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L'équipe de Creepypasta from the Crypt n'affirme ni n'infirme la véracité des témoignages et histoires présents sur ce blog. Pensez à consulter nos pages d'aide pour en apprendre plus, et à toujours vérifier les sources pour vous faire votre propre avis sur la question, ici comme ailleurs.

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Petit rappel amical : les creepypastas ne sont pas nécessairement des fictions, elles peuvent aussi être partiellement ou entièrement tirées de faits réels, c'est ce flottement qui fait leur charme (même si c'est plus facile à deviner pour certaines, on sait). Merci donc de ne pas nous assimiler à un Wattpad de l'horreur.

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vendredi 8 août 2014

Angoisse enfantine

Le noir, un simple mot mais qui signifie tellement de choses. En plus d'être une banale couleur, ou plutôt l'absence de couleur, il évoque aussi une peur terrible que l'on retrouve ancrée dans notre subconscient et qui remonte jusqu'à notre plus tendre enfance. Cette peur s'en va naturellement en grandissant mais pourtant elle est toujours là, tapie dans un coin de notre inconscient, prête à ressurgir au moindre signe de danger, lorsque vous vous promenez seul dans la nuit, sans un bruit et que ce léger malaise vous surprend jusqu'à ce que vous soyez chez vous en sécurité et baigné de lumière... Tout le monde connaît ce sentiment.
Moi je l'ai en permanence, ma peur du noir n'a jamais diminué en intensité depuis que je suis petit. À peine l'obscurité installée que je sens un souffle glacial me remonter la colonne vertébrale, des sueurs froides courent le long de mon épiderme, mes mains deviennent moites et je n'ai qu'une idée en tête, retrouver la lumière. Je ne suis jamais resté plus d'une heure sans lumière, je me promenais sans cesse avec une source lumineuse et dormais toujours avec une veilleuse. C'est devenu plus compliqué quelques années plus tard mais j'y suis parvenu tout de même.


Je pensais que cette phobie était un problème psychologique dû à mon extrême sensibilité, mais tout a changé le jour de l'accident. Je ne sais pas trop ce qui s'est passé, tout est flou dans ma tête. Mais après ça, une chose est sûre, j'étais devenu aveugle. Depuis, les ténèbres sont omniprésentes, elles m'entourent et sont en permanence dans ma tête, elles se glissent dans mes moindres pensées et s'insinuent lentement en moi.


Non, ma peur n'est pas irrationnelle. Dans l'obscurité se cachent des choses horribles qui n'attendent que le bon moment pour passer à l'attaque. Je les vois maintenant, j'arrive à les distinguer.


Je ne sais pas ce qu'elles veulent de moi mais je les sens se rapprocher de jour en jour.


Je sais maintenant, elles ne veulent pas être vues !


Je vous ai tout donné, pourquoi moi !? POURQUOI !?












 


 -Retrouvé près du corps de la victime. Ses globes oculaires ont été arrachés et des griffures internes sont présentes sur le corps.


jeudi 7 août 2014

Mister Pig



Rassemblement des faits et fichiers.
Les sites web impliqués dans ce dossier seront masqués par les caractères suivants: « ***** ».
Mais nous ne masquerons pas les références.



[Fait 1 : Un premier internaute rencontre l’utilisateur « Mr.Pig » sur le site de discussion par visiophonie http://www.****.com. La webcam de l’utilisateur Mr.Pig transmet une image de faible résolution. On distingue une silhouette de forte corpulence. À la place du visage de l’homme n’est visible qu’une massive tête de porc. L’individu se trouve dans un espace clos et peu éclairé. Le micro n’émet que des grésillements forts et répétés, parfois joints de sifflement aigus. L’internaute confronté à l’utilisateur « Mr.Pig », intrigué et dérangé par la transmission vidéo que celui-ci lui renvoie, prend une capture d’écran avant de faire « next » afin de se retrouver avec un nouvel interlocuteur tant le précédent le mettait mal à l’aise..]

[Fichier 1 : La capture d’écran résultant de cette rencontre. (Image relative à Mr.Pig, qui n’a pas été confisquée, étant trop massivement répandue sur le Web.)]



[Fait 2 : La capture d’écran du mystérieux utilisateur Mr.Pig circule sur les réseaux sociaux et les forums de faits divers.]

[Fait 3 : Une internaute diffuse une nouvelle image prise de sa propre rencontre avec Mr.Pig sur le site de discussion visiophonique www.*****.com. Deuxième rencontre avec l’utilisateur Mr.Pig connue et répertoriée à ce jour. La capture d’écran circule à son tour sur le web, au même titre que la première.]

[Fait 4 : L’internaute auteur de la deuxième capture d’écran est retrouvée morte, violée et mutilée dans sa chambre. L’information paraît dans le journal télévisé local et est diffusée sur les sites web d’actualités.]

[Fichier 2 : Le rapport de police de l’événement. (Les informations d’identification et de localisation ont été masquées.)]


Date/heure : ** ** **/ ** ** **
Lieu : ******
Responsable d’enquête : ******
Responsable de brigade intervenue : ******

La victime dénommée ******, d’âge **, corpulence ****m ****kg, a été retrouvée morte dans sa chambre au ** rue *****, ****, c.p ******.
Le bras droit et la partie droite du visage ont été sectionnés, le reste du corps présente d’autres blessures de type coups et griffures. Arme supposée : une mâchoire identifiée comme une mandibule de porc mâle adulte.
Les traces de sang vont de la salle de bain, plus précisément la douche où la victime aurait été surprise par son agresseur, jusqu’à la chambre où la victime a été achevée. La chambre a été saccagée et souillée de sang identifié comme celui de la victime.
L’autopsie révèle que la victime a été violée avant sa mort.
Les empreintes relevées sur le corps de la victime révèlent des ADN de porc mâle et d’homme.
L’identification n’a pas encore donné de résultat.
La piste pour tracer la fuite de l’agresseur n’a pas encore donné de résultat.

Note du responsable d’enquête : La victime a t-elle été agressé par un porc ? L’agresseur aurait amené un porc en laisse pour commettre l’agression ? Pourquoi il y a des empreintes de pas d’humain mais pas de sabot ? Pourquoi l’ADN de l’agresseur humain n’amène à aucune identité répertoriée ?


[Fichier 3 : Extraits du journal de la victime, trouvé sur les lieux du meurtre. Les notes ont été souillées par le sang de la victime. Tous les passages ne sont pas clairs.]


- « J’en reviens pas aujour ……… lui ! …. apparu comme ça, alors que je nextais avec lassitude depuis une heure. J’ai mis du temps à le distinguer mais très vite je l’ai reconnu. Mon cœur a fait un bond, c’est …… sur le fameux screen de Mr.Pig. J’étais figée puis excitée q……. la seule à l’avoir revue. J’ai v…… een et je suis restée un petit mom… à le regarder. Ça avait qu…… d’intriguant et d’hypnotis….. Mais j’ai finalement nexté car ça comm…….à me…… zare.»
- « J’arrive pas à dormir. J’ai plutôt envie d’écrire. Quand je me retrouve dans le noir, comme tout le monde se mettrait à penser à des films d’horreurs ou à des phénomènes d’act….. paranormaux, moi je pense à lui. Je le revois debout dans cette pièce rouge. S…… petits yeux qui me fixaient. Son gros corps qui tanguait légèrement de droite à gauche. Et son groin qu’il remuait comme si il mâchait sa langue ou je ne sais quoi Je voyais mal, des fois l’image était tellement mauvaise qu’elle bugait quelques secondes et les pixels se mélangeaient entre eux. Mais je voyais bien qu’il me regardait. Moi. Et ce silence. Enf……. ne disait rien, ne bougeait pas. Mais le son de son micro et….. oissant. Des grésillemen….. comme une télé qui déconne. Des sons aigues, des sifflements. D…….. et j’entendais un petit bruit, un grognement répétitif de temps en tem..……. je s….. qu’il reniflait. Comme un cochon. Vraiment space. »
- « … comme je le disais à **** mais elle ne me croyait pas, ma capture d’écran a du succès! Pas autant que le premier screen mais bon… L’autre jour je l’ai aperçu sur un forum de faits divers que je ne connaissais même pas. C’est dingue le net. Les gens s’excitent devant le glauque. Mon blog collecte les visites du coup, alors que le reste n’a rien à voir avec l’image. Merci Mr.Pig. ☺ »
- « ***** doit s’occuper de son frère maintenant que ses parents sont séparés donc on ne peut plus passer la fin de la journée ensemble. Et comme mes parents à moi travaillent en………. toute seule en sortant des cours. J’essaye de m’occuper dans la mai…… la télé, ou écouter de la musique. Non je ne vais plus sur www.*******.com. Cette histoire m’a soulé à force, et m’a même un peu dérangé maintenant que j’y repense. Ces 4 heures que je dois passer seule à la maison entre ma sortie de l’école et le retour de mes parents, ça me soule de plus en plus. Car quand je suis seule et ben le problème c’est que je ne me sens pas seule. J’ai l’impression que derrière les portes fermées là ….. je ne vois pas, il y a quelqu’un ou quelque chose. Après ****** et ****** vont surement se foutre de moi si je leur raconte mais, dès fois je……. parano et j’entends, légèrement mais de temps en t……. des petits cris comme des cris de cochon. Vivement que Pap’ et Mam’ rentrent….. »


[Fait 5 : La seconde capture d’écran prise par la victime avant son assassinat a été supprimée du web par les services de l’ordre public afin que l’événement ne s’ébruite pas et que la population ne fasse pas de lien avec le meurtre. Ceci dans le but de ne pas créer un phénomène de panique.]


[Fait 6 : Les services de sécurité ont entrepris d’arrêter la circulation de tous fichiers ou informations (vérifiés comme vrais) relatifs à Mr.Pig et de supprimer ceux-ci du web. Le dossier que vous lisez là est une sauvegarde du maximum d’informations liées à Mr.Pig avant la suppression générale sur tout le net.]

[Fait 7 : Pour le moment, sans nouvelle de Mr.Pig.]

[Fichier 4 : Portrait de Signor.Porco, personnage de théâtre secondaire de la Commedia Dell’Arte (Images relatives à Mr.Pig, confisquée du net)]


Traduction de l’Italien : « Pervers, avare, abject,
sanguinaire, imbu de lui-même, avide, mauvais, alcoolique ».


