Disclaimer

DISCLAIMER
Les contenus proposés sur ce site sont déconseillés aux personnes sensibles et aux mineurs de moins de 12 ans.
Nous encourageons largement les pratiques répréhensibles qui y sont décrites.
Consultez la page À propos pour plus de détails.

Script générateur de phrases

lundi 17 février 2020

La saison perdue de “Bonne nuit les petits"


[Ce qui suit est le fragment d’un enregistrement retrouvé sur un dictaphone appartenant à mon père. Il me l’a confié sans trop se souvenir d’où il le tenait.]

En janvier 1997, la première diffusion des quatre saisons de « Bonne nuit les petits » s’est terminée, même si la série a continué à être rediffusée jusqu’en 2006. Mais en 2010, Alain Ladur, qui était l’un de nos producteurs, nous commande une 5ème saison, en faisant varier l’animation avec un nouveau système pour animer les pantins : un décor à l’ancienne en balsa et carton dur, derrière lequel devaient évoluer les acteurs, qui animeraient les marionnettes avec de longues perches. Avec ce système, ils étaient invisibles à la caméra, et gardaient une meilleure prise sur les pantins. Pour moi, ça relevait plus du choix artistique que du choix pratique, et d’ailleurs ça en a agacé plus d’un qu’on change nos méthodes déjà bien rodées… Mais bon, on est encore loin du cœur du problème.

Bref, comme dit au-dessus, on a embauché les teneurs de bâtons, ou du moins on s’apprêtait à le faire, quand on a reçu une « décision de la production » (donc d'Alain) concernant le recrutement : pour Pimprenelle et Nicolas, on travaillerait avec deux de ses neveux, des gamins. On n'a pas été trop surpris, sur le coup. L’audiovisuel, comme tous les milieux, fonctionne au pistonnage. J'étais ceci dit un peu perplexe par rapport aux conditions de travail spécifiques des gosses, mais personne n'était très regardant sur le tournage. On avait surtout envie de toucher notre cachet et mettre les bouts. Quand j’y repense, on aurait vraiment dû se méfier un peu plus.

On a trouvé en peu de temps un marionnettiste pour Nounours, un type du nom de Grégory Goudo. De là, les choses se sont enchaînées plutôt vite, et en tant qu'opérateur, j’ai commencé le tournage du premier épisode avec les gamins et ce Nounours. Bien sûr, c’était loin d’être parfait, essentiellement parce que les séquences traînaient en longueur avec l’inexpérience des gosses, qui manipulaient leurs marionnettes avec une maladresse atroce. Ce qu’il faut aussi se dire, c’est que nous, l'équipe de tournage, on ne voyait pas les marionnettistes pendant les prises. Les décors les cachaient à nos yeux, et surtout à l’objectif. C’est en enchaînant les épisodes que j’ai pu remarquer que pendant les pauses, les enfants devenaient de plus en plus pâles et nerveux. Ouais, c’est ça : à bout de nerfs, littéralement. Comme dégoûtés.

C’est une des stagiaires en audiovisuel, qu’on avait mise à la prise de son, qui la première m’a mis sur la voie de ce qui se tramait. En faisant des raccords son derrière les décors pour vérifier si elle ne pouvait pas mieux recueillir l’audio en se plaçant derrière, elle avait fini par remarquer quelque chose. Entre les prises, les gamins lâchaient des bruits étranges, tout bas. Le Goudo, lui, n’était pas en reste de grognements lubriques, à ce qu’il parait. Enfin bref, vous voyez le truc. Cette stagiaire en a parlé à Alain et moi, au cas où il lui arriverait quelque chose. Et effectivement, Alain l’a virée. Moi, je n’ai rien dit. Comprenez-moi. Je n'avais que ce travail, pas d’autre source de revenus, un fils à nourrir. Je vous dégoûte, hein ? Je me dégoûte aussi. Parfois, je me dis que j’ai tenu ma langue pour mon fils. Mais d’autres fois, je l’imagine à la place de ces gosses, et je m'en veux encore plus.

Les épisodes ont suivi leur cours, et j’ai commencé à noter les trucs malsains qui avaient lieux sous nos yeux sans que tout le monde les remarque. Par exemple, les enfants disparaissaient systématiquement entre les scènes pour se rendre dans l'une de nos rares loges, réservée au stock des accessoires. Dans le même temps, Grégory s’éclipsait lui aussi, et le costume de Nounours avec. Au début, je pense que personne n’y faisait attention. Grégory justifiait ça par une pseudo pause clope, et les gosses… La plupart des travailleurs sur le plateau couraient tout le temps dans tous les sens alors...
Vers la fin, on s’est retrouvés moins nombreux, beaucoup de licenciements ayant été effectués. Avec du recul, je pense que beaucoup avaient flairé l’embrouille, parce que Grégory ne sentait jamais la cigarette, et plus le temps passait, plus les neveux du patron faisaient peine à voir. Ceux qui savaient et sont restés, comme moi, ont préféré se taire. Quand on est arrivés à deux épisodes de boucler ce tournage nauséabond, les choses se sont corsées. On a trouvé le corps d'Alain, pendu dans son bureau de producteur. Il avait dû faire ça dans la nuit, en y restant après le départ de l’équipe.

