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vendredi 24 avril 2020

Comment jouer en solitaire ?

S’il vous plaît, prévenez-moi si qui que ce soit possède un exemplaire du livre « Comment jouer en solitaire ». Je suis vraiment effrayé à l’idée que je puisse être le possesseur du seul exemplaire qui existe. Je l’ai commandé sur le site… Barnes & Nobles, je crois, je ne sais plus trop. Après avoir un peu parcouru le livre, je les ai contactés, mais ils m’ont dit ne jamais avoir vendu quelque chose de ce genre.

« Comment jouer en solitaire » est un petit livre noir qui fait environ 13 centimètres sur 8. La couverture ne porte aucune illustration. Il n’y a que le titre écrit en lettres blanches. Les pages ressemblent à des photocopies de pages de bloc-note rédigées à la main, elles ne sont pas numérotées. Sur la première page, il n’y a que le titre : ni nom d’auteur, ni maison d’édition, rien du tout. J’ai parcouru la totalité du bouquin, mais il n’y a pas la moindre information où que ce soit. Je n’ai pas la moindre idée de qui a bien pu écrire ce torchon.

Le livre est divisé en chapitres très courts, chacun contient des informations à propos de la manière de jouer à un jeu composé d’une série de mini-jeux. L’auteur les a numérotés, mais ils sont complètement dans le désordre, comme s’il les avait aléatoirement jetés dans son bouquin. J’utilise le mot « jeux » plus pour coller au titre qu’autre chose, parce que les instructions sont en général franchement bizarres, et les jeux qui y sont décrits ne ressemblent en rien à un de ceux auxquels j’ai joué dans ma vie. En fait, la plupart d’entre eux ont plutôt l’air de sortes de rituels. Le fait qu’on soit supposé les réaliser en solitaire me semble extrêmement inquiétant. C’est juste… Ah, regardez juste quelques-unes de ces instructions vous-mêmes et vous comprendrez ce que je veux dire.

Chapitre 23 : Se cacher

Pour ce jeu, il faut être plongé dans l’obscurité la plus totale. Il ne doit pas y avoir de lumière du tout, ou ils ne viendront pas.

Assure-toi qu’une obscurité absolue règne partout dans la maison dans laquelle tu te trouves. S’il y a plusieurs étages, ils doivent tous être plongés dans le noir. Tu ne dois plus pouvoir faire la différence entre quand tu as les yeux ouverts et quand ils sont fermés.

Lorsque tu es parvenu à obtenir l’obscurité la plus totale, trouve un coin dont les murs partent vers le Nord et l’Est, place-toi à exactement un demi-mètre, couvre tes yeux avec tes mains et commence à compter.

Si tu as compté jusqu’à 100 et que rien ne s’est passé, arrête de compter et va allumer toutes les lumières de la maison. Tu as perdu. Si tu entends un chuchotement provenant du coin qui compte avec toi, arrête de compter. Ne regarde pas dans le coin. Sors de la pièce sans te retourner. Le jeu a commencé.

Lorsque tu entres dans l’autre pièce, trouve un endroit où te cacher. Si le compte s’est terminé avant que tu ne te caches, tu as perdu. Lorsque tu auras trouvé où te cacher, restes-y. Ne fais pas un bruit. Ne bouge pas. Si tu sors de ta cachette avant la fin du jeu, tu as perdu.

Lorsque le chuchotement aura terminé de compter, il dira « Attention, j’arrive ! » et va commencer à te chercher. Ne sors pas de ta cachette, sinon, on te trouvera, et tu auras perdu. Si la lumière s’allume, c’est qu’il aura abandonné.

Le jeu est terminé. Tu as gagné.

Chapitre 54 : Attends

Il faut jouer à ce jeu la veille d’un jour important, par exemple d’un anniversaire ou d’une fête quelconque.

Au tout début de la journée, avant de faire quoi que ce soit d’autre, allume un feu. Ce peut être avec une bougie, un morceau de papier, peu importe quoi. Pour eux, ce n’est pas important. Regarde au cœur des flammes et chuchote « Demain, c’est un jour important. C’est sûr. » Ensuite, effleure le feu avec l’index de ta main forte. Le jeu a commencé.

À partir de cet instant et jusqu’à minuit, tu ne dois pas laisser le feu s’éteindre. S’il s’éteint, tu as perdu. De plus, tu ne dois pas dormir de toute la durée du jeu. Si tu t’endors, tu as perdu.

Si tu suis les règles, la flamme s’éteindra à minuit pile. Tu pourras alors aller dormir, ça ne te fera pas perdre. Le jour suivant, tu te sépareras d’un objet important à tes yeux et tu en obtiendras deux qui auront une valeur équivalente.

Le jeu est terminé. Tu as gagné.

Chapitre 2 : Regarde

Il n’y a aucun prérequis pour ce jeu, et on peut y jouer à n’importe quel moment.

Entre dans une pièce où se trouvent quelques personnes. Choisis-en une et commence à fixer son visage jusqu’à ce que vos regards se croisent. Le jeu a commencé.

Durant les trente minutes suivantes, tu ne dois pas perdre le contact visuel avec cette personne. Ne la quitte pas des yeux. Si tu la laisses sortir de ton champ de vision, tu as perdu. Si tu parviens à la fixer pendant exactement 31 minutes, elle viendra te voir et te demandera comment tu t’appelles. Ne parle pas avec elle pour l’instant. Si tu lui réponds à ce moment, tu auras perdu.

Exactement 30 secondes plus tard, la personne te demandera si tu la connais. La réponse doit être « Je te connais, mais pas de nom ». Elle te demandera quel est son nom. Réponds avec le premier nom qui te passera par la tête. Si tu dis un autre nom, tu auras perdu. Si tu donnes ton propre nom, tu auras perdu.

Lorsque tu auras dit le nom, la personne croira que c’est bien le sien. Si tu donnes le nom d’une personne que tu connais, cette dernière prendra le nom de celle avec qui tu as parlé.

Le jeu est terminé. Tu as gagné.

Chapitre 41 : Jamais

Il faut jouer à ce jeu en étant absolument seul et lorsque la température tombe en-dessous de -1. Il est recommandé d’enfiler un manteau ou un autre vêtement chaud.

Lorsque tu auras trouvé un endroit qui convient pour le jeu, tu devras t’y asseoir en croisant les jambes et avec le visage tourné vers le Nord. Reste totalement immobile dans cette position pendant huit minutes. Si rien ne s’est produit, tu dois te lever et t’éloigner de cet endroit d’au moins un kilomètre et demi. Tu as perdu.

Si tu entends une voix qui chuchote ton nom, lève-toi et réponds « Je suis là ! ». La voix va recommencer à chuchoter et demander quel est ton désir le plus secret. Ne réponds pas. Si tu réponds, ce souhait sera réalisé, mais le prix en sera démesuré.

Une minute plus tard, la voix va demander quelle est ta peur la plus profonde. Réponds « Je ne veux pas que cela arrive un jour ». Ensuite, rassieds-toi et ferme les yeux. Tu sentiras de la chaleur, puis du froid. Attends que cela passe, puis lève-toi et éloigne-toi de cet endroit de trois kilomètres.

Si tu respectes les règles, ce que tu crains le plus ne se produira jamais.

Le jeu est terminé. Tu as gagné.

Chapitre 25 : Effrayé

Il faut commencer le jeu à 3h25 du matin.

Afin de le débuter, trouve une feuille de papier de 28 centimètres sur 20. Si tu n’en as pas sous la main, tu peux découper n’importe quelle feuille pour qu’elle atteigne ces proportions. Commence à écrire les choses dont tu as le plus peur sur cette feuille. Si tu ne peux pas entièrement remplir la feuille avec tes peurs, il est inutile de continuer.

Lorsque tes peurs auront rempli la feuille, allume une bougie. Place la feuille à 13 centimètres de la bougie, de sorte que le haut soit orienté vers le Nord et vers la bougie. Si tout est fait correctement, tu devrais entendre un chuchotement. Retourne-toi et quitte rapidement la pièce.

Il ne faut pas rentrer dans cette pièce jusqu’à la prochaine fois qu’il sera minuit. Si tu le fais, tu expérimenteras chacune des peurs que tu as inscrites sur la feuille. Si quelqu’un d’autre entre dans la pièce, il expérimentera aussi bien les peurs inscrites sur la feuille que ses propres craintes les plus terribles.

Lorsqu’il sera minuit, tu pourras de nouveau entrer dans la pièce. La bougie s’éteindra et la feuille sera blanche. Désormais, tu n’auras plus jamais peur de ce qui y était inscrit. Si la bougie qui a servi à ce jeu est de nouveau allumée, la personne qui l’aura fait expérimentera toutes les peurs qui avaient été inscrites sur la feuille.

Le jeu est terminé. Tu as gagné.

Chapitre 89 : Rupture

On ne peut jouer à ce jeu que seul. Toutes les autres personnes qui seraient présentes alors que tu jouerais perdraient.

Afin de commencer le jeu, assieds-toi simplement au centre d’une pièce en croisant les jambes et murmure n’importe quel nom de ton choix. Tu ne dois le faire que si tu es seul dans la pièce. Ceux qui se trouveraient dans la pièce au début du jeu perdraient.

Lorsque le jeu commencera, un pion noir va apparaître dans un périmètre de trois mètres autour de toi. Tu dois le trouver dans la minute suivant son apparition. Si tu ne le trouves pas, tu as perdu.

Si tu as réussi à trouver le pion, dis-le et place le pion à l’endroit où tu étais assis au début du jeu. En faisant cela, tu dois indiquer que tu veux poursuivre le jeu. Un autre pion apparaîtra alors dans un périmètre de trois mètres, et tu devras également le trouver en une minute.

Le jeu se poursuit tant que tu trouves les pièces et tant que tu n’as pas réuni l’ensemble. À chaque pièce que tu trouveras, quelque chose dans ta personnalité, sur ton corps ou dans ta vie changera radicalement.

Si tu trouves l’ensemble composé des huit pions, des deux tours, des deux cavaliers, des deux fous, du roi et de la reine noirs, on te dira d’arrêter le jeu. À ce moment, les transformations qui se seront réalisées deviendront permanentes.

Le jeu est terminé. Tu as gagné.

Chapitre 32 : Va

L’éternité est nécessaire pour jouer à ce jeu.

Afin de commencer le jeu, allume une bougie et place-la sur une feuille de papier. Sur cette feuille, inscris le premier nom qui te passera par la tête. Si c’est ton propre nom, tu ne pourras pas jouer et tu perdras. Après avoir fait cela, quitte le lieu où tu as allumé la bougie.

Lorsque la bougie s’éteindra, _____, connu sous le nom que tu as inscrit sur la feuille, te prendra en chasse. Pour que _____ ne t’attrape pas, tu ne dois jamais te retrouver deux fois au même endroit durant toute la durée du jeu. Si tu retournes dans un endroit où tu as déjà été, tu as perdu. Si tu meurs à n’importe quel moment du jeu, tu as perdu. Si _____ t’attrape, tu as perdu.

Chapitre 06 : Perds

Ne joue jamais à ce jeu.

Ne commence pas ce jeu. Si tu commences à y jouer, tu as perdu. Si tu continues à y jouer, tu as perdu.

Si tu commences à jouer à ce jeu, tu ne pourras plus jamais arrêter.

Le jeu est terminé. Il n’y a pas de gagnant.

Chapitre 31 : Esprit

Lis cette histoire seul.

Psst… Plus près.

Tu sais qui je suis ? Je sais que tu ne le sais pas. Très bien, tu n’en as pas besoin. La seule chose que tu as besoin de savoir, c’est que tu es en sécurité.

Aucun besoin de se retourner.

Tu t’es retourné, n’est-ce pas ? Tu ne me fais pas confiance.

Je ne te ferai aucun mal. Tu es en sécurité. Je suis ici pour jouer avec toi. Tu aimes jouer, n’est-ce pas ? Voilà en quoi consiste ce jeu. Je vais lire dans ton esprit. Ensuite tu verras ce qui se trouve à l’intérieur.

Oh… Tu ne veux pas que je lise en toi ?

Très bien. Si tu ne le veux pas, referme simplement ce livre.

Je vois.

Ta curiosité a été plus forte que toi. Tu veux savoir quel est l’effet de cette page ou d’une autre. Non. Je vois tout. En toi sont enfouis un désir ardent. Tu veux savoir. Mais tu as peur.

Ce désir a déjà pris le contrôle par le passé. Et parfois pas pour le meilleur. Comme cette fois où tu as piqué 20 euros de la caisse au boulot. Tu pensais que personne ne le verrait, n’est-ce pas ?

Oh… Tu t’en vas déjà. Très bien.

Je sais que tu reviendras.

(Cette histoire est bien plus longue, mais je n’ai pas l’intention de poster la suite. Ne me demandez même pas. Ne serait-ce que parce que j’aurais moi-même souhaité ne jamais la voir.)

Chapitre 97 : Dure

Il faut jouer à ce jeu pendant la première heure du premier jour de la nouvelle année. Il est recommandé de se préparer au jeu à l’avance.

Avant le début du jeu, il est nécessaire de faire un choix. Choisis un objet qui existe réellement, inanimé ou non.
Dès la première seconde de la première minute de la première heure du premier jour de la nouvelle année, assure-toi que l’objet de ton choix est dans tes mains. Cela doit durer pendant tout le jeu. Si ta main est séparée de l’objet de ton choix, tu as perdu.

Pendant l’écoulement de la première minute de la première heure du premier jour de la nouvelle année, ferme les yeux et murmure « En cet instant tu deviens cendre, tu dureras pour l’éternité ». Ne lâche pas l’objet choisi ou tu perdras.

Lorsque la première heure du premier jour de la nouvelle année sera passée, l’objet que tu auras choisi prendra feu. Ne le lâche pas tant qu’il n’en restera rien d’autre que de la cendre. Ensuite, récupère toutes les cendres jusqu’à la dernière poussière dans un récipient dans lequel il sera possible de les voir. Si le récipient est refermé, tu as perdu. Place le récipient près d’une fenêtre.

Lorsque le premier jour de la nouvelle année sera écoulé, _____ viendra pour les cendres. Si, à ce moment, tu le regardes, tu as perdu. Lorsque _____ s’en ira, les cendres et le récipient, son contenu, seront remplacés par un pot en argile noire scellé.

Dès cet instant et pour toujours, l’objet de ton choix apparaîtra à côté du pot chaque premier jour d’une nouvelle année. Si le pot est ouvert ou brisé, il réapparaîtra au premier jour de l’année suivante. Cela continuera jusqu’à ta disparition, lorsque tu te réuniras avec l’objet de ton choix et que tu perdureras.

Le jeu est terminé. Tu as gagné.

Chapitre 4 : Les ténèbres

Pour ce jeu, il faut une obscurité totale. Il est recommandé de jouer la nuit.

Pour commencer le jeu, choisis une pièce que tu veux transformer en un endroit ténébreux. Après cela, toute lumière doit en être expulsée. Aucune lumière, qu’elle soit naturelle ou artificielle, ne doit pénétrer dans la pièce pour toute la durée du jeu.

Lorsque la pièce sera prête, assieds-toi en son centre en croisant les jambes. Fermes les yeux et dis « Je veux que les ténèbres dansent avec moi ». Si personne ne te répond, vérifie qu’il ne reste aucune lumière dans la pièce et recommence.

Si tout est réalisé correctement, une voix commencera à te murmurer des mots que tu ne pourras pas comprendre. Ne parle pas avec cette voix. Si tu parles avec elle, tu as perdu. Si tu ouvres les yeux tu as perdu.

Après deux minutes, la voix se taira. Tu dois alors te lever et quitter la pièce.

