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samedi 30 avril 2016

Éclairs

Nous venions juste d’emménager dans ce pavillon, en banlieue. Un quartier bien cliché : calme, des voisins amicaux, des clôtures, enfin tout quoi.
Il va sans dire que c’était supposé être un tout nouveau départ pour mon fils de trois ans et moi. Faire table rase du stress et des ennuis de l'année précédente.
 

J'ai vu l'orage comme une sorte de métaphore de ce nouveau départ : un dernier show théâtral avant que la crasse et la saleté du passé soient balayées.
Mon fils l'a apprécié, même s'il n'y avait pas de courant. C’était le premier gros orage qu'il avait jamais vu. Les éclairs inondaient de leurs flashes de lumière toutes les pièces de notre maison, conférant aux cartons, pas encore déballés, des ombres angoissantes. Puis il a sauté et hurlé quand le tonnerre a grondé.
Il était déjà bien plus tard que l'heure du coucher quand il a été suffisamment calmé pour dormir.

Le matin suivant, je l'ai trouvé dans son lit, réveillé et souriant.
 

"J'ai regardé les éclairs par ma fenêtre", m'avait-t-il annoncé, tout fier.
 

Quelques matins plus tard, il m'a dit la même chose. 
"T'es bête...", lui ai-je répondu. "Il n’y a pas eu d'orage la nuit dernière, tu as rêvé !" 
"Oh..." 
Il semblait déçu. J'ai passé ma main dans ses cheveux et je lui ai dit de ne pas s’inquiéter, qu'il y aurait bientôt un autre orage.

Puis c'est devenu une habitude. Il me disait qu'il avait vu des éclairs par sa fenêtre au moins deux fois par semaine, alors qu'il n'y avait eu aucun orage. Je me suis dit qu'il devait s'agir de rêves récurrents, dûs aux souvenirs de la tempête du jour de notre arrivée.

En y repensant, c'est normal de culpabiliser. Tout le monde m'assure qu'il n'y a rien que j'aurais pu faire, je ne pouvais pas savoir. Mais je suis supposé être le protecteur de mon fils, et ces mots de réconfort sont inutiles. Je me vois revivre constamment ce matin-là : je prépare mon café, je verse du lait sur mes céréales, et je prend le journal du jour pour y lire en première page que les autorités locales ont mis la main sur un pédophile. Apparemment, ce mec choisissait des cibles jeunes (généralement des garçons), rodait autour de leur maison pendant un temps, et prenait des photos d'eux par la fenêtre de leur chambre pendant qu'ils dormaient. Quelquefois, il faisait plus que ça. Mon cœur a failli s’arrêter de battre quand j'ai fais le lien.




Au moment où mon fils m'avait dit ça, ça ne m'avait pas semblé être autre chose que le fruit de son imagination. Mais à la lumière de cette nouvelle, c'est devenu subitement la chose la plus terrifiante que j'avais jamais entendue.



Une semaine avant que le prédateur soit arrêté, mon fils était venu me trouver, vêtu de son pyjama.




"Devine quoi !"

"Quoi ?"

"Il n'y a plus d’éclairs à ma fenêtre !"

Amusé, je lui ai répondu : "Ah, c'est bien ! ça s'est finalement calmé, hein ?"

"Non ! Maintenant, ça vient de mon placard !"




...Je dois encore voir les photos que la police a recueillies.





Traduction : Kamus

Creepypasta originale ici.

lundi 25 avril 2016

No through road

Le 17 décembre 2008, quatre adolescents de 17 ans ont été retrouvés morts dans leur voiture à proximité d'une ferme abandonnée, à 15 km de chez eux. Cette vidéo est le contenu de la caméra que possédait un des jeunes hommes, présenté tel qu'il a été trouvé.

Si vous avez la moindre information concernant ces événements, prière de nous contacter via le lien donné en fin de vidéo.




Traduction : Nevermore, Clint, Tripoda

Publiée il y a longtemps, mais jamais traduite. Ses trois suites pourraient être sous-titrées elles aussi, un jour peut-être...

dimanche 24 avril 2016

J'ai rencontré ce type sur Omegle (So I met this guy on Omegle)

Salut confrères Nosleepers, juste un petit truc rapide de ma part.
Vous voyez, j'ai besoin d'aide. Je veux dire, j'ai sérieusement besoin d'aide.
En fait, je m'ennuyais un peu, j'avais des devoirs pour le lendemain, mais la procrastination était ma priorité. Nous sommes tous des Redditeurs ici, je suis sûr que vous connaissez tous ce sentiment. J'ai pensé que je pourrais aller un peu sur ce bon vieux Omegle. Ce n'est pas le meilleur des sites, je pense qu'on est tous d'accord là-dessus. Des pénis à gauche, des fausses webcams de filles à droite... Mais je m'ennuyais et j'étais d'humeur à procrastiner, ok, ne me jugez pas pour ça.
Bref, je suis allé sur Omegle, premier chat, il était pour le moins tordu. J'en ai pris un screen après avoir quitté le chat, le lien est ci-dessous.


http://i.imgur.com/vijXwoQ.png

Pour ceux qui ne peuvent pas le voir pour une quelconque raison, voici l'historique du chat.

You're now chatting with a random stranger. Say hi!
You: Hey, asl ? (NB : asl = âge/sexe/lieu)
Stranger: Hey, asl ?
You: Après toi
Stranger: -J'ai caché cette partie, ce sont mes coordonnées exactes.-
You: C'est cool, c'est exactement d'où je viens. On est de la même ville ? Sérieusement ?
Stranger: Ce serait bizarre si on ne l'était pas, Sam
You: Mec putain c'est glauque à mort. Comment tu sais mon nom ?
You: T'as traqué mon IP ou un truc du genre ?
Stranger: -J'ai caché cette partie aussi, c'est mon IP.-
Stranger: De rien
You: Gars, putain, c'est vraiment pas cool.
Stranger: La guitare va prendre la poussière dans ce coin pour toujours ?
You: De quoi tu parles ? J'ai pas de guitare...
Stranger: Allez, joues-en pour moi
Stranger: Joue "Somewhere only we know"
Stranger: Ce sera notre petit secret
You: Je vais appeler la police, t'es qui putain ?
Stranger: Maman n'aimerait pas que tu fasses ça.
You: Ma mère est morte il y a 7 ans
Stranger: Vraiment ? Je lui ai parlé il y a tout juste une minute.
You have disconnected.

