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vendredi 3 avril 2020

Petit dictionnaire des légendes urbaines soviétiques

La publication d'aujourd'hui est un peu particulière, car il ne va pas tant s'agir d'une véritable creepypasta (ou, pour être plus précis, de plusieurs véritables creepypastas) que d'une page vers laquelle de futures publications pourront pointer dans un souci de clarté. Le texte suivant est en effet une longue compilation de petites légendes urbaines soviétiques en tous genres provenant de cette page. Je n'ai pas traduit les trois derniers chapitres, car on s'éloignait carrément du creepy, que ça partait plutôt dans les petits racontars sans intérêt ou, pour le passage sur les personnalités célèbres, que ça n'aurait avancé personne puisqu'il s'agit de légendes urbaines sur des individus soviétiques totalement inconnus chez nous. Voyez donc ceci comme une petite plongée dans l'imaginaire collectif russe et soviétique, qui devrait vous dépayser et vous sera très utile pour comprendre les prochaines traductions de pastas russes, qui doivent reprendre sous peu. Assez parlé, place aux légendes !



Il ne s’agit la plupart du temps pas tant de légendes que de phobies, enfantines ou non, qui ont fait l’objet de tant de commérages peu crédibles et ont été agrémentés de tant de détails qu’elles ont presque fini par acquérir un goût de réel. Toute personne ayant raconté quelque chose du genre indique obligatoirement que ça lui est arrivé, ou à une de ses bonnes connaissances, ou à une bonne connaissance d’une de ses bonnes connaissances…

I) Dangers et morts étranges

Les mutants de Tchernobyl

Après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les animaux ont muté en d’énormes monstres assoiffés de sang. En 1993, un film intitulé « Les monstres » tellement mauvais qu’il en est devenu appréciable a été réalisé à propos des créatures gigantesques rôdant dans la zone de Tchernobyl.

Les serpents dans les canalisations

Il s’agit d’une variante de la légende urbaine américaine à propos des crocodiles dans les égouts de New York. Quelqu’un aurait balancé des œufs de serpent venimeux dans les toilettes. Ils auraient éclos et les serpents seraient devenus monnaie courante près des cadavres. Ils pourraient sortir des toilettes et vous mordre là où il faut…

Les rats du métro

Dans le métro vivent d’énormes rats mutants. Les conducteurs les voient souvent et les écrasent. Selon une version, on aurait pris un bull-terrier errant et qui aurait vécu assez longtemps dans une des stations du métro moscovite pour un rat de la taille d’un chien. C’était à l’époque où cette race n’était pas très connue en Union soviétique. C’est précisément ces proportions, « la taille d’un chien », qu’on a repris dans les articles de journaux.

L’invasion de hamsters


Au tout début de l’ère Khrouchtchev, vers 1955, il y a eu un hiver très rude avec beaucoup de neiges et des congères qui gelaient souvent.

Et cette année, un terrible fléau s’est abattu sur les régions centrales de la Russie…

De gigantesques hamsters sont apparus d’on ne sait où en grand nombre. Ils étaient en bonne santé, de la taille d’un petit chien et pouvaient atteindre un poids de quelques kilos. De ce que j’ai compris de leur description, il s’agissait vraiment de hamsters, et leur pelage était roux-blanc-noir. Les hamsters géants étaient étonnamment agressifs. Ils se rassemblaient près des congères gelées ou sur des monticules et guettaient les gens.

Lorsque ces derniers s’approchaient trop, ils se jetaient sur eux pour les mordre. Ils sautaient d’ailleurs très haut et visaient la jugulaire. Si plusieurs d’entre eux s’attaquaient à une personne, il était très difficile de s’en libérer, ces animaux étaient très forts. Ils étaient capables de tuer les enfants et les jeunes adolescents. Apparemment, ils auraient commencé à s’attaquer aux humains à cause de la faim car l’année avait été très mauvaise pour la nourriture, l’hiver était très rude et ils n’avaient probablement pas fait de réserves de gras.

Les escalators

La localisation de l’histoire est variable : Léningrad, Moscou, Kiev. Un accident d’escalator aurait projeté les gens dans une faille s’élargissant, et ceux-ci auraient été broyés par de gigantesques engrenages. Encore aujourd’hui, certains ont peur de les emprunter.

Cette histoire est partie de rumeurs (puisqu’il n’y a jamais eu d’annonce officielle) d’un accident à la station Aviamotornaya.

Tout le monde est mort
Un petit garçon jouait avec des ciseaux et s’est crevé les deux yeux. Alors que la mère courait partout dans l’appartement avec son petit garçon désormais aveugle, sa fille s’est noyée dans la baignoire. Voyant cela, la mère s’est jetée par la fenêtre du dixième étage. En rentrant, le père, voyant sa femme étalée sur le goudron, son fils aveugle et sa fille noyée, a pris son fusil, tué son fils et a retourné l’arme contre lui. Tout le monde est mort.

Les moustiques-vampires

Les moustiques ont sucé tout le sang : lors de la construction de la ligne ferroviaire Magistrale Baïkal-Amour (ou BAM), on a retrouvé un cadavre complètement vidé de son sang. Apparemment, les origines de cette légende remontent aux années 20 ou 30. Dans les camps de Solovski d’appellation particulière (SLON), il existait une forme de torture qui consistait à laisser un prisonnier complètement nu et attaché à un arbre toute la nuit « aux moustiques ». Les nuages de moustiques et d’autres saletés pouvaient tout simplement boire tout le sang du prisonnier.

Le motard assassiné

Un motard aurait déboulé devant un cortège de voitures dans lequel se trouvait un membre du Politburo (selon les versions, le Secrétaire Général lui-même) et aurait été abattu par la sécurité. Une autre version dit que le motard, par curiosité, avait voulu voir à quelle vitesse se déplaçait le cortège gouvernemental à Moscou. À cette fin, il s’est caché dans les buissons de la route Roubliovski avec un radar. À cette vitesse, la sécurité ne pouvait simplement pas voir qui les visait avec quoi depuis les buissons, et leur réaction a été machinale et fulgurante : ils ont ouvert le feu. Une version moins violente dit qu’un mec bourré serait allé se soulager derrière une voiture, sauf que cette voiture était celle de convoyeurs de fonds, et ceux-ci l’ont abattu, le prenant pour un voleur.

La fille d’un agent du KGB

Une fois, un groupe de racailles s’en est pris à une jeune fille. Celle-ci a tué l’un d’entre eux et sérieusement estropié l’autre. Il s’est avéré que c’était la fille d’un agent du KGB qui lui avait secrètement enseigné les points vitaux sur lesquels on peut frapper pour mettre momentanément quelqu’un hors d’état de nuire. Dans une autre version, ce n’est pas une fille mais un agent à la retraite qui se rendait à sa maison de campagne et à qui on essayait de voler sa voiture, ou bien tout simplement un agent en civil, ou alors une vieille dame ayant été agente dans sa jeunesse.

L’arme psychique

On raconte que dans l’arsenal de différents services secrets à travers le monde se trouve une arme psychique. Dirigée contre un ennemi, elle induirait un sentiment de peur intense.

Certains disent que le KGB s’en est servi contre des indésirables, que si l’on pointait l’émetteur suffisamment longtemps en direction de l’appartement de la cible, elle perdait la tête et se suicidait.

Et la meilleure défense contre ce genre d’arme était, bien sûr, un casque fait de feuilles d’aluminium.

Le chef de chantier

Dans chaque ville soviétique, il y a une histoire d’un chef de chantier qui aurait été emmuré vivant par ses employés.

II) Crimes et criminels

Fischer

Durant la chasse d’un certain psychopathe soviétique (pour être précis, de Sergueï Golovkine, dont le compte des seuls meurtres prouvés s’élevait à 11), un gamin a menti à la police en affirmant qu’il avait vu ce gars avec un tatouage « Fischer » sur la main. Il a fini par se faire griller après quelques temps. Mais plus d’une génération de pionniers (NdT : comprendre ici enfants de 9 à 14 ans) a entendu parler des méfaits du psychopathe Fischer non loin de leurs chambres de camps de vacances. Je mentionne ce racontar de pionniers parce qu’au contraire des dames blanches et autres voitures immatriculées S.S.D. (NdT : référence à une autre légende d’adolescents à propos d’une Volga noire avec ces lettres en guise d’immatriculation, qui signifient Smert’ Sovetskim Detjam, Mort aux Enfants Soviétiques), même les enfants les plus pragmatiques y croyaient. Quoi, même la police y a cru !

D’une manière générale, toutes les histoires de cette section sont des échos d’histoires vraies à propos de psychopathes, une thématique qui était taboue dans les médias soviétiques. Mais les légendes à propos de l’employé-tueur de la compagnie gazière (variante : de la compagnie des eaux) se sont répandues à travers tout le pays. Je peux vous le garantir.

Les mines d’uranium

Les condamnés à mort auraient en réalité été envoyés dans des mines d’uranium, et l’ami d’un ami les rencontrait forcément plus tard, édentés et malades.

Les fascistes

Dans la ville d’Omsk, il y avait une école spéciale pour l’apprentissage de la langue anglaise. Un jour, ils sont descendus dans la rue pour manifester sous des drapeaux fascistes et vêtus d’uniformes SS. Il s’avérait que l’école appartenait en fait à une organisation nazie souterraine. Tous ont été arrêtés sans attendre. Les profs ont été envoyés en prisons et les élèves dans des colonies pénitentiaires pour mineurs.

Une variante de cette histoire tourne autour d’un fonctionnaire ayant détourné beaucoup d’argent (il touchait des pots de vin), dans l’armoire duquel on aurait découvert – horreur ! – un uniforme d’officier SS.

Un petit détail marrant : dans l’air de la 7e symphonie de Chostakovitch, il y avait les mots « Nous sommes de la gestapo, Hitler est notre père ». Les écoliers se racontaient à mi-voix qu’un garçon qui se promenait dans la rue en sifflotant cette mélodie avait été arrêté sur-le-champ par la police.

Oui, et l’un des traits appartenant immanquablement aux fascistes était d’avoir les tempes rasées (NdT : comme un début de sidecut). C’était un peu l’élément principal dans un vrai fasciste. Et il y avait autant de jeunes battus à coups de ceinture dans le train que de 2 (NdT : les notes en Russie sont sur 5) donnés pour la note de comportement à cause de tempes rasées !

