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L'équipe de Creepypasta from the Crypt n'affirme ni n'infirme la véracité des témoignages et histoires présents sur ce blog. Pensez à consulter nos pages d'aide pour en apprendre plus, et à toujours vérifier les sources pour vous faire votre propre avis sur la question, ici comme ailleurs.

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Petit rappel amical : les creepypastas ne sont pas nécessairement des fictions, elles peuvent aussi être partiellement ou entièrement tirées de faits réels, c'est ce flottement qui fait leur charme (même si c'est plus facile à deviner pour certaines, on sait). Merci donc de ne pas nous assimiler à un Wattpad de l'horreur.

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samedi 15 août 2015

Hypnagogie

J'ai souffert d'insomnie la majeure partie de ma vie, sauf très récemment, pendant une courte période. J'ai la vie dure depuis que j'ai arrêté le traitement, mais je peux à nouveau vivre avec moi-même, pour le peu de choses que vaut une vie sans sommeil.
Ce n'est pas le traitement en lui-même qui m'a amenée à abandonner, même s'il était peu commun. Je recevais une série de lumières stroboscopiques très puissantes, du bruit blanc, et des petites doses de DMT toutes les 48 heures. C'était hautement efficace, et je dormais profondément. Puis, les rêves ont commencé.

Les rêves étaient banals en tout point, mais leur netteté surprenante compensait ça. Ils semblaient même plus réels que la lente et irritante existence d'un insomniaque.
Dans l'un d'eux, j'étais une vendeuse, dansant nue sur le comptoir. Dans un autre, j'étais une comptable, déchirant les papiers les plus importants de mon client. La nuit avant que j'arrête mon traitement, j'ai rêvé que je pilotais un avion privé le long de la côte ouest. C'était terriblement ennuyeux au début, mais quand je suis devenue lucide j'ai décidé de voler pour de vrai, me ruant de la cabine jusqu'aux cris de mes passagers horrifiés. Juste au moment de m'élancer de l'avion, je n'ai plus su comment voler, mais la sensation de chute était incroyable.

Quand je me suis réveillée ce jour-là, tout allait bien. Mais alors que je conduisais jusqu'au centre du sommeil, cet après-midi, les infos ont été interrompues par un flash spécial. Un petit vol charter s'était écrasé au nord de la ville, et tous ceux qui avaient embarqué avaient péri dans sa carcasse. Tous, sauf le pilote.

Ils ont retrouvé son corps à quelques kilomètres au nord, dans un champ. Il n'avait pas survécu à la chute, mais il semblait paisible. Endormi, même.





Traduction : RedRaven

Creepypasta originale ici

jeudi 13 août 2015

Le déménagement

J'avais sept ans quand notre famille a déménagé de Paris en province, dans une petite ville de l'Ouest d'environ quarante mille habitants.

Si je vous raconte cette histoire, aussi précisément que me le permettent mes souvenirs de l'époque, ce n'est pas pour demander une quelconque aide, ni même pour recueillir des témoignages venus confirmer mes expériences. Je sais sur quel genre de site je poste, et je sais aussi que ce récit peut tout simplement s'avérer intéressant, voire distrayant, pour certains d'entre vous. Mais surtout, j'ai avant tout un besoin terrible de partager cette petite tranche de vie, autour de laquelle s'articule nombre de mes questionnements personnels.

C'était en juillet 2003. Par un heureux hasard, j'avais emménagé - avec ma mère (mon père nous avait précédé de quelques semaines) - le quatorzième jour du mois. Ignorant tout de la fête nationale, j'avais simplement cru, avec mon regard d'enfant, que les feux d'artifices avaient été envoyés en notre honneur, pour fêter notre arrivée.

Nous quittions un minuscule appartement pour une maison relativement vaste, du moins qui me semblait vaste à l'époque. Comparée à notre ancienne demeure, nous avions de nombreuses chambres, un grand salon, un étage, un jardin, et même une salle de jeu. La maison était louée, bien entendu, pour un loyer presque équivalent à celui de notre appartement parisien. Mes parents étaient ravis... Moi, beaucoup moins.

J'étais d'abord assez perturbé d'avoir perdu en quelques jours l'ensemble de mes repères, tous ces décors familiers dans lesquels j'évoluais depuis ma naissance, et puis, surtout, tous mes amis. Ensuite, la maison elle-même était inquiétante. Je n'étais pas habitué à me mouvoir dans des décors aussi grands. Le style architectural était très banal, daté des années cinquante, mais une foule de détails créaient en moi un malaise. D'abord, un trou dans le carrelage de l'entrée, assez vaste pour laisser passer un gros chat, descendait directement dans la cave. Sûrement le fruit de travaux non-aboutis. Le jardin était décrépi, bétonné. Un simple carré de pelouse servait de piédestal à un gros arbre mort. La salle de jeu, immense et vide, où s'entassaient le long de grandes étagères les cartons du déménagement, cachés par des rideaux, était située au sous sol, à côté de la cave. Cette dernière avait quelque chose de terriblement inquiétant : un monticule de parpaings cubiques qui ressemblaient, dans mon d'esprit d'alors, à un sarcophage. Je n'ai d'ailleurs jamais osé y mettre les pieds pour vérifier mes suspicions. Un vieil escalier grinçant montait à l'étage, jusqu'à un étroit couloir sombre au fond duquel on pouvait apercevoir le miroir de la salle de bain, dont la porte ne se fermait pas.

Par la porte entrebâillée de ma chambre, le soir, je voyais cet escalier descendre dans l'obscurité. Ma chambre, justement, était peut-être la pièce qui me dérangeait le plus. Une rangée de placards blancs aux moulures baroques remplissait l'un des murs. Tous s'ouvraient dans le sens de mon lit, et aucun ne se fermait correctement. Ainsi je voyais, depuis mon lit, tous ces placards ouverts comme d'énormes bouches. Et Dieu sait les cauchemars qui hantent les placards des chambres d'enfant.

Ce malaise devait avoir un impact très intense sur moi, car je me suis rapidement mis à faire des rêves, ou plutôt des non-rêves, qui empoisonnaient mes nuits. Dès que je fermais les yeux, le jour ou la nuit, j'avais la vision d'un puits, immense et noir, dans lequel je tombais, infiniment. Je vous laisse imaginer la sensation de ne pouvoir fermer les yeux sous peine d'un vertige insupportable. Je tombais, tombais dans le néant, et tous rêves, toutes pensées s’éclipsaient. Je me suis mis à redouter le sommeil. Le soir, dans mon lit, j'avais le choix entre garder les yeux ouverts et m'imaginer des monstres horribles sortant de mes placards ou grimpant les escaliers, ou de les fermer pour me perdre dans une terreur absolue et indéfinissable.

Mais ce n'est que quelques mois après notre arrivée que les choses ont véritablement dérapé.




Je vous ai déjà superficiellement décrit la salle de jeu. Il s'agissait sans doute de la pièce la plus grande et la plus haute de la maison. Du haut de ma taille d'enfant de sept ans, j'avais l'impression, à chaque fois que j'y entrais, de pénétrer dans le hall d'un château. Les murs étaient peints d'un beige crasseux, qui donnait à l'ensemble un ton à la fois clair et vieillot. De larges lucarnes répandaient la lumière venue du jardin depuis le sommet des murs. La maison étant orientée vers le sud, la pièce était, malgré sa situation à demi-souterraine, très bien éclairée pendant la journée. Il n'y avait aucun meuble, mis à part des étagères en bois qui recouvraient toute la longueur d'un mur, et qui étaient généralement dissimulées derrière des rideaux blanc cassé. Le détail le plus important était la porte : un simple panneau glissant en bois et en papier. Son style japonisant tranchait avec le reste de la déco.