Donc ouais, je suis sûr qu'après avoir lu ça vous savez probablement ce que je ressens. Je vais être honnête, je possède une guitare, et elle était dans le coin. Je n'en ai pas joué depuis des années.
C'est le passage avec "Somewhere only we know" qui m'a vraiment dérangé. C'était notre chanson préférée, à ma mère et moi, elle passait toujours à la radio.
Mais alors le passage à propos de ma mère, bon sang.
Elle est morte il y a 7 ans, comme je l'ai dit dans le chat, et c'est vrai. C'était une bonne personne, avec un grand sens de l'humour, amicale, et c'était entre autres une bonne mère. Elle me manquait plus que tout ces dernières années. Je vis avec mon père et sa nouvelle compagne, ils sont supers, mais pas autant que ma mère. Entendre quelqu'un dire qu'elle était vivante était comme une gifle. Ça m'a brisé.
Mais j'ai pensé que je devais juste laisser tomber, et passer à autre chose. C'était juste un mec bizarre qui avait supposé certaines choses et qui avait juste. Pas vrai ?
Je suis allé dans un autre chat. Le voici.


http://i.imgur.com/gujFtZE.png 

Encore une fois, pour ceux qui ne peuvent pas voir le screen, voici l'historique.

You're now chatting with a random stranger. Say hi!
You: Hey, asl ?
Stranger: Préfère ne pas le dire :)
You: Bon d'accord :D
Stranger: Tu fais quoi ?
You: Je viens juste d'avoir eu une conversation vraiment glauque, mais à part ça, pas grand chose
You: Et tou ?
You: Toi*
Stranger: Ooh, il s'est passé quoi
You: Un mec a commencé à dire des trucs sur moi qui étaient parfaitement justes, mais qu'il ne pouvait pas savoir
You: Vraiment bizarre
Stranger: Je suis désolé pour toi Sam
You: Comment tu connais mon prénom toi aussi ?
You: Oh va te faire foutre
Stranger: Maman veut te parler.
Stranger: Tu n'écoutes plus.
You have disconnected.

Ça commençait normalement, et puis il est revenu.
Qu'est-ce que je dois faire ? Évidemment, j'ai essayé d'autres chats, mais j'ai même pas pris la peine de les screener. C'étaient tous les mêmes, ils commençaient normalement, et il venait. C'est la merde.
J'ai tout essayé ; changer mes centres d'intérêt, ne pas en avoir, j'ai vidé mon cache, demandé à d'autres personnes s'ils avaient le même problème. Mais non.
Toujours lui.
À chaque putain de fois.
S'il vous plaît, que quelqu'un m'aide.
Je vais aller dormir maintenant, mais j'éditerai ce post et je vous tiendrai au courant s'il y a du nouveau.
Qu'est-ce que je dois faire ?



Salut confrères Nosleepers, tout d'abord j'aimerais dire merci à tous ceux qui m'ont donné des conseils, et qui se sont rangés de mon côté, j'apprécie beaucoup ça, et ça m'a beaucoup aidé.
Mais quelque chose d'autre s'est produit.
J'ai reçu ce message la nuit dernière.


http://i.imgur.com/wIAVXdG.png 

Pour ceux qui ne peuvent pas le voir pour une raison ou une autre, c'est un screen d'un message privé où l'on peut lire ceci : "Eh Sam, c'est entre toi et maman. C'est notre petit secret, tu te souviens ? J'ai laissé quelque chose dans ton sac, j'espère que ça te fera plaisir." Ça a été envoyé par l'utilisateur "MummyAndSam".
Mais ça a empiré.
J'ai fait ce que le message disait, j'ai regardé dans mon sac.
J'ai trouvé ce petit bout de papier.


http://i.imgur.com/4OI7JHK.png 

C'est très flou, et j'en suis désolé, j'ai pris la photo avec mon téléphone et j'ai ensuite brûlé la note. Je ne voulais pas l'avoir quelque part près de moi.
Si vous n'arrivez pas à lire, c'est écrit "Sam, tu n'as pas écouté. Retrouve-moi à cet endroit connu de nous seuls."
Je vais être honnête, j'ai lu ça quand je suis rentré de l'école aujourd'hui, et j'ai réussi à penser à rien d'autre depuis. Pour être honnête, c'est juste badant, et ça va beaucoup trop loin.
Et plus précisément, comment il s'est débrouillé pour mettre cette note dans mon sac ? Je veux dire, bien sûr c'est plausible qu'il l'ait juste glissée dedans et qu'il soit reparti de son côté, mais pour être honnête, je ne crois pas vraiment que ce soit quelqu'un de ma classe. Je veux dire, aucun d'eux n'est vraiment "technophile", et aujourd'hui j'étais extrêmement nerveux, j'ai gardé mon sac avec moi tout le temps.

Donc non, je doute vraiment que ce soit quelqu'un de ma classe, mais c'était forcément le seul moment où ça a pu se produire. J'ai fouillé mon sac ce matin pour être sûr que j'avais tous les livres dont j'avais besoin aujourd'hui, et j'ai trouvé la note quand je suis rentré à la maison. Ça s'est forcément passé pendant que j'étais en cours.

Mais ce n'est pas possible. Je n'ai pas vraiment été en contact avec qui que ce soit, à part mes camarades, et comme je l'ai déjà dit, je serais stupéfié que ce soit l'un d'entre eux. Peut-être un prof ? Je ne sais pas.

Je préfère ne pas dire où se situe exactement cet endroit, mais dès que je l'ai lue, j'ai su à quoi la note faisait référence. C'est un endroit qui est profondément ancré dans mes souvenirs d'enfance. Quelque part que je ne pouvais et ne pourrai pas oublier.
Mais j'aimerais pouvoir l'oublier maintenant.

Beaucoup d'entre vous m'ont suggéré de parler à ce gars à nouveau, et d'essayer d'avoir plus d'informations à son sujet. Donc j'ai tenté d'y retourner et de lui parler. Voici mes résultats.


http://i.imgur.com/fF06yk1.png 

Pour ceux d'entre vous qui ne peuvent pas lire pour une quelconque raison, voici ce qui y est dit. C'est un chat Omegle.

You're now chatting with a random stranger. Say hi!
Stranger: Hey
You: Comment ça va ?
Stranger: Effrayé Et Malheureux. :(
You: C'est quoi le problème ?
Stranger: Mon ami m'a posé un lapin
You: Comment ça ,
You: ,*
You: ?*
Stranger: Tu n'es pas venu.
Stranger: Sam.
Stranger: Maman a pleuré à cause de toi
You: Qu'est-ce que tu me veux ?
Stranger: Maman veut que tu avoues ce que tu as fait.
Stranger: Tu as été un mauvais garçon.
You: J'ai fait quoi ? Putain, j'ai jamais rien fait.
Stranger: Surveille ton langage, mon petit agneau.
You: Va te faire foutre, c'est allé trop loin
Stranger: Qu'est-ce qui ne va pas ? Raconte tes problèmes à maman. :)
You: T'as l'air de déjà tout savoir de toute façon, "maman"
Stranger: Oui, mais parfois ça aide de l'admettre à soi-même.
You: Mais j'ai rien fait du tout.
Stranger: :) C'est pas grave petit agneau.
You: Sérieusement, t'es qui ?
Stranger: Un ami
Stranger: Les plaisirs violents ont des fins violentes.
Stranger: :)
You have disconnected.