Les monstrueux médecins

Les monstrueux médecins étaient une thématique intarissable. Au début des années 80, le pays entier en tremblait. Tout le monde parlait d’un article dans le journal à propos d’un certain médecin de campagne qui avait enlevé la fille des voisins, lui avait coupé les pieds et les mains et la séquestrait dans sa cave. Les voisins avaient apparemment fait quelque chose à son chien et c’était comme ça qu’il s’était vengé. L’article a eu une forte résonnance. Personne ne l’avait lu soi-même, mais il y avait forcément un parent, un ami, un collègue ou une voisine qui l’avait raconté.

Le jour de l’anniversaire d’Hitler

Le jour de l’anniversaire d’Hitler (c’est en soi une légende urbaine sur les groupes de jeunes fascistes), on pend des pionniers avec leur foulard rouge caractéristique.

L’évasion

On dit que lors de la construction des hauteurs staliniennes (NdT : type d’énormes bâtiment contenant des appartements identiques construits lors de la période stalinienne) à Moscou, des prisonniers étaient utilisés comme main d’œuvre. Les maçons, qui n’étaient pas habitués à de telles hauteurs, avaient refusé de travailler. L’un des détenus (on précise parfois qu’il était pilote) aurait fabriqué un deltaplane avec du contreplaqué en trois couches et, après avoir attendu que le vent soit bon, aurait sauté du plus haut étage. L’aérodynamisme de sa création s’est révélé suffisant pour qu’il atterrisse seulement à Tchertanovo (NdT : un des quartiers de la banlieue de Moscou) sans la moindre égratignure.

Il s’est ensuite planqué pendant quelques années en prenant un faux nom et a été réhabilité après un certain temps.

La source la plus probable de cette légende est un précédent réel : des officiers britanniques faits prisonniers ont construit un planeur pour s’échapper du château de Colditz.

Il y a encore une autre histoire à propos d’une évasion d’un camp. Un détenu aurait confectionné un petit avion avec du contreplaqué et une tronçonneuse en guise de moteur et se serait envolé.

On raconte aussi qu’un citoyen est-allemand aurait construit un petit avion et aurait ainsi passé le mur de Berlin. Au niveau de la construction, l’avion aurait rappelé les modèles pour enfant, était très léger et était mis en mouvement grâce au moteur d’un scooter, ce qui lui permettait d’atteindre 100 mètres de hauteur. Cette légende est sans aucun doute une version (plus répandue) de l’histoire du deltaplane et des gratte-ciels staliniens. Pour parler sérieusement, ce n’est pas une légende, étant donné que l’Histoire a vu au moins deux tentatives réussies de construction à l’arrache d’appareil volant pour passer le mur de Berlin.

La défaite d’une personne au hasard au jeu de cartes de criminels

Dans cette histoire : des bandits jouent aux cartes pour faire perdre une place de cinéma. Le perdant s’assoit derrière cette place et, durant la séance, poignarde au cœur le spectateur infortuné avec une alêne.

Sonnerie d’alerte

Les vols d’appartement (comparé à l’époque actuelle) étaient moins courants, mais il y avait beaucoup de légendes à ce sujet. À propos d’une personne qui, afin de s’en prémunir, aurait placé en face de sa porte d’entrée une arme (un fusil ou une arbalète) en partant en vacances. Il y aurait ensuite eu un incendie chez lui, un pompier aurait défoncé sa porte et se serait pris la balle ou la flèche dans le ventre. Une autre personne aurait placé une trompe pour bateau en guise de sonnerie d’alerte ; un voleur aurait forcé sa porte, la trompe aurait fonctionné et celui-ci serait mort à cause du choc acoustique ou de peur.

Une vieille dame, très riche, aurait mis une alarme dans son appartement, parce qu’elle partait souvent. Elle la mettait en route, mais après quelques mois, elle s’était aperçue que de la monnaie disparaissait quand même. Mais il fallait qu’elle parte en Afrique du Sud, pour trois mois. Elle aurait payé en avance pour l’électricité, le gaz, le loyer et l’alarme. Mais au dernier moment, elle aurait été prise d’un doute. Elle aurait acheté de la clonidine, en aurait mélangé une dose mortelle à de la vodka et aurait laissé la bouteille sur la table.

Elle serait rentrée trois mois plus tard pour trouver trois flics (qui s’occupaient de la sécurité privée) morts, assis autour de la table, l’un d’eux ayant à la main un verre non terminé.

Les schizophrènes et les judas

Selon cette légende, certains schizophrènes sonnent aux portes toute la journée et, lorsqu’un propriétaire se décide à regarder à travers le judas, transpercent ce dernier à l’aide d’une pointe en fer. Les conséquences sont évidentes. Pour cette raison, il n’était pas recommandé de regarder à travers l’ouverture de la serrure. Que restait-il aux Soviétiques en guise d’alternative ? Ou bien faire appel à leurs compétences en ingénierie sociale à travers la porte, ou bien utiliser des gri-gris et des pendentifs douteux.

III) Nourriture

La citerne de kvas

Première version : à une époque soviétique reculée, alors qu’on pouvait encore voir les citernes jaunes avec leurs grandes lettres rouges en gras indiquant « Kvas » sur le côté dans les rues de nos villes pendant l’été, il y avait une jeune fille. Et un jour, elle a été violée et tuée. Et le cadavre a été caché dans une citerne qui se trouvait non loin. Le lendemain, la procédure de nettoyage réglementaire n’ayant pas été respectée, le cadavre a été noyé dans le kvas et la citerne a été emmenée pour les ventes du jour.
Il faisait chaud. Les gens buvaient avec joie des boissons fraîches pour étancher la soif qui les torturait.

Alors que le soir approchait, il ne restait plus beaucoup de boisson. Avec la diminution du volume de liquide, le corps de la pauvre jeune fille a bougé. Les restes du kvas sont sortis du robinet avec des cheveux…

Et si seulement c’était le plus horrible ! Si seulement le plus horrible était que les substances provenant de la décomposition s’étaient mélangées dans le kvas ! Mais en plus de tout cela, on a diagnostiqué la syphilis à la jeune fille…

Deuxième version : Une citerne de kvas s’est renversée (en général durant un accident), et on a découvert de gigantesques asticots (dans une autre version, des vers solitaires) dans le fond. Mais le kvas a malgré tout été bu dans des verres à peine nettoyés à la fontaine du coin.

Troisième version : Une longue file d’attente est devant la citerne. Trois kopeks le petit verre, six kopeks le grand. Brusquement, le kvas arrête de couler. Le vendeur s’énerve, disant qu’il doit en rester plus de la moitié, mais qu’il ne peut pas ouvrir la citerne car elle est plombée.

Un spécialiste est appelé (il est peu clair si la file d’attente reste ou non à attendre pendant ce temps).

Celui-ci ouvre la citerne, et à l’intérieur, le cadavre d’un homme flotte dans le kvas, et sa main s’est coincée dans le robinet.

L’histoire est racontée comme si elle s’était produite récemment avec des indications sur la localisation de la citerne.

Dans l’histoire, le kvas n’est JAMAIS remplacé par du lait ou de la bière.

Dans certaines versions, davantage de détails sont donnés sur l’homme : il aurait été un clochard qui aurait forcé la citerne durant la nuit afin d’étancher sa soif, serait malencontreusement tombé dedans et s’y serait noyé (mais dans ces versions, le passage avec le plombage est incohérent).

Le rat et le jardin d’enfants

Un rat (variante : un rat à moitié mort, ayant mangé de la mort-aux-rats répandue justement pour se débarrasser des nuisibles) est tombé dans la marmite dans laquelle on préparait de la bouillie de semoule (NdT : plat très commun pour les enfants soviétiques) pour les enfants. Bien évidemment, après avoir mangé le plat, ils sont tous morts. Et donc, l’ensemble du jardin d’enfant est allé manger les pissenlits par la racine !

C’est probablement l’inconscient collectif soviétique, dans lequel les jardins d’enfants sont détestés justement à cause de la bouillie de semoule, qui a permis la popularité de cette légende urbaine. Il y a même eu un article à ce sujet, intitulé « Comment un rat mort a vaincu l’URSS – l’irrationalité contre le monde soviétique ».

Une préparation contraire aux standards des produits alimentaires


On aurait rajouté du papier toilette dans le cervelas, et la vodka (variante : l’huile de tournesol) aurait été produite à partir de pétrole (variante : de sciure de bois). Du brome aurait été versé dans le thé des soldats pour éviter les abandons de poste momentanés, et du dimédrol dans leur vodka (variante : leur bière) pour qu’ils boivent moins et s’endorment plus vite. Dans la bière encore, on aurait ajouté de la lessive pour qu’elle mousse davantage.

Il y a aussi les choses étranges qu’on retrouvait dans le cervelas (variante : dans les crêpes) : des doigts et des dents humaines, des pattes de rats ou des queues de souris. Encore aujourd’hui, ces racontars sont très répandus (hélas, parfois, ce ne sont d’ailleurs pas de simples racontars).

Du caviar dans des conserves de hareng

Variante 1 : Lors de « l’affaire des poissons » (NdT : une célèbre affaire de corruption), un homme serait allé une conserve d’un kilo de hareng et, rentré chez lui, l’aurait ouvert pour y découvrir du caviar rouge. Il serait alors retourné au magasin pour prendre 10 autres conserves, et aurait trouvé du caviar dans chacune d’elles. Cette histoire était célèbre à l’époque d’Andropov (NdT : grosso modo vers 1983). Les « Voix » (NdT : l’auteur sous-entend ici La Voix de l’Amérique, média interdit sous l’Union soviétique que beaucoup écoutaient en cachette pour contourner la censure) l’ont rendue populaire, disant que c’est comme ça que la célèbre « affaire des poissons » a commencé.

Variante 2 : Une femme se serait rendue à l’épicerie fine Elizeïev pour y acheter une grosse conserve de hareng. En rentrant chez elle, elle y aurait découvert du caviar noir ! Excitée, elle serait repartie au magasin prendre quelques boîtes de plus, mais aurait entendu à la radio (dans le métro ?) qu’un ministre (aucune idée duquel) aurait été arrêté pour une tentative de contrebande de caviar noir dans des boîtes de hareng. La femme aurait pris peur et serait rentrée chez elle sans le caviar.