Cette pièce est désormais un endroit ténébreux. La lumière ne peut y pénétrer et il est impossible d’y voir. Toute lumière y pénétrant disparaîtra à jamais. Toute personne tentant d’y entrer aura perdu. Toute tentative de refermer l’endroit ténébreux se soldera par une défaite. Si quelque chose sort de l’endroit ténébreux, tu as perdu.

Le jeu est terminé.

Chapitre 18 : Vœu

Pour ce jeu, il te faut l’objet de ton choix du chapitre 16. Si tu n’as pas joué au chapitre 16, tu as perdu.

Pour commencer le jeu, toi et l’objet de ton choix devez vous trouver à 29 kilomètres de distance l’un de l’autre de sorte qu’il se trouve à l’Ouest de toi. Lorsque ces conditions seront remplies, le jeu commencera.

Lorsque le jeu commencera, toi et l’objet de ton choix devrez vous lever en tournant votre visage l’un vers l’autre et allumer en même temps une bougie. Vous aurez trois secondes pour placer votre bougie à exactement 30 centimètres devant vous. Répétez cette étape deux fois. Si quelque chose n’est pas fait correctement, les six bougies s’éteindront et vous aurez tous les deux perdu.

Si tout est fait selon les règles, les bougies resteront allumées. Tu pourras alors formuler trois vœux. À chacun d’eux, une des bougies s’éteindra. Lorsque les trois seront éteintes, tes vœux seront épuisés et tu devras attendre.

Tous tes vœux se réaliseront alors pour une personne qui se trouvait quelque part entre vous pendant la durée du jeu. Lorsque cela se produira, il obtiendra le droit de formuler trois vœux de son choix. Ceux-ci se réaliseront pour toi, alors fais bien attention au choix de tes vœux.

Le jeu est terminé. Tu as gagné.

Chapitre 29 : Commencement

Ce jeu commence maintenant.

Le seul endroit où ce jeu peut commencer est le commencement, et nous y sommes. Le jeu commence à partir de maintenant.

Pour ce jeu, il t’est uniquement demandé d’écouter. Écoute attentivement, car la moindre erreur te fera perdre. La défaite peut signifier beaucoup de chose. Elle peut signifier la fin du jeu. Elle peut signifier (illisible). N’ESSAYE PAS de perdre.

Ton devoir, en tant que détenteur futur du livre, est de lire chacun des chapitres et de saisir le sens de chaque jeu. Si tu échoues, tu as perdu. Si tu essayes de ne pas le faire, tu as perdu. Si tu donnes cette tâche à quelqu’un d’autre, tu as perdu.
Voilà ton devoir. N’ESSAYE PAS de perdre.

(Il semble que cela devrait être le début du livre. Pourquoi je n’ai trouvé cette partie qu’après tant de page dépasse mon entendement.)

7 février

Enfin !

Je savais que je n’avais pas jeté la boîte dans laquelle ce livre était arrivé. Je l’ai retrouvée il y a peu dans la cave. Le colis a été envoyé du Michigan, il me faudrait cinq heures pour y aller. J’ai aussi essayé de retrouver le numéro de téléphone, mais je n’ai pas eu autant de succès.

S’il n’y avait pas eu de verglas, j’y serais bien allé dès ce week-end, mais je ne peux pour l’instant qu’attendre que le temps se réchauffe et continuer à lire.

Chapitre 10 : Vérification

La première vérification commence quand tu comprends que tu es prêt.

La nuit du début de la première vérification, tu vas avoir un rêve.

Dans ce rêve, tu seras en train de voler. Tu vas voler à travers des nuages de fumée, de cendres et de poussière. Ça va te démanger de regarder en bas pour découvrir l’origine de la fumée, des cendres et de la poussière. Ne regarde pas en bas.

Si tu regardes en bas, tu verras le futur. Si tu vois le futur, on te demandera d’atterrir.

N’atterris pas.

Si tu atterris, tu seras forcé de comprendre ce qui s’est passé. Tu vas commencer à chercher des réponses.

N’atterris pas.

Si tu trouves les réponses que tu cherches, tu comprendras que (illisible). Tu ne te réveilleras jamais, car tu auras compris qu’il n’y a aucun sens à se réveiller. Plus rien n’aura plus jamais de sens.

Ne regarde pas en bas.

Si tu te réveilles, tu trouveras à côté de toi le premier jeton de réussite. Garde-le en lieu sûr : c’est le premier d’une série de dix. Lorsque tu auras obtenu le premier jeton, il n’y aura plus de retour en arrière possible. La vérification est terminée. Tu as gagné.

Chapitre 84 : Âge

Il faut jouer à ce jeu entre 20h35 et 20h50 le premier jour de n’importe quel mois.
Avant le début de ce jeu, prépare une bougie, un couteau et une feuille de papier. À 20h35 précise, allume la bougie. Le jeu a commencé.

Dans les 4 minutes qui suivent, écris sur la feuille le premier nombre qui te vient en tête autant de fois qu’il rentrera. Si tu n’écris pas le nombre auquel tu as pensé, tu as perdu. Lorsque les 4 minutes seront écoulées, arrête d’écrire et attends 3 minutes. Si tu n’arrêtes pas d’écrire, tu as perdu.

Après les 3 minutes, prends le couteau et tiens-le dans la flamme de la bougie. Garde-le comme ça pendant exactement 7 minutes et chauffe tout le long de la lame de manière égale. Au bout des 7 minutes, éteins la bougie et touche le coin inférieur gauche de la feuille avec la lame. Si tout a été fait correctement, la feuille va prendre feu et se consumer entièrement. Si elle n’a pas fini de brûler à 20h50, elle ne s’éteindra jamais et tu auras perdu.

Lorsque la feuille aura complètement brûlé, prends le couteau et approche-le de la bougie. Si tout a été fait correctement, ta main tracera le nombre choisi dans la cire de la bougie.

À partir de cet instant, il sera impossible de consumer la bougie entièrement. Si la bougie est allumée en présence de quelqu’un dont l’âge ne correspond pas au nombre inscrit sur la bougie, son âge physique changera pour y correspondre et la bougie s’éteindra. Si la bougie est allumée en présence d’une personne dont l’âge correspond à ce nombre, alors (illisible).

Le jeu est terminé. Tu as gagné.

22 juillet 2014

Sois maudit, fichu livre ! Et puis, de ce que je comprends, il l’est pour de vrai, maudit.

J’ai essayé de me débarrasser de lui, de l’oublier, et j’ai réussi à le faire sortir de ma mémoire pendant quelques mois. Je l’ai jeté au-dessus du frigo et je l’y ai laissé prendre la poussière. Je me suis dit que tout était terminé. Ça suffit.

La nuit dernière, j’ai rêvé que je volais au-dessus d’un nuage de fumée. Comme si quelque chose brûlait. Je n’y ai pas réfléchi avant de me réveiller. Et c’est là que je me suis souvenu du chapitre 10.

J’ai vu que le livre était sur ma table de chevet. À côté, j’ai trouvé un petit jeton d’argent sur lequel était représenté un corbeau.

Ça n’a pas l’intention de me laisser en paix. Je vais être obligé de continuer. Je suis forcé d’aller jusqu’au bout, sinon, je vais perdre.

Chapitre 61 : Chez-soi

Il faut jouer à ce jeu pendant une éclipse de lune.

Pendant l’éclipse, la lune ne peut pas voir les vagabonds. C’est la lune qui leur dit qu’ils ne peuvent avoir de chez-soi. Lorsque la lune ne voit pas, ils peuvent chercher un chez-soi.

Durant la nuit de l’éclipse, prépare ta maison à leur arrivée. Ouvre toutes les portes et fenêtres orientées vers l’est pour les inviter. Place tous les fauteuils face au sud pour les inciter à rester. Prépare du riz et du pain pour qu’ils se calment. Enfin, asperge toutes les portes et fenêtres orientées vers l’ouest d’eau salée afin qu’ils ne puissent repartir.

Pendant l’éclipse de lune, les vagabonds iront d’est en ouest afin de trouver un chez-soi. Ils entreront chez soi, mangeront la nourriture que tu auras préparée, et ne pourront plus partir. Pendant ce temps, tu devras rester silencieux. Si tu parles avec eux, tu as perdu. Si tu les regardes, tu as perdu.

Quand l’éclipse sera terminée, les vagabonds te demanderont pourquoi tu les as capturés. Ne réponds pas. Si tu réponds, ils te forceront à devenir un vagabond. Si tu gardes le silence, ils cesseront d’être des vagabonds et auront un chez-soi.

Le jeu est gagné. Tu as gagné.

Chapitre 73 : Blocage

Ce jeu peut être joué à n’importe quel moment.

Prends une feuille de papier et découpes-y un morceau de 8 centimètres par 14. Fais une marque sur son côté long à 10 centimètres du bord et plie-la selon cette marque. Assure-toi que le pli est marqué et déplie la feuille. Ta lettre est prête.

Sur la plus grande partie de la feuille, écris un mot autant de fois que tu le peux. Ce doit être le premier mot qui te passera par la tête. Si tu écris un autre mot, tu as perdu. Si tu n’écris pas uniquement ce mot, tu as perdu. Lorsque la plus grande partie sera remplie, plie de nouveau la feuille et mets-la dans une enveloppe. Scelle-la avec de la cire et écris seulement le destinataire (illisible).

Laisse l’enveloppe et 30 grammes de sucre à moins de 3 mètres de l’endroit où tu dormiras pendant la nuit. Au matin, l’enveloppe et le sucre auront disparu.

Exactement une semaine plus tard, tu cesseras de te rappeler de ce mot. Tu ne pourras plus y penser, il deviendra un trou dans ta mémoire. Si tu te rappelles un jour de ce mot, tu as perdu.

Le jeu est terminé. Tu as gagné.

Chapitre 93 : Verre

Il faut jouer à ce jeu de 22h30 à 11h00.

Durant la nuit la plus longue de l’année, trouve un morceau de verre en forme de rond. Il doit faire 10 centimètres de diamètre et être totalement transparent. S’il n’est pas totalement transparent, il ne sera pas accepté et tu auras perdu.

Place le morceau de verre sur une table ronde. Il doit se trouver exactement en son centre. Place un grain de celle exactement au centre du morceau de verre. Si tu entends un murmure de remerciement, ne touche plus à la table ni à ce qui se trouve dessus. Si tu y touches à un moment quelconque à partir de cet instant, tu as perdu.

Cinq heures plus tard, la table se changera en verre. Dix heures plus tard, le monde se changera en verre. Les gens se changeront en verre. Les arbres se changeront en verre. Les animaux se changeront en verre. La Terre se changera en verre. L’air se changera en verre. Le ciel se changera en verre. Tout sera transparent. Et tout aussi fragile.

Tout était déjà fait de verre. Tu ne pouvais simplement pas le voir.

Si tu retires le grain de sel de la table, tu te changeras de nouveau en verre.

Le jeu est terminé. Tu as gagné.

Chapitre 68 : La maladie

Il faut jouer à ce jeu pendant une nuit très froide ou très chaude.

Une demi-heure après minuit, tu dois te rendre dans un endroit ouvert à tous les vents. Trouve un lieu où tu n’es pas abrité du ciel. Allonge-toi sur le dos et étends tes bras le long de ton corps. Lorsque tu seras dans cette position, regarde le ciel et embrasse le regard de la nuit. Le jeu a commencé.

Pendant les vingt minutes suivantes, tu souffriras de chaque affection et maladie ayant existé depuis le commencement des temps. Ce sera la partie la plus difficile, mais tu dois tenir. Si tu bronches, tu mourras de la mort que tu seras en train d’expérimenter. Si tu parviens à ne pas broncher jusqu’à la fin, tu ne pourras plus bouger ni même cligner des yeux pendant les dix minutes suivantes.

Lorsque celles-ci seront écoulées, tu pourras de nouveau te mouvoir. Tu pourras alors te lever et t’en aller.

À partir de cet instant, tu ne tomberas plus malade et ne souffriras plus d’aucune affection. Tout cela aura été transféré à ton Doppelgänger. Tu le rencontreras avant la fin. Si tu ne joues pas avec lui au jeu du chapitre 69 lorsque ce sera le cas, il aura perdu.

Le jeu est terminé. Tu as gagné.

5 octobre 2014

Je déteste ce livre. Je le hais de toute mon âme.

J’ai lu le jeu numéro 46 et ai décidé qu’il serait sans risque d’y jouer. Visiblement, ce jeu doit rendre les installations électriques de ta maison intelligentes. Je ne suis pas sûr de la manière dont ça fonctionne, et je n’ai aucune envie de le découvrir.

Je vous donne un indice : ne jouez JAMAIS au jeu 46 si vous avez beaucoup d’appareils électriques sensibles chez vous.

Maintenant, après avoir changé mon ordinateur qui a cramé (et payé une facture exorbitante pour l’électricité), je peux de nouveau poster. Et je tiens à dire que, durant mon absence, je me suis enfin rendu à l’adresse à partir de laquelle le colis a été envoyé. Je ne suis pas prêt à raconter quoi que ce soit à propos de mes suppositions sur ce qui, que le diable m’emporte, s’y déroule, mais il y a une chose que je sais.

Je ne suis absolument pas heureux de ce que j’ai vu.

9 octobre 2014

J’y suis allé encore une fois pour m’assurer que je n’avais pas confondu l’adresse, ou quelque chose du genre. Mais cela a simplement confirmé ce que j’avais vu la première fois. La maison vers laquelle pointait l’adresse était abandonnée. Une partie était en ruines. La peinture des murs qui tenaient encore était écaillée. Les meubles restants étaient pleins de trous de souris et n’avaient presque plus de revêtement. Le sol était effondré par endroits, laissant des trous béants débouchant dans la cave.

Après le premier aller, on m’a conseillé de ne pas entrer dans la maison. Mais ma curiosité a été trop forte pour que je puisse me retenir. Cependant, je ne suis malgré tout pas un idiot, c’est pourquoi je n’ai pas traîné là-bas trop longtemps : la dernière chose que je voudrais est de mourir en respirant de l’amiante ou en traversant un sol pourri. Je n’ai pas trouvé quoi que ce soit d’intéressant à l’intérieur, tout du moins dans les pièces que j’ai décidé d’étudier.

Quand je suis sorti de la maison, j’ai vu un chat noir qui s’était installé sur la banquette arrière de ma voiture. Je l’ai chassé, il ne manquait plus que des chats dans ma voiture.

Chapitre 37 : Le reflet

Pour ce jeu, il faut un miroir qui a au moins 60 ans. Plus le miroir est vieux, mieux c’est. Tous les préparatifs doivent être achevés avant minuit.

Pour te préparer au jeu, place le miroir dans une pièce sombre, orienté vers le Nord. Assure-toi qu’il n’est pas possible d’y voir d’autres miroirs, des fenêtres ou une quelconque autre surface réfléchissante de quelque angle que ce soit. Si tu n’es pas attentif, tu as perdu. Prépare six longues bougies et quelque chose pour les allumer qui soit à ta portée.

Exactement une heure avant minuit, prends la première bougie, allume-la et place-la à 30 centimètres du coin nord-est du miroir. 15 minutes plus tard, allume la deuxième bougie et place-la à 30 centimètres du coin sud-est du miroir. 15 minutes plus tard, allume la troisième bougie et place-la à 30 centimètres du coin sud-ouest du miroir. 15 minutes plus tard, allume la quatrième bougie et place-la à 30 centimètres du coin nord-ouest du miroir.