Quelques points à noter. Tout d'abord, j'ai ignoré la note et je ne suis pas allé à l'endroit indiqué. Je pense que c'est à ça que fait référence le lapin qu'on lui a posé.
Ensuite, "mon agneau" était le surnom que ma mère me donnait, ça m'a énervé à un point que vous ne pouvez même pas imaginer quand je l'ai vu écrire ça.
Ça dure maintenant depuis un jour, il ne semble pas vouloir partir. Je ne sais pas ce que je peux faire, ça m'inquiète, et c'est rien de le dire.

Tant que je suis ici, je ferais bien de répondre à certaines questions que vous m'avez posées. Je vais aussi vous donner quelques informations à mon sujet, pour voir si l'un d'entre vous a une idée de comment et pourquoi quelqu'un me ferait ça.

Donc pour commencer, je n'utilise pas le wifi. J'utilise toujours une connexion câblée, si ça peut aider. J'ai souvent tendance à utiliser la navigation privée (eh, on le fait tous) quand je suis sur le web, parce que je suis parano, tout ça.

Je n'ai jamais vraiment eu d'ennemis, je veux dire, il y avait une personne étrange qui ne m'aimait pas, mais ce sont des choses qui arrivent, j'imagine. D'un autre côté, je n'ai jamais vraiment eu d'amis proches, et aucune des personnes que je connais ne sait toutes ces choses à propos de ma mère et moi.

J'ai toujours vécu dans la même maison, et j'y ai toujours habité avec mon père. Soit dit en passant, je n'ai pas parlé de ça à mon père. Vous pensez que je dois le mettre au courant ? Je ne le sais pas moi-même, parce que je n'ai jamais été très proche de lui, mais bien sûr j'ai confiance en lui, et c'est vraiment un type super.

En dehors de ça, je ne pense pas avoir d'autres informations qui seraient pertinentes. Mon historique internet n'a pas vraiment de rapport avec quelqu'un qui voudrait me faire endurer ça, pas plus que la petite vie sociale que j'ai sur internet.

Vous en pensez quoi, les gars ? Je ne suis pas tout à fait sûr de ce qu'il cherche à obtenir avec le passage du "avoue le", ni avec les lignes de fin.

J'ai trop les nerfs, et ça m'effraie. J'ai désespérément besoin d'aide.
Merci, comme je l'ai dit au-dessus, j'apprécie votre aide.



Salut confrères Nosleepers ! Je voudrais vous remercier encore une fois, les gars, j'apprécie vraiment toute l'aide que vous m'avez apportée !

Donc en gros, de nouveaux trucs se sont produits.
Je veux dire par là que j'ai fait quelque chose que beaucoup d'entre vous m'ont déconseillé de faire.
Je suis allé à cet endroit que je suis le seul à connaître.
Je vais vous faire un récapitulatif ce qu'il s'est passé là-bas.

Tout d'abord, je vais vous montrer cette conversation rapide que j'ai eue avec lui avant d'y aller, sur Omegle. Certaines personnes m'ont dit que je devais essayer d'aller sur Omegle avec un autre ordinateur, donc je l'ai fait, c'était sur l'ordinateur portable de mon père.


http://i.imgur.com/oc1SqHb.png 

Comme d'habitude, pour ceux qui ne peuvent pas voir le screen, voici l'historique du chat.

You're now chatting with a random stranger. Say hi!
You: Bonjour
Stranger: Salut Sam
You: Je vais à l'endroit. Retrouve-moi là-bas
Stranger: J'y suis depuis tout ce temps.
You have disconnected.

Donc voilà les messages que j'ai échangés avec mon peu-importe-comment-je-suis-censé-l'appeler avant d'aller à "notre" endroit.
Je vais aussi vous donner rapidement quelques informations sur ce lieu, et vous dire pourquoi il est si spécial pour moi.

En gros, quand j'étais très petit, j'allais souvent pique-niquer avec ma mère, vous voyez le truc, elle mettait un gros tas de nourriture dans un panier, et on partait en promenade. Le soleil nous tapait dessus, on marchait pendant des heures, et on s'arrêtait pour manger. C'était génial. On se baladait toujours dans la forêt, et on avait cet endroit particulier où on mangeait.
Ma mère sortait ensuite un lecteur de CD (du moins, je crois que c'en était un, mes souvenirs à propos de ça sont vagues), et elle mettait notre chanson préférée.
Somewhere only we know.

Donc comme je le disais, je suis allé à cet endroit. J'ai demandé à un ami très proche s'il voulait m'accompagner, et il a accepté. Tout se passait bien jusqu'à ce que je reçoive un message de sa part, alors que je me dirigeais vers chez lui, me disant qu'il ne pouvait pas venir. Il devait réviser pour ses examens, ou quelque chose du genre.

J'ai pensé que le mieux à faire était de ne pas y aller seul, mais pour être honnête, la curiosité a pris le dessus. J'y suis allé.
Et je ne le regrette pas.

Ça m'a pris un peu de temps, environ une heure, pour me rendre à cet endroit. Une petite clairière dans les bois, avec une souche au milieu. C'était différent de quand j'y allais avant. Plus isolé, plus vaste.
Plus réel.

Quand je suis arrivé à la clairière, j'ai immédiatement remarqué qu'il n'y avait personne. Il n'y avait pas eu de trace d'activité humaine pendant Dieu sait combien de temps. C'était totalement désert.
Seuls les arbres me faisaient face. J'ai envisagé de rentrer à la maison, mais je savais que je devais rester encore un peu. Je savais que je devais au moins trouver quelque chose.

Il y avait de l'ombre partout autour de moi, seul un petit filet de lumière arrivait à passer et éclairait un bout d'herbe qui faisait environ un mètre de large et un peu plus de la moitié en longueur.
Ça m'a quelque peu intéressé, et j'ai pensé que je pourrais m'en approcher, pour voir si ça avait une signification.
Et bon dieu, quelle signification.
Je l'ai vu immédiatement, dans l'herbe, dans ce petit carré de lumière.

Un EpiPen était posé là, ça m'a d'abord semblé assez anodin, j'ai trouvé que c'était un peu bizarre qu'il se trouve là comme ça, c'était une drôle de coïncidence qu'il soit juste à l'endroit ensoleillé.
J'ai voulu le regarder de plus près. Je l'ai pris, et j'ai vu que quelque chose était écrit dessus.
Le nom de ma mère.
Je l'ai immédiatement reconnu. Elle était terriblement allergique aux abeilles, et on lui avait prescrit un EpiPen pour ça. Cependant, comment avait-il pu l'avoir ? Rien que d'y penser, ça m'a retourné l'estomac.
C'était déjà assez désagréable de savoir qu'il avait mis une note dans mon sac, mais maintenant il avait quelque chose qui était à ma mère.
Comment ? Comment ça a pu arriver ?