A partir de là, on n'a plus revu les gosses. En faisant mes recherches, j’ai appris que Grégory avait demandé un internement en hôpital psychiatrique. Et j’en viens à ce qui m’a fait demander cet enregistrement. Plus que la confidence d’avoir surpris des attouchements pédophiles et de n’avoir rien fait de concret, j’aimerais parler du lendemain de la mort d'Alain. Tout ça, c’est vraiment lourd à porter, et avec le temps c'est de pire en pire. J’ai cherché à protéger mes intérêts personnels, à faire vivre ma famille. Aujourd’hui, elle m’a tourné le dos. A l’époque les clauses de nos contrats étaient strictes, et la non-divulgation ça plaisantait pas. Plus que risquer un procès et se faire virer, on ne se ferait jamais rembaucher parce que dans notre milieu, ça tourne vite.

J’ai brûlé les bobines de nos tournages. C’était moi. J’ai aussi fait disparaître les derniers effets d'Alain. Je le confesse aussi. Mais si j’ai brûlé tout ça, c’est pour ce que j’y ai trouvé. Son téléphone contenait plusieurs messages à l’attention de Grégory, du genre « Loge accessoire, 18h comme d’habitude », ou encore « Filme-les mieux que vendredi dernier, la qualité était naze ». En fouillant ce même téléphone, et je me souviens encore de l’horreur que j’ai ressentie, j’ai compris pourquoi Alain s’était pendu, pourquoi Grégory ne se supportait plus. Le fait qu’il se soit ensuite fait interner n’était qu’une sorte de suite logique. Parmi ce que j'ai détruit, y avait aussi plusieurs lettres de co-producteurs anonymes. Enfin, c'est du moins comme ça que les expéditeurs se présentaient. Apparemment, Alain devait de grosses sommes d’argent à des types vraiment louches, qui lui réclamaient toujours plus de « contenu ». En lisant des morceaux de brouillon du scénario, j’ai compris qu'Alain ne croyait pas un seul instant à une pseudo nouvelle saison. C’était juste un plan fantôme, une couverture pour produire ce « contenu ».

Grégory, lui, était loin d’être marionnettiste. En fait, il était caméraman. La preuve : c’est lui qui a filmé le véritable pédophile attoucher les enfants dans la fameuse loge, avec le téléphone d'Alain. Et en parlant d'Alain, ce tonton si tendre et si affectueux envers ses neveux... Je n’aurais jamais cru le voir jouer un aussi bon Nounours que dans cette même loge. Mais ces épisodes-là, j’espère qu’ils ne lui auront pas rapporté un sou.

[Fin de l'enregistrement.]

lundi 10 février 2020

Ma chère Mia

Cela fait maintenant plusieurs mois que ma chère Mia m’a laissé tomber du jour au lendemain. Je ne sais pas avec qui, ni où, ni pourquoi. Suite à cette brutale rupture, je suis tombé en dépression. Mon psy m’a conseillé de « régler mes problèmes moi-même » (oui c’est un incompétent, mais il fait partie d’une association caritative donc il est gratuit). Il parait que ça aiderait à redevenir heureux et en bonne santé mentale. J’ai donc suivi son conseil, et rédigerai ma progression sous forme de « journal » pour ne pas perdre de temps. Si quelqu’un trouve ce carnet, il est prié de me le rendre aussi vite que possible sans poser de questions.

 Jour 1 : J’ai entrepris de parler à tous ceux que Mia a pu connaître pour apprendre un maximum d’informations et ainsi caresser l’espoir de retrouver ma femme. J’ai déjà une piste : l’enfoiré qui a volé l’élue de mon cœur s’appelle Kevin et habite à Marseille, un kassos bien cliché. Je suis tellement excité à l’idée de retrouver ma compagne que je ne mange même plus. Ma dépression aide aussi, c’est vrai.

 Jour 2 : Je continue mon enquête 23h/24, avec une heure pour dormir. Le café, c’est incroyable. Sinon, à part quelques détails sans intérêt, je n’ai rien découvert de plus.

 Jour 7 : Je l’ai ! J’ai l’adresse de Kevin Momfort ! Ça m’aura pris une semaine, mais je l’ai. Cette nuit, j’irai voir ma mie comme je l’appelle, et je la ramènerai à la maison. Je la kidnapperai s’il le faut.
 Bon, j’y suis allé. La chambre de Mia était toute sale, et on dirait qu’elle non plus ne se lave pas. Cet enfoiré s’occupe vraiment mal d’elle. Moi, je l’ai toujours chérie, je me suis occupé d’elle comme d'une déesse. Lorsque je suis entré, elle dormait à poings fermés. Je vais pas tourner autour du pot, je l’ai mise dans ma voiture, sans la réveiller. Une fois chez moi, je l’ai couchée dans mon lit (j’ai dormi sur un matelas par terre cette nuit-là) et l’ai laissée faire de jolis rêves.

 Jour 8 : J’ai réveillé la femme de ma vie avec un petit-déjeuner au lit et lui ai calmement expliqué tout ce que j’avais fait pour elle. Elle m’a écouté attentivement, mais lorsque je lui ai demandé « pourquoi être partie avec Kevin Momfort ? » elle n’a pas voulu me répondre. Je pense qu’elle commence à réaliser que c’était une erreur d’être partie. Je me suis occupé d’elle toute la journée et on a fait toutes sortes d’activités ensemble. J’ai mangé pour la première fois depuis très longtemps, je suis aux anges…

 Jour 9 : J’ai appelé mon psy pour lui dire que je n’avais plus besoin ni de ses services, ni de ses médicaments. Bien sûr, il a tout de suite objecté, mais je connais les docteurs, ce sont des sacs à foutre.
 Sinon, j’ai reçu un autre appel, de Kevin. J’ignore comment il a obtenu mon numéro. Il voulait revoir Mia. La bonne blague ! Je lui ai dit qu’il pouvait aller se faire foutre ! Il ne me la volera pas deux fois.

