me coucher et de ne pas crier même si je faisais des « putain » de cauchemar ! Énervé, j’ai pris plusieurs cachets de codéine que l’ophtalmo m’avait prescrits pour les migraines. C’est puissant la codéine, c’est un opiacé qui aide aussi à dormir. Assommé, je n’ai pas essayé mes lunettes, et de toute façon, je n’avais aucune envie de revoir cette tache au-dessus de ma tête. Je préférais nettement m’en tenir à une hallucination qui ne se reproduirait plus.

Dans mon cauchemar, des chuchotements m’ont réveillé en sursaut. Ça hurlait « Meurtrier ! Meurtrier ! » Une odeur de pourriture a empli l’air de ma chambre, ma table de nuit vibrait et l’ampoule de la lampe grésillait. Je n’ai pas eu besoin de mes lunettes pour voir la tache au plafond. Elle s’est aussitôt étirée vers moi comme un énorme ver de sang. La pointe s’est affinée pour venir me toucher. J’étais pétrifié, plaqué contre mon lit, impossible de bouger. Pourtant, dans un réflexe pour sauver la paix de mon âme, j’ai mis les lunettes noires et c’est là que je l’ai vu !

Un corps décharné et décapité tendait un bras vers moi. J’ai été si surpris que je me suis jeté hors du lit mais ma tête a heurté le coin de la table de nuit et j’ai vu 36 chandelles. Vautré sur la moquette, il m’était réellement impossible de faire autre chose que de geindre et de regarder le cadavre sans tête se décrocher du plafond et tomber à mes pieds. J’étais au bord de la crise cardiaque, mon cœur cognait dans ma poitrine, ma gorge, mes tympans. Au moment où j’ai cru que le décapité allait se jeter sur moi, il s’est brusquement tourné vers la porte de la chambre qui s’est ouverte toute seule. En claudiquant il a traversé la salle de jeu, a monté les cinq marches menant au rez-de-chaussée ; la porte s’est encore ouverte toute seule. « Meurtrier, meurtrier ! » a retenti dans le salon. Une poignée de secondes plus tard, autre chose a dévalé les escaliers : mon père furieux. J’ai juste eu le temps de cacher mes lunettes et de grimper sur mon lit. Alors que ce salaud me corrigeait, il me hurlait qu’il n’était pas un meurtrier ! J’ai crié que ce n’était pas moi, que c’était la chose du plafond ! Son poing s’est figé net. Il m’a sondé de son regard exorbité avant de tourner tout doucement la tête vers le plafond. Il est resté une bonne minute comme ça, le nez en l'air, le visage grimaçant, la respiration saccadée. Il a marmonné une bouillie de mots, m’a de nouveau regardé, puis il est reparti sans plus rien dire. C’était l’horreur.

Le lendemain matin, avant le petit déjeuner, j’ai eu le droit à un interrogatoire digne de la Gestapo. Toutes les questions portaient sur ce que j’avais vu, entendu, à quelle heure, quand, comment. Malgré les taloches, je ne leur ai rien dit. Ça me faisait plaisir de les voir paniquer, de voir la peur crisper leur visage. Restait à savoir pourquoi, ce qu’ils savaient, ce qu’ils me cachaient.

Mon père a filé au garage. Il est revenu avec une pioche, a traversé le salon puis s’est enfermé dans sa chambre. Des coups sourds ont commencé à faire vibrer le sol. Ma mère l’a rejoint et le suppliait d’arrêter. Cet enfoiré n’écoutait rien et continuait à frapper, à s’acharner sur le parquet. On a sonné à la porte d’entrée. C’était mon meilleur et seul ami. Je suis parti avec lui, heureux de quitter cette baraque de fous.

