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Petit rappel amical : les creepypastas ne sont pas nécessairement des fictions, elles peuvent aussi être partiellement ou entièrement tirées de faits réels, c'est ce flottement qui fait leur charme (même si c'est plus facile à deviner pour certaines, on sait). Merci donc de ne pas nous assimiler à un Wattpad de l'horreur.

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dimanche 29 novembre 2015

Le château d'eau

Cette semaine, j'étais en vacances chez mes grands-parents, qui habitent dans un village pas trop loin de chez moi. Un soir, en plein repas, la conversation avait dévié sur un sujet qui a attiré mon attention. Ma grand-mère a évoqué une affaire qui avait eu lieu dans la ville, il y a un an ou deux.


Ça s'était passé dans un quartier très proche, et peu de personnes (à part celles concernées) en avaient entendu parler. Pourtant, c'était le cas de ma grand-mère, dont une amie connaissait un couple vivant dans ce quartier.
Un jour, un homme s'était plaint d'une odeur étrange, qui provenait de sa salle de bains. Il avait remarqué que l'odeur émanait de l'eau de la douche et des robinets. Assez vite, il s'était rendu compte qu'il y avait le même problème partout dans sa maison.


Peu de temps après, plusieurs autres cas ont été signalés dans plusieurs foyers. Une famille s'est même plainte de la couleur, du goût écœurant et de l'odeur nauséabonde de l'eau chez eux. La source du problème a rapidement été identifiée : il y avait des travaux dans la ville. Il était donc probable que la couleur vienne de la terre. Pourtant, les habitants signalaient toujours des problèmes avec la qualité : parfois, il y avait des petits morceaux mous, comme des bouts de feuilles, ou des épluchures. Quand le maire a commencé à se plaindre à son tour, une enquête a été ouverte. Il s'est avéré que le problème ne venait pas des travaux. Elle ne venait pas non plus des tuyaux, assez récents selon le témoignage du maire.


Certains habitants menaçaient de partir si le problème n'était pas réglé au plus vite, malgré le fait que la mairie fournissait l'eau potable en bouteilles. L'enquête a continué. La police a décidé d'inspecter le château d'eau qui alimentait les quartiers touchés par le problème, situé à proximité d'une forêt assez dense. Et ce qu'elle a découvert était loin de ce que la population avait imaginé.


La porte d'accès à l'intérieur avait été forcée, violemment. En pénétrant dans le bâtiment, les policiers ont immédiatement remarqué une odeur désagréable inquiétante. Le bassin d'eau avait pris une teinte brune, presque rouge, et des petits morceaux étaient visibles à la surface et au fond. En observant de plus près, les policiers ont remarqué des corps d'animaux en décomposition. Ceux en meilleur état présentaient des traces de morsures. Des parties avaient été arrachées sur les cadavres d'écureuils, lapins, renards, voire sangliers, comme s'ils avaient été dévorés.


La population a été avertie, mais la police n'a pas insisté sur les traces de morsures, en faisant négligemment allusion à  des chasseurs, des chiens errants ou même des loups. Le chef des hommes chargés de l'enquête a pourtant avoué que ce n'était pas possible. La porte n'avait pas pu être forcée par un animal, même un sanglier. Ce qui avait enfoncé cette porte était beaucoup trop puissant pour être un animal de la forêt, et l'hypothèse des chasseurs a été rapidement écartée.


Des rumeurs circulèrent bientôt parmi les habitants, décrivant principalement des créatures plus ou moins invraisemblables. Même si la plupart des gens sensés ignoraient ces ragots, la question de ce qui a fait ce carnage reste en suspens.




jeudi 26 novembre 2015

Tundra

10/08/2012

Ça fait environ deux jours... ou trois. Trois jours, je crois, depuis que la Jeep d'Andrei est tombée en rade dans la rivière. On s'est faits avoir comme des bleus, réveillés en pleine nuit par une putain de crue de tous les diables. On a réussi à sortir la Jeep sur le bord, mais impossible de la redémarrer. Pour l'instant, on est principalement restés à l’intérieur, à se peler les miches comme pas possible. On a pas mal de bouffe, mais faudrait pas s'éterniser ici non plus.

J'écris pas ça comme un testament, loin de là, plutôt pour me souvenir de cette... Aventure ? Ouais c'est le mot. Aventure.

13/08/2012

Il commence vraiment à faire froid, et les boîtes de sardines vides puent la mort. On sait absolument pas où on est. Ce connard de Viktor nous avait dit qu'il connaissait la région, mais il a aucune idée d'où on peut bien être. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il fait foutrement froid. Je veux dire, je suis habitué au froid, en Sakha y'a aucun palmier qui pousse. Mais là, avec juste une parka et mes couilles en dessous, c'est pas la même affaire. Pour couronner le tout, aucun village à moins de 300 km. J'ai toujours aimé les grands espaces, mais je cracherais pas sur une petite baraque avec un bon feu.

C'est Alexander le mécano entre nous quatre. Il a la tête fourrée dans le moteur depuis la crue, soit cinq jours maintenant. "T'en fais pas Alexei, on va repartir d'ici cinq minutes !" Cinq minutes. Je sais pas où il a appris à compter. En tout cas, je compte pas me les geler ici plus longtemps.

14/08/2012

On a décidé de partir. On a laissé notre matos de pêche dans la Jeep. Viktor a quand même embarqué une canne au cas où on tomberait sur la Sutam. C'est là où on était censés aller après tout, non ?

On a pas vraiment de plan de route. Viktor était censé avoir la "carte en tête". Toujours est-il que l'ordre de marche c'est droit devant. Si on tombe sur la rivière Sutam, on la remonte jusqu’à Neryungri. En fait, aucun de nous quatre ne sait exactement où se trouve Neryungri, ni même si c'est au bord de la Sutam, mais Viktor a dit qu'il se rappelait y être passé une fois.