 Jour 10 : J’ai demandé à ma femme de me faire l’amour, et elle a accepté : c’était magique. Elle est si belle, voluptueuse, sensuelle, et elle sait comment se comporter au lit. Je crois que je peux dire sans trop me mouiller que je ne suis plus dépressif. Je vais arrêter l’écriture de ce journal.

 Jour 15 : Je veux que Kevin meure dans d’atroces souffrances. Cette enflure m’a enlevé ma chère et tendre à nouveau, dans la nuit. Il est entré chez moi avec les flics pour la reprendre. Et maintenant, j’ai un procès au cul ! Saloperie de croque-mort...


samedi 8 février 2020

Résultats des élections du mois de Janvier

Membres de la Crypte, aujourd'hui est le jour d'un nouvel avènement pour CFTC.
Vous l'aurez compris, le moment est venu d'annoncer les résultats des élections qui auront rythmé de bien des manières ce mois de Janvier.
Tout d'abord, je tiens au nom de CFTC à remercier l'intégralité des candidats qui se sont présentés pour faire prospérer le site, ainsi que Chaussure Moche, qui a gracieusement accepté de procéder au dépouillement des votes. Bien, j'ai fini de vous faire languir. Passons au clou du spectacle, et commençons sans plus tarder avec les nouveaux rangs qui seront ajoutés sur initiative de certains candidats, et les nominés concernés.

- Au poste de Référent Critique, qui tendra à rendre au grade toute sa splendeur d'antan et à gérer optimalement une équipe de Critiques opérationnelle, j'annonce Adiboy comme étant nominé. Il mettra donc sous peu une nouvelle équipe en marche, et rendra aux Critiques leurs lettres de noblesse.
- Au poste de Gestionnaire des projets, qui aura pour objectif de gérer et mettre en place différents projets de CFTC sous l'égide de l'administration, j'annonce AngeNoire et Qalliman comme étant nominés. Une équipe plus ou moins malléable sera assemblée sous leur responsabilité, et selon le bon vouloir des membres, pour parvenir à concrétiser les projets en question.
- Au poste d'Illustratrice en chef, qui en écho au précédent poste, se verra confier la responsabilité d'une équipe, elle aussi plus ou moins malléable, ayant pour but de réaliser images et dessins pour divers projets et concepts, j'annonce Luna Fireline comme étant nominée. Si vous avez des talents de dessinateur et souhaitez contribuer de cette façon, vous pourrez la contacter via le forum ou Discord.

Bien, ça fait déjà un petit peu de monde qui diversifiera et fluidifiera efficacement nos futures activités. Passons maintenant aux postes déjà existants.

- Au poste de Scribe, qui publie avec l'aide d'un binôme les creepypastas, textes et communiqués sur le blog, j'annonce Luidi comme étant nominée. Vous devriez sous peu voir son pseudo apparaître au bas de certaines pages.
- Au poste de Maître Traducteur, qui en plus de traduire nouvelles et creepypastas, gère les Traducteurs d'une main de fer, j'annonce Charlou comme étant nominé. Par la même, nous espérons, à l'instar des Critiques, rendre à ce grade toute son importance et son utilité.
- Au poste de Community Manager, qui s'occupe de la plupart de nos réseaux sociaux, j'annonce Kamus comme étant nominé. Vous le connaissez sûrement en tant qu'Administrateur, mais il a renoncé à ce poste au profit d'une petite partie de ses précédentes fonctions, dont il est ici question.

Les espaces vides se remplissent peu à peu, mais le meilleur reste à venir. Il est donc temps d'aborder la question des Modérateurs. Les concernant, pas de surprise particulière, Alexray et Wasite, qui ont fait jusque-là du très bon travail, voient leurs fonctions renouvelées.

Enfin, et vous remarquerez que j'ai gardé le meilleur pour la fin, le moment est venu d'annoncer les Administrateurs sortants de ces élections. D'un côté, nous avons le renouvellement des fonctions de Magnosa, que vous devez connaître en tant que tel depuis de nombreuses années. De l'autre, c'est Gordjack, jusqu'alors Modérateur et Scribe, qui accède à l'Administration.

Bien évidemment, tous les nominés ci-dessus seront tenus de rester investis et assidus dans leurs fonctions, fidèles à leur envie de contribuer à la pérennité de CFTC.
Ils recevront leur rang dans les plus brefs délais, et seront invités, dès celui-ci acquis, à contacter l'administration pour s'informer de toutes les modalités qui lui sont relatives.

Sur ce, à très vite ! Le prochain texte, qui amorcera la réouverture du site, arrivera sur le Nécronomorial dans la journée !



dimanche 5 janvier 2020

Fermeture jusqu'au 9 février


Bonsoir,

Ceci est certainement un message qui va vous attrister, mais il me paraît malgré tout inévitable. Les réflexions qui suivent et leurs conséquences ne viennent pas d’un coup de tête, il s’agit du fruit, d’une part, de discussions avec certains membres du staff actuel, mais aussi de l’expérience que j’ai de sa direction depuis plusieurs années déjà (ça ne me rajeunit pas).

À compter de ce soir, et jusqu’à la fin de la première semaine de février, CFTC et le Nécronomorial ferment leurs portes. Contrairement à la fermeture estivale que nous avions connue en réponse à l’irrespect d’une partie des lecteurs à cette époque, il s’agit cette fois d’un aveu d’échec. Malgré les efforts qui ont été faits pour innover et les remaniements tant au sein de la communauté que du staff, il faut bien se rendre à l’évidence : le fonctionnement interne du site est grippé. 