Ce jour-là j'étais, comme à mon habitude, seul, accroupi au milieu de la pièce avec quelques legos rassemblés en tas devant moi. Détestant ma chambre, je n'avais pas d'autre endroit où jouer, d'autant plus que tous mes jouets y avaient été entreposés afin de ne pas empiéter sur les rangements des étages supérieurs.

Le soleil allait bientôt se coucher, et diffusait une lumière orangée, un peu inquiétante, qui rasait le plafond. Je m'imagine encore, comme une petite silhouette perdue au milieu des dimensions colossales de la salle de jeu, alors qu'arrive le crépuscule. J'en ai d'autant plus pitié pour le gamin que j'étais.

Je commençais déjà à m'ennuyer, quand j'ai vu, du coin de l’œil, une silhouette assez singulière près de la porte. Cette ombre n'avait, normalement, rien à faire là. Quand j'ai relevé la tête, j'ai eu le temps d'imprimer distinctement la forme de cette silhouette. Elle m'évoquait celle d'un petit vieillard courbé, les cheveux en pétard, qui me regardait à travers le papier du panneau japonais. Sitôt après l'avoir aperçue, je l'ai vue fuir sur le côté, vers les escaliers qui donnaient sur le jardin. Elle a semblé courir, mais j'avais plus l'impression qu'elle glissait, simplement, sur le papier, sans faire de bruit. En un instant, elle avait disparu.

Bien sûr, j'étais terrifié. Mais j'ai dû me découvrir un courage jusqu'alors inconnu, car je me suis levé immédiatement pour courir à sa poursuite. Si j'avais eu la confirmation immédiate qu'il s'agissait d'une entité surnaturelle, je me serais sans doute recroquevillé en boule dans un coin en sanglotant, mais je voulais d'abord vérifier s'il ne s'agissait pas de mon père, qui serait simplement passé sans faire de bruit.

J'ai fait glisser le panneau japonais, et j'ai directement jeté un œil à la porte du jardin, quelques marches plus haut. Elle était fermée. Commençant à être pris de panique, je suis remonté en vitesse dans le salon par l'escalier de la cave. Mes parents étaient là, sagement assis devant la télé, et n'avaient apparemment pas bougé depuis un certain temps déjà.
Autant vous le dire : je ne suis plus jamais redescendu dans cette salle de jeu.




Ma seconde expérience dans cette maison a eu lieu à la fin de l'été. Mon cousin, âgé de quatre années de plus que moi, était venu passer quelques jours chez nous, pour les vacances. Malgré la grande différence d'âge, nous nous entendions très bien et avions de nombreux points communs. Je rentrais en primaire, lui venait d'en sortir. Comme il faisait chaud, nous avions décidé de dormir sous une tente, dans le jardin.

Le soir, nous nous sommes installés avec des matelas et des sacs à dos, pour une aventure qui méritait d'être palpitante (c’était notre premier jardin, lui n'en avait jamais eu, et nous n'avions jamais fait de camping). Quand la nuit est tombée, il a sorti de son sac un étrange bouquin. C'était un livre de magie, dans le genre de ceux qui ont suivi la vague Harry Potter dans la littérature jeunesse. Il s’agissait d'un gros volume illustré plein de formules magiques, de rituels folkloriques, de légendes étranges et de biographies de mages et alchimistes célèbres. De nature curieuse, j'ai tout de suite aimé ce livre. On pouvait y trouver les explications du carré magique, la recette de la pierre philosophale, ou encore l'étrange rite consistant à accrocher une main de pendu à sa porte pour éloigner le mauvais œil.

Nous avons fini par découvrir, à force de tourner les pages, la description d'un rituel servant à l'invocation du démon. Un petit encadré racontant la légende de Faust accompagnait les instructions. Aussitôt emballés, nous avons commencé à tracer un petit cercle dans la terre devant notre tente. Au centre, nous avons rajouté un pentacle. Une lampe-torche nous servait de bougie. Une fois notre petite œuvre d'art terminée, nous avons commencé les invocations.

Deux phénomènes se sont produits ce soir-là. Alors que nous n'avions pas fini notre innocente prière aux démons, un buisson sur le côté du jardin s'est soudainement mis à remuer. Il n'y avait pas de vent ce soir-là, et nous avons immédiatement pensé qu'il s'agissait d'un chat ou d'un oiseau. Cependant, quand nous avons terminé, nous avons distinctement vu, ensemble, une ombre passer au fond du jardin, une ombre aux dimensions humaines. Celle-ci est passée comme un éclair, et nous n'avons eu le temps de soulever notre lampe-torche que pour constater qu'une fleur bougeait encore entre les herbes immobiles, preuve que quelque chose l'avait heurtée. Encore une fois, il n'y avait eu aucun bruit. Nous n'avons pas fini la nuit dehors.

Chose assez dérangeante : la fleur que l'ombre avait touchée était à l'endroit précis où nous avions enterré notre chat, qui n'avait pas survécu longtemps au déménagement, et qui avait été retrouvé, quelques jours plus tôt, rigide et la bave aux lèvres dans le jardin d'un voisin.




Mis à part la peur que m'inspiraient encore la maison et les cauchemars qui continuaient, je n’ai eu aucune nouvelle expérience véritablement surnaturelle avant la fin de l'année scolaire. J'avais maintenant huit ans. Entre temps, je m'étais fait deux amis chers, qui venaient quelquefois dormir chez moi.

Nous avions préparé les matelas, et passions d'un jeu à l'autre pour passer la soirée. Nous avions déjà fait action ou vérité, ainsi que plusieurs parties de cartes. Le temps avait un peu passé depuis le fameux rituel qui avait mal tourné avec mon cousin, et, si les souvenirs étaient toujours présents, la peur s’était dissipée devant l'envie de retenter l’expérience et de vivre à nouveau des phénomènes extraordinaires.

Mes amis étaient partants. Nous nous sommes installés dans ma chambre, en cercle autour d'un tapis circulaire, avec ma lampe de chevet au centre pour seule source de lumière. Derrière nous, les placards ouvraient toujours leurs bouches béantes et noires. Nous avons commencé les invocations.

Au bout de quelques minutes, ma lampe de chevet a commencé à grésiller, puis s'est éteinte complètement. Nous avons commencé à paniquer. L'un de mes amis a quitté le cercle, a allumé la lumière du couloir, et s'est posté dans l'embrasure de la porte, près à fuir en courant. Je suis allé chercher une lampe-torche pour remplacer notre «bougie rituelle». Mon ami restant et moi, face à face, avons continué la cérémonie. La lampe de poche s'est elle aussi mise à grésiller. Mon autre ami, dans l'embrasure de la porte, commençait à pleurer. La lumière s'est stabilisée un instant, puis a clignoté une dernière fois avant de s'éteindre définitivement. Pendant ce très court instant qu'a duré le dernier clignotement, j'ai eu le droit à l'une de ces visions traumatisantes qui marquent l'esprit pour longtemps. Mon ami, en face de moi, que je regardais dans les yeux depuis le début, me fixait de ses deux orbites vides. Deux puits noirs et profonds.

