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Petit rappel amical : les creepypastas ne sont pas nécessairement des fictions, elles peuvent aussi être partiellement ou entièrement tirées de faits réels, c'est ce flottement qui fait leur charme (même si c'est plus facile à deviner pour certaines, on sait). Merci donc de ne pas nous assimiler à un Wattpad de l'horreur.

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lundi 16 novembre 2015

Les étrangers

Journal de ma rencontre avec un étranger

Aussi loin que remontent mes souvenirs, ma mère a toujours eu des sales manies, des habitudes qu’une petite fille ne peut comprendre qu'à l’adolescence.

Oui, il y a toujours eu des trucs que je détestais chez ma mère (comme sa chemise de nuit blanche et serrée qui laissait deviner ses os). Ça se passait souvent le soir, quand je me couchais.
Pour me dire bonne nuit, elle m’embrassait le front, les joues, la poitrine, par à-coups, avec ce détestable bruit de succion. Enfant, ça me faisait rire, plus grande, ça devenait carrément lourd.

Vers 10/11 ans j’ai commencé à lui dire d’arrêter. Elle se mettait alors à chouiner comme une gamine pour un caprice, son regard larmoyant planté dans le mien. Puis elle sortait de la chambre à reculons, avec ses grands yeux noirs et sa bouche entrouverte sur un souffle agonisant. Parfois, elle allait se coucher dans son lit ou sur la banquette du salon, en bas à la cave, parfois j’entendais le tapotement de ses pieds nus sur le carrelage du couloir. Elle revenait.

Si elle avait laissé la porte entrebâillée alors elle la claquait violemment, plusieurs fois. Si elle était fermée alors elle tournait doucement la poignée, la poussait un peu et glissait sa main dans l’ouverture, pour tapoter ses longs ongles pointus contre l’interrupteur. Le pire c’est que je l’entendais glousser derrière la porte comme si elle prenait du plaisir à m’effrayer. Plus grande, je lui hurlais d’arrêter ça. Elle me répondait alors que ce n’était pas de sa faute, que sa mère l’avait aussi éduquée ainsi, pour que plus tard, je n’aie pas peur des Étrangers.

Ma mère disait aussi que pour ma sécurité, elle se devait de vérifier s’il n’y avait pas des méchants dans ma chambre, ces Étrangers. Alors, en pleine nuit, j’entendais le crissement de ses pieds sur la moquette. Et quand je ne l'entendais plus, je devinais qu’elle était là, près de moi, immobile, sans rien faire d’autre que me regarder. J’osais à peine respirer, je me demandais toujours ce qu’elle ferait après.

C’était changeant. Parfois, elle ouvrait le placard et l’inspectait avec minutie, parfois elle s’y glissait puis refermait la porte derrière elle. Elle me disait que des Étrangers pouvaient venir m’enlever pendant la nuit. J’entendais un peu sa respiration, mais elle ne sifflait pas autant que quand ma mère s’allongeait sous mon lit. Ça aussi je détestais, mais elle répondait de ne pas m’inquiéter, que les bras des Étrangers pouvaient aussi jaillir du sommier et me prendre pendant mon sommeil. Je finissais par m’endormir, car au bout d'un moment je m'y habituais. Au petit matin, elle était prête à aller bosser, hormis le week-end et pendant ses vacances où elle passait le plus clair de son temps à dormir.

Quelques mois avant mes 13 ans, elle m’a annoncé être enceinte. Elle m’a alors dit qu’elle n’avait pas été assez méfiante, qu’un Étranger avait réussi à la convaincre et l’avait prise dans son sommeil. J’ai alors compris qu’elle parlait des hommes et j’ai aussi compris que ma mère était complètement cinglée, surtout que je connaissais mon premier flirt et que le jeune garçon avec qui je sortais était vraiment super, doux, tendre avec moi.

Ma mère m’a fait deux beaux cadeaux d’anniversaire : l’arrivée de la petite Cassandre a coïncidé avec l’arrivée de mon beau-père. Cassandre s’est installée près de mon lit, dans un tout petit lit, le fameux Étranger dans le lit de ma mère. Cet homme était des plus banals, il n’avait rien d’un effrayant Étranger, capable de me faire du mal la nuit ou le jour. Ma vie devenait enfin normale, j’avais un beau-père et ma mère avait troqué ses manies contre des nuits d’amour et de confidences sur l’oreiller. Du moins c’est ce que je croyais.
               
Un peu plus tard, je ne sais plus trop quand, ma petite sœur Cassandre a commencé à venir régulièrement dans mon lit pendant la nuit. Elle disait que maman l’embêtait, qu’elle lui faisait des chatouilles sous les côtes et que ça la réveillait. Je me souviens encore de ces mots qu’elle me chuchotait à l’oreille : « Maman me chatouille, elle rigole à moi pendant dodo ». Je lui répondais de ne pas avoir peur, que maman était gentille et qu’elle aimait beaucoup sa petite fille chérie.

Mais une nuit ma mère a franchi la limite. Cassandre venait juste de me rejoindre dans mon lit. J’avais bien refermé la porte, mais peu après, j’ai entendu les cliquetis de la poignée et j’ai vu ma mère entrer doucement, se diriger à pas feutrés vers mon bureau, ouvrir un tiroir et prendre une paire de ciseaux. Elle l’a levée au-dessus de sa tête puis elle s’est approchée de mon lit en répétant sans cesse « Tu l’as abimée mon enfant, tu l’as abimée ». Dans son autre main, elle tenait une aiguille et du fil je crois. Cette fois-ci, c’était trop. Je n’ai plus fait semblant de dormir et j’ai hurlé contre elle. Ma mère a sursauté, a crié que l'Étranger regardait Cassandre d’une drôle de façon, puis elle s’est enfuie en pleurant comme une petite fille. Les ciseaux et l’aiguille sont tombés à quelques centimètres du visage de ma sœur. J’étais traumatisée.

Le lendemain, ma mère est partie travailler comme si de rien n’était, comme si elle n'avait rien fait. Je ne pouvais plus la laisser faire. J’en ai parlé à mon beau-père qui m’a dit ne rien avoir remarqué de spécial à son sujet malgré quelques insomnies et qu’il ne fallait pas que je m’inquiète. Je ne le croyais pas, j'étais sûre qu'il cachait quelque chose. D'ailleurs, ces derniers mois, il avait changé. Son visage était souvent livide et il transpirait beaucoup, il était toujours en train de s’essuyer le front. Pourtant il m’a dit qu’il n’était pas malade, juste qu’il passait parfois de mauvaises nuits. Et son regard aussi avait changé, un regard lourd, posé sur moi et surtout, sur ma petite sœur. Il disait aussi des trucs bizarres sur elle. Ces paroles, ces regards auraient dû m’alerter qu’il se passait quelque chose dans sa tête, mais à 15 ans, on connaît mal les hommes et mon petit ami s’était toujours comporté correctement avec moi, même s’il avait aussi un peu changé et ne se montrait plus aussi doux qu’avant, peut-être à cause de Cassandre.

