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mardi 10 septembre 2013

Chasse ouverte

Perdu dans ses songes, l'homme ne remarqua pas les coups provenant de la porte. Ou peut-être les ignorait-ils. Les bruits secs et répétés de quelqu'un frappant la porte d'entrée résonnaient pourtant fort dans le petit appartement, qui tenait plus du studio qu'autre chose. Mais l'homme ne bougeait pas, allongé sur le sofa. Ce n'était pas dû à la bouteille de bière dans sa main gauche, celle-ci n'étant que sa première et dernière de la soirée, du moins, c'est ce qu'il se répétait. L'esprit embrumé, trouble, les idées et pensées parcouraient sa tête sans pour le moins du monde qu'il parvienne à les distinguer. Cet état singulier était peut-être dû à la tristesse, à la crainte, qu'en savait-il lui même ? Absolument rien. Toutefois, il eut la vague impression qu'ouvrir cette porte n'allait lui causer que du souci, le mettre en danger, elle tenait en lui le rôle d'une boîte de Pandore. Pourtant, instinctivement, presque contre son gré, il se leva tant bien que mal. On frappait à la porte depuis bien trois minutes : la majorité des démarcheurs auraient abandonné. Enfin, que pensait-il ? Les démarcheurs ne travaillent pas à une heure et demi du matin, heure qu'il confirma en jetant un regard vide sur le cadran de l'horloge, dont le tic-tac incessant avait en général la malheureuse habitude de lui donner des maux de tête fulgurants. Il approchait lentement de la porte en traînant les pieds, pas par pas. Il faillit poser le regard sur le cadre-photo qui lui causait tant de mal, mais tant de bien. Beaucoup de ses soirées avaient été consacrées à contempler cette photo en sirotant de l'alcool. Depuis qu'elle était partie.

Il arriva finalement à la porte.
« Je ne devrais pas ouvrir, pensa-t-il. »

Il enleva le loquet.
« Ça pourrait être dangereux. »

Il sortit la clé de sa poche, et peina à la rentrer dans la serrure, les mains tremblantes.
« J'ai des chances d'y laisser ma peau. »

Après quelques secondes, il y parvint.
« Je vais le regretter à coup sûr. »

Il tourna la clé.
« Je ne sais même pas qui c'est. »

Portant la main à la poignée, il ouvrit la porte dont le grincement lui fit monter le pouls. La lumière lointaine de la cuisine ne suffisait pas à éclairer le palier, qui n'était lui même pas doté d'éclairage. Aussi ne vit-il, se tenant devant lui, qu'une grande silhouette large et carrée. Il se passa quelques secondes avant que l'un des deux personnages ne prononça un mot. Ce fut notre protagoniste qui parla en premier.

« Bonjour, il y a un problème ? »

Il essayait tant bien que mal de calmer, ou du moins de masquer sa peur. Deux parties de son esprit, maintenant en éveil à cause de sa peur, luttaient pour décider le dessein de cet homme. Son côté rationnel le mettaient face aux faits démarquant la vérité, mais son imagination préférait, elle, croire que l'individu n'était là que pour une raison qui rendrait sa peur futile.
« Je suis de la maintenance. Les voisins du dessous se sont plaints de fuites provenant de chez vous, j'ai entendu que vous étiez réveillé, alors j'ai décidé de faire ça cette nuit, si ça ne vous dérange pas, affirma l'homme avec un faux ton concerné cachant quelque chose proche de l'imperceptible, quelque chose que l'homme au regard un peu hagard considéra comme de l'amusement.

Peut-être l'homme aurait-t-il pu croire à ce récit si il n'était pas une heure et demi du matin, peut-être l'aurait-il trouvée crédible si il y avait jamais eu des personnes habitant dans l'appartement à l'étage inférieur au sien, peut-être aurait-il été naïf si il n'était pas ensuqué depuis deux bonnes heures, silencieux. Il n'y avait plus de doutes sur le motif de la venue de cette homme, quel qu'il soit. Lentement, ses yeux s'étaient habitués à la pénombre au point de distinguer son interlocuteur : un bleu de travail, une casquette cachant la majeure partie de son visage, à l'exception d'un sourire carnassier plutôt mal caché. L'homme aux yeux toujours un peu vitreux fit quelque chose que notre antagoniste n'avait sûrement pas prévu. La porte se ferma dans un grand fracas, puis des petits cliquetis quand on remit le loquet et verrouilla la serrure. L'homme tituba en arrière avant de trébucher et de tomber. Il s'attendait à voir la porte être défoncée, car il n'avait aucun doute que son assaillant en était capable. Mais rien ne se passa pendant trente secondes. Ensuite, une voix provenant de l'autre côté de la porte retentit, solennelle mais toujours teintée d'amusement :
« Et croire que ça a failli être une chasse ennuyeuse. Je peux enfin m'amuser. »



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