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mardi 10 février 2015

Mon frère (3/11)

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Texte original

Entrées du blog original (le texte est parfois différent de la version présente sur creepypasta.org) :
Lists of our lost friends
Record store


Extrait du cahier #4 : «Listes de nos amis disparus »


Nous écrivons ces mots le cœur lourd. Mais pas vraiment.


LA LISTE DE E., PERDU EN ÉTÉ 1999

« La liste de l’adoration »

  1. L’homme avec la montre en or transporte de gros aquariums dans des chariots de supermarché. Il les achète à la galerie ___, celle en face du supermarché, sur l’avenue ____. Il n’y met pas de poissons, mais il ne met rien d’autre non plus. Sauf peut-être ses sentiments.
  2. Le jeune homme qui court aux alentours de l’école militaire est son complice (pour ses crimes)
  3. Il y a un petit kiosque à l’intersection de ___ et ___, qui vend des albums d’autocollants pour enfants et de la pornographie, côte à côte. La vendeuse a fait un marché avec ces deux hommes
  4. L’ophtalmologiste où allait le papa de A. est une connaissance de Maman. Il faisait partie de sa bande dans les années 60.
  5. La population de rats qui vit en dessous  du kiosque sus-nommé ne s’est pas formée naturellement [Voir : le roi des rats]
  6. Tu savais que l’hôpital avait un marché noir ? Certains fluides corporels sont de première qualité. C’est celui où Papa va, près du parc ____.
  7. Le « Clan de l’adoration » ne s’est pas montré depuis les années 80, mais ne le quitte jamais. Les membres t’appellent « dormant » lorsque tu n’es pas actif.
  8. L’ancien président est maintenant SDF et dort sur un banc, toujours le même, dans le même parc.
Trouve par toi-même. Pour notre cher E, parti pour un job en Europe et arraché trop tôt à notre compagnie.


LA LISTE DE N., PARTI DANS L'INCENDIE DE 2006

« Liste des magasins de CD dans la ville ».
  1. [Magasin], Avenue ___, [#], près d’une benne. Rock classique, journaux, divers.*
  2. [Magasin], Avenue ___, [#], demander à K. pour les détails. Hard Rock, Punk.**
  3. [Nom]’s Place, Rue ___, il tient un magasin dans son appartement. Belle collection de raretés. SÛR!
  4. ESSENTIEL : Au nom du ___, du ___ et du ___, situé dans repaire de tu-sais-qui. */**
*Dangereux pendant la nuit
** Dangereux tout le temps

À notre cher N., perdu dans l'incendie de l’épicerie ____, Septembre [#], 2006

 


LISTE DE X, NOTRE ADDICT DU VOISINAGE, NOTRE SAUVEUR ET NOTRE AMI, PARTI BIEN TROP TÔT DE NOS VIES

« Ne pas chercher la merde à ces endroits »

  1. Le Bureau des Cent Visages Identiques avec le Portier qui semble Excessivement Vieux où le Papa de A. Travaillait, mais où il ne Travaille Plus (pour des Raisons Évidentes)
  2. Le Champs de Mars, Situé près de l’Hôtel près de La Mer près du parc ____, qui N’est Pas Un Hôtel Du Tout, et Ne Prend pas Non pour Une Réponse
  3. La Poussette Abandonnée Dans une Benne de ___, qui, Pour de Bonnes Raisons, N’a pas été Touchée Depuis Le Jour Fatidique Du [#] février 1991, Jour qui Par Coïncidence est Aussi La Date de Naissance de Notre Leader Sans Peur
  4. L’hôpital, tu Vois Duquel je Parle
  5. La Fin du Chemin qui Mène à la Maison Hantée, Comme Redit dans le Récit de T., Enregistré Dans un Tome Précédent.
  6. Le Trou Deux Fois Maudit
  7. Le Fond Du Lac Où Nous Avons Libéré Des Choses Que Nous Ne Comprendrons Jamais
  8. Le Terrain De Jeu où Tout le Monde a Perdu
  9. Notre Chère École, Laissée Derrière Nous Pour Toujours, Pour Notre Bonheur
  10. La maison de K. pour au Moins les 12 prochains Jours, Après Quoi Ça Devrait aller Mieux, Mais Tu Dois Toujours Faire Attention
À notre cher X., qui a toujours été incompris


Prend ces leçons à cœur !


