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mardi 3 juillet 2018

Jeux vidéos : La vidéo de Conterax sur les creepypastas

Chose promise, chose due, Conkerax ayant publié sa vidéo hier, nous sommes heureux de vous la presenter ici. Un petit erratum a été ensuite fait concernant les moments où vous pourrez entendre que ce ne sont "que des fictions" : si vous êtes fidèles au blog, vous savez que rien n'est moins sûr... Bref, nous espérons que la vidéo vous plaira !



dimanche 1 juillet 2018

Le staff en a marre et suspend les publications de CFTC pour l'été

On dirait un peu les gros titres d'un journal à sensation, mais il n'en est rien. J'ai l'immense regret de vous annoncer que les publication sur le blog de Creepypasta From The Crypt vont être temporairement interrompues. C'est une décision qui s'est imposée au vu du déroulement des dernières semaines, pour commencer, et aussi parce que nous sommes fatigués de voir que malgré des tentatives assez diverses de notre part pour nous rapprocher de vous, une partie non négligeable de la communauté ignore purement et simplement les messages que nous vous faisons passer. Cela s'est traduit par des réactions différentes chez chaque membre du staff, que je ne développerai pas ici par souci de respecter la vie privée de chacun, mais voir ceci se produire de manière quasi simultanée me fait arriver à la conclusion que nous sommes tous plus ou moins excédés par tout ou partie des points qui vont suivre.

Pour commencer, je tiens tout de même à vous rassurer : nous aimons toujours les creepypastas et n'avons aucunement l'intention d'arrêter définitivement. Nous avons même conclu un partenariat avec le youtubeur Conkerax qui sera concrétisé très prochainement par une vidéo réalisée conjointement avec notre cher Kamus, et qui aura pour sujet des creepypastas que vous connaissez déjà. Je ne vous spoile pas plus. Pour cette occasion, nous ferons une exception et publieront un article sur le blog. Par ailleurs, tout ceci ne s'applique qu'à CFTC, et vous aurez toujours du contenu inédit sur le Nécronomorial les jours habituels de publication.

Ce dernier point est d'ailleurs en partie lié à ce qui nous a mené à notre décision. Pour faire simple, une des choses dont nous avons marre est le nombre et la fréquence incroyable de messages reçus, que ce soit via les commentaires, le forum, Facebook ou autres, qui, grosso modo, exigent la publication de nouvelles horrifiques ou se plaignent du fait que ce que nous publions ne corresponde pas à leurs attentes, alors que nous avons à maintes et maintes reprises, et de différentes manières, expliqué précisément notre ligne éditoriale et ce qui entrait dans la définition des creepypastas. Mais, pardonnez l'expression, il semblerait que cette partie des lecteurs n'en a strictement rien à foutre. Nous avons bien conscience qu'une partie de ces personnes ne pense pas à mal, mais après avoir adapté la FAQ et la page à propos, fait des communiqués, refait d'autres communiqués, répondu individuellement probablement à des centaines de personnes et même essayé de faire un live sur le sujet (qui avait eu l'air d'intéresser beaucoup de monde quand on l'a annoncé mais que presque personne n'a regardé au final), on considère qu'on a donné largement assez de moyens de comprendre notre démarche par soi-même.

Pour nous, ces messages nous donnent la même sensation que si nous étions des producteurs de vin rouge face à un client mécontent car nous ne vendons pas de vin blanc et venant tous les jours nous le répéter. Oui, les deux ont un bon nombre de similarités, mais le produit fini n'est pas le même, c'est comme ça. Alors quand on voit, comme sur la dernière publication en date, des gens se plaindre en disant qu'on aurait plutôt dû mettre en scène la chose et que le texte n'est pas angoissant, étant donné que ni la première, ni la deuxième de ces affirmations ne faisait partie des objectifs du texte et qu'on en était pleinement conscient, on n'a plus envie de se donner du mal pour rien. Si vous préférez les fictions à la Stephen King, grand bien vous fasse, allez donc sur le Nécronomorial, vous serez servis. Ici, les objectifs sont différents, et nous ne nous plierons pas à vos exigences. Rappelez vous qu'on fait tourner le site par passion du genre, pas par appât du gain (de toute façon, notre travail est bénévole), donc on préférera toujours rester fidèles aux principes du site, quitte à perdre des lecteurs.

C'est là un des plus gros griefs qu'on a. Le deuxième plus important est cette tendance de certains à vouloir tout tout de suite et sans efforts. Ce qui touche beaucoup de domaines : les propositions, avec certains qui viennent nous proposer des textes rédigés en 5 minutes et s'insurgent qu'on ne les considère pas comme la création du siècle, ainsi les gens qui ne viennent pas critiquer et voter pour les textes sur le forum par flemme d'écrire plus d'une ligne ; les publications et la gestion du site, avec ceux qui viennent nous dire ce qui se plaignent d'un rythme de publication trop faible alors qu'en prenant CFTC, le Nécronomorial et Twitter, on en est à une par jour, sans compter les critiques diverses de personnes n'ayant par contre pas la moindre intention de nous filer le moindre coup de main ; et même la vie de la communauté, vu le nombre de fois qu'on nous a reproché de ne pas faire vivre le forum alors que, dans le même temps, nos animations sont royalement ignorées si elles ne sont pas annoncées, commencées et terminées en l'espace d'une après-midi (et si on faisait ça, on sait très bien qu'on aurait alors des plaintes de ceux n'ayant pas pu participer).

Le troisième et dernier concerne le comportement d'une minorité, pour qui le respect semble être une notion inconnue, mais ceci s'est tout de même relativement amélioré depuis l'année dernière, et vu le nombre de fois qu'on en a parlé, je ne vais pas m'étendre davantage, ce n'est de toute façon pas le problème principal. Je m'excuse au nom du staff pour la partie des lecteurs qui va pâtir de tout cela en perdant une partie des publications de l'été. C'est d'ailleurs grâce à vous qu'on a pu rester patient pendant un an. On tient à vous remercier pour vos messages d'encouragement, et aussi pour l'investissement de certains qui ont répondu présent à notre recherche de correcteurs et persévèrent pour terminer leur formation. Si on pouvait avoir le même enthousiasme pour les critiques sur le forum, le site ne s'en porterait que mieux. On est encore une fois désolés que les conséquences vous touchent également, mais nous espérons vous retrouver à la réouverture et que vous serez en attendant toujours aussi fidèles sur Twitter et le Nécronomorial.