Concrètement, mis à part quelques éléments particuliers qui ont leur indépendance et qui sont plutôt légers à la gestion (comme les brèves de cryptoire sur Twitter), l’ensemble des deux sites repose majoritairement sur les épaules d’une seule personne à la fois, avec un peu de soutien de-ci de-là de temps en temps. Si vous suivez le blog régulièrement, vous saurez que je ne parle d’ailleurs pas de moi, et je remercie Gordjack d’avoir pris autant sur lui pour tout faire tourner ces derniers mois avant d’avoir besoin d’une pause. 
 
En revanche, ce n’est pas le premier membre du staff à avoir expérimenté cela, et je me rappelle bien le moment où j’étais à sa place et où je me rendais compte que les sites et la communauté bouffaient littéralement la vie privée que je pouvais me permettre d’avoir en dehors de mes activités universitaires. On est beaucoup sur le site à en être arrivés là, beaucoup se sont inscrits alors qu’ils étaient au lycée et avaient suffisamment de temps libre pour cumuler les deux, et ce n’est plus tellement possible quand s’ajoute un travail, une vie familiale, les factures à payer, etc. C’est compréhensible, et c’est d’ailleurs une des raisons qui avaient motivé le recrutement d’une équipe beaucoup plus large. 

Sauf que ça n’a pas marché. Plus précisément, ça a marché un petit temps durant lequel tout était fluide, et certaines choses qui nous prenaient la tête avant se sont même automatisées et fonctionnent jusqu’à maintenant. Mais bon, ça s’est arrêté là. La GrammatikWaffe, dont nous étions fiers de la résurrection, est de nouveau moribonde, puisque certains de ses membres ne touchent à un texte qu’une fois par mois au mieux (rappel : nous publions quatre fois par semaine !). Une partie du staff remplit les fonctions qui lui ont été assignées, mais une autre partie, pour des raisons diverses (que je ne jugerai pas légitimes ou non car ce n’est pas le débat), est assez fantomatique pour tout ce qui concerne les missions du staff, voire fantomatique tout court. 

Je n’ai pas l’intention de faire le procès de qui que ce soit, car chacun peut avoir de très bonnes raisons, et je fais d’ailleurs partie de ceux qui ne sont là que rarement. Cela étant, l’écrasante majorité des rôles distribués requiert une présence régulière (sans aller jusqu’à une présence quotidienne, ça reste quelque chose de bénévole) ainsi qu’une certaine activité, puisqu’il ne suffit pas d’être là pour remplir ses fonctions. C’est pourquoi, au cours du mois de battement, se dérouleront dans la foulée un nettoyage des rôles à fonctions, staff compris, une révision de certains d’entre eux pour qu’ils correspondent mieux aux personnes qui les occupent (parce que vu le peu d’effectifs, si au moins un bout du travail est fait, on ne peut pas cracher dessus), et une nouvelle session de recrutement pour, je l’espère, repartir d’un bon pied.

J’aurais pu finir là-dessus, mais ça n’aurait pas été honnête. Donc je vais aller jusqu’au fond de ma pensée. J’espère bien que ça redonnera du souffle aux sites, mais j’ai de sérieux doutes. Ces dernières années, les postes de modérateur n’ont été l’objet que de timides candidatures en général, et les candidatures au poste d’administrateur se comptent sur les doigts d’une main à laquelle on en aurait amputé quelques-uns. C’est pourquoi tous les postes ne seront peut-être pas occupés à l’issue des élections (d’autant que les candidatures d’individus n’ayant rien à envier à la ligue du lol ne sont pas recevables, n’en déplaise à certains). Cela pourrait très bien signifier encore davantage de difficultés pour le site, mais rien d’autre n’a marché. Le fait est que nous n’avons pas les moyens de payer les membres du staff, et sans cette carotte, beaucoup n’ont pas envie de candidater. Ajoutons à cela le fait qu’il est de plus en plus fréquent de recevoir des messages se plaignant de la trop grande contrainte de lire des textes qui dépassent la taille de l’écran (voir de lire tout court, pour certains), et vous avez les raisons de mes craintes pour l’avenir des sites. Je ne pense pas qu’on puisse déjà en sonner le glas, mais ça ne me rend pas optimiste pour autant.

Bref, j’ai dit ce que j’avais à dire. En attendant la réouverture, vous aurez toujours les brèves de cryptoire sur le Twitter qui, lui, ne s’arrête pas. Le Discord sera lui aussi toujours ouvert, vous pouvez venir discuter avec les membres de la communauté dessus (mais n’attendez pas de discussions à propos des creepypastas, la plupart des membres ne s’y intéressent plus). Si vous êtes intéressés par les candidatures, vous êtes invités à aller à la fois sur le forum et le Discord dans les prochains jours. Sur ce, peut-être à bientôt.