Ce sont les trois articles qui sont dans la « Liste de nos amis disparus », les listes de E., N. et X. C’est de loin une des choses les plus bizarres que j’ai pu voir dans les notes de mon frère jusqu’ici.

Je ne peux pas vraiment vous dire qui sont ces gens. Je ne connais aucun ami de mon frère qui s’appelle E. Ni aucun qui soit parti travailler en Europe. Concernant N., il y a en effet eu un incendie dans l’épicerie à la date précisée, et une douzaine de gens sont morts, mais je ne savais pas que mon frère connaissait des gens décédés ici.

Comme pour X., j’ai peut-être une idée de qui c’était. Mon frère était ami avec un gars qui est tombé dans la drogue au lycée et a fini par être envoyé en désintox par ses parents. Même avant son addiction, il était excentrique et paranoïaque. Mais X. n’est pas un pseudonyme que j’ai créé, il est vraiment écrit X. dans le cahier.




Ok, « Magasin de musique » est la prochaine histoire. C’est une longue histoire écrite en pattes de mouche. Elle n’a pas été écrite par mon frère, parce qu’il apparaît comme un personnage dedans. Mon frère est dénommé « B. » dans cette histoire.


Extrait du cahier #3 : « Magasin de musique »


Remémorons un souvenir du passé plus précisément de l'été 2002, quand A. a fini par être viré de l’école. Son père avait toujours été négligeant, comme tu le sais, il y avait donc des soirées tous les jours chez lui, comme tu le sais aussi. C’était le bon temps. C’était l’été de Sister Zero, de La Crypte du Diable, de l'incident à la salle d'arcade. C’est l’été où K. s’est faite attraper et a été virée pour le foutoir qu’elle avait mis dans la chaufferie.
C’est l’été où B. a essayé d’arrêter de fumer genre 12 fois et a toujours échoué.


C’est également l’été où B a commencé a avoir des goûts très « dark » en musique et on a tous dû s’y habituer. Tu te souviens de toute cette merde qu’il passait dans sa voiture quand on descendait sur la côte ? Je me souviens surtout de Swans, il adorait Swans. C’est comme ça qu’on a commencé à aller chez ____, tu sais qu’il tient un magasin de musique dans son appartement. Il était la définition même d’un audiophile, il me rappelle ce mec de Ghost World (le film).


B. cherchait un vinyle live de Swans, il y avait le mot « castration » dans le titre je crois, je ne me souviens plus vraiment. J’ai jamais aimé les musiques de ce genre, même si j’avais assumé mon amour pour Suicide (le groupe, pas le verbe) plusieurs fois avec enthousiasme.


Bref, la première fois qu’on y est allés, c’était banal. C’était juste moi et B., un vendredi après les cours. Je pense qu’on avait même demandé à K. de venir avec nous parce qu’on voulait qu’elle nous explique ce qu’elle avait bien pu foutre dans cette chaufferie, mais elle s’était enfermée chez elle, dans ses bouquins. Tu sais comment elle est, elle a besoin de son espace, elle est plus bizarre que nous tous réunis, ce qui en dit long.


Très long.


L’appartement du mec était petit, et il semblait encore plus petit à cause des étagères sur lesquelles s’étalaient des vinyles alignés, des piles de cassettes, des copies gravées et des compils, et il y avait au moins 5 chaines Hi-Fi et un tas d’attirail musical dont je ne connais pas assez l’utilité pour en parler. Il n’y avait pratiquement rien d’autre. Il y avait juste, on ne sait pas trop pourquoi, ces bols en porcelaine qui traînaient un peu partout. Le mec mangeait beaucoup de céréales je suppose.


Il ouvrit la porte. Il était un peu gros et débraillé et portait un t-shirt Captain Beefheart. Il n’avait pas énormément de grâce et nous a invités à rentrer. Il nous a proposé du café. J’ai dit non, B. a dit oui, tu sais comment il est, il ne refuserait jamais une tasse de café, même si elle est empoisonnée.