Je n’ai rien dit à propos de ces regards malsains à ma mère avant que ça n’arrive. C’était seulement deux jours après l’affaire des ciseaux. Ces sales regards sont venus se poser sur moi un après-midi quand ma mère travaillait. Ça m’est arrivé comme cela aurait pu arriver à n’importe laquelle d’entre nous. L’essentiel c’est qu’il n’ait pas fait de mal à ma petite sœur.

Ma mère est arrivée juste après. Elle était folle de rage. Lui, il était parti et je ne l’ai jamais revu.

Ma mère a repris ses manies après mon viol. Mais la nuit, elle ne rigolait plus, elle passait son temps à nous surveiller, à s’excuser, à pleurer, à dire qu’elle n’aurait jamais dû inviter un Étranger dans cette maison, qu’il pouvait encore revenir sous une autre forme. Je n’ai pas trop compris quand elle m’a dit ça jusqu’à ce qu’une nuit, après qu'elle se soit cachée dans le placard, je la suive...

Elle était descendue au sous-sol, dans cette cave que les flics avaient fouillée quelques jours plus tôt à cause de la disparition de mon beau-père. Je n’aimais pas cet endroit, je n’y étais descendue qu’une seule fois auparavant, je devais avoir cinq ou six ans. Mes petits pieds avaient, à l’époque, laissé des traces dans la terre battue et quand ma mère s’en était aperçue, elle était rentrée dans une rage folle. Depuis, je n’y suis plus redescendue, sauf cette fameuse nuit où j’ai compris
ce qu’il y avait derrière ses murs d’ocre rouge, ce pourquoi la cave était un lieu interdit.

J’ai retrouvé ma mère assise au milieu de la cave, sur une vieille chaise en paille. Elle se rongeait les ongles et balançait sa tête d’avant en arrière. Je l’ai appelée plusieurs fois, elle ne me répondait pas. Je suis arrivée à sa hauteur et elle a levé un bras squelettique vers le mur de briques rouges en face d’elle. Et c’est là que je les ai entendus : des grattements d’ongles de l’autre côté des briques et aussi, des sons étouffés comme si derrière ce mur, quelqu’un était bâillonné. Elle m’a alors expliqué que c’était un Étranger. Puis nous sommes remontées toutes les deux, en silence, et avant que nous nous assoyions dans le salon, ma mère a fouillé dans un tiroir du secrétaire et a pris une photo et une coupure de journal. 


J’ai aussitôt reconnu mon beau-père sur la photo. La coupure provenait de la rubrique des faits divers, un homme ayant disparu sans laisser de traces alors qu’il était soupçonné de viol sur une jeune fille. Elle m’a dit que sa propre mère était à l’origine de cette disparition et qu’elle-même avait été victime d’un Étranger.

Je ne sais pas s’il y avait quelque chose derrière ces murs, je ne sais pas si c’est à cause d’eux que ma mère dormait peu la nuit et qu’elle avait des manies vraiment étranges. Heureusement, je ne suis pas tombée enceinte et l’enfant que j’aurai plus tard sera élevé en famille.

Depuis mon viol, je trouve que certains hommes ont un regard d’Étrangers sur moi. Ils commencent à me faire peur, j'ai peur qu'ils mutent et qu’ils fassent du mal à moi ou à ma petite sœur. J’ai mis un couteau dans mon sac à main et un dans ma table de nuit. Je trouve aussi que mon petit ami pose des regards différents sur mon corps, mais aussi sur celui de ma petite sœur. Le salaud ! Hier, ses regards étaient vraiment oppressants. Ils ont fini par me dégoûter. J’ai réussi à l’attacher au lit en le droguant, à mettre un bâillon sur sa bouche et sur ses yeux. Je ne veux plus qu’il me regarde. Plus jamais. Sinon, je lui crèverai les yeux...

J’ai appris aujourd’hui que je suis enceinte, c’est une fille. J’ai déjà peur pour elle, car des hommes regardent mon ventre avec de grands yeux exorbités et je vois la sueur dégouliner le long de leurs tempes. Je vais élever ma fille comme elle nous a élevées, moi et Cassandre, et sa mère avant elle, je vais lui apprendre à maitriser sa peur et à se méfier des Étrangers.












Conclusion de l'enquête : Ce journal ne certifie pas que mademoiselle Crown ait tué son petit ami et qu’elle ait fait disparaitre son corps, ni qu’elle soit à l’origine de la disparition de son beau-père. D’après les analyses gynécologiques, mademoiselle Crown n’a jamais été victime de viol puisqu’elle est toujours vierge. L’éducation « étrange » de sa mère, retrouvée pendue dans sa prison, a conduit à des troubles psychotiques sévères et à des altérations
de type hallucinatoire de son processus sensoriel. La petite sœur, Cassandre, n’était qu’une affreuse et grande poupée nue (66cm) offerte par sa mère pour ses 13 ans. À l’intérieur de cette poupée, nous avons retrouvé des morceaux d’os qui, après analyse génétique, se sont révélés être ceux du père disparu avant sa naissance. Les seules choses dont nous soyons vraiment sûrs sont les innombrables traces de griffures retrouvées derrière les murs de briques de la cave. Ni corps, ni os, ni dents, juste ces traces qui laissent notre affaire ouverte, mais la classe dans le dossier « Disparitions inquiétantes ».



vendredi 13 novembre 2015

Pelas dele Elrelédeelmpeltelioeln

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Souvenirs from earth

PREMIER VISIONNAGE
Quelque chose que j'aime bien faire pour passer le temps, c'est regarder les chaînes à partir du canal 50 dans ma freebox. J'aime bien tomber sur des chaînes WTF comme les chaînes japonaises ou les chaînes locales dans d'obscurs bleds de campagne. Mais aujourd'hui, une chaîne particulièrement bizarre a attiré mon attention au canal 169 de la freebox. Elle était intitulée "Souvenirs from Earth", un titre étrange en franglais que je ne comprenais pas. Il y avait un unique plan de deux corps de femmes en sous-vêtements dont on ne voyait pas la tête. Le fond était une cuisine anodine qu'on pourrait trouver dans n'importe quelle maison. La seule musique était un bruit constant et étrange qui rappelait un bruit d'extraterrestre dans un film de sf de série B.
Je pense que c'est une chaîne diffusée dans un garage par des tarés qui veulent entrer en communication avec des aliens. Mais la partie rêveuse de mon imagination me fait penser que peut-être, éventuellement, il y a des chances pour que ce soit une initiative gouvernementale ou je ne sais quoi d'autre pour entrer en contact avec une civilisation d'une autre planète.