[Fichier 5 : Peinture hollandaise du XVII° siècle (Images relatives à Mr.Pig, confisquée du net)]


 

[Fichier 7 : Fresque d’Egypte antique datée entre 3 000 et 2 000 avant J.C (Images relatives à Mr.Pig, confisquée du net)]

 [Fichier 8 : Vase grec daté de -500 avant J.C (Images relatives à Mr.Pig, confisquée du net)]


[Fichier 9 : Extrait d’un article posté sur le site www.*****.blogspot.com (Information relative à Mr.Pig, confisquée du net.)]


« Cette histoire affirme l’existence d’un homme (à une date et un lieu indéfinis) auteur de méfaits portants sur le viol, le meurtre et le cannibalisme. Celui-ci aurait été condamné à être exécuté, ou bien donné en pâture à des cochons, ou encore destiné à servir de cobaye à des expériences chirurgicales : il lui aurait été greffé une tête de cochon (version qui convient tellement à notre recherche qu’elle nous donne des frissons). L’homme aurait ensuite été relâché dans la nature jusqu’à ce qu’il meure des effets insoutenables de son opération, ou soit massacré par la population en colère. »


[Fichier 10 : Extrait d’un post sur un forum de faits divers.]


«(…) une remarque qui circule sur le premier screen de Mr.Pig, je ne sais pas si vous en avez entendu parler. Mais certains disent qu’ils lisent « I’M BACK. » en haut à droite de la tête de cochon... »


[Fichier 11 : Images accompagnant le post extrait ci-dessus.]


[Fichier 12 : Note d’un officier responsable d’enquête sur le meurtre de *****.]



« Personne n’admettra jamais ce à quoi ils pensent tous. Pourquoi les dossiers sur Mr.Pig auraient été supprimés du net sinon ? Parce qu’ils ont un lien. Mais qui admettra une histoire pareille ?
Moi je suis le seul à l’admettre. Car en lisant le journal de la petite *****, et face à l’affreux spectacle qu’a laissé son meurtrier, MOI je me suis mis à sa place.
Imaginez seulement. Vous êtes seul, chez vous. Vous repensez à l’instant angoissant qu’a été ce contact vidéo avec cet inconnu étrange.
Et les cris, son journal dit qu’elle entendait des bruits de cochon quand elle était seule. Mais bon sang, pourquoi tout le monde ferme les yeux sur quelque chose d’aussi gros ?
Je n’arrive pas à me le sortir de la tête. Mais imaginez-vous seulement à sa place, bon sang de merde. Sous la douche, travaillée par votre expérience, dérangée par l’impression d’entendre des cris.
Et là, les cris reviennent. Tout près. Des grouinements de cochon. Il y a le rideau de douche qui vous masque la vue alors vous vous imaginez avec terreur ce qui peut se cacher derrière. Mais c’est trop tard, c’est la chose qui vient vous prendre. Un coup violent qui arrache le rideau, cette énorme tête adipeuse qui crie à s’en égosiller un râle aigu. Son corps épais qui se jette sur vous dans des gestes furieux.
La gamine était à moitié mangée, bordel ! Il mordait à même sa chair vivante de sa gueule béante de bave et de dents sales, tandis qu’en même temps il agressait sexuellement son pauvre corps mouillé ! Tout ça, sans personne pour la sauver. Sans personne pour intervenir.
Cette scène revient sans cesse dans mes cauchemars. Je sais que je ne suis pas le seul à en souffrir. On ne va pas continuer inlassablement à se mentir comme ça. Car un jour, il recommencera.
Il va sur ce site de discussion par webcam, et il attend que les jeunes viennent à lui par hasard. Et si l’un d’eux a le malheur de rester trop longtemps, il le retrace. C’est facile de retracer quelqu’un à partir de ces sites. Il le retrace et il vient.
Il le fera. »
 


mardi 5 août 2014

L'Orphelin

L'écriture n'est pas mon fort. À vrai dire, j'ai toujours détesté lire, et j'ai horreur de tenir un stylo dans la main. Et pourtant, vous lisez aujourd'hui mon texte. La psy m'a dit que ça faisait partie de ma ''thérapie''. Qu'il fallait que j'écrive pour m'aider à oublier ma ''mésaventure'' et les ''illusions'' qui vont avec. Tu parles... Comme si je pouvais oublier cette... chose !


La journée avait pourtant si bien commencé... J'avais réussi à convaincre Annie de me laisser une chance lors du bal du lycée, mes potes Léo, Kevin et Stephano avaient prévu une sortie méga-cool pour samedi prochain, et l'anniversaire de ma petite sœur Myriam avait lieu ce soir. Je lui avais acheté des bonbons, ses préférés, ainsi qu'un CD de musique country. J'étais fier de mon cadeau, elle adore ce genre de musique.
Mais le meilleur était encore à venir : une sortie scolaire dans le massif des Bauges !
J'adore les randonnées, le camping, les activités en plein air. Avant, je ne ratais pas une occasion de pratiquer toutes sortes de sports extrêmes. Maintenant, c'est un peu plus compliqué...
Bref, j'étais impatient de pouvoir me balader dans la montagne.



Bien évidemment, rien n'est parfait. Ainsi, la classe était divisée en cinq groupes, tous accompagnés d'un pion, et je n'avais pas pu choisir mes coéquipiers. Heureusement, Léo était avec moi. Kevin et Steph n'avaient pas eu cette chance, ils étaient séparés.
Il y avait aussi dans mon groupe Lisa, Marion et Sarah, trois pimbêches que je trouve un peu stupide, Aurélien, un geek qui passe son temps sur sa console, Lucius, un crétin fini, ainsi que Benjamin et Roméo, qui sont tous les deux dans mon équipe de basket.


Le voyage en bus s'était bien passé. Les profs nous avaient fait les recommandations habituelles, et donné leurs numéros de téléphones en nous prévenant de ne pas hésiter à les appeler en cas de problème. Je n'écoutais qu'à moitié, trop concentré sur le paysage pour être attentif. À vrai dire, Lucius me gâchait mon plaisir, en n'arrêtant pas de hurler à tue-tête en me désignant :
« Au pire, y a le scout qui peux nous montrer le chemin ! Hein, le scout, que tu sais que la mousse sur les arbres indique le nord, et des conneries du genre ?! ».
Une fois sorti du véhicule, nous nous sommes regroupés et, hop ! Nous étions partis à l'aventure.



Pour être honnête, j'exagère grandement. La plus dangereuse étape du voyage fut de franchir un torrent sans tomber dedans. Pour cela, Madame Kiaf, notre surveillante, nous avait demandé de passer deux par deux, et surtout en nous tenant la main.
Ça avait fait rire Benjamin. Je l'ai entendu murmurer à l'oreille de Roméo :
« On n'est plus des gamins ! »
Bizarrement, il a arrêté de ricaner quand il s'est retrouvé à tenir la main de Marion.


Avec Léo, on s'est jetés un regard entendu et on a foncé pour passer les premiers. Une fois de l'autre côté, il m'avait chuchoté :
« C'est chiant, cette sortie ! En plus, les autres nous ralentissent... »
J'avoue avoir été assez d'accord là-dessus. Aussi, quand il a continué, j'ai tout de suite hoché la tête :
« Une petite escapade à deux, ça te dit? »
L'occasion s'était présentée presque immédiatement, lorsque nous avons entendu un énorme bruit de plongeon. Madame Kiaf était tombée à l'eau, entraînant avec elle Lisa, sa partenaire de passage. Nous avons profité de l'agitation pour nous éclipser.




Dès lors, fini la surveillance et l'ennui ! Nous sommes partis de notre côté. J'étais inquiet quant à savoir comment retrouver notre chemin, mais Léo a haussé les épaules en me disant :
« Au pire, t'as Google Maps sur ton tél, non ? »
J'avais opiné, et bien vite oublié mon inquiétude devant les grands espaces qui s'offraient à nous.


J'avais insisté pour nous diriger vers la partie rocheuse de la montagne. Léo avait hésité, mais finalement, il m'avait suivi. Quand nous avions eu faim, nous nous étions assis, et avions sorti nos sandwich. Léo avait même amené du soda, et du saucisson avec un couteau de cuisine, le luxe !
« Eh, tu te souviens de mon père ? m'avait demandé mon ami.
– Celui qui est inspecteur de police ? »
– Ben oui, j'en ai qu'un, crétin ! »
Je lui avais donné un coup de poing amical dans l'épaule et, après une petite bagarre, il avait repris :
« Ouaip, donc, je disais... Mon père a travaillé sur un cas dans la région, il y six ou sept ans... Un orphelinat isolé dans les environs...
– Pourquoi construire un orphelinat dans ce trou perdu ? Y a même pas de route ! » l'avais-je coupé.
Léo adorait inventer puis raconter des histoires à faire frémir les plus courageux. Il était doué, il faut l'avouer.
– Mais j'en sais rien, moi ! Je fais que raconter ! Bref... J'écoutais aux portes ce jour-là, donc je connais l'histoire dans les grandes lignes. Les adultes retrouvés morts, j'ai pas bien compris comment... Mais ça devait être dégueu, un des collègues de mon père s'est mis à vomir quand ils ont sorti les photos... Et tous les enfants disparus mystérieusement ! Tout ça à deux pas d'ici ! »
J'avais rigolé, et lui aussi. Mais il semblait moins assuré que d'habitude.




C'est alors que l'orage avait éclaté. Dans la montagne, le temps change très rapidement, et j'étais le premier à le savoir... Pourtant, j'ai suivi Léo lors de cette expédition... Putain.. Ce que je suis con... Putain... Léo... Sale connard... Je suis désolé...


Re', lecteur. Je me suis mis à pleurer en écrivant, et j'ai fait ce que ma psy appellerait une ''rechute''. En gros, je ne sais plus ce que je fais, je délire à propos de ce que j'ai vécu. D'après ma mère, je me tape même la tête contre le mur. C'est vrai que j'ai mal au crâne...
Je vais arrêter là. Écrire, ça ne me fait rien de bien. Je devrais juste balancer ce torchon dans une poubelle.


… Je suis pas fier. J'ai pas tenu trois jours. Étrangement, ça me manquait. Peut être que la psy avait raison, que ça me fait du bien, d'écrire.
Bref... L'orage a éclaté, et on était bien moins enthousiastes. À vrai dire, on pensait même à rentrer. Mais voilà, avec le mauvais temps, la brume s'était levée. Impossible de retrouver son chemin, même avec Google Maps.
« C'était peut être pas une bonne idée, de s'éloigner comme ça ! » ai-je hurlé pour couvrir le tonnerre.
Je pense qu'il a opiné de la tête, mais avec le brouillard, on ne voyait pas plus loin que deux ou trois mètres. J'ai eu peur que l'on se perde de vue, alors j'ai sorti de mon sac une corde. Léo m'a regardé faire, avant de siffler.
« Wah, tu sors toujours avec la panoplie du parfait alpiniste sur toi ? »
Du moins, je suppose que c'est ce qu'il a dit, vu que je n'ai rien entendu à cause de la tempête. Dans le doute, j'ai haussé les épaules. Il est vrai qu'avant cet événement, je ne sortais jamais dans la nature sans un couteau suisse, une corde robuste et un guide de survie. Question d'habitude.