C'était ma lampe de chevet, que nous avions laissée dans un coin, qui s'est rallumée mystérieusement un instant après. Sa résurrection nous a terrifiés. Nous avons rallumé la lumière principale, et immédiatement cessé ce petit jeu. L'ami dont j'avais vu, un instant, les yeux crevés (ou absents du moins), pleurait, sans que j'en connaisse véritablement la raison. Il n'a jamais voulu s'exprimer sur ce qu'il avait vu.

Cette tranche de mon enfance s'est achevée de la manière la plus terrifiante qui soit. Mes cauchemars avaient empiré, s'étaient faits de plus en plus présents. J'avais fait le lien entre le néant profond dans lequel je me voyais tomber, et le concept d'infini, que je commençais juste à appréhender. J'avais alors quelques difficultés à ressentir pleinement ce qu’impliquait, par exemple, l'idée d'une suite de nombres infinie, ou d'un univers éternel. Naturellement, je faisais le lien avec les sensations que j'éprouvais chaque nuit, et qui ne pouvaient être, pour moi, que le ressenti vivant de ce paradoxe, la sensation d'une réalité impossible à appréhender pour l'esprit humain, et d'autant plus pour un enfant de huit ans. Évidemment, je ne l'exprimais pas ainsi à l'époque, mais mon état d'esprit était fortement affecté par ces réflexions, ces paradoxes, et ces terreurs.





Mais un jour, j'ai vu ce qu'il y avait au fond du gouffre.

J'avais, je ne sais comment, réussi à m'endormir, quand j'ai soudainement été pris d'une transe abominable. Ce que l'on pourrait appeler un simple cauchemar se traduisait en réalité par un état de demi-conscience terrifiant. Je percevais en partie le monde extérieur. Je voyais mes parents venir à moi, tenter de me calmer, me prendre dans leurs bras. Je me voyais transporté dans le couloir, descendre les escaliers jusque dans la cuisine... Après ça, je n'ai que des souvenirs vagues. Quant à ce qui hantait mon cauchemar, à proprement parler...

J'ai quelques flashes encore, où je crois discerner des paysages noirs, stériles, tranchants, faits de crêtes aiguisées et de plaines distordues. Au dessus s'amoncelaient des nuages gris, au travers desquels filtrait une lumière pâle. Mais, surtout, je vois comme une sorte de bataille, bien que je n'en sois pas sûr. Un entrelacs de corps en armure aux visages monstrueux, voire démoniaques. Des cris atroces, et la sensation d'une souffrance horrible qui traverse tous ces personnages. Sans le revoir véritablement au travers de ma mémoire, je me souviens avoir longtemps eu la sensation d'avoir vécu la guerre. Ce n'est pas comme voir une guerre à travers un écran de cinéma, ce n'est pas ce genre de batailles épiques qu'offre Le Seigneur des Anneaux. Ceux qui ont connu des situations aussi terribles en rêve savent que c'est comme s'ils les avaient réellement vécues. Ce ne sont que des fragments qui me reviennent en mémoire, et je sais que je n'arrive plus à remettre le doigt sur le plus atroce. Je sais avoir vu bien pire encore que ce que je vous décris, avoir été transporté, moi, un enfant de huit ans, dans un monde de sang, de fer, et de violence, tel que personne ne serait capable de décrire ou de transposer dans n'importe quelle œuvre de fiction.

Mes parents m'ont avoué par la suite qu'ils n'avaient eu d'autre choix que de me mettre une claque pour me calmer un peu, puis de me verser un verre d'eau sur la tête pour me réveiller, d'où le fait qu'ils s'étaient dirigés vers la cuisine. Apparemment, bien que je n'en aie aucun souvenir, je hurlais de ne pas aller dans la salle de bain. Selon eux, toujours, j'étais comme véritablement possédé. Je criais, je pleurais, je donnais des coups comme un hystérique.

Après ça, mes rêves ne sont plus revenus, et je n'ai plus jamais vécu d'expérience identique.






Nous sommes restés un an dans cette maison. Après quoi, nous en avons enfin acheté une autre. La nouvelle maison faisait moins vieille, et je m'y suis
immédiatement senti bien. Il n'y avait pas de salle de jeu, pas de tombeau dans la cave, pas de placards ouverts, et pas non plus de miroir au fond du couloir.

J'ai longtemps réfléchi à mes aventures au sein de cette maison. Il m’apparaît clairement qu'une bonne partie était due, ou du moins aggravée, par le traumatisme du déménagement. Pourtant, la présence de témoins, avec lesquels je suis toujours en contact, et qui me reconfirment régulièrement la réalité de ce que nous avons vu quand nous abordons le sujet, me fait douter d'une explication purement psychologique à ces phénomènes. Je suis devenu très sceptique en grandissant, et je ne crois nullement ni aux fantômes, ni aux démons, ni à l'enfer. Quand j'y repense quelquefois, je me persuade que tout cela n'était qu'hallucinations et craintes irrationnelles, malgré les nombreux détails perturbants qui entourent l'affaire.

Pourquoi un spectre vu auparavant revient quand on invoque le Démon ? Quel est le lien entre des histoires de fantômes et un rêve de bataille ? Je n'en ai pas la moindre idée. Je me suis contenté de faire une liste des quelques phénomènes qui ont marqué mon enfance, en essayant au mieux de trouver des transitions, des ponts, des liens logiques entre eux. Ce qui est sûr, c'est que tous se sont déroulés dans la même maison, au cours de la même année.

J'ai toujours été quelqu'un d'équilibré avant, et je suis toujours resté quelqu'un d'équilibré après. Je ne nie pas que certains détails ont pu être légèrement transformés dans ma mémoire au fil des années, ou même que j'ai pu extrapoler certaines sensations, certains souvenirs. Mais, ce qui est sûr, c'est que mes parents m'ont vu, un soir d'été, revenir paniqué de la salle de jeu avec une histoire de fantôme à leur raconter, que ces mêmes parents ont dû maîtriser, près d'un an plus tard, une crise qu'ils n'auraient jamais pu imaginer chez un gamin sain d'esprit de huit ans, qu'un cousin me reparle aujourd'hui encore d'un certain rituel où nous aurions, devant une petite tente pour deux enfants, réussi à invoquer le Démon, et que deux de mes plus chers amis restent traumatisés par l'une des soirées les plus étranges de leur vie.




Je ne sais pas si nous pouvons être la cible d'entités surnaturelles, si l'Au-Delà existe, ni si nous pouvons y avoir accès, mais, si tout cela est faux, alors il reste ce constat : 

La folie peut atteindre n'importe qui, n'importe quand, car la folie est contagieuse.


mardi 11 août 2015

Le lac

24/05/2015

Salut, cher journal. Je n'ai personne à qui parler alors... je vais quand même me présenter à toi (Ça fait tellement niais, de tutoyer un journal...). Je m'appelle Frank, j'ai 34 ans et je suis éboueur.

Ouais ouais, j'suis éboueur. J'ai été contraint de faire ce métier car je vivais chez mes parents et ils me réclamaient de l'argent donc j'ai choisi un truc simple, certes mal payé mais simple. Je sais même pas comment j'ai réussi à avoir un appart.

Je vivais bien jusqu'à ce que je sois muté, vers Paris. J'ai quitté une ambiance agréable, bon enfant pour une ambiance où si tu payes pas ta tournée en fin de soirée, tout le monde te considère comme une sous-merde.