Didier, le père de mon pote, a téléphoné au mien pour que je déjeune avec eux. Personne n’a répondu alors je suis resté. Bien que je n’eusse absolument pas besoin d’entendre ça à ce moment-là de ma vie, Didier nous a raconté une histoire effrayante pendant que nous déjeunions : cinq ans auparavant, un riche fermier possédant de nombreuses terres dans la région avait disparu sans laisser de trace. Quelques mois après sa disparition, un pêcheur du dimanche dont la ligne s’était prise dans la vase de la rivière, a remonté… une tête dans un état de décomposition avancée. Les analyses génétiques ont confirmé qu’il s’agissait bien de la tête du fermier. Malgré de nombreuses recherches on n'a pas retrouvé son corps. J’ai cru que cette sordide histoire allait en rester là jusqu’à ce que le père de mon pote me susurre à l’oreille, comme s’il voulait que personne d’autre que moi n’entende la terrible conclusion de son récit : dès la confirmation de sa mort, les terres ont été vendues, sa ferme détruite et l’argent âprement disputé entre les héritiers dont l’un était mon père !

L’esprit plein de doutes je suis rentré en fin d’après-midi. Qui avait bien pu commettre ce meurtre si atroce ? Pourquoi n’étais-je au courant de rien ? Qui était ce membre éloigné de ma famille ? Avec ce qui s’était passé hier soir je me sentais très mal, mon esprit faisait de terribles rapprochements.

Mon malaise s’est amplifié quand j’ai découvert le salon de notre étincelante demeure sens dessus- dessous, la cuisine retournée, de la vaisselle cassée et des meubles pleins de poussière ! Je me suis dit qu’ils avaient dû se battre mais non, mes parents riaient à gorge déployée ! Ils s’en foutaient royalement et dansaient entre les meubles retournés, s’embrassaient sans aucune retenue ! Quand ma mère a enfin croisé mon regard ahuri, elle m’a même demandé si je voulais jouer avec elle ! Je ne comprenais rien de leur brusque changement d’attitude et je ne suis ressorti de ma chambre qu’après m’être enfilé plusieurs cachets de codéine. Au dîner, j’ai aussi halluciné car ma mère adepte de la cuisine équilibrée venait de faire livrer quatre énormes pizzas ! Je n’avais guère d’appétit mais eux se sont goinfrés comme jamais auparavant, buvaient de grands verres de coca en s’en foutant partout, pétaient et rotaient en se marrant comme des gamins. Entre deux bouchées ils me racontaient des morceaux de leur vie que je ne comprenais pas trop, des bribes incompréhensibles dont je me foutais royalement. Parfois ils s’arrêtaient et m’observaient fixement sans rien dire.

Mon malaise est redescendu de plusieurs crans quand mes parents ont été se coucher main dans la main, en train de pouffer, sûrement à l’idée de baiser. C’est la première fois que je les entendais faire l’amour. Plus tard j’ai appris que pousser des grognements de porc n’était pas faire l’amour. N’ayant aucune envie d’aller me coucher et préférant rester loin de ma chambre, j’ai regardé la télé jusqu’à finalement m’endormir.

« Meurtrier, meurtrier » ! Le seul réflexe qu’on peut avoir quand on se réveille en sursaut c’est de se jeter à terre. Les lumières du jardin qui passaient par les baies vitrées s’éteignaient, s’allumaient, ça faisait comme des flashs dans le salon. J’ai entendu la porte du sous-sol grincer et j’ai aussitôt regardé dans sa direction : une forme sombre boitait vers moi ; « Meurtrier, meurtrier ! », grondait-elle d’une voix caverneuse. Je me suis levé d’un bond et j’ai couru jusqu’à la cuisine où j’ai retiré un couteau de boucher du bloc posé sur le comptoir. Je me suis retourné et la forme était déjà là, face à moi ! C’était le corps décapité entrevu l’autre soir. Il restait là, sans bouger, sans m’attaquer. Ça puait le diable. Les flashs s’étaient accélérés, on aurait dit une nuit blindée d’éclairs avec de très brefs moments d’obscurité. C’est à ce moment que j’ai entendu une voix dans ma tête me demander de mettre mes lunettes. J’ai hésité quelques secondes puis je les ai retirées de la poche arrière de mon jean. Je les ai posées sur mon nez avec une certaine appréhension et ce que j’ai vu m'a sidéré : un vieil homme à l’air sympathique ! Toutefois, son corps couvert d’une salopette maculée de boue était un peu étrange, mal proportionné : des bras longs et maigres, un gros bide et des jambes dont l’une était plus courte que l’autre, formaient sa silhouette. Il s’est brusquement retourné et a traversé le salon en boitant jusqu’à la chambre de mes parents. Les flashs donnaient l’impression qu’il avançait par à-coups. J’entendais des chuchotements dans ma tête, des chuchotements me dire « Tes parents sont des monstres, tes parents m’ont tué, viens voir les monstres ! »