Pas un arbre à l'horizon, pas un point de repère. De la neige, de la terre gelée, des herbes courtes çà et là. J'ai trouvé une barre de chocolat au fond de mon sac. Je ne l'ai dit à personne. Je me suis assez fait chier à aller en ville pour l'acheter, je vais pas en plus la partager en quatre. Enfin bon, on verra bien.

15/08/2012
Je commence à penser que le confort de la Jeep était pas si mal que ça. On avait peut-être froid, on pouvait pas vraiment bouger, mais au moins on était à l'abri du vent. Cette nuit on a dormi au creux d'un arbre mort. C'était atroce. Le vent s'est pas arrêté une seule seconde, je me suis réveillé au moins cinq fois. Et à chaque fois, le feu était éteint. On commence à manquer de combustible. On avait pas vraiment pensé à ça. Et la bouffe part à une vitesse folle. Je sais que par ce temps il faut beaucoup d'apport calorique, mais si on continue à ce train-là on va devoir se rationner plus tôt que prévu.

16/08/2012

Encore une nuit horrible. On a cru que Viktor était mort ce matin. Il bougeait pas, mais il était juste vraiment fatigué. On l'est tous. On a quand même repris la route, si on s'arrête on est morts.

On est arrivés près d'une petite rivière. Oh non, pas la Sutam. Ce serait trop beau. Non, juste un petit bras d'eau, assez profond pour pouvoir y pêcher toutefois. Andrei et Viktor m'ont engueulé quand j'ai lancé la ligne. J'ai oublié leur "rituel". C'est des Sibériens, je peux pas leur en vouloir d'être superstitieux. Ces imbéciles lancent toujours une poignée de tabac dans l'eau avant de pêcher. Une offrande au Vodianoi. M'est avis que si leur Vodianoi voulait vraiment s'en fumer une, il préfèrerait avoir du tabac sec... Et puis, de toute façon, j'ai oublié mon tabac dans la Jeep d'Andrei. En tout cas, j'ai ramené deux truites et ils étaient bien contents de les bouffer. On reprend la route demain.

18/08/2012

J'ai pas écrit hier. C'était assez tendu en fait. On a marché toute la journée, on s'est arrêtés deux heures pour manger les dernières sardines à l'huile. On s'est pas parlé. Je crois qu'on est tous crevés. Viktor s'est fait mal en traversant la petite rivière. Il a trébuché sur un caillou peut-être, et s'est foulé la cheville. On a dû ralentir le rythme pour qu'il puisse nous suivre, Alexander l'aide. Mais c'est encore plus dur d'aller lentement. On se refroidit, on a l'impression de pas avancer. Et je jure que si Andrei prononce une fois de plus "Vodianoi", je le tue moi-même.

19/08/2012

On a trouvé une petite cabane. Là, au milieu de nulle part. Y'a juste une petite rivière qui passe juste à côté. Je crois que c'est une cabane de chercheur d'or : y'a des tamis un peu partout. On a déjà commencé à les brûler dans la cheminée. La cheville de Viktor est dans un sale état. Je crois bien qu'il s'est cassé quelque chose. En tout cas, cette cabane est une bénédiction.

24/09/2012

Ne pas désespérer. Ne pas désespérer. La température est de plus en plus basse, et on a quasiment plus rien pour entretenir le feu. On a commencé à arracher le plancher, on pose nos culs sur de la terre froide. On a presque plus de bouffe, j'ai plus rien pêché depuis plus de deux semaines. Viktor ne bouge quasiment plus, si ce n'est pour aller pisser dehors. Son pied est noir. Il se plaignait beaucoup au début, mais maintenant il sent plus rien quand on le pique sous le pied.

Je crois qu'il en a plus pour longtemps.

26/09/2012

Alexander m'a réveillé en pleine nuit. Il a vu Viktor discuter avec quelqu'un au bord de la rivière. Moi j'ai rien vu. Je crois qu'il commence à devenir fou. C'est ça, ou alors il se fout de ma gueule. Ce matin Viktor m'a dit qu'il était bien sorti pisser pendant la nuit, mais il s'est endormi avant que je puisse lui poser plus de questions.

27/09/2012

Viktor est mort.

29/09/2012


Alexander et Andrei se sont battus ce matin. Andrei arrêtait pas de dire que Viktor est mort par ma faute, que c'est le Vodianoi qui l'a tué. Alexander lui a décoché une droite. Sans un mot. Andrei a été surpris, ils se sont regardés, et Andrei lui a sauté dessus. On aurait dit des bêtes. J'ai rien fait pour les séparer. Pour une fois qu'il se passe quelque chose.

30/09/2012

On a mis le corps de Viktor dans la neige, dehors. Pour le conserver. Si on vient nous chercher, je pense que sa mère aimerait récupérer son corps. Andrei ne nous a pas décroché un mot, ni à moi, ni à Alexander. Il reste dans son coin, à faire des prières. Foutu sibérien. Résultat, c'est moi qui récolte la neige pour boire et qui décroche le plancher, pendant qu'Alexander essaye de pêcher quelque chose.

13/10/2012


Je crois que je perds la tête. En me réveillant ce matin, j'aurais juré avoir vu bouger Viktor. Rien de flagrant, mais un petit mouvement. J'ai tâté ses vêtements au cas où une souris ou un vermisseau se planquerait dessous, mais rien. J'en ai parlé à personne, Andrei recommence tout juste à causer, j'ai pas envie de relancer de l'huile sur le feu.

15/10/2012

Y'a un truc qui galope dehors. Il fait nuit noire, on y voit pas à deux mètres. Mais ça fait un quart d'heure au moins qu'on entend un truc courir autour de la cabane. C'est peut-être une biche. Ou le Vodianoi d'Andrei. Ou un truc du genre. Un truc qui se mange en tout cas. Quoi que ce soit, on va le choper.