Bref, je n'ai pas envie de m'étendre davantage. Il y a déjà eu suffisamment de communiqués répétant la même chose, et vous êtes assez grands pour les consulter par vous-mêmes. Si vous avez des questions ou des choses à dire, vous pouvez nous contacter par le forum, la page Facebook ou même en commentaires. En attendant, nous utiliserons le temps libre pour avancer sur nos gros projets ayant été annoncés dans le précédent communiqué. Le texte initialement prévu ce soir sur le Nécronomorial sera publié demain à la place de la publication habituelle sur CFTC, et nous reprendrons ensuite avec les horaires de toujours.


vendredi 29 juin 2018

Procédures de dégagement d'ascenseur

Bonjour, bonsoir,


Étant claustrophobe depuis mon enfance, j'ai toujours eu peur de rester enfermé dans un endroit clos et étroit. Aujourd'hui j'ai 25 ans et je vis avec ma copine dans un appartement au 9ème étage dans un immeuble, mais cette phobie ne m'a jamais quitté.
À tel point qu'à chaque fois que je prends l'ascenseur, je suis terrifié à l'idée de rester coincé dedans.
Du coup, à la manière d'un hypocondriaque qui recherche un diagnostique sur doctissimo, j'ai effectué des recherches sur les consignes à suivre au cas où il m'arriverait de rester coincé dans un ascenseur un jour.
Et je suis tombé sur une procédure que j'ai du mal a comprendre.
À vous de juger...

DIFFÉRENTS CAS DE FIGURES

[...] Quelques mesures simples mais nécessaires peuvent néanmoins être réalisées par un technicien ou un agent habilité de la maintenance :
1er cas : Panne de courant dans l'établissement
Cet incident peut entraîner l'arrêt de l'ascenseur.
  • Vérifier que personne n'est bloqué dans l'ascenseur en appelant à travers la porte.
  • Rassurer éventuellement la ou les personne(s) bloquée(s) en indiquant la raison de la panne.
  • Identifier la ou les personne(s) bloquée(s) dans l'ascenseur.
  • Interdire l’accès par un affichage clairement compréhensible par tous.
  • Se rendre au local de service électrique pour déterminer l'origine de la coupure électrique ainsi que dans le local machinerie (coupure force).
  • Vérifier la présence de signes anormaux lors de la procédure et les notifier.
  • Si tout semble en ordre, contacter EDF pour signaler le dysfonctionnement électrique.
  • Appeler les secours publics si la situation se prolonge et que des personnes sont bloquées.
  • Lorsque le courant est revenu, vérifiez que l'ascenseur fonctionne à nouveau (si ce n'est pas le cas, contactez le service de dépannage).
  • Dans le cas où il y aurait la présence manifeste de signes anormaux, se référer à la procédure du 4ème cas.
2ème cas : L’ascenseur est bloqué entre deux étages
  • Vérifier que personne n'est bloqué dans la cabine en appelant à travers la porte.
  • Si une personne est effectivement bloquée dans la cabine, appliquer la procédure du 1er cas.
  • Faire appel au service de dépannage ou d'assistance technique.
  • Dans le cas où il y aurait la présence manifeste de signes anormaux, se référer à la procédure du 4ème cas.
3ème cas : L'ascenseur est bloqué à l'étage
  • Vérifier que personne n'est bloqué dans la cabine en appelant à travers la porte.
  • Si une personne est effectivement bloquée dans la cabine, appliquer la procédure du 1er cas.
  • Vérifier la présence de signes anormaux avant de pénétrer dans la cabine et les notifier. 
  • Si la porte s'ouvre, vérifier que rien n'entrave sa fermeture.
  • Si vous pénétrez dans l'ascenseur, vérifier IMPÉRATIVEMENT qu'un mécanisme bloque la fermeture des portes.
  • Vérifier que les boutons de commande réagissent normalement (en particulier que le bouton "stop" n'est pas enfoncé).
  • Vérifier qu'il n'y a aucun obstacle devant le rayon de cellule de la porte.
  • Dans le cas où il y aurait la présence manifeste de signes anormaux, se référer à la procédure du 4ème cas.
4ème cas : Fonctionnement anormal de l’ascenseur
Un fonctionnement anormal peut se caractériser par :
  • L'arrêt intempestif pendant la marche.
  • La présence de bruits ou frottements inquiétants.
  • Le constat d'une marche importante lors de l'arrêt aux étages.
  • Une fermeture violente des portes automatiques.
  • Des secousses ou des vibrations anormales pendant le fonctionnement.
  • Un changement significatif de température. 
  • La présence de "gloussements" peu distinguables semblant provenir de l'intérieur de l'ascenseur. 
  • Une agitation alarmante et/ou anormale de la ou des personne(s) bloquée(s) à l'intérieur de l'ascenseur. 
  • L'impossibilité d'identifier la ou les personne(s) présente(s) à l'intérieur de l'ascenseur. 
Tous ces signes doivent entraîner la mise hors service de l'appareil :
  • Immobiliser l'appareil à un étage en appuyant sur le bouton "arrêt" ou en empêchant l'ouverture des portes par tous les moyens nécessaires. 
  • Couper l'alimentation électrique (coupure force) de l'ascenseur à partir du local de service électrique ou de la machinerie.
  • Prévenir le service de maintenance.
  • Interdire à quiconque de remettre l'ascenseur en service avant totale réparation (pose de rubalise par exemple en travers des portes de l'ascenseur avec la mention "Hors service" ou "Ascenseur en panne").
  • Interdire à quiconque de sortir de l'ascenseur avant que la cause de la panne ou du dysfonctionnement ne soit révélée et certifiée par un agent mandaté du service publique.