TROISIÈME VISIONNAGE
J'ai checké sur Wikipédia pour en apprendre plus sur cet étrange canal. D'après eux, SFE est "une chaîne indépendante à vocation internationale diffusée sur de nombreux bouquets télévisuels en France et en Allemagne". En gros, c'est de l'art moderne à la "bonsoir love". Enfin, c'est Wiki qui le dit...
La deuxième fois que j'ai regardé cette chaîne, c'était à  peu près comme la première, sauf que le décor et les sous-vêtements des femmes semblait être en alu. Mais la troisième fois, il s'est enfin passé quelque chose. On y voyait trois corps de femmes en sous-vêtements dans un bain d'argile avec le même bruit bizarre puis un fondu s'est lentement inséré. En quelques secondes l'écran montrait de la neige et un cadre rouge se trouvait au milieu, comportant trois inscriptions: en haut "let's get the work started", en bas "que l'œuvre commence" et au milieu, un truc qui voulait probablement dire la même chose en allemand. Je ne sais pas ce que cela signifie, mais ça certifie le fait que ce soit de l'art moderne barré.


QUATRIÈME VISIONNAGE
Il s'est passé quelque chose de vraiment marrant. Ce soir en rentrant, j'ai jeté un coup d'œil sur SFE et ça diffusait plusieurs séquences d'ados marchant dans des rues, la caméra les suivant. Et à un moment, je me suis vu moi. Je vous laisse imaginer la surprise. Et je me suis rappelé. Ce matin même, un homme aux cheveux vert et en T-shirt Jaune poussin au pied d'un van de la même couleur tenant une grosse caméra. Je ne me doutais pas qu'il me filmait moi et encore moins qu'il travaillait pour ces tarés. Enfin bon, personne ne regarde ça et quand bien même, les rares personnes devant cette chaîne à cette heure-là ne se souviendront pas de mon visage bien longtemps.


CINQUIÈME VISIONNAGE
Là, ça devient vraiment flippant. Un certain Thomas Bergstein m'a ajouté dans un groupe Facebook qu'il avait noté "souvenirs from earth". Je sais pas comment il a su que j'avais regardé cette chaîne, ce doit être un stalker balèze. La seule publication était de lui-même, un énorme pavé en allemand. N'ayant pas envie de m'embêter avec ça, j'ai quitté ce groupe aussi sec. 
C'est après que ça s'est gâté. J'ai remis le canal 169 et devinez quoi ? C'était encore cet enchaînement d'ados en train de marcher. J'ai vu depuis le début cette fois.
Un cadre rouge indiquait en comic sans ms orange "the cobayes", "les cobayes" et le même truc en allemand. Et le premier qu'on voyait, j'étais sûr de l'avoir déjà vu.
Et à la fin, étaient inscrits des noms.
Le premier était "cobaye #1: Thomas Bergstein"
Et c'était bien lui. Je me suis souvenu sur le coup : c'était bien le mec sur la photo de profil. Mais je suis passé du mindfuck à la colère en voyant le dernier nom affiché : c'était le mien.
J'ai pensé sérieusement à porter plainte après ça. Comment ces fils de pute avaient pu me stalker pour avoir mon nom, comment ils avaient eu le culot de me foutre sur leur chaîne de malades ?!
Le même jour, j'ai reçu un message bizarre sur facebook. Ce mec s'appelle Théodore Piquenot et je crois bien avoir déjà lu son nom. Il était le cobaye numéro 4, ou 5 je ne sais plus. Voici le déroulement de la conversation :
"Salut. J'ai vu ton nom à la fin du générique. Ne fait pas attention à ça. T'es à un stade avancé de l'oeuvre?
-Quel stade? Quelle oeuvre?
-Enfin leur oeuvre de psychopathes, là! Fais gaffe à ces tarés
-Qui? Souvenirs from earth?
-N'écris pas ça. Ils pourraient voir.
-Ok...
-La dernière fois que tu l'as vu il était de quelle couleur?
-Hein? De qui?
-Enfin fais attention autour de toi bordel! Fais gaffe à ce qu'il ne te retrouve pas. Tiens mon num 06 93 ** ** ** Je dois y'aller à+" 

Ça commence doucement à me faire flipper. Je me demande si ce n'est pas une chaîne de canulars.


Je l'ai vu aujourd'hui. J'étais dans le hall du lycée sur le point de demander à Flore si elle voulait manger avec moi ce midi et elle avait l'air contente que je vienne lui parler. Mais avant que je puisse formuler ma demande, je l'ai vu. Lui, dans le hall de mon lycée avec son T-shirt jaune et ses cheveux longs, cette fois-ci rose vif au lieu de vert foncé. L’ingénieur de SFE. Il cherchait quelque chose (ou quelqu'un. Ou moi.) dans le lycée. Environ une demi-seconde après, je me suis enfui, laissant Flore en plan et me précipitant dans le parking.
J'y ai trouvé la camionnette. Un van jaune vif avec le logo de la chaîne dessus au milieu des voitures de profs. Dans ma panique, j'ai ramassé le caillou le plus pointu que j'ai trouvé et j'ai essayé de crever les pneus du véhicule. Malheureusement, un pion m'a chopé. En me dirigeant vers chez le principal, j'ai vu le cameraman aux cheveux colorés me saluer avec un sourire malsain et repartir à pied, laissant en plan son van jaune.


HUITIÈME VISIONNAGE
Ils nous font du mal.
Quand je suis rentré le soir après m'être mangé quatre heures de colle, j'ai regardé SFE. Le cadre rouge habituel indiquait avec la même police orange "love", "lieben", "amour". Le plan suivant montrait comme à l'habitude une fille en sous-vêtements dont on ne voit pas la tête. Mais là c'était pas n'importe quelle fille. C'était un corps que je reconnaîtrais n'importe où, pour y penser tous le temps. Cette fille, c'était Flore.
Sur le coup, j'ai pété un câble. J'aurais pu mourir pour la protéger. Je me suis précipité dehors vers la maison de Flore, qui était tout près de chez moi.
C'était désert. La porte était ouverte et la maison abandonnée.

Par la suite, je ne l'ai plus jamais revue. Le prof ayant annoncé son départ semblait quelque peu gêné et a vite expédié le sujet.

Au visionnage suivant, des photos de jeunes filles et jeunes hommes - dont Flore - défilaient à l'écran en une succession de fondus enchaînés. Souvent en sous-vêtements, quelquefois nus. On ne voyait jamais leurs têtes mais on pouvait deviner qu'il s'agissait des mêmes qu'habituellement.