Une minute avant minuit, allume les deux dernières bougies et prends-en une dans chaque main. Au moment où tu auras fini, lève-toi et mets-toi à un mètre cinquante devant le miroir. Tourne-toi dos à lui et, exactement à minuit, prononce les mots suivants : « Je veux apercevoir l’apparence de mon véritable moi ». Après cela, tu dois te retourner et regarder dans le miroir.
Si tu vois un reflet, mais pas le tien, tu peux arrêter le jeu sans conséquences et commencer à jouer au jeu du chapitre 38.

Si tu te vois toi-même, mais pas ton reflet, tu dois commencer à jouer au jeu du chapitre 16, ou tu auras perdu.

Si tu vois ton reflet, tu as perdu.

Si tu vois le reflet d’une porte ou d’une fenêtre, éteins immédiatement toutes les bougies, recouvre le miroir et sors de la pièce. Tu as choisi un mauvais miroir. Si tu découvres un jour ce miroir et que tu regardes dedans, tu verras la porte ou la fenêtre ouverte. Cela signifiera que tu l’auras libéré et tu auras perdu peu de temps après.

Le jeu est fini. Tu as gagné.

Chapitre 14 : L’œuf

Il faut jouer à ce jeu avant minuit, avec un œuf qui a été pondu la veille.

Prends l’œuf et place-le sur quelques grains de sucre dans une pièce faisant au moins 3 mètres par 2,5. Si la pièce est plus petite, tu ne pourras pas commencer le jeu. Dès que l’œuf sera en place, toutes les lumières doivent être éteintes. Si tu peux voir l’œuf dans la pièce, tu as perdu. Dès qu’il ne restera plus une seule lumière, lève-toi et place-toi à l’angle nord-est de la pièce. Tourne ton visage vers l’œuf, ferme les yeux et commence à faire un décompte à partir de 100 à un rythme régulier. Si, à 80, tu entends un courant d’air, ne t’arrête pas de compter. Le jeu a commencé.

Pendant que tu comptes, tu vas commencer à ressentir de légères vagues de plaisir remontant ton corps. Garde le rythme et ne t’arrête pas de compter, sinon tu auras perdu. Le plaisir va progressivement augmenter jusqu’à devenir insurmontable. Quand tu auras atteint 30, le plaisir cessera, et tu commenceras à ressentir des vagues de douleur inimaginable. Continue de compter et ne romps pas le rythme, sinon tu auras perdu.

Quand tu auras atteint 0, la douleur cessera. Tu pourras alors arrêter de compter et devras quitter immédiatement la pièce. Dès que tu seras sorti, verrouille la porte et n’y retourne pas pendant 35 jours. Si tu y reviens avant, tu auras perdu. Quand exactement 35 jours se seront écoulés, tu devras retourner dans la pièce et allumer la lumière. Si l’œuf a éclos, tu peux le jeter et continuer ta vie normalement. Cependant, tu seras désormais enveloppé d’une sensation de paix intérieure, comme s’il y avait toujours quelqu’un pour prendre soin de toi. Cette sensation de paix te suivra jusqu’à la fin de ta vie, lorsque tu rencontreras ton « gardien ».

Si tu n’as pas verrouillé la porte ou que tu n’es pas revenu à temps, lorsque tu reviendras, tu trouveras l’œuf brisé. Après cela, tu pourras voir du coin de l’œil un mouvement et tu sentiras que quelque chose est en train de te suivre. Si cela arrive, tu dois commencer à jouer au jeu du chapitre 16, ou bien tu auras perdu.
Le jeu est fini. Tu as gagné.

Chapitre 63 : Tourne

Ce n’est pas toi qui dois jouer à ce jeu, mais ton Doppelgänger. Tu dois le persuader de jouer.

Pour commencer le jeu, ton Doppelgänger doit prendre une pelote de corde. De plus, il doit porter des vêtements avec de longues manches et un long pantalon. Des chaussures, des gants et un couvre-chef augmentent l’efficacité du jeu. Le Doppelgänger doit se placer à un endroit où tu peux le voir, et où il ne peut pas te voir. S’il te voit, tu perds.

Ton Doppelgänger doit prendre la corde et l’enrouler autour de ses chevilles, d’abord la gauche, puis la droite. Ensuite, il doit enrouler ses talons avec la corde, d’abord le gauche, puis le droit. S’il reste de la corde, il doit la placer non déroulée près de ses jambes. Enfin, il doit s’allonger sur le dos et placer ses mains sur sa poitrine. Lorsqu’il sera resté 30 secondes dans cette position, il disparaîtra, ses vêtements resteront sur place, et le jeu aura commencé.

Tu peux alors aller à l’endroit où ses vêtements sont restés. Prends la corde, fais-en un cercle autour de ses vêtements, noue-la et laisse-la à cet endroit. Si la corde est déplacée ou détruite alors que les vêtements du Doppelgänger ne s’y trouvent pas, il a perdu. Dès que le cercle est fait, tu peux prendre les vêtements et en faire ce que tu veux. Mais ne les enfile pas, sinon tu auras perdu, et ton Doppelgänger prendra ta place de joueur.

Pour faire réapparaître ton Doppelgänger, tu dois remettre ses vêtements dans le cercle et mettre le feu à la corde de sorte à ce que la flamme dessine un cercle. Lorsque la corde aura complètement brûlé, le Doppelgänger réapparaîtra dans ses vêtements. Lorsqu’il apparaîtra, tous les changements qui auront été faits à ses vêtements se reproduiront sur lui. S’il manque une quelconque partie des vêtements, il lui manquera la partie du corps correspondante. Si ses vêtements ont été séparés, il sera aussi divisé en plusieurs morceaux. Si ses vêtements ont été écrasés ou découpés, la même chose lui arrivera.

Le jeu est fini. Tu as gagné.

Traduction de Magnosa


lundi 20 avril 2020

La voyez-vous ?

J’ai grandi à Beaune, en Bourgogne. La ville est principalement connue pour ses vignobles et ses hospices qui apparaissent notamment dans La Grande Vadrouille avec Bourville et de Funès. Jusqu’à mes onze ans et mon entrée au collège, ma famille et moi vivions dans le quartier des Échaliers et j’allais à l’école primaire du même nom. Celle-ci était littéralement à cinquante mètres de chez moi, et je n’oublierai jamais le petit bateau pirate installé dans la bibliothèque, une attraction qui faisait la jalousie des autres établissements de la ville. À cette époque, j’adorais l’école, et nos professeurs étaient extraordinaires. Nous avons eu régulièrement droit à diverses sorties culturelles, ce qui ne manquait pas d’animer nos journées. Surtout que nous étions trop heureux de troquer nos cours contre une activité en extérieur. C'était tantôt une visite au musée, tantôt un film au Petit Cinéma (qui n'existe plus d’ailleurs). Mais s'il y a une sortie qui m’a plus marqué que les autres, c’est celle au lac Joigneaux. Il se situe à moins de dix minutes à pied de l’école, et d’après mes souvenirs, nous y sommes allés pour observer la faune et la flore autour du lac. Enfin, c’était surtout un prétexte à l’amusement pour nous autres, enfants. Néanmoins, malgré la bonne humeur générale et le temps radieux (c’était le printemps, la période des premières sorties en plein air), quelque chose me dérangeait. J’ai tout de suite su ce que c’était, cela se situait derrière moi, la maison du lac.
Celle-ci ressemble à un cube posé sur une dalle de pierre surélevée, elle comporte un étage avec une grande terrasse et fait très XIXème siècle dans son architecture. À l’époque, il manquait une des rambardes de la terrasse du premier étage et l’édifice semblait abandonné, ce qui me mettait mal à l’aise. Personne d’autre que moi ce jour-là ne semblait prêter la moindre attention à la bâtisse. Et malgré le soleil, la maison semblait rester dans une sorte de pénombre, ce qui aurait très bien pu s’expliquer par son large toit et les grands arbres alentours. Cependant, j’avais la sensation qu’il y avait autre chose.

Quelques années se sont passées avant que la maison ne revienne dans mes pensées. J’étais désormais au collège, et lors d’une discussion "hautement intellectuelle" sur le paranormal, j’ai demandé à mon cercle d’amis si eux aussi connaissaient la maison du lac et son étrange aura. Un seul de mes camarades la connaissait, et forcément, il a ajouté que celle-ci était hantée par le fantôme d’une femme qui apparaîtrait certains jours à la fenêtre gauche du premier étage. L’effet escompté fonctionnait puisqu’on a continué à se faire peur en jouant à qui a mieux en matière de phénomènes étranges et rencontres paranormales. J’étais adolescent et l'existence de la maison ne me reviendrait en tête que bien des années plus tard.

Il y a quelques mois, je suis repassé dans ma région et j’en ai profité pour me rendre à Beaune. Après avoir flâné dans les rues, je me suis naturellement retrouvé devant la Mairie et je me suis alors souvenu de la maison du lac. À cet instant, je me suis décidé à tenter ma chance au service des archives afin de savoir si la ville ne possédait pas quelques informations au sujet du mystérieux bâtiment. J’ai ainsi appris que le lac avait été créé en 1897 dans le but d’y pratiquer la pêche, la baignade en été et le patinage en hiver. Les bords avaient été aménagés, et on avait construit la fameuse demeure pour y accueillir la buvette ainsi que diverses grandes salles. Le déclin des lieux avait débuté dès les années trente, à partir desquelles les propriétaires de ceux-ci s'étaient succédé (toutes ces informations sont d’ailleurs disponibles en lignes avec d'avantages de détails). Mais rien dans tout ça ne semblait indiquer un quelconque événement mystérieux capable d’éclaircir mes souvenirs de jeunesse. Devant mon air quelque peu déçu, une des documentalistes m’a demandé ce que j’espérais trouver dans ces documents. Je lui ai alors parlé de la maison, et du sentiment étrange que celle-ci m’avait procuré étant enfant. Stupéfaite, elle m’a raconté que la maison avait fait l’objet de pas mal de rumeurs dans les années quatre-vingt et qu’elle était prétendument hantée. Là encore, on disait qu’une femme pouvait être aperçue à la fenêtre gauche du premier étage. Mon interlocutrice m’a apporté d’avantages de détails sur la légende en me faisant part d'une histoire que les jeunes de l’époque racontaient. A priori, le lac était auparavant un lieu prisé de l’avant-guerre et beaucoup de familles venait profiter de l’atmosphère festive. Une femme, qui d’après les dires se serait appelée Joséphine, y venait tous les week-ends avec son mari et leur unique enfant. Il n’était pas rare de la voir accoudée à la balustrade de l’étage, faisant de grands signes à son fils qui s’amusait alors sur le lac avec ses amis. Mais ce bonheur s'était assombri lorsque pendant la Grande Guerre, elle avait perdu presque coup sur coup son fils de la tuberculose et son mari sur le champ de bataille. Joséphine avait dépéri en quelques mois avant de mourir à l’hôpital. Et selon la légende, ses derniers mots auraient évoqué les temps heureux passés autour du lac.

Dès lors, l’atmosphère du lac Joigneaux n’a plus été aussi joviale qu’auparavant, la guerre étant aussi passée par là. L’endroit n’attirait plus vraiment, et une succession de réglementations avait fini par mettre à mal l’endroit. De ce fait, les propriétaires ne restaient jamais longtemps les mêmes. Des rumeurs racontent également qu’au début des années cinquante, l’une des balustrades du premier étage se serait effondrée, celle-là même où se tenait Joséphine auparavant, entraînant dans sa chute un petit garçon de dix ans. Par la suite, la propriété du lac a accueilli un centre hippique durant quelques années. Mais là encore, quelques problèmes sont apparus : contre-performance, myosite, teigne… et de nouveau, la maison a changé de propriétaire. On raconte aussi que les portes de l'étage seraient capables de se verrouiller et de se déverrouiller toutes seules, et qu'il y ferait constamment froid. De nos jours, alors que la bâtisse a été entièrement rénovée en 2006, son propriétaire actuel aurait “toutes les peines du monde” à trouver un locataire, aussi bien régulier que saisonnier. Mon interlocutrice a terminé son récit en m’expliquant qu’autrefois, dans les cours d’écoles, on se faisait peur en se disant que l’apparition du spectre de Joséphine à la fenêtre de la maison du lac prédisait la mort d’un être cher.

Nous sommes aujourd’hui le 7 avril 2020, j’habite désormais à Paris et je suis confiné chez moi. J’ai recherché sur Google des images de la maison du lac Joigneaux à Beaune. Il n’en existe que deux, une seule est prise de face avec les fenêtres de l’étage visibles, et les volets de la chambre de gauche sont entrouverts. Nous sommes en pleine pandémie de coronavirus, la photo date du 6 avril (Google a dû en profiter pour prendre de nouvelles images), et je vois quelqu’un à la fenêtre du premier étage.



vendredi 17 avril 2020

Fiche M : Les stations de nombres

Supposons que vous obteniez un vieux poste radio des années 90. Supposons qu'il soit allumé et réglé sur « ondes courtes ». Supposons que vous ayez décidé de vous amuser à écouter tout ce qui peut passer sur les ondes. Vous passez de canal en canal, le casque sur les oreilles. Vous recevez des voix du monde entier, Corée du Nord, Chili, Chine, États-Unis, que ce soient des rapports de météo marine, une émission sur la soupe de riz, ou une autre création tout aussi poétique. Un soir, depuis votre train radio, vous apercevez une gare non répertoriée, une fréquence d'émission inédite, ou non référencée, incertaine en tout cas. Vous entendez alors une petite musique, un air espagnol, ou russe, vous n'êtes pas sûr. Après ce qui vous semble être une introduction, une voix d'enfant synthétique et désincarnée commence à égrener des chiffres par groupes de 5, en espagnol : 5 1 2 9 7, etc. Vous ne le savez peut-être pas, mais vous venez d'entendre ce qu'on appelle une station de nombres.

Une station de nombres est une station radio d'origine incertaine émettant à haute fréquence des messages. Ceux-ci sont le plus souvent des suites de nombres ou de lettres, énoncées généralement par des voix artificielles, et ce, dans des langues très diverses. Parfois, les messages sont précédés d'un signal annonçant le début, par exemple « ¡Atención! », ou des paroles de chanson, etc. Après le message vient une annonce de fin de transmission, par exemple, le mot « fin », ou une variation quelconque selon la langue utilisée ou les lubies de l'émetteur. Bien entendu, l'origine de ces émissions est incertaine, voire inconnue.

Mais qui les envoie ? À qui cela est-il destiné ? Et surtout, la question la plus humaine du monde : Pourquoi ?

Les stations de nombres apparaissent comme aussi anciennes que la radio elle-même. Dès la Première Guerre Mondiale, des opérateurs ont capté de telles séries de nombre, sur des fréquences inusitées. Mais le nombre de témoignages a explosé durant la Guerre Froide. Rien d'étonnant me direz-vous, avec tous ces espions rouges. En 1971, Simon Mason, 14 ans, reçoit pour Noël un récepteur ondes courtes, et capte sa première station peu après. En 1978, Chris Smolinski en fait lui aussi la découverte. Parallèlement à l'augmentation de la fréquence de captation des stations, le nombre d'articles à ce sujet stagne à zéro, bien qu'une communauté dédiée se forme. Le "dirigeant" de celle-ci est un individu au pseudonyme étrange : Havana Moon, se révélant plus tard être William Thomas Godbey, un ancien agent de renseignement américain.

L'une première hypothèse sur l'origine de ces signaux veut qu'il s'agisse de résultats de loterie ou de bulletins météos quelconques. Mais cela ne tient pas debout : pourquoi ces émissions ne sont-elles pas répertoriées ? Pourquoi les instances de régulation ne les indiquent-elles pas ? Havana Moon commence alors à affirmer que certaines de ces émissions sont liées à la Colonie Dignidad, au Chili, ce qui a été confirmé par la suite. Cette Colonie Dignidad est une organisation caritative néo-nazie basée au Chili possédant un domaine d'activité de 3000 hectares. Le gouvernement chilien de l'époque fermait les yeux sur leurs activités, qui allaient de soins effectifs prodigués aux natifs du lieu à l'obligation pour les membres de la colonie de se reproduire pour former une race pure, etc. Bref, vous avez compris l'idée.