On est sortis avec Alexander, mais y'avait rien dehors. Pas même de traces dans la neige. On est pourtant très sûrs d'avoir entendu des pas. On peut pas devenir fous tous les trois en même temps... Si ?

16/10/2012

Il est encore tôt, le soleil vient à peine de se lever. Alexander et Andrei ont réussi à dormir. Pas moi. J'ai encore entendu marcher dehors. Mais ça semblait plus loin, vers la rivière peut être. Et cette fois je suis sur de ce que j'ai vu : le corps de Viktor a bougé. Je veux dire, pas devant moi, mais j'aurais juré l'avoir posé quelques mètres plus près de la cabane.

24/10/2012
Des cadavres. Nous sommes des cadavres qui parlent. Je sais pas combien de kilos j'ai perdu, mais quand je vois Alexander ou Andrei, je me dis que je dois être dans le même état. On a entamé les planches des murs. Après les sardines y'a quelques semaines, maintenant c'est les poires en jus qu'on a terminées. Et toujours aucun succès avec la pêche. Même si Alexander m'a plusieurs fois fait remarquer qu'il avait vu un "gros truc" dans la rivière. Mais gros ou pas, on a rien sorti de la rivière depuis... Depuis qu'on est arrivés ici.

Le ciel est noir, je pense que ce qui va nous tomber dessus risque de nous faire mal.

27/10/2012

Je sais pas trop si je crois en ce que je vais écrire... J'aimerais que ce soit faux. Sincèrement.

On a été bloqués deux jours dans la cabane par la tempête. Pas une seule accalmie. Et c'est nos ventres qui ont réfléchi pour nous. J'ai vu comment Alexander regardait le corps de Viktor quand il passait devant en allant pêcher. Pas de la tristesse, pas du désespoir ; de l'envie. Et on a tous ce regard quand on pose les yeux sur lui ces derniers jours.

On devait survivre, mais on savait qu'on resterait pas longtemps debout à boire du bouillon d'herbe et de neige fondue. On s'est regardés, et on a décidé d'aller chercher Viktor, en pleine tempête. Je suis sorti en premier, et là où j'aurais dû voir une bosse dans la neige, il n'y avait rien. J'ai fouillé avec mon pied, mais il n'y avait strictement rien. On s'est enfermés dans la cabane depuis. Si un ours a emporté le corps de Viktor, il doit encore être dans les parages.

Si c'est bien un ours.

5/11/2012

Alexander est sacrément malade. Il tousse à s'en décrocher les poumons. C'est moi qui m'occupe de pêcher. J'ai attrapé un poisson hier. Plus rien depuis. Andrei ne dort plus la nuit depuis que le corps de Viktor est parti a disparu. Il jette tout un tas de choses dans la rivière quand la nuit tombe. Hier soir, il a jeté sa montre.

7/11/2012

On est peut-être sauvés ! Je pourrais pleurer. J'ai pleuré d'ailleurs. Le chercheur d'or ! Le chercheur d'or est venu ! Un vieil homme, très vieux, sa peau ressemble à de l'écorce d'arbre.

J'étais en train de pêcher quand je l'ai vu, sur l'autre rive. Il me regardait, et il m'a souri. Il m'a dit que c'était sa cabane dans laquelle nous étions, et qu'il avait d'abord pensé qu'on était des bandits, et qu'il nous observait depuis plusieurs jours pour s'en assurer. J'ai pas vu de tente ou de campement pourtant. Et il avait pas de sac à dos. Mais il était là et c'était inespéré !

Il a traversé la rivière pour nous rejoindre, tout en continuant à me parler. On s'est regardés avec Alexander. Ce mec allait sortir de la rivière en glaçon. Pourtant, il est sorti tranquillement. Il a juste essoré ses vêtements en continuant de parler.

Il a dit connaître un petit village pas loin, et nous a proposé de le suivre. On peut pas bouger Alexander dans son état, alors Andrei est parti avec le vieux pendant que je veille sur Alexander. J'arrive pas à croire que quand ils reviendront, ça sera avec des toubibs, de la bouffe, des secours, des gens quoi !

9/11/2012

Ça fait deux jours qu'Andrei est parti avec le vieux. J'espère qu'ils se sont pas perdus. Ce vieux avait l'air sûr de lui pourtant. Alexander va un peu mieux.

10/11/2012

J'ai pêché un poisson aujourd'hui.

11/11/2012

Andrei est revenu. Seul. Il était trempé quand il a tapé à la porte cette nuit. Je lui ai demandé qu'est-ce qu'il avait fait du vieux, il m'a juste dit que les secours allaient arriver. Depuis cette nuit, il bouge pas, il nous fixe tour à tour, Alexander et moi. Il est assis près du feu, mais ses vêtements sont toujours aussi trempés. Ce con a toute une flaque autour de lui...

13/11/2012

Mais qu'est-ce qui lui a pris ? Putain, mais qu'est-ce qu'il lui est passé par la tête à ce fils de pute d'Andrei ? Il a essayé de me tuer. Il a essayé de me noyer.

J'étais en train de pisser près de la rivière, juste devant le coucher de soleil. Il est arrivé comme un fou derrière moi, m'a fait tomber en avant. J'ai senti ses putain de mains me tenir la tête sous l'eau, il avait une force de dingue. Trop de force pour un mec qui a passé les trois dernières semaines à bouffer de l'herbe. Je me suis débattu autant que j'ai pu, et puis j'ai lâché prise. J'y arrivais plus, j'allais mourir. J'ai ouvert les yeux sous l'eau, je voulais pas mourir sans voir une dernière fois quelque chose... Et j'ai vu un visage. Très vite, un flash. Je sais pas très bien ce que j'ai vu, une femme ou un homme... Ou autre chose... Mais juste après ça, la pression d'Andrei s'est relâchée et j'ai pu sortir de l'eau.