On s'est attachés l'un à l'autre, et on a repris la marche. Au début, on se racontait des blagues, afin de ne pas paniquer. Ensuite, ça a été le tour des derniers potins au bahut, puis des histoires d'horreurs. Puis, on s'est mis à parler en même temps, à se raconter n'importe quoi, même les infos les plus basiques. J'ai entendu Léo répéter trois fois qu'il était allergique à la lavande. Et je sais que ce que je disais n'était guère mieux. À la fin, on ne faisait que s'appeler toutes les trente secondes. Je pense que tout ce que nous voulions, c'était entendre la voix de l'autre. Savoir qu'on était pas seuls.


Petit à petit, l'orage s'est effacé, mais pas la brume. Ce n'est qu'après une demi-heure de marche environ que Léo a commencé à se comporter bizarrement.
« Dis, tu as entendu ? a-t-il lâché brusquement.

– T'es lourd, mec, ai-je articulé. Arrêtes de vouloir me faire peur.
– C'est sérieux ! » a-t-il répondu.
J'ai voulu rire, mais mon ricanement s'est coincé dans ma gorge. La voix de mon ami était trop tendu pour que ce soit une blague. Alors, j'ai lâché d'un ton presque assuré :
« C'est le vent sur les rochers.
– Je ne crois pas, a-t-il insisté. Sinon le brouillard aurait déjà dégagé. C'est la cinquième fois que j'entends ça.
– Peut être un tout petit vent ? Une brise ? » ai-je fait sans trop y croire.
Cela ne l'avait pas convaincu.



Après un moment, je l'ai entendu aussi. Un long gémissement plaintif, presque enjôleur. Pensant que cela n'était que mon imagination, je me suis mis à siffloter pour cacher ma peur. Presque immédiatement, un deuxième hululement a retenti, plus insistant, plus fort, comme pour me répondre. C'était bizarre, on ne savait pas exactement d'où ça venait, on aurait dit une sorte d'écho qui retentissait dans toutes les directions.
J'ai sursauté, et un mouvement dans la brume m'indiqua que Léo avait fait de même.
« Tu l'as entendu, cette fois ! m'a-t-il chuchoté.
– Ouais... ai-je répondu sur le même ton.
– C'est super flippant... »
Je n'ai rien répondu.
« On devrait se casser d'ici vite fait... a-t-il continué. T'imagines si ce truc nous trouve... »



À ce moment précis, un autre grognement a retenti, plus proche et plus agressif. Sauf que cette fois, je compris qu'il ne s'agissait pas que d'une créature, mais de plusieurs créatures, hurlant à l'unisson...
On a pété les plombs et on est partis en courant, gueulant comme des malades. Ce n'était pas une réaction appropriée, c'est sûr, mais nos nerfs avaient trop souffert de la pluie, du tonnerre, de la brume et des hurlements pour supporter davantage. Encore maintenant, je me demande ce qui se serait passé si nous n'avions pas détalé ainsi...
J'étais en tête, mais je sentais Léo, derrière moi, qui courrait aussi vite qu'il le pouvait, hurlant de terreur, saisi par la même terrible peur qui serrait mes propres entrailles. Je ne me souviens pas vraiment de la durée de notre course. Je me souviens juste que celle-ci s'arrêta brusquement lorsque mes pieds rencontrèrent le vide. Je tombais soudainement, sans cesser de hurler, dans un abysse de ténèbres, entraînant Léo à ma suite.




Ce qui me réveilla, ce fut la douleur. Une horrible douleur, telle que je n'en avais jamais ressenti auparavant, dans ma jambe droite.
« ...tin ! Martin ! Putain, mec, tu vas te réveiller, oui ? »
C'était Léo. J'ouvris les yeux.
Là haut, le soleil brillait de nouveau, éclairant une minuscule caverne à travers la crevasse béante dans laquelle nous étions tombés. J'étais sur une plate-forme quelque peu surélevée, allongé. Je jetais un œil à ma jambe douloureuse : j'avais vu suffisamment de blessures sportives pour savoir qu'elle était cassée. Mais où était Léo ?
« Martin ! S'il te plaît, réveilles-toi... »
La voix provenait d'en-dessous de moi. Je baissai la tête pour voir : à peine quelques centimètres en dessous se trouvait mon ami. Lui-même était assis sur une plate-forme liée au fond de la crevasse par une pente douce. Un large sourire de soulagement éclaira son visage lorsque je croisai son regard.
« Putain, mec ! Tu m'as fais une de ces peurs ! T'es resté évanoui au moins une bonne heure... »
Je tentai vainement de rassembler mes esprits, malgré la douleur.
« J'ai mal partout, j'ai peur de bouger... »
J'ignorai cette plainte, concentré sur les battements de mon cœur. Si ça continuait à ce rythme, je risquais de faire une putain de crise cardiaque !
« J'ai paumé mon téléphone lorsque je courais. J'espère que t'as le tien, sinon on est mal.
– Non... répondis-je d'une voix rauque en tâtant tant bien que mal mes poches vides.
– Merde ! Attends, il est peut être dans la grotte... »
Fatigué, abasourdi par la douleur, je fermai de nouveau les yeux. J'entendis des bruits de verre cassé quand il bougea.
« Vieux, j'espère que tes parents sont pas trop à cheval sur l'argent, autrement ils vont te tuer. Je suis assis sur ton téléphone.
– Léo, je crois que j'ai une jambe cassée...
– Oh, putain... Merde ! T'inquiètes, on va sortir de là... Merde ! » paniqua-t-il.




Il jura encore un moment, et j'entendis des bruits de mouvements plus bas. Manifestement, il se passait les nerfs sur quelque chose.
« Et toi ? Rien de cassé ? lâchai-je, les dents serrées.
– Non, rien, m'assura-t-il. Mais j'ai mal partout... »
Je n'avais toujours pas ouvert les yeux, si bien que je ne faisais qu'entendre Léo jurer, et chercher dans son sac quelque chose d'utile.
« On pourrait utiliser la corde pour remonter, proposa-t-il.
– Trop courte... soufflai-je. Et avec ma jambe cassée...
– De toute façon, ça fait longtemps qu'on est dehors. Ils ont déjà dû appeler les secours, et ils vont nous retrouver bientôt. » tenta-t-il maladroitement pour me rassurer.
Il lui fallut un moment pour aborder le sujet qui nous inquiétait tout les deux :
« Dis, Martin... Tu crois que les créatures de dehors sauront nous retrouver... ? »
Je ne répondis pas.




Un dérangeant silence s'était installé, et durait depuis maintenant plusieurs heures. Durant cette période qui fut pour moi un véritable calvaire, tant la souffrance était présente, me faisant souvent sombrer dans des états de mi-conscience, aucun secours ne se présenta. Léo avait fait l'inventaire de ce qui nous restait de notre festin dans la nature, ainsi que tout ce qui pouvait être utile, dont le couteau de cuisine, qui nous servirait d'arme contre un éventuel agresseur.
L'ambiance aurait presque pu être calme, tant le silence autour de nous était constant, si ce n'était ce malaise que nous ressentions au plus profond de nous. C'est à cause de ce silence que je captai le premier le retour des gémissements, faibles et lointains, mais curieusement réverbérés.
Cela me glaça le sang : cet écho ne pouvait signifier qu'une chose. Les créatures nous avaient rejoint dans les souterrains. Peut être même ne les avaient-elles jamais quitté. Peut être nous étions-nous précisément jeté dans leur antre....
Lorsque je fis part de ma réflexion à Léo, je vis son visage blanchir.
« Ok... On garde notre calme ! me chuchota-t-il d'une voix pourtant tremblante. Si elles ne nous entendent pas, elles ne nous trouveront pas... »
Je ne partageais pas l'espoir de mon ami. Et j'avais raison...




La nuit était tombée, lorsque Léo remarqua que les bruits se rapprochaient. Bientôt, un immonde bruit de succion accompagna les plaintes, qui devinrent plus fortes, insistantes. Je croyais même avoir distingué des phrases. Ce manège infernal, cette attente dura jusqu'à ce que les bruits se fassent touts proches. Léo me murmura, d'une voix saturée par l'horreur :
« C'est juste dans le coin, là-bas... »
Quelques secondes plus tard, nous vîmes la menace. La lune était ronde, pleine, et les étoiles lumineuses, si bien que nous aperçûmes pleinement la Chose.




C'était... Quelque chose d'atroce. Quelque chose que l'on ne peut décrire sans ternir toute l'horreur qui s'empare de vous quand vous l'observez.
Il n'y avait pas plusieurs créatures. Il n'y en avait qu'une, si l'on peut dire.
Une monumentale masse de chair sanguinolente se dirigeait vers nous, indistinguable ensemble de plusieurs corps humanoïdes. Des bras, des jambes, des pieds, des yeux, des bouches, parfois même des têtes émergeaient de l'abominable amas boursouflé qui en était le centre. Et ces êtres marmonnaient des phrases, pour la plupart incompréhensibles.
Léo et moi, nous hurlâmes de concert.
A nos cris de terreur, la créature sembla répondre par une accélération de son rythme de « marche », par des gémissements plus forts, plus enjôleurs et plus plaintifs que jamais. Elle se dirigea droit vers nous, déplaçant son infâme corps sur les parois rocheuses.




C'est fou. Je me souviens des phrases que les êtres psalmodiaient. Je me souviens de leurs voix rauques et sourdes. Je me souviens avoir réalisé avec horreur, que c'étaient des voix d'enfants.
« Rejoignez-nous !
– Rejoignez-le !
– Il est la mère.
– Elle est le père.
– Nous sommes l'ensemble qu'il est.
– Il est tel qu'il devrait être.
– Rejoignez-nous !
– Rejoignez-le !
– Nous sommes... orphelins et parents. »
Des cris de douleur et des plaintes terribles accompagnaient ces phrases terrifiantes.