Je l'ai immédiatement mis dans ma poche, et j'ai couru.
J'ai préféré retourner vite en ville, et rejoindre ma maison, aussi rapidement que je le pouvais.
J'ai continué à regarder autour de moi. Si ça peut vous aider, je n'ai vu personne me regarder, les gens semblaient assez indifférents face au fait que je courais.

Je n'en ai parlé à personne d'autre. Tout ce que j'avais dit à mon ami était que je voulais qu'il m'accompagne et de se préparer à tout. Il ne m'a pas vraiment posé de questions, ça n'a jamais été son genre.

Quand je suis rentré, je me suis directement enfermé dans ma chambre, et je n'en ai pas bougé depuis. Je n'ai aucune idée de ce que je dois faire maintenant. C'est fou, je n'arrive pas à réfléchir correctement, tout me ramène à ce moment de vérité, ce moment où j'ai vu son nom.
Ce moment où j'ai su à combien cette histoire était sérieuse.

Je ne veux rien faire, je ne peux rien faire. Je tourne en rond dans ma chambre, m'écroulant en sanglots. J'ai essayé de dormir, mais je n'y arrive pas. Rien ne semble pouvoir m'aider, je ne trouve aucun moyen de résoudre ce problème.
J'y arrive pas.
S'il vous plait, quelqu'un, n'importe qui.
Aidez-moi.
Merci.



Salut confrères Nosleepers.
Ce sera sans doute mon dernier post ici. Je vais essentiellement vous avouer certains trucs.
Ce que j'essaye de dire... C'est que je vous ai caché certaines choses.
Ça fait un certain temps que beaucoup de personnes me demandent ça. C'est le genre de truc que j'ai ignoré, et je me suis caché derrière des mensonges. Je me suis caché derrière ce que je pensais qui me protègerait.
Je me suis caché derrière ma propre folie.
Je vais juste le dire, je divague, au point où j'en suis, je ne peux plus le garder pour moi.
J'ai tué ma mère.
J'avais 7 ans quand c'est arrivé.
Un jour comme un autre, vous devez penser.
Je crois que je ne savais pas, j'étais trop jeune pour comprendre, trop jeune pour faire quoi que ce soit.
Trop jeune pour sauver une vie.

Maintenant, comme vous le savez tous, ma mère avait un EpiPen. Je ne sais plus si je l'ai déjà mentionné ou pas, mais c'était parce qu'elle était extrêmement allergique aux piqûres d'abeille.
Cependant, un jour, elle a eu une crise anaphylactique, due à cette allergie aux piqûres. Je m'en rappelle encore, un moment ancré, non, gravé, dans mon esprit.

C'était pendant l'été, et ma mère avait cette sorte de tradition de me faire préparer ce qu'on appelait du "cranberorangeade". En français, des cranberries, des oranges, et de la limonade, le tout mixé ensemble.
Comme vous pouvez l'imaginer, ça a attiré les abeilles comme les chevaux attirent les mouches.
Et ça a causé ça.
Une abeille est entrée par la fenêtre, innocemment. Ma mère l'a vue et a paniqué, je crois qu'elle a sursauté, ou quelque chose comme ça, je n'arrive pas à me souvenir exactement.
La seconde d'après, elle était sur le sol en train de trembler.
Elle a commencé à convulser. Elle a réussi à prendre son EpiPen, mais elle ne pouvait pas se l'injecter elle-même.
Il est tombé à mes pieds.
Je l'ai ramassé.
J'ai regardé ma mère, convulsant sur le sol.
Mourant sur le sol.
J'ai couru.
J'ai couru comme si je pouvais m'échapper de ce cauchemar.
Ma mère est morte.
J'ai tué ma mère.
J'ai assassiné ma mère.

Mon père est rentré quelques minutes après, mais il était trop tard. Le temps que l'ambulance arrive, elle était déjà partie. J'ai regardé ma propre mère mourir. Elle m'a créé, je l'ai détruite. J'avais une chance de la sauver, j'avais l'antidote dans ma main.
Mais ça aurait très bien pu avoir été un couteau.

Comment ? Tout ce qu'il fallait était un peu de bon sens de ma part. J'aurais pu sauver ma mère.
Rien que d'y penser, ça me tue.
Elle me manque, si seulement je pouvais la ramener. Je veux qu'elle revienne.
J'ai besoin qu'elle revienne.

J'avais 7 ans, je crois que je ne réalisais pas ce que je faisais, comment je l'ai tuée.
J'ai voulu le dire, quand j'ai compris ce que j'avais fait, quand j'avais dix ans. Mais depuis, dès que j'essayais d'en parler à mon père, il me disait qu'elle était morte quand aucun de nous n'était dans la pièce. Je pense qu'il essayait juste de me protéger.
Peut-être qu'il ne sait pas que je l'ai tuée.
Je ne sais pas pourquoi je l'ai caché à tout le monde, mais je suis sincèrement désolé.
Je l'ai finalement accepté.
J'ai pensé que je devais le dire à mon stalker.
Mon ami.
Que je l'avais accepté.

Voici l'historique de notre discussion, de comment j'ai essayé de trouver des réponses, comment j'ai avoué ce que j'avais fait.


http://i.imgur.com/LVBZ9iP.png 

Et pour ceux qui ne peuvent pas le voir, voici ce qui y est écrit.

You're now chatting with a random stranger. Say hi!
Vous aimez tous les deux l'acceptation.
You: Je l'accepte. Je l'accepte finalement.
Stranger: Merci petit agneau
Stranger: Au revoir
You: Attends
Stranger has disconnected.

Donc voilà. Je l'ai admis.
Je voulais lui poser des questions, d'où mon "Attends" désespéré à la fin. Je voulais savoir qui il était. Je voulais découvrir pourquoi il avait choisi de me stalker.
Pourquoi il avait choisi de m'aider.
Mais non, il est parti. Il n'était encore jamais parti avant.
C'était toujours moi qui fuyais.

J'ai essayé de reprendre contact avec lui. J'ai tenté plusieurs fois de le retrouver sur Omegle. À chaque fois que je rencontrais un étranger. Il n'existe plus. Il est parti. Il m'a sauvé. Et il est parti.

Si tu lis ceci, mon stalker... Mon ami.
S'il te plait, parle-moi encore une dernière fois. Laisse-moi avoir des réponses. Je ne m'en suis pas montré digne ?
Je vais supposer que tu lis ceci, et je veux te dire merci. Tu m'as sauvé. Tu m'as fait voir la lumière. Tu m'as fait accepter.

Je veux aussi remercier tous ceux qui me sont venus en aide, chaque personne qui m'a tendu la main, qui a essayé de me sauver.
Me sauver de moi-même.
Donc encore une fois, merci à tout le monde. C'est un plaisir d'avoir été sauvé. C'est effrayant de penser aux choses qu'on peut faire nous-même. Il est presque impossible de comprendre ce que nos esprits peuvent nous faire faire, et à quel point il y a peu de solutions sans aide extérieure.