D'autres mystères suivent. Simon Mason fait état de faits extrêmement curieux liés à l'écoute des stations de nombres, comme cette émission en date du 3 septembre 1989 qui ne sera plus jamais entendue par la suite. Il en va de même pour la station de nombre baptisée « Jazz Player » introduite par un air de saxophone précédent une voix de femme égrenant les groupes de cinq chiffres et qui ne sera capté qu'une seule et unique fois malgré des années d'écoute dans le monde entier.

Le 20 septembre 1988, une voix synthétique féminine délivre son message chiffré. Pendant deux ans, personne n'entendra plus l'introduction musicale composée de trois notes dont les tonalités montent, et la radio « Three Note Oddity » cessera d'émettre. Simon Mason reviendra régulièrement sur la fréquence qui a délivré les groupes de cinq chiffres de la « Three Note Oddity ». Il est confronté au vide de la bande jusqu'au 30 septembre 1990, car ce dimanche voit la résurgence des trois notes sur la bande des ondes courtes, suivies du message chiffré identique point par point à celui entendu deux ans plus tôt. Vous pouvez l'écouter ici : https://www.numbers-stations.com/ns/german/g04/.

À cette suite d'énigmes, succèdent d'autres transmissions incompréhensibles, illogiques, incohérentes. Par exemple, les écouteurs nord-américains captent en 1990 une station de nombres affublée par cette même communauté du doux nom de « Bulgarian Betty ». Les séries de chiffres sont entendues sur 4030 & 4882.5 khz en russe, polonais, bulgare, serbo-croate et même en macédonien ! Vous pouvez l'écouter ici : https://www.numbers-stations.com/ns/slavic/s10/.

Les fréquences de la BBC sur les ondes courtes sont également « polluées » pendant la première guerre du Golfe. Une auditrice andorrane de la radio d'état britannique se plaint en effet de l'interférence causée par une voix de femme égrenant des séries de chiffre en lieu et place du bulletin d'information journalier. Cette dame demande ensuite à la BBC s'il aurait pu s'agir d'espionnage. La réponse avancée une tout autre explication : « Chère Madame, il s'agit de bulletins d'enneigement destinés à la maintenance des remontées mécaniques ».

Le Coup d'État avorté dans l'Union Soviétique d'août 1991 donne, lui, lieu à d'étranges diffusions d'une station de nombre qui a passé le même message durant 24h. Vous pouvez l'écouter ici : https://soundcloud.com/walter-kurtz-2/moscow-coup-attempt-irdial.

D'ailleurs, si vous voulez des enregistrements de telles émissions, vous en trouverez beaucoup ici : http://archive.org/details/ird059/. La piste 24 ainsi que la piste 131 sont en français.

Mais une hypothèse beaucoup plus « sérieuse », unifiant un peu toutes les théories précédentes, est apparue par la suite. Ces émissions seraient en fait des messages codés par des autorités ou des organisations quelconques, utilisant le principe de masque jetable pour rendre ces communications indécryptables. Pour faire court, quand vous chiffrez un message, vous pouvez remplacer des lettres par des nombres, suivant un certain code (le codage le plus simple est de remplacer A par 1, B par 2, etc). Un masque jetable est un code aléatoire : on associe à la première lettre du message un nombre, à la deuxième lettre du message un autre, etc, puis on donne en main propre le code au récepteur, code valable pour un unique message. Cela garantit que le code, s'il n'est pas volé au récepteur, est incassable.

Cependant, une donnée handicape cette théorie : pourquoi les nombres sont-ils souvent envoyés par paquets de 5 si les émetteurs sont réellement aussi divers que ce qu'on veut bien croire ?  Et pourquoi transmettre tous les jours, tous les mois, toutes les semaines des messages semblables ? Dans tous les cas, on peut toujours sauver cette explication en se disant que la masse de ces messages est juste une transmission vide de sens, visant seulement à garder un contact quelconque, avec parfois une information importante pouvant passer, codée comme nous l'avons expliqué.

Ce qui est très amusant est la réaction des autorités lorsqu'on leur en parle. Voici un exemple. Andy Tower, porte-parole de la Chambre de Commerce et d'Industrie, qui régule les télécommunications en Angleterre, déclare en 1998 au Daily Telegraph : « Ces stations de nombres sont ce que vous supposez qu'elles sont. Les auditeurs ne devraient pas avoir de fantasmes sur elles. Elles ne sont pas faites pour une écoute publique. »  En 2000, John Winston, assistant chef de la Commission Fédérale des Communications aux États-Unis, résume en ces termes sa position au sujet des stations de nombres dans l'émission radio All thing Considered : « Nous n'avons pas l'intention de discuter de ces stations, si seulement elles existent... Cela ne veut pas dire que j'admets le fait que des stations de nombres émettent depuis ce pays, même si vous affirmez le contraire. Nous en connaissons un grand nombre, mais à l'extérieur du pays. »  Pour résumer, circulez, y'a rien à voir. Pourtant, cela peut concerner les simples citoyens, a priori. Ces émissions ne sont pas toujours inoffensives. Une station a par exemple interféré avec le trafic aérien à 6577 kHz, une fréquence réservée aux communications aéronautiques internationales dans le secteur des Caraïbes. Cela s'est répété plusieurs fois. À un moment, le contrôleur aérien de l'ARINC a même été contraint d'utiliser une autre fréquence car les transmissions de nombres bloquaient totalement les autres messages. Le site émetteur a été identifié comme étant Guineo, à Cuba, lié au Renseignement Cubain.

On pense que la dernière hypothèse serait la plus plausible. En effet, certains enregistrements de stations de nombres ont été utilisées comme pièces à conviction dans des procès.

1957 - Rudolf Abel aka William Fischer

L'histoire de William Fischer est un roman. Agent du KGB, il a opéré sur le sol des USA de 1948 jusqu'à son arrestation en 1957 sous une identité usurpée à un autre agent du KGB décédé : Rudolf Abel. C'est une pièce de monnaie creusée qui a été à l'origine de la chute de ce chef de réseau. À l'intérieur de celle-ci ont été introduits des masques jetables microfilmés qui ont permis au FBI de remonter jusqu'à William Fischer. Grâce à cette découverte, le contre-espionnage US a pu repérer et écouter les stations de nombres destinées au réseau dont le Colonel Rudolf Abel / William Fischer avait la charge. Ces pièces à conviction ont contribué à sa peine de trente ans de prison.

1997 - The Cuban 5

Ces cinq agents cubains, intégrés au vaste réseau d'espionnage « WASP », ont été jugés et condamnés en 1997. Le procès des « Cuban 5 » est à ce jour le cas le plus emblématique de l'utilisation des stations de nombres comme média de transmission entre une base et ses agents en opération clandestine. Le FBI traquait depuis longtemps les « Spanish Ladies », ces stations de nombres émettant en langue espagnole que l'on entendait depuis plusieurs années sur la côte Est des USA et surtout en Floride. Vraisemblablement peu convaincus par l'utilité de leurs fonctions, les cinq agents cubains ont commis l'erreur d'utiliser un même masque jetable pour plusieurs messages. Lors de leur arrestation, un poste ondes courtes et des carnets de masques jetables sont trouvés dans leur habitation. Ces éléments ainsi que la surveillance constante du FBI ont conduit à l'arrestation et la condamnation des « Cuban 5 ».

2010 - The Russian 10

Ce réseau russe, baptisé« Illegals » et arrêté en 2010, comportait une dizaine d'agents reconnus coupables d'espionnage pour le compte du service de renseignement extérieur russe (FSB). L'acte d'accusation fait état de l'entraînement et la formation des agents à la cryptographie sur base des masques jetables et l'utilisation des ondes courtes. Plusieurs carnets de masques jetables ont été retrouvés dans les effets personnels de « Cynthia, élégante trentenaire avec un léger accent scandinave qui travaillait pour une banque à New York City ». Un parfum de guerre froide plane sur cette affaire, qui est pourtant révélatrice de l'utilisation actuelle des radios-espions.

Mais il y a pire. Certaines de ces émissions seraient liées au gouvernement. Oui, le même gouvernement qui engage des Hommes en Noir pour vous effacer la mémoire, qui emploie une subtile propagande, qui est infiltré de partout par des ennemis extérieurs. Le gouvernement, l'État y est impliqué. Havana Moon, désireux de prouver que bon nombre des Spanish Ladies, nom donné aux stations de nombres de langue espagnole captées aux USA, ne proviennent pas toutes de Cuba mais trouvent également leurs origines sur le territoire national, décide de parcourir Route 1 avec sa Chevrolet en suivant un signal radio qui le conduira à l'Air Force Station de Tequesta en Floride.

Je tiens enfin à signaler un dernier mystère lié à ces stations : le Buzzer, ou « Mais qui nourrit le chien ? ».

Localisée au nord-ouest de Moscou, dans une zone militaire classifiée pendant la guerre froide, cette station émet un bourdonnement similaire à une sirène ou une corne de brume 24h/24, 25 fois par minute sur 4625 MHZ depuis 1982. Vous pouvez l'écouter ici : https://soundcloud.com/walter-kurtz-2/the-buzzer-irdial .Malgré les demandes répétées d'informations, personne ne sait à ce jour à quelle fonction est destiné le « Buzzer ». Bien qu'il ne s'agisse pas d'une station de nombres classique, mais plutôt d'une « Noise Station », l'UVB-76 excite la curiosité de la communauté depuis plus de trente ans. En trente ans d'existence, l'émission continue du bourdonnement a été interrompue trois fois. Au cours de ces interruptions, dont la dernière date de juin 2010, des voix russes et des séries de chiffres ont été entendues. En 2011, une équipe de reporters russes s'introduit dans le bâtiment qui héberge l'émetteur du « Buzzer » et, constatant que celui-ci est désaffecté depuis deux ans, se pose les questions suivantes : pourquoi entend-on encore le « Buzzer » ? Quelle est sa localisation actuelle ? L'un de ces journalistes a même posé une interrogation tout à fait pragmatique, saisissant bien l'intensité dramatique du moment : « Mais qui nourrit encore le chien resté sur le site ? ».

     
    
Photo aérienne du lieu source du « Buzzer »
     

- Sources :

Cet article inaugure un nouveau format expérimental que vous allez pouvoir retrouver grâce au nouveau libellé correspondant. Les fiches M sont là pour vous rappeler que l'on ne sait jamais si les creepypastas sont vraies ou fausses, parfois on trouve facilement, parfois non, mais en tout cas l'horreur existe tant dans l'esprit tordu de certains auteurs qu'à 50 mètres de chez vous. N'hésitez pas à nous faire un retour sur cette nouvelle forme de creepypastas et à nous indiquer si vous en souhaitez davantage !

lundi 13 avril 2020

Télépyle

Bonjour à tous et à toutes. Je vous présente aujourd'hui un document que m'a envoyé un ami travaillant aux archives du département de l'Ille-Et-Vilaine. Il s'agit du témoignage d'un capitaine corsaire, datant des années 1830, Mathieu de la Rüe. Je tiens à préciser qu'à l'époque, les corsaires n'étaient pas des pirates mal lavés sans foi ni loi, mais des hommes cultivés, faisant la guerre en dentelles comme on disait. Personnellement, ce texte me rappelle certains de mes cauchemars, et je doute qu'il soit véridique. Je vous laisse en juger par vous-même.

[...] Nous voguions dans la brume depuis maintenant quelques jours. Notre réserve d'eau potable était déjà sérieusement entamée, et nos outils étaient trop abîmés pour pouvoir nous localiser convenablement. Pensez-vous, si j'avais su que ce traître jetterait à l'eau notre sextant, notre boussole, nos cartes, et tout le reste, je l'aurais abattu dès le premier jour. Le ciel était caché, nous ne voyions même pas les étoiles. Or, nous devions accoster dans un port, quel qu’il soit, ou nous allions mourir de soif. Ou seulement de faim, si nous parvenions par miracle à trouver de l'eau douce. Même si nous venions à être obligés de nous rabattre sur un port anglais, je crois bien que j'aurais été prêt à me rendre ! 

Une semaine plus tard, notre réserve d'eau était presque épuisée. La mutinerie grondait. On parlait de jeter à l'eau quelques matelots pour que les autres survivent. Une délégation des membres de l'équipage vint m'exposer le "problème". Je le connaissais leur damné problème, moi aussi j'avais soif. Au moment où les deux partis commençaient à élever la voix, le cri de la vigie retentit : « Terre ! Terre ! » Nous remontâmes tous sur le pont. Je n'en croyais pas mes yeux, c'était un miracle. L'ombre d'une île se profilait à l'horizon, et ce, à la tombée de la nuit. Un peu plus tard et nous l'aurions ratée. J'ordonnais donc de se diriger vers elle. Mais je découvris plus tard que ça n'avait rien d'un miracle.  

Nous arrivâmes à une ou deux lieues de cette île enveloppée de brume. Bien que nous ayons navigué plusieurs heures, et que le jour eût déjà dû se lever, la nuit persistait. C'était étrange, mais je sais de par les témoignages d'amis commerçants que cela peut arriver dans le Grand Nord. Nous nous étions égarés plus que je ne le croyais, mais nous étions heureux : nous allions survivre. Enfin, survivre. Si c'était un port non français nous allions être faits prisonniers, mais les prisonniers pouvaient tout de même boire ! Les matelots étaient pris d'une motivation incroyable. Seul un vieux loup de mer restait à l'écart, comme d'habitude, taciturne. Il se leva et vint m'adresser la parole. Je me souviens de ses mots exacts : « Mon capitaine. Cette île est l'Île de Lamos, Porte-Lointaine. N'y accostez pas, on raconte que tous ceux qui y posent le pied en reviennent fous. » Je répondis : « Tu es sénile, vieil homme. Nous avons besoin d'eau et de vivres dans tous les cas, ou nous mourrons. Plutôt braver la mort que périr de soif et de faim. N'est-ce pas mes braves ? » Mes hommes acquiescèrent.  

Le port était en vue. Il me rappelait de manière incompréhensible mon port natal de Saint-Malo. Peut-être était-ce le climat qui m'était familier. Une eau calme, blanche et écumeuse clapotait à l'intérieur. Une petite forteresse pentagonale de pierres rouges se tenait sur une lagune. Les digues étaient faites d’une roche blanche, d'apparence crayeuse. Je dus tout de même noter des détails intrigants : ces digues, qui formaient un demi-cercle autour du bâtiment, étaient séparées l’une de l’autre par un espace vide. Mais bon, elles paraissaient suffisantes pour casser les brisants. De plus, la forteresse ne semblait pas avoir de vocation défensive, sa position était absurde. Mais, je fus surtout frappé par le silence régnant en ce lieu. Aucun bruit. Quiconque fut une fois dans sa vie dans un port, sait que les cris des mouettes, des marins, des fabriques et des entrepôts sont assourdissants. Là, rien. Pas même un oiseau traversant la brume.  