Qu'est-ce que la personne qui a rédigé ce guide avait en tête, et pourquoi même le fonctionnement "anormal" semble appartenir à la routine, je me le demande...

lundi 18 juin 2018

Semaine de promotion du Necronomorial : Dimanche, "Apocalypse - Chapitre 4 : Orgueil"

Oyez, Oyez, chères lectrices, chers lecteurs.

En ces moments troubles où la France est partagée entre la folie du ballon rond et les examens du bac, l'univers des Creepypasta nage dans des eaux calmes.

En effet, nous notons une forte baisse de stock en matière de Creepypasta, ce qui nous empêche de poursuivre notre rythme actuel, à savoir vous en proposer un texte les lundi et vendredi.

En revanche, et fort heureusement, nous avons énormément de textes pour le Necronomorial, suffisamment pour alimenter ce blog durant quelques mois. Ce qui montre qu'il est parfois difficile de cerner ce qui différencie une Creepypasta d'une nouvelle.

En effet, certains textes proposés comme des Creepypasta finissent par être acceptés en tant que nouvelles pour le Necronomorial, ce qui explique cette différence de stock entre les deux blogs.

C'est pour cette raison que, toute cette semaine, nous allons profiter de la notoriété du blog CreepypastaFromTheCrypt, pour promouvoir notre autre blog, le Necronomorial. Les textes seront publiés sur l'autre blog, et nous ferons une news pour vous y rediriger.

Vous aurez donc vos 4 textes de la semaine (Lundi, Mercredi, Vendredi et Dimanche), mais tous publiés ici : http://necronomorial.blogspot.com . A noter, pour ceux qui suivent la saga, que le chapitre 4 d'Apocalypse, qui traitera de l'orgueil, sera publié Dimanche prochain.

N'hésitez pas à consulter ce post pour y découvrir les parutions de la semaine.

En attendant, afin de pouvoir reprendre un rythme de parution normal pour les Creepypasta, nous vous invitons à venir proposer vos textes sur le forum.

Bonne semaine à tous, merde à ceux qui passent le Bac, et allez les [insérer ici le surnom de votre équipe de foot préférée] pour les footeux. Et à tout à l'heure pour le premier texte de la semaine !

Kamus.


Lundi : "Le néant" : http://necronomorial.blogspot.com/2018/06/le-neant.html

Mercredi : "Ils n'apprendront jamais" : http://necronomorial.blogspot.com/2018/06/ils-napprendront-jamais.html

Vendredi : "La réaction" : http://necronomorial.blogspot.com/2018/06/la-reaction.html

Dimanche : "Apocalypse - Chapitre 4 : Orgueil" : http://necronomorial.blogspot.com/2018/06/apocalypse-chapitre-4-orgueil.html

vendredi 8 juin 2018

Confessions d'un plongeur en haute mer (Partie 2)

Avant que je ne continue de partager mes expériences, il y a quelque chose que j’aimerais clarifier. J’ai reçu une incroyable quantité de commentaires et de MP depuis mon précédent post. Plusieurs personnes m’ont fait remarquer que peu de gens avaient vécu de telles expériences. Et il y en a probablement encore moins qui aient récemment démissionné. Du coup, il y a très certainement pas mal de monde qui sait déjà qui je suis, ou qui pourrait le deviner facilement. Ceci étant dit, je persiste à penser que tout le monde mérite d’être informé.

Dans un premier temps, je vais répondre aux questions les plus fréquentes que j’ai reçues. Oui, il m’est arrivé pas mal de trucs flippants dans l’océan. Mais, en prenant en compte la quantité de plongées que j’ai effectuées, ces anecdotes sont finalement assez éparses.

Petite info concernant l’équipement de plongée. Même si ça dépend du type de mission, on a un équipement de base qu’on utilise le plus souvent. Nous sommes des plongeurs casqués, ce qui signifie qu’on porte des scaphandres, pas des bouteilles. L’air nous arrive de la surface. On a un dispositif à bord qui nous envoie de l’air par un tuyau, c’est ce qu’on appelle la plongée par liaison ombilicale. Par cette liaison passe aussi le reste de notre dispositif essentiel. Sans rentrer dans les détails trop techniques, on a donc le tuyau d’air, un câble électrique pour la lumière, la communication, et, très important, une jauge de profondeur. En plus de tout ça, on a aussi une bouteille d’oxygène dans le dos en cas d’urgence. Mais il n’y pas grand-chose dedans. Juste assez pour nous permettre de remonter rapidement à la surface si besoin. On n’utilise pas de recycleur pour le type de travail qu’on fait. Par contre ça nous arrive de porter un masque au lieu d’un scaphandre, voire même un tuba si c’est plus pratique, mais ça l’est rarement.

Les Gardiens des Profondeurs. Je n’ai jamais trouvé d’infos les concernant sur Internet. Les seules personnes que j’ai entendues en parler sont les membres de mon équipe. On m’a dit que d’autres équipes leur étaient tombées dessus aussi, mais même les gars de chez nous n’aiment pas aborder le sujet.

