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Petit rappel amical : les creepypastas ne sont pas nécessairement des fictions, elles peuvent aussi être partiellement ou entièrement tirées de faits réels, c'est ce flottement qui fait leur charme (même si c'est plus facile à deviner pour certaines, on sait). Merci donc de ne pas nous assimiler à un Wattpad de l'horreur.

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samedi 2 mai 2015

Le spectacle des monstres

« ██ ██ 1774. Je ne dévoilerai pas mon identité ici. Celui qui lira ces notes connaîtra la vérité.

Les cirques sont des endroits divertissants. On y découvre les capacités des jongleurs, des acrobates, des clowns, ou même des monstres-humains. Des personnes nées déformées ne trouvant aucun travail, rejetées à cause de leurs différences physiques. Le seul moyen pour ces personnes de gagner leur vie est sans aucun doute de rejoindre une troupe de cirque. Elles trouveront enfin des âmes qui ne les blâmeront pas. Pourtant, ce qui suit est une vérité jusqu'alors jamais révélée.

En fait, il existe un cirque qu'on appelle "Le Cirque des Bois" en raison du fait que la troupe s'installe souvent dans des clairières. Ce sont des endroits reculés et calme, qui isolent les sons, souvent assez loin des villages. Cependant, la réputation du cirque est telle que de nombreuses personnes s'y prêtent, après que la troupe eu fait un tour dans les villages voisins pour appâter la foule. De plus, les chemins des bois ne sont pas forcément inaccessibles pour les villageois. Oui, j'ai dis que les clairières isolent les sons... C'est parce qu'"ils" hurlent de douleur une fois le spectacle terminé.

En effet, les monstres-humains du Cirque des Bois ne sont pas nés déformés et n'ont rien de naturel. Ils furent pour la plupart kidnappés, souvent après avoir été abandonnés par leur propre famille, et toujours quelques semaines après l'installation du cirque aux alentours pour ne pas éveiller les soupçons. Si il n'y eut aucune fuite, c'est parce que personne ne s'en est échappé, et qu'il était facile d'étouffer leurs cris dans la nuit. Car ils étaient tous des enfants. Une fois ramenés sous le chapiteau, ces enfants n'étaient plus que de vulgaires sujets d'expériences sans plus aucune chance de voir leur vie s'épanouir un jour.

Parmi ces expériences, deux jeunes enfants, un garçon ainsi qu'une fille, tous deux abandonnés par leur famille, furent enlevés une nuit, toujours dans le but de les transformer en monstres-humains. Cette fois, on avait tenté de créer un être à deux têtes. On a donc essayé de les scier, et j'ai entendu leurs cris stridents... Comme le reste de la troupe s'y attendait autant que moi, les enfants n'ont pas survécus.

Une autre fois, une jeune fille aux airs riches s'était approchée un peu trop près du chapiteau, seule, entre deux spectacles. On ne pouvait plus la laisser partir... On lui a tranché les deux jambes sous les genoux, et on lui a fixé des jambes, peut-être fausses, de cheval. Ces jambes agissaient comme des échasses, donc elle n'avait, à priori, pas de problèmes pour marcher, une fois s'y être habitué, sans compter la douleur, bien sûr.

Nous sommes même allés jusqu'à adopter un orphelin de quelques mois dans le seul but d'en faire un monstre. Pas physiquement, mais mentalement. Les différentes expériences et pressions portées sur lui pendant sa croissance l'ont rendues fou. On lui a toujours donné les cadavres des expériences ratées à manger, il y en avait tellement. Les restes des ossement sont ensuite enterrés le plus loin possible dans la forêt. Cependant, ce garçon n'a pas vraiment d'utilité pour les spectacles. Il sert uniquement de dépotoir.

Évidemment, il y eut beaucoup plus d'expériences que ça. Toutes étaient réalisées sans aucune anesthésie. Il y eut aussi quelques suicides, mais les sujets sont tous attachés dès la fin des spectacles ne leur laissant aucune chance. Beaucoup d'autres enfants sont devenus fous après les expériences. Certains ne faisaient que répéter "le cirque est amusant, si amusant...". Il arrive régulièrement que ces sujets devenus fous viennent à tuer leurs camarades avant que nous les attachions. Dans ces cas-là, nous les punissons. A la moindre erreur, nous les punissons. Si ils refusent de faire leur numéro, si ils désobéissent... Nous les punissons avec de l'acide. Nous les baignons dans des cuves d'acide. Les blessures infligées accentuent leur statut de monstre. Certains spectateurs payent même plus pour voir les monstres se faire baigner dans de l'acide...

Il y a quelques jours, un membre de la troupe a été attrapé en train d'essayer de libérer des enfants. Je n'ose imaginer ce qu'il va lui arriver. J'ai entendu dire qu'on va faire payer des spectateurs pour voir les monstres se faire violer. Voir ses atrocités chaque jours me rend fou, je dois m'enfuir. Si je suis pris, je ne m'en sortirai pas. Si je m'en sors, je ferais part de ces notes. Si vous trouvez ces notes seules, c'est que je ne m'en suis pas sorti et que j'ai réussi à cacher ces notes.
Puisse celui qui lise ceci ne soit pas un membre de la troupe. »

Lors d'une excursion en forêt, des randonneurs ont découverts des ossements d'enfants humains en presque parfait état, bien que les membres extérieurs ou inférieurs leur était parfois détachés voire manquants. Un réceptacle en bois fut trouvé sur le même terrain contenant la lettre ci-dessus.


jeudi 30 avril 2015

mardi 28 avril 2015

Les ombres

C’était il y a un peu plus d’un an, pendant les vacances de février. Tess, ma meilleure amie, m’avait invitée à venir passer une petite soirée posée, chez elle, avec quelques autres de nos amis. Son père était souvent en voyage pour son travail, elle avait donc la maison pour elle toute seule, et j’y étais régulièrement invitée, pour passer les vacances, le weekend, ou juste une soirée. La maison était grande en plus, c’était sympa de l’avoir pour nous tous seuls.

Ce soir-là, nous nous sommes retrouvés, Tess, moi, Matthieu, Maxime et Fabien, pour passer un moment sympa tous ensemble. La soirée en elle-même n’a rien eu d’extraordinaire. On a discuté, rigolé en buvant quelques verres, on a mis de la musique fort, un autre avantage de vivre dans une maison plutôt que dans un appartement.