C’était effrayant, mais il fallait percer l’abcès, en avoir le cœur net, car l’attitude de mes parents aujourd’hui n’avait pas été normale, à condition bien sûr qu’un jour mes parents aient été normaux ! Mon cœur battait la chamade quand je me suis approché de leur chambre. Le vieil homme a attendu que je sois près de lui pour baisser la poignée de la porte.

Les gonds ont grincé comme un cri sinistre dans la nuit. Des grognements, peut-être des ronflements, se sont mélangés aux voix dans ma tête. « Regarde, regarde ! », me disaient-elles sans cesse. Et j’ai regardé…

Ce que j’ai ressenti cette nuit-là, c’était de la peur mélangée à de la haine. Ces êtres étaient enlacés l’un contre l’autre et grognaient à chaque respiration. Ils me dégoûtaient et m’effrayaient à la fois ! Les flashs me permettaient d’apercevoir leur peau rougeâtre, leurs bras terminés par trois serres et la maigreur de leurs jambes entourées d’une longue crinière noir jusqu’aux talons pointus. J’ai aussitôt retiré mes lunettes, mais cela n’a rien effacé ! Les monstres étaient là, mes parents étaient toujours là ! J’ai hurlé de peur et de rage et ils se sont redressés d’un seul coup ! J’ai alors vu leurs yeux ronds et laiteux, leur visage décharné, figé sur un large sourire percé de dents pointues d’un rouge éclatant !

Celui de gauche s'est levé et m’a demandé ce que je foutais dans sa chambre. C’était la voix de mon père ! C’était lui, il n’y avait plus de doute ! J’ai alors vu le vieil homme se jeter sur lui et le mordre, le frapper si fort que des bouillons de sang ont éclaboussé mon visage et mes vêtements. L’autre a voulu lui porter secours mais il s’est littéralement fait dépecer devant moi, mis en pièce avec je ne sais quel objet tranchant. C’était déjà trop pour moi, ma raison a vacillé et je me suis enfui le plus loin possible de cet enfer…

Je ne sais plus comment j’ai atterri à l’hôpital. Je suis resté plusieurs semaines en observation. Traumatisé, je n’ai retrouvé la parole que très tard mais je ne sais plus trop quand. Devant la porte de ma chambre, un policier assurait constamment ma protection. Sans doute avait-il peur que d’autres montres viennent se venger, me disais-je.

J’ai passé 22 ans en hôpital psychiatrique et j’ai passé 22 ans à clamer mon innocence. Enfin non, 20, car depuis 2 ans j’admets que c’est moi et que je regrette beaucoup beaucoup. Enfin c'était uniquement pour leur faire plaisir à tous ces monstres en blouse blanche, uniquement pour sortir de l'hôpital. Si on a retrouvé l’arme du crime, un couteau de boucher, on n’a jamais retrouvé les lunettes de mon grand-oncle. Ouais, le fermier était le frère de mon grand-père paternel, un vieil homme excentrique brouillé depuis plusieurs décennies avec sa famille. En société, il utilisait un faux nom pour qu’on lui foute la paix ! Je me demande qui a bien pu retrouver sa trace avant qu’on ne retrouve son cadavre décapité dans le ciment du plafond de ma chambre. On l’aurait mis là alors qu’il était déjà mort depuis 5 ans. Enfin ce n’est qu’un détail, vous connaissez la suite, il s’est vengé des monstres…