Enfin bref, je foutais régulièrement toute ma paye dans la bière, que je partageais avec mes collègues. Ils me traitaient mieux, même si je n'étais pour eux que «le mec qui paye des coups». Puis un jour, ma paye a baissé. Je pouvais encore payer quelques coups aux personnes que je considérais maintenant comme des «amis», mais moins qu'avant.

Puis je suis passé à moins de 500€ par mois. Je sais, c'est illégal, mais ça avait pas l'air de la choquer, la grognasse de merde qui m'a appelée. Toujours est-il que je ne pouvais plus payer des bières à ceux que je considérais comme des «frères».

Alors tout a recommencé, les insultes, les coups bas... C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à plus aller au boulot. J'en avais marre. C'est aussi à ce moment là que les disparitions ont commencé.

Rien à voir avec moi, enfin, j'espère. Je suis déjà assez dans la merde comme ça. Ça a commencé avec plusieurs collègues qui venaient au travail un jour sur deux. Quand on leur demandait pourquoi, ils ne répondaient pas. Les collègues pensaient à une sorte de bizutage hardcore, ou un truc du genre.

Puis un jour, 3 collègues ont disparu du jour au lendemain, et ne sont plus jamais revenus. Ils ont laissé un mot sur notre page facebook.

http://image.noelshack.com/fichiers/2015/33/1439462874-d037c6252dce48c53e85b40c3220419e.png


Bon, vous vous en doutez, c'est un gros fake. Le coup du message qui se coupe juste avant la fin, c'est ultra cliché. Je vais essayer d'aller bosser, qui sait comment mes collègues vont réagir. J'essayerai de revenir ce soir.


26/05

Bon, j'ai pas pu revenir avant-hier, ni même hier. Quand j'suis allé bosser, y'avait personne. Mais vraiment personne. Pas un seul employé. Tous les camions-bennes étaient garés. Je sais pas où mes collègues étaient mais en tout cas ça m'inquiète vraiment. Je pense pas que ça soit une blague, ou un truc du genre. M'enfin ça m'étonnerait pas d'eux.


27/05

Ils ont posté un nouveau statut sur la page Facebook. 

http://image.noelshack.com/fichiers/2015/33/1439462881-dc89a5fb8937e8bd0e1d78b20a7affb3.png

Je suis maintenant sûr qu'il s'agit d'une blague. Je suis retourné au boulot pour nettoyer les camions. J'ai trouvé Lionel assis sur une chaise, à l'arrière d'un camion. Je lui ai demandé ce qu'il foutait là, à regarder d'un air vide le cul d'un camion. Il n'a pas répondu. Il n'a rien fait en fait. Il respirait fort, c'est tout. Mais bon il a des antécédents psychiatriques alors je m'en fais pas plus que ça.


30/05

Ce matin mon camion a fait une embardée, alors que je roulais vers le lac. J'ai eu chaud : un peu plus et je tombais dans le lac. Je n'ai pas pu m'empêcher de relier mon accident au post facebook qui a suivi peu après. 

http://image.noelshack.com/fichiers/2015/33/1439462866-4e571eff002b36db24aa7cd318eba232.png

Demain j'irai faire un tour au lac.


06/06

Je... J'ai pas les mots pour décrire ce que j'ai vu, y'a 5 jours. Je suis allé faire un tour au lac, comme prévu. Et là j'ai vu des cadavres. Des dizaines. Ils sont tous remontés à la surface et c'est là que j'ai reconnu Jean-Pierre, Hervé, Christian, Carlos et Michel. Je ne sais pas si c'est un suicide, ou quelque chose dans le genre. 





Mais le pire reste ce que j'ai entendu, peu après la découverte des corps. Une voix faible, émanant de nulle part, qui disait :



«Je suis Benne Drowned.»




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dimanche 9 août 2015

Doutes

Depuis quelques jours, je n'arrête pas de me poser des questions. Des questions qui tournent dans ma tête, tournent, tournent, et ne s'arrêtent jamais ! Quand j'en parle à mes amies et mes proches, ils me tapent gentiment l'épaule en me disant que ce n'est sûrement rien, qu'une petite passe de stress arrive à tout le monde, et que de toute manière, si ça s'aggrave, ils seront toujours là pour m'aider. J'ai du mal à y croire. C'est pour ça que j'ai commencé à écrire dans ce carnet, comme ça plus personne ne doutera de moi. Du moins je l'espère. Mais ces derniers temps, tout devient plus... Flou.

N'avez-vous jamais senti le besoin de parler alors que vous étiez seul ? Cette sensation d'être suivi, se retourner, et ne rien voir. Ou alors poser un objet quelque part, tourner le dos, et ne plus le retrouver ? Moi si, chaque jour. Ils me prennent pour un fou. Je n'en suis pas un. Non, je le jure, je suis pas un putain de taré ! Aujourd'hui encore, j'ai ressenti cette envie de fuir à l'autre bout de la pièce, et puis ce bourdonnement dans mes oreilles, ce petit bruit que personne ne remarque quand un silence se pose.

À votre avis, la peur du noir, d'où vient-elle ? Et le bruit qui court qu'un monstre rôde sous votre lit, ce n'est pas qu'une invention des parents, j'en suis sûr maintenant. C'est eux, ils entrent dans votre conscient pour remuer le peu de lucidité qu'il vous reste ! Je ne suis pas fou. Le psy essaie de me ramener à la raison, mais c'est un imbécile qui se pense plus intelligent que tout le monde. Je le prouverai, je vais prouver qu'ils sont là.

La semaine dernière, j'avais posé ma fourchette à droite de mon assiette. Je suis allé chercher mes pâtes, et quand je suis revenu elle était à gauche. Et j'en suis sûr ! Enfin, j'en étais sûr. Maintenant je continue à me poser des questions. J'ai de plus en plus l'impression d'être observé. Mais rapidement. C'est assez bref, comme un courant d'air froid.



Cette fois c'est vrai, putain ! Avant-hier ! Je regardais la télé, et elle s'est mise à grésiller. Oh, n'allez pas me dire que ce n'est rien : c'est beaucoup ! Les voisins m'ont dit que c'était dû au temps. Mais je suis pas idiot. Je le sais, moi, quand c'est étrange.
Et puis hier aussi, tiens, en y repensant : j'étais dans mon canap', et j'ai fermé les yeux quelques instants. Mais j'avais l'horrible impression que quelqu'un était penché au dessus de mon visage, et je pouvais presque sentir son souffle froid sur ma peau. Mais quand j'ai ouvert les yeux, rien.



Maintenant je ne dors plus. Je ne sors presque plus. J'ai peur. Enfin, je crois ? Je sais plus. Je sais pas, putain ! Et puis, pourquoi j'écris dans cette merde de cahier ?! Il faut qu'ils me croient ! Il faut que vous me croyez ! ... Mais qui ça, bordel... Je deviens fou. Ils me rendent fou.



Il est 04:25 du matin. Je ne dors toujours pas. J'écoute encore le silence. Je regarde à droite, à gauche. J'essaie d'en voir un. Regarder sous mon lit est maintenant devenu un réflexe naturel. J'ai mon téléphone dans une main, et mon journal dans l'autre. Je suis prêt à les prendre en photo à tout instant. Je dois avouer que je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre. Un monstre ? Un fantôme ? J'ai peur, je crois. D'habitude je ne crois pas aux histoires d'esprits et au paranormal. Je suis quelqu'un de réaliste. Mais, il faut se l'avouer, ce ne sont pas juste des putain d'histoires, c'est réel.