Pour plus de crédibilité, on ajoutait le nom d’un ministre récemment démis de ses fonctions. C’était en général l’Elizeïev qui constituait le magasin dans lequel se déroulait l’action, et ce pour de bonnes raisons (NdT : une autre affaire de corruption, moins connue, a eu lieu dans ses murs).

Le lait

Il y avait un fameux directeur d’une usine de production de lait, un homme qui avait beaucoup de succès, membre du parti et héros de toutes sortes de compétitions socialistes. Et il avait une femme magnifique, beaucoup plus jeune que lui, que peu de gens avaient vue, mais ceux qui en avaient eu la chance racontaient que sa beauté était indescriptible. Le directeur l’aimait, la choyait et la dorlotait, la gâtait de toutes les manières possibles et satisfaisait toutes ses innocentes fantaisies.

Soudainement, les habitants de la ville ont commencé à remarquer que le lait dans les bouteilles de verre commençait à laisser apparaître un contenu étrange : des ombres bleues et un petit pourcentage de gras. Des retraités vigilants (comme chacun sait, c’est précisément eux qui prenaient toujours les devants des mouvements anonymes) ont assailli les administrations qu’il fallait avec quelques dizaines de lettres anonymes.

Les représentants de ces services ne pouvaient pas ne pas réagir aux demandes des anciens travailleurs, et puis peut-être que l’ordre avait été donné de retirer le directeur qui commençait à agacer les hauts placés du coin. Passer un coup de balais pour le faire déguerpir de sa place bien au chaud ! Ces braves gaillards se sont donc rendus à l’usine, y ont trouvé des irrégularités au niveau des machines, sont remontés un peu plus loin – une petite visite chez le directeur s’est imposée.

Ils sont allés chez l’homme déjà dépossédé, marchant avec leur grand air, et qu’est-ce qu’ils y ont vu ? La magnifique femme du directeur était dans une énorme baignoire remplie de lait frais et prenait soin de son corps, lavait chacune de ses charmantes courbes. Les pièces du puzzle ont commencé à s’assembler, et ils ont compris que l’on ramenait ce lait chez le directeur et, une fois le bain terminé, qu’on le ramenait à l’usine pour le mettre en bouteille. La belle lavait même ses innocentes mains avec du lait frais, elle ne pouvait s’en passer.

C’est ainsi que les vifs habitants de la ville ont découvert le secret de sa beauté, et le directeur, selon ce qu’affirment les anciens et les anonymes, a été fusillé. Le destin de la jeune femme n’est pas connu de manière certaine, mais certains, qui sont proches des hautes sphères, assurent qu’on l’aurait vue à Kiev. Elle serait devenue la femme d’un autre directeur et aurait conservé sa resplendissante beauté et sa poitrine opulente.

Des bananes dans la morgue

Des étudiants en fac de médecine avaient un cours dans une morgue à Moscou. On leur montrait des cadavres, des têtes et d’autres parties de corps. Ils passaient d’un tiroir réfrigéré à un autre, jusqu’à ce qu’ils tombent sur l’un d’eux qui contenait des bananes. Et lorsqu’ils ont demandé ce que des bananes faisaient là-dedans, on leur a répondu que les places qui n’étaient pas occupées par les cadavres étaient louées aux marchands. Et que c’était absolument sans danger pour les personnes qui achèteraient les bananes ensuite. Dans la banlieue, des entrepreneurs auraient même racheté une morgue entière pour la transformer en entrepôt. Certains disent aujourd’hui que c’est précisément pour cette raison que des tâches apparaissent sur les bananes, parce qu’elles murissent avec les morts. Soi-disant que les bananes ne mûriraient pas de cette manière dans la nature.

C’est sûrement des foutaises, mais il vaut mieux tout de même faire attention avec les bananes qui deviennent mouchetées.

IV) Technologie
Les voitures-radars

Les voitures-radars parcouraient les rues et vérifiaient les magnétoscopes à la recherche de cassettes interdites. C’était, pour être précis, à l’époque du boom des cassettes vidéo, et cela a duré jusqu’à l’époque de Gorbatchev.

Et voilà comment se déroulait prétendument la lutte contre le visionnage de films néfastes idéologiquement parlant, tels que Rambo ou 9 semaines ½, à la maison : le courant était coupé dans les logements, et sans électricité, il était impossible de retirer une cassette du magnétoscope. Les agents allaient dans l’appartement visé et dressaient un procès-verbal. Détail à part, à Moscou, on appelait ça des « vidak », et en province des « vidik ».

Les modèles « Tchaïka »

Des missiles ou des mitrailleuses à gros calibres étaient soi-disant cachés dans les « canines » du pare-chocs (NdT : terme utilisé dans le texte original faute de mieux, l’auteur veut dire ici les deux formes sphériques sous la grille, probablement de simples éléments esthétiques) des voitures de modèle Tchaïka du KGB. Il est vrai que toutes les Tchaïka qu’on rencontrait en ville appartenaient à l’administration, mais c’est un détail.

La pellicule rouge

Chez les adolescents de l’Union soviétique, il existait un mythe selon lequel si l’on mettait cette mystérieuse « pellicule rouge » dans un appareil photo, les gens sur les photos apparaitraient sans leurs vêtements. On l’importait depuis l’étranger et elle coûtait très cher. Personne n’en a jamais vu, mais tout le monde rêvait de mettre la main dessus. Et c’était une « histoire pour faire peur » populaire : souvent, après avoir photographié des filles, les garçons leur disaient qu’ils les avaient prises sur pellicule rouge, après quoi il leur fallait s’enfuir pour échapper à leurs camarades un peu trop crédules en furie.

Dans une autre version, il ne s’agissait pas d’une pellicule rouge mais d’un appareil photo infrarouge créé pour les besoins de l’armée. Et il y en avait même qui croyaient que si l’on enduisait le verre de sang de chauve-souris, l’effet serait le même qu’avec la pellicule rouge.

L’antenne à mercure
Comme les « Voix de l’ennemi » étaient brouillées et que l’on voulait les écouter, les gens ont inventé toutes sortes d’antennes. Les antennes contre les brouillages n’aidaient pas vraiment, ce qui, selon moi, a été à l’origine de l’apparition de l’histoire de « l’antenne à mercure ». Selon la légende, on versait du mercure dans un tube de cuivre d’une certaine longueur (personne ne savait laquelle). On plaçait le tube sur le rebord de la fenêtre à l’extérieur et il permettait de capter n’importe quel signal radio avec une clarté de son époustouflante. Même les plus éloignés. L’utilisation de cette antenne était extrêmement limitée par le fait que l’image de tous les téléviseurs du bâtiment disparaissait lorsqu’elle était en marche.

Dans l’une des versions, un certain amateur de radios aurait récolté 10 années durant du mercure goutte par goutte (il fallait en récupérer beaucoup, quasiment un litre), assemblé l’incroyable antenne et commencé à essayer de capter tous les canaux de télévision et de radio existant. Mais une telle antenne brouillait les communications entre les avions et les tours de contrôle, c’est pourquoi l’amateur de radio aurait été arrêté, et le mercure aurait été jeté… Dans une autre version, ce sont des agents du KGB qui se sont rendus chez lui pour faire une perquisition, mais ils n’ont pas pu trouver l’antenne et sont repartis bredouilles, car notre héros l’avait installée dans sa cheminée (eh oui, des agents si naïfs et idiots qu’ils n’avaient pas pensé à la vérifier). Le destin de l’antenne et de son fabriquant après cela est inconnu.

Dans une autre des nombreuses versions, ces antennes étaient fabriquées par le KGB afin d’espionner les communications à l’étranger, et les antennes paraboliques pour la réception satellite seraient en réalité aussi des antennes à mercure, et il ne fallait pas les utiliser, car lorsqu’on les branchait, tous les objets métalliques à proximité commençaient instantanément à fondre.
D’autres moyens de fabriquer une antenne à mercure :

• Le mercure était versé dans une bouteille et un fil électrique était passé par le bouchon. Une variante existe dans laquelle le mercure est versé dans une boîte de baume vietnamien « Golden Star » ;
• Le mercure était versé dans le manche d’un stylo ;
• Dans un thermomètre médical chauffé au maximum, on faisait une ouverture pour passer un fil électrique ;
• Il fallait faire un trou dans une ampoule et la remplir de mercure, puis la brancher, mais cela avait pour risque de rendre tout l’appareil HS et même ce qui y était branché.

Il y a également des versions à propos d’antennes à mercure pour la télévision avec des caractéristiques semblables. Lors de leur utilisation, tous les téléviseurs du quartier s’éteignaient à part le tien, et le KGB repérait rapidement ce genre d’antennes, ce pourquoi personne n’essayait d’en construire.

De manière générale, l’écoute des « Voix » a fait naître beaucoup de légendes. Par exemple, parmi ceux qui n’ont aucune culture technique, il y avait une histoire qui circulait comme quoi des appareils spéciaux étaient installés dans les radios pour que le KGB puisse suivre qui écoutait quoi. Ce qui est intéressant, c’est qu’il est réellement possible de définir sur quelle fréquence une radio est réglée grâce aux émissions parasites de l’hétérodyne. Il y avait aussi une croyance selon laquelle il était pénalement répréhensible d’avoir des diapasons émettant sur les bandes des 19, 16 et 13 mètres (beaucoup de stations étrangères émettent sur ces fréquences, mais elles n’étaient pas brouillées car les radios soviétiques sur le marché étaient dépourvues de tels diapasons). Il y avait aussi une histoire prétendant que sur les bandes magnétiques étrangères livrées en Union soviétique étaient enregistrés des sons particuliers qui avaient un effet nocif sur l’esprit. Il n’est jamais venu à l’esprit de ceux qui croyaient cela que, premièrement, les bandes sont complètement démagnétisées lorsqu’on enregistre dessus, et, deuxièmement, que même si ces sons existaient, les appareils courants n’étaient pas en mesure de les reproduire.

Le couteau à mercure

Il existe, quelque part, un COUTEAU. Dans sa lame, il y a une cavité sur toute sa longueur remplie exactement à moitié de mercure. L’intérêt, c’est que peu importe comment il est lancé, il tournera toujours de sorte à ce que la lame soit en avant (grâce au mercure) et se plantera avec une force effrayante (dans un ennemi, dans un arbre, dans un mur). La légende a également été enrichie de quelques histoires :

1) Comme quoi de tels couteaux n’étaient produits que pour les régiments de SS par la firme Solingen ;
2) Comme quoi il existerait également des canifs de ce genre.