Nous entrâmes dans le port et jetâmes l'ancre. Avec quelques hommes, je partis dans une chaloupe explorer ce silence. Nous ne découvrîmes rien dans le port : aucun navire, aucune marchandise. Même pas d'eau. Ainsi, nous devions nous enfoncer dans le pays. Fort heureusement, celui-ci était verdoyant. Des pâturages s'étendaient devant nos yeux, mais point de cultures. Au loin, un volcan fumait. Cela ne me rassurait pas. Un prisonnier mahométan de Java m'avait raconté des histoires au sujet de ces volcans. Aucune ne se terminait bien pour les îles susmentionnées. Après quelques heures de marche, nous entendîmes, derrière une colline, des gargouillements, comme si un sauvage s'essayait à parler sans avoir appris le sens des mots qu'il prononçait. Restant sur nos gardes, nous continuâmes à avancer. Nous vîmes des jeunes filles laver des linges dans une eau boueuse. C'étaient elles qui, en parlant, émettaient de tels bruits.  Nous les accostâmes, nous présentant comme des étrangers affamés. Malgré nos différences de langage, nous parvînmes tout de même à nous faire comprendre. En fait, leur parlé ressemblait à du grec ancien que je comprenais grâce à ma jeunesse studieuse à Louvain, tout en laissant l'impression de n'être qu'un horrible patois déformé et gargouillant. Je compris que l'une d'elle était la fille du roi de cette île, Antiphathès, le Contre-Parleur. Elle nous mena au palais. En chemin, j’appris que vivait ici un peuple nommé Lestrygons, et qu’étonnamment, le nom de l'île, seul mot compréhensible prononcé par la jeune fille après le nom de son père, était bel et bien Lamos. Elle m'expliqua à grand renfort de gestes et de cris d'oiseaux que les Lestrygons, qui tiraient leur feu du volcan, étaient une race d'éleveurs et que l'abondance régnait toujours en ce pays. 

Le palais fut décevant : un édifice ramassé sur lui-même, dont les couleurs éclatantes ne masquaient que partiellement les pierres grisâtres et poussiéreuses constituant les murs. Autour du piètre château, je remarquai que de nombreux papillons voletaient, mais qu'ils avaient un comportement étrange : ils piquaient, comme des moustiques. Nous entrâmes, sans plus de cérémonie. La fille nous mena à ce qui était sa mère, et nous fûmes horrifiés : elle était une sorte de géante, gargouillant autant que ses filles. Mais grâce à son expression pacifique, nous comprîmes qu'elle ne nous voulait aucun mal. Nous nous trompions. Elle appela son mari, le Contre-parleur. Dans un vacarme abominable de hurlements, il arriva au pas de course, ne nous laissant même pas parler, cassant tout discours. Aussitôt, happant un de mes compagnons, il en fit son dîner. Nous partîmes le plus vite possible vers la crête, mais le Roi lança un cri à travers son palais. En l'entendant, les Lestrygons accoururent de partout à la fois, par milliers, non semblables à des hommes, mais à des géants. Lorsque nous rentrâmes de nouveau dans le port, poursuivis dans la nuit par ces ogres, nous nous précipitâmes sur la chaloupe, puis sur notre navire. Un affreux fracas s'éleva. Les digues avaient vu leur hauteur augmenter jusqu'à être au moins trois fois plus hautes que le navire, et les Lestrygons, depuis celles-ci, lançaient des rochers sur mon bateau ! Certains de mes matelots, ces malheureux, avaient pris le parti de débarquer de leur côté. Leurs chaloupes, qu'ils avaient rejointes au plus vite, furent fracassées. Tandis qu'ils étaient massacrés dans le port abyssal, je tranchais les amarres de la nef, et j’ordonnais à mes compagnons de se jeter à leurs postes pour que nous fuyions hors de ce scylla.  

Le vieux matelot, une fois que nous fûmes assez éloignés de Télépyle Porte-Lointaine, vint me demander, inquiet : « Capitaine. L'eau et les quelques aliments que vous rapportez en valaient-ils la peine ? » J'avais envie de le faire marcher sur la planche, mais j'avais un besoin absolu de tout mon équipage, ayant déjà perdu beaucoup de mes braves marins.  

Finalement, lorsque nous nous fûmes assez éloignés de Lamos, la brume se dissipa et le soleil se révéla. La Nuit était terminée. Nous avions de l'eau et de la nourriture, nous allions peut-être pouvoir rejoindre un port [...]

Mon ami m’a aussi transmis quelques renseignements au sujet du capitaine en question : d'après les archives, il est rentré sans trop de soucis à Saint-Malo, mais avec la moitié de son équipage. Des comptes lui ont été demandés et au lieu d'inventer une affabulation quelconque, cet homme brisé raconta cette histoire, couchée par écrit par un greffier, et fut condamné par le tribunal de la ville. L'hypothèse la plus probable est qu'au vu du manque d'eau et de nourriture, des matelots furent jetés par-dessus bord ou bien furent dévorés par leurs pairs. Son histoire ne serait qu'une sorte de métaphore lui permettant de supporter la réalité des événements qu'il avait vécus.  


vendredi 10 avril 2020

La vie de garde champêtre

Réponse publiée sur la page reddit r/france par l'utilisateur u/Biereasel le premier février 2020 sur un thread questionnant les choix des membres les ayant mené à leur métier actuel. Le thread en question est disponible à l'adresse  suivante : https://www.reddit.com/r/france/comments/f5vbkm/votre_parcours_pro/

Voici des captures d'écran de l'espace commentaire, suivi d'une retranscription en cas de toute éventuelle suppression du thread ou de la photo dans le futur.
https://zupimages.net/viewer.php?id=20/06/mdki.png
https://zupimages.net/viewer.php?id=20/06/8po7.png

Biereasel
7 points · 1 day ago

Personnellement, je suis actuellement barman dans un établissement en Ardèche, mais ça n'a pas toujours été le cas. Ma vocation première était loin de servir des bières ou des cocktails pour pouvoir manger à ma faim et payer mon loyer. Avant, j'étais un garde champêtre affilié à la commune de Cassagnas en Lozère, et je m'occupais principalement du rôle de police de la faune et de la flore sauvage. En gros, je me chargeais plus particulièrement de répertorier la présence d'espèces invasives pouvant compromettre l'habitat et la survie d'espèces menacées. C'était il y a bien une quinzaine d'années maintenant, mais je me souviens encore très bien de la raison pour laquelle j'ai arrêté du jour au lendemain.

Plusieurs témoignages rapportaient depuis quelques semaines la présence d'une espèce de loutre qui ne ressemblait pas à celle qu'on retrouve par chez nous habituellement. Des loutres d'Europe, une espèce menacée encore à l'époque, avaient élu domicile proche du Parc national des Cévennes, et la présence d'une autre espèce de loutre qui n'avait rien à faire là pouvait représenter une menace pour celles-ci. J'ai donc dû m'y coller, et croyez-moi, chercher une loutre sur un terrain de plusieurs kilomètres constitué de renfoncements, rivières, ruisseaux et forêts est assez difficile. J'ai passé une journée entière dehors, surtout à causes d'intempéries qui m'ont obligé à m'abriter de trop nombreuses fois dans des renfoncements pour éviter d'être trempé jusqu'à l'os. Si bien que lorsque la nuit a fini par tomber, il ne me restait plus qu'une petite zone à explorer, le col du buisson si je me souviens bien. Je n'avais jusqu'alors pas aperçu une seule trace de loutre, hormis évidemment celles ayant une place légitime dans la zone.

J'ai fini par devoir me diriger à l'aide de ma lampe torche à cause du noir total dans lequel je me suis retrouvé. C'était une nuit sans lune, et il n'y avait pas autant de lumières extérieures dans la région à cette époque, donc je me suis vraiment retrouvé à galérer... Et c'est là que je l'ai vue. Une loutre. Elle avait un pelage court et assez brillant, un peu comme une loutre d'Asie. Mais ce qui m'a le plus marqué était la couleur sombre de ses poils et de son museau. On aurait dit qu'elle venait de se nourrir et qu'elle était couverte de sang. On est bien restés plusieurs secondes à se regarder elle et moi, avant qu'elle se mettre à courir hors du faisceau de ma lampe. J'ai commencé à la suivre, quand je l'ai vue s'arrêter près d'une masse informe. Elle a arraché un morceau à la forme, a commencé à le grignoter sur place, puis, voyant que je l'avais suivie, s'est mise à courir en renversant une pierre, avant de se jeter dans un trou ressemblant à un terrier. J'étais étonné par ce comportement. Je me suis approché du tas de viande pour essayer de comprendre quel animal avait fini en pâté pour loutre, quand j'ai remarqué un détail troublant. Les restes étaient non seulement ceux d'un animal très grand, mais avaient également l'air frais, comme si la bête n'était pas morte depuis plus d'une dizaine d'heures. Et en essayant de refaire le trajet du petit diable avec ma lumière, j'ai remarqué que ce que j'avais pris pour une pierre tout à l'heure était un chapeau. Un haut-de-forme pour être exact, et lui aussi avait l'air partiellement dévoré. Ce n'était pas un animal lambda, c'était un de mes congénères qui gisait là, au milieu de la forêt et bouffé par des loutres qui n'avaient rien à faire ici. J'ai instantanément agrippé mon fusil et activé mon talkie pour prévenir mes collègues en leur donnant ma position et en leur faisant un topo de la situation. J'ai ensuite cherché à trouver le terrier dans lequel le petit animal s'était jeté quelques minutes avant, mais celui-ci semblait avoir disparu.

J'ai commencé à passer ma lampe autour de l'endroit où j'avais aperçu ce fameux trou et, ce faisant, j'ai remarqué du mouvement. Comme si la terre tremblait à cet endroit. C'était une drôle de sensation, un peu comme une illusion d'optique. Je voyais quelque chose que je ne comprenais pas dans un premier temps... Et j'aurais préféré ne pas le comprendre, finalement. C'étaient des loutres. Un troupeau de loutre qui formait une masse informe et que j'avais pris pour le sol, grouillant à cet endroit précis. Les animaux avaient sûrement festoyé sur le corps de l'homme au chapeau quelques heures auparavant, et se tapaient maintenant une sieste digestive. C'était trop pour moi. J'aurais dû attendre mes collègues sur place, mais j'en étais incapable. Je me suis précipité à l'opposé de cette marée de loutres et j'ai couru jusqu'à atteindre des habitations. Je me suis fait mettre à pied provisoirement par le maire dès le lendemain, et j'ai décidé de déménager dans la semaine. Et par conséquent, j'ai remis ma démission.
Le pauvre bougre que j'avais trouvé avait décidé de se balader à proximité du col du buisson, quand il s'était vraisemblablement cassé la gueule et tapé la tête contre une pierre. Il était encore vivant quand la meute lui était tombé dessus, mais personne n'a été capable de savoir s'il était conscient. Les bêtes étaient sûrement affamées pour s'attaquer à quelque chose d'aussi gros. Même si parfois ce métier me manque, je crois que je préfère largement mourir d'une cirrhose que d'être grignoté par une centaine de bestioles, perdu dans un endroit paumé.


lundi 6 avril 2020

Anatidaephobie

Je me réveille en sursaut, mon duvet trempé par la sueur. Il est deux heures du matin et un froid de canard règne dehors, me rappelant que la nuit est encore longue et que ce que je venais de vivre n'était que le vilain petit canard de celle-ci.

Il était là et me fixait. Percé à jour, je me grattais encore frénétiquement le cou tant ce cauchemar m'avait effrayé, lointain souvenir de mon pull à col vert roulé qui m’a irrité lors de notre première rencontre. La bête s'approchait de plus en plus au fil des mauvais rêves, et dans celui-ci elle était sur moi, dans mon lit. J'ai presque cru ne jamais me réveiller, il était temps.

Décidé à sortir de mon nid pour aller prendre une gorgée d'eau, j'attrape ma canne pour éviter de marcher comme un canard boiteux tout en me dirigeant vers ma salle de bain. Arrivé sur place, je commence à remplir un verre avant de jeter un regard dans le miroir. Je le vois, il est là, derrière moi, dans un coin de la pièce. Je reste crispé pendant de longues secondes qui me paraissent des années tandis que ses yeux me fixent. Son bec commence à s'ouvrir lentement. De peur, je laisse tomber ma canne, mais dans un moment de lucidité je décide de m’élancer sur la première arme à ma portée : le balai-brosse Canard à quelques centimètres de moi. Je me rue au sol pour l’attraper et me retourne en le pointant en direction du coin.

Rien. Le monstre avait disparu alors que je m'apprêtais à lui voler dans les plumes. N'étant pas une oie blanche, je savais néanmoins l'avoir vu. Rien que la peur qui s'installait en moi à ce constat me donnait des nausées, me faisant presque régurgiter le magret de la veille.

J’ai attrapé ma canne et me suis relevé sans trop de soucis, déterminé à me recoucher pour faire cesser ces hallucinations, sûrement causées par la fatigue. Néanmoins, arrivé de nouveau dans ma chambre, je le vis une fois de plus. Il était là, enveloppé dans ma couverture, ses pieds palmés se dessinant sous elle, plongeant de nouveau son regard dans le mien. Je me suis de nouveau figé alors qu'il ouvrait une nouvelle fois son bec, laissant échapper le bruit le plus terrifiant que je puisse jamais entendre, un « COIN » d'une violence inouïe qui fît presque exploser mes tympans et trembler les murs de mon nid d'amour...

Je me réveille en sursaut, mon duvet trempé par la sueur. Il est deux heures du matin et un froid de canard règne dehors, me rappelant que la nuit est encore longue et que ce que je venais de vivre n'était que le vilain petit canard de celle-ci. Et alors que je suis décidé à sortir de mon nid pour aller prendre une gorgée d'eau, je tente d’attraper ma canne et me rend compte que mes membres sont semblables à ceux de la bête. Pris de panique, je hurle de toutes mes forces :

« COIN ! » 


vendredi 3 avril 2020

Petit dictionnaire des légendes urbaines soviétiques

La publication d'aujourd'hui est un peu particulière, car il ne va pas tant s'agir d'une véritable creepypasta (ou, pour être plus précis, de plusieurs véritables creepypastas) que d'une page vers laquelle de futures publications pourront pointer dans un souci de clarté. Le texte suivant est en effet une longue compilation de petites légendes urbaines soviétiques en tous genres provenant de cette page. Je n'ai pas traduit les trois derniers chapitres, car on s'éloignait carrément du creepy, que ça partait plutôt dans les petits racontars sans intérêt ou, pour le passage sur les personnalités célèbres, que ça n'aurait avancé personne puisqu'il s'agit de légendes urbaines sur des individus soviétiques totalement inconnus chez nous. Voyez donc ceci comme une petite plongée dans l'imaginaire collectif russe et soviétique, qui devrait vous dépayser et vous sera très utile pour comprendre les prochaines traductions de pastas russes, qui doivent reprendre sous peu. Assez parlé, place aux légendes !



Il ne s’agit la plupart du temps pas tant de légendes que de phobies, enfantines ou non, qui ont fait l’objet de tant de commérages peu crédibles et ont été agrémentés de tant de détails qu’elles ont presque fini par acquérir un goût de réel. Toute personne ayant raconté quelque chose du genre indique obligatoirement que ça lui est arrivé, ou à une de ses bonnes connaissances, ou à une bonne connaissance d’une de ses bonnes connaissances…

I) Dangers et morts étranges

Les mutants de Tchernobyl

Après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les animaux ont muté en d’énormes monstres assoiffés de sang. En 1993, un film intitulé « Les monstres » tellement mauvais qu’il en est devenu appréciable a été réalisé à propos des créatures gigantesques rôdant dans la zone de Tchernobyl.

Les serpents dans les canalisations

Il s’agit d’une variante de la légende urbaine américaine à propos des crocodiles dans les égouts de New York. Quelqu’un aurait balancé des œufs de serpent venimeux dans les toilettes. Ils auraient éclos et les serpents seraient devenus monnaie courante près des cadavres. Ils pourraient sortir des toilettes et vous mordre là où il faut…

Les rats du métro

Dans le métro vivent d’énormes rats mutants. Les conducteurs les voient souvent et les écrasent. Selon une version, on aurait pris un bull-terrier errant et qui aurait vécu assez longtemps dans une des stations du métro moscovite pour un rat de la taille d’un chien. C’était à l’époque où cette race n’était pas très connue en Union soviétique. C’est précisément ces proportions, « la taille d’un chien », qu’on a repris dans les articles de journaux.