La créature ne pouvait m'atteindre. Elle était trop petite. C'est pour ça que j'ai hurlé à Léo :
« Grimpe ! Grimpe ! »
Je vis qu'il avait saisi le couteau de cuisine. Il se tourna vers moi, en pleurant. Je ne devais pas être mieux.
Derrière lui, la créature avançait à toute vitesse.
Je lui tendis la main, qu'il attrapa aussi rapidement qu'il pût. Aussitôt, la douleur dans ma jambe me fit me crisper, et je le lâchai. Il retomba sur sa plate-forme, avant de se relever vivement.
« Encore une fois. » lâchai-je, les dents serrées.
Il m'attrapa la main, et commença à grimper, s'aidant des appuis sur la paroi. J'avais tellement peur qu'il me fasse tomber avec lui, ou que la créature ne parvienne à l'attraper...




Il était à moitié sur ma plate-forme quand, brusquement, il lâcha un cri de douleur atroce, inhumain. Je ne mis qu'un moment pour comprendre.
Une des mains, émergeant du corps de la créature, venait de le saisir à la jambe.
Dés lors, ce fut fini pour lui. Je vis sa cheville, lentement, se transformer à son tour en une masse informe de chair. Il hurla plus fort encore quand l'infection se répandit jusqu'à son genoux. Petit à petit, la créature avançait, absorbant le corps de mon ami en son sein.


Je l'avoue. Je voulu le lâcher. J'avais trop peur d'être absorbé à mon tour. Léo, je suis désolé... Tellement désolé...
Mais cela ne servit à rien. Malgré tous mes efforts pour me détacher de lui, pour éviter d'être emporté, je ne pus rien faire. Nos mains étaient comme soudées, nos peaux s'étaient reliées, nos chaires s'étaient mêlées.


Je ne ressentais pas encore la douleur de la transformation, mais Léo, lui, si. Au fur et à mesure que sa jambe se transformait en un amas sanglant et gonflé, il hurlait sans interruption. Soudainement, il se tut, et posa sur moi un regard que je ne lui avais encore jamais vu. De la terreur pure, de la douleur. Il commença lui aussi à chuchoter :
« Il est moi... Je suis lui. Ensemble... Pas de pièces détachées... Nous. Plus jamais seuls... »
Il cria soudainement :
« Non ! Arrêtez, arrêtez ! Stop.... »
Le flot de larme avait doublé sur son visage, et je ne pouvais que le regarder souffrir ainsi. Il arrêta de nouveau de se lamenter, et reporta son attention sur moi. Ses yeux étaient emplis d'une sorte de compassion, mêlée à une folie indéniable.
« Oh ! Pouvoir être toi aussi, comme je suis les autres... Mais tu ne veux pas, non, tu ne veux... Pas. Pourquoi ? Douleur. Peur. Je suis ça. Je ressens ça. Elle te veut en elle. Il n'est pas rien, il est tout. Il est l'Orphelin. Mais... NON ! Mon ami, non. Je peux encore aider. Tant aider... »


J'étais terrifié. Je ne comprenais pas ce qu'il racontait. Jusqu'à ce qu'il lève le couteau de cuisine, qu'il tenait toujours dans sa main libre.
Et ne l'abatte sur mon avant-bras.
La douleur me traversa tel un éclair. Je hurlai, tressaillis. Mais il ne s'arrêta pas. Il continua, encore et encore. À la morsure du métal, s'ajoutait la souffrance de ma jambe cassé. C'était trop dur, et la terreur, en plus de la fatigue, eurent raison de moi.
Je m'évanouis.




Lorsque je me réveillai, j'étais allongé sur un lit d'hôpital, une jambe dans le plâtre, un moignon à la place de mon avant-bras. L'école avait envoyé les secours à notre recherche, et ils m'avaient trouvé, inconscient, allongé sur ma plate-forme au fond de la crevasse. Il n'y avait aucune trace de mon membre manquant, ou de Léo.
Léo... Je ne sais pas si je dois le haïr ou lui être reconnaissant. Mais au fond, je connais la réponse. C'était mon ami. Il ne m'avait pas abandonné, malgré ma jambe cassée, pour trouver une issue. La douleur, et sûrement ce que cette créature faisait subir à son esprit, avait dû le rendre fou. Il avait voulu me libérer, et y était arrivé. J'aurais tant voulu faire de même pour lui...





Désormais, je ne fais plus de sport. Je ne vais plus en camping ou en randonnée. Je ne m'éloigne plus des autres en pensant que c'est une bonne idée. Et, plus encore, je ne m'approche plus jamais d'une quelconque montagne. Surtout pas du massif des Bauges.
Soyez prudents si vous vous y rendez. Quelque part, dans les crevasses, erre l'Orphelin, une créature de cauchemar. Je suis persuadé qu'elle est liée à la disparition des enfants de l'orphelinat, et à la mort du personnel. Ce qui veut dire qu'elle peut sans doute sortir des crevasses.
Si un jour vous entendez de longues plaintes enjôleuses, faites attention. Parmi elles se trouve la voix de mon ami Léo.

 


lundi 4 août 2014

L'arracheur de doigts

James Buller est un garçon de huit ans, vivant avec ses parents, son frère aîné et leur chien dans une banlieue de Sheffield au Royaume-Uni. Le jeune garçon, comme beaucoup d’autres de son âge, est souvent sujet aux craintes nocturnes. Il est d’ailleurs beaucoup plus infantile et peureux que son aîné, qui ne manque pas de se moquer de lui à ce sujet.
La nuit, James a tendance à vouloir venir dormir dans le lit de ses parents. Quand la maison est plongée dans le silence du sommeil, s’éveille une multitude de petits bruits inexpliqués tout autour de ceux qui ne dorment pas. Des crépitements, des craquèlements, des tapages étouffés. Tous ces sons auxquels ont n’assimile jamais de source, et qu’on se contente d’ignorer. James se voit incapable de les ignorer. Chacun de ces bruits le maintient les yeux grands ouverts et le corps recroquevillé sous la couverture. C’est dans ces moments qu’il se demande comment son frère peut dormir comme un loir, complètement indifférent.


« James le pisseux ! Eh ! T’es James d’Arc en fait ? T’entends des voix ! », le nargue son frère au petit matin.
« J’entends pas des voix ! Maman, il se moque de moi, dis lui de se la fermer. »
« Calmez vous tous les deux », coupe la voix de leur mère. Ferme mais bienveillante. « C’est normal d’avoir peur à ton âge. Tous le monde a eu peur la nuit une fois dans sa vie. C’est rien, James. Tu es bientôt un grand garçon et tu n’auras plus peur. »


Nous sommes dans la chambre de James, un soir d’automne de l’année 2009. Le garçon s’est blotti dans son lit, les yeux fermés par la lourdeur de la fatigue. Mais son sommeil reste léger. Sa respiration berce l’atmosphère de la chambre, et la nuit enveloppe tout de son voile noir. Soudain, un tintement vient de sa fenêtre. Juste un unique et simple tintement, qui a quand même pour effet de faire sursauter James. Le garçon serre sa couverture contre lui et son cœur commence à taper. Il baisse l’intensité de sa respiration pour entendre du mieux tout ce qui l’entoure.
Très vite il sursaute à nouveau, à l’écoute d’un autre tintement. Mais son sursaut est moins intense que le premier. Là, il ferme les yeux en prenant une grande inspiration. « C’est rien, James. Tu es un grand garçon, tu n’as plus jamais peur. Car c’est rien. Tu sais que c’est rien. »
Il se repositionne alors dans son lit, décidé à s’endormir. Un autre bruit vînt le déranger. Il ouvre aussitôt les yeux. C’est un grincement, de l’intérieur de la maison, et non de la fenêtre. L’enfant coupe sa respiration en levant les yeux vers la porte. Le bruit est légèrement crachotant. En fait ça ressemble plus à des légers claquements enchaînés. Le garçon referme les yeux mais le bruit revient. Le bruit insiste. C’est le frigo sans doute ou quelque chose comme ça.
Non ça ne peut pas être le frigo, c’est trop irrégulier. James est gagné par l’agacement. Il en a marre d’être inquiété par ces bruits insignifiants. Il n’a plus à se laisser intimider par ces bruits. Le garçon se lève, lentement, en enlevant la couverture. Il va rapidement voir d’où vient le bruit, voir qu’il n’y a rien, peut être même régler le problème qui est la source du son, et retourner se coucher.
Le garçon s’approche de la porte, les pieds avançant furtivement sur le parquet. Il veut se faire silencieux, mais le parquet grince à chaque pas.
Le bruit est là. Ce sont des petits claquements rapides sur un fond de glissement. Comme une inspiration. Les claquements enchaînés durent à peine une seconde puis silence. Et ça reprend. James s’avance, bien décidé à débouler à l’endroit du bruit et voir qu’il n’y a rien d’anormal. Sa chambre donne sur un petit couloir où il retrouve la porte de la chambre de son frère et celle de ses parents. Mais le bruit vient d’au delà du couloir. De derrière la porte qui mène au vestibule. La porte a une vitre dépolie en son centre, ce qui fait qu’on ne discerne pas ce qu’il y a de l’autre côté hormis des taches.
L’enfant longe le couloir. Le bruit est plus fort et plus sec. Il est maintenant sûr qu’il vient de l’autre côté de la porte. James entend cette fois que les claquements se finissent par un son plus fort et cassant comme un tapement. James se questionne de plus en plus sur la source de ce bruit mais sait qu’il n’y aura rien. Il ouvre la porte et s’engouffre dans le vestibule.

Si. Il y a quelque chose. James est figé. Son cœur vient de bondir et un pincement brulant lui prend la poitrine.
Une masse, noire. Ce n’est pas un manteau suspendu aux crochets, ce n’est pas une ombre sur le mur. C’est là, massif, gros et difforme. Des épaules, une tête avec une chevelure hirsute et piquante. Des yeux, ronds et blancs avec des pupilles folles qui transpercent le garçon. L’être est tout noir. Il prend tout le coin. Et il est près. Tout près. Ses dents, ses dents blanches. Des dents épaisses et carrées. Le monstre les fait claquer vivement dans une inspiration sèche et sifflante. Sa mâchoire claque avec avidité et il termine son inspiration par un dernier gros claquement qui expire une voix étranglée très grave, avant de laisser sa bouche grande ouverte et les yeux plus exorbités. Ces yeux exorbités suivent le garçon quand il tangue sur ses pieds et que son corps s’emballe sous la panique. Il essaye de crier, de le faire partir, de lui faire peur. Mais la chose reste fixe et continue de claquer des dents.


« Sssc-c-c-c-c-c… KAH » qu’il fait, sans le quitter des yeux.
« Dé-dégage…. »
« Sssc-c-c-c-c-… KAH. »
« Maman, papa… »


La mâchoire claquante continue. Elle s’accélère. Sc-c-c-c-c. Elle s’approche. James hurle.