Alexander lui avait planté un pieu dans la nuque. Il m'a trainé jusqu’à l’intérieur de la cabane, m'a allongé près du feu. J'ai repris mes esprits et on a rentré le corps d'Andrei. Ses vêtements étaient toujours trempés. On les a enlevés. Et... On a pété un plomb.

Je sais pas si c'est l'adrénaline, l'hystérie ou la faim (c'est sûrement la faim), mais on s'est mis à découper Andrei. Calmement. L'instinct sûrement. Mais le corps n'était pas chaud, au toucher, on aurait dit qu'il était mort depuis plusieurs heures. Ça nous a pas arrêtés. On s'est regardés coupablement, et on a mis la viande à cuire.

15/11/2012

J'essaye de pas penser à ce que je mange. Je vomirais je pense. Alexander fait pareil. Je le vois lever les yeux au ciel quand il avale.

16/11/2012

Quelque chose a tapé violemment à la porte cette nuit. On s'est réveillés en sursaut. On s'est pas rendormis.

17/11/2012

C'était encore pire cette nuit, j'ai cru que les murs allaient tomber. Grognements, coups dans les murs, traces de pas dans la neige. Faut qu'on se tire. Vers où, je sais pas, mais on doit pas rester ici. Alexander me dit qu'on devrait arrêter de manger Andrei. Il pense que c'est lié, d'une certaine manière. C'est un peu tard. Il reste pas grand chose de lui.

18/11/2012

On part. Personne lira ce journal, et j'ai pas franchement envie de le garder. J'ai pas envie de me souvenir de ce qui s'est passé ici. La température a encore chuté, et la neige nous arrive jusqu'aux genoux. On sait pas vraiment où on va aller, mais je préfère mourir en tentant de m'en sortir, que de rester ici avec ces... Choses. J'aurais juré avoir vu le vieux chercheur d'or ce matin, en regardant par la fenêtre. Du coin de l’œil. Je nous souhaite bonne chance, personne le fera pour nous.

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Ces événements se sont déroulés entre le mois d'Août 2012 et le mois de Novembre 2012, en République de Sakha, en Russie.

Les journaux ont beaucoup relayé la nouvelle, mais ont occulté certains détails. Peut-être même que vous en avez entendu parler.

Alexei Gorulenko, 35 ans et Alexander Abdullayev, 37 ans, seront retrouvés quelques jours plus tard, près de la rivière Sutam, à 250kms de la petite ville de Neryungri, plus au sud. En tout, ils auront marché plus de 150kms entre la Jeep et la rivière Sutam.

On retrouvera la Jeep enfoncée dans une rivière gelée.

Lorsque la police découvre le corps d'Andrei Kurochkin, 44 ans, dans une cabane de chercheur d'or, il est partiellement découpé en morceaux. Alexei Gorulenko et Alexander Abdullayev affirment que leur ami est mort de froid. Les expertises montrent pourtant des traces de mort violente, notamment un pieu et une veste ensanglantés. Les deux pêcheurs seront alors soupçonnés d'homicide et de cannibalisme.

Le corps de Viktor Komarov, 47 ans, n'a jamais été retrouvé.

Ce journal n'a jamais été pris en compte par les enquêteurs, d'après lesquels il avait été écrit par Alexei Gorulenko pour se justifier de ses crimes. Gorulenko ne l'a d'ailleurs jamais évoqué. Quant à moi, je ne dévoilerai pas mon identité, sachez juste que j'ai participé de près à l'enquête.

Peu de temps après leur retour, Alexei Gorulenko et Alexander Abdullayev se sont enfuis de l'hôpital dans lequel ils étaient soignés. Retrouvés quelque temps après, Alexei Gorulenko sera condamné à 3 ans de prison avec sursis pour avoir causé "des blessures mortelles" sur la personne de Andrei Kurochkin, le cannibalisme n'étant pas considéré comme un crime en Russie. Alexander Abdullayev quant à lui, sera considéré comme témoin des faits, et affirmera lors de son procès ne pas avoir mangé Andrei Kurochkin parce qu'il avait faim, mais parce qu'il avait "d'autres raisons".



mardi 24 novembre 2015

Bruit blanc

Vous savez ce qu'est le "Bruit Blanc" ? Le bruit blanc est un son qui comporte toutes les fréquences du spectre.

On retrouve ces bruits blancs à la télé, à la radio... C'est ce fameux son quand, par exemple, vous changez de chaîne sur votre TV et tombez sur une chaîne qui ne capte aucun signal.


Il y a une forte relation entre le bruit blanc et le paranormal. Il est connu que les chercheurs en paranormal utilisent des enregistrements de bruit blanc pour détecter des voix. C'est le "phénomène de voix électronique" (PVE). Il y en a énormément sur YouTube, la majorité dont l'origine est discutable.

Un film traitant du sujet est sorti en 2005, avec Michael Keaton dans le rôle-titre. Le film retrace l'histoire d'un homme qui a perdu sa femme et qui cherche à établir un contact avec elle, et pour cela il a recours à des enregistrements de "bruit blanc", par le biais de télévisions ou de radios.Un film très "Hollywoodien", avec des scènes intenses, comme des mains sortant de l'écran pendant l'enregistrement de ces bruits par le protagoniste.