L’invasion de hamsters


Au tout début de l’ère Khrouchtchev, vers 1955, il y a eu un hiver très rude avec beaucoup de neiges et des congères qui gelaient souvent.

Et cette année, un terrible fléau s’est abattu sur les régions centrales de la Russie…

De gigantesques hamsters sont apparus d’on ne sait où en grand nombre. Ils étaient en bonne santé, de la taille d’un petit chien et pouvaient atteindre un poids de quelques kilos. De ce que j’ai compris de leur description, il s’agissait vraiment de hamsters, et leur pelage était roux-blanc-noir. Les hamsters géants étaient étonnamment agressifs. Ils se rassemblaient près des congères gelées ou sur des monticules et guettaient les gens.

Lorsque ces derniers s’approchaient trop, ils se jetaient sur eux pour les mordre. Ils sautaient d’ailleurs très haut et visaient la jugulaire. Si plusieurs d’entre eux s’attaquaient à une personne, il était très difficile de s’en libérer, ces animaux étaient très forts. Ils étaient capables de tuer les enfants et les jeunes adolescents. Apparemment, ils auraient commencé à s’attaquer aux humains à cause de la faim car l’année avait été très mauvaise pour la nourriture, l’hiver était très rude et ils n’avaient probablement pas fait de réserves de gras.

Les escalators

La localisation de l’histoire est variable : Léningrad, Moscou, Kiev. Un accident d’escalator aurait projeté les gens dans une faille s’élargissant, et ceux-ci auraient été broyés par de gigantesques engrenages. Encore aujourd’hui, certains ont peur de les emprunter.

Cette histoire est partie de rumeurs (puisqu’il n’y a jamais eu d’annonce officielle) d’un accident à la station Aviamotornaya.

Tout le monde est mort


Un petit garçon jouait avec des ciseaux et s’est crevé les deux yeux. Alors que la mère courait partout dans l’appartement avec son petit garçon désormais aveugle, sa fille s’est noyée dans la baignoire. Voyant cela, la mère s’est jetée par la fenêtre du dixième étage. En rentrant, le père, voyant sa femme étalée sur le goudron, son fils aveugle et sa fille noyée, a pris son fusil, tué son fils et a retourné l’arme contre lui. Tout le monde est mort.

Les moustiques-vampires

Les moustiques ont sucé tout le sang : lors de la construction de la ligne ferroviaire Magistrale Baïkal-Amour (ou BAM), on a retrouvé un cadavre complètement vidé de son sang. Apparemment, les origines de cette légende remontent aux années 20 ou 30. Dans les camps de Solovski d’appellation particulière (SLON), il existait une forme de torture qui consistait à laisser un prisonnier complètement nu et attaché à un arbre toute la nuit « aux moustiques ». Les nuages de moustiques et d’autres saletés pouvaient tout simplement boire tout le sang du prisonnier.

Le motard assassiné

Un motard aurait déboulé devant un cortège de voitures dans lequel se trouvait un membre du Politburo (selon les versions, le Secrétaire Général lui-même) et aurait été abattu par la sécurité. Une autre version dit que le motard, par curiosité, avait voulu voir à quelle vitesse se déplaçait le cortège gouvernemental à Moscou. À cette fin, il s’est caché dans les buissons de la route Roubliovski avec un radar. À cette vitesse, la sécurité ne pouvait simplement pas voir qui les visait avec quoi depuis les buissons, et leur réaction a été machinale et fulgurante : ils ont ouvert le feu. Une version moins violente dit qu’un mec bourré serait allé se soulager derrière une voiture, sauf que cette voiture était celle de convoyeurs de fonds, et ceux-ci l’ont abattu, le prenant pour un voleur.

La fille d’un agent du KGB

Une fois, un groupe de racailles s’en est pris à une jeune fille. Celle-ci a tué l’un d’entre eux et sérieusement estropié l’autre. Il s’est avéré que c’était la fille d’un agent du KGB qui lui avait secrètement enseigné les points vitaux sur lesquels on peut frapper pour mettre momentanément quelqu’un hors d’état de nuire. Dans une autre version, ce n’est pas une fille mais un agent à la retraite qui se rendait à sa maison de campagne et à qui on essayait de voler sa voiture, ou bien tout simplement un agent en civil, ou alors une vieille dame ayant été agente dans sa jeunesse.

L’arme psychique

On raconte que dans l’arsenal de différents services secrets à travers le monde se trouve une arme psychique. Dirigée contre un ennemi, elle induirait un sentiment de peur intense.

Certains disent que le KGB s’en est servi contre des indésirables, que si l’on pointait l’émetteur suffisamment longtemps en direction de l’appartement de la cible, elle perdait la tête et se suicidait.

Et la meilleure défense contre ce genre d’arme était, bien sûr, un casque fait de feuilles d’aluminium.

Le chef de chantier

Dans chaque ville soviétique, il y a une histoire d’un chef de chantier qui aurait été emmuré vivant par ses employés.

II) Crimes et criminels

Fischer

Durant la chasse d’un certain psychopathe soviétique (pour être précis, de Sergueï Golovkine, dont le compte des seuls meurtres prouvés s’élevait à 11), un gamin a menti à la police en affirmant qu’il avait vu ce gars avec un tatouage « Fischer » sur la main. Il a fini par se faire griller après quelques temps. Mais plus d’une génération de pionniers (NdT : comprendre ici enfants de 9 à 14 ans) a entendu parler des méfaits du psychopathe Fischer non loin de leurs chambres de camps de vacances. Je mentionne ce racontar de pionniers parce qu’au contraire des dames blanches et autres voitures immatriculées S.S.D. (NdT : référence à une autre légende d’adolescents à propos d’une Volga noire avec ces lettres en guise d’immatriculation, qui signifient Smert’ Sovetskim Detjam, Mort aux Enfants Soviétiques), même les enfants les plus pragmatiques y croyaient. Quoi, même la police y a cru !

D’une manière générale, toutes les histoires de cette section sont des échos d’histoires vraies à propos de psychopathes, une thématique qui était taboue dans les médias soviétiques. Mais les légendes à propos de l’employé-tueur de la compagnie gazière (variante : de la compagnie des eaux) se sont répandues à travers tout le pays. Je peux vous le garantir.

Les mines d’uranium

Les condamnés à mort auraient en réalité été envoyés dans des mines d’uranium, et l’ami d’un ami les rencontrait forcément plus tard, édentés et malades.

Les fascistes

Dans la ville d’Omsk, il y avait une école spéciale pour l’apprentissage de la langue anglaise. Un jour, ils sont descendus dans la rue pour manifester sous des drapeaux fascistes et vêtus d’uniformes SS. Il s’avérait que l’école appartenait en fait à une organisation nazie souterraine. Tous ont été arrêtés sans attendre. Les profs ont été envoyés en prisons et les élèves dans des colonies pénitentiaires pour mineurs.

Une variante de cette histoire tourne autour d’un fonctionnaire ayant détourné beaucoup d’argent (il touchait des pots de vin), dans l’armoire duquel on aurait découvert – horreur ! – un uniforme d’officier SS.

Un petit détail marrant : dans l’air de la 7e symphonie de Chostakovitch, il y avait les mots « Nous sommes de la gestapo, Hitler est notre père ». Les écoliers se racontaient à mi-voix qu’un garçon qui se promenait dans la rue en sifflotant cette mélodie avait été arrêté sur-le-champ par la police.

Oui, et l’un des traits appartenant immanquablement aux fascistes était d’avoir les tempes rasées (NdT : comme un début de sidecut). C’était un peu l’élément principal dans un vrai fasciste. Et il y avait autant de jeunes battus à coups de ceinture dans le train que de 2 (NdT : les notes en Russie sont sur 5) donnés pour la note de comportement à cause de tempes rasées !

Les monstrueux médecins

Les monstrueux médecins étaient une thématique intarissable. Au début des années 80, le pays entier en tremblait. Tout le monde parlait d’un article dans le journal à propos d’un certain médecin de campagne qui avait enlevé la fille des voisins, lui avait coupé les pieds et les mains et la séquestrait dans sa cave. Les voisins avaient apparemment fait quelque chose à son chien et c’était comme ça qu’il s’était vengé. L’article a eu une forte résonnance. Personne ne l’avait lu soi-même, mais il y avait forcément un parent, un ami, un collègue ou une voisine qui l’avait raconté.

Le jour de l’anniversaire d’Hitler

Le jour de l’anniversaire d’Hitler (c’est en soi une légende urbaine sur les groupes de jeunes fascistes), on pend des pionniers avec leur foulard rouge caractéristique.

L’évasion

On dit que lors de la construction des hauteurs staliniennes (NdT : type d’énormes bâtiment contenant des appartements identiques construits lors de la période stalinienne) à Moscou, des prisonniers étaient utilisés comme main d’œuvre. Les maçons, qui n’étaient pas habitués à de telles hauteurs, avaient refusé de travailler. L’un des détenus (on précise parfois qu’il était pilote) aurait fabriqué un deltaplane avec du contreplaqué en trois couches et, après avoir attendu que le vent soit bon, aurait sauté du plus haut étage. L’aérodynamisme de sa création s’est révélé suffisant pour qu’il atterrisse seulement à Tchertanovo (NdT : un des quartiers de la banlieue de Moscou) sans la moindre égratignure.

Il s’est ensuite planqué pendant quelques années en prenant un faux nom et a été réhabilité après un certain temps.

La source la plus probable de cette légende est un précédent réel : des officiers britanniques faits prisonniers ont construit un planeur pour s’échapper du château de Colditz.

Il y a encore une autre histoire à propos d’une évasion d’un camp. Un détenu aurait confectionné un petit avion avec du contreplaqué et une tronçonneuse en guise de moteur et se serait envolé.

On raconte aussi qu’un citoyen est-allemand aurait construit un petit avion et aurait ainsi passé le mur de Berlin. Au niveau de la construction, l’avion aurait rappelé les modèles pour enfant, était très léger et était mis en mouvement grâce au moteur d’un scooter, ce qui lui permettait d’atteindre 100 mètres de hauteur. Cette légende est sans aucun doute une version (plus répandue) de l’histoire du deltaplane et des gratte-ciels staliniens. Pour parler sérieusement, ce n’est pas une légende, étant donné que l’Histoire a vu au moins deux tentatives réussies de construction à l’arrache d’appareil volant pour passer le mur de Berlin.

La défaite d’une personne au hasard au jeu de cartes de criminels

Dans cette histoire : des bandits jouent aux cartes pour faire perdre une place de cinéma. Le perdant s’assoit derrière cette place et, durant la séance, poignarde au cœur le spectateur infortuné avec une alêne.

Sonnerie d’alerte

Les vols d’appartement (comparé à l’époque actuelle) étaient moins courants, mais il y avait beaucoup de légendes à ce sujet. À propos d’une personne qui, afin de s’en prémunir, aurait placé en face de sa porte d’entrée une arme (un fusil ou une arbalète) en partant en vacances. Il y aurait ensuite eu un incendie chez lui, un pompier aurait défoncé sa porte et se serait pris la balle ou la flèche dans le ventre. Une autre personne aurait placé une trompe pour bateau en guise de sonnerie d’alerte ; un voleur aurait forcé sa porte, la trompe aurait fonctionné et celui-ci serait mort à cause du choc acoustique ou de peur.

Une vieille dame, très riche, aurait mis une alarme dans son appartement, parce qu’elle partait souvent. Elle la mettait en route, mais après quelques mois, elle s’était aperçue que de la monnaie disparaissait quand même. Mais il fallait qu’elle parte en Afrique du Sud, pour trois mois. Elle aurait payé en avance pour l’électricité, le gaz, le loyer et l’alarme. Mais au dernier moment, elle aurait été prise d’un doute. Elle aurait acheté de la clonidine, en aurait mélangé une dose mortelle à de la vodka et aurait laissé la bouteille sur la table.

Elle serait rentrée trois mois plus tard pour trouver trois flics (qui s’occupaient de la sécurité privée) morts, assis autour de la table, l’un d’eux ayant à la main un verre non terminé.

Les schizophrènes et les judas

Selon cette légende, certains schizophrènes sonnent aux portes toute la journée et, lorsqu’un propriétaire se décide à regarder à travers le judas, transpercent ce dernier à l’aide d’une pointe en fer. Les conséquences sont évidentes. Pour cette raison, il n’était pas recommandé de regarder à travers l’ouverture de la serrure. Que restait-il aux Soviétiques en guise d’alternative ? Ou bien faire appel à leurs compétences en ingénierie sociale à travers la porte, ou bien utiliser des gri-gris et des pendentifs douteux.

III) Nourriture

La citerne de kvas

Première version : à une époque soviétique reculée, alors qu’on pouvait encore voir les citernes jaunes avec leurs grandes lettres rouges en gras indiquant « Kvas » sur le côté dans les rues de nos villes pendant l’été, il y avait une jeune fille. Et un jour, elle a été violée et tuée. Et le cadavre a été caché dans une citerne qui se trouvait non loin. Le lendemain, la procédure de nettoyage réglementaire n’ayant pas été respectée, le cadavre a été noyé dans le kvas et la citerne a été emmenée pour les ventes du jour.
Il faisait chaud. Les gens buvaient avec joie des boissons fraîches pour étancher la soif qui les torturait.

Alors que le soir approchait, il ne restait plus beaucoup de boisson. Avec la diminution du volume de liquide, le corps de la pauvre jeune fille a bougé. Les restes du kvas sont sortis du robinet avec des cheveux…

Et si seulement c’était le plus horrible ! Si seulement le plus horrible était que les substances provenant de la décomposition s’étaient mélangées dans le kvas ! Mais en plus de tout cela, on a diagnostiqué la syphilis à la jeune fille…

Deuxième version : Une citerne de kvas s’est renversée (en général durant un accident), et on a découvert de gigantesques asticots (dans une autre version, des vers solitaires) dans le fond. Mais le kvas a malgré tout été bu dans des verres à peine nettoyés à la fontaine du coin.

Troisième version : Une longue file d’attente est devant la citerne. Trois kopeks le petit verre, six kopeks le grand. Brusquement, le kvas arrête de couler. Le vendeur s’énerve, disant qu’il doit en rester plus de la moitié, mais qu’il ne peut pas ouvrir la citerne car elle est plombée.

Un spécialiste est appelé (il est peu clair si la file d’attente reste ou non à attendre pendant ce temps).

Celui-ci ouvre la citerne, et à l’intérieur, le cadavre d’un homme flotte dans le kvas, et sa main s’est coincée dans le robinet.

L’histoire est racontée comme si elle s’était produite récemment avec des indications sur la localisation de la citerne.

Dans l’histoire, le kvas n’est JAMAIS remplacé par du lait ou de la bière.

Dans certaines versions, davantage de détails sont donnés sur l’homme : il aurait été un clochard qui aurait forcé la citerne durant la nuit afin d’étancher sa soif, serait malencontreusement tombé dedans et s’y serait noyé (mais dans ces versions, le passage avec le plombage est incohérent).

Le rat et le jardin d’enfants

Un rat (variante : un rat à moitié mort, ayant mangé de la mort-aux-rats répandue justement pour se débarrasser des nuisibles) est tombé dans la marmite dans laquelle on préparait de la bouillie de semoule (NdT : plat très commun pour les enfants soviétiques) pour les enfants. Bien évidemment, après avoir mangé le plat, ils sont tous morts. Et donc, l’ensemble du jardin d’enfant est allé manger les pissenlits par la racine !