Théodore ne répondait plus à mes messages. J'ai appelé le numéro, je suis tombé sur sa mère (probablement) et ai dit "Bonjour, je voudrais parler à Théodore." La dame au téléphone a éclaté en sanglots et a raccroché.

Au fait, notre voiture a été brûlée. J'ai juste eu le temps de voir deux asiats en T-shirts jaunes s'enfuir. Le message était clair. Œil pour œil, dent pour dent.

La huitième fois, c'était le corps de Flore, nue. Mais cette fois-ci elle n'était pas seule. On voyait les corps de deux personnes de type asiatique. On aurait presque vu leurs membres intimes si ils n'étaient pas profondément enfoncés dans les orifices de la fille de mes rêves.
Je n'ai pas osé décrocher le regard de cette horreur. Je ne me souviens plus de grand-chose, si ce n'est que j'ai fini en pleurs, par terre et que l'écran affichait un cadre rouge où il était écrit "pain", "leiden", "souffrance".

Mes parents m'ont trouvé par terre, chialant. La télé ne montrait que de la neige. Ils ont essayé de me ressaisir, mais j'ai pété un câble au moment où ils m'ont présenté les invités qu'ils recevaient pour leur important dîner. C'était deux asiatiques, des jumeaux probablement.

Je suis resté enfermé dans ma chambre. J'ai essayé de rester éveillé pour surveiller le van jaune garé sous ma fenêtre, mais j'ai fini par m'endormir malgré tout.


NEUVIÈME VISIONNAGE
Je m'étais attendu à voir des photos de chez moi sur SFE. Mais non. Pire. Bien pire.
Un cadre rouge.
"death".
"tot".
"mort".
Une musique funèbre.
Un gamin de douze ans environ que je suis presque sûr d'avoir vu parmi les "cobayes". Dans une baignoire. Un marteau enfoncé dans le crâne.
Du sang.
De la cervelle.
Du sang partout...

Je suis au poste de police. Quand ils m'ont demandé pourquoi j'ai agressé cet homme, j'ai dit qu'il avait les cheveux oranges. Ils ont dû me prendre pour une espèce de nazi anti-roux ou je ne sais quoi d'autre. Mais le pire... Le psychiatre, c’était lui. Lui avec ses cheveux longs et sa queue de cheval, cette fois d'un blanc immaculé. Je ne me souviens plus de ce qu'il me disait et encore moins de ce que j'ai répondu.

Moi-même je ne sais pas où je suis. Je me suis enfui. Ils ne m'auront pas. JAMAIS. Je dois trouver leur nouveaux cobayes pour les protéger. L'oeuvre finira mal... 



mercredi 11 novembre 2015

La dame en noir

J'ai besoin de te dire, d'exorciser certaines choses qui sont présentes en moi depuis bien trop longtemps. Tu dois savoir. 

Tout a commencé quand j'avais douze ans. Je vivais avec mes parents dans une modeste maison de campagne entourée de quelques autres dans l'est de la France.
Je suis fils unique, c'est quelque chose que j'ai toujours bien vécu.
Ce jour-là je jouais dans ma chambre à l'étage, comme à mon habitude, pendant que mes parents étaient en bas dans le salon. C'est là que je l'ai vue pour la première fois. Grande, maigre, le visage émacié et la peau grisâtre. Elle portait une longue robe noire et un chapeau ancien sur la tête. Ses yeux étaient d'un gris très pâle, presque blanc, qui m'avaient figé sur place. 


Je me rappelle cette sensation de peur extrême qui m'avait tétanisé au point de ne pas être en mesure de crier ni d'appeler mes parents. Elle était là, à quelques mètres de moi, à l'autre bout de ma chambre. Elle ne faisait rien, elle était juste là, plantée à côté de la porte, son horrible regard mort porté sur moi. Et cette odeur... Je m'en rappelle comme si c'était hier. C'était la première fois que je la sentais. L'odeur de la mort, de la chair en décomposition. Incapable de bouger, j'étais resté là, fixant cette chose pendant plusieurs secondes, minutes ou heures, je n'en sais franchement rien.
 

Elle n'a disparu que lorsque ma mère a ouvert la porte pour me faire descendre à table. Elle s'était inquiétée de me voir si pâle et avait pris ma température. Bien sûr, je n'avais rien. Je venais juste de voir un fantôme pour la première fois de ma vie.

La deuxième fois qu'elle m'est apparue, je fêtais mes treize ans. Tous mes copains étaient là. C'était un anniversaire génial, comme tout anniversaire de gosse devrait l'être. Gâteau, bonbons, ballons et cadeaux. On était tous autour de la table devant cet énorme fraisier, quand quelque chose a attiré mon attention. Un chapeau. Son chapeau. Il était là, posé près du canapé. Je le revois, avec tellement de précision, si réel. Je me suis figé sur place, les rires de mes amis se faisant de plus en plus lointains, faisant place au bruit sourd des battements de mon cœur. Je le sentais taper fort, si fort qu'il semblait vouloir sortir de ma poitrine. 


Cet état de torpeur a pris fin quand un ami à ma droite s'est mis à agiter ses mains devant moi pour me réveiller. Le chapeau avait disparu. Plus rien. Il était pourtant bien là. La fête a alors repris son cours sans aucune autre manifestation bizarre. Enfin, jusqu'au soir. 


Je venais de me coucher, mes parents étaient en bas devant la télé et je repensais, tout excité, à mes nombreux cadeaux. Une gameboy, un action-man, un skate... Puis je l'ai entendue. 


C'était à peine perceptible au début, un chuchotement que je croyais venir de la télé. Puis la voix s'est faite plus forte. Une voix de vieille dame, douce et hésitante, qui venait de mon armoire. "Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Mathieu, joyeux anniversaire."
La télé bourdonnait toujours en bas, et moi j'étais là, tétanisé dans mon lit, incapable de bouger ou d'appeler mes parents. Je ne pouvais que fixer mon armoire, priant de toutes mes forces pour que ce qui s'y trouvait disparaisse à tout jamais. Je n'ai pas dormi de la nuit, bien que rien d'autre ne se soit passé par la suite.