Petit à petit, Tess, puis Matthieu sont allés se coucher dans les chambres de l’étage inférieur. Je suis restée discuter une bonne partie de la nuit avec Maxime et Fabien, mais on a fini par tomber de sommeil nous aussi. Je suis allée dans la chambre de Tess, avec qui je devais dormir cette nuit-là. Quand je suis entrée, la chambre était plongée dans le noir, les volets étaient baissés, et les portes fermées. Tess dormait au milieu du lit, et Matthieu de l’autre côté du lit, près du mur. J’ai enfilé mon pyjama et j’ai quand même pris ma place habituelle du côté du lit près de la porte.
Les deux autres dormaient déjà, et comme d’habitude, j’étais celle qui mettait le plus de temps à trouver le sommeil. Je me suis allongée, tournée vers la porte, j’ai enfoncé mes écouteurs dans mes oreilles et j’ai fermé les yeux, écoutant de la musique calme à faible volume pour m’aider à m’endormir.

Il m’a semblé que je m’étais endormie, quand j’ai vu une ombre traverser la chambre depuis la porte jusqu’à l’autre bout du lit. Ensommeillée, je n’avais pas les idées suffisamment claires pour me demander sérieusement ce qui se passait. Je n’ai pas eu le réflexe de me retourner pour voir qui c’était. J’ai simplement supposé que c’était Fabien ou Maxime qui venaient voir si on dormait, même si je ne voyais pas pourquoi ils auraient fait ça. Comme je n’ai pas vu l’ombre revenir vers la porte pour sortir, j’ai supposé que je m’étais rendormie et que je l’avais ratée. Pourtant, je n’avais pas l’impression d’avoir fermé les yeux.

Après ce qui m’a semblé être une éternité, j’ai à nouveau vu une ombre venir du côté de la chambre auquel je tournais le dos et entrer dans la salle de bain, qui était accessible depuis une porte en face du lit, en plein dans mon champ de vision. En toute logique, j’ai pensé que c’était Matthieu qui s’était levé pour aller aux toilettes, mais je n’avais pas senti le matelas bouger, et l’ombre n’avait pas fait le moindre bruit. Je n’avais même pas vu la porte de la salle de bain s’ouvrir, et aucun rayon de lumière ne filtrait sous la porte. Au bout d’un moment, voyant que Matthieu ne revenait pas, je me suis tournée de l’autre côté du lit pour jeter un coup d’œil. J’ai eu l’impression de recevoir une douche froide quand j’ai vu que Matthieu était toujours dans le lit, profondément endormi.

Je suis restée quelques instants sans bouger, pétrifiée. J’ai lentement tourné la tête vers la salle de bain, mais la porte était toujours fermée, sans lumière qui passe en dessous. J’ai hésité à aller voir, mais je n’en avais pas le courage. J’ai soudain eu peur que cette ombre ne ressorte de la salle de bain. Je ne voulais pas savoir ce que c’était. Je me suis rallongée, et dans un réflexe de protection classique, j’ai rangé bras et jambes à l’abri sous la couette. Je me suis recroquevillée contre Tess, le plus loin possible du bord.

J’essayais de me rassurer en me disant que c’était simplement Maxime ou Fabien, mais je ne voyais aucune raison pour qu’ils entrent dans notre chambre. De plus, ces ombres étaient trop silencieuses, trop floues, comme immatérielles. Je savais bien que sans source de lumière, je ne pouvais pas les distinguer clairement, mais je sentais que quelque chose n’allait pas. Sans savoir si cela venait de moi ou non, j’ai eu l’impression que la température de la pièce avait chuté de plusieurs degrés. J’avais peur, mais je ne voyais pas ce que je pouvais faire. Alors j’ai simplement attendu, sans bouger, en espérant de tout cœur m’endormir pour échapper à cette angoisse. J’ai fermé les yeux et je me suis encore plus recroquevillée. Je n’osais pas faire le moindre mouvement, comme si bouger permettait aux ombres de se rendre compte de ma présence.

Rien ne s'est passé pendant un long moment. Je commençais à me dire que tout ça n’était que le fruit de mon imagination et que je commençais à me détendre, quand j’ai entrouvert les yeux, et j’ai vu les pieds d’une silhouette, de mon côté du lit, tout près de moi. Je me suis figée, et j’ai refermé les yeux aussi doucement que possible, en espérant que l’ombre n’avait rien remarqué. C’était peut-être une réaction idiote, mais dans les films d’horreur, tant que la victime n’a pas remarqué que quelque chose ne va pas, il ne lui arrive rien. À partir du moment où elle se réveille, où elle se retourne et voit le tueur, il attaque. En faisant semblant de dormir, j’espérais être en sécurité. Maintenant je savais que j’étais incapable de dormir. J’ai eu la sensation d’un souffle froid sur mon visage, mais je n’ai pas bougé, malgré ma peur.

Je ne sais pas combien de temps je suis restée comme ça, mais ça m’a semblé durer une éternité avant que les premiers rayons du soleil ne filtrent à travers les volets. À travers mes paupières, je voyais qu’il ne faisait plus aussi noir. J’ai ouvert les yeux. Les ombres avaient disparu. Il faisait encore sombre à cause des volets baissés, mais j’ai pris mon courage à deux mains et je suis sortie de la pièce. J’ai grimpé les escaliers à toute vitesse, et une fois dans le salon rempli de lumière, je me suis sentie beaucoup mieux. Rien ne remplaçait la lumière réconfortante du soleil.
Tout en me servant un bol de céréales, j'ai réfléchi à ce qui s’était passé cette nuit. À la lumière du jour, je voyais les choses bien différemment, et je me suis mise à rire doucement. J’avais rêvé, c’était évident. J’avais dû alterner les moments de rêve et d’éveil, si bien que j’avais fini par confondre la réalité avec mes rêves. Rien de plus. J'ai ri de ma propre peur et j’ai attendu que les autres se réveillent. Tess fut la première à me rejoindre, et elle m'a demandé pourquoi j’étais levée si tôt. Je lui ai raconté ce qui m’était arrivé cette nuit, mais je l'ai vue froncer les sourcils et me regarder avec un drôle d’air. Quand je lui ai demandé ce qui se passait, elle m’a répondu :






« Ce n’est pas possible, Matthieu et moi on a dormi tous les deux dans la chambre d’ami. »


dimanche 26 avril 2015

La première greffe de tête humaine

On pourrait se croire en pleine science-fiction en lisant ceci. Pourtant, le mois dernier, un Russe de 30 ans du nom de Valery Spiridonov s’est bien déclaré prêt à tenter la première greffe de tête humaine d’ici une à deux années. Atteint de la grave maladie de Werdnig-Hoffman, affection dégénérative touchant la moelle épinière, plus précisément au niveau des cellules qui innervent les muscles, qui se déclare en général six mois après le début de la vie et y met un terme dans les deux années suivantes, il est un des rares cas stabilisés, mais vit un enfer qu’il ne souhaiterait à personne d’autre. « Je n’ai pas vraiment d’autre choix, déclare-t-il aux journalistes. Si je ne tente pas ma chance, mon sort sera très triste. »