B. et le type ont commencé à parler de musique et j'ai voulu m’investir dans la conversation aussi. Ils ont commencé sur les points qu’ils avaient en commun : Joy Division ! Monster Magnet ! On a eu un débat sur si NYC Ghosts & Flowers était vraiment très mauvais ou juste mauvais. J’ai commencé à m’égarer quand ils ont commencé à parler de groupes et de mouvements musicaux dont je ne connaissais même pas l’existence. Je me souviens du nom « Syzygy », « Baroque Hell » et « Spiritual Masters of Shangri-La ». Je les ai perdus. Je me souviens qu’ils ont parlé
à un moment d’un disque qui s’appelait « Baby Sex » (le nom me revient pour des raisons évidentes), chanté par un groupe qui je crois s'appelait « The Residents ».


Bref. 


J’ai fini par m’endormir dans le canapé où je m’étais installé. La lumière de la fin d’après-midi, l’heure à laquelle tous les enfants rentrent à la maison et où la flemme se manifeste, en écoutant une vieille radio et repoussant les devoirs au lendemain, le genre de truc qui me rendent léthargique. Je me suis réveillé brusquement quand un des furets du mec a sauté sur mes genoux. J’ai dit que le gars avait quelques furets de compagnie ? Il avaient des noms du style « Patsy Cline » ou « Hownlin’ Wolf ». C’était mignon.


J’ai vu que B. et le mec étaient partis dans la petite cuisine accolée au salon, et parlaient
de quelque chose d’un ton saccadé.


J’ai remarqué qu’il faisait déjà sombre dehors, j'ai regardé ma montre. 19:30. Je les ai appelés et leur conversation s’est arrêtée brusquement. Le mec a pratiquement lâché sa bière. Ils m’ont fixé comme si ils avaient entendu une voix d’outre-tombe ou qu’ils avaient entendu un furet parler. Je pense qu’ils avaient oublié que j’étais là. B. pouvait être totalement absorbé par la musique.


On s’est salués (je les ai fait se dépêcher) et on est partis. B avait trouvé le vinyle qu’il voulait. Je me rappelle maintenant qu’il s’appelait « public castration is a good idea ». Titre évocateur. Il l’a jeté sur la banquette arrière et on est partis. Il m’a déposé chez moi. Il y avait une musique très douce sur le chemin du retour, je crois que c’était Joni Mitchelle, une de mes chanteuse préférées. C’est la première fois de l’été qu’il jouait quelque chose de ce genre.


Je lui ai demandé de quoi il avait parlé avec le gars pendant tout ce temps (on avait dû rester 3 heures). Il m’a répondu qu’ils avaient parlé de tout et de rien, de musique et tout, qu’il était intéressant mais bizarre. Je m'en suis satisfait et je n’ai pas insisté. Il m’a déposé et je me suis couché parce que j’étais crevé, même en ayant déjà dormi.


Le lendemain B. n’est pas venu à l’endroit de d’habitude, ce qui était bizarre parce qu’on était samedi. J’ai appelé son téléphone mais apparemment il n’avait plus de batterie. J’ai appelé sur le fixe et sa mère a répondu, elle m’a dit que B. était dans sa chambre. Je pouvais entendre le petit [moi] pleurer derrière, il n’était encore qu’un bébé. Apparemment B. était en train d’étudier. Ah.
Ce jour là j’étais avec T. et A. et on s’est dit que c’était des conneries, parce que c’était B. et qu’il ne révise jamais pour les exams, il les réussissait sans ça. On a décidé d’aller chez lui pour voir ce qui se passait.


Sa mère a ouvert la porte, elle avait l’air un peu stressée : elle n’avait jamais vraiment aimé les amis de B. Elle était pourtant gentille et polie avec nous, et nous a offert des cookies, ce qui nous suffisait. La soeur de B. jouait à Mario dans le salon et la porte de la chambre de B. était fermée. On a frappé, et il nous a laissé rentrer.


B. avait l’air de ne pas avoir dormi. Il avait une cigarette éteinte au coin de ses lèvres, et il avait cette drôle de barbe de 3 jours comme quand il oubliait de se raser et des poches sous les yeux. Il nous a regardés comme si il ne nous connaissait pas et nous a laissé rentrer.