Il y avait également une version à propos d’une batte de baseball creuse remplie à moitié de mercure qui, même dans les mains d’un faiblard, se transformait en arme mortelle. On racontait que les meilleurs joueurs de baseball avaient une batte de ce genre et que c’était grâce à elle qu’ils occupaient les meilleures places dans les championnats.

La chachka de Tchapaev

 
Tchapaev (NdT : un acteur de la révolution bolchévique sans particularité, tout de même passé à la postérité grâce à un livre de 1923 ayant rencontré un grand succès) possédait une chachka dont l’intérieur était creux et à moitié rempli de mercure. Cela permettait au commandant de division intrépide de trancher les cavaliers ennemis jusqu’à la selle en un seul coup. Cette légende est, sans aucun doute, liée à celle du couteau à mercure, mais elle existe de manière indépendante. Quoiqu’elle pourrait avoir un lien avec la légende de l’épée d’Alexandre Nevski (NdT un des héros historiques les plus populaires de Russie, grand-prince de la ville de Vladimir et vainqueur des Suédois puis des chevaliers teutoniques vers 1240) qui aurait également été remplie d’un liquide pour l’alourdir, histoire répandue parmi les « connaisseurs » des histoires de la cour.

Le numéro spécial

Ce racontar vient du Moscou du début des années 80. Les Moscovites affirmaient qu’il existait un certain numéro, admettons le 777-13-13, dont l’appel permettait de passer en mode soirées téléphoniques, où tout le monde pouvait parler avec tout le monde, certes par-dessus des tonalités courtes ininterrompues.

On en apprend tous les jours. À Leningrad aussi, il y avait un tel numéro, soi-disant une défaillance du commutateur téléphonique de la ville, et il était possible d’y discuter un peu comme sur internet sur aujourd’hui en l’appelant. Et il s’est avéré qu’il y avait la même chose à Moscou. Il n’y a aucun doute sur le fait que c’était alors une légende. Maintenant, il y a même un site sur lequel des gens qui se sont rencontrés via ces chats vocaux se réunissent et s’échangent des anecdotes.

Un internaute de l’Oural se rappelle d’une autre légende de l’époque où il était sur les bancs de l’école : pour une certaine somme, les plus vieux de l’école vendaient un numéro de téléphone secret grâce auquel il était possible de téléphoner gratuitement dans toutes les villes de Russie. Le canal n’était accessible que depuis les cabines téléphoniques, aucune carte n’était nécessaire.

Les radars à la frontière finno-soviétique

La frontière finno-soviétique aurait été contrôlée par des radars spéciaux sur lesquels on pouvait voir n’importe quel être vivant. Afin de les duper, il fallait jeter des feuilles d’aluminium sur la route. C’est ce que faisaient les contrebandiers qui ramenaient des sacs pleins de collants de la Finlande (NdT : sous l’union soviétique, les collants étaient interdits et valaient donc une fortune).

L’URSS souterraine et sous-marine

On racontait qu’il existait d’énormes usines souterraines dans lesquelles d’incroyables technologies secrètes étaient développées. On peut relier ces histoires à celles des tanks capables de se déplacer au fond de l’océan et des hangars sous-marins de l’Atlantique où étaient entreposées des bombes atomiques. Ainsi qu’à celles des sous-marins et des armes tectoniques (le sous-marin se rendait furtivement sous le territoire de l’ennemi et déposait une bombe atomique sous la terre, la bombe explosait et déclenchait un tremblement de terre destructeur).

Encore une fois dans l’Oural, dans la sphère des constructions mécaniques, des bruits courent encore aujourd’hui à propos d’ateliers souterrains. Cela a l’air crédible, car lorsque l’on se rend au déjeuner par les couloirs sous la terre, on peut voir des tunnels sans fin partant dans toutes les directions, barrés par des grilles.

L’île Damanski

En 1969, l’URSS aurait tout simplement rayé l’île Damanski (NdT : île à propos de laquelle existait un litige entre l’Union soviétique et la Chine, qui a mené à une escalade faisant craindre une guerre nucléaire avant le cessez-le feu de la même année ; l’île a été rendue à la Chine en 1991 et s’appelle maintenant île Zhenbao) de la carte avec des lasers (variante : des lance-roquettes multiples). Ainsi que les Chinois. « Comme ça, personne ne l’aura ! »

Les signaux radio d’une autre époque

Un article indépendant a été créé et sera prochainement disponible.

V) Les étrangers et les autres pays

Les dangereux étrangers

Les touristes étrangers auraient donné des friandises (variante : des chewing-gum) infectées avec la tuberculose (variante : remplis d’aiguilles ou de fragments de lames de rasoir, ou encore, plus exotique, des fanons de baleines) aux enfants soviétiques. De ce que je comprends, c’est plutôt les grands-mères qui racontaient ça aux enfants dans un but pédagogique, afin qu’ils n’acceptent rien venant des inconnus.

On parlait parfois de prisonniers à la place des étrangers, qui auraient laissé des bonbons infectés à la tuberculose sur les terrains de jeux. C’est une assez étrange série d’ennemis de la nation soviétique qu’on obtenait là : des étrangers et des taulards.

Une autre version dans le genre mettait en scène des étrangers vendant des jeans infectés à la syphilis aux contrebandiers soviétiques (NdT : les produits occidentaux étaient très appréciés sur le marché noir soviétique), qui les revendaient à leurs concitoyens sans se douter de rien.

Pour l’histoire des jeans, il ne s’agissait parfois pas de syphilis, mais d’un petit sachet contenant des poux caché dans la couture arrière, et qui éclatait au premier lavage, leur permettant de s’échapper.

Ou encore mieux : un noir qu’on aurait vu une nuit en train de laver un organe d’enfant dans le réservoir d’une fontaine à eau. C’est une connaissance de la belle-mère du cousin d’une camarade de classe qui l’aurait vu et qui se serait battu avec lui pour l’arrêter, le tuant par accident. J’ai entendu cette même histoire dans deux grandes villes de républiques différentes… Oui, à chaque fois, on parlait d’un noir. Je pense que ce n’était pas le reflet du racisme des Soviétiques, mais plutôt de leur peur infernale face aux étrangers.

Ou encore une histoire un peu plus soft à propos des dangereux étrangers : elle aurait eu lieu lors d’une certaine parade des pionniers sur la Place Rouge. Soi-disant, les pionniers marchaient en rang au pas cadencé, et de vils étrangers leur jetaient des chewing-gums dans les jambes pour casser le rythme. Mais les pionniers n’en auraient eu cure – voilà un bel exemple de sens civique ! Bien sûr, c’est plutôt une histoire pour enfant, mais elle est belle.

Il y avait aussi une légende assez ancienne à propos des doryphores, qui auraient été répandus par l’Occident impérialiste en URSS afin qu’ils s’attaquent aux récoltes et que les citoyens soviétiques subissent une pénurie de denrées alimentaires.

S.S.D. (NdT : Smert’ Sovetskim Detjam, Mort aux Enfants Soviétiques) : Un bus ou une voiture noire avec des vitres teintées aurait sillonné la ville où l’on racontait l’histoire. On y attirait les enfants pour les emmener vers une destination inconnue. Sur la plaque d’immatriculation de ce véhicule, on pouvait lire les lettre SSD, Mort aux Enfants Soviétiques !

Histoires de Tziganes

Un camarade de classe aimait beaucoup les chewing-gums, mais comme il avait du mal à en trouver, il en avait acheté un à un Tzigane. Lorsqu’il l’a ouvert, il a décidé de le couper en deux, afin de pouvoir faire durer le plaisir. Ce faisant, il aurait découvert à l’intérieur des lames de rasoir. Parfois, les gens y trouvaient des aiguilles, ou la syphilis.

La marijuana
L’Occident faisait totalement partie des légendes urbaines soviétiques. Par exemple, les marins qui s’arrêtaient dans les ports étrangers, ou les chanceux qui avaient l’opportunité d’aller dans le « vrai » Occident, pouvaient acheter de simples cigarettes dans des paquets habituels (Marlboro, Camel, etc.), mais ils pouvaient aussi acheter des cigarettes contenant de la marijuana dans des paquets quasiment identiques (ils étaient simplement marqués de trois petites étoiles sous le nom de la marque) ! Et certains les faisaient passer la douane, et les distribuaient chez nous !

Les Japonais
Les Japonais achetaient tous les verres, car ils étaient toujours emballés dans des boîtes en bois ! Ils refondaient le verre et faisaient des meubles avec le bois.

On leur vendait des arbres, on débarrassait les troncs de leurs branches et de leurs épines, mais les Japonais nous les demandaient aussi, car ils en faisaient des vêtements. J’ai par la suite travaillé dans une région productrice de bois, et je vois bien l’absurdité de l’histoire. Le sous-texte était des plus rabaissant : voyez comme les Japonais sont économes, pas comme nous, crétins de Soviétiques…

De manière générale, le Japon était une légende urbaine à lui tout seul à cette époque (et certes pas uniquement en URSS). Dans les commentaires, on m’a rapporté l’histoire d’un marin qui aurait acheté une montre japonaise qui aurait eu une garantie contre tout, car il aurait été impossible de la briser. Notre marin serait tout de même parvenu à la casser et aurait écrit au producteur, une délégation se serait déplacée et lui aurait payé une gigantesque compensation, mais lui aurait tout de même demandé comment il y était parvenu. Il aurait alors lâché le morceau : il l’avait soi-disant simplement mis dans de l’eau bouillante pendant longtemps.

Matériel audio japonais

Les Japonais auraient mis des cartouches explosives dans leur matériel audio qui se seraient déclenchées si l’on essayait d’ouvrir le couvercle arrière. Soi-disant pour empêcher le reverse engineering. À Saint-Pétersbourg, on disait qu’ils y mettaient des puces spéciales qui grillaient l’appareil si l’on essayait de l’ouvrir pour comprendre comment il fonctionnait.

Les tapis chinois

La nuit, les tapis chinois auraient brillé, représentant la silhouette du défunt Mao Zedong dans sa tombe. Ils auraient été cousus à l’aide d’aiguilles spéciales au phosphore. Le jour, rien n’aurait été visible.