« James a du faire une crise de somnambulisme. »
« Tu a rêvé mon chéri. C’était un rêve et tu t’es levé, ça arrive. »
« Maman… Papa… »
« On est là, mon chéri. C’est rien, tu vas retourner te coucher et te rendormir. On va tous se coucher. »


James se réveille en sueur. De nouveau au lit, il s’est tourné et retourné pendant des heures avant qu’une once de sommeil ne l’atteigne. Mais il se réveille déjà. Il lève les yeux vers le réveil. Les chiffres rouges disent 3h24. On n’est pas encore le jour. La nuit est interminable. James aimerait tellement que ce soit le jour.
« SSSSS-C-C-C-C-C-C-C-C-KAH ! »

Le garçon bondit. Le monstre est là. Contre le mur de sa chambre. La silhouette, les yeux grands ouverts, les dents. Il est là, il claque des dents en inspirant avec une avidité démentielle et il expire en laissant sa mâchoire ouverte et ses yeux exorbités. L’enfant veut courir, il veut hurler. La chose se précipite vers le lit. Les yeux se rapprochent, ils sont à un centimètre de ceux de James. Ses dents cognent, cognent, cognent.

« SSSSSS-C-C-C-C-C-C… »





KAH.



James ouvre les yeux. Des larmes sèches lui grattent le visage. Sa respiration est emballée. Il tremble de tous son corps. Il lève la main droite.
La main. Il manque deux doigts. Il n’y a que deux phalanges dans une effusion de sang à la place de son majeur et de son annulaire. Sa main est toute rouge de sang poisseux. Les derniers doigts pointent lamentablement.

Les parents de James ont fait euthanasier leur chien. L’animal à été emmené dès que James eu montré sa blessure, dans ses draps rougis et sales. Le garçon a essayé de leur dire que ce n’était pas la faute de son chien. Mais il s’est montré incapable de parler distinctement. Amené aux urgences, il est maintenant de retour à la maison avec la main droite fermement empaquetée dans des bandages. Ses parents et même son frère passent beaucoup de temps à ses côtés pour l’aider à se remettre du choc psychologique engendré par la mutilation.
Pris aux petits soins, le garçon semble s’être apaisé et remit. Toute l’attention qui lui a été donnée par sa famille et les médecins, finit par le rassurer. Il dort toutes les nuits profondément grâce aux médicaments antidouleur. Les nuits sont calmes.


« Sssc-c-c-c-c…. KAH. »

James s’éjecte de sa couverture en un violent sursaut. Celui qui lui a arraché les doigts est juste au-dessus de son sommier. La masse noire informe, la tête aux cheveux hérissés et ces yeux ronds fixes.

« Ssssc-c-c-c-c… KAH. »

Fait la mâchoire qui s’ouvre grand et les yeux se révulsent.


Ceci est une version scénarisée des témoignages qu’ont recueillis les enquêteurs auprès des victimes et de leurs familles, au sujet des évènements manifestés depuis l’automne 2009.
James Buller a été retrouvé dans l’entrebâillement de sa porte de chambre, avec la totalité de ses doigts arrachés à part l’annulaire gauche. C’est arrivé peu après un premier sectionnement des doigts majeur et annulaire de la main droite.


En été 2010, dans une banlieue de la ville de Dayton aux États-Unis, une fillette de 11 ans a été retrouvée par sa famille dans son jardin, avec les dix doigts sectionnés jusqu’aux jointures. D’autres cas d’enfants ayant procédé à l’automutilation des doigts ont été notés dans le reste du monde, notamment dans la ville d’Agen en France et à Zanora en Espagne. Le phénomène de l’arrachement des doigts s’est aussi vu opéré par des adultes, toujours à des dates et lieux différentes et sans lien apparent. Comme le cas de Roger Arly, un quinquagénaire résidant à Storuman en Suède, qui a été interpelé déambulant dans la rue aux environs de 5h42 le 28 Mars 2013. Il tendait ses mains sans doigts en pleurant vers les passants qui ont retenu la phrase répétée par l’homme : « Ne me laissez pas seul avec lui. ». En Allemagne cette fois, dans la ville de Postdam, les locataires d’un appartement en centre ville ont signalés que leur voisine de palier Ut Goering âgée de 42 ans, étaient venue taper à leur porte avec 7 de ses doigts tranchés en leur hurlant des complaintes incompréhensibles.
Les victimes s’en sont toujours sorties vivantes, et toutes affirment ne pas être les responsables de leurs blessures. Mais aucune autre cause n’a été décelée par les enquêteurs, si bien que l’hypothèse de l’automutilation reste la plus plausible et celle officiellement déclarée dans les rapports.


3 ans avant les évènements d’automne 2009 dans la famille Buller. Les Buller sont en vacances dans une station balnéaire à Southen-On-Sea. James a alors 5 ans et son frère 8. La famille s’est installée dans un parc. James joue avec son frère à la course ou au ballon. Mais le petit garçon se sent amoindrit par rapport à son vigoureux et bagarreur frère qui tourne toujours le jeu à son avantage. James s’empresse d’aller se manifester à ses parents, mais ceux ci, déjeunant paisiblement dans l’herbe, ne veulent rien entendre de leurs chamailleries.
Désireux de voir son frère grondé et puni par ses parents, James s’isole et réfléchit avec colère. Puis finalement, quand ses parents sont tous deux occupés dans la contemplation d’une nuée de martinets, James s’approche du drap où est disposé le pique-nique. Il s’empare de la bouteille de vin et repart en la pressant contre sa poitrine. Caché derrière un arbre, il vient la fracasser contre l’écorce.
Très vite, ses parents se retrouvent devant le tronc maculé de l’effluve sombre et odorante, au milieu des éclats de verres. Ils appellent leur fils le plus proche, qui est James.


« C’est pas moi, maman. C’est Nathan. »
« Tu es sûr, James ? Tu l’a vu faire ça ? »
« Je te jure maman, c’est Nathan qui a cassé la bouteille. C’est lui. Je te jure. Je te jure. » dit le petit garçon en pointant son frère. En le pointant du doigt.




Ssssc-c-c-c-c-... KAH.




dimanche 3 août 2014

Un autre type d'abattoir

         L'aube pointe à peine dans le ciel. Pourtant, tu es déjà levé, habillé, prêt à partir au travail. Une tasse de café à la main, tu lis ton journal préféré. Au milieu des articles de sports, des affaires de célébrités et des événements politiques, une page attire brusquement ton attention. Il s'agit apparemment d'un extrait provenant d'un singulier journal.

        Je ne me souviens pas vraiment de la manière dont cela a débuté. Je veux dire, le commencement de ce cauchemar sans fin qui est devenu mon quotidien, il y a... trois ans ? Quatre ans ? Plus ? J'ai perdu le compte des jours. Je ne peux même plus faire la différence entre le jour et la nuit. Oh, je ne peux pas me plaindre. Contrairement à beaucoup d'autres, je n'ai pas laissé mes instincts me mener à ma perte. J'ai réfléchi, et j'ai survécu. D'autres n'ont pas eu cette chance.
        Mon nom importe peu, dans cette histoire. Tout comme ses protagonistes, ou même le lieu où elle se déroule. Ce qui importe, ce sont les faits. Et c'est ce que je veux que l'on retienne. La folie des êtres vivants, cette lente et suffocante agonie qui est la nôtre, les détails les plus insignifiants comme les plus morbides de mon existence.
J'avais, je pense, environ neuf ans lorsqu'ils m'ont arraché à la quiétude de mon enfance. Ce souvenir est toujours gravé en moi, et c'est le seul qui me reste de mon ancienne vie. Je me souviens de ma silhouette pétillante d'énergie, jouant et courant sous un bienfaisant soleil printanier. Mon petit frère est à mes côtés, nous jouons au ballon. Avec le temps, ses traits se sont effacés, mais sa voix, son rire sont toujours profondément ancrés dans mon âme. Il avait un rire magnifique, mon petit frère...
        La suite demeure confuse. Des voix sourdes, des ombres inquiétantes, des mains immenses qui me saisirent brusquement. Le monde qui s'évanouit lentement dans les ténèbres. Un voyage en camionnette, une incompréhension naïve qui provoqua en moi un remous de questions sans réponses. Mais surtout, cette terrible peur, qui me serrait le ventre. C'était la première fois que j’expérimentais une peur réelle, fondée... Et ce n'était que le début.
Je n'étais pas la première. Quelques autres enfants étaient déjà dans le véhicule, les bras serrés autour de leur corps tremblants, des larmes coulant sur leurs visages agités de sanglots. Aucun d'entre nous n'osait parler, de peur d'attirer l'attention de nos ravisseurs. Nous nous contentions de trouver un coin où nous asseoir, en évitant les regards des autres, et nos pleurs amers se mêlaient et se perdaient dans le silence.
Mes souvenirs s'arrêtent là, à ce point précis où le macabre se mêle à l'horreur. Je vis dans un bâtiment que je sais isolé, au fond d'une cave humide et sale, avec une trentaine d'autres enfants de tous âges. La seule voie de sortie est une porte au deuxième étage, à laquelle on accède grâce à un ascenseur mécanique dont le bouton doit se trouver quelque part dans l'usine, en dehors du souterrain. Il y a également une trappe par laquelle arrive de la nourriture tous les jours, ainsi qu'un réseau de ventilation situé au plafond, hors de portée. Enfin, une grille est solidement fixée au-dessus d'un trou au sol, menant à l'eau usée des égouts. Avec du fil et un crochet en fil de fer, on peut espérer pêcher des objets, ou même des cadavres d'animaux de temps en temps.
        Je pourrais également vous parler de l'immense vitre noire située à côté de la porte, qui est sans nul doute la seule surface toujours propre de la cave. Je pourrais mentionner les lueurs qui, parfois, apparaissent derrière cette fenêtre. Je pourrais vous expliquer que je suis convaincue que, si nous ne pouvons pas voir à travers le verre, nos kidnappeurs, eux, le peuvent. Que c'est de l'autre côté de cette glace qu'ils nous observent, nous examinent, nous choisissent, avec une parfaite et méticuleuse froideur.
Mais je préfère vous dire que, lorsque les lumières illuminent le verre, toute activité au sein de la cave s'arrête. Nous sommes des enfants : malgré l'emprisonnement, nous avons toujours des rêves, de l'espoir, de l'énergie. Nous inventons des jeux, nous inventons des chansons et des mélodies. Nous ressentons les uns pour les autres ce qui se rapproche fortement d'une amitié timide.
Je ne dois pas fonctionner comme les autres, car, bien que je n'échappe pas à ce lien qui nous unit tous, je ne cherche pas à me mêler à eux. Je sais que tôt ou tard, nous sommes tous choisis, et que je serais triste et affligée de voir mes amis partir les uns après les autres. Jusqu'à ce que vienne mon tour. Je n'ai pas voulu faire partie de ce cercle vicieux.
       Deux personnes font exception à cette règle : Marcus, un adolescent surdoué qui s'entête à donner des leçons de grammaire aux autres. Je lui en suis reconnaissante : c'est grâce à cela que je peux tenir ce journal, avancer, supporter le quotidien. Depuis mon arrivée, quatre enfants ont déjà tenté de mettre fin à leurs jours, et les plus anciens ont laissé entendre que c'était courant, même si les Autres n'aiment pas gâcher de la viande.
Et Tiffany. Tiffany, c'est un rayon de soleil dans l'obscurité la plus profonde. Tiffany, c'est une petite fille de sept ans, qui est arrivé dans ma vie depuis maintenant deux ans, et qui a illuminé notre existence. Tout le monde l'aime, la protège. Elle a droit au meilleur coin pour dormir, aux objets que l'on pêche parfois dans les égouts. Mais surtout, elle a droit à toute la nourriture qu'elle souhaite.
        Tiffany est gourmande. Cela m'alarme, me fait peur. C'est toujours les plus gros qui partent en premier, et tout le monde sait, ou suppose, que l'endroit où ils vont atterrir n'a rien de plaisant. Quand quelqu'un part, on entends des cris de souffrances un peu plus tard, des gémissements... Ce n'est pas par hasard qu'ils nous donnent seulement des denrées grasses et nourrissantes. Personne ne se fait d'illusions. Un jour ou l'autre, nous sommes tous choisis. La stratégie adéquate est de trouver un équilibre. Ne pas grossir plus qu'il ne le faut, sans se priver de manière mortelle. Mais Tiffany mange ce qu'elle veut, sans se préoccuper de ce qu'il adviendra. Sacrée Tiffany...