L’opération serait donc confiée à Sergio Canavero, neurochirurgien à l’université de Turin, qui, ayant déjà affirmé en 2013 qu’il serait bientôt capable de tenter l’expérience, a dévoilé ce projet fou en début d’année avant de le présenter à de riches mécènes en Russie. Il compte l’amener au congrès de l’Académie américaine de chirurgie neurologique qui se déroulera en juin de cette année à Annapolis, dans le Maryland, et espère bien convaincre la communauté scientifique de la crédibilité de ce protocole, dont il possède d’ailleurs des détails techniques empêchant de le remettre indiscutablement en cause. D’après lui, tout est question de vitesse, il s’agit de transplanter la tête en une heure, soit la durée pendant laquelle le cerveau peut rester en hypothermie sans subir de lésions irréversibles.


 Toutefois, les experts restent très prudents lorsqu’on les interroge sur la faisabilité de cette opération. Au-delà de la difficulté que représente la suture des connexions neuronales de la moelle épinière, que le neurochirurgien affirme pouvoir surmonter (« Aujourd’hui, nous avons les techniques pour accomplir cette reconnexion. Des travaux ont montré que des substances chimiques, le polyéthylène glycol (PEG) et le chitosan, induisent la fusion des fibres nerveuses (axones) coupées. Nous pourrions, grâce à cela, reconnecter plus de 50% des axones. Or, d’après la littérature, la connexion de 10% seulement de fibres descendantes (du cerveau vers le corps) de la moelle épinière suffit pour rétablir le contrôle volontaire de la motricité. »), la question du rejet du greffon se pose. Des traitements existent, mais le greffon a une durée de vie limitée, et s’il est possible de retirer un rein ou une main, il n’en va pas de même pour une tête !

À cela s’ajoute la question éthique. Comme le dit le Dr. Canavero, « l’opération créera une chimère porteuse de l’esprit du receveur mais qui engendrera la descendance du donneur. » "Monstrueux", "ridicule", les critiques vont bon train sur le sujet. À vrai dire, le neurochirurgien lui-même s’interroge, car malgré le prix prohibitif de ce genre d’opération – une dizaine de millions d’euros, estime-t-il –, « Que se passera-t-il si un vieux milliardaire chinois réclame un nouveau corps ? Les médecins se serviront-ils dans les prisons, comme c'est le cas pour certains organes ? »

On se demande également quelle pourra être la réaction du patient lorsqu’il se réveillera dans le corps d’un autre, après s’être fait décapiter en même temps qu’un donneur en état de mort cérébrale et avoir été placé dans un coma artificiel devant durer un mois pour permettre aux liaisons neuronales de se rétablir. De graves troubles identitaires pourraient surgir, et Spiridonov pourrait très bien perdre le sens de qui il est. Pire, les expériences déjà réalisées sur des singes dans les années 70 n’avaient jamais permis aux cobayes de survivre bien longtemps.

Malgré cela, le malade reste sur ses positions. « Ma décision est définitive et je ne prévois pas d’en changer. » De plus, il se dit « très intéressé par la technologie et tout ce qui pourrait améliorer la vie des gens », ajoutant que « faire cela n'est pas seulement une opportunité pour moi ; cela crée aussi une base scientifique pour les générations futures ». « Si j’ai peur ? Oui bien sûr. Mais ce n’est pas uniquement effrayant, c’est aussi très intéressant. » En 1999, Robert White prédisait que « ce qui a toujours été une affaire de science-fiction (…) sera une réalité clinique au début du XXIe siècle » – y compris pour les têtes humaines. Alors, assistera-t-on bientôt au début d’une nouvelle ère où il sera possible de dépasser ce tabou transhumaniste ? Quoi qu’il en soit, la décapitation est prévue pour 2016 ou 2017.




Le premier qui dit "c'est normal en Russie" aura affaire à moi.

mercredi 22 avril 2015

La ruse

D'après l'extrait d'un journal local:


Alicia, fille unique de la famille ******* a aujourd'hui trouvé le courage de témoigner. La jeune fille a été témoin du meurtre de sa cousine, puis victime d’une tentative d’enlèvement le 16 mai 2009.
 
 
Les deux dernières semaines précédant le drame, la famille ******* fut victime d’évènements pour le moins troublants, jusqu’à ce que tout semble s’arranger. En effet, le 4 mai 2009, débordé et exténué, le père d’Alicia part de chez lui tôt le matin pour une nouvelle journée de travail harassant. Mais lorsqu’il se retrouve dans l’allée de la maison familiale, il comprend rapidement qu’il passera réellement une mauvaise journée : sa voiture a disparu. À première vue, il ne réalise pas ce qui est en train de se produire. Il retourne chez lui et demande à sa femme où aurait-elle bien pu garer leur véhicule, mais elle est aussi surprise que lui. Ils se remémorent ensuite les évènements de la veille pour finalement accepter l’idée que leur voiture a bel et bien été volée.  
   
Le mari n’attend pas plus longtemps pour contacter la police et signale le vol mais, au fil des recherches, aucune trace n’a été trouvée.
   
« Ils étaient comme deux enfants devant leurs cadeaux de Noël »  
   
Quelques jours plus tard, alors que la famille s’apprêtait à rejoindre les grands-parents d’Alicia, une étrange surprise les attendait dans leur allée : leur voiture se trouvait exactement à l’endroit où elle aurait toujours dû être. Lavée, lustrée et en parfait état, elle était comme neuve. Pendant un moment, osant à peine s’en approcher, ils se tinrent à distance. C’est alors que leur petite fille remarqua une enveloppe disposée sur le pare-brise. Dans celle-ci se trouvait une lettre anonyme dans laquelle étaient inscrites les excuses du cambrioleur. Il avoua son acte en expliquant qu’il ne voulait en aucun cas effrayer cette petite famille, que ce n’était pas ses intentions. En guise d’excuse, l’auteur de la lettre avait laissé deux places onéreuses pour un concert à guichet fermé. Convaincu, le couple est enchanté même s’il se demande qui est le mystérieux voleur.
Nous sommes le samedi 16 mai 2009. Malgré l’enquête qui est toujours en cours, ils n'ont pas la moindre idée de qui a pu emprunter leur voiture. Mais ils sont ravis que la personne ait été suffisamment honnête pour leur offrir des places de concert aussi coûteuses. Ils prennent la voiture et se mettent donc en route pour une soirée mémorable en amoureux.
   