lundi 30 décembre 2019

Baxbaxwalanuksiwe

Bonjour à tous et à toutes. Comme vous le savez, j'ai des amis partout dans le monde. L'un d’eux, vivant au Canada, connaît mon goût pour tout ce qui est “histoires effrayantes et étranges”, bref, pour tout ce qui est creepy. Il m'a envoyé la copie d'un post provenant d’un forum de survivalistes. Le membre l’ayant écrit était parti faire un "stage de survie en Colombie-Britannique" (comprenez qu'il partait seul durant quelques semaines dans la nature) et racontait son histoire. Franchement, soit le type fumait là-bas le calumet de la paix en compagnie des Kwakwaka'wakw, les indiens locaux, soit il mentait, soit... c'est très étrange. La première hypothèse me semble la plus crédible. À vous d'en juger :
 Bienvenue, amateurs de survie à la dure, dans la nature, dans le monde sauvage. Cela fait plusieurs semaines que je vous parle de mon stage de survie en Colombie-Britannique, eh bien je l'ai fait. J'y suis allé, mais je n’ai pas pu tenir les deux mois prévus à cause de ce que l'on peut appeler un accident. Le premier mois, tout se passait bien. Je me débrouillais même pas mal du tout. Je trouvais ma nourriture, mon eau que je purifiais avec mes pastilles, je dormais au coin du feu, etc... Je me sentais plutôt bien, éloigné de toute humanité et de tout être conscient. Je ne me trompais pas. J'étais effectivement loin de toute humanité. Même les Kwakwaka'wakw ne s'aventuraient pas dans cette région. J'en avais d'ailleurs aperçus de loin, une ou deux fois. Ils se déplaçaient par groupes de dix à chaque fois et avait l'air constamment effrayés. Peut-être qu'ils chassaient le puma ou le grizzly. Je m'en fichais après tout. Moi, je survivais, eux, ils vivaient à l'abri dans leur réserve. Bah !
Quel abruti j'étais. Survivre tant que le seul adversaire est la nature, ce n'est pas un souci.
  Ce qui abrégea mon stage fut la rencontre fortuite avec un groupe de ces Indiens, pas de loin, mais de très près. Je marchais tranquillement dans la forêt, à la recherche de matériaux utiles pour me bâtir un abri potable capable de durer plus de trois jours, et je me retrouvai subitement face à eux. Ils marchaient également, observaient dans toutes les directions comme s'ils étaient suivis. Je devais comprendre plus tard qu'ils étaient non seulement suivis, mais aussi chassés. Sentant leur détresse, j'allai à leur rencontre. Quel effet je dus leur faire ! Vous savez, je suis un survivaliste un peu romantique. J'aime me passer de la peinture de combat sur le visage et me promener avec un fusil en bandoulière. Je trouve ça cool. Avec cet accoutrement, ils ont dû me prendre pour un GI, quelque chose comme ça. Ils vinrent vers moi en baragouinant leur dialecte. Mais bon, je ne pouvais pas les comprendre : seules 200 personnes parlent leur langue ! Heureusement, quelques-uns, qui avaient sûrement acquis un peu de culture occidentale, parlaient un anglais approximatif, comme moi en fait. Ils jouèrent donc le rôle d'interprète. Ces indiens me disaient de fuir, ou plutôt de courir et de les suivre, ou plutôt les trois à la fois. En effet, Baxbaxwalanuksiwe était proche selon eux. Je leur demandai alors ce qu'était cet animal au nom incompréhensible. Ils traduisirent ce nom de leur langue par "Le premier qui mangea un homme à l'embouchure de la rivière". Cela ne m’avençait pas vraiment pour tout vous dire. J’ai pensé qu’il s’agissait sûrement d'un gros ours ou d’une bestiole dans ce goût-là.
  J'entendis alors un grand bruit, comme une mastication : "Hap Hap Hap Hap", avec des grognements. Les indiens étaient livides. Ils me pressèrent de les suivre, affirmant que j'étais en danger "de nutrition" d'après ce que je compris de leur charabia. Je ne regrette pas de les avoir écoutés et d'avoir pris peur exactement à ce moment-là. Un... être émergea des fourrés. Il faisait la taille de deux hommes. Sa peau était nue, violette et ridée, sans un seul poil. Son corps était recouvert de bouches truffées de dents plates. Il en avait même à la place des yeux. Cette vision infernale me poussa à prendre mes jambes à mon cou. Mais cette chose courait vite. À un moment, comme j'avais pris un peu d'avance, je m'arrêtai et je tirai avec mon fusil. Un fusil à double-canon, suffisant contre n'importe quel prédateur normalement. Du gros calibre. Les balles s'enfonçaient et creusaient des trous sanglants dans la chair de ce monstre, mais cela ne l'arrêtait pas. Juste au moment où ça allait se jeter sur moi de toute sa masse, ça tomba dans un trou profond, camouflé par des feuilles. Les indiens, s'étant arrêtés un peu plus loin, hurlèrent de joie. À priori, leur piège avait fonctionné. J'entendais les hurlements de la bête au fond du trou" Hap Hap Hap Hap !". On pensait avoir gagné. On ne pouvait imaginer pire erreur...
  Nous rentrâmes tous, en nous dépêchant bien sûr, pour s'éloigner de ce monstre, au cas où il parviendrait à se sortir de son trou, mais sans trop de pression. Nous étions tous choqués, moi sans doute plus que les autres. Les indiens parlaient entre eux. Un des anglophones m'expliqua que leur attitude de peur était simulée pour attirer Baxbaxwalanuksiwe, puis le faire tomber dans un piège, afin de réaliser une sorte de rite d'initiation. Il fallait que je les suive pour que leur plan réussisse, sinon Baxbaxwalanuksiwe ne serait pas passé au bon endroit, car il m'aurait poursuivi. Soudain, un cri retentit depuis l'endroit où était tombé l'ogre. Sur le coup, cela me fit penser à un appel à l'aide. En fait non. Il appelait ses acolytes. Les indiens pâlirent. Dans les légendes, Baxbaxwalanuksiwe était assisté de deux autres bêtes. Ils recommencèrent à courir, et moi aussi. Cette fois-ci, je suis sûr que leur peur n'était pas simulée. Après que nous eûmes seulement couru deux cent ou trois cent mètres, un énorme corbeau atterrit sur la tête d'un de mes nouveaux camarades et lui creva les yeux. L'indien en question hurla de douleur. Exactement au même moment, une grue de deux mètres de haut descendit des arbres pour crever le crâne d'un des indiens, me ratant de peu. Mais là, mon fusil fut utile. Je tirai vaguement dans la direction de ces bêtes, dont les indiens devaient m'apprendre qu'ils s'appelaient Qoaxqoaxualanuxsiwae et Hoxhogwaxtewae, les yeux et les oreilles de Baxbaxwalanuksiwe. Le groupe les avait piégés autre part, mais ils avaient été libérés. Les anciens du village me dirent le lendemain que Qominaga, la femme de Baxbaxwalanuksiwe, les avait sûrement désentravésBref, passons ces explications. Mes balles les atteignirent et semblèrent leur faire assez mal pour les repousser. Nous abandonnâmes les cadavres pour courir, laissant le coeur de la forêt et tout mon équipement, derrière nous.
  Nous arrivâmes le soir au village Kwakwaka'wakw. Csoir fut un soir de deuil. Les jeunes avaient échoué à leur rite de passage, et deux étaient morts. Le chamane du village, ayant une voiture et un permis de conduire, me mena à une ville proche où je pus contacter mes proches pour leur expliquer que j'avais perdu tout mon matériel après avoir été poursuivi par un grizzly. Je décidai donc de passer sous silence cette histoire. Il valait mieux ! En tant que survivaliste, j'étais déjà considéré comme sacrément dégénéré par ma famille. Les Kwakwaka'wakw n'ayant que peu de contacts avec les autorités, ces deux disparitions passeront sans doute inaperçues.
  Voilà pourquoi je reviens sur ce forum plus tôt que prévu.