Merci à tous.



Traduction : RedRaven 

Texte original ici.

mercredi 20 avril 2016

bonnenuit.mid

Chers internautes, une musique circule sur le net : elle s’appelle bonnenuit.mid et est trouvable assez facilement. Mais ne la cherchez pas, et ne l’écoutez surtout pas. Vous sombrerez dans la folie ou mourrez. Et la deuxième solution est la meilleure, croyez-moi.

Je suis remonté le plus loin possible dans l’histoire de cette musique. Enfin, de ce fichier plus particulièrement. La musique en elle-même est une musique très ancienne. Assez mélancolique, douce et calme. Mais elle est néanmoins dangereuse. J’ai détecté des fréquences étranges, inaudibles, mais qui auraient une incidence sur le cerveau.


Voici la musique en question. J’ai pris soin de retirer toutes les fréquences néfastes, mais faites attention quand même, évitez d’écouter ça avec un casque : http://sd-2.archive-host.com/membres/up ... nenuit.mid

Vous l’avez sans doute reconnue. Cette musique est une des plus connues du paysage audiovisuel français. Pour les plus jeunes, ou même ceux qui ne connaîtraient pas, c’est la musique de fin de Bonne Nuit les Petits, un programme court suivant les aventures de Nicolas et Pimprenelle, frère et sœur, qui reçoivent
chaque soir la visite du Marchand de Sable et de Nounours, son acolyte. Ils se racontent des trucs, puis ils se couchent, Nounours éteint la lumière, et ils repartent dans le ciel. 

En remontant le long de l’histoire du fichier, je suis arrivé au post sur un site de streaming d’une vidéo contenant cette musique. Elle avait été posté par un utilisateur appelé « claydu » (le créateur de l'émission s'appelait Claude Laydu). La description du fichier était la suivante :

journal a idées 25 juillet 2011
episode de bonne nuit les petit
se brosser les dents
nicolas et pimprenelle chantent
nounours méchant
méchant nounours
eteint la lumiere
couteau nounours faché
marchand qui allume l’étoile des enfants
NOUNOURS FACHÉ
etoile brule fait fondre enfants
PAS CONTENT
NOUNOURS ÉCHELLE
POM POM POM POM
nuage s’envole
bonnenuit.mid
fin
La vidéo a été postée le 25 juillet 2011, soit 4 jours avant la mort de Claude Laydu. Elle consistait juste en un écran noir, accompagné par la musique. Mais en la regardant plusieurs fois (son coupé, bien entendu), j’ai distingué de petits flashes. Avec un peu de patience, j’ai réussi à stopper la vidéo sur ces images furtives : tout ce qu’on voyait était des photographies d’un corps mutilé. À côté de ce corps, deux poupées, le visage fondu. Sur une des photos, on distinguait clairement un pyjama bleu et un pyjama rose. L’habit habituel de Nicolas et Pimprenelle. Et la dernière photo a été celle qui m'a fait prendre conscience de la rage et de la puissance contenue dans ce fichier son : le visage du corps mutilé, déformé par la colère, était clairement visible. Et il s’agissait de celui de Claude Laydu.



lundi 18 avril 2016

Les nains de jardin

Aujourd'hui, j'étais en visite chez mon grand-père qui habite à Gräfenroda, un petit village devenu célèbre pour ses céramiques - enfin, plus pour très longtemps, car plus aucun nain de jardin fait-main n'en sort. Mais il y a 10 ans, des centaines y étaient encore fabriqués chaque semaine.

Chacune des maisons en a un, voire même plusieurs. Même dans les immeubles récents, on peut voir sur les balcons ou à travers les fenêtres les petits nains de jardin. Il n'y en a pas deux pareils. Des plus petits, des imberbes, des maigres...
Je les aurais certainement trouvés mignons si mon grand-père ne m'avait pas raconté sa jeunesse. Il s'occupait de l'usine avec son frère. Je sais qu'il est atteint de la maladie d'Alzheimer maintenant, mais ce qu'il m'a dit m'a fait froid dans le dos.

D'après lui, Gräfenroda a en réalité commencé à faire des nains de jardin à partir du XIVe siècle, pendant l'épidémie de la Peste Noire. Le village voisin avait été l'un des premiers contaminés. Hommes, femmes, et enfants étaient tous morts très rapidement.

C'était une époque où l'on croyait encore aux loups-garous et à divers démons, donc rien d'étonnant à ce que certains croient qu'il y avait des farfadets dans la forêt. Mais ce qui était inquiétant, c'est qu'ils étaient persuadés qu'ils les protégeaient de tout mal. Par peur que la peste ne décime le village, ils les auraient attrapés pour les disperser autour du hameau, les attachant aux chênes en lisière de la forêt. Les semaines passèrent et le village fut épargné par l'épidémie, tandis que les farfadets brûlaient au soleil.
Ne supportant plus leurs cris et leurs pleurs, les villageois décidèrent de couler de la chaux mélangée à de la cire pour les pétrifier. Les semaines devinrent des années, et le village ne fut jamais atteint par la peste.

Depuis ce jour de bénédiction, les villageois capturent les farfadets pour en faire des nains de jardin servant à protéger leurs maisons. Au fil des époques, ils améliorèrent la production et leur solidité en ajoutant un enduit à base de céramique, et une cuisson au four. D'après mon grand-père, c'était bien plus long et bruyant, mais le résultat était au rendez-vous, les nains avaient meilleure mine comme ça.



 

D'après lui, la chasse était la partie la plus compliquée, étant donné que le gibier a commencé à se faire rare à la fin des années 80. C'est à ce moment de son récit, et devant mon incrédulité, qu'il m'a proposé de faire un tour dans sa cave, qu'il avait aménagée comme une vraie cabane de chasseur. 

La pièce comportait tout un attirail pour la chasse et le piégeage. De petits pièges à ours rouillés, des cages... D'après lui, elles servaient à emprisonner les jeunes farfadets qui, de peur, appelaient leur congénères. Rien de plus fort que l'instinct maternel. Suspendu au plafond, il y avait une sorte d'armature métallique avec des systèmes d'étaux et de vis, un merveilleux appareil qui servait à casser les os et disloquer les articulations, permettant d'immobiliser l'animal et de lui donner la position adéquate avant la cuisson.
Papy fut tout fier de me montrer son chef-d’œuvre. C'était une sorte de filet en fils de cuivre. Il le dissimulait à proximité de la source, au cœur de la forêt, et le branchait à un générateur. Il n'avait plus qu'à ramasser les farfadets assommés.


Il n'arrêtait pas de me vanter les mérites de son invention. Les dernières années, la mairie avait fait construire un barrage plus haut sur la rivière. Les farfadets restants, pour s'abreuver, étaient donc obligés de se rendre à la source, où le piège mortel les attendait. Ce furent les plus grosses années de production de l'usine, mais aujourd'hui, cela fait près de 7 ans que les habitants n'ont plus vu un seul farfadet.