Je crois qu'il faut que je décrive où je suis... Alors, je suis donc dans mon salon. Ça fait trois piges que j'attends sur mon canapé. Oui, ce soir je suis un peu plus à l’affût. Pourquoi ? Je n'en sais rien. J'ai une boule au ventre depuis que je me suis levé ce matin, et elle ne m'a pas quitté. La peur est venue à son tour. Donc me voilà à attendre je ne sais quoi. Putain ! Si ça se fait, je suis vraiment un taré.



05:02 du mat'. Toujours rien. J'ai envie de dormir, alors je me suis fait du café. J'ai fini par allumer la télé. Regarder des trucs stupides me vide l'esprit. Ça a du bon, parfois.



05:30. Il s'est passé un truc : la lumière de la salle de bain, elle était pas allumée. Enfin, je crois ? Vous voyez !? Ce doute, il est toujours là dans ma vie. C'est chiant. Je vais voir. Je prends quand même un couteau de cuisine, au cas où. J'ai vraiment l'air idiot.



Je suis finalement allé dans la salle de bain. Il n'y avait absolument rien. Rien du tout, comme d'habitude. 




C'est bizarre. Je suis sûr d'avoir vu mon reflet cligner des yeux. Mais moi, j'ai pas cligné des yeux. Enfin, je crois ? 






Une étrange affaire s'est déroulée dans une petite banlieue américaine : un jeune homme âgé seulement de 22 ans a été retrouvé mort dans sa salle de bain, ce matin vers 7 heures. Il avait le crâne écrasé contre sa glace. Apparemment, rien n'indique qu'il s'agisse bien d'un meurtre. Les enquêteurs ne divulguent rien et s'empressent de faire taire les commérages. Ses proches parlent d'une paranoïa qui se serait installée chez ce jeune homme.


La seule chose que nous ayons pu obtenir est ce carnet. Sur la dernière page, il est marqué en gros "NE DOUTEZ PLUS".

jeudi 6 août 2015

L'accident de voiture

Message posté le 24/06/2015, trouvé à cette adresse : http://blog.fr/LaviedeLisa/accueil.




EDIT : On m'a signalé il y a quelques heures que le blog en question a été supprimé, et que le lien ne mène plus nulle part.






Ça s'est passé il y a à peine un mois.
Je venais de passer un week-end chez mes grands-parents. Mon petit frère avait voulu passer la nuit chez un ami, tandis que ma grand-mère était partie en voyage avec la chorale dans laquelle elle chantait. Aussi, pour la première fois depuis longtemps, je m'étais retrouvée seule avec mon grand-père pendant deux jours et une nuit.

Ce jour-là, dimanche, il était convenu que nous retrouvions mes parents devant le Palais de Justice de la ville de G*****. Ceux-ci, comme je l'ai peut-être précédemment mentionné dans des posts plus anciens, sont tous les deux avocats. Ils sortaient d'une réunion des membres du Conseil de l'Ordre à 18h précises, et la maison de mes grands-parents se trouvait à 1h30 en voiture de G*****. Nous étions donc partis à 17h15, afin d'avoir un petit quart d'heure d'avance, au cas où.
 

Le début du voyage s'est déroulé sans accroc. Au début, mon grand-père et moi avions discuté, écouté de la musique, puis nous avons laissé le silence s'installer. Une heure et demie, ça peut être long, et nous n'avions rien à faire. Quand nous sommes entrés dans la ville, je me souviens avoir soupiré de soulagement. La route avait été ennuyeuse.

La première fois que je l'ai vu, il marchait d'un pas vif sur un trottoir à l'ombre des immeubles. Il a attiré mon attention, car il se comportait de manière étrange. On aurait dit qu'il fredonnait un air de musique, ou peut-être bien qu'il se parlait tout seul. Je ne savais pas trop. Il avait une coupe bizarre, une sorte de bol à l'envers se finissant par des longues mèches brunes et grises ondulées, qui lui arrivaient aux épaules. C'était un homme, sans hésitation, d'à peu près l'âge de mon grand-père. Il portait une chemise blanche des plus ordinaires, avec un jean bleu foncé tout à fait banal, et un sac noir en bandoulière, en travers de son épaule.
Je l'ai vu, observé, puis oublié. Il me mettait un petit peu mal à l'aise, mais c'était uniquement à cause de son apparence - qui faisait un peu looser - et du fait qu'il remuait les lèvres tout en marchant. Mais ce n'était qu'un piéton inconnu. Je ne m'attendais pas à le revoir, alors je l'ai tout simplement écarté de mes pensées.
La seconde fois, c'était à un rond-point. Mon grand-père, peu familier avec la ville, s'était un petit peu perdu et nous tentions de retrouver notre chemin. Alors que nous tournions sans trop savoir où aller, je l'ai aperçu sur le trottoir à ma droite. Il avait accéléré son rythme de marche, et continuait à parler/chanter tout seul. Au début, je me suis amusée de la coïncidence, en pensant que l'homme nous avait simplement rattrapés à cause de nos détours. Mais j'ai ensuite croisé son regard. Il était sombre, confus, un peu fou aussi. Et ça m'a vraiment mise mal à l'aise. Alors j'ai détourné le regard.

La troisième fois, c'était lors de l'accident.
Mon grand-père jurait et frappait le volant, frustré. Nous avions largement écoulé notre quart d'heure de prévention, et mes parents s'impatientaient. J'avais reçu de nombreux sms tentant tant bien que mal de nous guider, mais rien à faire : nous étions perdus.
Et soudain, il s'est tenu au beau milieu de la route. L'inconnu que j'avais déjà aperçu par deux fois. Il regardait la voiture lui foncer dessus, sans bouger, sans frémir. Mon grand-père a braqué brusquement, me faisant sursauter, pour l'éviter. Il a perdu le contrôle du véhicule. 
Le chaos total, la douleur, puis le noir et le silence.

Je ne peux pas vous expliquer ce qu'est l’inconscience. Ce que l'on ressent. C'est juste impossible. Il faut le vivre pour comprendre. Mais je me souviens avoir fait un rêve. J'ai rêvé de l'homme. Il me regardait. Il avait un éclat de verre brisé dans la main, qui dégoulinait de sang. Et je savais que ce sang était le mien.
Lentement, il levait le bras et faisait mine de me poignarder. Il répétait cette action encore et encore. Et moi, je ne ressentais rien. Rien d'autre que le froid. Puis l'homme a lâché l'éclat de verre, et lentement les traits de mon grand-père se substituaient aux siens. Et il se tordait de douleur en pleurant.
J'ai voulu hurler, mais rien n'est sorti.

Quand je me suis réveillée, j'étais à l'hôpital, dans une chambre blanche. Des contusions et des coupures partout sur le corps, un bras dans le plâtre. Un médecin m'a prise en charge dès que le personnel s'est rendu compte que j'étais sortie du coma. Ma famille est venue me visiter, en pleurant des larmes de joie. J'avais été blessée dans l'accident. Mis à part mon membre cassé, plusieurs éclats de verre s'étaient insérés à divers endroits de mon corps, et j'avais eu une commotion cérébrale qui avait effrayé les médecins
pendant un moment. Inquiète, j'ai demandé à mes parents ce qui était arrivé à mon grand-père, et j'ai été soulagée d'apprendre qu'il s'en était miraculeusement sorti sans aucune égratignure, mais que je ne pouvais le voir car il se trouvait dans une autre section de l'hôpital. Le choc de l'accident l'avait beaucoup ébranlé, et il s'en remettait tout doucement.