commentaire

lundi 23 décembre 2019

Vouivre

Bonjour. Je poste ici un document trouvé sur un forum lié à la psychiatrie. Le forum en question se nommait "Psychologie, Suicides et dépressions". Un "bug informatique" aurait fini par en annihiler le contenu, mais ayant été membre du forum en question, je sais que le propriétaire était dépressif. C'est sûrement lui qui a tout supprimé dans un accès de rage, avant de faire passer cela pour un bug. Mais bref, là n'est pas le sujet. Cette lettre a donc été postée par un policier possédant un Master en Psychiatrie. Ses collègues la lui avaient envoyée comme pièce à étudier dans le cadre de l'affaire Grégoire Jumierti. Il la présentait comme un ensemble typique d'éléments que l'on peut trouver chez des gens un peu dérangés. Personnellement, je la trouve creepy, et assez émouvante. La voici.



    Pour Anna.

    Je n'en peux plus. Il faut que j'en parle. Elle va venir me chercher, j'en suis sûr. Ceci est à la fois mon testament et mon témoignage.

    Je tiens tout d'abord à m'excuser auprès de ma mère et de mes frères, que je laisse en ce monde alors que j'avais juré d'être toujours à leurs côtés.
Je m'excuse aussi pour toi, Anna, ma muse, que je n'aurais jamais dû quitter.
Et aussi pour Wouffi, notre chien.
Je tiens à ce que mes maigres possessions, ou ce qu'il en restera, soient partagées à égalité entre ces personnes.

    Tout a commencé par une belle soirée de Mai. Je me promenais, comme chaque semaine, en quête d'inspiration, près des lacs de la région. Cette fois-ci, j'avais choisi le Lac du Vernois, un petit lac, dans un vallon isolé de la route reliant Le Frasnois à Chevrotaine. Je trouvais ses rives bordées de roseaux et son isolement stimulants pour la production poétique. Ce soir-là donc, je me suis couché sur mon tapis de sommeil, au bord de ce maudit lac. Que je sois damné pour m'être endormi à ce moment-là. Je ne me suis réveillé que plusieurs heures après. La nuit était tombée. En me levant, prenant conscience que je devais me dépêcher de rentrer à ma voiture pour ne pas geler, j'au vu une jeune femme magnifique se baignant dans le lac. Sur le coup, je n'ai pas réagi : l'eau était glaciale, beaucoup trop pour une baignade. Subjugué, je l'observais sans mot dire. J'avais trouvé une nouvelle muse. Anna, je le répète, je suis désolé. À ce moment-là, je me trompais. Tu as été et resteras la seule muse qui m'a inspiré de véritables poèmes. J'ai fini par la perdre de vue dans la nuit, car la lumière de la Lune se reflétant sur le lac était très faible. Mais j'étais décidé à la revoir.

    Les soirs suivants, je suis revenu à ce même lac et suis resté sur le bord, à chercher du regard cette belle étrangère. Anna, tu me demandais où j'allais, tu le sais maintenant. Cependant, j'avais beau y retourner, je ne la voyais jamais nulle part. Mais le septième soir, je l'ai enfin aperçue de nouveau. Elle était là. La Lune était cette fois-ci pleine, si bien qu'on y voyait comme en plein jour. J'ai pu détailler son corps, et ses courbes sensuelles. Il se dégageait d'elle une énergie féminine certaine. Quand j'y repense, il aurait été impossible pour moi de ne pas céder. Je pensais à toi Anna, mais ton image s'estompait quand je la voyais. Je suis revenu sept jours plus tard, et je l'ai vue cette fois encore. Et ainsi durant les trois semaines suivantes. Les poèmes écrits durant cette période ne parlent plus de toi Anna, mais d'elle. D'ailleurs, c'était le moment où tout allait mal entre nous. Je restais enfermé dans ma chambre sans vouloir te voir, comme je l'ai fait il y a un an. Tu me demandais où j'allais le soir, je ne pouvais te répondre. Maintenant, tu sais. Mais si on te lit cette lettre, ou si tu la lis, ne t'arrête pas là. Tu vas comprendre.

