Je souhaiterais vous faire part d'évènements particuliers remontant à 2010.
Je découvrais l'urbex à l'époque, et je passais beaucoup de mon temps libre dehors avec des amis pour visiter des lieux abandonnés. Notre sport favori, c'était de pénétrer dans des bâtiments en chantier ou voués à la démolition.
Classiquement, ce qu'on recherche quand on entre quelque part, c'est à la fois l'excitation d'être hors des sentiers battus, et l'agréable impression de nostalgie qu'on ressent face à des ruines d'une autre époque. De ces deux sensations, l'adrénaline était de loin ma préférée. En ce sens, ma préférence pour les bâtiments en sursis s'explique aisément. Les chantiers s'entourent de palissades de plus en plus opaques et les vieilles portes se voient renforcées, voire condamnées. Franchir ces barrières, outrepasser les lois, j'ai toujours trouvé ça jouissif.
Le musée des télécommunications, situé rue Burdeau à Lyon, n'était pas inaccessible la première fois que j'y suis allé avec Carl. Aujourd'hui, l'avis de démolition s'étale en toutes lettres sur sa vieille façade et la porte est solidement verrouillée. Ça aurait pu me motiver pour y revenir, ne serait-ce que pour la petite séance d'exercice qu'aurait constitué l'entrée dans le bâtiment. Ça aurait pu, si je n'y avais pas vécu ce que je vais vous décrire.
En 2010, le musée, abandonné depuis quelques
années déjà, était ouvert à tous les vents et avait d'ailleurs longtemps
servi de squat. C'était un bâtiment plutôt discret et sans prétention.
Aussi, j'ai été très surpris de le découvrir ainsi en plein
centre-ville. Carl et moi nous sommes aussitôt concertés et nous avons
programmé son exploration pour le lendemain.
Il faut croire que nous étions aveuglés par l'excitation, ou simplement très distraits, car nous sommes arrivés sur place pratiquement les mains vides. J'attendais devant depuis quelques minutes l'heure du rendez-vous, et j'ai vu arriver Carl, ravi et souriant, mais sans aucun équipement. Comme un vulgaire touriste. Et nous sommes partis dans un fou rire quand je lui ai fait remarquer, et qu'il m'a rétorqué que je n'avais moi-même pas pris mon appareil photo. Ça s'annonçait passionnant... mais stérile.
Comme on pouvait s'y attendre, les lieux avaient été entièrement vidés depuis un moment. Les murs comportaient une belle collection de graphs, mais rien de bien remarquable en somme. En fin de compte, on aurait très bien pu y passer moins d'une heure. Du moins, on aurait pu si je n'avais pas eu la bêtise de remarquer ces portes.
À chaque étage en effet, toujours dans le même coin, il y avait une haute et étroite porte métallique. Fermement verrouillée au rez-de-chaussée et au premier. Ce détail m'intriguant, nous nous sommes immédiatement dirigés vers le coin où devait se trouver la porte du deuxième étage.
Je n'ai pas caché mon excitation lorsque je suis parvenu, sans qu'elle offre de résistance, à ouvrir la dernière porte. Elle dissimulait un petit espace d'un mètre de côté environ, pas plus grand qu'un placard à balais, avec une trappe ronde au milieu. J'ai alors regardé Carl, et il a acquiescé d'un regard. Puis je l'ai ouverte.
Immédiatement, une intense odeur d'urine a envahi les lieux. L'ouverture ronde se prolongeait par une sorte d'étroit tube de tissu maculé de taches brunes. On n'en apercevait pas le fond, pas plus que la pièce située en-dessous. Quand j'ai voulu demander à Carl ce qu'il en pensait, il m'a simplement montré des inscriptions qui étaient cachées derrière la porte.
L'écriteau expliquait par quelques schémas simples qu'il s'agissait d'un système d'évacuation. Les personnes devaient se laisser glisser dans des "chaussettes" d'étage en étage, jusqu'à atteindre le bas du bâtiment. Un système plutôt bon marché et très efficace, si l'on exclut la crainte de devoir se glisser dans ces espaces étroits.