Malgré tout ce que mon grand-père m'a montré, je n'aurais peut-être pas cru à cette histoire si je n'avais pas pensé à regarder de plus près ces céramiques. À bien y regarder, le sourire de ces nains de jardin semblait un peu forcé. Ils avaient plutôt l'air d'être crispés dans la douleur.



dimanche 17 avril 2016

Derrière les portes (With a Loaded 44)

Peu de temps après que Pépé Arthur se soit suicidé, Mémé a commencé à agir de façon étrange. Elle a engagé des ouvriers pour retirer toutes les portes intérieures de sa maison et clouer les portes avant et arrière qui donnaient sur l'extérieur. Elle entrait et sortait par une une fenêtre et refusait catégoriquement d'aller dans un endroit avec des portes ouvertes.

Nous n'avions pas d'autre choix que de la placer dans un établissement spécialisé. Les infirmières ne nous ont bien entendu pas autorisés à démonter la porte de sa chambre, mais ont promis de toujours la garder fermée. C'était le mieux que nous puissions faire.
La peur des portes est appelée entamaphobie. Je me suis renseigné la-dessus. Mais ce n'était pas vraiment le problème de Mémé. C'étaient les portes ouvertes qui lui faisaient peur, et plus précisément l'espace invisible derrière elles.

"Qu'est-ce qu'il y a derrière les portes ?" lui avions-nous demandé. "De quoi as-tu peur ?"

"Je ne peux vous le dire", répondait-elle toujours. "Je tiens trop à vous."

Tout le monde pensait qu'elle était sénile, mais je n'en étais pas si sûr. Je veux dire, quel est le premier endroit que les flics vérifient quand ils rentrent dans une pièce hostile ? Cet espace caché, dangereux et inconnu derrière une porte ouverte.

J'ai commencé à remarquer les portes ouvertes partout ; au travail, à l'école, dans mon appartement. Pensez à votre propre maison. Est-ce qu'il y a une porte qui s'ouvre contre un mur ? Qu'est-ce qu'il y a derrière ? De l'air ? Des vêtements sur un crochet ? Comment pouvez-vous en être certain ? Vous pouvez y rejeter un coup d'œil, mais à la seconde où vous vous retournez, cela redevient le territoire de l'inconnu.

Mémé se portait bien depuis un certain temps, puis quelque chose d'horrible est arrivé. Les docteurs pensaient qu'il s'agissait d'une tentative de suicide parce que Mémé avait les mêmes blessures qui ont tué son mari, Arthur. Ils ont rejeté la faute sur un accroissement de son anxiété, causé par la négligence d'un nouvel infirmier qui avait oublié de fermer sa porte.

Foutaises. Mémé n'aurait jamais pu se faire ça. Elle n'en avait pas la force, et en plus elle gardait toujours ses ongles courts.
Je me suis assis à ses côtés pendant des heures, tenant ce qu'il restait de sa main. Juste avant de mourir, elle a parlé.

"Arthur, mon amour, tu avais raison. Il ne peut pas être arrêté. Le seul et unique moyen d'être en sécurité est de ne pas savoir."


Évidemment, elle pensait que j'étais Pépé Arthur, mais je n'avais pas le temps de lui expliquer. Je devais lui reposer cette vieille question. Je devais savoir.

"Qu'est-ce qu'il y a derrière les portes ?"

"Celui qui attend, celui qui est enfermé dans les ombres. Une fois que tu connais son existence, il se réveille. Quand tu crois qu'il est derrière la porte, ça le libère. Et quand tu es effrayé, c'est à ce moment qu'il vient pour toi."

Mémé a souri.

"Mais ça n'arrivera plus jamais, Arthur, parce que nous sommes les seuls à savoir. Et je n'en parlerai à personne."



Traduction : Chói Tai 

Texte original ici.

jeudi 14 avril 2016

Les os de poulet

Bonjour ! Non, vous n'êtes pas du tout en retard ! Je vous en prie, entrez. Dites, je ne vous ai pas déjà vu quelque part ? Vous êtes un journaliste connu, je parie ? Votre visage m'est vraiment familier. Vous voulez du thé, ou du café ? Ou vous préférez qu'on passe directement à l'interview ?  Je suis désolé, je ne sais pas comment ça se passe ; je n'ai jamais été interviewé. Je me suis tenu à l’écart de la presse après que les enfants aient disparu. Je n'avais pas besoin d'attirer l'attention. Bien, je suppose que je vais commencer mon histoire en vous resituant le contexte.

Le village de Tir Gulwyn est assez calme de nos jours. Mais il ne l'était pas tant à l'époque, dans les années 90. Le maire avait reçu une subvention du gouvernement pour la construction d'une nouvelle école qui accueillerait tous les enfants des petites villes et hameaux du coin. J'étais fraîchement diplômé de l'université à l'époque, je venais juste de finir ma formation d'enseignant. J'étais impatient de commencer mon premier vrai boulot, alors j'étais ravi qu'on m'offre une place à l'école de Tir Gulwyn. J'allais enfin pouvoir faire mes preuves, en faisant quelque chose que j'aimais.

Les poupées ont changé tout ça.

Ce jour-là, un épais brouillard avait recouvert les montagnes et descendait jusqu'à Gulwyn Valley, accompagné d'un léger vent d'hiver. Le bus scolaire était déjà arrivé, et les enfants s'étaient mis en rang pour rentrer, grelottant dans leurs anoraks et leurs pull-overs. J'ai parcouru la liste des élèves et j'ai noté qu'ils étaient tous présents, à part un garçon âgé de 5 ans appelé Gavin Lewis. Sa photographie, un garçon à qui il manquait plusieurs dents avec des cheveux couleur paille, me souriait depuis la liste. J'ai tenté de me rassurer en me disant qu'il était normal que des élèves soient absents de temps en temps. J'ai fait rentrer les enfants dans la classe et, en jetant un dernier coup d’œil plein d'espoir dans la rue teintée de blanc de l'autre côté des grilles, j'ai refermé la porte derrière moi.

Mes premières leçons se sont bien passées : une séance de présentations, pour permettre aux enfants de s'intégrer et de se faire des amis dès leur premier jour, puis je leur ai lu un livre. La Chenille qui fait des Trous a eu un énorme succès, et les enfants sont partis se changer dans les vestiaires pour la gym. Je marchais sans but dans la cour. Il faisait assez froid, et j'étais en train de me demander s'il valait mieux que je garde les enfants à l'intérieur ou non quand je l'ai entendu : un faible bruit de cliquetis.

"Il y a quelqu'un ?" ai-je appelé. Pas de réponse, mais j'ai suivi le son jusqu'à source, l'entrée principale, qui menait à la route la plus empruntée de la ville.

Clic-clic-clic.