L'année d'après s'était déroulée normalement, la vieille dame ne s'était pas manifestée. Je pensais être débarrassé d'elle et mettais même ce qu'il m'était arrivé sur le compte de mon imagination débordante. C'est en tout cas ce dont j'essayais de me convaincre. Mais ce jour-là au lycée, j'ai compris que j'avais tort.
Je venais de terminer le cours de gym avec la classe, et filais au vestiaire récupérer mes affaires. Ne trouvant pas ma veste, je m'y suis atardé un peu plus longtemps tandis que mes amis avaient déjà rejoint la cour de récréation.
Persuadé de l'avoir mise dans mon sac, je l'ai entièrement vidé à sa recherche. Elle n'y était pas. Sûrement un élève un peu farceur. J'ai remballé le tout, quand un bruit a attiré mon attention. Un bruit de verrou qui provenait des toilettes. Sur le moment, j'ai pensé que l'élève en question était toujours là, à épier ma réaction. Ce n'est que quelques secondes plus tard que j'ai compris que ce n'était pas un élève. Une voix mélancolique, à peine perceptible chantonnait un air triste. On aurait dit une comptine d'enfant mais ça n'avait rien de joyeux. Je ne me souviens plus des paroles maintenant mais ça parlait d'un enfant qui avait perdu sa poupée. Je n'avais jamais entendu ça. J'aurais dû courir, m'enfuir car au fond de moi je savais très bien ce que j'allais trouver derrière cette porte. Je me suis avancé lentement, je n'étais plus qu'à quelques pas de la porte. Je ne voyais rien sous la porte, pas de jambes. Mais je l'entendais, sa voix de vieille dame de plus en plus triste, de plus en plus plaintive. Jusqu'à ce que ma main se pose sur la poignée. Tout s'est arrêté - tout sauf mon cœur qui tambourinait dans ma poitrine. J'ai enclenché la poignée avec l'espoir de ne rien y trouver. Mais elle était là, plus réelle que jamais. Ses deux yeux vitreux fixés sur moi, et son affreux chapeau vissé sur sa tête.


Après quelques secondes qui m'ont paru durer une éternité, elle m'a tendu quelque chose. Au départ craintif de détourner mon regard, privé d'autres choix, j'ai fini par baisser les yeux. Ma veste. Qu'est ce qu'elle faisait avec ma veste. "Tu as perdu ça, mon chéri". Ces mots résonnent dans ma tête chaque jour. C'était la première fois qu'elle s'adressait directement à moi, la rendant bien plus réelle qu'avant. 


Elle a disparu à l'instant même où j'ai saisi la veste. Le soir même je pouvais encore sentir son odeur qui avait imprégné le tissu. Cette odeur de charogne, je peux la sentir rien qu'en y repensant.

Les choses ont commencé à dégénérer le soir même. Je ne parvenais pas à trouver le sommeil, je la revoyais, tenant ma veste. Je m'étais jusqu'alors persuadé que tout ça n'était que le fruit de mon imagination. J'étais peut être fou après tout. Mais elle avait pris ma veste. Et l'odeur, je n'avais pas été le seul à la sentir. Ma mère m'avait fait la réflexion en entrant dans ma chambre. Elle avait eu un haut le cœur à peine entrée. Ne sachant pas quoi lui répondre quand elle a demandé une explication, j'avais inventé une histoire bidon au sujet d'un bizutage et c'était passé.
Mais ça confirmait le fait que je n'étais pas fou. Elle était bien réelle.

Il était deux heures du matin, je tournais encore et encore dans mon lit en cherchant le sommeil, quand un bruit dans mon armoire a attiré mon attention. On aurait dit un grattement, comme un animal qui cherchait à s'enfuir. Bien sûr je savais que ce n'était pas un animal. J'ai remonté ma couette par réflexe, en sachant très bien que c'était totalement inutile. Le grattement était de plus en plus fort, de plus en plus rapide. Il résonnait dans mes oreilles à m'en rendre fou, quand tout s'est arrêté. Plus de bruit, plus rien. J'ai fixé l'armoire sans cligner des yeux, m'attendant à tout moment à la voir sortir. 


C'est là qu'un rire grinçant tout près de mon oreille m'a fait bondir. Elle était là, juste à côté de mon lit, et riait en secouant sa tête comme une hystérique. Après quelques secondes, elle s'est arrêtée et m'a fixé. Elle ne souriait pas. Ses yeux blancs me transperçaient. Je ne sais pas si c'était le fait de la voir de nuit, mais elle avait l'air beaucoup plus menaçante, beaucoup plus hostile. Elle a plissé les yeux et prononcé des mots qui me glacèrent le sang : "Il est temps de me rejoindre, Matthieu. Mamie a besoin de toi".
Elle n'avait plus rien d'une vieille dame, je ne voyais que le mal en elle, sans pour autant pouvoir l'expliquer. Sa peau semblait partir en lambeaux, sa bouche se tordait en un rictus abominable et ses yeux paraissaient se creuser un peu plus chaque seconde.


J'espérais que mes parents l'entendent, je priais pour qu'ils débarquent et la voient. Mais tout semblait figé, je n'entendais rien de l'extérieur, et je me doutais qu'ils n'entendaient rien non plus.
Je me contentais de la fixer, sentant les larmes couler sur mes joues. Mes membres ne me répondaient plus, j'étais paralysé par la peur.
Soudain, en un hurlement strident, elle s'est jetée sur moi, me griffant de ses doigts décharnés avant de disparaître. Je me suis écroulé sur mon lit, pleurant comme jamais. Je venais de vivre la nuit la plus traumatisante de ma vie.


Le lendemain, les griffures n'avaient pas disparu. Mes bras étaient rouges et boursouflés par les lacérations. N'ayant pas d'autre choix, j'en ai parlé à mes parents. Je m'attendais à finir en hôpital psychiatrique, et dans le fond, je l'espérais même un peu. 


Mais ma mère s'est écroulée sur le sol en pleurant. Mon père et moi la regardions, totalement démunis. Elle m'a alors expliqué que depuis ses six ans, son arrière grand-mère, une vieille femme profondément méchante s'était acharnée sur elle jusqu'à ses douze ans, jour de son décès.
À chaque visite, chaque réunion de famille, elle la tyrannisait. Elle prenait plaisir à la faire souffrir, la giflant ou lui tirant violemment les cheveux quand personne ne regardait, griffant et mordant ses bras le soir en lui disant bonne nuit. Ses parents ne l'avaient jamais crue. Peu avant son décès, sur son lit de mort, elle avait été forcée de lui dire adieu. Elle l'avait regardée droit dans les yeux, dans un dernier effort, lui jurant de continuer même après sa mort.
Ma mère m'a expliqué que cette haine venait du fait que, d'après elle, toute la famille s'était détournée d'elle après sa naissance. Ils s'étaient en réalité détournés d'elle parce qu'ils la soupçonnaient de pratiquer la magie noire. Elle l'avait appris par sa grand mère, le jour même de son décès, cette dernière s'excusant de n'avoir rien fait pour la protéger par peur.