Quand j'ai été prête à sortir de l'hôpital et que mes blessures ont tout à fait été soignées, j'ai enfin pu le rencontrer. 
Et la joie de le revoir a vite été remplacée par de la terreur.
Ce n'était pas mon grand-père. C'était l'homme qui avait provoqué l'accident. Mes parents l'ont accueilli comme s'il avait toujours fait partie de la famille. Même mon petit frère l'a appelé "Papy". 




Ce sont les grandes vacances. J'ai tout essayé pour prévenir ma famille, mais à chaque fois que j'aborde le sujet, ils me regardent doucement sans rien dire, comme si j'étais folle. Sur les photos, toutes les traces de mon véritable grand-père ont disparu, ou alors ont été modifiées. Ce n'est plus lui sur la photo de mariage de mes parents, c'est l'Autre. Ce ne sont plus les initiales de mon grand-père qui se trouvent inscrites sur les tableaux qu'il a peints. Juste une sorte de petite étoile noire.
 

Alors j'ai trouvé mille et un prétextes pour ne plus me rendre chez mes grands-parents, à tout prix.
Il y a quelques semaines, j'ai appris que ma grand-mère qui était rentrée de son voyage depuis plusieurs jours était décédée d'une crise cardiaque. Mais on ne lui connaissait aucune faiblesse au niveau du cœur.
Dans trois jours, on se rend chez eux afin d'apporter notre soutien à "grand-père" et d'enterrer grand-mère. 


Hier, j'ai reçu un sms provenant du numéro de mon grand-père. Le vrai. Ça m'a fait sursauter, parce que je sais que ce téléphone a disparu dans l'accident, en même temps que son propriétaire. J'ai vu celui de l'Autre. Les deux n'ont rien à voir, les numéros ne sont pas les mêmes. J'avais déjà essayé de contacter mon grand-père. J'avais même essayé de lui envoyer des mails, restés sans réponse. Mais quand je l'ai appelé, quelqu'un a décroché immédiatement, et je n'ai entendu qu'une
plainte longue et stridente, comme des pleurs. Cela m'a tellement effrayée que je n'ai plus jamais essayé de le rappeler.




Il m'a envoyé : "À très vite."




mardi 4 août 2015

Demande en mariage

Je me suis toujours demandé ce que j’étais capable de faire pour ma femme, mais je ne pensais pas en arriver là. Si j’écris ces lignes, c’est pour prendre du recul, pour me décider à commettre ou non un acte innommable. Nous sommes au cinquième jour, je n’arrive pas à me décider.


L’amour était-il plus fort que la chair ? Ce sacrifice nous conduira-t-il au paradis, ou en enfer ? Le couteau au manche de nacre est posé à plat sur le bureau, la lame incurvée est encore brillante, vierge du sang de ma femme.


Dès que nos regards se sont croisés je l’ai aimée, adulée. Depuis nous ne sommes plus quittés, ma femme est une femme délicieuse, elle a toujours eu beaucoup de cœur et de goût.


Après trois ans de vie commune, je l’ai demandée en mariage. Elle a d'abord refusé, prétextant que je ne pouvais pas lui demander une telle chose, un tel sacrifice. Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire par là. Mais à force d’insister, elle a accepté.


Ma demande s’est révélée dramatique pour notre couple. Ma femme a changé, elle a perdu son sourire, sa joie. Ne comprenant pas son attitude, j’ai soupçonné un amant mais elle m’a mille fois rassuré que j’étais le seul homme dans sa vie.


Elle a beaucoup changé. Elle a commencé à faire des choses démentes avec des couteaux. Plusieurs fois elle a fait semblant de se trancher le cou, les coudes, les genoux, les chevilles, les mains. Elle le faisait froidement, machinalement, comme si sa raison ou sa lucidité avait déserté son être. Le pire, c’est qu’elle refusait de me dire pourquoi elle le faisait, pourquoi elle poussait des petits rires nerveux, pourquoi elle m’observait sans rien dire, sans sourire, pourquoi elle se levait la nuit et s’enfermait dans la salle de bains où je n’entendais que le souffle agonisant de sa respiration. Tout ça me faisait froid dans le dos, tout ça me faisait peur, mais la machine était en route et dans sa tête rien ne semblait pouvoir l’arrêter.


Plus la date approchait, plus ses goûts changeaient. Elle, la femme non-violente et pacifique, était devenue addict aux films sanglants. Elle devait s'habituer, qu'elle disait, et après le mariage nous reprendrions une vie quasiment similaire.
Un soir elle m’a demandé de regarder une vidéo sur internet : une décapitation. J’ai vomi sur le bureau et la moquette. Après ça j’ai voulu annuler le mariage, je lui ai dit que c’était trop, que j’allais la quitter. Elle a ouvert la fenêtre (nous habitons au cinquième étage) et aurait sauté si je ne l’avais pas retenue. J’ai cédé, elle a paru soulagé, elle a presque souri, elle m’a répété que je saurais tout en temps voulu.


Le grand jour est arrivé. Pas celui de mon mariage, mais celui de la demande officielle à son père, un homme que je n’avais jamais vu, un homme vivant au fin fond de la Moldavie avec sa famille, ses bêtes, et ses traditions.


J’ai vite sympathisé avec lui, un homme rustre mais charmant, éleveur de poulets et de bovins. Ça se passait si bien que le soir-même de mon arrivée je lui ai demandé officiellement la main de sa fille. Son sourire s’est figé, son visage a changé. Il m’a alors dit que sa fille devait beaucoup m’aimer pour en accepter les conséquences, car il n’était pas facile d’accepter une ancestrale tradition. D’un air idiot je lui ai répondu qu’il n’y avait pas de plus belle tradition que celle du mariage et qu’elle n’avait rien d’ancestrale, qu’elle était juste un peu moins à la mode. Il a haussé les épaules puis il m’a expliqué que dans son pays, les filles doivent rester vierge jusqu’au jour de leur mariage. Dans le cas contraire, elles ne peuvent se marier qu’à l’unique condition que le futur époux prenne lui-même la main de sa future femme. Preuve d’amour contre le pêché de chair, avait-il dit.


Il s’est alors levé, a soulevé son pull, et a retiré de son étui accroché à sa ceinture, un couteau avec un manche en nacre, son couteau « familial et ancestral ». Il m’a dit que j’avais une semaine pour le faire. Pendant ce temps-là, il garderait sa fille, et une fois le délai passé, il la marierait à un autre homme du village.


Je n’ai compris la « tradition » qu’au moment où sa femme s'est présentée à moi : il lui manquait une main.


dimanche 2 août 2015

Tulpa

L'année dernière, j'ai passé 6 mois à participer à ce qu'on m'avait dit être une expérience psychologique. J'ai trouvé une annonce dans mon journal local destinée à trouver des personnes imaginatives cherchant à se faire un peu d'argent, et puisque c'était la seule annonce de la semaine pour laquelle j'étais vaguement qualifié, je leur ai passé un coup de fil et nous nous sommes arrangés pour une entrevue. Ils m'ont dit que tout ce que j'aurais à faire serait de rester dans une pièce, seul, avec des capteurs fixés sur la tête pour mesurer mon activité cérébrale, et que pendant l'expérience, je visualiserais un clone de moi-même. Ils l'ont appelé mon "Tulpa".