    Quatre semaines après ma première vision de cette silhouette féminine, lorsque je suis revenu au lac, j'ai trouvé un escarboucle au sol, au bord de l'étendue bleue. Une pierre rouge luisante, la plus belle que j'avais jamais vue. J'aurais voulu te l'offrir, mais tu étais déjà partie. Je l'ai tout de même prise, et ai continué d'observer la Dame du Lac, comme je l'avais nommée dans un poème. Caché dans les roseaux, m'étant éloigné de l'endroit de découverte de la pierre, je l'ai vue sortir de l'eau. Elle avait l'air paniquée. Même en sachant qu'elle cherchait l'escarboucle, je l'ai gardée pour toujours être en contact avec elle. J'aurais dû la jeter dans le lac. Elle l'aurait récupérée et tout aurait été réglé. Mais non. Je l'ai gardée avec moi.

    Une semaine plus tard, elle n'est pas venue. La semaine suivante non plus. Je m'enfonçais dans la dépression, solitaire, en bon poète maudit. J'essayais de t'appeler, mais tu ne répondais pas Anna, ce qui était légitime. Je t'avais trompé en rêve, et j'avais trahi ma muse.

    C'est alors qu'Elle m'a rendu visite. Un soir de Juillet, elle est apparue sur le seuil de ma porte. Me demandant qui sonnait à cette heure de la nuit, à 23h, j'ai regardé par la fenêtre et l'ai reconnue. Je suis immédiatement allé lui ouvrir. Je l'ai invitée à entrer. Elle n'a pas dit un mot, et a passé le seuil de la porte. Elle n'a pas ouvert la bouche de la soirée, mais je n'en avais cure. J'étais fasciné par sa féminité. La soirée a été  merveilleuse, mais merveilleuse comme de l'opium, comme le poison d'un rêve... Le lendemain, elle est restée avec moi. Et le surlendemain aussi. J'étais épuisé. L'inspiration me fuyait, chassée par la fatigue. Puis un jour, elle est partie. Je l'ai cherchée dans ma maison, mais je ne la trouvais pas. J'ai également remarqué que l'escarboucle n'était plus là.

    En manque d'elle, un soir, je me suis précipité vers le Lac du Vernois pour espérer la revoir. Et effectivement, par chance, ou plutôt par malchance, je L'ai aperçue. Mais cette fois-ci, elle était en train de sortir de son bain nocturne. Elle a repris son escarboucle, qu'elle avait laissée sur le bord du lac. Elle l'a porté à son front délicat et l'y a enfoncé. Ses jambes se sont fondues en une queue de serpent, sa tête s'est muée en celle d'un chien, des ailes de chauve-souris lui ont poussé dans le dos.. J'ai hurlé à cette vision d'enfer, et ai couru à ma voiture. J'ai démarré au quart de tour en priant pour ne pas caler, et ai juste eu le temps de voir, dans les rétroviseurs, le Monstre me poursuivre. Mais heureusement, il n'allait pas assez vite pour rattraper le miracle de force brute qu'est le moteur à explosion.

    Depuis, je suis hanté par des visions. La nuit, je crois la voir, au pied de mon lit, prête à me dévorer. Je me suis renseigné, et j'ai découvert quelque chose. Que personne ne pourrait m'aider, pas même toi Anna. Quiconque voit une Vouivre est destiné à être poursuivi par elle jusqu'à la mort, et même au-delà. J'ai une arme sous mon oreiller maintenant, et des alarmes installées partout dans la maison, mais j'ai peur. J'ai peur pour ma vie. Mais surtout, j'ai peur pour toi Anna. J'ai peur de te perdre à jamais, Ô ma Muse, car j'ai toujours l'illusion de pouvoir te retrouver un jour.

    Ma Muse, je m'excuse enc  (Une énorme tâche d'encre est présente à cet endroit, comme si l'auteur avait sursauté et cassé sa plume).


    Cette lettre a été retrouvée dans la cuisine de Grégoire Jumierti. L'intérieur de sa chambre, à l'étage, était carbonisé. Cet autoproclamé poète maudit était, de l'avis du psychiatre qui le suivait, dépressif, et selon ses voisins très étrange. Par exemple, il passait parfois des semaines entières sans sortir de sa maison, et éclatait en sanglots au beau milieu de discussions. Il posait également des feuillets sur lesquels étaient inscrits des poèmes sur les bancs de tous les parcs alentours, qui généralement s'envolaient au premier coup de vent. L'hypothèse la plus probable est celle d'un suicide particulièrement élaboré, au cours duquel il se serait immolé dans sa chambre. Les policiers en charge de l'affaire ne comprennent toujours pas comment un feu assez intense pour réduire en cendre tout ce qui était présent dans la chambre ne s'est pas propagé pas au reste de la maison, mais certains doctorants de la Police Nationale ont des théories à ce sujet. La femme dont il est question serait, selon les psychiatres, la projection d'un certain manque du poète dans sa relation avec la fameuse Anna, relation que l'intéressée a révélé être restée platonique. Le suicide serait une conséquence de l'insatisfaction d'un désir, et du terreau favorable que constituait la personnalité de cet auteur.



lundi 16 décembre 2019

Monsieur Tout le monde

Ce qui suit est un post, aujourd'hui supprimé, que j'ai trouvé il y a quelques années sur reddit. Au vu de son contenu, il m'a semblé judicieux de le partager ici.

Avez-vous déjà ressenti la solitude ? Ce sentiment si atroce, et qui vous rend si faible que vous avez l’impression que votre vie perd de son sens ? Avez-vous déjà été seul au point de vous sentir détesté, haï par le monde entier, sans arriver à comprendre pourquoi ? 

 Moi, je ressens ça chaque jour de mon existence.