Les échanges
1) À propos des Finnois

Même cet escroc de Veller (NdT : Mikhaïl Veller, auteur connu pour se prendre pour le seul philosophe de la Russie contemporaine et pour ses nombreux ragequit des plateaux télévisés) a fini par prétendre que c’était une histoire vraie, mais je l’ai entendue alors qu’il vivait encore à Tallinn et n’était connu de personne. C’est sûrement un racontar, mais ce qui en fait une légende, à mon sens, est que diverses personnes l’ont entendue de quelqu’un qui jurait l’avoir apprise de l’un de ses protagonistes.

Lorsque les infrastructures olympiques étaient en construction en vue des Jeux Olympiques de 1980, l’URSS a introduit un régime de visas simplifié pour les Finnois (les employés du bâtiment et les touristes), et beaucoup de touristes finnois sont alors allés à Leningrad. Et comme il y avait alors une loi anti-alcool en Finlande (ça aussi, en soi, était aussi une légende urbaine soviétique), bien évidemment, les Finnois venaient surtout dans la capitale culturelle afin de se murger et, bien évidemment, avec de l’alcool du marché noir. Il y avait alors un certain triangle dans la ville : la « Station de la Bière » (Pivnaya), la « Station du Grignotage » (Zakoussotchnaya) et la « Station du Dernier Verre » (Ryoumotchnaya), c’était pour les touristes finnois du genre du triangle des Bermudes. Un autobus rempli de touristes finnois arrivait dès le matin à la Pivnaya, et le chauffeur venait récupérer les corps presque sans vie des fêtards imbibés. Un jour, un des Finnois se serait lié d’amitié avec l’alcoolique du coin lors de son expérimentation de la gnole locale, et lui aurait offert ses chaussures et son costume de bonté de cœur. Et il aurait gardé ses grolles et sa veste en échange.

Lorsque le chauffeur « récupérait les siens », par habitude, il se repérait surtout aux chaussures qui étaient très différentes de ce qu’on trouvait en Union soviétique. Du coup, notre légendaire alcoolique, ouvrant les yeux, se serait aperçu que personne autour de lui ne parlait russe, et que son épopée en état d’ébriété lui avait fait quitter sa patrie. La même surprise attendait le Finnois.
On ne s’est pas ennuyé à organiser d’extraction dans les règles du protocole, l’échange de notre alcoolique et de l’alcoolique finnois a eu lieu au point de contrôle « Torfyanovka », dans la plus pure tradition des films d’espionnage occidentaux et soviétiques tels que La saison morte.

2) Le Japonais de l’Armée soviétique

Un touriste soviétique a échangé un uniforme d’un soldat ayant raccroché contre sa veste à un contrebandier. Pendant l’échange, il s’est fait dérober ses documents d’identité et son argent. L’histoire se déroulait en hiver. Pas d’argent, pas de veste, il a donc décidé d’enfiler l’uniforme pour ne pas mourir de froid et se rendre à l’hôtel où se trouvait son groupe d’étudiants. Il a erré dans les rues et a fini par se perdre. Il est alors tombé sur une patrouille militaire, qui l’a interpellé et a exigé de voir sa carte de militaire.

« Euuuuuuuuh
– Bordel le bridé, ça fait deux ans que t’es dans l’armée et t’as toujours pas appris le russe ? »

On lui a mis un coup sur la tête et on l’a emmené au bureau de garnison. Ils ont commencé à appeler leurs unités :

« Eh, un Ouzbek se serait pas barré de chez vous ?
– Si si, on en a un qui s’est tiré. »

Le commandant de l’unité est venu récupérer le Japonais. Heureusement pour lui, il ne lui restait que six mois à servir. Il a terminé son service en obtenant toute une flopée de récompenses pour exemplarité. Il est ensuite allé à l’ambassade pour rentrer chez lui.

3) Les missionnaires soviétiques en Afrique

Afin d’apporter de l’aide, l’URSS a envoyé une cargaison de nourriture pour enfants aux pays africains amicaux. Après un certain temps, la cargaison est revenue intacte, mais les agents de la mission diplomatique qui l’accompagnaient avaient disparu sans laisser de trace !

Il s’est avéré que les locaux, voyant des enfants dessinés sur les emballages, avaient cru qu’on avait voulu les nourrir de viande humaine (d’enfants) pour se moquer d’eux (à cause de l’analphabétisme de la population des pays africains, on dessinait sur leurs emballages ce qu’ils contenaient). Les agents ont été tués sur place, toute la marchandise a été renvoyée, et les gouvernements ne se sont plus montrés amicaux envers l’URSS jusqu’à l’arrivée de Gorbatchev.

Il y avait encore une autre histoire. Dans un pays africain, notre ambassadeur se serait fait boulotter parce qu’il aurait dit un truc qu’il ne fallait pas. L’URSS aurait envoyé une lettre de protestation, commencé à se saisir de l’affaire et tout le tintouin… Ils auraient failli envoyer les troupes. Le président aurait répondu qu’ils reconnaissaient l’avoir dévoré, et que si c’était si offensant, il n’y avait qu’à manger leur ambassadeur en retour ! Le tout le plus sérieusement du monde. Une histoire tout à fait vraie.

Le déficit

En voilà une bien formulée dont je me rappelle : une jeune femme serait parvenue à se procurer un maillot de bain étranger grâce à une connaissance pour un prix très élevé (ou bien, il est possible que ce soit une de ses connaissances étrangères qui lui ait directement offert). Elle l’a enfilée, magnifique, les gens se trouvant à la plage l’ont suivie du regard alors qu’elle allait se baignait dans la mer. Et lorsqu’elle en est ressortie, à sa grande surprise, le maillot de bain est devenu complètement transparent, révélant tout son corps, et elle a ressenti un terrible sentiment de honte et de colère. C’est pour ça qu’il ne fallait pas lorgner sur les marchandises étrangères et ne porter que ce que les citoyens soviétiques portaient.

C’était bien évidemment un complot occidental pour miner la morale de notre pays.

Les deux valises d’aiguilles
Il y avait une histoire selon laquelle un militaire avait ramené d’Allemagne deux grandes valises d’aiguilles à coudre (une autre version parle d’aiguilles de tourne-disque ; il y avait un énorme déficit pour ces deux produits à l’époque), et avait permis à la population de longues années à l’abri de la misère. L’argument selon lequel une valise pleine d’aiguille pèserait une tonne et demie ne convainquait personne, tout le monde croyait à ce racontar.

Cette histoire est souvent répétée dans des interviews de vétérans de la Deuxième Guerre mondiale sur le site iremember. Sans parler bien sûr d’une valise entière, ils ramenaient souvent des aiguilles de tourne-disque, ainsi que des aiguilles pour les machines à coudre de l’Allemagne occupée, car elles prenaient peu de place et coûtaient très cher en URSS puisqu’elles n’existaient pas sur le marché.

Le trésor d’Elisseïev

Un descendant du célèbre marchand Elisseïev (NdT : Grigori Elisseïev, fondateur de la dynastie marchande des Elisseïev et de la chaîne de magasin portant le même nom) vivant aux USA aurait un jour appelé les autorités soviétiques pour leur indiquer qu’avant son émigration (NdT : en France), Elisseïev aurait dissimulé un trésor dans son magasin à Petrograd (NdT : autre nom de Saint-Pétersbourg). Bien évidemment, la restitution du trésor à l’héritier a été refusée, mais, si vous vous souvenez bien, le magasin Elisseïev a été longtemps fermé, soi-disant pour une restauration. Tout a été retourné, même les sols ont été fouillés, mais rien n’y a été trouvé.

Alors, le jeune Elisseïev a repris contact avec les Soviétiques et a promis de leur montrer où se trouver le trésor en échange d’un certain pourcentage. Il n’y avait rien à faire, alors ils ont accepté. Lorsqu’il est arrivé, il a vu que le magasin était tout retourné, a souri, montré le lustre et leur a dit de le démonter.

L’énorme lustre a été descendu, et il s’est avéré que sous la fine couche de bronze qui recouvrait la décoration, elle était en réalité faite intégralement d’un or pur avec un nombre très élevé de carats.


Traduction : Magnosa

Comme indiqué au début, la page originale avec les 3 chapitres qui n'ont pas été retenus est consultable ici, pour ceux qui seraient curieux et liraient le russe (ou auraient un bon traducteur). Vous êtes désormais fin prêts pour la reprise des traductions de creepypastas russes !

mercredi 1 avril 2020

Nina the Killer

Bonjour à tous.
Je m'appelle Nina, et je suis une adolescente de 15 ans et demi, très attirée par tout ce qui touche au paranormal et à l'horreur. Si je viens vous parler aujourd'hui, c'est pour vous avertir.

En fait, avec mes copines, ayant toujours été fans du personnage, on a récemment regardé le film sur le Slenderman, celui de 2018. A vrai dire, on l'a plutôt apprécié, le jeu d'acteur était franchement pas mal, et l'histoire était prenante et cohérente.
Mais après le visionnage, on en voulait plus. On voulait plus que simplement admirer notre fantasme de toujours derrière un écran. On voulait le voir, le toucher, ressentir ses longs tentacules au plus profond de...
Bref, vous m'avez comprise. Mais comment entrer en contact avec lui ? On a eu beau chercher en long et en large la vidéo dont parle le film et qui permettrait de devenir l'une des esclaves du Slenderman, on n'a rien trouvé. L'une de mes amies s'est même auto-flagellée avec un poulpe vivant à l'orée de la forêt en hurlant Son nom, mais tout ce qu'elle a récolté, c'est une garde-à-vue.

En désespoir de cause, j'ai décidé de me tourner vers le Ouija. Il fallait que je prenne le taureau par les cornes, que je sois la première à Lui parler.
Sans en référer à mes amies, je me suis rendue sur Wish, et j'ai commandé au rabais une planche Ouija tout ce qu'il y a de plus banal. Une semaine plus tard, lorsque mon colis est arrivé, je me suis ruée sur l'emballage. Je l'ai déchiré, et ai découvert un vulgaire carton sur lequel avait été collée une feuille A4 avec, imprimée sur celle-ci, la première image qui sort quand vous tapez « Ouija » sur Google. Saletés de chinois.

Mais trop impatiente pour en commander une autre, j'ai soupiré, et ai attrapé mes bougies que j'ai disposées de chaque côté de la « planche ». Une bougie blanche pour attirer les esprits avec la couleur de la béchamel, et une noire pour se protéger de ceux d'Extrême-droite, qui pourraient être extrêmement virulents en ma présence.
J'ai inspiré un grand coup, et ai posé mes doigts sur la pièce de cinq centimes, qui s'est échauffée à mon contact. Je me suis raclée la gorge, puis ai lancé :

- Salam aleikoum ! Je voudrais parler au Slenderman, s'il vous plaît.