Je répondrai à d’autres questions au fur et à mesure qu’elles me seront posées, mais je vais revenir à la raison pour laquelle vous êtes ici. Une fois, alors que je bossais sur une plateforme pétrolière, on se servait d’un ROV (imaginez un petit sous-marin télécommandé) pour procéder à des vérifications. On avait été contactés pour détecter des dégâts sur la structure ou des dysfonctionnements après que la plateforme ait été sujette à des vibrations anormales. Pendant la manœuvre, le ROV est relié à un câble qui l’alimente en électricité et qui transfère les vidéos et les images sonar à la surface. Alors que le ROV s’enfonçait dans l’obscurité des profondeurs, on a commencé à remarquer de fines rayures sur la structure. Au début c’étaient juste des endroits où les algues avaient été arrachées du métal, mais plus on descendait, et plus les griffures avaient l’air intentionnelles. On a rapproché le ROV pour les analyser. Là, devant nous, se trouvaient des images. C’étaient des hiéroglyphes gravés dans le métal. Et c’était récent. Et à mesure qu’on descendait, ils semblaient être de plus en plus anciens. Ils étaient partiellement recouverts de rouille, et d’algues. Quelle qu’ait pu être la chose qui faisait ces gravures, elle progressait du fond vers la surface. Et puis soudainement, le ROV n’a plus répondu. Il a commencé à se secouer d’avant en arrière. On ne le contrôlait plus. On a essayé de le remonter en tirant sur le câble mais il avait l’air entravé. Et là, on l’a senti. Une traction sur le câble, qui venait du ROV. Quelque chose le tirait vers le fond. Le câble a commencé à grincer, et s’est sectionné. On a remonté ce qu’il en restait, mais le ROV était perdu pour toujours. Notre supérieur nous a quittés en se demandant ce qu’il allait bien pouvoir mettre dans son rapport à la compagnie pétrolière.

Un autre incident s’est produit il y a un an. Pendant une mission de récupération, on était en train d’installer le matériel de câblage. Alors que j’étais face à l’épave, tournant le dos à l’océan, je n’avais pas remarqué que quelque chose s’approchait de moi. Et d’un coup un truc s’est violemment écrasé contre la bouteille dans mon dos. J’ai été projeté contre le bateau, plaqué à la paroi par l’intensité du choc. Et quand je me suis retourné, il n’y avait rien. Plus tard on m’a appris que je m’étais fêlé plusieurs côtes pendant l’impact. J’en ai notifié les autres plongeurs et l’équipe en surface, et on nous a dit qu’ils allaient nous remonter. On a gardé nos yeux bien ouverts, pour essayer de scanner la pénombre qui nous entourait. Pendant un arrêt de décompression, on a commencé à apercevoir une silhouette qui nageait autour de nous. On ne l’a pas lâchée des yeux pendant qu’elle se rapprochait. On a commencé à la voir plus nettement. C’était un gigantesque requin. Bon, j’ai jamais eu peur des requins. Mais se faire tourner autour par un énorme requin, alors qu’on pendouille au bout d’une corde au milieu de l’océan, c’est quand même quelque chose, et ça peut déclencher une nouvelle phobie même chez les plus courageux. Gardez à l’esprit qu’on n’était pas dans une cage, juste debout sur une plateforme. J’avais l’impression d’être servi sur un plateau. Il a fini par se rapprocher assez près pour qu’on puisse l’observer en détails. Je n’ai pas reconnu de quelle espèce il s’agissait. C’était plus gros qu’un grand blanc, et d’une couleur complètement différente. Il était majoritairement noir avec quelques touches de gris. Il a continué de nous fixer alors qu’on se tenait sans défense sur la plateforme, en priant pour qu’il nous laisse tranquille. Au moment où on a enfin terminé l’arrêt de décompression, il était presque assez près pour qu’on puisse le toucher. L’équipe à bord nous a remontés à la surface et sortis de l’eau, et on était tous soulagés que le requin n’ait pas décidé de nous goûter. Une fois sur le bateau il s’est avéré qu’apparemment, il avait quand même visé mon dos, mais n’avait réussi qu’à mordre ma bouteille d’oxygène.

Il y a eu une autre plongée, cette fois dans des eaux cristallines. Et il y a un côté agréable à bosser dans l’eau et pouvoir voir ce qui se passe autour de soi. On avait une visibilité à plus de 30 mètres. Bref, donc on a atteint le fond et commencé à bosser. Il y avait deux missiles qui avaient été tirés par un avion de l’armée mais qui ne s’étaient pas déclenchés. On nous a briefés sur leur emplacement et rassurés sur le fait qu’ils n’étaient pas armés et qu’ils ne se déclencheraient pas, pourvu qu’on les manipule comme il faut. On les a localisés bien plus facilement que prévu, et on a commencé à les harnacher pour les remonter. Et juste quand je m’apprêtais à poser les mains sur le premier missile, j’ai entendu mon collègue dire « Oh merde ! ». J’ai senti mon estomac se retourner. Je m’en fous de savoir combien fois vous avez déjà bossé avec un obus. Je crois sincèrement que vous aurez toujours cette désagréable sensation dans les tripes, et ce stress dans un coin de votre tête. J’ai levé les yeux et réalisé qu’il ne parlait pas du missile : un mur de sable était en train de s’élever au loin. Quelque chose, j’espère le courant, remuait le sable au fond de l’océan. Le mur se soulevait et faisait déjà presque 20 mètres de haut. Pire encore, il se dirigeait vers nous. Et très vite il nous a atteints. C’est difficile de décrire une mauvaise visibilité dans l’eau. Le problème, c’est pas la quantité de lumière, mais la quantité de merde dans l’eau qui bloque la lumière. Pensez au brouillard le plus épais que vous ayez jamais vu, et imaginez un truc encore pire. Je vous parle d’un brouillard tellement épais qu’on pourrait vous mettre une lampe torche devant les yeux à 2 centimètres, vous ne la verriez même pas. C’est ça, une mauvaise visibilité sous l’eau. Au moment où le sable s’est abattu sur nous, on a été plongés dans une obscurité totale. J’ai collé ma main sur mon hublot, et je ne pouvais même pas la voir. Au bout de quelques instants on a entendu un bruit de frottement métallique. Et puis, aussi soudainement qu’il était apparu, le mur de sable avait disparu. L’eau était redevenue limpide. Par contre les missiles étaient introuvables. Ils n’étaient pourtant qu’à quelques centimètres de moi quand la tempête de sable s’était soulevée, mais là, même en fouillant dans le sol autour de moi, il n’y avait aucune trace d’eux.