C'est là que j’ai remarqué que le lecteur CD de B. jouait le nouvel album de Swans mais ne faisait aucun bruit. Il avait une chaine hifi très sympa qu’il avait achetée vraiment pas cher. A. a essayé de la régler mais B. lui a dit de faire très attention. T. a attrapé un magazine et s’est assise pour lire. Elle avait l’air absente aujourd’hui, je crois qu’elle en voulait encore à B. pour ce qu’il avait fait à I.


On s’est juste assis en silence pendant une minute ou deux. A. et moi attendions surtout que B. nous donne une explication, pendant que T. était dans son monde. B. a levé la tête, il s’endormait pratiquement dans sa chaise. Il allait parler, quand on a entendu ce bruit strident tout droit sorti de l’enfer venir des enceintes, nous déchirer les tympans pendant 4 secondes, puis ça s’est arrêté et le silence est revenu. La mère de B. est rentrée en furie dans la chambre, incroyablement énervée, et voulait savoir ce que c’était. B. s’excusa, et dit que c’était un dysfonctionnement du système et que ça ne se reproduirait plus. Elle nous a regardés d’un air désapprobateur et est sortie de la chambre. Honnêtement, on a pas l’air si bizarre, les parents nous aiment en général, mais quand tu passes autant de temps avec nous comme la mère de B. l’a fait, tu apprends à trouver qu’on est bizarre. Je crois.


B. a commencé à tout nous dire, mais avant il a déconnecté les hauts-parleurs et branché des écouteurs pour nous éviter une autre torture sonique. Il nous a dit qu’il avait parlé avec le mec qui lui avait vendu le disque et qu’il lui avait dit que c’était un genre de première édition spéciale du disque. Apparemment il avait été enregistré à un autre moment que la version officielle. C’était un peu spécial mais B. était tellement excité qu’il l’avait écouté dès qu’il était rentré chez lui. 


Le problème était que le CD avait joué toute la nuit et qu’il ne fait aucun son excepté des sons horribles toutes les heures, comme celui qu’on venait d’entendre. J’ai senti un affreux mal de tête pile à ce moment là. 


Je lui ai dit que le disque était rayé ou que le mec l’avait peut-être baisé, et qu’on devrait aller le défoncer pour récupérer l’argent.


Mais B. a remué la tête et a continué ses explications. Apparemment il avait écouté le CD toute la nuit sur ses écouteurs pour ne pas déranger sa famille et que le disque n’était pas endommagé du tout, qu’il était juste... différent. Il a pris les écouteurs nerveusement et me les a tendus. Je l’ai fixé et ai mis les écouteurs. 


Au début, je n’ai entendu que les craquements habituels des vinyls, mais j’ai réalisé qu’il y avait de la musique qui se jouait, seulement, très très doucement. C’était bien Swans d’après ce que je sais. J’ai écouté pendant quelques 30 secondes, et il y avait d’autres sons, comme, je croi,s une tronçonneuse en arrière plan, mais B. a repris les écouteurs et les a posés par terre.


Il m’a expliqué que ces sons à un volume extrêmement fort étaient imprévisibles, et que c’est pour ça qu’il ne pouvait pas l’écouter en continu. Tu devais monter le volume à fond pour entendre la musique, et si un de ces sons sortait des écouteurs avec le son à fond, c’était fini, tu devenais sourd ou tes écouteurs étaient foutus.
Écouter le disque en entier pendant un certain temps était donc assez risqué.
A. et moi-même écoutions son histoire avec un intérêt modéré, T. n’écoutait pas et continuerait à bouder toute la journée. En fait, ça ne changerait rien à l’histoire si j’arrêtais de parler d’elle. Tu la connais, elle est têtue quand elle est en colère contre quelqu’un. Elle et B. n'ont accepté de se parler à nouveau que des mois après.


B. regardait nos réactions comme si il les attendait, mais ensuite il nous a regardés et s’est rapproché de nous, comme si il allait dire une phrase importante.


« Le truc c’est que... » je me rappelle de cette phrase mot pour mot. « C’est pas un disque de Swans. C’est une liste d’endroits répétée continuellement ».


Je n’ai pas vraiment réagi. Alors en plus d’être une merde dangereuse, ce n’était même pas un disque de Swans. C’était une vieille reprise par un vieux groupe qui n’avait jamais rien fait. Je me suis dit merde et j’ai remis les écouteurs. Je me suis concentré pour essayer de distinguer les paroles. Le chanteur, qui n’était pas Michael Gira ou peu importe qui c’était, criait en effet des endroits. Des endroits de notre ville. 