Mais je ne suis pas là pour parler de ça. Ce que je veux vous transmettre est une expérience unique avec le paranormal. Il s'agit d'une vidéo de deux heures, constituée d'un écran noir avec le "bruit que tout le monde aime" (ainsi est nommée la vidéo).
À la première écoute, il semblerait que ce ne soit qu'un enregistrement de bruit blanc. Peut-être que c'est le cas, mais peut-être que non.
Je préfère vous laisser en juger par vous-même.
Il n'est pas nécessaire de visionner la vidéo pendant deux heures, apparemment écouter le son pendant trente minutes est suffisant pour une expérience complète...
Ainsi, pour arriver à ce but, vous devez vous déconnecter complètement du monde extérieur, utiliser un casque (c'est obligatoire), et vous concentrer uniquement sur ce son.
Si vous ne vous coupez pas du monde extérieur et continuez vos activités habituelles tout en écoutant ce son, ce ne sera qu'un simple bruit blanc, rien d'autre.
Vous ne devez pas vous endormir... Ce son est très relaxant, avant de devenir perturbant (des personnes utilisent le bruit blanc pour les hypnoses, pour soigner les insomnies...).
Si vous suivez scrupuleusement ces indications, vous pourrez commencer à entendre des choses autres que ce son. Des voix, des gens...
Deux avertissements :

1- Si vous entendez des chuchotements, écoutez-les attentivement. Mais ne suivez pas leurs instructions, sous aucun prétexte. Ne suivez aucun ordre, pour peu que vous en entendiez.

2- Si vous commencez à entendre des cris, quelle que soit leur intensité, coupez immédiatement la vidéo, pour votre propre sécurité.
Si vous êtes une personne influençable, ne regardez pas cette vidéo. Passez votre chemin.
Si jamais, malgré tout, vous sautez le pas, c'est à vos risques et périls. Le danger, ici, est de porter préjudice à vous ou à autrui, ou de libérer quelque chose que vous ne pourrez pas contrôler.


Maintenant que vous êtes avertis, voici la vidéo :



Quelques témoignages :

”I remember listening to this once. I heard a child calling my name.”
(Je me souviens avoir écouté ça une fois. J'ai entendu un enfant m'appeler par mon nom.)

”I could definitely hear whispers, but I couldn’t make any words out.”
(Je suis certain d'avoir entendu des murmures, mais je n'ai pas compris ce que ça disait.)

Et vous, qu'avez-vous entendu ?








Traduction : Kamus

samedi 21 novembre 2015

Le médecin allemand

Pendant l'hiver 1944, dans les Ardennes, avec les provisions surtaxées, un médecin allemand tomba à court de plasma sanguin, de bandages et d'antiseptique. À la suite d'un tir de mortier particulièrement efficace, son campement devint soudainement une mare de sang. Les survivants affirmaient entendre, parmi les cris et les ordres aboyés par les lieutenants, quelqu'un jubiler comme une petite fille.

Le docteur faisait ses consultations pendant les tirs, dans une obscurité quasiment totale, comme il l'avait déjà si souvent fait auparavant. Mais jamais dans le passé, il n'avait été à court de matériel.

Le bombardement se déplaça à l'autre bout de la ligne. La plupart des hommes tombèrent de sommeil pendant les quelques heures toujours sombres du petit matin. C'était le jour du nouvel an 1945.

Les hommes se réveillèrent aux premiers rayons de soleil, avec des cris. Ils découvrirent que leurs bandages n'étaient pas des bandages normaux, mais des tendons et des bandes de chair humaine. Plusieurs hommes s'étaient fait transfuser du sang frais, alors que les réserves de sang étaient à sec. Tous les hommes soignés étaient teintés de la tête aux pieds de sang bordeaux.

Le chirurgien fut trouvé assis sur des caisses de munitions, fixant le ciel. Quand un homme, s'approchant de lui, tapa sur son épaule, sa tunique tomba, révélant que sa peau, ses muscles et ses tendons avaient été arrachés de son torse ; son corps était presque totalement exsangue. Dans une de ses mains, il y avait un scalpel, et dans l'autre une poche de sang pour transfusion.

Aucun des hommes ayant profité de soins cette nuit-là dans le camp ne vit la fin de janvier 1945.




Traduction : Mhyn

Creepypasta originale ici

mercredi 18 novembre 2015

Pale Luna

Depuis plusieurs années, il est devenu très facile d'obtenir ce que l'on veut. Il suffit de quelques clics, et le tour est joué. Internet a tout simplifié, n'importe qui peut utiliser un ordinateur et altérer la réalité.
Cette abondance d'informations, obtenue grâce à un simple clic, est arrivée à un tel point qu'il est difficile maintenant d'imaginer notre vie sans.
Quand même, il y a de ça une génération, quand les mots "Streaming", ou "Torrent", n'avais pas de sens en dehors des cours d'eau, les gens devaient se retrouver face à face pour s'échanger logiciels, programmes, jeux de cartes et autres cartouches.
Il est vrai que la grande majorité de ces rencontres avaient pour but de s'échanger des jeux populaires, comme King's Quest ou encore Maniac Mansion.
Pourtant, il existait une minorité de programmeurs qui faisaient passer leurs propres créations lors de ces échanges, et si le jeu était suffisamment divertissant et bien programmé, celui-ci était passé de main en main, jusqu'à attirer l'attention d'un potentiel éditeur.
Ces jeux-là étaient rares et considérés comme de véritables artefacts, recherchés par les collectionneurs à travers tout le pays.
Pourtant, "Pale Luna" n'était jamais sorti de la région de San Francisco. Toutes les copies recensées restaient dans cette zone.
Tous les ordinateurs ayant un jour fait tourner ce jeu se situaient dans les environs de cette ville. Cela est explicable par le petit nombre d'exemplaires mis à disposition par le programmeur.


Pale Luna était un jeu d'aventure textuel, une "Fiction interactive" , dans la même veine que "Zork" ou "The Lurking Horror". Il avait été créé dans la même période que ces deux jeux, période durant laquelle ce genre était à la mode. 