   
Ce soir-là, vous étiez âgée de cinq ans. Votre cousine avait libéré sa soirée afin de ne pas vous laisser seul à la maison. Pouvez-vous me raconter ce début de soirée ?  
   
Bien sûr. Il devait être aux alentours de 19h. Je me souviens que ma mère m’avait dit qu’ils devaient partir tôt dans la soirée pour rejoindre la ville où avait eu lieu le concert. Ils étaient excités et stressés à la fois. J’étais assez triste qu’ils ne m’aient pas amenée avec eux d’ailleurs. Mais Christelle (sa cousine) faisait tout son possible pour que je ne passe pas la soirée à bouder dans ma chambre. C’est marrant, mais je voyais ça comme une trahison. Christelle avait commandé une pizza que nous avions mangée devant un film auquel je ne comprenais absolument rien.  
   
   
Votre mère a ensuite appelé Christelle pour prendre de vos nouvelles.  
   
Et j’en étais heureuse. Ils attendaient l’ouverture des portes. Il devait y avoir du monde près d’eux parce que j’entendais à peine ce qu’essayait de me dire ma mère. Mais, à sa voix, je pouvais comprendre que tout allait pour le mieux. Nous n’avons pas beaucoup parlé. Mais c’était suffisant pour me sentir mieux après.  
   
   
Que s’est-il passé ensuite ?  
   
Le film venait de se terminer. J’étais fatiguée et je ne voulais qu’une chose : dormir. Christelle m’a dit que mes parents ne reviendraient pas avant quelques heures et qu’il valait mieux pour moi de ne pas les attendre. Elle m’a raccompagnée dans ma chambre avant de retourner dans le salon.

Dans la nuit, Christelle m’a réveillé en m’emmenant avec elle dans mon placard. Je ne comprenais pas. Je pensais qu’elle voulait que je me cache pour surprendre mes parents qui venaient de rentrer. Elle me disait de ne pas faire de bruit. J’étouffais mon fou-rire avec mes mains, mais ma cousine semblait effrayée. Tout à coup, elle m'a serrée fort dans ses bras en me chuchotant qu’il ne fallait pas que j’aie peur et que la police n’allait plus tarder. C’est alors que je me suis mise à trembler, à pleurer. Je voulais revoir ma mère. J’entendais ce bruit… Cette balle de ping-pong rebondir régulièrement sur le sol. J’étais en plein cauchemar. Au bout de quelques minutes, la porte de ma chambre s’était ouverte. Ce bruit régulier était si fort, tellement fort que j’avais l’impression qu’il résonnait partout dans la maison. Il se tenait dos au placard. Il tenait fermement cette balle.   
   
Tout s'est  passé tellement vite, comme si j’avais perdu connaissance le temps de deux, trois secondes. Tout ce que j'ai retenu, c'est que l'homme a ouvert brusquement le placard et attrapé ma cousine. J’avais l’impression qu’elle venait de disparaître sous mes yeux. Je hurlais, je pleurais. J’appelais au secours mais les cris de Christelle recouvraient ma voix…  


Avez-vous eu le temps de voir son visage ?   
   
Non. Je vous l’ai dit. Tout s'est passé trop vite. La seule chose dont je suis certaine, c’est qu’il portait un pull à capuche noir et des gants noirs. J’avais si peur… Ce type agissait seul, agit seul. Quand j'ai arrêté d'entendre ma cousine, je n’ai pas pu m’empêcher de me recroqueviller à l’intérieur de l’armoire. J’étais tellement effrayée. Je bouchais mes oreilles avec mes mains tremblantes. Mais je pouvais à nouveau entendre cette balle rebondir dans ma chambre. Ma seule réaction a été de lui supplier de me laisser tranquille avant que mon papa n’arrive. À travers la porte, je pouvais difficilement remarquer qu’il s’était assis sur mon lit en fixant l’armoire.
   
   
C’est alors qu’il a engagé une conversation, n’est-ce pas ?  
   
Oui. « Je ne te ferai aucun mal, tu n’as rien à craindre. Juré, craché ! », c’est ce qu’il m’a fait savoir. Il était calme. Juste après, il s’était levé pour ensuite s’accroupir face au placard sans pour autant chercher à me sortir de là. Tout ce qu’il voulait, c’était me rassurer. Il disait que ça ne devait pas se passer comme ça, qu’une personne de trop était encore dans la maison ce soir-là. Après, il m'a fait comprendre que ma cousine nous attendait dans la voiture.   


Vous êtes finalement sortie du placard au bout d'un moment.  
   
Il avait réussi à me faire sortir juste grâce à ses belles paroles. J’étais inconsciente et naïve. Il semblait si gentil. Il n’avait rien du monstre qu’il était réellement. Il disait connaître mes parents. Il savait même qu’ils étaient partis assister au concert des *****. J’aurais dû me douter qu’il était l’homme ayant volé la voiture de mes parents. Mais je devais, sans doute, être trop jeune pour faire le lien. Il m'a ensuite proposé de l’accompagner pour les rejoindre.

Nous sommes montés dans la voiture de ma cousine. Inquiète, je lui ai demandé où elle était. Il m'a répondu qu’elle faisait une sieste dans le coffre car la route risquait d’être longue, avant de me conseiller de faire pareil. C’est alors que j’ai commencé à ressentir une sorte de mauvaise intuition. Je n’étais plus très rassurée, et il l’avait remarqué. Lorsque nous sommes sortis du quartier, deux patrouilles de police se dirigeaient vers notre ancienne maison. Mes larmes ont commencé à couler. Je lui ai supplié de me laisser rentrer chez moi.
   
   
Et c’est la sonnerie du téléphone de Christelle qui vous a en quelque sorte permis de sortir.  
   
Elle sonnait, mais Christelle ne répondait pas. C’est alors que j’ai réalisé ce qui était en train de m’arriver. L’angoisse me provoquait un mal insupportable au niveau de la poitrine. J’ai détaché ma ceinture et je me suis penchée vers le coffre en découvrant le corps inanimé de ma cousine. C’était horrible. À ce moment, j'ai réussi à prendre le portable et décrocher. C’était ma mère. Mon ravisseur a ensuite freiné brusquement, ce qui m’a fait perdre l’équilibre. Mon épaule me faisait horriblement mal. Je suis sortie de la voiture en courant vers la maison la plus proche. Il me suivait sereinement, sans courir, et faisait à nouveau rebondir sa balle de ping-pong. Je hurlais au secours. Je le percevais à présent comme un cauchemar devenu réel.   
   
   
La famille ******** n’a pas hésité à vous accueillir chez eux avant de contacter les autorités. Que s’est-il passé par la suite ?  
   