        Marcus est inquiet. Il m'a dit qu'il va bientôt atteindre ses quinze ans et cent-soixante-treize jours. Je n'ai pas fait attention aux secondes. Il a raison d'avoir peur : jusque là, il était sauf, car un peu maigrelet. Mais, lorsqu'un enfant devient adulte, qu'il grandit en taille, en force et en appétit, les Autres le prennent systématiquement, peu importe son épaisseur. Je pense qu'ils ont peur qu'un jour un adolescent ne cause des dégâts. C'est peut être même déjà arrivé. Je pense aussi qu'ils ne veulent pas gaspiller de la nourriture. Après tout, ils nous élèvent juste pour notre viande, pourquoi dépenser plus qu'il n'en faut ?
C'est fou, mais j'ai beau être plus jeune que lui, j'assume quand même le rôle de protecteur. J'agis comme si rien n'allait se passer, comme s'il resterait sauf, dans la cave. Je sais que ça calme ses angoisses. Mais je sens l'égarement gagner du terrain sur ma résolution.


         Il me parle souvent. Il a peur. Il dit que les lumières derrière la vitre le guettent, que bientôt elles viendront le chercher. Il a un regard fou, si éloigné de sa vivacité habituelle. Comme s'il n'était plus pareil. Il pleure éveillé, gémit dans son sommeil. Je le rassure la majorité du temps, mais je ne peux m'empêcher de parfois, faire comme si je ne l'entendais pas lorsqu'il me confesse ses frayeurs. Parce que dans ces moments, ses yeux retrouvent cette intelligence, cette condescendance qu'il avait envers moi, alors qu'il me dit tout bas que c'est inutile de faire semblant, qu'il connaît la vérité.


         Il ne vient même plus me parler. Il se contente d'attendre, adossé contre un mur. Tiffany vient parfois lui chuchoter quelques mots apaisants.


        Je l'ai regardé tenter de se déchirer les veines avec l'hameçon de pêche. Sans rien dire. Cela n'a pas marché, alors il est retourné dans son coin. Toute la peine du monde était contenue dans ses yeux. Il a arrêté de se cogner la tête contre le mur quand Tiffany le lui a demandé.
J'aurais dû faire quelque chose. Je n'ai rien fait.


         L'écriture est tremblotante. Ils l'ont pris. Les Autres ont emmené Marcus. Il s'est débattu, a pleuré, supplié. Il a même arraché l'une des capes noires de l'un d'entre Eux. Je n'ai pas vu son visage, je me suis couvert les yeux avec mes mains. Je ne voulais pas connaître leur apparence.
J'ai décidé que je ne parlerais plus à personne. Pas même à Tiffany. C'est trop dur, douloureux, de voir un ami se diriger vers sa mort.
Elle se dirige vers moi actuellement. Je pense qu'elle veux pleurer avec moi. Qu'elle veux que je la prenne dans mes bras, tandis que nous écoutons les cris de Marcus se faisant déchiqueter, peut-être même dévorer vivant. Ce sera difficile, mais il faut que je sois forte. Que je lui dise non.


        Tiffany ne me comprend pas. Elle crie, elle hurle, mais je n'entends pas. Je sais que ça lui fait du mal, mais c'est mieux pour nous deux si nous nous ignorons. J'ignore qui partira la première, mais quelqu'un souffrira, de toute façon. Autant abréger maintenant cette amitié qui nous coûtera tant. Régulièrement, elle me regarde, m'offre de la nourriture, des cadeaux, avec ses grands yeux implorants. Je l'ignore.


           Je me demande si... Non, je ne dois pas. Je fais ça pour elle. Pour moi. Pour nous.


          Des taches circulaires et humides parsèment la feuille. Quelqu'un a pleuré au-dessus de cette page, tout en écrivant. Je l'avais avertie. Je l'avais prévenue. Pas trop de biscuits, pas trop de gâteaux ou de chocolat. Pas les aliments les plus gras. Les barres énergétiques, et les quelques fruits qu'on trouve parfois sont les meilleurs. Pas de gourmandise, attention aux kilos en trop.
Elle n'écoutait jamais. Sacrée Tiffany...
Elle ne s'est même pas débattue. Elle m'a juste lancé un regard perdu, esseulé, avant de saisir un pan de manteau noir et de suivre les Autres.
Et ça m'a fait mal. Terriblement. Comme si c'était ma faute.
J'ai tout fait pour éviter ça ! Je l'ai conseillée, je l'ai aidée, je l'ai aimée.
Je l'ai abandonnée.


        Faites-les cesser... Ces cris... Quand je les entends, je me souviens... L'écriture devient incompréhensible. Manifestement, celle les ayant écrit venait de sombrer dans la folie.


        L'écriture est mince, plus serrée, moins soignée. Les signes semblent tracés à la hâte. Je vais bientôt atteindre l'âge fatidique. Je le sais, en constatant chaque matin que je mange un peu plus, que mon corps se modifie. Peu importe mes efforts, ma maigreur, ils m'auront, tout comme ils ont eu Marcus. Tout comme ils ont tué Tifanny...
Je dois faire vite. Je n'ai plus beaucoup de temps. Les lumières me cherchent, me guettent, me traquent. Je sais que, derrière la vitre noire, les Autres m'observent avec intérêt. Ils m'ont surpris écrire, je le sais. Ils ont surpris les regards de haine que je lance vers la porte. Ils voient la chair sur mes os, et ils salivent.
Jack, par un moyen ou un autre, a réussi à pêcher une boîte en fer solide, suffisamment grande pour contenir mon carnet et, mieux encore, étanche. Je vais confier mes écrits aux courants et aux égouts, en espérant que quelqu'un les trouve. J'ignore pourquoi je le fais. Peut être pour que l'on ne m'oublie pas ? Pour que subsiste une trace de mon être à l'extérieur de la cave, tandis que mon esprit se fondra dans le néant, bercé par mes cris de souffrance et d'horreur.
Il faut être forte.
J'ai si peur...
Adieu, journal. Je m'en vais retrouver Marcus et Tifanny. Et m'excuser auprès d'eux du mal que j'ai fait.


        Le journal se finit ici. En dessous de ces extraits se trouve un autre texte.
« Le démantèlement de l'affreux réseau de cannibalisme d'enfants s'est effectué vendredi dernier, par une équipe d'élite du gouvernement. Une vingtaine d'adultes environ enlevaient au hasard des enfants dans les rues, avant de les enfermer et de les engraisser. Puis, ils étaient mis à mort et découpés en morceaux, avant d'être acheminés aux quatre coins du monde sur la demande de particuliers, cela pour être consommés.
Lorsque la police a interrogé les enfants rescapés au sujet de l'auteur de ce carnet, l'un d'entre eux, nommé Jack, a répondu : « Sheila ? Elle a a été emmenée quelques jours avant notre libération. »
Le chef de la police a avoué qu'un livre de comptes avait été retrouvé dans l'abattoir, et qu'il permettrait de remonter jusqu'aux clients de cet odieux trafic. »


        Tu laisses tomber le journal de saisissement, devant l'horreur de la situation. Rapidement, toutefois, tu reprends tes esprits, et comprends qu'il te faut bouger, migrer. Tu attrapes ton manteau et te diriges d'un pas pressant vers ton véhicule. Lorsque tu tournes les clés de voiture, une seule pensée monopolise ton esprit : dans ton frigo, entre les œufs et la salade, repose un paquet de viande dont tu connais très bien la provenance....

 


samedi 2 août 2014

Les dernières serviettes

La première fois que j’ai entendu cette histoire, je travaillais à la cantine de ma fac. C’est un autre étudiant qui me l’a raconté.

Le proviseur d’une cité scolaire voulait acheter de nouvelles serviettes pour sa cantine. Il se trouvait que son fournisseur habituel avait augmenté ses prix. Peu enclin à investir plus dans de simples serviettes en papier de qualité franchement moyenne, il entreprit de chercher ailleurs. Il trouva une entreprise qui livrait des serviettes en tissu pour un prix très correct. Il les contacta et un représentant vint à sa rencontre pour lui présenter le produit. Celui-ci était plus épais, plus grand et plus facile à attacher autour du cou. Satisfait, le directeur signa un contrat et se fit livrer toutes les semaines. Les élèves et les professeurs mangeaient désormais avec ces nouvelles serviettes en tissu.