Des magasins de musique.


Quand j’ai confirmé ça - le nom des rues, les endroits - tout le monde m’a regardé bizarrement. C’était soudain devenu intéressant. Soit ça avait été enregistré par quelqu’un de la ville, soit c’était purement inexplicable. Mais mon audition n’est pas si bonne que ça. Je n’entendais pas la plupart de ce qui était dit. On avait rien d’autre à faire. K était encore bloquée chez elle et on était un peu tendu avec T. et B. qui ne se parlaient pas. On a décidé qu’il fallait qu’on sache ce que ce mec racontait. Alors on a décidé d’appeler celui d'entre nous qui avait la meilleure audition. Et c’était N.


Tu te souviens ? À cette époque on était pas vraiment pote avec N. On parlait de temps en temps mais je pense qu’il était trop distant pour nous. Il ne ferait pas partie du groupe avant quelques années. C’est marrant la façon dont il s’est investi. La vitesse à laquelle il s’est investi aussi.


Alors le lendemain on a appelé N., et on lui a demandé si il voulait trainer avec nous et prendre quelques verres. Il a accepté. On était dans le bar où ils ne nous demandent pas nos cartes d’identité. On a fait un résumé de l’histoire pour N. Il était fasciné par tout ça, mais il ne nous avait pas vraiment cru à l’époque, comme il me l’a dit plus tard. Il trainait surtout avec nous parce que, souviens-toi, son groupe l’avait quelque peu rejeté parce qu’il était gay, alors il est venu avec nous. C’est vrai, il m’a dit tout ça !


Bref, on est retourné chez B. Le CD tournait encore. On a prévenu N sur les sons super-forts. Il n’avait pas l’air impressionné par nos avertissements. Encore une fois, il ne me croyait pas à l’époque. Il a mis les écouteurs et a pris un crayon et du papier. Le reste est resté gravé.


C'est en écoutant ce disque que N a établi la liste des magasins de musique. Bien sûr, à l’époque, nous n’avions que les noms et les adresses que N. avait écrit. Quand le chanteur a commencé à se répéter, il a retiré les écouteurs et il a dit : « C’est tout ».


Je ne me fous pas de toi quand je te dis que pas plus d’une seconde après le « c’est tout », le CD a émis le bruit le plus horrible que j'avais jamais entendu. C’était comme une vague de métal dans une mer de métal avec des gens torturés qui criaient par dessus, ou un orgue à pleine puissance qui jouait de tous ses tuyaux. Ça SOUFFLAIT à travers les écouteurs, bordel. Ça les a défoncés. On est restés là, dans un silence choqué, N. était bouche bée. C’est une image marrante maintenant que je m'en rappelle mais à l’époque je me sentais mal pour lui parce qu’on l’avait utilisé et mis en danger (il nous a pardonné maintenant). On est juste restés là, en silence, avec la liste en main.


Et le CD n’a jamais arrêté de faire ce bruit aussi loin que je me souvienne, excepté que les écouteurs de B. étaient complètement foutus. Il a ouvert le couvercle et pris le vinyle et on a vu qu’il était tout rayé. A. l’a attrapé et l’a pété en deux dans un accès de rage.


Bien sûr, cette liste nous avait amené à des tonnes d’autres trucs —les expéditions, les poursuites de minuit, la poursuite avec le docteur, alors qu’on découvrait quels magasins étaient sûrs ou parfois sûrs ou jamais sûrs, mais ça serait pour plus tard. — Juste après ça, on —B.,N.,T.,A. et moi — est retournés chez ce putain de vendeur pour avoir des explications.


Pendant le trajet on a fait un rapide résumé à N. — c’est là qu’on a eu le CD que B. pensait être un live de Swans, qu’on était dans une « drôle de merde » (le terme n’apparut que plus tard) comme souvent. Il était toujours un peu amusé mais il avait maintenant un peu peur aussi.