Voici un plan sommaire que j'ai réalisé d'après mes souvenirs, histoire de vous donner une meilleure idée de la chose. Vous noterez la présence d'un tunnel routier tout en bas, mais l'accès donne directement sur la rue en raison de la déclivité du terrain à cet endroit.
Carl devait avoir un sacré courage, ou être totalement inconscient, pour aller essayer le truc. Je n'avais pas plus de mérite de mon côté, à le regarder descendre sans protester. Alors qu'il commençait à pénétrer dans l'orifice, il m'a annoncé en rigolant qu'il éprouvait la divine sensation de se glisser dans le cul du diable. J'ai ri bêtement alors qu'il disparaissait.
Vous voyez ci-dessous un modèle récent de cette "chaussette". Déjà que j'aurais du mal avec celle-ci, déployée en pleine lumière hors du bâtiment, je crois que je n'aurais jamais osé rejoindre Carl dans son trou à travers cette cavité souillée et obscure.
Je l'ai appelé quelques secondes après pour m'assurer que tout allait bien. Il m'a répondu qu'il était parvenu sans encombre au palier du premier étage, et qu'il cherchait maintenant la seconde trappe. Il l'a très vite trouvée, et j'ai entendu le son de son corps glissant contre le nylon.
Je l'ai donc appelé une seconde fois. Comme sa réponse se faisait attendre, j'ai pensé qu'il avait dû emprunter la dernière longueur de tube et qu'il était arrivé en bas. Aussi, je suis sorti du musée et j'ai rejoint l'entrée du tunnel, là où l'évacuation aboutissait.
J'ai eu une cruelle déception en arrivant sur place.
L'issue était condamnée.
Je suis immédiatement retourné à l'intérieur pour examiner la porte du rez-de-chaussée, peut-être avait-il pu la déverrouiller de l'intérieur? J'ai atteint, hors d'haleine, le coin de la pièce où se tenait le conduit.
Mais la porte de fer était restée immuable. Comme celle du premier.
Je commençais réellement à paniquer. Carl était peut-être coincé au fond du conduit d'évacuation, mais pourquoi ne répondait-il pas? Je me suis précipité au deuxième et j'ai à nouveau gueulé dans l'ouverture, espérant, en vain, une réponse...
Rétrospectivement, je me dis que je n'aurais pas dû rester là à me lamenter dans le vide. J'aurais dû déchirer cette saloperie de chaussette, ramener une lampe et une échelle pour sauver Carl. Mais ce n'était pas seulement de se glisser dans ce tube de nylon qui me faisait peur. Le lieu en lui-même dégageait une atmosphère étouffante, ne serait-ce que par son odeur insupportable.
Et puis j'ai entendu ce bruit. Un son difficile à décrire, mais profond et pesant, qui semblait venir des murs même...
J'ai fui. Comme un lâche. Laissant Carl au fond du puits, à je ne sais quel horrible sort.
Ils tardent à démolir ce foutu musée. Il paraît qu'une opération de ce genre est très délicate dans un quartier aussi dense, historique qui plus est. Mais ils finiront bien par le faire, et s'ils ne le font pas, je le ferai moi-même.
J'appréhende juste de voir ce qu'ils découvriront au fond du conduit.
Je découvrais l'urbex à l'époque, et je passais beaucoup de mon temps libre dehors avec des amis pour visiter des lieux abandonnés. Notre sport favori, c'était de pénétrer dans des bâtiments en chantier ou voués à la démolition.
Classiquement, ce qu'on recherche quand on entre quelque part, c'est à la fois l'excitation d'être hors des sentiers battus, et l'agréable impression de nostalgie qu'on ressent face à des ruines d'une autre époque. De ces deux sensations, l'adrénaline était de loin ma préférée. En ce sens, ma préférence pour les bâtiments en sursis s'explique aisément. Les chantiers s'entourent de palissades de plus en plus opaques et les vieilles portes se voient renforcées, voire condamnées. Franchir ces barrières, outrepasser les lois, j'ai toujours trouvé ça jouissif.