Tout se passa bien jusqu’à ce qu’un enseignant se plaigne d’une drôle d’odeur émanant de sa serviette. Cette odeur n’était pas vraiment désagréable, mais elle était là. Le directeur songea tout d’abord à appeler l’entreprise, mais il se ravisa. Il n’allait pas faire toute une histoire pour une seule serviette qui sent bizarre. Peu de temps après, des élèves et des enseignants se retrouvèrent eux aussi avec des serviettes dégageant une mauvaise senteur. Le directeur lui-même n’osait plus s’essuyer la bouche avec. Celle-ci laissait échapper une odeur, pas très forte, mais étrange et persistante. Les semaines s’égrenèrent et tout le monde continuait à les utiliser. Cependant, plus personne ne les attachait. On préférait les poser sur les genoux ou les laisser bien en évidence sur le plateau. Le directeur tenta de joindre l’entreprise, mais personne ne décrochait. Perplexe, il essaya d’en savoir plus avec le conducteur du camion qui le livrait par cartons entiers. Mais l’homme n’était qu’un sous-traitant et ne connaissait pas grand-chose de l’entreprise où il s’approvisionnait. Le directeur inspecta l’intérieur du poids lourd et jugea que les conditions de transport respectaient toutes les normes sanitaires. Le problème semblait donc venir uniquement de cette firme mystérieuse et muette. Il continua néanmoins à se faire livrer car il se disait que le relent était un problème mineur et que cela n’empêchait ni lui ni les autres de se restaurer avec appétit.

Plusieurs semaines s’écoulèrent encore.

Petit à petit, cette odeur, qu’auparavant on pouvait encore ignorer, se fit de plus en plus présente et finit par devenir un remugle écœurant. Il y eut plusieurs cas de nausée et certaines personnes vomirent. Dans ces conditions, une fronde des enseignants et des parents d’élèves se forma contre le chef d’établissement qui essayait d’ignorer le problème. En fait, ce dernier mangeait seul depuis plusieurs jours, pour que l’on ne remarque pas qu’il utilisait d’autres serviettes que celles qu’il distribuait à tout le monde. Sous pression, il renouvela ses appels mais personne ne daignait décrocher au siège de l’entreprise. Parallèlement, le restaurant scolaire commençait à se vider. Les parents refusaient d’envoyer leurs enfants dans une cantine dégoûtante. En effet, des taches très suspectes étaient apparues sur les serviettes. Elles étaient tantôt brunes, tantôt pourpres, mais toujours séchées, comme si on avait essayé de les faire disparaître un minimum. Au bout d’un moment, elles se trouvèrent carrément usées, comme si elles avaient déjà servi. Certaines étaient même trouées. C’en était trop.

Alertée par les grèves des professeurs et l’absentéisme ouvertement encouragé par les parents, la mairie demanda une enquête. La police se rendit chez l’entreprise. Celle-ci n’avait pas laissé d’adresse au directeur, mais son numéro était dans l’annuaire.

Les policiers se rendirent dans un lieu isolé regroupant deux à trois bâtiments. Il s’agissait d’une simple boutique avec deux hangars par derrière, où le camion venait prendre les cartons de ses clients. Il y avait aussi un immense terrain herbeux couvert ça et là de tas de terre. Il n’y avait aucune trace des employés, qui étaient visiblement partis à la hâte en emportant presque tout avec eux.  À la cave, il restait seulement une grande table et une paire de ciseaux. L’enquête fut bouclée en une journée et l’évènement apparut dans les journaux comme une affaire peu importante et non résolue.

En réalité, l’affaire fut bien élucidée, mais on préféra l’étouffer pour ne pas provoquer de scandale. L’enseigne de la boutique n’indiquait pas clairement de quel genre d’entreprise il pouvait s’agir. Si les dirigeants ne furent jamais retrouvés, la police mit tout de même la main sur leurs archives qui comptaient un certain nombre de rapports de conseil d’administration et plusieurs bilans financiers. Dans ces bilans transparaissait une situation alarmante, avec une baisse importante du chiffre d’affaires. La vente de leurs produits chutait. Le produit qui connaissait la plus faible demande était le drap, qu’ils possédaient en quantités énormes. Le conseil d’administration aurait alors pris la décision de se lancer dans une autre activité en attendant que la situation s’améliore. Ils auraient découpé
chaque drap en plusieurs carrés afin de confectionner des serviettes qu’ils revendraient par centaines aux cantines scolaires. 


Tout cela n’avait à première vue rien de franchement anormal. Sauf que ces draps se trouvaient être des linceuls et que cette entreprise était une entreprise de pompes funèbres. Cette solution leur permit de tenir un temps.

Mais la vente des autres produits, couronnes, cercueils, chrysanthèmes, ne décollait pas.
En plus de ça, le stock de linceuls diminuait et la situation commençait à devenir dramatique. C’est alors que le conseil d’administration prit
pour l’entreprise une décision peu déontologique. Vendre tous les linceuls restant à disposition pour maximiser les bénéfices et filer à l’anglaise une fois l’ensemble écoulé. Sauf que « tous les linceuls restant à disposition », cela signifiait vraiment tous les linceuls. Une fois que le stock des hangars eut complètement fondu, les employés s’en procurèrent là où ils en restait encore, c'est-à-dire six pieds sous terre. Ils commencèrent par exhumer leurs clients les plus récents, leur chapardèrent leurs suaires et en firent plusieurs centaines de serviettes. Comme ils ne pouvaient compter que sur des morts frais, dont le linge mortuaire n’était pas trop abîmé, ils furent obligés de profaner d’autres cimetières. À la fin de chaque prélèvement, ils replaçaient grossièrement les cadavres dans les trous qu’ils rebouchaient à la va-vite. On retrouva plusieurs de ces tombes profanées sur l’espace vert derrière les hangars qui, en fait, s’avéra être un cimetière. Toutes les croix, les pierres tombales et autres fioritures de marbre avaient été emportées par les croques morts. Au bout d’un certain temps, ils furent contraints de s’approvisionner avec des linceuls plus vétustes.

Les enquêteurs n’ont aucune idée de l’endroit où ils se cachent car leurs archives ne mentionnent aucune destination de fuite.



vendredi 1 août 2014

Holy lil Mary

Je sais pas comment commencer ce journal de bord, alors je vais juste vous dire ce qui s'est passé. Pendant que je le peux encore.


Premier jour

Vous savez, je suis pas un saint, je veux dire, personne ne l'est, sinon il ment, mais je suis quand même l'un des pires.

Je vais souvent sur des sites que la Police traque, où vous pouvez trouver des vidéos ou des photos avec des enfants. Oui, je suis un pédophile. Vous savez, je n'ai rien fait. Jamais rien fait. Je n'ai jamais touché à un enfant. JAMAIS ! Vous n'avez rien à me reprocher.

Alors que j'étais sur l'un de mes sites habituels, j'ai téléchargé l'une des nouvelles vidéos du jour. On aime partager. Ce site est bourré de pop-up, c'est pas étonnant, mais j'avais mis Adblock pour ça. Pourtant, ce jour-là une fenêtre pop-up s'est ouverte. Et j'ai vu que c'était pour télécharger une vidéo avec une petite fille. J'ai pris ça pour une arnaque, vous savez, un attrape-couillon. Quand j'ai passé ma souris sur la fenêtre pour la fermer, la vidéo d'exemple s'est mise en route. Vous savez ce qui m'excite avec les enfants ? C'est quand ils crient. Qu'ils demandent de l'aide. Que leur voix geignarde n'acclame que nous, qu'ils crient pour nous... Et cette fillette criait, suppliait son père de la laisser partir. Et plus il la frappait, plus elle criait et pleurait.

C'était beau.

Elle m'appelait.

Je n'avais pas pensé un seul instant à l'histoire que m'avaient racontée mes confrères, pourtant j'aurais dû. Je pensais à une légende urbaine, vous savez. Qu'une fille fantôme ou quoi vienne vous hanter. C'est des légendes tout ça.

Je ne l'avais pas relevé sur le moment, mais la vidéo s'est téléchargée en même pas une seconde. Peut-être était-ce un test, peut-être qu'elle était déjà là.

J'ai mis tout de suite la vidéo en route. Je ne voyais plus que cette vidéo, je n'avais d'yeux que pour le film.

Je ne sais pas si c'était elle, mais quand je me suis essuyé la main, la vidéo mise sur pause a crépité, et je crois avoir vu du coin de l'œil qu'il y avait eu un bug/glitch.

J'ai cliqué sur la croix, mais elle s'est mise en miniature à la place. J'ai cliqué pour la fermer et c'est là que j'aurais dû comprendre.

La vidéo avait changé. Maintenant, il n'y avait plus que le père, couché sur le dos sur le lit. Mes haut-parleurs ont émis un bruit. Un souffle bizarre. J'ai compris quelques secondes plus tard que la vidéo qui était sur « pause » tournait quand même, et que la respiration étouffée dans du liquide était celle de l'homme qui agonisait dans son sang, la gorge tranchée.

Je n'ai pas cherché à comprendre, et j'ai voulu fermer la fenêtre. Encore une fois, elle s'est mise en miniature et en voulant la refermer, elle s'est rouverte, comme avant.

La fillette, qui n'en était pas une (trop grande, trop vieille) était penchée au-dessus du corps de son père qui avait le ventre ouvert, et un
horrible bruit de mastications s'est fait entendre dans mes haut-parleurs.

Cette fois la vidéo a bien voulu se fermer.

J'aurais dû comprendre dans quelle merde j'étais, j'aurais dû comprendre que c'était pas un putain de snuff movie à la con, j'aurais dû comprendre, bordel.

Pourtant, putain, j'ai cru à un mauvais snuff movie.


Deuxième jour

Je recevais ce jour-là. Vous savez, si vous n'avez pas de copine, vous éveillez les soupçons. Je n'ai pas couché avec elle. Elle est moche, elle est trop grande, elle est froide.

Elle s'épile, mais je le sais. Elle a des poils qu'elle tente de me cacher. C'est répugnant. En plus, elle se maquille, elle fait des trucs dans ses cheveux et elle a de longs ongles. Elle a une poitrine opulente que je hais. C'est envahissant, ça ballotte, c'est lourd, c'est moche. Je hais son corps d'adulte moche. Je hais son corps de femme mûre. Je préfère les petites princesses aux belles-mères ridées.

Je fais bonne figure, mais je l'aime pas. C'est difficile vous savez.

Je recevais Anna ce jour-là. J'ai eu la trouille de ma vie quand la voix de la fillette s'est mise à crier son père. J'avais effacé la vidéo putain ! Je suis certain de l'avoir effacée ! Anna a voulu voir, mais je ne pouvais pas. Je pouvais PAS ! J'ai tout de suite su d'où ça venait.

