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lundi 16 novembre 2020

Fiche M : L'affaire Henri Languille

Temps de lecture : environ 3 minutes

Nous sommes en 1905, et le criminel Henri Languille est condamné à être exécuté sur la place publique de la ville d’Orléans.

En effet, ce dernier est accusé du meurtre d’Auguste Legeais, surnommé « le Père La Boule », en référence à l’auberge de La Boule d’Or. Son corps est retrouvé le 13 octobre 1903 dans sa chambre, baignant dans une flaque de sang. La victime aurait été violemment agressée, son assaillant l’ayant assommée d’un coup de pierre, avant de lui asséner plusieurs coups de chaise et de greffoir, puis de finalement l’étrangler avec un mouchoir.

Les soupçons de la police se portent rapidement sur Henri Languille, dont le casier judiciaire important – pour coups et blessures, vols et escroqueries – lui vaut la réputation de « malfaiteur redoutable qui terrorise toute la contrée ». Le 14 février 1905, après de longs mois d’investigations, Henri Languille finit par avouer qu’il est l’auteur du crime du Père La Boule. À l’issue de son procès devant les assises, le 18 avril 1905, l’assassin est condamné à la peine capitale.

Il forme un pourvoi en cassation qui est rejeté le 11 mai 1905. Et finit par tenter d’obtenir la grâce du président de la République, Émile Loubet, dans un contexte où la demande de l’abolition de la peine de mort ne cesse de croître. Cependant, ce dernier déclare que « la justice doit suivre son cours ». Dès lors, la rumeur de l'exécution prochaine d'Henri Languille enfle à Orléans et même à Paris, où la presse se tient aux aguets. Il faut dire que la dernière exécution publique à Orléans remonte alors au 17 juin 1865. Les journaux rapportent qu'à l'époque, près de 10 000 personnes se sont massées au pied de l'échafaud.

Se rajoute donc à l’affaire Anatole Deibler, le bourreau le plus célèbre de France du début du XXe siècle, personnage incontournable du paysage médiatique national, qui arrive à Orléans le 27 juin 1905 avec sa guillotine. En effet, ce dernier sillonne la France avec sa machine au gré des exécutions.


Le soir-même, des hommes, des femmes, et même des enfants, commencent à se réunir sur la place du Mont Bel-Air. En réaction, des gendarmes se déploient afin de tenir la foule à une distance respectable. Le Journal du Loiret décrit le montage de la guillotine sur l’échafaud comme un « spectacle impressionnant » où « quatre hommes relient lentement et silencieusement, à la lueur de deux lanternes, les pièces de la sinistre machine ».



En pleine nuit, c’est un homme apparemment décontracté qui est mené à l’échafaud tandis que la foule réclame sa mort.

« Tas de paysans ! Adieu Paris ! Adieu Paris ! » crie le condamné. Il est 3 h 30 quand la lame tombe et que sa tête finit dans le panier.

Ce qui rend cette exécution inhabituelle est l’étrange expérience menée par le Dr Beaurieux, médecin en chef de l’Hôtel-Dieu d’Orléans. Voici comment les journaux de l’époque relatent l’événement :

À cet instant, nous nous précipitons tous vers le seau où la tête vient de choir (...) Le Dr Beaurieux a, entre les mains, la tête décapitée.

– Languille ! crie-t-il, Languille !

Nous demeurons stupéfiés. Les paupières viennent de se soulever. Et les deux yeux pleins de vie encore, fixent longuement ceux du Dr Beaurieux, puis les paupières retombent.

– Languille ! crie une deuxième fois le praticien.

De nouveau, les paupières se soulèvent et les yeux fixent encore ceux du médecin. Elles se referment et pour la troisième fois, le docteur Beaurieux appelle :

– Languille ! Languille !

Mais cette fois les paupières restent closes, définitivement.

L’expérience a duré trente secondes. Trente secondes pendant lesquelles la tête décapitée a conservé, manifestement, une vie consciente.