Le musée des télécommunications, situé rue Burdeau à Lyon, n'était pas inaccessible la première fois que j'y suis allé avec Carl. Aujourd'hui, l'avis de démolition s'étale en toutes lettres sur sa vieille façade et la porte est solidement verrouillée. Ça aurait pu me motiver pour y revenir, ne serait-ce que pour la petite séance d'exercice qu'aurait constitué l'entrée dans le bâtiment. Ça aurait pu, si je n'y avais pas vécu ce que je vais vous décrire.
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Vue externe. |
Il faut croire que nous étions aveuglés par l'excitation, ou simplement très distraits, car nous sommes arrivés sur place pratiquement les mains vides. J'attendais devant depuis quelques minutes l'heure du rendez-vous, et j'ai vu arriver Carl, ravi et souriant, mais sans aucun équipement. Comme un vulgaire touriste. Et nous sommes partis dans un fou rire quand je lui ai fait remarquer, et qu'il m'a rétorqué que je n'avais moi-même pas pris mon appareil photo. Ça s'annonçait passionnant... mais stérile.
Comme on pouvait s'y attendre, les lieux avaient été entièrement vidés depuis un moment. Les murs comportaient une belle collection de graphs, mais rien de bien remarquable en somme. En fin de compte, on aurait très bien pu y passer moins d'une heure. Du moins, on aurait pu si je n'avais pas eu la bêtise de remarquer ces portes.
À chaque étage en effet, toujours dans le même coin, il y avait une haute et étroite porte métallique. Fermement verrouillée au rez-de-chaussée et au premier. Ce détail m'intriguant, nous nous sommes immédiatement dirigés vers le coin où devait se trouver la porte du deuxième étage.
Je n'ai pas caché mon excitation lorsque je suis parvenu, sans qu'elle offre de résistance, à ouvrir la dernière porte. Elle dissimulait un petit espace d'un mètre de côté environ, pas plus grand qu'un placard à balais, avec une trappe ronde au milieu. J'ai alors regardé Carl, et il a acquiescé d'un regard. Puis je l'ai ouverte.
Immédiatement, une intense odeur d'urine a envahi les lieux. L'ouverture ronde se prolongeait par une sorte d'étroit tube de tissu maculé de taches brunes. On n'en apercevait pas le fond, pas plus que la pièce située en-dessous. Quand j'ai voulu demander à Carl ce qu'il en pensait, il m'a simplement montré des inscriptions qui étaient cachées derrière la porte.
L'écriteau expliquait par quelques schémas simples qu'il s'agissait d'un système d'évacuation. Les personnes devaient se laisser glisser dans des "chaussettes" d'étage en étage, jusqu'à atteindre le bas du bâtiment. Un système plutôt bon marché et très efficace, si l'on exclut la crainte de devoir se glisser dans ces espaces étroits.
Voici un plan sommaire que j'ai réalisé d'après mes souvenirs, histoire de vous donner une meilleure idée de la chose. Vous noterez la présence d'un tunnel routier tout en bas, mais l'accès donne directement sur la rue en raison de la déclivité du terrain à cet endroit.
Carl devait avoir un sacré courage, ou être totalement inconscient, pour aller essayer le truc. Je n'avais pas plus de mérite de mon côté, à le regarder descendre sans protester. Alors qu'il commençait à pénétrer dans l'orifice, il m'a annoncé en rigolant qu'il éprouvait la divine sensation de se glisser dans le cul du diable. J'ai ri bêtement alors qu'il disparaissait.
Vous voyez ci-dessous un modèle récent de cette "chaussette". Déjà que j'aurais du mal avec celle-ci, déployée en pleine lumière hors du bâtiment, je crois que je n'aurais jamais osé rejoindre Carl dans son trou à travers cette cavité souillée et obscure.
Je l'ai appelé quelques secondes après pour m'assurer que tout allait bien. Il m'a répondu qu'il était parvenu sans encombre au palier du premier étage, et qu'il cherchait maintenant la seconde trappe. Il l'a très vite trouvée, et j'ai entendu le son de son corps glissant contre le nylon.