L'incident suivant est survenu lors d’une mission humanitaire pour laquelle on s’était proposés bénévolement. Après qu’une portion d’un pont s'est écroulée au-dessus d’une zone de l’océan, profonde d’une quinzaine de mètres, il fallait récupérer les véhicules, et, avec un peu de chance, les corps aussi. L’éboulement s’était produit à peine plus d’une semaine avant notre arrivée. On a passé le premier jour à analyser la zone et à élaborer un plan d’action pour pouvoir en remonter le plus possible dans le court laps de temps où on était dispos. Au début du deuxième jour, on avait déjà commencé à remonter des véhicules. Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’était une mission difficile. Mais pas à cause des efforts physiques. Le chaos qui régnait dans les voitures était bouleversant. Il ne s’agissait pas de pilotes de l’armée ou de marins disparus en mer. C’étaient des familles qui partaient en vacances ou des salariés en route vers leur lieu de travail. Je ne saurais pas dire ce qui était pire : les voitures dans lesquelles on retrouvait des familles entières, les sièges avant vides avec les parents à l’arrière, visiblement dans une tentative de détacher leurs enfants, ou celles dans lesquelles les parents étaient sortis en laissant leurs enfants attachés sur la banquette arrière. J’essayais de chasser de mon esprit les scènes de panique qui avaient dû se jouer dans ces voitures quand elles ont commencé à se remplir d’eau par les parebrises et les fenêtres brisés, avec toutes ces personnes terrifiées tentant de s’en sortir. Mais je ne pouvais pas pardonner à ceux qui avaient laissé leur famille se noyer. Chaque jour, on passait à un nouveau groupe de voitures. Et au quatrième jour, on en a trouvé quelques-unes qui avaient les portières ouvertes, avec personne à l’intérieur. On était plutôt contents parce que ça nous faisait moins de travail, et surtout parce que ça laissait supposer que certaines victimes avaient pu échapper à la fatalité d’une telle tragédie. Jusqu’à ce que je tombe sur un mini van, dont les passagers n’avaient pas eu cette chance. Alors que j’accrochais des chaînes au véhicule pour le préparer à être remonté, j’ai remarqué qu’un autre plongeur était en train d’inspecter mon installation. Et il a commencé à détacher une de mes chaînes. Je lui ai demandé ce qu’il était en train de faire, et sa réponse m’a alerté : « Je vérifie s’il y a des corps dans le van ». J’ai ressenti ce nœud si familier dans l’estomac. Doucement, je me suis rapproché du plongeur, et je l’ai retourné pour voir son visage. Il a résisté, mais il a fini par me faire face. Son hublot était embué. J’ai ignoré mon instinct qui me disait de me barrer, et je me suis penché pour regarder dans son casque. Encore aujourd’hui, j’aimerais ne pas l’avoir fait. Il faisait sombre, mais j’ai bien vu son visage. Trop bien, même. De la chair en décomposition. La personne qui portait ce scaphandre était décédée depuis longtemps. J’ai perdu toute ma contenance, et je me suis mis à hurler. J’ai entendu tout le monde s’enflammer dans les micros, les plongeurs et l’équipe en surface essayer de capter mon attention. Mais je ne pouvais pas me concentrer sur quoi que ce soit d’autre que ce que j’avais en face de moi. J’ai essayé de m’éloigner de cette chose, à reculons, mais dans la panique j’avais emmêlé mon câble ombilical aux chaînes de remorquage. La chose s’est reconcentrée sur le mini van. Alors que je me débattais pour me dépêtrer, j’ai remarqué l’absence de bulles sortant de son casque. Elle était en train d’ouvrir la porte du van et de se glisser à l’intérieur. En m’enfuyant à la nage, je l’ai vue attraper un des passagers et l’emporter avec elle dans l’obscurité.

C’est là que j’ai réalisé que je n’étais peut-être pas fait pour le travail en mer. Je savais que je faisais ce métier depuis bien plus longtemps que je n’aurais dû, et pendant tout ce temps j’avais cette pensée qui me tannait dans un coin de ma tête. Je dois trouver une carrière moins dangereuse.

Partie 1

lundi 4 juin 2018

Les faucheuses

Dans l'imaginaire collectif, on associe la faucheuse à un être unique, qui vient prendre l'âme des défunts, afin de les conduire vers l'au-delà. Elle a l'aspect d'un squelette, armé d'une faux. Ce n'est pas tout à fait vrai. Et vous vous demandez sûrement comment je peux le savoir, car aucune personne ayant vu la mort n'est là pour en parler aujourd'hui.
Mon cas est un peu particulier, dans ma jeunesse, j'ai eu un grave accident, qui m'a plongé dans le coma pendant plusieurs mois. J'ai eu une grave contusion à la tête, et à mon réveil, il y a eu des séquelles. Et la plus grave d'entre elles a été de perdre toutes mes émotions. Colère, peur, amour, angoisse... Je ne ressens plus aucune émotion depuis ce jour.


Ma vie n'a pas été facile avec ce handicap, mon manque d'émotions m'a conduit à l'isolement une très grande partie de ma vie. Comme je ne ressentais pas d'amour, je n'ai jamais éprouvé le besoin de me marier, d'avoir des amis, ou même d'être avec ma famille. C'est ainsi que j'ai fini seul dans cet hôpital, il y a quelques mois. En plus de mon handicap, j'ai développé une maladie que tout le monde connaît et redoute : Alzheimer.


Je n'avais aucune émotion, et en plus de ça c’était maintenant ma mémoire qui était touchée. Je sentais mes souvenirs disparaître, les uns après les autres. C'est aussi pour ça que j'écris tout ça, car j'ai conscience que bientôt j'oublierai toute cette histoire.


Maintenant que vous en savez un peu plus sur moi, je vais revenir au sujet principal : les faucheuses. Je peux les voir. Et elles sont plusieurs, il n'y a pas "LA faucheuse", mais "les faucheuses". Enfin, je dis que je peux les voir, mais en fait, tout, le monde peut les voir.


Et vous les avez sûrement vues, et pas plus tard que cette nuit. Vous allez sûrement me prendre pour un vieux fou, car vous ne vous souvenez pas avoir vu la mort cette nuit. Et c'est justement là qu'est l'astuce : vous ne vous en souvenez pas.