Ça semblait assez facile, et j'ai accepté de le faire dès qu'on m'a dit combien je serais payé. Le lendemain, j'ai commencé l'expérience. Ils m'ont emmené dans une pièce et donné un lit, puis ont attaché les capteurs sur ma tête, qu'ils ont reliés à une petite boîte noire sur la table à côté de moi. Ils m'ont redit de visualiser mon clone pendant l'expérience, et expliqué que si je m'ennuyais ou m'impatientais, plutôt que de me déplacer par exemple, je devrais imaginer que mon double se déplaçait, ou essayer d’interagir avec lui, ce genre de choses. L'idée était de le garder avec moi tout le temps où je serais dans cette pièce.

La semaine suivante, on m'a donné une chambre différente avec des hauts-parleurs muraux. Ils m'ont dit qu'ils voulaient voir si j'arrivais à garder le Tulpa avec moi malgré des stimulations perturbatrices. Les hauts-parleurs diffusaient une musique discordantes, laide et inquiétante, ça rendait le processus un peu plus difficile, mais j'y arrivais toutefois. La semaine d'après, ils passaient une musique encore plus troublante, ponctuée de cris, de retours en arrière, qui ressemblait à la connexion d'un vieux modèle de modem, avec des voix gutturales en fond qui parlaient dans une langue étrangère. Je m'en moquais bien - j'étais devenu un expert.

Après environ un mois, j'ai commencé à m'ennuyer. Pour animer les choses, j'ai donc commencé à communiquer avec mon sosie. Nous discutions, jouions à pierre-papier-ciseaux, ou alors je l'imaginais en train de jongler, ou même faire du break-dance, selon ma fantaisie. J'ai demandé aux chercheurs si mes bêtises pouvaient nuire à leurs études, mais ils m'ont encouragé à continuer. Alors, nous avons joué et communiqué, et ça a été drôle pendant un moment. Et puis, c'est devenu un peu étrange. Un jour, je lui ai raconté mon premier rencart, et il m'a corrigé. Je lui ai dit que la fille portait un haut jaune, et il m'a dit que c'en était un vert. J'y ai réfléchi une seconde, et j'ai réalisé qu'il avait raison. Ça m'a effrayé, et après mes heures de travail, ce jour-là, j'en ai parlé aux chercheurs. "Vous utilisez  le double que vous avez imaginé pour accéder à votre  subconscient", m'ont-ils expliqué. "Vous saviez que vous aviez tort sur ce point, et vous vous êtes corrigé inconsciemment."

Ce qui était effrayant devenait soudainement génial. Je parlais à mon subconscient ! Il m'a fallu un peu de pratique, mais j'ai découvert que je pouvais interroger mon Tulpa et accéder à toutes sortes de souvenirs. Je pouvais le faire citer des pages entières de livres que j'avais lu une fois, des années auparavant, ou des choses que j'avais appris puis immédiatement oubliées à l'époque où j'étais encore au lycée. C'était fantastique.

C'est à cette période que j'ai commencé à "appeler" mon double en dehors du centre de recherche. Pas souvent au début, mais j'étais devenu tellement habitué à l'imaginer que ça me paraissait presque bizarre de ne pas le voir. Alors chaque fois que je m'ennuyais, je visualisais mon double. Finalement, j'ai commencé à le faire quasiment tout le temps. C'était amusant de l'emmener avec moi comme un ami invisible. Je l'imaginais quand je traînais avec des amis,  ou quand je rendais visite à ma mère. Une fois, je l'ai même emmené à un rencart. Je n'avais pas besoin de lui parler à voix haute, ce qui m'a permis de tenir des conversations avec lui sans que personne n'en sache rien.


Je sais que ça peut sembler étrange, mais en réalité c'était amusant. Non seulement il était une encyclopédie vivante de tout ce que je savais et de tout ce que j'avais oublié, mais il paraissait aussi mieux me comprendre que moi-même par moments. Il avait une compréhension surprenante des détails du langage corporel auxquels je n'ai pas tout de suite fait attention. Par exemple, je pensais que le rendez-vous où je l'avais amené se déroulait mal, mais il m'a fait remarquer qu'elle riait un peu trop fort à mes blagues, se penchait vers moi quand je parlais, et tout un tas d'autres indices subtils que je n'avais pas remarqués consciemment. Je lui ai fait confiance, et laissez-moi vous dire que ce rencart s'est ensuite très bien passé.


Alors que j'étais au centre de recherches depuis 4 mois, il était constamment avec moi. Les chercheurs m'ont approché un jour, après mes heures de travail, et m'ont demandé si je voulais m'arrêter de le visualiser. J'ai refusé, et ils semblaient heureux. J'ai silencieusement demandé à mon double s'il savait ce qui avait suscité cette question, mais il a juste haussé les épaules. Moi aussi.

J'étais un peu à l'écart  du monde à ce moment. J'éprouvais des difficultés avec les gens. Ils me semblaient tellement perdus et peu sûrs d'eux, tandis que j'avais une manifestation de moi-même avec qui m'entretenir. Ça rendait la sociabilisation difficile. Personne d'autre ne semblait au courant des raisons derrière leurs actions, pourquoi certaines choses les rendaient fous et d'autres les faisaient rire. Ils ne savaient pas ce qui commandait leurs actions. Mais moi oui - ou du moins, je pouvais me le demander et obtenir une réponse.

Un ami est venu me voir, un soir. Il a martelé la porte jusqu'à ce que je réponde, et est entré en fulminant et en jurant rageusement. « Tu n'as répondu à aucun de mes appels en six putain de semaines, sale con ! » Il hurlait. « C'est quoi ton problème ? »

J'étais sur le point de lui présenter des excuses, et peut-être même de lui proposer une tournée des bars cette nuit, mais mon Tulpa est soudainement devenu furieux. « Frappe-le », m'a-t-il dit, et avant que je le réalise, je l'avais fait. J'ai entendu son nez se casser. Mon ami est tombé sur le sol puis il s'est jeté sur moi et nous nous sommes battus, mettant sans dessus-dessous mon appartement.


J'étais plus furieux que je ne l'avais jamais été, et je n'avais aucune pitié. Je l'ai jeté à terre et lui ai donné deux coups de pied sauvages dans les côtes, et c'est là qu'il a fui, voûté et sanglotant. Les policiers sont arrivés quelques minutes plus tard, mais je leur ai dit qu'il était à l'origine de l'altercation, et comme il n'était pas là pour me contredire, ils m'ont laissé un simple avertissement. Mon Tulpa avait souri tout ce temps. Nous avons passé la nuit à fanfaronner en parlant de ma victoire et à ricaner en repensant à comment j'avais battu mon ami.

Ce n'est que le lendemain matin, quand j'examinais mon œil au beurre noir et ma lèvre coupée dans le miroir que je me suis souvenu de ce qui m'avait mis dans cet état.
Mon double était le seul à être devenu furieux. Je me sentais coupable et un peu honteux, mais il m'avait entraîné dans un cercle vicieux avec l'ami concerné. Mon Tulpa était présent, bien sûr, et il connaissait mes pensées. « Tu n'as plus besoin de lui, tu n'as besoin de personne d'autre », m'a-t-il dit, ce qui m'a donné la chair de poule.