Je l'ai donc appelé une seconde fois. Comme sa réponse se faisait attendre, j'ai pensé qu'il avait dû emprunter la dernière longueur de tube et qu'il était arrivé en bas. Aussi, je suis sorti du musée et j'ai rejoint l'entrée du tunnel, là où l'évacuation aboutissait.
J'ai eu une cruelle déception en arrivant sur place.
L'issue était condamnée.
Je suis immédiatement retourné à l'intérieur pour examiner la porte du rez-de-chaussée, peut-être avait-il pu la déverrouiller de l'intérieur? J'ai atteint, hors d'haleine, le coin de la pièce où se tenait le conduit.
Mais la porte de fer était restée immuable. Comme celle du premier.
Je commençais réellement à paniquer. Carl était peut-être coincé au fond du conduit d'évacuation, mais pourquoi ne répondait-il pas? Je me suis précipité au deuxième et j'ai à nouveau gueulé dans l'ouverture, espérant, en vain, une réponse...
Rétrospectivement, je me dis que je n'aurais pas dû rester là à me lamenter dans le vide. J'aurais dû déchirer cette saloperie de chaussette, ramener une lampe et une échelle pour sauver Carl. Mais ce n'était pas seulement de se glisser dans ce tube de nylon qui me faisait peur. Le lieu en lui-même dégageait une atmosphère étouffante, ne serait-ce que par son odeur insupportable.
Et puis j'ai entendu ce bruit. Un son difficile à décrire, mais profond et pesant, qui semblait venir des murs même...
J'ai fui. Comme un lâche. Laissant Carl au fond du puits, à je ne sais quel horrible sort.
Ils tardent à démolir ce foutu musée. Il paraît qu'une opération de ce genre est très délicate dans un quartier aussi dense, historique qui plus est. Mais ils finiront bien par le faire, et s'ils ne le font pas, je le ferai moi-même.
J'appréhende juste de voir ce qu'ils découvriront au fond du conduit.
J'ai adoré ! Juste une creepypasta avec pleins de mystère mais pas effrayante. J'aurais juste voulu savoir ce qu'il y a dans ce tunnel, parce que là on doit l'imaginé et malgrés que j'ai beaucoup d'imagination, j'avoue que je sais pas du tout. Il devrais avoir plus de creepypasta sur les lieux abandonné, ou connue.... mais bon, je n'écris pas des creepypasta haha
RépondreSupprimeren fait, le Carl s'est bêtement croûté en bas. c'est que ça n'a pas l'air très sécurisé, de se jeter dans un tunnel vertical sur autant de mètres! X)
SupprimerAnonyme du 8 mars : Tu m'as tuée de rire x)
SupprimerJ'ai stage dans une école juste à côté, donc je passe souvent par là. L'endroit est vraiment creepy en vrai ! Mais c'est vrai que la pasta l'est moins...
SupprimerJ'ai stage dans une école juste à côté, donc je passe souvent par là. L'endroit est vraiment creepy en vrai ! Mais c'est vrai que la pasta l'est moins...
SupprimerVraiment cool, mais les deux dernieres photos coupent le rythme, dommage...
RépondreSupprimerLes pastas réalistes sont définitivement mes préférées :) #R
RépondreSupprimerCe commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimerQuelqu'un saurait à quoi sert le tunnel routier juste en bas ?
RépondreSupprimerQuelqu'un saurait à quoi sert le tunnel routier juste en bas ?
RépondreSupprimerC'est sympa mais ... La pasta foire un peu dans le fait que les 2 sont sensés être venus en oubliant leur matériel, donc comment il a fait pour avoir une photo de quelqu'un qui descend dans la chaussette et du bas, bouché de la chaussette ?
RépondreSupprimerSachant qu'il peut pas les avoir rajoutés après les événements, vu que normalement, ils devraient pas être là, et que le narrateur avait pas son matériel, tout comme son collègue ?
Ce qui m'étonne le plus, c'est qu'en 2 ans, personne ne la fait remarquer.
Oh wait. J'ai relu, l'avant dernière image ne date pas du moment de l'événement.
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