Exemple de fiction interactive : Zork

 Au début du programme, il n'y avait qu'un écran noir, excepté quelques lignes de texte :

- Vous êtes dans une salle sombre. Le clair de Lune brille par la fenêtre.

- Il y a de l'OR dans un coin, ainsi qu'une PELLE et une CORDE

- Il y a une PORTE qui donne vers l'EST

- Commande ?



C'est ainsi que commençait ce jeu, décrit dans un vieux fanzine comme "énigmatique, sans aucun sens et totalement injouable". Le jeu acceptait alors les choix suivants :
PRENDRE OR, PRENDRE PELLE, PRENDRE CORDE, OUVRIR PORTE, ALLER VERS l'EST, dans cet ordre. Puis le joueur recevait les instructions suivantes :


- Prenez votre récompense

- PALE LUNA VOUS SOURIT

- Vous êtes dans la forêt. Il y a 3 chemins. NORD, OUEST et EST.

- Commande ?


Ce qui a rapidement frustré le peu de joueurs ayant eu l'occasion de tester ce jeu était le comportement confus et bugué de la phase suivante. En effet, seule une direction était la bonne.
Par exemple, dans notre cas, toute tentative d'aller dans une autre direction que le nord se soldait par un freeze complet du système, obligeant les joueurs à redémarrer leur ordinateur.
De plus, chaque nouvelle séquence de jeu était une répétition de l'écran précédent, la seule chose qui changeait étant les directions proposées. Encore pire, les commandes classiques de ce type de jeu étaient inutiles ici. Les seules actions acceptées par le jeu, autres que celle du mouvement, était UTILISER OR, auquel le jeu répondait par le message suivant :


- Pas ici.


Ou bien, UTILISER PELLE, qui affichait :


- Pas maintenant.


et aussi UTILISER CORDE, qui faisait surgir le texte :


- Vous avez déjà utilisé ceci.


La majorité de ceux qui ont joué à ce jeu continuait pendant quelque temps, jusqu'à en avoir marre de devoir redémarrer leur ordinateur à chaque freeze du système, et jetait la disquette du jeu à la poubelle, décrivant cette expérience comme une horrible blague mal programmée.
Toutefois, il y a une chose sur le monde des ordinateurs qui ne change pas malgré l'époque : ceux qui les utilisent ont beaucoup trop de temps libre à combler.


Un jeune homme du nom de Michael Nevins a un jour décidé de découvrir si Pale Luna avait plus à offrir que ce que la majorité des gens avait pu apercevoir.
Après cinq heures de jeu, trente-trois tentatives et beaucoup de câbles débranchés, il avait finalement réussi à faire afficher au jeu un texte différent.
Ce nouvel écran affichait :


- PALE LUNA AFFICHE UN LARGE SOURIRE

- Il n'y a aucun chemin

- PALE LUNA AFFICHE UN LARGE SOURIRE

- La terre est souple

- PALE LUNA AFFICHE UN LARGE SOURIRE

- Ici

- Commande ?


Il aura fallu une heure pour que Nevins trouve la bonne combinaison d'actions pour progresser dans le jeu :


CREUSER TROU, DÉPOSER OR, REBOUCHER TROU.


Cela fait, un nouveau texte était affiché :


- Félicitations.

—-40.24248—-

—- -121.4434—-


À ce stade, le jeu n'acceptait plus aucune commande, et il fallait redémarrer l'ordinateur une dernière fois.
Après avoir longuement réfléchi, Nevins était arrivé à la conclusion que ces nombres étaient en fait une latitude et une longitude - celles-ci conduisaient à un point dans une forêt qui surplombait le parc volcanique de Lassen.
Comme il avait beaucoup plus de temps libre que de bon sens, il avait décidé d'aller voir de lui-même ce que signifiait la fin de "Pale Luna".


Le lendemain, armé d'une carte, d'une boussole et d'une pelle, il parcourut les sentiers du parc, dans la forêt, impressionné par le fait que chaque fois qu'il tournait à un carrefour, c'était exactement dans le même sens que dans le jeu.
Plus d'une fois il regretta d'avoir emmené les outils pour creuser, mais finalement il se convainquit que vu la similarité entre sa journée et ce qu'il avait vécu dans le jeu pour le moment, il y avait sûrement un trésor enterré quelque part à la clef.


À bout de souffle, après son périple en quête de l'endroit qu'indiquaient les coordonnées, il arriva finalement dans une petite clairière, dans laquelle il trouva un amas de terre retournée.
Excité comme il devait l'être pour avoir peut-être trouvé un trésor, ce serait un doux euphémisme de dire qu'il fut choqué en découvrant à la place la tête d'une petite fille blonde, dans un état de décomposition avancée.
Il alerta aussitôt les autorités. L'enfant fut identifiée ; il s'agissait de la petite Karen Paulsen, 11 ans, portée disparue par le département de police de San Diego depuis plus ou moins un an et demi.


Des efforts ont été faits pour retrouver la piste du programmeur de Pale Luna, mais le grand flou régnant dans le milieu des échanges de jeux en face à face conduisait à bien des impasses.


Les collectionneurs offriraient jusqu'à 6000 dollars pour une copie authentique du jeu.


Le reste du corps de Karen ne fut jamais retrouvé.






Traduction : Kamus

Creepypasta originale ici

Une version BD a également été traduite. Elle met en avant des détails importants qui ont pu échapper à certains d'entre vous...

Partie 1
Partie 2

lundi 16 novembre 2015

Les étrangers

Journal de ma rencontre avec un étranger

Aussi loin que remontent mes souvenirs, ma mère a toujours eu des sales manies, des habitudes qu’une petite fille ne peut comprendre qu'à l’adolescence.