Je n’ai pas vraiment eu besoin d’expliquer ce qui m’arrivait pour qu’ils comprennent que la situation était grave. Le mari de la vieille dame s’empressait de verrouiller toutes les portes et fenêtres de la maison tandis qu’elle contactait la police. Nous l’entendions balancer sa balle sur la porte d’entrée, jusqu’à que les sirènes retentissent.

Ils n’ont pas réussi à localiser l’homme qui a assassiné ma cousine et tenté de me kidnapper. Tout ce qu’ils ont pu découvrir, c’est que je venais d'échapper à ce qu’ils appellent un trafic d’êtres humains. Nous ne sommes pas la première famille à avoir eu affaire à ce type de méthode. Certaines sont plus violentes, d’autres non.
   
Dans ma chambre, l’homme avait laissé un message à mes parents. « Tout ce qui brille n’est pas or ». Au fil des années, ce drame s’est inscrit dans ma mémoire comme une leçon de vie, comme une sorte d’avertissement.
   
   
   
   
À ce jour, nous comptons plus d’une cinquantaine de personne ayant été victimes de cette méthode. Personne ne sait s’il s’agit d’une seule et même personne se chargeant d’apporter à travers le pays de telles « marchandises », ou d'un réseau organisé. Ce phénomène s’est développé à nouveau depuis le début des années 1990, et cela sur tous les continents. Il consiste à réduire des individus à l’état d’esclaves allant jusqu’à la prostitution afin d’en tirer un profit financier.

   

Plusieurs techniques sont utilisées par les trafiquants : corruption, violence, tromperie, kidnapping, chantage, torture psychologique et physique etc.  



vendredi 17 avril 2015

Les écouteurs

Un jour, j’ai cassé mes écouteurs. J’étais vraiment dégoûté, parce qu’ils m’avaient été offerts par ma sœur. Je lui avais promis que je ne m'en débarrasserais jamais. Je l’aimais beaucoup, mais bon, depuis l’accident, je ne lui parle plus. J'ai jeté les écouteurs à la poubelle et j'en ai acheté de nouveaux, bleu clair, assez petits. Ils étaient similaires à ceux que m’avait offerts ma sœur. J'espérais qu'elle ne remarquerait pas que j’en avais changé. Je les ai eus pour 15 euros, c’est donné pour des écouteurs comme ceux-ci : la qualité de son est exceptionnelle et les coussins épousent parfaitement la forme de l’oreille. 

Les choses bizarres ont commencé durant le chemin vers chez moi. J’avais l’impression d’être suivi et je sentais un courant chaud dans ma nuque. Pourtant, il faisait plutôt froid ce jour-là. J’étais sûrement paranoïaque. Quand je suis rentré chez moi, j’ai essayé mes nouveaux écouteurs. Un seul mot : PARFAIT. Mais au fur et à mesure que les jours passaient, le son devenait de plus en plus horrible. J'ai envisagé de les rapporter au magasin, mais avant de le faire, j'ai changé d'avis sans vraiment savoir pourquoi.


Un mois plus tard, alors que je sortais de la fac pour rentrer chez moi, j'ai commencé à marcher en mettant mes écouteurs. Je savais que quand je rentrerais chez moi, personne ne me parlerait. En fait, personne ne parlerait à personne. Mais je savais qu’ils me regarderaient bizarrement, comme si c’était ma faute. C'est la première fois que ça arrive, et ça arrivera de nouveau l'année prochaine, le même jour. Mais ce n'est pas grave, ils me reparleront demain. Ils m'aiment toujours. 

La qualité des écouteurs était vraiment horrible. Pire que les autres jours. Des fois le son sortait de l’oreille droite seulement, puis de la gauche, puis des deux, puis aucun son, et rebelote. Le son aussi était dégueulasse. Il y avait énormément de bruits parasites comme des crissements aigus ou des crachotements. Certaines mesures des musiques se répétaient sans raison. J’en avais marre. J’étais déçu, mes écouteurs étaient cassés après seulement 1 mois d'utilisation.


Arrivé chez moi, je suis monté directement dans ma chambre, évitant le regard de ma mère qui faisait le dîner. J'ai retenté d’écouter de la musique, mais le son ne sortait même plus. J’ai donc fait mon travail sans musique.  Il était 20 heures et ma mère m’avait appelé pour venir dîner. Je suis descendu et j’ai vu mes parents manger ensemble. J'ai donc lâché un soupir avant de les rejoindre en prenant soin de ne pas les regarder. J'ai mangé rapidement et je suis retourné dans ma chambre. Avant de fermer ma porte, j’ai entendu ma mère éclater en sanglots. Je la comprends, je suis triste aussi. Ça faisait un an pile. J'ai donc passé le reste de la soirée à regarder des émissions stupides pour me vider l’esprit. Je suis donc allé me coucher. 


Le soir, alors que je dormais, j'ai cru entendre quelqu'un me parler. J’ai lentement ouvert les yeux et je me suis assis. J'avais quelque chose sur les oreilles. J’ai enlevé cet objet et j'ai découvert avec surprise mes écouteurs. Je ne me rappelais pas les avoir mis.


Par curiosité, je les ai remis dans mes oreilles pour écouter. Je ne connaissais pas cette musique. Non, ce n’était pas une musique. C’était juste une voix qui parlait. Je crois qu'elle disait: "Tu ne devais pas t'en débarrasser." Elle me semblait familière. Qu’est-ce que ça foutait sur mon portable ? J'ai donc pris mon portable pour voir ce qui jouait. Mais il ne diffusait rien.


Je ne l’ai remarqué qu’une minute plus tard, quand la voix a commencé à devenir plus forte. Cette voix, c’était ma sœur. Décédée il y a un an pile dans l’accident de voiture que j’avais causé. Je venais d'avoir mon permis et j'étais allé la chercher au collège. On parlait beaucoup et je ne faisais pas attention à la route. Je n'avais pas vu le stop. Une voiture était arrivée à grande vitesse et avait foncé directement sur le côté où se trouvait ma sœur. Elle et l'autre conducteur sont morts. Je m'en veux terriblement. Mes parents ne m'ont pas parlé pendant un mois.