Le temps qu’on arrive là-bas, il faisait déjà nuit. On a foncé jusque chez lui au 3ème étage. C’est un peu un bâtiment abandonné au fait, construit dans un quartier pauvre de la ville, et l’environnement était un peu anxiogène. Mais A., qui prenait toujours les décisions quand la merde arrivait, a frappé à la porte impétueusement. Personne n’a répondu. Il a continué à frapper pendant une minute entière. T. a commencé à se plaindre qu’il faisait froid et que quelqu’un pourrait voler sa voiture dans cette partie de la ville et qu’on devrait partir. Mais la porte s’est ouverte brusquement et on est entrés.


Il n’y avait qu’une lumière d’allumée, une ampoule nue qui pendait du centre du plafond du salon qui n’éclairait presque pas, et du coin des yeux j’ai vu les furets qui m’observaient. Mais ce bâtard n’était pas là. Même si toutes ses affaires étaient là. C’est là que T. a remarqué que quelque chose avait été tagué sur le mur en grosses lettres.


« BIENVENUE »


« TOUJOURS OUVERT POUR LES AFFAIRES, JUSTE POUR LES CLIENTS SÉLECTIONNÉS »


« PAYEZ LA SOMME EXACTE EN CASH, PARTEZ VITE, MERCI, BONNE JOURNÉE »


Ces trois lignes taguées sur le mur. On a dû combiner la lumière de nos téléphones pour le lire. C’est quand on a vu ça qu’on a réalisé que le mec était parti pour de bon. On en était certains. Presque tout le monde trouvait ça bizarre, mais B. avait l’air de savoir. Alors il nous a révélé le reste de l’histoire.


Apparemment, le gars faisait partie d’un cercle underground de collectionneurs invétérés de la ville. Le jour où B. et moi étions allés le voir, B. avait passé un test d’entrée dans ce cercle avec ce mec, où il lui avait posé des questions sur la musique, et si il répondait correctement sur ces merdes pas très connues, il avait le droit d’en faire partie, ce qui impliquait sûrement d'avoir accès à un tas de raretés et de vieilleries. Mais B. a aussi dit que le mec devait déménager bientôt et qu’il lui dirait sa nouvelle adresse.


Le gars n’a jamais repris contact avec B., et n’est jamais revenu à son appartement. On y retourne encore parfois, toujours étonnés que personne ne soit venu voler tout ce qui s’y trouve. On fouille les étagères, on trouve un vinyle qu’on aime, et on paye le montant exact en cash, sur le meuble de la cuisine. On se sent bêtes parce qu’il y a un petit tas d’argent là-bas — l’argent ne disparait pas la nuit ni rien de ce genre — mais on a l’impression qu’il faut quand même payer. T. veut reprendre un des furets chez lui, mais ça ne nous semble pas cool. Je pense qu’ils sont comme les chats, ils peuvent trouver leur bouffe tout seuls.


À ce jour, c’est le seul magasin de musique qu’on considère comme sûr.


—FIN—


Cette histoire était longue. Même si N. est devenu un ami de mon frère, je ne me souviens pas de lui, tout comme je ne savais pas que mon frère connaissait quelqu’un décédé dans l’incendie de 2006.



14 commentaires:

  1. Sympa mais je ne vois pas de rapports avec les 2 autres histoires.

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    1. ce sont des histoires trouvées dans un carnet sans lien réels entre elles (ou ce lien se fera plus tard)

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  2. Pastaaaaa ! elle est gg

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  3. quell est le vrai site de cftc car il y en a deux celui qui est noir et l'autre qui est gris noir avec des branche ou c'est écrit au centre de la page quell est le vai entre les deux

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  4. Ah la suite n'y est toujours pas ><"... J'espère qu'elle sera bientôt mise, je dois passer 40 fois par jour pour voir si elle n'y est pas x)

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  5. Ça va bien ? Vous voulez pas qu'on vous apporte un café sur un plateau d'argent non plus ? Nous sommes deux à publier sur le blog et nous sommes des êtres humains, on a une vie en dehors du site, par ailleurs ça nous demande beaucoup de travail de revérifier chaque texte avant de le publier. Donc les "magnez-vous le cul" vous pouvez vous les mettre où je pense, on n'est pas vos esclaves. Un peu de respect n'a jamais tué personne.

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    1. Je t'aime. T'es BG.
      T'es célib ? Si oui ,envoie ton skipe. Vite.
      O)_(O

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  6. Réponses
    1. I c est celui qui a ete pris pat une bête

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