La première fois que je l'ai vue, c'est quelques jours avant d'avoir été informé de ma maladie. Je regardais la télé, seul, chez moi, comme à mon habitude. J'ai alors senti une main sur mon épaule, et, en me retournant, je l'ai vue. Une grande créature, à l'allure squelettique. Elle ne portait cependant aucune faux, mais j'ai compris pourquoi celle-ci était présente dans l'imaginaire collectif. Je ne devais sûrement pas être le premier à me souvenir de ces créatures. Son index était plus long que les autres, et recourbé à son extrémité, ce qui faisait en effet penser à une faux. Et j'ai ensuite compris à quoi ce doigt servait.


Évidemment, n'importe qui dans ce cas-là aurait crié, aurait été affolé, aurait essayé de négocier pour sa vie, mais je suis resté calme. Et oui, je n'ai aucune émotion, alors je n'ai ressenti aucune peur. J'avais simplement essayé de lui poser des questions, mais aucun son ne sortait de ma bouche, comme si cette entité me forçait au silence. Je ne pouvais également plus bouger. Paralysé et contraint au silence, je pense que ça aurait traumatisé n'importe qui.


La faucheuse a ensuite enfoncé son index recourbé dans mon oreille, lentement. Elle est restée comme ça, à trifouiller dans mon cerveau, pendant plusieurs secondes. Elle avait l'air de chercher quelque chose. Puis, elle a ressorti son doigt, m'a regardé pendant quelques instants, puis est partie. Une fois qu'elle a disparu, j'ai pu bouger de nouveau.
Après cet incident, j'ai fait des recherches, pour en apprendre plus sur ces créatures, mais il n'y avait aucune trace d'elles sur internet ou dans les livres. Bien sûr, dès que je cherchais des informations par rapport à son apparence, je tombais sur des livres ou des pages web en rapport avec la mort elle-même, mais aucune n'avait le doigt en faux comme je l'avais vue. Et aucun ne mentionnait le fait qu'elle enfonçait ce même doigt dans ton cerveau par l'oreille.


Au bout de quelques mois, j'ai abandonné mes recherches, je n'avais plus vu cette entité de toute façon. On m'avait dit que j'avais Alzheimer, alors je me suis dit que c'était cette maladie qui m'avait fait halluciner ce jour-là.
Mais, au bout de quelques mois, lorsque m'a maladie s'est aggravée subitement, j'ai été contraint d'être interné dans cet hôpital. Et c'est là que je les ai revues. Et pas qu'une seule. Et pas qu'une fois non plus.


C’était un ballet incessant qui se produisait la nuit. Les faucheuses allaient et venaient dans les couloirs de l'hôpital, allant de chambres en chambres. Quand elles passaient devant moi, elle m'ignoraient, tout simplement. Je n’étais plus une de leurs cibles.


J'en avais suivi une dans la chambre voisine, et j'ai été témoin de ce qui m’était arrivé alors. La faucheuse avait enfoncé son doigt dans le cerveau de la vieille dame, qui semblait terrorisée. Elle ouvrait la bouche, semblant vouloir crier de toute ses forces, mais aucun son ne sortait. Son visage affichait une peur inégalée, mais son corps restait stoïque. Contrairement à moi, la faucheuse n’était restée deux ou trois secondes avec le doigt dans l'oreille de cette femme, avant de s'en aller vers une autre chambre.
Je pensais alors que la femme, une fois l’entité partie, allait se mettre à crier, à appeler à l'aide, à gesticuler de tous les cotés. Mais rien de tout ça, elle regardait dans le vide, le visage dénué d'émotions. Puis elle m'a dévisagé, et m'a demandé ce que je faisais là et ce que je voulais. Je lui ai dit ce dont j'avais été témoin à l'instant, et elle m'a répondu que j'étais fou, que je devrais rentrer dans ma chambre et prendre mes cachets, car j'étais l'unique intrus dans cette chambre qu'elle ait vu ce jour-là.
Tous les soirs, j'ai été témoin des mêmes phénomènes, durant la nuit. Les faucheuses rendaient visites aux malades, aux docteurs, aux infirmières, aux jeunes, aux vieux. Tout le monde y passait. Sauf moi. Et personne ne s'en souvenait.


J'ai alors deviné qu'elles se nourrissaient des souvenirs des gens, en leur enfonçant leur doigt dans le cerveau, et le fait que ma mémoire soit altérée par la maladie faisait d'elle (de moi ?) un mauvais repas. Je suis allé voir si les autres malades d’Alzheimer étaient dans mon cas, mais non, les faucheuses leur rendaient visite à eux aussi. J'étais l'unique personne qui n'était pas touchée. Et je me demandais bien pourquoi.
La seule chose qui me différenciait d'eux était mon manque d'émotions. Quand j'y ai repensé, toutes leurs victimes étaient terrorisées en leur présence. C'est alors que j'ai enfin compris.
Les faucheuses se nourrissent de deux éléments : la peur et la mémoire. Elles se nourrissent d'abord de la terreur qu'éprouve leur victime, puis se nourrissent des souvenirs de leur passage. C'est pour cela que tout le monde les voit, chaque nuit, mais que personne ne s'en souvient. Ces entités m'ignorent car je n'ai aucune de ces deux choses à leur offrir. Une combinaison assez rare qui fait de moi sûrement un des seuls hommes à connaître leur existence.


Je me suis alors demandé pourquoi les caméras de l’hôpital ne les avaient jamais filmées. J'ai demandé à la sécurité de me montrer les enregistrements des couloirs de l’hôpital la nuit, et il n'y avait rien. Aucune trace de ces entités. Aucun comportement suspect des patients. Comme si leur passage avait été coupé au montage.