Ça fait deux jours qu'elle est "revenue" dans mes écouteurs et je l’entends toujours quand je les mets. Je les ai mis au fond de mon placard pour ne pas que mes parents l'entendent. Même quand je les débranche, elle continue. Elle ne parle plus, elle hurle. Elle hurle comme quand elle agonisait.


mercredi 15 avril 2015

La fabrication des pâtés de crabe

Je suis fan de « Bob l'éponge » depuis que je suis tout petit. Les aventures aquatiques de cette petite créature jaune et de son ami Patrick l'étoile de mer m'ont toujours fait mourir de rire et, maintenant que j'ai grandi et mûri, je continue d'aimer ce dessin animé, percevant encore plus tout son côté burlesque que quand j'étais enfant. L'autre jour, alors que je surfais sur internet, une publicité clandestine s'ouvrit. Je n'eus même pas le temps de la fermer que le sourire joyeux et un peu niais de Bob l'éponge était déjà apparu sur mon écran. La pub disait:

 « Cette nuit à 03h13 sur Nickelodeon, découvrez un épisode inédit qui répondra à une question que vous vous êtes déjà forcément posée et dont Stephen Hillenburg lui-même ne connaît pas la réponse! Diffusion unique, ne ratez pas cette chance ! »

Cette annonce attisa ma curiosité. D'habitude je ne crois jamais les publicités sur internet comme celles qui vendent les miracles d'une crème qui vous fait perdre 30 kilos en 3 jours, mais là, je n'avais pas à cliquer sur un lien pour qu'on me soutire de l'argent... On n'aurait pas dit une arnaque. Et puis, ça aurait vraiment été un drôle d' attrape-nigaud... À quoi bon se servir de Bob l'éponge? Ceci dit, au moins trois choses m'avaient interloqué dans cette publicité: Une diffusion unique? Ce n'était vraiment pas le genre d'une chaîne à multiples rediffusions telle que Nickelodeon... Ensuite, quel pouvait bien être l'intérêt de diffuser un épisode d'une série pour enfant au beau milieu de la nuit, et à un horaire si particulier? Et enfin... Le créateur de la série ne connaîtrait pas la fameuse « révélation » qui allait apparaître dans l'épisode ce ce soir? Dans un épisode de sa propre confection? C'était absurde...
La tête pleine de questions sans réponse, je décidai de prendre quelques cafés pour tenir le coup et, à 3h du matin, je me postai devant mon téléviseur, surveillant ma montre toutes les 20 secondes. Sans savoir pourquoi, j'étais de plus en plus angoissé au fur et à mesure que nous approchions de l'heure fatidique. Peut-être parce que je ne pouvais m'empêcher de penser que cette publicité n'était qu'une vulgaire arnaque et que j'allais finir par me coucher bredouille...


 
 
À 03h13 précises, l'épisode commença. Sans générique. Je suis habitué à chantonner cet hymne à la gloire de Bob l'éponge à chaque commencement d'épisode, et cette absence m'apparut comme un grand vide. Je me demandai la raison de cette omission.  Était-elle volontaire? Le titre de l'épisode était affiché sur l'écran avec cette petite musique hawaïenne caractéristique du cartoon:

« La fabrication des pâtés de crabe ».

Alors c'était ça la révélation? Comment sont fabriqués les pâtés de crabe? Quelle arnaque, tout le monde sait qu'ils sont fabriqués comme n'importe quel hamburger sur la terre ferme... Enfin, cette pub n'avait pas totalement menti, c'était bel et bien un épisode inédit.


L'épisode commença avec Bob qui ronflait dans son lit. Son réveil sonna dans un vacarme assourdissant. Bob commença à se préparer pour aller au travail en chantonnant, tandis que Gary le suivait dans toutes les pièces de sa maison, miaulant ; mais l'éponge n'y prêtait pas attention. Au moment d'ouvrir la porte de sortie, Bob se retourna pour dire au revoir à son escargot, qui miaula encore plus fort, comme s'il essayait en vain de dire quelque chose à son maître depuis son réveil. Je remarquai une expression assez étrange dans les yeux de Gary... On aurait dit de la tristesse mêlée à une profonde inquiétude... ça n'avait pas l'air de déranger Bob qui claqua la porte et commença son chemin vers le Crabe Croustillant.
À peine avait-il ouvert la porte du restaurant que Mr. Krabs lui sauta littéralement dessus, flanquant Bob par terre.

« Éponge ! Lui dit-il. J'ai décidé de te récompenser!
-Euh, merci capitaine mais vous me faites mal... » répondit Bob qui étouffait sous le poids de son patron.
Je reconnaissais bien là l'humour premier degré de la série. Mr. Krabs se releva, et Bob fit de même en faisant partir la poussière de son pantalon.
 « Pourquoi voulez-vous me récompenser, capitaine? Je n'ai rien fait !
- Oh que si Éponge, détrompe-toi ! Après tant d'années de bons et loyaux services, tu mérites bien un cadeau !
- Un cadeau ! Oh chouette chouette chouette !!! » Bob sautillait sur place à une vitesse folle. « Qu'est-ce que c'est?? Qu'est-ce que c'est??
- Ah ah, une surprise mon petit BOB ! Suis-moi... »

À ce moment, je remarquai une lueur étrange dans le regard du Capitaine Krabs. Bien sûr il cachait quelque chose, mais j'avais l'impression qu'il se moquait de la pauvre éponge... Son sourire avait quelque chose de... oui, de malsain. Il prit Bob par la main et l'entraîna vers la cuisine.

« Carlo n'est pas là, capitaine?
- Hein? Oh non, il a appelé ce matin, il est cloué au lit le pauvre ! Une mauvaise grippe à tous les coups !
- Oh, pauvre Carlo... J'irai lui apporter des sandwiches à la confiture de méduse, ça le remettra vite sur ses tentacules ! »
Bob était décidément toujours aussi compatissant envers les autres, même envers ceux qui ne lui rendent jamais...

Je remarquai que la pendule du restaurant indiquait midi. Déjà l'heure du déjeuner? Bob venait pourtant juste d'arriver à son travail, c'était absurde... Au moment où le capitaine Krabs ouvrit la porte de la cuisine, un plan sur la salle à manger du restaurant me mit mal à l'aise. Elle était vide. Absolument aucun client, alors que le Crabe Croustillant est d'habitude toujours plein à craquer de poissons consommateurs à l'heure des repas. C'était probablement un oubli, le plan ne durait même pas une seconde et les clients ne sont qu'une partie du décor après tout... Bob et son patron entrèrent dans la cuisine, et le capitaine prit soin de refermer la porte derrière lui, avec une précaution qui contrastait avec son empressement habituel. Ensuite, il se dirigea vers le grill et s'arrêta. Pendant quelques secondes il resta là, sans rien dire. C'est à ce moment-ci que quelque chose me sauta aux yeux, ou plutôt, aux oreilles. Depuis que Bob était entré au Crabe Croustillant, il n'y avait aucune musique. Maintenant que personne ne parlait, cela me sautait aux tympans et l'absence d'ambiance sonore rendait l'atmosphère assez pesante...

« Euh, ça va capitaine? » demande l'éponge carrée avec un air inquiet.