Pendant quelques petites secondes, il ne s'est rien passé. Puis, j'ai senti la pièce bouger sous mes doigts. Elle s'est lentement déplacée vers la droite, et mon cœur a manqué un battement quand elle s'est arrêtée sur le « non ». Avant que j'aie pu ouvrir la bouche, la pièce est rapidement revenue vers le « oui », puis a refait le trajet vers le « non », avant de recommencer l'aller-retour, encore et encore.

Paniquée, au comble de la terreur, j'ai lâché la pièce, devenue brûlante, et j'ai éteint la bougie blanche. Peut-être que sans la présence hypothétique de la béchamel, l'esprit me laisserait tranquille. Mais c'est tout le contraire qui s'est produit. J'ai entendu un rire. Gras, hystérique. Je l'ai entendu résonner à l'intérieur de ma tête. La bougie noire a été soufflée par une brise d'origine inconnue, et la température a chuté brusquement. Un visage a pris forme dans mes pensées. Des traits fins mis en valeur par un visage pâle me sont apparus, le tout encadré par deux cascades de cheveux noirs. J'ai lâché un hoquet de surprise. Dieu qu'il était beau.
Sa bouche sensuelle s'est ouverte, et sa voix a à nouveau résonné dans ma tête.

- Bonjour, Nina. Je suis Jeff the Killer. Et ensemble, nous tuerons tous ceux qui... enfin, il va y avoir du sang, quoi. Et tu vas devenir une psychopathe... pour moi.

Il m'avait eue. En voulant invoquer le Slenderman, j'étais tombée sur bien plus dangereux encore. Et maintenant qu'il était en moi, il allait faire de mon corps son jouet, son instrument de destruction. Étrangement, c'était presque excitant.

Ma main s'est activée toute seule, et j'ai saisi un couteau qui traînait là par le plus grand des hasards. Mes jambes m'ont guidée jusqu'au miroir de la salle de bain, et là, je me suis entaillé la commissure des lèvres, en un parfait sourire de l'ange. Au moins, il avait le sens de l'esthétique.

- Maintenant, allons tuer tes parents.

À haute voix, je lui ai répondu, non sans une pointe d'incompréhension.

- Mais, pourquoi mes parents ? Où est le rapp...

- Silence ! On va le faire, c'est tout. Désormais, tu es ma chose. Tu es moi. Tu es... Nina the Killer.

Alors, j'ai contemplé mon reflet dans le miroir, si magnifique, et j'ai serré le couteau dans ma main. Au fond, je savais qu'il avait raison. Mon cœur est tourmenté, et c'est en partie de leur faute. Si quand j'avais sept ans, ils m'avaient acheté la peluche Furby que je leur réclamais, rien de tout ça ne serait arrivé. Tout est de leur faute.
Je suis Nina the Killer. Et une fois que je me serai vengée de mes parents, de mes amies, de mes professeurs et des chinois, ce sera votre tour.

Prenez garde à ma vengeance.
Car pour ce qu'ils m'ont fait subir, le monde entier paiera.

J'étancherai ma soif de sang sur chacun d'entre vous.


Comme vous l'aurez compris... Poisson d'Avril. 
(Et joyeux anniversaire au forum, au passage.)

lundi 30 mars 2020

Je pense que Lovecraft était sur quelque chose

Lorsque j’étais enfant, j’avais l’habitude de pêcher avec mon père. Tous les dimanches, on descendait sur Providence River et on passait des heures à lancer des hameçons dans l’eau. La plupart du temps, on n’attrapait pas grand-chose à part quelques bars ou quelques petits poissons bizarres par-ci par-là. Je regardais parfois mon père soulever les grosses bestioles sur notre petite barque à moteur et retirer les crochets ensanglantés de leurs bouches béantes. Au début ces trucs me terrifiaient, j’étais jeune et je ne comprenais pas grand-chose.

Plus je grandissais, et moins mon père m’emmenait dehors, il avait toujours une bonne excuse. Soit il était trop occupé, soit il ne se sentait pas très bien. À partir de là, je lui ai souvent reproché de ne pas vouloir passer de temps avec moi. Mais après tout, je n’étais pas un enfant parfait non plus.
Mon père était un homme de la nature, comme son père avant lui, et il passait tout son temps dehors, garantissant à ma mère et moi une existence saine grâce à ses talents en termes de pêche et de chasse. Il vendait le fruit de son travail tous les lundis matin au marché local, lequel était essentiellement constitué de fourrure, de viande ou de poisson. Frais comme un gardon dès 6 heures du matin, il était toujours le genre à être suspicieusement en avance.

Mais toutes les choses de la vie s'épuisent  et meurent un jour, et c’est ce qui a fini par arriver à ma mère, malgré le fait que je me sois occupé d’elle du mieux que je pouvais. Tous ces facteurs dans ma vie m’ont conduit à l’isolement et la solitude, je n’avais pas d’amis ou de petite amie et je ne savais pas non plus comment m’en trouver. J’ai fini par quitter notre petite maison et j’ai emménagé sur une péniche que je m’étais achetée. Il n’y avait pas meilleur moyen pour avoir du poisson frais à disposition.

Vivre sur une rivière, aussi bizarre que cela puisse paraître, m’a rendu encore plus isolé que de vivre sur la terre ferme. Il n’y a vraiment personne à qui parler sur la rivière. J’ai fini par devenir un rat de bibliothèque, et de ce fait, par me plonger dans des histoires écrites par de grands auteurs.

De temps en temps, je faisais le trajet de la rivière jusqu’au centre-ville pour faire les courses et je m’arrêtais à la librairie. Lovecraft était un auteur dont je n’avais jamais entendu parler, mais dont le vendeur m’avait fortement recommandé les écrits.

J’ai passé de nombreuses nuits à lires ses contes glaçants. C’était très anxiogène, mais je ne pouvais détacher mes yeux de ces pages maudites. Chaque jour, je me réveillais et je mettais en place mes lignes de pêche, j’avais développé un système qui me permettait d’en mettre plusieurs à l’eau en même temps, un truc d’optimisation ou quelque chose dans le genre.

Mais au fil des années, les poissons ont commencé à grandir… anormalement. J’ai d’abord cru que c’était juste le niveau de mercure dans l’eau qui augmentait, ce qui aurait pu provoquer des mutations sur la faune aquatique, une évolution naturelle de la vie dans cet espace. Du moins, j’ai gardé cette explication jusqu’à ce qu’ils se mettent à parler. En tout cas, c’est ce qu’ils avaient l’air d’essayer de faire. Je remontais souvent quelques bars ou des poissons bleus comme mon père et moi le faisions il y a quelques années, juste pour voir leur bouche remuer de haut en bas comme s’ils essayaient de former des suites de mots.

Au fil du temps, ça a empiré. Ils parlaient une langue chaotique et fracassante, tout ça n’avait aucun sens. Je ne peux rien faire d’autre que vous dire ce que j’ai entendu, et ce que maintenant je ne peux plus cesser d’entendre, comme des tambours battants à l’intérieur de ces créatures aquatiques me parlant en rythme. Chaque fois que leur voix me parvenait, ça me mettait en transe, et il me fallait beaucoup de volonté pour m’en libérer.

Quand les choses sont arrivées à leur paroxysme, chacun des chants de ces bestioles immondes me faisaient penser que j’avais été amené dans les profondeurs. Je ne peux plus appeler ça des poissons, ils me fixent, ils parlent, ils sont dans ma tête. Cette mélodie continue de m’envoûter. J’ai essayé un nombre incalculable de fois de résister à leur appel et de retrouver la terre ferme, mais j’ai échoué à chaque tentative.

Je peux entendre leurs voix démoniaques sous mon bateau désormais, ils m’ont encerclé. Ce n’est plus qu’une question de temps, je savais que je finirai par ne plus faire qu’un avec cet endroit. Je ne pensais pas que ça arriverait si vite.

Je me tiens sur le pont maintenant, je vois les créatures nager tout autour de la coque, leur minuscule tête en dehors de l’eau, ce rythme infernal me martelant toujours les tympans. Cette chanson qui m’ordonne de plonger, de ne faire qu’un avec ce trou. Le truc le plus dérangeant dans tout ça, c’est que je peux distinguer la voix de mon père dans la chorale.

Je pense que Lovecraft était sur quelque chose.

Traduction de Charlou

vendredi 27 mars 2020

Mon ami Marc

J'ai une histoire assez flippante à vous raconter. Elle est pas longue, vous inquiétez pas. Je pense que mon ami n'aimerait pas que je la partage, mais je ne peux pas garder ça pour moi. Elle est tellement folle.

J’avais un ami appelé Marc. Il avait le bras gauche atrophié, et son oreille gauche était elle aussi malformée. C'était pas un accident ni rien, c’était vraiment de naissance. On s’est connus au collège. Là-bas, son handicap ne le gênait pas, et ne gênait pas les autres. Étonnamment, il avait même pas mal d'amis. Lui et moi, on était tous les deux à fond sur le metal, et on s'est vite mis à traîner ensemble, même en dehors des cours. On allait souvent se poser vers le chantier naval vu qu’on habitait près de la Garonne, à s’enfiler des bières et discuter.

On s'intéressait vite fait au satanisme, plus parce qu'on trouvait ça cool que parce qu'on voulait sacrifier des chèvres. On essayait des rituels plutôt nuls, du genre allumer des bougies noires et dire trois fois Satan. Des trucs de gamins quoi. Mais un jour, alors qu'on était assis sur une carcasse de bateau, Marc m’a fait une confidence.

Il m’a dit que depuis tout petit, il voyait des choses bizarres. Il m’a affirmé que parfois, la nuit, il entendait des pleurs de bébé. Quand il était seul chez lui, les pleurs se transformaient en cris. Il m'a même confié qu'une fois, il avait vu le bébé qui rampait en haut des escaliers. Mais quand, intrigué,  il était arrivé en haut des marches, le nourrisson avait disparu.