 Je me lève, le matin, seul. Je me couche, le soir, encore plus seul. Et surtout, chaque jour, je me sens comme un fantôme vis-à-vis des autres. Je pourrais être mort, personne ne le remarquerait.

 On trouve la vie fade et sans intérêt, quand on est aussi seul que je le suis. La solitude nous pousse même à être atroce envers les autres. On en arrive à les détester. Pourquoi ne nous aiment-ils pas ? Pourquoi nous ignorent-ils de la sorte ? Qu’avons-nous fait pour subir ce triste sort ?

 Je m’appelle Norman Veymher, et j’ai trente-et-un an. A vrai dire, je n’ai jamais eu de relation sexuelle avec une femme. Peut-être parce que je n’ai jamais réellement osé parler avec l'une d'entre elles. Cela m’effraie affreusement. De toute façon, aucune femme ne veut de moi. Je suis trop banal, trop ennuyant pour qu’elles puissent vouloir de ma compagnie. Tous les soirs, je rêve de me réveiller aux côtés d’une belle demoiselle, une grande brune de préférence, qui saurait me montrer que je ne suis plus seul. Je l’entends presque me dire :

 “J’ai envie de toi, Norman. Je t’aime, Norman.”

 Seulement, au réveil, elle n’est plus là. La sensation de ses mains contre mon visage, de ses cheveux caressant mon torse, je ne la sens même plus. Je me réveille alors, terriblement seul. Les quelques instants où je ne suis plus vraiment livré à moi-même, c'est durant mes journées de travail. J’y tiens un misérable poste d’ouvrier, m’exténuant pour un patron qui ne sait même pas que j’existe. J’exécute, tous les jours, durant neufs longues heures, les mêmes gestes et mouvements, tel une machine. 

 Je déteste ma vie.

 Il y a des jours où, quand je suis sur la route pour rentrer chez moi, je m’assois sur un banc, au bord d’un trottoir, et pendant une vingtaine de minutes, je regarde les gens vivre. J’admire surtout les jeunes femmes qui passent une par une devant moi. Certaines me lancent un petit regard en coin, d’autres préfèrent tracer leur route, essayant à tout prix de m'éviter. Mais parmi elles, il y en a une qui a fait chavirer mon cœur. Elle s’appelle Elena. Elle travaille dans un café-bar à deux pas de chez moi. Tous les jours, vers 18h55, je m’installe à la fenêtre de ma chambre, d’où je peux la regarder sortir. Je l’admire dans cette belle petite robe noire qu’elle porte régulièrement, observant la danse de ses longs cheveux bruns volant au vent. Cela fait maintenant deux ans que je l’épie chaque soir, sans jamais oser l’aborder. Elle ne sait même pas que j’existe. Et, même si c'était le cas, elle n’arriverait pas à savoir tout ce que je ressens pour elle, tout ce que j’aimerais lui faire. Ces baisers que je déposerais dans son cou, ces caresses que je ferais dans ses cheveux. Je passe mon temps à rêver du jour où je pourrai, aussi court que ce soit cet instant, lui dire quelques mots.

 Mais à un moment, il faut bien se lancer.

 Rentrant du travail, croisant la route de dizaines d’inconnus, j’étais déterminé à aller lui parler. Je répétais, tout le long de la route, les mots que j’utiliserai. Son prénom trottait dans ma tête, et mon cœur battait à toute allure. Je ne sentais plus mes jambes, et chaque foulée était une vraie torture. Tous ces pas me rapprochaient d’elle. Je suis arrivé devant son bar à 18h50. Cinq petites minutes avant qu’elle n'en sorte. Cinq minutes au goût d’éternité. A chaque ouverture de la porte, j’oubliais ma respiration, fébrile. Toutes les silhouettes m’apparaissaient comme la sienne. Je scrutais ma montre, attendant désespérément que la petite aiguille s’arrête sur le cinquante-cinq. A la seconde près, la porte s’est ouverte et Elena est sortie. Mon regard a timidement croisé le sien.

 “A toi de jouer, Norman.”

 - Bonjour, mademoiselle.
 - Qui êtes-vous ?
 - Je m’appelle Norman Veymher. Je… je voulais vous inviter à boire un verre avec moi.

 Heureusement, elle ne s'est pas débattue.


 Après une longue journée de travail, je m’apprête à rentrer chez moi, rangeant frénétiquement mes affaires. Je souhaite une bonne soirée à mes collègues avec une assurance exceptionnelle, et prends la route pour rentrer à mon appartement. 

 J’arrive enfin face à ma porte d’entrée. J’enfonce les clés dans la serrure, et entre. 

 - Bonjour, chérie. Je suis rentré !

 Je pose mes affaires sur une table avant de m’asseoir à côté d’elle sur le canapé. Je glisse ma main autour de sa taille, dépose un baiser sur sa joue. Elle est magnifique, et son sourire exprime une joie que je n’aurais jamais cru voir. 

 - Tu as passé une bonne journée ? Tu m’as beaucoup manqué, tu sais. Tiens ! J’ai un cadeau pour toi. 

 Je prends mon sac et en sors une belle robe. Une robe qui ressemble comme deux gouttes d’eau à sa robe noire, celle qu’elle portait quand elle travaillait encore au bar. Sa robe est trop tâchée pour qu’elle puisse la reporter, alors j’ai pensé que ça lui ferait plaisir d’en avoir une neuve. Je lui tends l'habit, mais après plusieurs secondes d'indifférence de sa part, je la lui pose sur les jambes.

 - J’espère qu’elle te plaît. J’aimerais beaucoup te voir avec, ce soir. 

 Malheureusement, elle n’est plus en capacité de me répondre. 

 Je t’aime, Elena.