Krabs se retourna brusquement et lui ordonna de se taire en levant la pince bien haut pour le menacer de le frapper s'il ouvrait encore la bouche. J'étais choqué. Ce n'était pas le genre de violence que l'on trouve dans « Bob l'éponge », surtout pas une violence aussi injustifiée... Bob, visiblement très effrayé, se protégeait avec la main. Je pouvais vraiment voir de la haine dans les yeux du capitaine Krabs... En une seconde, il redevint pourtant jovial et tapa amicalement l'épaule de l'éponge.

« Ah ah, mon p'tit Bob ! Ça va, ça va, laisse moi juste me concentrer... »

Il se plaça à nouveau devant le grill, et baissa la tête. Bob le regardait avec des yeux apeurés, sûrement encore sous le choc de la menace de son patron. Krabs tapa sous le grill avec son pied, ce qui rompit le silence malsain qui régnait dans la pièce. Je comptai les coups: ils étaient au nombre de treize. Au dernier coup, des planches du sol s'abaissèrent et une trappe s'ouvrit sans bruit, découvrant un escalier qui descendait dans les ténèbres. Krabs descendit les escaliers. Bob, lui, restait sur place à déglutir difficilement sa salive. Alors son patron lui hurla:

« Bon, tu viens ?! On n'a pas toute la nuit ! »

Tant d'agressivité dans cette voix... Le comportement de Krabs était vraiment louche et ne correspondait pas au personnage que je connaissais tellement bien... Bob, visiblement angoissé, suivit le crabe et descendit les escalier en courant, ne souhaitant apparemment pas rester seul dans la cuisine.

Il y eut un fondu au noir, et l'écran de ma télévision resta obscur pendant longtemps, à tel point que je pensais que le courant avait été coupé. Mais non, le voyant de ma télé était bien allumé et, au bout de 3 minutes, une sorte de grognement avait commencé à se faire entendre. Très bas, mais cela avait suffi à me faire me retourner en sursaut : j'avais la réelle impression que ce bruit venait de derrière moi. On aurait dit un gros chien, ou un loup... Je baissai le volume de ma télévision mais rien n'y fit. Au contraire, le bruit s'intensifia: venait-il bien de l'épisode? Qu'est-ce que j'étais en train de regarder à la fin? À un moment, la voix de Bob se fit entendre, tellement bas que je devais tendre l'oreille pour comprendre ce qu'il disait:

« On est bientôt arrivés capitaine? Il fait noir ici, j'ai peur... »

Ce hurlement. C'était un hurlement humain. Tellement puissant que j'avais l'impression qu'un jeune homme torturé venait de rugir de douleur à mon oreille, tellement réel que je me suis encore une fois retourné. Mais non, il fallait me rendre à l'évidence: j'étais seul chez moi, et cet épisode était vraiment étrange. J'ai pensé à éteindre mon poste, mais j'avais vraiment envie de savoir ce qui allait se passer... Curiosité malsaine, probablement. Je ne sais pas combien de temps l'écran est resté noir après ce hurlement mais, seul dans mon salon, cela m'a semblé long, très long...



La lumière revenue, Bob et Krabs étaient en bas des marches d'un escalier, dans une pièce aux murs blancs et métalliques. On aurait dit un hôpital ou... un abattoir. Étrangement, ils souriaient. Oui, même Bob. Alors Krabs prit son employé par les épaules et lui dit d'un air soudainement grave:

« Éponge ! Est-ce que tu es prêt à connaître le plus grand secret concernant la fabrication des pâtés de crabe ? »

Une lueur d'angoisse apparut dans les yeux de Bob. Pourquoi donc semblait-il tout à coup si anxieux alors qu'il souriait la seconde d'avant ?

« Capitaine, je sais déjà tout sur les pâtés de crabe ! D'abord il faut du pain, puis un steak de crabe, puis...
- Mais t'es-tu déjà demandé comment je m'approvisionnais en steaks, BOB? »

Comme toute réponse, Bob déglutit avec un grand bruit. Le capitaine se remit à sourire... un sourire qui remontait très haut sur son visage et laissait apercevoir... Des crocs ? Krabs laissa échapper un petit rictus et je sursautai encore une fois, le cœur battant à tout rompre: j'avais encore entendu un grognement, plus court mais aussi beaucoup plus puissant. Transpirant à grosses gouttes, je continuai de regarder l'épisode qui, même s'il m'effrayait de plus en plus, commençait aussi réellement à me fasciner.
Bob suivit Krabs dans un long couloir avant d'arriver dans une grande salle. Dans celle-ci se trouvait une énorme machine, avec une sorte de gigantesque entonnoir au-dessus et un tapis roulant en bas. Et c'est là que je les vis. Trois enfants crabes étaient attachés au mur juste au-dessus de l'entonnoir, par des sortes de ceintures métalliques. Un hurlement horrible et humain ne venant visiblement d'aucun personnage animé me donna la chair de poule. Il ne me fit pas sursauter cette fois-ci, mais l'impression que ce cri venait de quelque part dans mon salon était extrêmement dérangeante. Les petits crabes semblaient endormis. Krabs s'approcha de la machine et appuya sur un gros bouton qui se situait près du tapis roulant. La machine se mit à vrombir dans un vacarme infernal et le tapis se mit en route. Ce qui me fit tressaillir, c'est que l'on entendait le bruit de lames coupantes se refermant sur du vide. Elles devaient se situer à l'intérieur de la machine. Bob regardait le spectacle sans rien dire. Le bruit de la machine réveilla les petits crabes en sursaut. Ils regardèrent autour d'eux, apeurés. L'un deux tourna alors la tête vers le capitaine Krabs:

« Tonton... Où est-ce qu'on est ? Pourquoi on est attachés ? »

Les neveux de Krabs ? Oh mon dieu, je ne voulais pas croire que j'allais assister à ça.

« Ne t'inquiète pas mon chéri, dit le capitaine sur un ton rassurant et paternel. Vous allez juste aider tonton dans son entreprise d'accord ?
- Mais, tonton... J'ai peur, fais-nous redescendre ! Répondit un des autres enfants, au bord des larmes.
- Vous descendrez bien assez vite, toi et tes frères, ne t'inquiète pas ! Allez, restez sages. »

Alors Krabs appuya sur un autre bouton et la ceinture d'un des petits crabes s'ouvrit, le laissant tomber dans l'entonnoir. Les cris que j'entendis alors resteront gravés dans ma mémoire. Des cris d'enfants torturés qui se mélangeaient pour donner un vacarme proprement infernal, fait de pleurs et de hurlements qui se mêlaient au bruit des lames découpant la chair. Je me bouchai les oreilles, en vain car ce boucan résonnait à l'intérieur de moi. Au bout de ces quelques secondes qui me parurent interminables, la carapace du malheureux sortit d'une trappe en dessous du tapis roulant. Elle était totalement déchiquetée et tachée de sang. Cette vision me provoqua un haut-le-cœur.
Ce qui sortit de la machine par la suite finit de me dégoûter: les yeux de l'enfant qui roulaient sur le sol en laissant derrière eux deux rails d'hémoglobine parfaitement parallèles... J'étais sous le choc. Un frisson glacé me parcourut l'échine... L'air de rien, le capitaine Krabs attrapa le steak qui était sorti de la machine et avançait sur le tapis roulant. Les deux enfants avaient observé la scène et pleuraient.