Il y avait une petite poupée accrochée aux grilles. Je l'ai fixée pendant un moment : c'était un objet un peu difforme, avec un corps de laine et un visage fait d'une sorte de céramique blanche. Un enchevêtrement de fils jaune vif était attaché à sa tête, sa bouche dévoilant un sourire édenté. Le visage du petit Gavin Lewis m'est revenu à l'esprit, et j'ai décroché la chaîne à laquelle la poupée était pendue. Je me suis senti bizarre en la tenant dans mes mains, elle était plus lourde qu'elle n'aurait dû l'être, et je pouvais sentir des objets durs sous la laine.

Je l'ai emmenée avec moi dans la salle de classe vide pour mieux l'examiner. Il y avait une couture derrière qui semblait délibérément mal finie. J'ai tiré, et la poupée est tombée en morceaux dans mes mains. Des os, petits et propres, se sont répandus sur mon bureau, avec un fracas qui a fait écho aux bruits de pas qui ont résonné derrière la porte. J'ai à peine eu le temps de retirer ma veste pour la poser sur ce désordre avant que la classe ne se remplisse d'enfants excités, prêts à jouer dehors. Mon cœur battait la chamade, et malgré la température hivernale, j'ai remarqué que je transpirais. Qu'est-ce que je venais de trouver ?

« Les enfants... », ai-je crié. « On va faire sport à l'intérieur aujourd'hui, d'accord ? »

Ils ont accueilli la nouvelle par un concert de grognements déçus, mais il n'y a pas eu d'objections, et ils sont partis dans le préau.

J'ai demandé à un des autres professeurs de garder un œil sur la classe, puis j'ai couru à la salle des profs. J'ai trouvé le numéro de téléphone des parents de Gavin dans le registre scolaire et j'ai composé le numéro. Pas de réponse. J'ai laissé un message à sa mère en disant que c'était urgent et en lui demandant de me rappeler au plus vite, puis je suis parti en parler à la directrice. Je lui ai montré les os, et elle a pâli.

« Ce sont des os humains ? » a-t-elle demandé. Je lui ai dit que je n'en savais rien. On en a un peu discuté, puis on s'est résolus à contacter la police. Le premier officier qui est entré dans la pièce a eu un mouvement de recul.

« Seigneur... » a-t-il gémi. Son collègue a pris un des plus gros dans ses mains.

« Ce sont des os de poulet », nous a-t-il dit. Je lui ai demandé s'il en était certain, et il m'a dit qu'il avait grandi dans une ferme, et que donc il s'y connaissait bien en ossements d'animaux.

« Que fait-on maintenant ? » a demandé la directrice. « Il est clair que c'est une menace, ou au mieux, une très mauvaise blague. »

Les policiers ont ramassé les restes de la poupée, et ont pris quelques renseignements sur Gavin. Ils m'ont assuré qu'ils surveilleraient l'école. Ils ont respecté leur parole, une autre voiture de patrouille s'est garée devant les grilles, en plus de l'autre.

Curieusement, le reste de la journée s'est déroulé... Plutôt normalement. Les enfants avaient remarqué les expressions d'horreur muette de leurs professeurs, mais à part une certaine tension dans l'air, tout s'est passé comme prévu. Finalement, la journée s'est terminée et les parents (inconscients des sinistres événements) sont arrivés en masse pour récupérer leurs enfants. Ceux qui restaient ont pris le bus scolaire. On a fait de notre mieux pour s'assurer qu'ils rentreraient tous sans incident, mais on s'est bien gardés de dire à qui que ce soit ce qu'il s'était passé. Nous ne voulions pas provoquer de panique, surtout qu'on ne savait pas vraiment de quoi il retournait. On m'avait dit que la police m'appellerait dans la matinée pour prendre une déclaration, et que je devais rentrer chez moi.

Le lendemain matin, j'ai vérifié mon téléphone, mais je n'avais rien reçu de la police. Je n'étais pas vraiment surpris. On était en 1998 – après l'affaire Stephen Lawrence, la réputation de la police au Royaume-Uni était franchement mauvaise. Un tel oubli était tout à fait possible selon moi. J'ai attendu pendant une heure, puis je me suis dit que s'ils avaient désespérément besoin de me joindre, ils pourraient contacter l'école.

Je suis arrivé un peu plus tard que d'habitude, en même temps que les enfants qui étaient déposés à l'école par leurs parents. Ça, plus la voiture de patrouille qui était maintenant garée sur le côté, m'ont rassuré pendant un temps. Il m'a fallu quinze minutes pour réaliser que le bus avec le reste des enfants n'était pas arrivé. La cour était presque vide par rapport à la veille. J'ai mis les quelques enfants présents sur un travail d'écriture, et j'ai téléphoné à la société de bus. Non, ils n'avaient pas eu de nouvelles du conducteur. Il avait probablement juste été ralenti par la circulation sur le chemin entre deux villes.

Ouais, c'est ça.

J'ai soudainement eu envie de vomir. Quelque chose de terrible était arrivé aux enfants. Le poids de la culpabilité m'a alors frappé. J'aurais dû avertir les parents. J'avais besoin d'air ; je suis sorti, et une fois dans la cour, j'ai trébuché.

Et puis je l'ai entendu. Le bruit de cliquetis. Si je devais le comparer à quelque chose, ce serait à une tringle de rideau, se balançant dans le vent. Sans vraiment avoir conscience de ce que je faisais, ma nausée oubliée, je me suis dirigé vers les grilles de l'entrée.

Clic-clic-clic.

Le long de la barrière, bien alignées, étaient accrochées trente-deux petites poupées.

Pas besoin de regarder la liste des élèves. J'ai toujours eu une bonne mémoire des visages. Les enfants qui me souriaient depuis leurs bureaux la veille étaient à nouveau devant moi ; leurs visages figés dans une expression de béatitude.

Il y avait quelque chose de différent dans leurs yeux cependant : peints en détail sur les têtes de céramique, les yeux transmettaient de tout autres émotions. Peur, douleur et angoisse se lisaient dans leurs expressions. Après ça, tout est un peu flou. Je me rappelle avoir frappé à la vitre de la voiture de police dehors. C'est à ce moment que j'ai vu les poupées à l'intérieur : légèrement plus grandes que celles représentant les enfants, et habillées avec de parfaits petits uniformes de police, aux épaulettes grossières mais brillantes.

J'ai claqué la porte de la salle de classe derrière moi, et sans plus me soucier de si les enfants savaient qu'il se passait quelque chose, j'ai commencé à pleurer. Bordel, qu'est-ce que j'avais fait pour mériter ça ? J'ai dû m'évanouir au bout d'un moment, parce que je me suis réveillé sur les poufs de la bibliothèque, avec un médecin qui prenait mon pouls. J'ai voulu parler, mais ma voix n'était qu'un murmure rauque. L'homme m'a assuré que les enfants étaient rentrés chez eux, et que l'école était fermée.
 