Je sais que personne ne va jamais me croire. Je sais que pour vous, je ne suis qu'un vieux fou qui délire. Mais si vous lisez cette lettre la nuit : elles sont peut être venues pour vous durant votre lecture, sans que vous vous en rappeliez.


vendredi 1 juin 2018

Confessions d'un plongeur en haute mer (Partie 1)

J’ai récemment démissionné de mon poste de plongeur en haute mer. Je travaillais pour une grosse boîte qui propose des prestations relatives à la plongée sous-marine allant du sauvetage à la démolition sous-marine, en passant par la réparation de bateaux et la recherche et récupération. Ils sont très réputés dans le milieu et reconnus pour leur fiabilité et leur sûreté. À tel point qu’ils sont souvent sollicités par le gouvernement. Pour être honnête, ça va vraiment me manquer de bosser pour eux. Les gens avec qui je travaillais sont vraiment la crème de la crème. Mais il y a une limite à la quantité de trucs inexplicables qu’un homme peut tolérer avant de tirer définitivement un trait sur l’océan. Voici quelques exemples de secrets que beaucoup de plongeurs emportent avec eux dans la tombe.

Sur le chemin d’une mission pour laquelle on avait été contactés, notre moteur s’était enrayé. J’ai enfilé ma tenue pour aller la désentraver. Après une brève inspection j’ai repéré une épaisse corde enroulée autour de l’arbre et de l’hélice. J’ai notifié mon superviseur, qui m’a fait descendre un sac en toile contenant les outils nécessaires pour couper la corde. J’ai accroché le sac à l’arbre du moteur et je suis parti libérer l’hélice. C’était rapide, et je suis retourné vers le sac. J’ai cru entendre un bruit étrange quand j’ai laissé tomber les outils dedans, un peu comme un son de coquille écrasée. Quand j’ai regardé à l’intérieur, il était rempli de gros coquillages, pour la plupart réduits en miettes par les outils que je venais de jeter. Une fois sorti de l’eau et débarrassé de mon équipement, je les ai examinés. Ils avaient ce qui ressemblait à des hiéroglyphes gravés sur la coquille. Un des anciens de l’équipe m’a alors appris que c’était plutôt rare, mais que c’était déjà arrivé à quelques gars avant moi.

Une autre fois, on était en mission de récupération d’un aéronef militaire. Quand on est arrivés, des vaisseaux de la Marine nous attendaient pour qu’on le leur remonte. On nous a rapidement briefés : ils avaient perdu la communication avec le pilote et voulaient retrouver l’épave pour pouvoir démarrer l’enquête. J’étais assigné à la « comms and logs » (communication avec les plongeurs et supervision de la profondeur et de l’ABT) quand les plongeurs ont atteint la cible. D’après eux, l’avion était intact. Ça nous a tous surpris. Notre supérieur leur a demandé de décrire l’ampleur des dégâts, ils ont répondu qu’il n’y en avait aucun. Genre, pas une égratignure. Il était juste posé au fond. Et, plus surprenant encore, la verrière était toujours en place. Ça veut dire que le cockpit était toujours scellé. En d’autres mots, le pilote ne s’était pas éjecté. Mais il était introuvable. On a remonté l’avion et l’armée a pris le relai. On n’en a plus jamais entendu parler.

J’ai aussi été témoin d’un phénomène étrange à la surface de l’eau, sur le chantier d’une démolition planifiée. Je me dois de préciser qu'une des façons de suivre la position d’un plongeur quand il est sous l’eau est de surveiller son chapelet de bulles. Quand un plongeur inspire, le régulateur d’oxygène à la demande de son scaphandre lui prodigue de l’air grâce à un tuyau. Et puis quand il expire, l’air est évacué dans l’eau et remonte à la surface. À la surface, on peut voir les bulles et ça indique grossièrement la position des plongeurs. Bref, pour cette mission, on était à des centaines de kilomètres de la côte avec deux plongeurs dans l’eau. Après environ une heure de plongée, on a commencé à remarquer un phénomène étrange. On pouvait distinctement voir 3 chapelets de bulles émaner de leur position. Au début on a cru que c’était à cause du courant. Mais après ça on a vu un quatrième chapelet arriver un peu plus loin. Il s’est arrêté à environ 6-7 mètres des plongeurs, juste à côté des autres mystérieuses bulles. On a demandé aux plongeurs, mais aucun des deux ne voyait quoi que ce soit qui sorte de l’ordinaire. Et tout d’un coup, même depuis la surface, on a entendu un hurlement à glacer le sang, qui venait des profondeurs. Puis plus rien. Les plongeurs n’étaient pas tellement inquiets, on entend des trucs étranges tout le temps. Le son se propage facilement sous l’eau, et on finit par systématiquement supposer que la source est en fait très loin. Mais peu de temps après, il nous a semblé voir l’eau se mettre à bouillir au loin, et ça se rapprochait. Sauf qu’elle ne bouillait pas vraiment, en fait. C’étaient d’innombrables chapelets de bulles qui avançaient dans la direction des plongeurs. Notre superviseur leur a ordonné de remonter au dernier palier de décompression pour qu’on puisse les sortir de l’eau. Les bulles étaient dangereusement proches à ce moment-là, et les plongeurs ont dit qu’en remontant ils avaient commencé à apercevoir des silhouettes sombres au loin. Mais ils n’ont pas pu bien voir ce que c’était. On a décidé unanimement de les remonter avant qu’ils ne puissent finir leur arrêt de décompression et on les a mis dans le caisson hyperbare.

Une autre fois, pendant une plongée pas loin des Bahamas, il m’est arrivé un truc flippant. C’était ma première mission de récupération avec eux, donc j’étais avec un plongeur très expérimenté. À à peine 60 mètres de profondeur, on était en train de chercher des points d’arrimage possibles sur une épave de bateau. En m’approchant de la proue du vaisseau, j’ai remarqué que mon collègue s’attardait sur une partie endommagée de la coque. Perdu dans sa concentration, il s’était enfoncé de quelques mètres à l’intérieur de l’épave. Je lui ai demandé plusieurs fois s’il voulait que je reste à l’entrée pour tendre son tuyau d’air (c’est fortement recommandé parce que c’est très dangereux de pénétrer dans un vaisseau coulé) ce à quoi il m’a répondu non. Il n’avait pas l’intention d’aller à l’intérieur. Il persistait à dire qu’il était juste à l’entrée de l’épave. J’ai compris qu’il était désorienté et j’ai tendu le bras pour l’attraper. Juste avant de le toucher, j’ai réalisé qu’aucune bulle ne sortait de son casque. Quoi ça puisse être, ça ne respirait pas. J’ai fait demi-tour et j’ai signalé qu’il y avait quelque chose d’autre avec nous au fond. Je m’attendais à ce qu’on se foute de moi, mais non. J’ai tout de suite entendu la voix de mon chef nous dire : « Les gars, allez vous mettre en position et préparez-vous à remonter ». Une fois à la surface je lui ai demandé ce qu’il s’était passé et il m’a répondu qu’il refusait de mettre ses plongeurs excessivement en danger. Il n’a pas voulu développer. On a refusé de terminer la récupération.