Ma mère s'est excusée de ne rien avoir vu avant, et plusieurs mois ont passé sans aucun autre incident, jusqu'au douze octobre, l'anniversaire du décès de la vieille dame. Je sentais ma mère étrange, distante. Je l'avais surprise à parler seule et à rire. Lorsque j'entrais dans la même pièce qu'elle, elle cessait son activité et me fixait. Sans rien dire, sans rien faire d'autre que me fixer. Je sentais dans mes tripes que quelque chose ne tournait pas rond. Mon père était parti la veille en conférence sur Paris, et je me retrouvais seul avec ce qui la veille encore était ma mère. 


Le dîner s'était passé dans un silence pesant. Ma mère me fixait en souriant sans même toucher à son assiette. À la fin du repas, j'étais monté dans la chambre après avoir débarrassé mon assiette. Au bout de quelques minutes, je l'ai entendue monter les escaliers, une marche après l'autre, comme une personne en difficulté. Mon sang n'a fait qu'un tour quand elle s'est mise à chantonner. C'était la même comptine que la vieille dame, et cette fois, les paroles étaient parfaitement audibles :

"Viens mon petit,
N'aie pas peur de Mamie.
Ta poupée est perdue
Car Mamie l'a pendue.
Dis toi bien qu'un jour,
Ça sera ton tour
."

Ma mère est finalement arrivée devant ma porte. Ses yeux était blancs et elle me fixait en riant. Elle s'est approchée de moi en dansant, toujours en riant, puis s'est arrêtée à ma hauteur, plongeant ses yeux dans les miens. Ce qui s'est passé ensuite me hantera à jamais. De sa voix grinçante, elle m'a chuchoté que jamais personne ne se débarrasserait d'elle. Qu'elle hanterait toutes les générations de cette famille maudite. Elle s'est alors subitement redressée et a couru jusqu'à la fenêtre de ma chambre. Je n'ai pas eu le temps de l'empêcher d'enjamber la rambarde. Quelques secondes plus tard, elle s'était écrasée au sol, quatre étage plus bas.

La police a conclu à un suicide, et j'ai été placé deux ans en psychiatrie suite à ce traumatisme. Elle ne m'est plus apparue par la suite.


Aujourd'hui, j'ai vingt-sept ans. J'ai vingt-sept ans et j'ai peur comme je n'ai jamais eu peur auparavant. Je suis papa d'une petite fille de deux ans, et je sais que tout va recommencer.
Elle est là, elle me fixe, je peux sentir son odeur, je peux sentir sa présence derrière mon épaule. J'entends son rire et sa comptine affreuse.
Je suis désolé mon amour, je te laisse avec notre fille, j'espère que tout s'arrêtera ce soir, avec moi. 






La victime (suicide par balle) a été retrouvée allongée au sol, tenant cette lettre contre son cœur.
Le soir même, son épouse a affirmé entendre une vieille femme chanter dans le babyphone.





lundi 9 novembre 2015

On a reçu un DVD par la poste


Temps approximatif de lecture : 10 minutes. 

Avant-propos
: cette vidéo et le mystère qui l'entoure ont fait le tour d'internet et plusieurs sites francophones ont consacré des articles sur le sujet. À ma connaissance, cependant, il n'y avait jusqu'ici pas de traduction intégrale.


Il s'agit d'une énigme et de l'enquête qui en découle, ne le lisez pas et ne le jugez pas comme vous liriez et jugeriez un récit de fiction. Des mises à jour pourraient faire suite.

Merci d'avance et bonne lecture.




Nous avons reçu une lettre venant de Pologne contenant un CD vraiment étrange.

Sur le dessus du CD semblait avoir été écrit un genre de clé de produit, mais après avoir examiné le contenu du disque il est devenu clair que c'était un genre de puzzle. 

mardi 3 novembre 2015

Une croix, un simple griffonnage

Je viens de me lancer dans une aventure formidable. J'ai décidé d'en relater chaque moment dans ce journal, pour la postérité peut-être. J'ai acheté ce journal en particulier parce qu'il était sobre et élégant, bien qu'un peu cher, mais c'était le dernier exemplaire en magasin. Ce n'est pas important, juste un détail, un détail sans importance.
Je suis quelqu'un qui s'ennuie dans la vie, enfin, qui s'ennuyait. Je suis au chômage, j'habite un petit appartement dans une grande ville, j'ai un peu perdu le contact avec ma famille, je sors peu, je suis raisonnable, je ne mange jamais avec des sets de table parce qu'ils se salissent vite et glissent partout quand on coupe la viande.
Je m'ennuyais énormément. Mais hier, j'ai ouvert ma boîte aux lettres, et il n'y avait qu'une lettre, et elle ne m'était pas adressée. Elle était destinée à une vieille voisine qui habite à l'étage au-dessus de mon appartement. Je ne la connaissais pas du tout, je savais juste où elle habitait grâce au positionnement de sa boîte aux lettres. La lettre semblait personnelle, et je m'ennuyais, et je n'avais rien à faire, je me suis dit sans vraiment comprendre que je devais aller lui porter en main propre, ce serait l'occasion de prendre contact avec un de mes voisins. Je suis assez sociable, quand j'ai envie.

Je suis allé toquer à sa porte, il n'y avait personne dans les couloirs, c'était assez tôt dans l'après-midi, tout le monde était sans doute au travail. Elle ne répondait pas, mais j'ai posé mon oreille sur la serrure, et j'entendais sa télévision, elle était forcément là.
Je me suis dit qu'elle était vieille, qu'elle ne m'avait sans doute pas entendu, et j'ai décidé d'être impoli et d'ouvrir la porte quand même.
Son appartement puait, enfin, il sentait cette odeur particulière propre aux logements des personnes âgées. Mais quand je suis arrivé au niveau de sa télévision, je l'ai vue, elle ne bougeait plus. Ses yeux étaient ouverts, et reflétaient légèrement la télévision, et ses orbites étaient creusées, et l'ombre de ses sourcils lui donnait un air de crâne desséché.
Elle était morte, j'en suis certain. J'ai vérifié son pouls, d'abord au poignet comme les docteurs, puis près de son cœur, vu que je n'étais pas vraiment sûr de moi. Elle était morte, et personne ne le savait à part moi, et personne ne m'avait vu entrer.