«Tonton ? Je croyais que tu nous aimais ? Dit l'un des petits crabes.
- Fermez-la ! » répondit Krabs en ouvrant les deux ceintures d'un coup, laissant tomber ses deux neveux dans l'entonnoir qui les emmenait vers une mort certaine et atroce.

Krabs fixa la caméra et j'avais vraiment l'impression qu'il me regardait moi. Il avait le regard d'un fou, et son rire fut le plus perturbant que je n'avais jamais entendu. Ce n'était même plus le rire de Krabs. C'était le rire d'un pur psychopathe qui venait de tuer trois membres de sa propre famille, et ce rire se mélangeait aux hurlements et aux bruits de chair qu'on découpe, formant une symphonie monstrueuse qui me transperçait le cœur et la peau. C'en était trop, j'appuyai sur le bouton OFF de ma télévision, mais rien n'y fit. Krabs continuait de me fixer, mais cette fois-ci il était accompagné de deux nouvelles paires d'yeux qui venaient de rouler sur le sol. Baisser le volume de mon poste n'amenait à rien non plus. Quand enfin Krabs eut fini de rire, il alla chercher les deux nouveaux steaks de crabe et alla voir Bob, qui était visiblement trop effrayé pour faire quoi que ce soit. Il lui en tendit un bout:

« Tu en veux ? »

Bob ne répondit pas. Alors Krabs découpa un bout de steak avec ses pinces et l'avala.

« Pas mauvais. Mais la viande est quand même meilleure quand elle est moins jeune.
- Capitaine... Pourquoi avoir tué vos propres neveux ? » 

Bob avait un air sérieux que je ne lui avais jamais vu dans le dessin animé. Krabs, lui, éclata d'un rire malade.

« Ah ah ah ! Bob l'éponge, toujours le mot pour s'marrer ! Alors comme ça ça ne t'a jamais choqué que pendant toutes ces années, moi, le capitaine KRABS, je vende de la viande de CRABE, mais ça, ça te perturbe ! C'est la meilleure ! »

Et il lui donna une tape dans le dos, violente mais amicale.

« Que veux-tu ? Maintenant que presque tous les crabes de Bikini Bottom ont été servis en pâté, il faut bien que je m'approvisionne quelque part ! Le profit, mon petit Bob, c'est le plus important. Conseil de business mon ami: si tu as une affaire qui marche, fais-la fonctionner coûte que coûte, même si tu dois pour cela commettre des actes qui... Comment dire... Ne sont pas vraiment acceptés par notre société. »

Bob semblait perdu dans ses pensées.

« Mais... Maintenant qu'il n'y a plus de crabes à Bikini Bottom, qu'allez-vous faire ? Capturer des crabes hors de la ville ? Tuer vos neveux n'aura servi à rien, vous devrez quand même vous reconvertir !
- Me reconvertir, certes, mais ça n'empêche pas de rester dans la restauration ! À vrai dire je pensais... Tester de nouvelles recettes de pâtés. »

Le sourire malsain de Krabs réapparut sur son visage. Il se dirigea vers un frigo au coin de la pièce en chantonnant et en sortit quelque chose. Revenant vers Bob, il le lui montra.

« Steak de calamar ! Il paraît que c'est une viande très tendre ! » dit Krabs en caressant doucement le steak verdâtre du bout de sa pince.

Bob attrapa aussitôt le morceau de viande.

« C... Carlo ? »

Les larmes lui montaient aux yeux.

« Ne sois pas si sentimental, tu sais bien que Carlo n'a jamais aimé personne. Et surtout pas toi ! Tu sais, Bob, la viande de calamar est certes tendre mais elle est quelque peu... Amère. Je fais des tests, vois-tu, pour savoir quelle viande pourra rivaliser avec mes délicieux pâtés de crabe. »

Alors Krabs sortit un couteau de sa poche de pantalon et le planta dans la poitrine de la pauvre éponge. Bob hurla.

« Et, selon certaines rumeurs, la viande d'éponge est particulièrement douce en bouche »

Le capitaine Krabs enfonça encore plus profondément le couteau dans la chair de Bob, qui s'effondra sur le sol.
J'étais trop choqué pour avoir une quelconque réaction. D'un air satisfait, Krabs mit le cadavre de l'éponge sur son épaule et grimpa sur une échelle sur le côté de la machine, tout en sifflotant. Il grimpa dessus et se positionna juste derrière l'entonnoir.
« Le chef vous souhaite un bon appétit. »
Il jeta le corps de Bob l'éponge dans la machine. Le vacarme qui s'ensuivit fut semblable à celui qui accompagnait la mort des trois petits crabes, si ce n'est que des cris d'hommes et de femmes accompagnaient ceux des enfants, et que les sons étaient tellement forts que j'avais la réelle impression de devenir sourd ! Le capitaine Krabs, lui, riait tel le dément qu'il était, debout sur sa machine, levant les pinces vers le ciel.
Ma télé s'éteignit.

Suis-je le seul à avoir vu cet épisode ? Suis-je le seul à avoir lu cette publicité qui m'a amené à vivre l'expérience la plus traumatisante de ma vie ? Lorsque je fais des recherches internet, je ne trouve absolument aucun résultat qui m'apporterait une quelconque explication sur le pourquoi de cet épisode diabolique. Tout juste quelques témoignages sur des forums obscurs, mais ceux-ci restent sans réponse... C'est impossible que Stephen Hillemburg ait donné son accord pour la diffusion de cette horreur !
Aurais-je donc rêvé?...







Cela fait maintenant plus d'une semaine que j'ai vu cet épisode maudit, plus d'une semaine que ces images me reviennent, que ces cris résonnent en boucle dans ma tête... J'aimerais dire que cette mésaventure appartient au passé, mais je suis persuadé que tout n'est pas terminé.


En témoignent les traînées sanglantes parfaitement parallèles que j'ai découvertes ce matin dans mon salon...