Plusieurs voitures de police sont arrivées peu après. Ils ont déroulé un ruban pour délimiter le lieu du crime, et je crois avoir entendu un hélicoptère passer. Je n'étais bien sûr pas en état de me faire interviewer, mais j'ai réussi à me débrouiller pour leur dire tout ce que je savais, avant d'être transporté à l'hôpital car j'étais en état de choc. Pendant qu'ils m’escortaient jusqu'à l'ambulance qui m'attendait, un journaliste a braqué un appareil photo sur mon visage et a essayé de prendre une photo. Un policier l'a poussé sur le côté, et j'ai été enfermé à l'intérieur du véhicule, loin des regards indiscrets.

Ça conclut presque mon implication dans cette histoire. J'ai quitté mon job et je ne suis pas sorti de chez moi durant les semaines qui ont suivi l'incident ; à une exception près. Il avait plu, mais le brouillard n'avait pas été dispersé pour autant. J'écoutais la chaîne de radio locale, quand ils ont commencé à parler d'une supposée avancée importante dans l'affaire des disparitions d'enfants. Des randonneurs avaient trouvé le bus scolaire, vide mais intact, sur le chemin d'une montagne voisine. La police avait interdit l'accès à une ferme à proximité.

Inutile de dire que je me suis rendu dans cette maison. L'endroit était plein de journalistes, et même quand je me suis garé, les équipes de télé se mettaient en place pour le bulletin de midi. Une autre chose que j'ai remarquée était les poulets : une centaine au moins, qui erraient en liberté dans la propriété. Un policier en uniforme m'a brusquement bloqué le passage, m'empêchant de rentrer dans le jardin. Par dessus son épaule, j'ai aperçu des équipes de médecins légistes dans la maison. Quelle merde avaient-ils trouvée dedans ?

« Désolé mon gars, scène de crime. Accès interdit. »

« S'il vous plaît » ai-je dit. « Vous ne comprenez pas, j'ai besoin de savoir ce qui est arrivé. »

« On le dira à la presse en temps voulu, mais pour l'instant je voudrais que vous retourniez près des voitures. »

Je suis rentré à la maison, mais j'ai gardé la télévision allumée. Pendant la majeure partie de la journée, ils ont répété la même rengaine : que la maison était inoccupée, qu'il n'y avait eu aucune arrestation, et ce genre de choses. Au bout d'un moment, la presse a arrêté d'en parler et les gens sont passés à autre chose.

Récemment, cependant, les choses ont changé. Ils ont montré une courte vidéo qui semblait avoir été prise avec un portable (qui aurait prétendument fuité). Le cameraman se tenait dans un étroit couloir, qui se terminait par un escalier qui descendait. Il est alors descendu dans l'obscurité, et pendant un moment, j'ai cru que la vidéo se terminait sur un écran noir. Soudainement, une lampe torche s'est allumée, et a révélé un sous-sol, avec des murs, un sol et un plafond en pierre. Il s'est arrêté et a fait un plan panoramique de l'endroit avec sa caméra. La pièce était entièrement remplie de chaînes et de ce qui semblait être des perles blanches accrochées dessus. La caméra a zoomé dessus, et les perles se sont révélées être des os. Mais ce n'était pas juste des os de poulet : ils n'étaient pas brisés en morceaux comme ceux dans les poupées. Leur provenance était claire, et j'ai réprimé une envie de vomir.

Des os de doigts humains. Des dizaines, voire des centaines de petits os de doigts, se balançant le long des chaînes comme un rideau macabre. Le cameraman a murmuré un juron horrifié, et la vidéo s'est brusquement arrêtée.

J'y suis allé la semaine dernière. Je venais juste de recevoir votre email, pour l'interview, et ça m'y a fait penser. Ça faisait tant d'années, et je voulais voir ça par moi-même. Je sais, ça nécessitait d'y entrer par effraction, mais bon. Je devais savoir ce qu'il en était. Peut-être que la police avait oublié quelque chose, ils n'ont jamais attrapé qui que ce soit, et personne n'a jamais trouvé les corps, alors dans un sens, j'aidais à faire avancer l'enquête ! Et ce n'est pas comme si quelqu'un se rendait encore dans cette ferme.

Les planches de l'encadrement de la porte étaient pourries de l'intérieur, alors il a été facile d'y mettre mon pied de biche. Ils avaient coupé le courant quelques mois après les événements, alors j'ai dû compter sur ma torche, ce qui limitait considérablement mes recherches. Mais au moins, j'ai trouvé quelque chose.

Je suppose qu'ils n'ont jamais cherché dans cette cabane à charbon derrière la maison. C'était une autre partie du sous-sol : étroite, et qui ne contenait qu'un établi et quelques barils de nourriture pour poulet. J'en ai fouillé un qui était ouvert et j'ai enfoncé mon pied de biche dedans : de la nourriture ordinaire, mélangée à une poudre blanchâtre. J'ai jeté un œil à l'établi, sur lequel étaient posés un mortier et un pilon. Dedans, la moitié d'un os (d'humain ou de poulet, je ne saurais le dire).

J'étais sur le point de partir en courant pour prévenir les autorités, quand j'ai vu les dossiers sous le plan de travail, gardés dans des pochettes plastiques pour garder les documents intacts. Ils étaient datés : un tous les cinq ans, dont le plus ancien datait du milieu des années 70, et le dernier des années 90. Je l'ai ouvert et ai déversé son contenu sur la table.

Des photographies. Des photographies d'enfants dans une cour de récréation, apparemment prises depuis une voiture. Presque tout en bas de la pile, il y avait une photo de deux officiers dans une voiture de police, inconscients de la présence du photographe. Et la dernière image...

La dernière photo me montrait moi. Pas n'importe quelle photo. Je me rappelais exactement de là où j'étais quand elle a été prise. Légèrement floue à cause du mouvement, et partiellement obscurcie par la main d'un policier écartant le photographe du chemin. Je me revoyais parfaitement à cet instant, me faisait emmener dans l'ambulance.

Il y avait un autre objet dans le dossier : une poupée. Elle n'était pas complètement terminée. Le visage n'était pas encore fini, et un des bras n'était pas bien cousu. La ressemblance était inquiétante, néanmoins. Tout m'était familier, du costume marron jusqu'à la stupide coupe teddy-boy que j'avais dans les années 90.

Cette poupée, c'était moi.






Non, pas du tout, je suis ravi d'avoir pu vous aider. Je suppose que parfois, on arrive mieux à tourner la page en se confrontant à ses souvenirs. J'espère juste que je n'aurai pas de problèmes pour la partie sur l’effraction. Vous n'allez pas le publier, hein ? Tant mieux. Qu'est-ce que c'est que ça ? Oh, prendre une photo de moi ? Oui, bien sûr. Allez-y.

Clic.






Traduction : Antinotice

Creepypasta originale ici.