Je suis quelqu'un qui s'ennuie, et je me disais que ce serait sûrement la seule occasion que j'aurais d'être créatif, de laisser une marque sur le monde.
Je suis allé refermer la porte de l'appartement, j'ai mis sa lettre dans ma poche, et je l'ai déshabillée.
La pauvre dame n'était pas attirante du tout, croyez-moi, et le spectacle de la peau de son ventre fripé me glaçait le sang pendant un bref instant.
Je me suis dit qu'il fallait la marquer, qu'il fallait la rendre historique, faire d'elle un mystère. J'ai pris un couteau dans sa cuisine, il n'était pas très pointu, mais je ne voulais pas l'entailler trop profondément. Sur la peau de son ventre, j'ai fait courir la lame, et j'ai dessiné une croix, un simple griffonnage. Il n'avait aucune signification, pas plus pour moi que pour elle, mais je voulais inventer un meurtrier, et je voulais que les gens y croient, et qu'il soit un mystère. Ce personnage aurait compris, et donné un sens à cette croix.
Je voulais rendre la marque menaçante, et j'ai marqué en chiffres romains "I". Les chiffres romains ont toujours été plus dramatiques que les chiffres arabes à mon goût, je voulais la faire passer pour la première d'une longue série de victimes.
Puis je me suis dit qu'elle était sans doute morte d'une crise cardiaque, vu son âge, et que la police saurait que ce n'était pas un meurtre, qu'elle était morte naturellement.
J'ai serré plus fort le couteau, et j'ai tenté de chercher précisément son cœur, et je l'ai planté là, plusieurs fois. J'ai détourné le regard, le sang me dégoûte, et j'ai tout épongé avec ses vêtements.

J'étais assez content de moi, l'atmosphère était glauque au possible, on aurait dit une vraie scène de crime. Puis je me suis dit que j'avais laissé des traces, notamment sur les vêtements de la vieille, et sur le couteau aussi. Et encore, j'avais eu de la chance de ne pas m'être taché. Je n'aurais jamais pensé être si conscient dans un moment comme celui-ci, et malgré ma fébrilité je devais me forcer à réfléchir. J'ai pris un sac-poubelle dans un de ses tiroirs (que j'ai ouvert en mettant ma main dans mon T-shirt, pour ne pas laisser d'empreintes), j'ai mis tout ce que j'avais touché dedans, et je suis sorti, en jetant un dernier coup d’œil à la première victime du meurtrier que je venais d'inventer. Je n'ai aucun remord, je ne l'ai pas tuée, et puis elle était bien plus digne comme ça que quand je l'avais trouvée.
Je suis allé jeter le sac-poubelle dans une benne publique, et je suis rentré chez moi, en regardant bien si je ne m'étais vraiment fait aucune tache.
Je n'ai croisé personne, la rue était déserte, l'immeuble était désert. J'étais plein d'une sorte de fierté fébrile, je n'avais jamais ressenti quelque chose comme ça auparavant.

Je me suis couché directement en rentrant chez moi. Aujourd'hui, le corps a été découvert. Par sa fille, je crois. Les policiers sont venus m'interroger, j'ai répondu (très honnêtement) que je ne la connaissais pas du tout, et que je n'avais vu personne dans l'immeuble hier.
Je suis allé m'acheter ce journal aujourd'hui et me voici, lecteur. Je me demande quand est-ce que le journal parlera de ce que j'ai fait.

*

Il est quatre heures du matin, je me suis réveillé en sursaut, j'ai mal au ventre, j'essaie de me concentrer sur le papier pour ne pas avoir mal. Je crois que je commence à regretter ce que j'ai fait à cette femme. Je ne l'ai pas tuée, c'est vrai, mais j'ai tout de même mis en scène son corps, et fait croire à un meurtre. Je me demande s'il y a vraiment une différence entre tuer quelqu'un et faire croire aux autres qu'il a été tué. Je suis sans doute juste fatigué, ça ira mieux quand cette douleur sera passée et que je pourrai me rendormir et me reposer complètement.

*

Je ne sais pas ce qui m'a pris, je n'aurais jamais dû me lancer dans tout ça. Une autre victime s'ajoute à la liste, mais je ne veux pas continuer. Je n'ai pas réussi à me rendormir après ce dernier paragraphe (qui date d'hier matin) et le soir qui a suivi je suis allé noyer ma confusion dans l'alcool. J'ai toujours été un peu mélodramatique, alors je suis allé dans un petit bar de quartier. Là-bas, mon désespoir passait inaperçu, puisque je n'étais apparemment pas le seul à vouloir boire sans qu'on me pose des questions.
Mais une jeune femme s'est assise à côté de moi.
Je ne suis pas très attirant, mais le genre de fille à venir aborder une loque alcoolisée dans un bar miteux n'est sans doute pas très exigeante. On a discuté, l'air de rien, et je lui ai apparemment paru assez sympathique pour qu'elle m'entraîne chez elle.
Arrivés là-bas, elle a commencé à devenir... "agressive", et devant l'air de refus que j'affichais, elle s'est vexée, et a dit qu'elle allait prendre une douche pour me laisser le temps de réfléchir.

Je me suis mis en colère. Je ne supporte pas que quelqu'un me donne le "temps de réfléchir", je sais réfléchir, je sais réfléchir vite, je ne suis pas un animal. Elle me tournait le dos, je me suis approché, et j'ai mis mes mains autour de son cou. J'ai serré, serré, mais elle se débattait trop, c'était insupportable. Je l'ai fait tomber sur mon pied, pour éviter de faire trop de bruit, pour ne pas déranger les voisins du dessous, et je me suis agenouillé, et je l'ai étranglée jusqu'à ce que d'un coup, elle arrête de respirer.
Je n'avais pas confiance, j'ai laissé mes mains serrées autour de son cou pendant quelques minutes peut-être, et je me suis dit sur le moment que j'étais béni, que ça ne pouvait pas être une coïncidence. J'ai commencé à travailler son corps comme celui de la vieille dame d'hier, et au-dessus de la croix, j'ai gravé "II".
Je suis parti en nettoyant le verre qu'elle m'avait donné, et en réfléchissant aux endroits que j'aurais pu toucher. Personne ne m'a vu partir.

Sur le moment, j'étais vraiment aux anges, mais je vous assure que maintenant que je suis calme, j'ai des remords, et pire que tout, j'ai peur. Peut-être que quelqu'un m'avait vu quitter le bar avec elle, peut-être qu'un voisin m'avait aperçu, peut-être que j'avais laissé, je ne sais pas, de la sueur sur son cou en l'étranglant.
Je meurs de peur, je me dis que les policiers peuvent arriver d'un moment à l'autre. Je voulais être attrapé au départ, enfin, je voulais que mon meurtrier imaginaire soit attrapé au travers de moi, mais non, je ne veux plus. Ce journal qui devait être un magnifique trophée me nargue. Je vais arracher les pages de ces derniers jours, je ne veux pas que la police ait de preuves. Je vais laisser tout ça derrière moi, c'est promis.