J'ai expliqué tout ça aux chercheurs qui m'employaient, mais ils m'ont ri au nez. « Vous ne pouvez pas avoir peur de quelque chose que vous imaginez », m'a dit l'un d'eux. Mon double se tenait à côté de lui, et il a hoché la tête, puis m'a souri.

J'ai essayé de prendre leurs paroles à cœur, mais pendant les jours qui ont suivi, je me trouvais de plus en plus inquiet à propos de mon Tulpa, et j'avais l'impression qu'il était en train de changer. Il avait l'air plus grand, et plus menaçant. Ses yeux pétillaient de malice, et je voyais de la malveillance dans son perpétuel sourire. Je décidais qu'aucun travail ne valait de perdre la raison. S'il était hors de contrôle, je m'en débarrasserais. J'étais tellement habitué à lui à ce moment que le faire apparaître était devenu un automatisme, j'ai donc commencé à essayer de ne plus le visualiser.

Mon travail a commencé à porter ses fruits après quelques jours. Je pouvais me débarrasser de lui pendant plusieurs heures de suite. Mais à chaque fois qu'il revenait, il semblait plus mauvais. Sa peau paraissait cendrée, et ses dents plus aiguisées. Il sifflait, bégayait, menaçait et jurait. La musique discordante que j'avais écoutée pendant des mois semblait l'accompagner partout. Même quand j'étais à la maison - je me détendais et me laissais aller, sans être concentré pour ne plus le voir, et il était là, le hurlement avec lui.

J'ai continué de me rendre au centre de recherches et d'y passer mes 6 heures par jour. J'avais besoin d'argent, et je pensais qu'ils ne savaient pas que j'essayais activement de ne pas visualiser mon Tulpa. J'avais tort. Après mon quart de travail, un jour, environ 5 mois et demi après le début de l'expérience, deux mastards m'ont attrapé et retenu, puis un homme en blouse de laboratoire m'a enfoncé une aiguille hypodermique.


Quand je suis sorti de ma stupeur, j'étais de retour dans la pièce, sanglé au lit, avec la musique tonitruante et mon sosie penché au dessus de moi, jubilant. Il ne semblait plus vraiment humain. Ses traits étaient tordus. Ses yeux étaient enfoncés dans leurs orbites et révulsés comme ceux d'un cadavre. Il était beaucoup plus grand que moi, mais courbé. Ses mains étaient entortillées, et les ongles étaient comme des serres. En bref, il était putain de terrifiant. J'ai essayé de le tenir à distance, mais je n'arrivais tout simplement pas à me concentrer. Il a rigolé et a tapoté l'intraveineuse sur mon bras. Je me débattais du mieux que je pouvais, mais j'arrivais à peine à bouger.

« Ils t'injectent plein de bonnes merdes, je pense. Comment c'est, dans ton esprit ? Tout flou ? » Il se rapprochait de plus en plus tout en parlant. J'étais bâillonné ; son souffle sentait la viande avariée. J'ai essayé de me concentrer, mais je n'arrivais pas à le chasser.


Les semaines suivantes ont été terribles. De temps en temps, un employé en habit de médecin venait et m'injectait quelque chose, ou me gavait de pilules. Ça me rendait étourdi et confus, parfois délirant. Mon inconscient était toujours présent, et se moquait constamment. Il interagissait , ou peut-être même parlait, avec mes délires. J'hallucinais que ma mère était là, elle me grondait, puis elle se coupait la gorge et son sang giclait sur moi. C'était si réel que je pouvais le goûter.

Les docteurs ne me parlaient jamais. Je criais parfois, hurlais, lançais des insultes, réclamais des réponses. Ils ne me parlaient jamais. Ils ont peut-être parlé à mon Tulpa, mon monstre personnel. Je n'en suis pas sûr. J'étais tellement drogué et désorienté que c'était peut-être juste une illusion, mais je me souviens d'eux, parlant avec lui. Je devenais convaincu qu'il était le vrai, et que j'étais l’inconscient. Il encourageait cette hypothèse par moments, en se moquant de moi avec les autres.

Une autre chose qui je l'espère était une illusion : il pouvait me toucher. Plus que ça, il pouvait me blesser. Il me poussait par des petits coups s'il sentait que je ne lui accordais pas assez d'attention. Une fois, il a attrapé mes testicules et les a serrées jusqu'à ce que je lui dise que je l'aimais. Une autre fois, il a même entaillé mon avant-bras avec une de ses serres. J'ai encore une cicatrice. La plupart du temps, j'arrive à me convaincre que je me suis blessé moi-même, et que j'ai juste halluciné qu'il était le responsable. La plupart du temps.

Puis un jour, alors qu'il me racontait une histoire sur la façon dont il allait étriper toutes les personnes que j'aimais, à commencer par ma sœur, il a fait une pause. Une expression plaintive est passée sur son visage, et il a tendu la main et touché ma tête. Comme ma mère le faisait quand j'étais fiévreux. Il est resté immobile pendant un long moment, puis a souri. « Toutes les pensées sont créatives », m'a-t-il dit. Il s'est ensuite dirigé vers la porte.

Trois heures plus tard, on m'a donné une injection, et je me suis évanoui. Quand je me suis réveillé, j'étais détaché. Tremblant, je suis allé jusqu'à la porte et l'ai trouvée déverrouillée. Je suis sorti dans le couloir vide, avant de me mettre à courir. Je suis tombé plus d'une fois, mais j'ai réussi à descendre les escaliers et sortir sur le terrain derrière l'immeuble. Là, je me suis effondré, pleurant comme un enfant. Je savais que je devais continuer à avancer, mais je n'y arrivais pas.


Je suis finalement rentré - je ne me rappelle pas bien comment. J'ai fermé la porte, et poussé une commode contre elle, pris une longue douche, et j'ai dormi pendant un jour et demi.

Personne n'est venu pour moi dans la nuit, et personne n'est venu le lendemain, ou le jour encore après. C'était fini. J'avais passé une semaine dans cette pièce, mais j'avais l'impression que ça avait duré un siècle. Je m'étais tellement replié sur moi-même dernièrement qu'aucun de mes proches n'avait remarqué que j'avais disparu. La police n'a rien trouvé. Le centre de recherche était vide quand ils l'ont fouillé. Les traces écrites n'ont abouti à rien. Les noms que je leur avais donnés étaient des faux. Même l'argent que j'avais reçu était apparemment intraçable.

Je me suis rétabli aussi bien que l'on peut. Je ne quitte pas beaucoup la maison, et j'ai des crises de panique quand je le fais. Je pleure beaucoup. Mais je dors peu, et mes cauchemars sont terribles. C'est fini, je me suis dit. J'ai survécu. J'utilise la concentration que ces salauds m'ont apprise pour m'en convaincre. Ça marche, parfois.


Pas aujourd'hui, cependant.  Il y a trois jours, j'ai reçu un appel téléphonique de ma mère. Il y a eu une tragédie. Ma sœur est la dernière victime d'une frénésie de meurtres, disent les policiers. L'auteur des crimes agresse ses victimes, puis les étripe.
L'enterrement était cet après-midi. C'était aussi beau qu'un enterrement peut l'être, je suppose. J'étais un peu distrait, pourtant. Tout ce que j'entendais, c'était une musique venant de quelque part au loin. Elle était  discordante, et chose troublante, elle était ponctuée de retours en arrière et de hurlements, comme la connexion d'un modem. Je l'entends encore - un peu plus fort maintenant.  






Traduction : La Réponse & Antinotice

Creepypasta originale ici