C’est probablement l’inconscient collectif soviétique, dans lequel les jardins d’enfants sont détestés justement à cause de la bouillie de semoule, qui a permis la popularité de cette légende urbaine. Il y a même eu un article à ce sujet, intitulé « Comment un rat mort a vaincu l’URSS – l’irrationalité contre le monde soviétique ».

Une préparation contraire aux standards des produits alimentaires


On aurait rajouté du papier toilette dans le cervelas, et la vodka (variante : l’huile de tournesol) aurait été produite à partir de pétrole (variante : de sciure de bois). Du brome aurait été versé dans le thé des soldats pour éviter les abandons de poste momentanés, et du dimédrol dans leur vodka (variante : leur bière) pour qu’ils boivent moins et s’endorment plus vite. Dans la bière encore, on aurait ajouté de la lessive pour qu’elle mousse davantage.

Il y a aussi les choses étranges qu’on retrouvait dans le cervelas (variante : dans les crêpes) : des doigts et des dents humaines, des pattes de rats ou des queues de souris. Encore aujourd’hui, ces racontars sont très répandus (hélas, parfois, ce ne sont d’ailleurs pas de simples racontars).

Du caviar dans des conserves de hareng

Variante 1 : Lors de « l’affaire des poissons » (NdT : une célèbre affaire de corruption), un homme serait allé une conserve d’un kilo de hareng et, rentré chez lui, l’aurait ouvert pour y découvrir du caviar rouge. Il serait alors retourné au magasin pour prendre 10 autres conserves, et aurait trouvé du caviar dans chacune d’elles. Cette histoire était célèbre à l’époque d’Andropov (NdT : grosso modo vers 1983). Les « Voix » (NdT : l’auteur sous-entend ici La Voix de l’Amérique, média interdit sous l’Union soviétique que beaucoup écoutaient en cachette pour contourner la censure) l’ont rendue populaire, disant que c’est comme ça que la célèbre « affaire des poissons » a commencé.

Variante 2 : Une femme se serait rendue à l’épicerie fine Elizeïev pour y acheter une grosse conserve de hareng. En rentrant chez elle, elle y aurait découvert du caviar noir ! Excitée, elle serait repartie au magasin prendre quelques boîtes de plus, mais aurait entendu à la radio (dans le métro ?) qu’un ministre (aucune idée duquel) aurait été arrêté pour une tentative de contrebande de caviar noir dans des boîtes de hareng. La femme aurait pris peur et serait rentrée chez elle sans le caviar.

Pour plus de crédibilité, on ajoutait le nom d’un ministre récemment démis de ses fonctions. C’était en général l’Elizeïev qui constituait le magasin dans lequel se déroulait l’action, et ce pour de bonnes raisons (NdT : une autre affaire de corruption, moins connue, a eu lieu dans ses murs).

Le lait

Il y avait un fameux directeur d’une usine de production de lait, un homme qui avait beaucoup de succès, membre du parti et héros de toutes sortes de compétitions socialistes. Et il avait une femme magnifique, beaucoup plus jeune que lui, que peu de gens avaient vue, mais ceux qui en avaient eu la chance racontaient que sa beauté était indescriptible. Le directeur l’aimait, la choyait et la dorlotait, la gâtait de toutes les manières possibles et satisfaisait toutes ses innocentes fantaisies.

Soudainement, les habitants de la ville ont commencé à remarquer que le lait dans les bouteilles de verre commençait à laisser apparaître un contenu étrange : des ombres bleues et un petit pourcentage de gras. Des retraités vigilants (comme chacun sait, c’est précisément eux qui prenaient toujours les devants des mouvements anonymes) ont assailli les administrations qu’il fallait avec quelques dizaines de lettres anonymes.

Les représentants de ces services ne pouvaient pas ne pas réagir aux demandes des anciens travailleurs, et puis peut-être que l’ordre avait été donné de retirer le directeur qui commençait à agacer les hauts placés du coin. Passer un coup de balais pour le faire déguerpir de sa place bien au chaud ! Ces braves gaillards se sont donc rendus à l’usine, y ont trouvé des irrégularités au niveau des machines, sont remontés un peu plus loin – une petite visite chez le directeur s’est imposée.

Ils sont allés chez l’homme déjà dépossédé, marchant avec leur grand air, et qu’est-ce qu’ils y ont vu ? La magnifique femme du directeur était dans une énorme baignoire remplie de lait frais et prenait soin de son corps, lavait chacune de ses charmantes courbes. Les pièces du puzzle ont commencé à s’assembler, et ils ont compris que l’on ramenait ce lait chez le directeur et, une fois le bain terminé, qu’on le ramenait à l’usine pour le mettre en bouteille. La belle lavait même ses innocentes mains avec du lait frais, elle ne pouvait s’en passer.

C’est ainsi que les vifs habitants de la ville ont découvert le secret de sa beauté, et le directeur, selon ce qu’affirment les anciens et les anonymes, a été fusillé. Le destin de la jeune femme n’est pas connu de manière certaine, mais certains, qui sont proches des hautes sphères, assurent qu’on l’aurait vue à Kiev. Elle serait devenue la femme d’un autre directeur et aurait conservé sa resplendissante beauté et sa poitrine opulente.

Des bananes dans la morgue

Des étudiants en fac de médecine avaient un cours dans une morgue à Moscou. On leur montrait des cadavres, des têtes et d’autres parties de corps. Ils passaient d’un tiroir réfrigéré à un autre, jusqu’à ce qu’ils tombent sur l’un d’eux qui contenait des bananes. Et lorsqu’ils ont demandé ce que des bananes faisaient là-dedans, on leur a répondu que les places qui n’étaient pas occupées par les cadavres étaient louées aux marchands. Et que c’était absolument sans danger pour les personnes qui achèteraient les bananes ensuite. Dans la banlieue, des entrepreneurs auraient même racheté une morgue entière pour la transformer en entrepôt. Certains disent aujourd’hui que c’est précisément pour cette raison que des tâches apparaissent sur les bananes, parce qu’elles murissent avec les morts. Soi-disant que les bananes ne mûriraient pas de cette manière dans la nature.

C’est sûrement des foutaises, mais il vaut mieux tout de même faire attention avec les bananes qui deviennent mouchetées.

IV) Technologie
 

Les voitures-radars

Les voitures-radars parcouraient les rues et vérifiaient les magnétoscopes à la recherche de cassettes interdites. C’était, pour être précis, à l’époque du boom des cassettes vidéo, et cela a duré jusqu’à l’époque de Gorbatchev.

Et voilà comment se déroulait prétendument la lutte contre le visionnage de films néfastes idéologiquement parlant, tels que Rambo ou 9 semaines ½, à la maison : le courant était coupé dans les logements, et sans électricité, il était impossible de retirer une cassette du magnétoscope. Les agents allaient dans l’appartement visé et dressaient un procès-verbal. Détail à part, à Moscou, on appelait ça des « vidak », et en province des « vidik ».

Les modèles « Tchaïka »

Des missiles ou des mitrailleuses à gros calibres étaient soi-disant cachés dans les « canines » du pare-chocs (NdT : terme utilisé dans le texte original faute de mieux, l’auteur veut dire ici les deux formes sphériques sous la grille, probablement de simples éléments esthétiques) des voitures de modèle Tchaïka du KGB. Il est vrai que toutes les Tchaïka qu’on rencontrait en ville appartenaient à l’administration, mais c’est un détail.

La pellicule rouge

Chez les adolescents de l’Union soviétique, il existait un mythe selon lequel si l’on mettait cette mystérieuse « pellicule rouge » dans un appareil photo, les gens sur les photos apparaitraient sans leurs vêtements. On l’importait depuis l’étranger et elle coûtait très cher. Personne n’en a jamais vu, mais tout le monde rêvait de mettre la main dessus. Et c’était une « histoire pour faire peur » populaire : souvent, après avoir photographié des filles, les garçons leur disaient qu’ils les avaient prises sur pellicule rouge, après quoi il leur fallait s’enfuir pour échapper à leurs camarades un peu trop crédules en furie.

Dans une autre version, il ne s’agissait pas d’une pellicule rouge mais d’un appareil photo infrarouge créé pour les besoins de l’armée. Et il y en avait même qui croyaient que si l’on enduisait le verre de sang de chauve-souris, l’effet serait le même qu’avec la pellicule rouge.

L’antenne à mercure
 

Comme les « Voix de l’ennemi » étaient brouillées et que l’on voulait les écouter, les gens ont inventé toutes sortes d’antennes. Les antennes contre les brouillages n’aidaient pas vraiment, ce qui, selon moi, a été à l’origine de l’apparition de l’histoire de « l’antenne à mercure ». Selon la légende, on versait du mercure dans un tube de cuivre d’une certaine longueur (personne ne savait laquelle). On plaçait le tube sur le rebord de la fenêtre à l’extérieur et il permettait de capter n’importe quel signal radio avec une clarté de son époustouflante. Même les plus éloignés. L’utilisation de cette antenne était extrêmement limitée par le fait que l’image de tous les téléviseurs du bâtiment disparaissait lorsqu’elle était en marche.

Dans l’une des versions, un certain amateur de radios aurait récolté 10 années durant du mercure goutte par goutte (il fallait en récupérer beaucoup, quasiment un litre), assemblé l’incroyable antenne et commencé à essayer de capter tous les canaux de télévision et de radio existant. Mais une telle antenne brouillait les communications entre les avions et les tours de contrôle, c’est pourquoi l’amateur de radio aurait été arrêté, et le mercure aurait été jeté… Dans une autre version, ce sont des agents du KGB qui se sont rendus chez lui pour faire une perquisition, mais ils n’ont pas pu trouver l’antenne et sont repartis bredouilles, car notre héros l’avait installée dans sa cheminée (eh oui, des agents si naïfs et idiots qu’ils n’avaient pas pensé à la vérifier). Le destin de l’antenne et de son fabriquant après cela est inconnu.

Dans une autre des nombreuses versions, ces antennes étaient fabriquées par le KGB afin d’espionner les communications à l’étranger, et les antennes paraboliques pour la réception satellite seraient en réalité aussi des antennes à mercure, et il ne fallait pas les utiliser, car lorsqu’on les branchait, tous les objets métalliques à proximité commençaient instantanément à fondre.
D’autres moyens de fabriquer une antenne à mercure :

• Le mercure était versé dans une bouteille et un fil électrique était passé par le bouchon. Une variante existe dans laquelle le mercure est versé dans une boîte de baume vietnamien « Golden Star » ;
• Le mercure était versé dans le manche d’un stylo ;
• Dans un thermomètre médical chauffé au maximum, on faisait une ouverture pour passer un fil électrique ;
• Il fallait faire un trou dans une ampoule et la remplir de mercure, puis la brancher, mais cela avait pour risque de rendre tout l’appareil HS et même ce qui y était branché.

Il y a également des versions à propos d’antennes à mercure pour la télévision avec des caractéristiques semblables. Lors de leur utilisation, tous les téléviseurs du quartier s’éteignaient à part le tien, et le KGB repérait rapidement ce genre d’antennes, ce pourquoi personne n’essayait d’en construire.

De manière générale, l’écoute des « Voix » a fait naître beaucoup de légendes. Par exemple, parmi ceux qui n’ont aucune culture technique, il y avait une histoire qui circulait comme quoi des appareils spéciaux étaient installés dans les radios pour que le KGB puisse suivre qui écoutait quoi. Ce qui est intéressant, c’est qu’il est réellement possible de définir sur quelle fréquence une radio est réglée grâce aux émissions parasites de l’hétérodyne. Il y avait aussi une croyance selon laquelle il était pénalement répréhensible d’avoir des diapasons émettant sur les bandes des 19, 16 et 13 mètres (beaucoup de stations étrangères émettent sur ces fréquences, mais elles n’étaient pas brouillées car les radios soviétiques sur le marché étaient dépourvues de tels diapasons). Il y avait aussi une histoire prétendant que sur les bandes magnétiques étrangères livrées en Union soviétique étaient enregistrés des sons particuliers qui avaient un effet nocif sur l’esprit. Il n’est jamais venu à l’esprit de ceux qui croyaient cela que, premièrement, les bandes sont complètement démagnétisées lorsqu’on enregistre dessus, et, deuxièmement, que même si ces sons existaient, les appareils courants n’étaient pas en mesure de les reproduire.

Le couteau à mercure

Il existe, quelque part, un COUTEAU. Dans sa lame, il y a une cavité sur toute sa longueur remplie exactement à moitié de mercure. L’intérêt, c’est que peu importe comment il est lancé, il tournera toujours de sorte à ce que la lame soit en avant (grâce au mercure) et se plantera avec une force effrayante (dans un ennemi, dans un arbre, dans un mur). La légende a également été enrichie de quelques histoires :

1) Comme quoi de tels couteaux n’étaient produits que pour les régiments de SS par la firme Solingen ;
2) Comme quoi il existerait également des canifs de ce genre.

Il y avait également une version à propos d’une batte de baseball creuse remplie à moitié de mercure qui, même dans les mains d’un faiblard, se transformait en arme mortelle. On racontait que les meilleurs joueurs de baseball avaient une batte de ce genre et que c’était grâce à elle qu’ils occupaient les meilleures places dans les championnats.

La chachka de Tchapaev

 
Tchapaev (NdT : un acteur de la révolution bolchévique sans particularité, tout de même passé à la postérité grâce à un livre de 1923 ayant rencontré un grand succès) possédait une chachka dont l’intérieur était creux et à moitié rempli de mercure. Cela permettait au commandant de division intrépide de trancher les cavaliers ennemis jusqu’à la selle en un seul coup. Cette légende est, sans aucun doute, liée à celle du couteau à mercure, mais elle existe de manière indépendante. Quoiqu’elle pourrait avoir un lien avec la légende de l’épée d’Alexandre Nevski (NdT un des héros historiques les plus populaires de Russie, grand-prince de la ville de Vladimir et vainqueur des Suédois puis des chevaliers teutoniques vers 1240) qui aurait également été remplie d’un liquide pour l’alourdir, histoire répandue parmi les « connaisseurs » des histoires de la cour.

Le numéro spécial

Ce racontar vient du Moscou du début des années 80. Les Moscovites affirmaient qu’il existait un certain numéro, admettons le 777-13-13, dont l’appel permettait de passer en mode soirées téléphoniques, où tout le monde pouvait parler avec tout le monde, certes par-dessus des tonalités courtes ininterrompues.

On en apprend tous les jours. À Leningrad aussi, il y avait un tel numéro, soi-disant une défaillance du commutateur téléphonique de la ville, et il était possible d’y discuter un peu comme sur internet sur aujourd’hui en l’appelant. Et il s’est avéré qu’il y avait la même chose à Moscou. Il n’y a aucun doute sur le fait que c’était alors une légende. Maintenant, il y a même un site sur lequel des gens qui se sont rencontrés via ces chats vocaux se réunissent et s’échangent des anecdotes.

Un internaute de l’Oural se rappelle d’une autre légende de l’époque où il était sur les bancs de l’école : pour une certaine somme, les plus vieux de l’école vendaient un numéro de téléphone secret grâce auquel il était possible de téléphoner gratuitement dans toutes les villes de Russie. Le canal n’était accessible que depuis les cabines téléphoniques, aucune carte n’était nécessaire.

Les radars à la frontière finno-soviétique

La frontière finno-soviétique aurait été contrôlée par des radars spéciaux sur lesquels on pouvait voir n’importe quel être vivant. Afin de les duper, il fallait jeter des feuilles d’aluminium sur la route. C’est ce que faisaient les contrebandiers qui ramenaient des sacs pleins de collants de la Finlande (NdT : sous l’union soviétique, les collants étaient interdits et valaient donc une fortune).