Oui, il y a toujours eu des trucs que je détestais chez ma mère (comme sa chemise de nuit blanche et serrée qui laissait deviner ses os). Ça se passait souvent le soir, quand je me couchais.
Pour me dire bonne nuit, elle m’embrassait le front, les joues, la poitrine, par à-coups, avec ce détestable bruit de succion. Enfant, ça me faisait rire, plus grande, ça devenait carrément lourd.

Vers 10/11 ans j’ai commencé à lui dire d’arrêter. Elle se mettait alors à chouiner comme une gamine pour un caprice, son regard larmoyant planté dans le mien. Puis elle sortait de la chambre à reculons, avec ses grands yeux noirs et sa bouche entrouverte sur un souffle agonisant. Parfois, elle allait se coucher dans son lit ou sur la banquette du salon, en bas à la cave, parfois j’entendais le tapotement de ses pieds nus sur le carrelage du couloir. Elle revenait.

Si elle avait laissé la porte entrebâillée alors elle la claquait violemment, plusieurs fois. Si elle était fermée alors elle tournait doucement la poignée, la poussait un peu et glissait sa main dans l’ouverture, pour tapoter ses longs ongles pointus contre l’interrupteur. Le pire c’est que je l’entendais glousser derrière la porte comme si elle prenait du plaisir à m’effrayer. Plus grande, je lui hurlais d’arrêter ça. Elle me répondait alors que ce n’était pas de sa faute, que sa mère l’avait aussi éduquée ainsi, pour que plus tard, je n’aie pas peur des Étrangers.

Ma mère disait aussi que pour ma sécurité, elle se devait de vérifier s’il n’y avait pas des méchants dans ma chambre, ces Étrangers. Alors, en pleine nuit, j’entendais le crissement de ses pieds sur la moquette. Et quand je ne l'entendais plus, je devinais qu’elle était là, près de moi, immobile, sans rien faire d’autre que me regarder. J’osais à peine respirer, je me demandais toujours ce qu’elle ferait après.

C’était changeant. Parfois, elle ouvrait le placard et l’inspectait avec minutie, parfois elle s’y glissait puis refermait la porte derrière elle. Elle me disait que des Étrangers pouvaient venir m’enlever pendant la nuit. J’entendais un peu sa respiration, mais elle ne sifflait pas autant que quand ma mère s’allongeait sous mon lit. Ça aussi je détestais, mais elle répondait de ne pas m’inquiéter, que les bras des Étrangers pouvaient aussi jaillir du sommier et me prendre pendant mon sommeil. Je finissais par m’endormir, car au bout d'un moment je m'y habituais. Au petit matin, elle était prête à aller bosser, hormis le week-end et pendant ses vacances où elle passait le plus clair de son temps à dormir.

Quelques mois avant mes 13 ans, elle m’a annoncé être enceinte. Elle m’a alors dit qu’elle n’avait pas été assez méfiante, qu’un Étranger avait réussi à la convaincre et l’avait prise dans son sommeil. J’ai alors compris qu’elle parlait des hommes et j’ai aussi compris que ma mère était complètement cinglée, surtout que je connaissais mon premier flirt et que le jeune garçon avec qui je sortais était vraiment super, doux, tendre avec moi.

Ma mère m’a fait deux beaux cadeaux d’anniversaire : l’arrivée de la petite Cassandre a coïncidé avec l’arrivée de mon beau-père. Cassandre s’est installée près de mon lit, dans un tout petit lit, le fameux Étranger dans le lit de ma mère. Cet homme était des plus banals, il n’avait rien d’un effrayant Étranger, capable de me faire du mal la nuit ou le jour. Ma vie devenait enfin normale, j’avais un beau-père et ma mère avait troqué ses manies contre des nuits d’amour et de confidences sur l’oreiller. Du moins c’est ce que je croyais.
               
Un peu plus tard, je ne sais plus trop quand, ma petite sœur Cassandre a commencé à venir régulièrement dans mon lit pendant la nuit. Elle disait que maman l’embêtait, qu’elle lui faisait des chatouilles sous les côtes et que ça la réveillait. Je me souviens encore de ces mots qu’elle me chuchotait à l’oreille : « Maman me chatouille, elle rigole à moi pendant dodo ». Je lui répondais de ne pas avoir peur, que maman était gentille et qu’elle aimait beaucoup sa petite fille chérie.

Mais une nuit ma mère a franchi la limite. Cassandre venait juste de me rejoindre dans mon lit. J’avais bien refermé la porte, mais peu après, j’ai entendu les cliquetis de la poignée et j’ai vu ma mère entrer doucement, se diriger à pas feutrés vers mon bureau, ouvrir un tiroir et prendre une paire de ciseaux. Elle l’a levée au-dessus de sa tête puis elle s’est approchée de mon lit en répétant sans cesse « Tu l’as abimée mon enfant, tu l’as abimée ». Dans son autre main, elle tenait une aiguille et du fil je crois. Cette fois-ci, c’était trop. Je n’ai plus fait semblant de dormir et j’ai hurlé contre elle. Ma mère a sursauté, a crié que l'Étranger regardait Cassandre d’une drôle de façon, puis elle s’est enfuie en pleurant comme une petite fille. Les ciseaux et l’aiguille sont tombés à quelques centimètres du visage de ma sœur. J’étais traumatisée.

Le lendemain, ma mère est partie travailler comme si de rien n’était, comme si elle n'avait rien fait. Je ne pouvais plus la laisser faire. J’en ai parlé à mon beau-père qui m’a dit ne rien avoir remarqué de spécial à son sujet malgré quelques insomnies et qu’il ne fallait pas que je m’inquiète. Je ne le croyais pas, j'étais sûre qu'il cachait quelque chose. D'ailleurs, ces derniers mois, il avait changé. Son visage était souvent livide et il transpirait beaucoup, il était toujours en train de s’essuyer le front. Pourtant il m’a dit qu’il n’était pas malade, juste qu’il passait parfois de mauvaises nuits. Et son regard aussi avait changé, un regard lourd, posé sur moi et surtout, sur ma petite sœur. Il disait aussi des trucs bizarres sur elle. Ces paroles, ces regards auraient dû m’alerter qu’il se passait quelque chose dans sa tête, mais à 15 ans, on connaît mal les hommes et mon petit ami s’était toujours comporté correctement avec moi, même s’il avait aussi un peu changé et ne se montrait plus aussi doux qu’avant, peut-être à cause de Cassandre.