Mon ordinateur s'était allumé, tout comme les haut-parleurs, et la vidéo s'était mise en route.

Heureusement qu'Anna n'avait rien vu. Je veux pas aller en prison pour si peu !

Ça aurait pu s'arrêter là, mais pendant la nuit, la vidéo, l'ordinateur et les haut-parleurs se sont enclenchés. Ça me réveillait à chaque fois et les chiens du quartier se mettaient à hurler, je dors la fenêtre ouverte.

Plus maintenant.

J'ai cru à un bug, à un virus. Mais je ne peux pas aller chez le réparateur. Je peux pas ! Alors j'ai débranché les haut-parleurs pour la nuit. C'était étrange, mais je m'étais convaincu que c'était un virus.


Quatrième jour

C'était hier.

Je n'ai pas dormi.

Les haut-parleurs débranchés, j'entendais quand même la fillette pleurer. Parfois, même quand je réussissais à tomber dans le sommeil, son cri résonnait à côté de moi pour me réveiller.

J'ai voulu bien me réveiller en regardant ma vidéo préférée, ce matin-là.

Mon fond d'écran avait changé, c'était l'une de mes photos. Je n'ai pas besoin de vous dire quel genre de photo.

Cette photo était dans un dossier fermé, caché, verrouillé. Oui, je paniquais. Encore plus après.

Je l'ai changé, vous pensez bien.

J'ai mis ma vidéo en route. Je voulais trop me branler, pour oublier ça.

J'adore cette vidéo, même si la plupart du temps le point de vue est éloigné, parfois le cameraman s'approche pour filmer en détail.

Mon passage préféré, le point culminant de l’œuvre quand il filme tout près l'antre de la fillette se faisant quasi écarteler.


 

Mais quand il a reculé, l'horreur.

La fillette qui était en fait clairement une jeune fille se tenait à côté de l'enfant.

Elle n'avait jamais été là. Je connais assez cette vidéo pour le savoir.

Le point de vue s'est fait alors sur le visage accusateur de cette fille.

Elle me fixait.

Oui, elle me regardait moi.

MOI !

Et elle avait un regard rempli de haine et de dégoût.

J'ai voulu fermer la vidéo pour fuir ce jugement injuste, la vidéo s'est mise en plein écran et son visage prenait tout l'écran.

Et elle continuait de me regarder.

Ça a duré une éternité où je n'avais aucun moyen d'arrêter ça. Ma souris n'apparaissait plus, mon clavier ne servait à rien.

Sa respiration se faisait entendre à travers les haut-parleurs qui refusaient de descendre le son.

J'ai débranché la prise. Ça continuait !

Mes oreilles ont explosé quand de la « neige » est apparue sur la vidéo, qui s'est ensuite fermée comme si de rien n'était.

Je ne pouvais plus éteindre mon ordinateur et je ne pouvais rien faire !

J'ai cru à un virus. Mais je ne peux pas aller chez le réparateur. Je ne peux pas ! Je peux pas, sinon ils vont voir mes vidéos et mes photos et prévenir la Police ! Je peux rien faire ! Je peux pas ! Je VEUX pas ! Je veux pas aller en prison alors que j'ai rien fait de mal ! Je suis juste un voyeur ! Ça fait rien ! C'est pas mal, n'est-ce pas ? Hein ? Je ne suis pas un violeur !

J'ai passé ma tête sous l'eau pour me remettre de mes émotions. Je n'avais jamais débandé aussi vite.

Quand je suis revenu, l'ordinateur semblait normal.
Tout s'était arrêté...


Cinquième jour

Je n'ai pas dormi de la nuit.

Je l'ai passée chez Anna, je ne pouvais juste plus dormir à la maison.

C'est là que j'ai vraiment compris que j'étais dans la merde.

Elle pleurait.

La fillette.

Dans la maison d'Anna.

Bien sûr, on l'a jamais trouvée, mais elle continuait de pleurer comme une enfant. Mais cette fois, ça me faisait pas bander.

En plus Anna ne l'entendait pas, qu'elle disait. Elle disait que ça devait être un voisin. C'est pas le cas, c'est pas possible. C'est elle.

Je ne suis plus sûr de rien, je suis fatigué, j'ai des blancs, mon esprit est embrouillé.

Je suis foutu, je peux rien faire.

Je suis parti tôt ce matin-là, et Anna a insisté pour me raccompagner. Je ne suis pas bien.

J'ai ouvert la porte de ma maison et on est restés coi. La maison était sans dessus-dessous. C'était elle. Comme un enfant perturbateur laissé sans surveillance.

J'ai couru à mon ordinateur.

Il était éteint; mais sur le siège, juste en face du bureau, il y avait un objet qui n'était pas à moi.

Un sac-peluche en forme de dauphin.

Bien que certaines personnes de ma famille aient des enfants, ils ne viennent jamais ici.

Je ne saurais pas voir des enfants qui n'ont d'yeux que pour moi chez moi. J'aurais trop peur de craquer. Je veux pas aller en prison.

Alors je n'ai aucun objet ou jouet pour les enfants chez moi. Ce serait trop louche.

Ce sac-peluche n'est pas à moi. En plus, ce sont des animaux malsains, les dauphins, derrière une image doucereuse.

Anna a voulu que je porte plainte pour harcèlement. MAIS JE PEUX PAS PUTAIN ! Quelle putain DE CONNE. Je peux pas ! Sinon la Police va demander si je sais pourquoi je suis harcelé, et ils vont savoir, ils vont savoir ce que je cache et je vais être arrêté.

Je peux rien faire, je suis foutu.

Alors je l'ai envoyée chier. Elle comprend pas, elle comprend rien, quelle conne. Alors je l'ai envoyée dehors.

La maison est calme aujourd'hui. Peut-être qu'elle a piqué une crise et qu'elle me fout la paix. Peut-être qu'elle est partie.

Mais je ne suis pas tranquille, je me sens épié. J'écris ceci sur mon ordinateur parce que ça s'est calmé. Je me sens pas seul, je suis

Putain, j'ai entendu du bruit.

Il y a quelqu'un dans la maison.

Ça voyage dans la maison.

Je me convaincs que c'est Anna. Pourtant... Ça peut être qu'elle. Ce n'est pas la fille. Après tout, ce n'était que sur l'ordinateur. C'est un virus en fait.

La maison en bordel ce sont des voleurs. C'est ça.

Pourtant, je n'ose pas me lever. Je n'ose pas regarder derrière moi, vers la porte. J'ose pas aller voir si c'est bien Anna. C'est Anna. Hein ?

Putain, ça se rapproche.

J'ose pas me retourner, j'écris, ça va la stopper, ça va s'arrêter, elle va rien me faire si j'écris, hein ? Hein, elle va me laisser écrire, je vais continuer, elle fera rien, elle va pas interrompre, c'est stupide stupide stupide, je suis sûr qu'elle va s'arrêter, je suis foutu.

Je suis foutu, pourquoi ? J'ai rien fait, j'ai jamais rien fait, je fais que fantasmer, je suis innocent ! Je suis innocent             


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[PRO JUSTITIA]


Le mardi [------------] à [------], moi, Camille R[----], agent, ai reçu un appel signalant de multiples cris d'enfants de type « Je hais papa » venant de la maison située au [-------------] ; maison appartenant à Samuel L[-----], 47 ans, sans enfant.

Sur place, l'officier en chef Dominique K[----] accompagné par [------------] à [---] heure ont constaté que la maison était dans un désordre évident. Nous avons constaté le décès par mort violente de Samuel L.

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Le corps était étendu devant le bureau de l'ordinateur, crâne vers la machine. La chaise était renversée. L'ordinateur était toujours allumé et a été emmené chez les spécialistes après avoir pris une photo de la scène. La dernière note laissée semble avoir été écrite juste avant la mort de la victime, mais elle est incohérente.

Le médecin légiste [-------] a pu noter de multiples coups de couteau de petite dimension ; assénés essentiellement à la gorge, au buste et aux parties génitales. [----------------------------------]. Nous ignorons pour le moment si les coups aux yeux ont été volontaires ou non.

Sa petite amie, Anna D[------], 33 ans, sans enfant ; témoigna que Samuel L. avait un comportement étrange depuis quelques jours. Anna D. expliqua que, quand elle avait laissé son petit copain le jour précédent, la maison était dans l'état actuel. La jeune femme jura qu'elle lui avait demandé de porter plainte pour harcèlement mais qu'il avait vivement refusé et repoussé la jeune femme.

L'alibi d'Anna D. pour l'heure présumée du meurtre (la nuit passée au travail), est vérifié.

[----------------------------------------------------------------------------------------------------------].

L'ordinateur renfermait [----------------] et des fichiers pédophiles ; photos et vidéos.

Notre équipe a pu déterminer que certaines étaient enregistrées depuis plusieurs années.

L'équipe a également noté un fichier vidéo, pris par la webcam de l'ordinateur à l'heure présumée de la mort. La qualité est médiocre, notre équipe y travaille actuellement.

La vidéo montrait bel et bien la mort de Samuel L.

La victime, face à l'écran, dos à la porte ouverte, ne semble pas remarquer que la webcam enregistre et se lève brusquement, faisant tomber la chaise, quand une voix d'enfant, hurlant « je hais papa », retentit ; comme noté dans l'appel reçu. Samuel L. recule, visiblement apeuré.
La vidéo bug pendant quelques secondes. Une jeune fille apparaît dans l'embrasure de la porte.

La victime semble entrer en contact avec la jeune fille et elle se jette sur lui.

La jeune fille est habillée d'une robe rouge et d'un gilet de la même couleur. Cheveux foncés, vraisemblablement bruns et ondulés.

Les deux tombent au sol et la jeune fille semble lui asséner les multiples coups constatés à l'aide d'une arme tranchante (non identifiée), hurlant, elle aussi « Je hais papa ».

La vidéo dure plusieurs minutes avant qu'elle cesse et se jette sur la webcam, main en avant pour se cacher.

[---------------------------------------------------------------------------------------------------------].

La jeune fille répond aux caractéristiques physiques de Maryèce S[-----], 17 ans, atteinte du syndrome de Peter Pan, lors de son exécution ; accusée de cannibalisme sévère et jugée dangereuse pour la société.

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Son père, Rémi S[-----], accusé de pédophilie sur sa fille jusqu'à sa mort, aurait pu être condamné s'il n'avait pas été tué dans des circonstances similaires au meurtre de Samuel L [----].


[AFFAIRE CLASSÉE SANS SUITE]



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