C'est Le Matin, un quotidien de Paris, qui relate le premier cette histoire dans ses colonnes. L'information est bientôt relayée par toute la presse. À une époque où la question de l'hypothétique survivance des décapités après leur immédiate décollation est mise en avant par les abolitionnistes de la peine de mort, l'intervention surprenante du praticien orléanais trouble l’opinion publique, et alimente la presse.

Beaurieux niera lui-même avoir attrapé la tête de Languille comme le soutenaient les journalistes. Et par la suite, il finit par partager ses propres observations :

« La tête est tombée sur la partie sectionnée de son cou et je n’ai donc pas eu à la prendre dans mes mains, comme tous les journaux se sont empressés de répéter […].

« À ce moment, j’ai pu noter immédiatement après la décapitation que les paupières et les lèvres du guillotiné se contractaient de manière irrégulière pendant 5 à 6 secondes. Ce phénomène a été remarqué par tous ceux qui se sont trouvés dans la même situation que moi, à observer ce qui se passe après le sectionnement du cou…

« J’ai patienté pendant plusieurs secondes. Les mouvements spasmodiques ont cédé. Le visage s’est détendu, les paupières à moitié fermées sur les globes oculaires, ne laissant que le blanc de la conjonctive visible, exactement comme les mourants que nous avons l’occasion de voir tous les jours dans notre profession […]. C’est à ce moment que je me suis écrié d’une voix forte et nette : “Languille !” J’ai vu les paupières se soulever lentement, sans aucune contraction irrégulière – j’insiste sur cette particularité – mais avec un mouvement constant, certain et normal, comme il arrive quotidiennement, quand les personnes se réveillent ou sont tirées de leurs pensées.

« Ensuite les yeux de Languille ont regardé assurément les miens et ses pupilles se sont contractées. Je n’avais pas affaire à une sorte de regard vague, sans aucune expression, que l’on peut observer tous les jours chez les mourants : j’avais affaire à un regard animé qui me fixait. Après plusieurs secondes, les paupières se sont fermées à nouveau, doucement et d’un mouvement régulier, et la tête avait repris la même expression qu’avant que je ne l’appelle.

« C’est à ce moment que je l’ai appelé à nouveau, et, encore une fois, sans le moindre spasme, doucement, les paupières se sont soulevées et des yeux indéniablement expressifs se sont plantés dans les miens, avec peut-être plus de pénétration que la première fois. Puis les paupières se sont fermées à nouveau, mais de manière incomplète. J’ai tenté d’appeler une troisième fois ; il n’y a pas eu de mouvement supplémentaire – et les yeux ont pris l’expression vitreuse qu’ont les cadavres.

L’épisode entier a duré 25 à 30 secondes. »

Le Garde des Sceaux, Joseph Chaumié, a rapidement demandé des comptes au procureur général qui a donné son aval à la réalisation de cette expérience, dans une ville qui ne possédait même pas de faculté de médecine. Et la presse a été accusée par le magistrat d'avoir inventé toute une mise en scène.

Malgré tout, cette affaire continua durant de longues années à alimenter les conversations.



Sources :
Gaëlle Saulé-Mercier (2020), L’affaire Henri Languille, le guillotiné d’Orléans.

Cette fiche M vous est offerte grâce au travail de Litanie, qui a assuré la compilation des éléments nécessaires à sa rédaction, de Sawsad, Jared Gauss et AngeNoire qui ont participé au processus d'analyse et de sélection conformément à la ligne éditoriale, et de Kintefleush et Noname qui se sont chargés de la correction et la mise en forme. L'équipe de Creepypasta from the Crypt n'affirme ni ne dément la véracité du présent article et invite les lecteurs à se faire leur propre avis sur la question. L'équipe décline également toute responsabilité en cas de disparition ou de mort, douloureuse ou non, s'ensuivant des éventuelles recherches menées à cet effet.

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