Je n’ai rien dit à propos de ces regards malsains à ma mère avant que ça n’arrive. C’était seulement deux jours après l’affaire des ciseaux. Ces sales regards sont venus se poser sur moi un après-midi quand ma mère travaillait. Ça m’est arrivé comme cela aurait pu arriver à n’importe laquelle d’entre nous. L’essentiel c’est qu’il n’ait pas fait de mal à ma petite sœur.

Ma mère est arrivée juste après. Elle était folle de rage. Lui, il était parti et je ne l’ai jamais revu.

Ma mère a repris ses manies après mon viol. Mais la nuit, elle ne rigolait plus, elle passait son temps à nous surveiller, à s’excuser, à pleurer, à dire qu’elle n’aurait jamais dû inviter un Étranger dans cette maison, qu’il pouvait encore revenir sous une autre forme. Je n’ai pas trop compris quand elle m’a dit ça jusqu’à ce qu’une nuit, après qu'elle se soit cachée dans le placard, je la suive...

Elle était descendue au sous-sol, dans cette cave que les flics avaient fouillée quelques jours plus tôt à cause de la disparition de mon beau-père. Je n’aimais pas cet endroit, je n’y étais descendue qu’une seule fois auparavant, je devais avoir cinq ou six ans. Mes petits pieds avaient, à l’époque, laissé des traces dans la terre battue et quand ma mère s’en était aperçue, elle était rentrée dans une rage folle. Depuis, je n’y suis plus redescendue, sauf cette fameuse nuit où j’ai compris
ce qu’il y avait derrière ses murs d’ocre rouge, ce pourquoi la cave était un lieu interdit.

J’ai retrouvé ma mère assise au milieu de la cave, sur une vieille chaise en paille. Elle se rongeait les ongles et balançait sa tête d’avant en arrière. Je l’ai appelée plusieurs fois, elle ne me répondait pas. Je suis arrivée à sa hauteur et elle a levé un bras squelettique vers le mur de briques rouges en face d’elle. Et c’est là que je les ai entendus : des grattements d’ongles de l’autre côté des briques et aussi, des sons étouffés comme si derrière ce mur, quelqu’un était bâillonné. Elle m’a alors expliqué que c’était un Étranger. Puis nous sommes remontées toutes les deux, en silence, et avant que nous nous assoyions dans le salon, ma mère a fouillé dans un tiroir du secrétaire et a pris une photo et une coupure de journal. 


J’ai aussitôt reconnu mon beau-père sur la photo. La coupure provenait de la rubrique des faits divers, un homme ayant disparu sans laisser de traces alors qu’il était soupçonné de viol sur une jeune fille. Elle m’a dit que sa propre mère était à l’origine de cette disparition et qu’elle-même avait été victime d’un Étranger.

Je ne sais pas s’il y avait quelque chose derrière ces murs, je ne sais pas si c’est à cause d’eux que ma mère dormait peu la nuit et qu’elle avait des manies vraiment étranges. Heureusement, je ne suis pas tombée enceinte et l’enfant que j’aurai plus tard sera élevé en famille.

Depuis mon viol, je trouve que certains hommes ont un regard d’Étrangers sur moi. Ils commencent à me faire peur, j'ai peur qu'ils mutent et qu’ils fassent du mal à moi ou à ma petite sœur. J’ai mis un couteau dans mon sac à main et un dans ma table de nuit. Je trouve aussi que mon petit ami pose des regards différents sur mon corps, mais aussi sur celui de ma petite sœur. Le salaud ! Hier, ses regards étaient vraiment oppressants. Ils ont fini par me dégoûter. J’ai réussi à l’attacher au lit en le droguant, à mettre un bâillon sur sa bouche et sur ses yeux. Je ne veux plus qu’il me regarde. Plus jamais. Sinon, je lui crèverai les yeux...

J’ai appris aujourd’hui que je suis enceinte, c’est une fille. J’ai déjà peur pour elle, car des hommes regardent mon ventre avec de grands yeux exorbités et je vois la sueur dégouliner le long de leurs tempes. Je vais élever ma fille comme elle nous a élevées, moi et Cassandre, et sa mère avant elle, je vais lui apprendre à maitriser sa peur et à se méfier des Étrangers.












Conclusion de l'enquête : Ce journal ne certifie pas que mademoiselle Crown ait tué son petit ami et qu’elle ait fait disparaitre son corps, ni qu’elle soit à l’origine de la disparition de son beau-père. D’après les analyses gynécologiques, mademoiselle Crown n’a jamais été victime de viol puisqu’elle est toujours vierge. L’éducation « étrange » de sa mère, retrouvée pendue dans sa prison, a conduit à des troubles psychotiques sévères et à des altérations
de type hallucinatoire de son processus sensoriel. La petite sœur, Cassandre, n’était qu’une affreuse et grande poupée nue (66cm) offerte par sa mère pour ses 13 ans. À l’intérieur de cette poupée, nous avons retrouvé des morceaux d’os qui, après analyse génétique, se sont révélés être ceux du père disparu avant sa naissance. Les seules choses dont nous soyons vraiment sûrs sont les innombrables traces de griffures retrouvées derrière les murs de briques de la cave. Ni corps, ni os, ni dents, juste ces traces qui laissent notre affaire ouverte, mais la classe dans le dossier « Disparitions inquiétantes ».