J'y croyais qu'à moitié, c’était cool mais un peu tiré par les cheveux. Mais j'ai décidé de lui faire confiance, parce que c’était mon ami, et que j'étais vraiment curieux. A cette époque, je dormais souvent chez lui, et il est vrai qu'une fois, Marc s'était réveillé en pleine nuit avec l'impression qu'on lui mordait violemment le bras gauche, celui qui était atrophié. Il m’avait dit qu'il avait entendu les pleurs et qu'aussitôt, son bras était devenu douloureux. Personnellement, je dormais très bien avant qu'il ne se réveille, et je n'avais rien entendu du tout. Par la suite, je lui ai plusieurs fois conseillé d'en parler à ses parents, mais il n'a jamais voulu.

On s’est un peu perdus de vue vers nos quatorze ans. Il est parti dans un collège privé. On se voyait occasionnellement dans le village mais c'était moins drôle, il avait l'air fatigué, déprimé. Il me disait qu'il ne dormait presque plus, que son bras et son oreille étaient douloureux, qu'il avait l'impression qu'on les mâchait toute la journée.

Après la Troisième, on ne s'est plus vus du tout. Il a déménagé dans l'Est, et je suis resté dans la Garonne. 
Mais il y a six mois, je suis tombé sur son profil Facebook, et on a repris contact. On a vingt-huit ans maintenant, et on a pas mal parlé de nos vieux souvenirs. Il a effectué une chirurgie de l'oreille vers vingt-trois ans. C’est bluffant, elle est complètement normale à présent. En revanche, son bras n'a pas changé d'un pouce.

Je lui ai reparlé de ses douleurs au bras et à l'oreille, et je lui ai demandé si ça allait mieux. Il m'a dit que oui, et il m'a appris autre chose d'assez déconcertant. Vers vingt-deux ans, il avait fait le tour des médecins. Tous lui avaient dit que ces douleurs n'avaient aucune cause physiologique, que c'était purement somatique. Désespéré, il était allé voir un magnétiseur. D'après ce qu'on dit, ce serait assez efficace dans ce genre de cas. Le gars l'a touché, bref, il a fait ce que font magnétiseurs, et dès la fin de la séance, Marc n'a jamais plus eu mal nulle part. Le magnétiseur avait clos la séance en lui disant de demander la vérité à sa mère. Le pauvre a été surpris, mais il l'a fait.

Il m'a dit qu'il ne savait pas vraiment quoi lui demander, quoi lui dire. Alors il lui avait simplement demandé de lui dire la vérité, qu'elle lui cachait quelque chose qu'il ignorait. Sa mère avait fondu en sanglots, et lui avait avoué l’existence d’un frère jumeau. Lorsqu’ils étaient encore dans le giron maternel, ce frère avait commencé à prendre le dessus sur mon ami. Il le grignotait peu à peu. Son bras n'avait pas pu se développer complètement à cause de ce frère qui, à terme, l'aurait dévoré. C'est quelque chose de rare mais qui existe, le cannibalisme intra-utérin. Un jumeau assimile l'autre, le consomme en d'autres mots.

Mais pendant la grossesse, le jumeau qui dévorait Marc était mort, et on avait dû le retirer. Marc m'a dit que selon lui, le lien qui les unissait ne s'était jamais vraiment brisé, et que son jumeau continuait de vouloir le dévorer. Peut-être n'avait-il pas accepté qu'on l'arrache à son frère. J'ai eu quelques frissons quand j'ai fait le lien avec ce que Marc m'avait raconté au chantier naval, sur ce qu'il entendait, voyait et ressentait. Aujourd'hui, Marc va bien, il ne ressent plus de douleurs. Mais il lui arrive parfois, selon lui, d'entendre des pleurs de bébés venant de nulle part. 

lundi 23 mars 2020

Elle avait l'habitude de me tenir la main

Lorsque j’étais enfant, chaque nuit je me faisais tenir la main avant d’aller au lit. Je ne me rappelle plus à quel âge ça a commencé, mais c’était devenu une sorte de rituel. Elle enroulait sa main dans la mienne après l’heure du conte, puis la lumière s’éteignait et on se retrouvait seuls. C’était peut-être parce que j’étais encore petit mais je n’aimais pas trop qu’elle me touche. Je ne me laissais pas faire, je me tortillais dans mon petit lit.

Je me roulais en boule sous les couvertures, ou bien je suppliais mes parents de me laisser dormir avec eux. Ils ont toujours refusé, ne me laissant même pas garder la veilleuse allumée. Après quelques temps, ils avaient finalement accepté de brancher une petite lampe en forme d’étoile bleue. L’étoile diffusait une douce lueur, me rappelant les vagues qui caressaient l’horizon en été.

Elle détestait la lumière. Pendant quelques jours après la mise en place du luminaire, elle a arrêté d’essayer de me prendre la main.

Une fois, je me suis endormi avant que mes parents ne puissent allumer l’étoile, alors ils ne se sont pas embêtés. Elle en a profité pour ramper hors de son antre et casser l’objet. Mes parents m’ont accusé et je n’ai pas eu d’autre veilleuse, peu importe à quel point je les suppliais.
Après ça, chaque nuit je faisais de mon mieux pour me faire tout petit, et me mettre en sécurité. Malheureusement, je m’endormais systématiquement en posant mon bras trop près du bord. C’était à ce moment que nos doigts s’entrelaçaient. Quand ça arrivait, je me réveillais en sursaut. Sa poigne était dure, c’était une emprise dont je ne pouvais me défaire. Il y avait comme de la glace en elle, tranchante et tellement froide que ça brûlait.
« Tu es mien », chuchotait-elle depuis le dessous de mon lit.

J’ai arrêté d’appeler mes parents la nuit. Ça ne faisait que les agacer. Même si mon père me taquinait avec ça, et s’agenouillait sur la moquette et jetait un coup d’œil sous mon lit, je savais qu’il ne la verrait jamais. Du coup, je la laissais me tenir la main et je pleurais aussi silencieusement que je pouvais. Et ce même si ses ongles brisés s’enfonçaient dans ma paume et que sa poigne laissait des bosses sur mon poignet.

J’ai caché les bleus pendant des semaines, mais un prof a fini par les trouver. Les services sociaux m’ont emmené loin de mes parents lors d’une après-midi pluvieuse. Il y avait trop de questions auxquelles mes parents ne pouvaient pas répondre. Aujourd’hui, ça fait presque 20 ans et j’ai réalisé que tout était le fruit de mon imagination, un moyen de parer les reproches dont ont été victimes mes parents de la part des services sociaux. Je ne voulais pas accepter qu’ils aient pu me faire du mal. Ça m’a pris du temps mais j’ai fini par suivre une thérapie.

J’ai eu mon propre enfant il y a quelques années maintenant, le garçon le plus mignon du monde. Récemment, il a commencé à me demander de laisser la lumière allumée. Je suis sûr qu’il traverse juste une phase mais la dernière fois, il m’a demandé de regarder sous son lit. Je n’ai rien vu, en revanche, j’ai cru entendre le doux fragment d’un chuchotement familier…
« Tu es mien… »

Traduction de Charlou

Source

vendredi 20 mars 2020

Copșa Mică

Salutations. Je vous envoie aujourd'hui un texte datant de 1993 que m'a donné un oncle travaillant dans l'édition aux Etats-Unis. Il l'a traduit de l'anglais , et me l'a envoyé, car il le trouvait intéressant. Officiellement, il provient d'un courrier anonyme affirmant qu'il s'agit d'une lettre tout à fait authentique.

    "Je voyageais, avec ma belle-soeur, en Europe de l'Est, cherchant de l'inspiration pour un roman horrifique. En fait, je voulais visiter la région de Vlad l'Empaleur, la région de Dracula. Après donc avoir visité le village d'origine de Vlad von Dracul, Târgoviște, en Valachie, nous arrivâmes à Copșa Mică, réputée ville la plus polluée au monde. Perdue dans les montagnes, cette petite ville, ou plutôt ce gros village, était centré sur l'Usine. Cette Usine, projet de Ceaușescu, fabriquait du noir de carbone pour l'industrie du pneu. Elle faisait vivre le village, tous les habitants travaillant ou étant destinés à y travailler. Elle le faisait vivre, mais elle le faisait mourir aussi. Le village était un mort-vivant. Nous le vîmes depuis une colline adjacente. Il était noir. Les murs et les toits étaient noirs. Les fourneaux étaient noirs. Les draps qui étaient suspendus à l'extérieur des maisons étaient gris. Sur la route, une pellicule de poussière jais se déposait. 
En chemin, nous croisâmes deux jeunes bergers et leurs moutons. Leur laine était noire, grise à l'endroit où les jeunes gens les frappaient de leurs bâtons pour les faire avancer. Ceux-ci avaient des cheveux noirs, et leurs visages étaient creusés de fines rides de la même teinte. Ma belle-sœur, qui toujours avait des bonnes idées, décida de prendre en photo l'Usine. Mais le gouvernement roumain interdisait de prendre en photo des sites stratégiques. Et les usines étaient des sites stratégiques. Même si l'état policier technocratique soviétique était mort et enterré depuis les années 90, même si Ceaușescu, l'Architecte des Carpates, reposait dans son cercueil, la réglementation était stricte. L'Usine était la propriété de l'Etat, et on ne photographiait pas la propriété de l'Etat. Surtout si le photographe était étranger. Des gardes armées de mitraillettes nous avaient repérés depuis la ville et arrivaient vers nous en camion noir. Je dis à ma sœur de ranger son appareil photo, mais elle refusa. Elle était toujours ainsi, affirmant avoir du courage. Elle ne s'était juste jamais retrouvée en situation de pure impuissance. Les soldats se rapprochaient. Je partis immédiatement en marche arrière et semai les poursuivants avant qu'ils n'arrivent à notre hauteur.