La plongée qui suit, je ne sais pas trop comment l’expliquer. J’étais au fond, couché sur le dos en train de regarder vers la surface. Tout ce que je voyais, c’étaient les nuances sombres de l’obscurité ambiante. Et tout d’un coup je suis revenu à moi. Je n’avais aucun souvenir de comment j’étais arrivé là. J’ai réalisé que je ne me souvenais pas d’être entré dans l’eau, ni même de pourquoi j’y étais. J’ai essayé de forcer mon corps à se redresser, mais je me suis rendu compte que je ne pouvais pas bouger. Je n’arrivais pas à contrôler mon corps. Je pouvais entendre les gars des comms en haut donner des instructions à l’autre plongeur pour me trouver. Depuis combien de temps j’étais là ? Depuis combien de temps j’étais porté disparu ? Il a dit aux mecs de la surface qu’ « Ils l’avaient attrapé ». J’ai essayé de crier, mais même ça je n’y arrivais pas. Après encore quelques minutes d’échanges paniqués entre le plongeur et l’équipe, j’ai aperçu une ombre se distinguer dans l’obscurité. Elle venait vers moi. « Les gars, je l’ai retrouvé. » Il m’a attrapé par mon harnais pour me remonter à notre palier de décompression. Pendant qu’il me tirait, j’ai pu jeter un coup d’œil rapide autour de moi. J’étais couché sur un tas d’ossements humains.

Un des trucs les plus étranges que j’ai pu voir s’est produit pendant une mission de récupération de corps. Je n’y aurais personnellement même pas cru si je ne m’étais pas trouvé moi-même dans l’eau à ce moment-là. L’armée avait trouvé un site où ils présumaient que les corps de plusieurs Marines disparus pendant la Seconde Guerre Mondiale pourraient être retrouvés. Moi et un autre plongeur sommes entrés dans l’eau avec des sacs mortuaires pour remonter les dépouilles. Au fond, on a effectivement trouvé trois squelettes. On les a mis dans les sacs et sommes retournés au palier de décompression. En chemin vers la surface, on a vu les sacs commencer à bouger. Au début très légèrement, et ensuite ils ont commencé à se secouer et à tourner sur eux-mêmes. Des bulles sont sorties de deux des sacs, et puis plus rien. Le troisième à continuer à se débattre. On a atteint la surface et on a tout de suite retiré notre équipement. On avait peur de toucher les sacs, mais un des membres de l’équipe a fini par ouvrir celui qui bougeait encore. Un vieil homme, squelettique, mais très vivant en est sorti en crachant de l’eau. On est restés figés, incapable de comprendre ce qu’on était en train de voir. Toujours sans la moindre idée de ce que j’étais en train de faire, j’ai couru ouvrir les deux autres sacs. Il y avait deux autres vieillards, inertes, dedans. Ils avaient l’air de s’être noyés. On a essayé de leur faire un massage cardiaque mais on n’a pas réussi à les réanimer. L’homme, celui qui, on se sait comment, était en vie, a commencé à s’écarter de nous à reculons. Il décrivait en hurlant les horreurs qu’il avait vues. Il parlait d’une éternité passée à brûler. On l’a enfermé dans une pièce et contacté l’armée pour leur dire qu’on avait trouvé un « survivant ». Dans l’heure qui a suivi, leur hélico était là pour récupérer les deux corps et le survivant. On avait remis les dépouilles dans leurs sacs, et on les leur a passés. Un officier s’est penché pour les inspecter, et a ouvert les sacs. En faisant ça, une puanteur insupportable nous a envahis. Les corps semblaient être en pleine décomposition, comme s’ils avaient macéré dans l’eau depuis une semaine. Il a zippé la fermeture éclair et les a fait monter dans l’hélico. Puis on l’a conduit au survivant. On pouvait l’entendre hurler depuis le bout du couloir. On a ouvert la porte, et les murs étaient couverts de sang. Il était vivant, et il hurlait toujours, mais il semblait être en train de se décomposer lui aussi. L’officier l’a calmement escorté jusqu’à l’hélico et ils sont tous les deux montés à bord. On n’a plus jamais entendu parler d’eux. Cependant, je suis quand même retourné inspecter la pièce. Avec son sang, il avait dessiné des hiéroglyphes sur les murs. Je ne suis toujours pas certain de ce que j’ai vu, mais quelques motifs semblaient se répéter. Des vagues, des flammes et des corps. Il y en avait un bon paquet sur les murs, mais pas longtemps après que je sois entré, notre supérieur a commencé à les récurer. Il a refusé qu’on s’attarde dessus plus longtemps.

J’ai entendu des rumeurs à propos des « Gardiens des Profondeurs ». Ça fait un bout de temps que je m’interroge à leur sujet. Je pense qu’ils sont liés à beaucoup de nos anecdotes. Dans notre équipe, leur mythe est rarement abordé dans les discussions. Mais voici ce que j’ai retenu au fil des années. Nous ne sommes pas supposés nous aventurer dans les profondeurs de l’océan. Et quand un plongeur perd la vie en mer, il ne la perd pas tout à fait. Il est condamné à écumer les océans pour l’éternité. Et quand il tombe sur des vivants, dans un élan de rage et de jalousie, il n’hésitera pas à les emporter avec lui dans les profondeurs.

Partie 2