L’URSS souterraine et sous-marine

On racontait qu’il existait d’énormes usines souterraines dans lesquelles d’incroyables technologies secrètes étaient développées. On peut relier ces histoires à celles des tanks capables de se déplacer au fond de l’océan et des hangars sous-marins de l’Atlantique où étaient entreposées des bombes atomiques. Ainsi qu’à celles des sous-marins et des armes tectoniques (le sous-marin se rendait furtivement sous le territoire de l’ennemi et déposait une bombe atomique sous la terre, la bombe explosait et déclenchait un tremblement de terre destructeur).

Encore une fois dans l’Oural, dans la sphère des constructions mécaniques, des bruits courent encore aujourd’hui à propos d’ateliers souterrains. Cela a l’air crédible, car lorsque l’on se rend au déjeuner par les couloirs sous la terre, on peut voir des tunnels sans fin partant dans toutes les directions, barrés par des grilles.

L’île Damanski

En 1969, l’URSS aurait tout simplement rayé l’île Damanski (NdT : île à propos de laquelle existait un litige entre l’Union soviétique et la Chine, qui a mené à une escalade faisant craindre une guerre nucléaire avant le cessez-le feu de la même année ; l’île a été rendue à la Chine en 1991 et s’appelle maintenant île Zhenbao) de la carte avec des lasers (variante : des lance-roquettes multiples). Ainsi que les Chinois. « Comme ça, personne ne l’aura ! »

Les signaux radio d’une autre époque

Un article indépendant a été créé et sera prochainement disponible.

V) Les étrangers et les autres pays

Les dangereux étrangers

Les touristes étrangers auraient donné des friandises (variante : des chewing-gum) infectées avec la tuberculose (variante : remplis d’aiguilles ou de fragments de lames de rasoir, ou encore, plus exotique, des fanons de baleines) aux enfants soviétiques. De ce que je comprends, c’est plutôt les grands-mères qui racontaient ça aux enfants dans un but pédagogique, afin qu’ils n’acceptent rien venant des inconnus.

On parlait parfois de prisonniers à la place des étrangers, qui auraient laissé des bonbons infectés à la tuberculose sur les terrains de jeux. C’est une assez étrange série d’ennemis de la nation soviétique qu’on obtenait là : des étrangers et des taulards.

Une autre version dans le genre mettait en scène des étrangers vendant des jeans infectés à la syphilis aux contrebandiers soviétiques (NdT : les produits occidentaux étaient très appréciés sur le marché noir soviétique), qui les revendaient à leurs concitoyens sans se douter de rien.

Pour l’histoire des jeans, il ne s’agissait parfois pas de syphilis, mais d’un petit sachet contenant des poux caché dans la couture arrière, et qui éclatait au premier lavage, leur permettant de s’échapper.

Ou encore mieux : un noir qu’on aurait vu une nuit en train de laver un organe d’enfant dans le réservoir d’une fontaine à eau. C’est une connaissance de la belle-mère du cousin d’une camarade de classe qui l’aurait vu et qui se serait battu avec lui pour l’arrêter, le tuant par accident. J’ai entendu cette même histoire dans deux grandes villes de républiques différentes… Oui, à chaque fois, on parlait d’un noir. Je pense que ce n’était pas le reflet du racisme des Soviétiques, mais plutôt de leur peur infernale face aux étrangers.

Ou encore une histoire un peu plus soft à propos des dangereux étrangers : elle aurait eu lieu lors d’une certaine parade des pionniers sur la Place Rouge. Soi-disant, les pionniers marchaient en rang au pas cadencé, et de vils étrangers leur jetaient des chewing-gums dans les jambes pour casser le rythme. Mais les pionniers n’en auraient eu cure – voilà un bel exemple de sens civique ! Bien sûr, c’est plutôt une histoire pour enfant, mais elle est belle.

Il y avait aussi une légende assez ancienne à propos des doryphores, qui auraient été répandus par l’Occident impérialiste en URSS afin qu’ils s’attaquent aux récoltes et que les citoyens soviétiques subissent une pénurie de denrées alimentaires.

S.S.D. (NdT : Smert’ Sovetskim Detjam, Mort aux Enfants Soviétiques) : Un bus ou une voiture noire avec des vitres teintées aurait sillonné la ville où l’on racontait l’histoire. On y attirait les enfants pour les emmener vers une destination inconnue. Sur la plaque d’immatriculation de ce véhicule, on pouvait lire les lettre SSD, Mort aux Enfants Soviétiques !

Histoires de Tziganes

Un camarade de classe aimait beaucoup les chewing-gums, mais comme il avait du mal à en trouver, il en avait acheté un à un Tzigane. Lorsqu’il l’a ouvert, il a décidé de le couper en deux, afin de pouvoir faire durer le plaisir. Ce faisant, il aurait découvert à l’intérieur des lames de rasoir. Parfois, les gens y trouvaient des aiguilles, ou la syphilis.

La marijuana
 

L’Occident faisait totalement partie des légendes urbaines soviétiques. Par exemple, les marins qui s’arrêtaient dans les ports étrangers, ou les chanceux qui avaient l’opportunité d’aller dans le « vrai » Occident, pouvaient acheter de simples cigarettes dans des paquets habituels (Marlboro, Camel, etc.), mais ils pouvaient aussi acheter des cigarettes contenant de la marijuana dans des paquets quasiment identiques (ils étaient simplement marqués de trois petites étoiles sous le nom de la marque) ! Et certains les faisaient passer la douane, et les distribuaient chez nous !

Les Japonais
 

Les Japonais achetaient tous les verres, car ils étaient toujours emballés dans des boîtes en bois ! Ils refondaient le verre et faisaient des meubles avec le bois.

On leur vendait des arbres, on débarrassait les troncs de leurs branches et de leurs épines, mais les Japonais nous les demandaient aussi, car ils en faisaient des vêtements. J’ai par la suite travaillé dans une région productrice de bois, et je vois bien l’absurdité de l’histoire. Le sous-texte était des plus rabaissant : voyez comme les Japonais sont économes, pas comme nous, crétins de Soviétiques…

De manière générale, le Japon était une légende urbaine à lui tout seul à cette époque (et certes pas uniquement en URSS). Dans les commentaires, on m’a rapporté l’histoire d’un marin qui aurait acheté une montre japonaise qui aurait eu une garantie contre tout, car il aurait été impossible de la briser. Notre marin serait tout de même parvenu à la casser et aurait écrit au producteur, une délégation se serait déplacée et lui aurait payé une gigantesque compensation, mais lui aurait tout de même demandé comment il y était parvenu. Il aurait alors lâché le morceau : il l’avait soi-disant simplement mis dans de l’eau bouillante pendant longtemps.

Matériel audio japonais

Les Japonais auraient mis des cartouches explosives dans leur matériel audio qui se seraient déclenchées si l’on essayait d’ouvrir le couvercle arrière. Soi-disant pour empêcher le reverse engineering. À Saint-Pétersbourg, on disait qu’ils y mettaient des puces spéciales qui grillaient l’appareil si l’on essayait de l’ouvrir pour comprendre comment il fonctionnait.

Les tapis chinois

La nuit, les tapis chinois auraient brillé, représentant la silhouette du défunt Mao Zedong dans sa tombe. Ils auraient été cousus à l’aide d’aiguilles spéciales au phosphore. Le jour, rien n’aurait été visible.

Les échanges
 

1) À propos des Finnois

Même cet escroc de Veller (NdT : Mikhaïl Veller, auteur connu pour se prendre pour le seul philosophe de la Russie contemporaine et pour ses nombreux ragequit des plateaux télévisés) a fini par prétendre que c’était une histoire vraie, mais je l’ai entendue alors qu’il vivait encore à Tallinn et n’était connu de personne. C’est sûrement un racontar, mais ce qui en fait une légende, à mon sens, est que diverses personnes l’ont entendue de quelqu’un qui jurait l’avoir apprise de l’un de ses protagonistes.

Lorsque les infrastructures olympiques étaient en construction en vue des Jeux Olympiques de 1980, l’URSS a introduit un régime de visas simplifié pour les Finnois (les employés du bâtiment et les touristes), et beaucoup de touristes finnois sont alors allés à Leningrad. Et comme il y avait alors une loi anti-alcool en Finlande (ça aussi, en soi, était aussi une légende urbaine soviétique), bien évidemment, les Finnois venaient surtout dans la capitale culturelle afin de se murger et, bien évidemment, avec de l’alcool du marché noir. Il y avait alors un certain triangle dans la ville : la « Station de la Bière » (Pivnaya), la « Station du Grignotage » (Zakoussotchnaya) et la « Station du Dernier Verre » (Ryoumotchnaya), c’était pour les touristes finnois du genre du triangle des Bermudes. Un autobus rempli de touristes finnois arrivait dès le matin à la Pivnaya, et le chauffeur venait récupérer les corps presque sans vie des fêtards imbibés. Un jour, un des Finnois se serait lié d’amitié avec l’alcoolique du coin lors de son expérimentation de la gnole locale, et lui aurait offert ses chaussures et son costume de bonté de cœur. Et il aurait gardé ses grolles et sa veste en échange.

Lorsque le chauffeur « récupérait les siens », par habitude, il se repérait surtout aux chaussures qui étaient très différentes de ce qu’on trouvait en Union soviétique. Du coup, notre légendaire alcoolique, ouvrant les yeux, se serait aperçu que personne autour de lui ne parlait russe, et que son épopée en état d’ébriété lui avait fait quitter sa patrie. La même surprise attendait le Finnois.
On ne s’est pas ennuyé à organiser d’extraction dans les règles du protocole, l’échange de notre alcoolique et de l’alcoolique finnois a eu lieu au point de contrôle « Torfyanovka », dans la plus pure tradition des films d’espionnage occidentaux et soviétiques tels que La saison morte.

2) Le Japonais de l’Armée soviétique

Un touriste soviétique a échangé un uniforme d’un soldat ayant raccroché contre sa veste à un contrebandier. Pendant l’échange, il s’est fait dérober ses documents d’identité et son argent. L’histoire se déroulait en hiver. Pas d’argent, pas de veste, il a donc décidé d’enfiler l’uniforme pour ne pas mourir de froid et se rendre à l’hôtel où se trouvait son groupe d’étudiants. Il a erré dans les rues et a fini par se perdre. Il est alors tombé sur une patrouille militaire, qui l’a interpellé et a exigé de voir sa carte de militaire.

« Euuuuuuuuh
– Bordel le bridé, ça fait deux ans que t’es dans l’armée et t’as toujours pas appris le russe ? »

On lui a mis un coup sur la tête et on l’a emmené au bureau de garnison. Ils ont commencé à appeler leurs unités :

« Eh, un Ouzbek se serait pas barré de chez vous ?
– Si si, on en a un qui s’est tiré. »

Le commandant de l’unité est venu récupérer le Japonais. Heureusement pour lui, il ne lui restait que six mois à servir. Il a terminé son service en obtenant toute une flopée de récompenses pour exemplarité. Il est ensuite allé à l’ambassade pour rentrer chez lui.

3) Les missionnaires soviétiques en Afrique

Afin d’apporter de l’aide, l’URSS a envoyé une cargaison de nourriture pour enfants aux pays africains amicaux. Après un certain temps, la cargaison est revenue intacte, mais les agents de la mission diplomatique qui l’accompagnaient avaient disparu sans laisser de trace !

Il s’est avéré que les locaux, voyant des enfants dessinés sur les emballages, avaient cru qu’on avait voulu les nourrir de viande humaine (d’enfants) pour se moquer d’eux (à cause de l’analphabétisme de la population des pays africains, on dessinait sur leurs emballages ce qu’ils contenaient). Les agents ont été tués sur place, toute la marchandise a été renvoyée, et les gouvernements ne se sont plus montrés amicaux envers l’URSS jusqu’à l’arrivée de Gorbatchev.

Il y avait encore une autre histoire. Dans un pays africain, notre ambassadeur se serait fait boulotter parce qu’il aurait dit un truc qu’il ne fallait pas. L’URSS aurait envoyé une lettre de protestation, commencé à se saisir de l’affaire et tout le tintouin… Ils auraient failli envoyer les troupes. Le président aurait répondu qu’ils reconnaissaient l’avoir dévoré, et que si c’était si offensant, il n’y avait qu’à manger leur ambassadeur en retour ! Le tout le plus sérieusement du monde. Une histoire tout à fait vraie.

Le déficit

En voilà une bien formulée dont je me rappelle : une jeune femme serait parvenue à se procurer un maillot de bain étranger grâce à une connaissance pour un prix très élevé (ou bien, il est possible que ce soit une de ses connaissances étrangères qui lui ait directement offert). Elle l’a enfilée, magnifique, les gens se trouvant à la plage l’ont suivie du regard alors qu’elle allait se baignait dans la mer. Et lorsqu’elle en est ressortie, à sa grande surprise, le maillot de bain est devenu complètement transparent, révélant tout son corps, et elle a ressenti un terrible sentiment de honte et de colère. C’est pour ça qu’il ne fallait pas lorgner sur les marchandises étrangères et ne porter que ce que les citoyens soviétiques portaient.

C’était bien évidemment un complot occidental pour miner la morale de notre pays.

Les deux valises d’aiguilles
 

Il y avait une histoire selon laquelle un militaire avait ramené d’Allemagne deux grandes valises d’aiguilles à coudre (une autre version parle d’aiguilles de tourne-disque ; il y avait un énorme déficit pour ces deux produits à l’époque), et avait permis à la population de longues années à l’abri de la misère. L’argument selon lequel une valise pleine d’aiguille pèserait une tonne et demie ne convainquait personne, tout le monde croyait à ce racontar.

Cette histoire est souvent répétée dans des interviews de vétérans de la Deuxième Guerre mondiale sur le site iremember. Sans parler bien sûr d’une valise entière, ils ramenaient souvent des aiguilles de tourne-disque, ainsi que des aiguilles pour les machines à coudre de l’Allemagne occupée, car elles prenaient peu de place et coûtaient très cher en URSS puisqu’elles n’existaient pas sur le marché.

Le trésor d’Elisseïev

Un descendant du célèbre marchand Elisseïev (NdT : Grigori Elisseïev, fondateur de la dynastie marchande des Elisseïev et de la chaîne de magasin portant le même nom) vivant aux USA aurait un jour appelé les autorités soviétiques pour leur indiquer qu’avant son émigration (NdT : en France), Elisseïev aurait dissimulé un trésor dans son magasin à Petrograd (NdT : autre nom de Saint-Pétersbourg). Bien évidemment, la restitution du trésor à l’héritier a été refusée, mais, si vous vous souvenez bien, le magasin Elisseïev a été longtemps fermé, soi-disant pour une restauration. Tout a été retourné, même les sols ont été fouillés, mais rien n’y a été trouvé.

Alors, le jeune Elisseïev a repris contact avec les Soviétiques et a promis de leur montrer où se trouver le trésor en échange d’un certain pourcentage. Il n’y avait rien à faire, alors ils ont accepté. Lorsqu’il est arrivé, il a vu que le magasin était tout retourné, a souri, montré le lustre et leur a dit de le démonter.

L’énorme lustre a été descendu, et il s’est avéré que sous la fine couche de bronze qui recouvrait la décoration, elle était en réalité faite intégralement d’un or pur avec un nombre très élevé de carats.


Traduction : Magnosa

Comme indiqué au début, la page originale avec les 3 chapitres qui n'ont pas été retenus est consultable ici, pour ceux qui seraient curieux et liraient le russe (ou auraient un bon traducteur). Vous êtes désormais fin prêts pour la reprise des traductions de creepypastas russes !