    A New-York, je mangeais avec un ami, grand industriel. Il affirmait que par une campagne de lobbying acharnée, il avait débloqué des avantages d'Etat, et des aides substantielles pour ses projets. L'Etat allait l'aider à amortir les pertes initiales et à casser quelques procès. En sortant du restaurant, lorsqu'il monta dans sa Cadillac chromée, je voyais presque le futur : les monorails aériens amenant les badauds à toute allure d'un bout à l'autre de la ville. La voiture évoquait bien cela. Mais alors que je la regardai, je vis aussi, du coin de l’œil, des ouvriers travailler sur un chantier, dans la nuit. Une eau noire, visqueuse et suintante jaillissait d'un tuyau pour se déverser dans la rivière.
    En rentrant chez moi, je passai par Chicago. Il paraissait que le saturnisme faisait des ravages là-bas. Le plomb déversé par certaines industries s'accumulait dans les sols et les eaux, comme d'autres poisons. Les procès contre ces géants aux pieds d'argile renforcés de plomb n'aboutissaient jamais. Le Ministère de la Justice ne les traitait pas. Un médecin m'avait un jour dit que notre culture courait peut-être à sa perte car les individus devenaient trop stupides, notamment à cause du saturnisme. Quand je voyais Chicago, je pensais que ses affirmations portaient une part de vérité. Dans cette ville, on avait de la chance de ne pas se prendre un coup de couteau avant 20 ans, ou, enfant, de ne pas se retrouver en orbite autour de Saturne. Mais ceux qui avaient la protection de l'Etat y échappaient toujours.
    Accompagné de ma belle-sœur, je passai près de Buffalo. Sur l'autoroute surélevée, craquelée et pleine de nids-de-poules, je roulai le plus vite possible. Ma belle-sœur me fit remarquer, toujours avec son sourire, les usines en contrebas. Elles étaient toutes fermées, et désaffectées. Les herbes avaient envahi les parkings. Conçus pour abriter des milliers de camions et voitures, seule la carlingue du gardien les occupait. Personne n'y travaillait plus. Peut-être que les moteurs qu'on y fabriquait jadis furent récupérés pour servir d'étagère dans un bicoque quelconque, et que les fils électriques arrachés servaient aujourd'hui à étendre le linge quelque part non loin de là, dans une vallée brumeuse. Elle continuait de déblatérer : "C'est bizarre qu'on ne s'en serve pas pour des décors de cinéma, on pourrait faire exploser tout ça pour rien". Au lieu de répondre par un vague "Oui" grommelé, je rétorquai : "A quoi bon ? Rien d'original ici".

    Il y a quelques années, je visitai la Tchécoslovaquie et la Hongrie. Sur le Danube, le plus long fleuve d'Europe, on avait toujours une forêt sombre digne de ce nom. On pouvait presque entendre les bruits de la lime romaine, et les bruissements des barbares de l'autre côté du fleuve, dans cette forêt germaine, où la furor se déchaînait. D'un côté, la civilisation, de l'autre, la barbarie. Et ce fleuve, traversant tous les pays d'Europe, seul véritable facteur d'unité. Les Hongrois et les Tchécoslovaques avaient un projet de barrage, le Barrage de Gabčíkovo. Ce projet, héritier d'une ère totalitaire, était en train de se concrétiser. La Hongrie aurait une source d'électricité de plus, et le détournement du Danube devait servir les intérêts de la Tchécoslovaquie. La douve noire qui devait tenir lieu de Danube après sa construction serait décalée de plusieurs dizaines de kilomètres. Des Hongrois qui vivaient auparavant en Tchécoslovaquie, au nord de ce fleuve rugissant, vivraient désormais au sud d'une langue noire et suintante. De là, ils rejoindraient vite la Hongrie. Le vieux rêve de démagyarisation, dont l'accomplissement commençait à la Deuxième Guerre Mondiale, se terminait.

(Ndlr : Magyarisation : nom donné à la politique d'assimilation culturelle et linguistique au XIXè et au début du XXè siècle des peuples non-hongrois du Royaume de Hongrie au sein de l'Autriche-Hongrie)

  En Chine, les morts servaient sous les drapeaux de la guerre économique. Le trafic d'organes battait son plein, et le pays serait bientôt parmi les premiers fournisseurs. Mêmes les étudiants rebelles, enfermés dans des prisons obscures, participeraient à cet enrichissement national. Lors d'un voyage à Shangaï, j'aperçus des respirateurs dans certaines rues. Certaines personnes y faisaient même la queue. Des mendiants mouraient de faim et d'asthme ici, tous les ans. Les habitants pourrissaient sur place, leurs poumons transformés en ergots noirâtres par les fumées des Usines d'Etat. Des flaques noires parsemaient certaines rues, des moisissures noires s'accumulaient sur des murs gris de poussière. La ville pourrissait, comme une charogne. Je me demandais quels vautours allaient bien pouvoir en vouloir.

    A Copșa Mică, la mortalité était énorme. Non que les conditions de vie fussent déplorables. Tout le monde avait à manger, une cuisine, un logis, un chaleureux foyer, de beaux enfants. On y mourait de la bronchite, et des atteintes aux poumons. La mortalité infantile était énorme. Des lignes de tableaux étaient accrochés dans certaines maisons, représentants des nourrissons, morts, mais habillés et placés comme s'ils dormaient, bloqués dans ces cadres. La ville était vivante, elle bougeait, travaillait, fournissait. Mais elle était aussi morte. Elle était et morte et vivante, suçant la vie hors de ses habitants.

    Dans la deuxième moitié de l'année 1992, ma mère et mon père moururent tous deux du cancer. Mes frères restèrent à leur chevet des après-midis durant, au cours de leur agonie. Un jour, alors que je veillais auprès de mon père, il releva sa tête d'un coup sec et dit simplement "Calico !" Il reposa ensuite ses mains derrière sa tête, comme il le faisait avant et s'endormit. Il était mort. Le crabe l'avait pris. Ma mère, quant à elle, résista quelques mois de plus. Avant son enterrement, son cadavre fut habillé de sa plus belle robe, celle qu'elle préférait, et quelques-uns de ses gâteaux préférés furent déposés dans le cercueil. Avant que la boîte ne soit refermée, je me penchai pour la voir une dernière fois. Une légère poussière blanche parsemait ses cheveux. Un voile opaque et translucide passait sur ses yeux ouverts, et sa bouche, ouverte, formait un trou béant dans son visage. Alors que j'étais penché, un croque-mort souleva le bout du cercueil, pour l'emmener. Une boue noirâtre à odeur de sang sortit de la bouche de la morte. "Attention ! La robe, la robe !" entendis-je. Et le pharmacien de m'écarter : "Allons donc, avez-vous peur ?"

    Je constatai durant mes voyages que les vivants n'étaient plus libres nulle part, à aucune époque de leur vie. Si un vivant ne connaît pas la liberté, pourquoi la connaîtrait-il à la mort ? Et si un mort n'est pas libre de partir, où irait-t-il ? J'entends déjà ma femme monter les escaliers, accompagnée de mes deux très chers enfants. Ils vont me rejoindre. J'ai fermé la porte à clef, elle devrait tenir le temps que je termine mon texte. Un accident de voiture, ce n'est rien, n'est-ce pas ? On peut y survivre. Et même, trois victimes, ce n'est rien, n'est-ce pas ? Juste trois lignes dans le journal local. Ils ont déjà eu ma belle-sœur. La pauvre, elle se rendit sûrement compte durant ses derniers instants qu'elle n'était pas si courageuse qu'elle voulait bien le croire. Je les revois encore, eux et leur peau blanchâtre, leurs yeux vitreux, leur bouche dégoulinant de sang noir, enfoncer la porte de son appartement,. Elle ne comprit pas au premier coup d’œil, moi si. Je partis en courant, la laissant seule, tandis qu'elle leur demandait ce qu'ils avaient, s'ils allaient bien. Je me demande ce que cela lui fit de sentir des mains froides la saisir et des dents ébréchées se planter dans son bras. Depuis des mois, je fuis. Ils me poursuivent, où que j'aille. J'ai déjà essayé de fuir, mais ils marchent. Et en marchant en continu, on peut arriver n'importe où très vite. J'ai essayé d'en parler, mais on me traita toujours de fou: les morts ne se relèvent pas. Ceux qui me croient et tentent de m'aider sont dévorés. Alors j'ai décidé, avant de ne plus avoir la force de le faire, de revenir une dernière fois chez nous. Cette fois-ci, c'est fini, je n'ai plus la force de continuer. Je les entends tambouriner à la porte. Elle commence déjà à craquer. Sur ce, je crois que je peux vous dire : Adieu."

    Selon l'expéditeur, cette lettre a été retrouvée dans la maison d'un écrivain aux Etats-Unis, près de Newark. La porte de la chambre était défoncée et des tâches d'un liquide noirâtre, identifié comme du sang mêlé à diverses substances, ont été retrouvées sur le présent texte et dans l'ensemble de la chambre. L'hypothèse la plus probable est que l'auteur du texte ait été tué après un braquage de sa maison, même si la piste du suicide n'est pas à écarter, sa femme et ses enfants étant morts dans un accident de voiture un mois plus tôt. Des témoins ont rapporté l'avoir vu en plusieurs zones de la région, l'air hagard et effrayé, ne restant jamais plus d'un jour au même endroit, et tenant un discours incompréhensible. Le patron d'un motel a affirmé lui avoir donné une chambre qu'il a payée cash pour deux nuits, mais a laissée le soir venu, partant en hurlant de l'établissement. La belle-sœur dont il est question ici demeure introuvable.


mardi 17 mars 2020

Au sujet des publications

Cryptiens, cryptiennes,
Depuis presque une année, vous avez sans doute remarqué que nous avons été contraints de baisser le rythme des publications hebdomadaires, en se cantonnant à une creepypasta et à un texte du Nécronomorial par semaine. C'est donc avec joie que nous vous annonçons le retour des deux creepypastas et nouvelles horrifiques par semaine. Vos rendez-vous hebdomadaires seront donc fixés au lundi et au vendredi pour CFTC. Quant au Nécronomorial, ce sera le mercredi et le dimanche.
Cela prend effet dès cette semaine, car comme nous le savons, la plupart d'entre vous va devoir trouver de quoi s'occuper pour les jours qui viennent. Et quoi de mieux qu'un lot de frissons supplémentaire pour galvaniser ses journées ?

De plus, nous aimerions en appeler à tous les auteurs, tous les traducteurs potentiels, que vous ayez déjà écrit/traduit ou non. Si vous voulez partager vos écrits ou faire parler votre talent de linguiste, le forum vous est grand ouvert, peu importe votre âge et votre expérience. Là, les membres et les référents pourront éventuellement vous guider et vous aiguiller si besoin, afin de tirer tout le potentiel de votre texte. Si vous êtes vraiment timide ou trop indisposé pour vous rendre sur le forum, vous pouvez toujours nous envoyer vos œuvres à l'adresse creepypastaftc@gmail.com.

Pour conclure, sachez également que concernant l'équipe de traduction, et bien que n'importe puisse traduire sur le forum indépendamment de son rang, vous trouverez toutes les informations sur ce post.

Sur ce, nous vous souhaitons un agréable confinement, et à demain sur le Nécronomorial !