*
*

Cher journal, je me suis réveillé avec de la fièvre, mon esprit est brumeux, et je ne me souviens que de très peu de choses par rapport à ce qui a précédé mon sommeil. Aurais-je dormi pendant plusieurs jours ? Ça parait incroyable, mais c'est l'explication la plus logique que je trouve à mon amnésie. Je t'ai trouvé sur mon bureau, journal, mais je ne me souviens pas de toi. Je me dis qu'en mettant au clair mes pensées dans tes pages, je peux aller mieux, et voir enfin plus clair, justement.
Certaines de tes pages sont arrachées, journal, et je me demande pourquoi. Le seul souvenir que j'ai d'avant mon sommeil, c'est une inquiétude tenace, presque irréelle. Je me demande ce que je redoutais.


À la radio, ils parlent d'un meurtrier qui sévirait dans mon quartier. Une des victimes habitait même dans mon immeuble !
Je me demande si mon inquiétude n'est pas liée à ça. J'avais l'impression d'avoir déjà vu les scènes de crime qu'ils décrivaient, comme dans un rêve.
Peut-être pensais-je être la prochaine victime ? Maintenant que j'y pense, ça expliquerait pourquoi une chaise barricadait ma porte d'entrée à mon réveil. J'espère que je n'ai pas raison.

*

Cher journal, je crois qu'un homme m'a suivi dans la rue, aujourd'hui. J'ai eu le sentiment que c'était le meurtrier, et qu'il me traquait vraiment. C'est stupide, je pense, mais cette certitude s'est imposée dans mon esprit et j'ai énormément de mal à m'en défaire.
Je suis rentré chez moi en courant, et en faisant un grand détour pour que personne ne puisse me pister. Je pense avoir réussi à le semer, mais peut-être s'était-il juste caché. Il sait où je vis, j'en suis certain maintenant. Je ne compte plus ressortir, heureusement j'ai quelques réserves de nourriture. Peut-être changera-t-il de cible si je reste enfermé assez longtemps ? Je ne suis pas certain de la chose, mais cette pensée me rassure.

*

Je n'arrive pas à penser à autre chose qu'à ce meurtrier. Je devais vraiment le craindre plus que tout, vu l'intensité de cette inquiétude. Je le vois ouvrir ma porte à chaque fois que je ferme les yeux. Je le vois se glisser derrière moi, et plus j'y pense, plus je vois ses mouvements être désarticulés et monstrueux.
Je n'ose pas tourner le dos à la porte, mais je n'ose pas lui faire face non plus. La pensée d'un monstre se glissant derrière moi me glace le sang, mais le voir s'avancer vers moi sans que je sois capable de l'empêcher d'approcher (je ne peux pas lutter, j'en suis certain) est une idée qui me terrifie encore plus.
J'ai décidé que s'il en venait à vouloir m'attaquer, je sauterais par la fenêtre qui est à ma gauche au moment où j'écris. Je la laisse ouverte. Je suis au cinquième étage, je ne peux pas fuir, mais je suis au moins certain qu'il n'aura pas ce qu'il veut, que je peux échapper à la peur qu'il voudra me faire ressentir au moment où il me tuera.
Je m'ennuie dans la vie, c'est vrai, mais certainement pas au point de me tuer. Mais cette peur qui paralyse mon esprit peu à peu, c'est pour la fuir que je veux me donner la mort. Je veux juste attendre le dernier moment, et le défier jusqu'au bout.
Il est sans doute devant ma porte en ce moment-même. Peut-être qu'il m'épie par le judas, et qu'il attend que je sois au paroxysme de ma terreur pour se jeter sur moi. Je le suis, mais il ne doit pas le voir.

*

C'est dans la précipitation que je jette ces mots sur le papier. Je crois, je suis certain que j'ai entendu la poignée tourner. Il est là, c'est sûr, il veut me tuer.
Il n'aura pas ce qu'il veut.



dimanche 1 novembre 2015

Le mendiant de la rue Saint-André

Je l’avoue, je n’ai pas toujours été très tendre avec lui, à l’ignorer. Mais vous auriez vu son visage !

C’est sûr qu’à première vue, il n’était pas effrayant. L’archétype du mendiant : Un vieux chapeau ratatiné, un long manteau à la colombo, des bottes sales... la première fois que je l’avais aperçu de la fenêtre de mon balcon, ce n’était pour moi qu’un pauvre bougre qui faisait la manche dans une rue vide.

Mais le lendemain, en sortant de chez moi pour aller au travail, j'ai compris pourquoi les rares passants l’évitaient : il était défiguré. Pas juste balafré ou borgne : je dis bien défiguré. Son visage n’avait strictement aucun sens.

Comment le décrire ? Ses yeux étaient pourvus de paupières retournées, son nez était bien trop levé, sa bouche était retroussée sur les bords, comme les chiens. Ses joues étaient creusées, comme si quelqu’un avait trop appuyé dessus. Une tête de cauchemar.

Quand je suis rentré le soir, il était encore là. Son chapeau était toujours vide. J’avais de la monnaie. Je suis sûr qu’il me regardait, bien que ce soit difficile de le savoir. J'ai pris la décision de ne rien lui donner. Je crois qu’il me faisait peur.

La suite m'a donné raison.

Notre manège a duré 2 mois. Je le croisais, ne lui donnais rien, en étant convaincu qu’il me regardait, et lui restait toute la journée - peut-être même la nuit, je n’osais pas regarder.

Ce soir-là, le 22 mai, quelqu’un a frappé à ma porte. Mon premier réflexe a été de ne pas me déplacer, en espérant que ce témoin de Jéhovah ou ce représentant en aspirateur s’en aille. Arrivé à une dizaine de coups à la porte, je me suis décidé à ouvrir. Et je l'ai vu.

Le même manteau à la colombo, les mêmes traits affreux. Le mendiant se tenait devant moi. Un silence d’une minute s'en est suivi. La rue était silencieuse, trop peut-être. Comme si le monde s’était arrêté pour observer comment j’allais réagir.

-Que voulez-vous ?

J’avais du mal à soutenir son regard. Car là, pas de doute, il me regardait. Je n’ai pas obtenu de réponse, juste un geste :

Il me tendait son chapeau retourné.

Est-ce qu'il souriait ? Comment aurais-je pu le savoir ?
J'ai fouillé mes poches. Quelques pièces, pourquoi pas après tout ? J'ai pris 2 euros, et les ai lâchés avec négligence au fond de son chapeau rapiécé. J’ai éprouvé un grand soulagement à l’idée de refermer la porte.

Mais quelque chose avait changé.

Il n’était plus défiguré. Il avait un visage normal.
Je voyais bien son sourire cette fois.

Je me suis regardé dans la glace. Mes paupières étaient retournées, mon nez était comme décalé sur mon visage, ma bouche ressemblait davantage à un museau.

Un cauchemar. Oui, j’avais raison, c’était une tête de cauchemar.

Le mendiant avait disparu.

Je ne distinguais pas la terreur sur mon visage.