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lundi 27 février 2017

L'Otaku

Vous regardez sûrement tous des animes, ou lisez des mangas, qui nous viennent tout droit du Japon. J'en ai moi-même consommé un max quand j’étais jeune, du temps du club Dorothée... Les chevaliers du Zodiaque, Goldorak, Ken le Survivant, Dragon Ball... Qu'est-ce que j'ai pu passer du temps devant la télé, au grand Dam de mes parents. Et de beaucoup de parents d'ailleurs, car le club Dorothée s'est arrêté en 1997 suite à une campagne contre l'émission, venant de familles de France et d'une certaine Ségolène Royal.

Bref, je m'égare. Tout ça pour dire qu'aujourd'hui, les mangas occupent une place importante en France. Presque tous les ados en consomment à foison, que ce soit à la télé pour les animes, en manga papier, ou même sur le net. La France est le pays le plus consommateur de mangas, après le Japon. Une grande réussite pour ce qui était qualifié de "japoniaiseries sans avenir", à l'époque.

Dans la plupart des cas, les mangas n'apportent que du divertissement. Mais il y a des gens pour qui les mangas et les animes prennent une place trop importante dans leur vies. Et c'est le cas d'un homme qui était mon ami : Léo.
Il avait à peu près le même âge que moi : la vingtaine bien entamée. On avait découvert les animes au même moment, à la télé, devant le club Dorothée. On s'amusait dans la cour de récrée à mimer nos héros favoris, à lancer des "Kamehameha" après avoir essayé de se transformer en super guerrier, sans succès. Ce n’étaient que des jeux d'enfants à l'époque. On était juste gentiment influencés par ce qu'on voyait à la télé.

Puis on a grandi, mais on a toujours gardé contact. Pendant que moi je continuais occasionnellement à lire des mangas et regarder des animes comme One Piece ou Dragon Ball, lui était devenu de plus en plus obsédé par ce qu’était devenue une vraie passion dévorante.
Au début, ce n’était pas bien méchant. Il passait la plupart de son temps à lire des mangas et à regarder des épisodes d'animes sur son ordinateur. Cela ne l’empêchait pas de travailler et de passer du temps avec nous. Il avait un petit boulot de livreur à Besançon. Vu qu'il vivait encore chez ses parents, presque tout son salaire allait dans l'achat de ses mangas et produits dérivés.

Sa chambre était remplie de posters, de sabres japonais, de peluches à l'effigie de personnages de manga. J'y avais même aperçu une réplique d'une Dragon Ball. Une vraie chambre d'"Otaku", comme il aimait se faire appeler. Une sorte de geek mais tourné exclusivement vers tout ce qui vient du Japon. Il devenait un peu vieux pour tout ça, mais personne ne l'en blâmait. Il avait un travail et une vie sociale, c'est ce qui comptait.

Mais ça s'est vite aggravé. Il avait fait plusieurs voyages au Japon, et après chaque retour, il devenait de plus en plus obsédé par sa passion. Il ne sortait pratiquement plus de sa chambre. Il était souvent absent au travail, et ne nous voyait que très rarement. À la maison, ses parents ne le voyaient que pour manger. Ses seules sorties étaient pour se rendre au magasin de mangas et de produits dérivés, et les expositions sur le Japon comme la fameuse Japan Expo. Je l'y avais accompagné quelques fois, c’était vraiment sympa les premières fois. Les cosplays de Léo étaient à chaque fois fabuleux. Il était très méticuleux, il fallait que ça ressemble le plus possible à son personnage. Mais j'ai fini par ne plus l'accompagner, par faute de temps et d'envie.

Lui aussi, il a fini par ne plus y aller. À vrai dire, il a fini par ne plus sortir du tout de sa chambre. Ça faisait quelques mois qu'on n'avait plus vu Léo quand on a reçu un appel de sa mère. Elle nous demandait de l'aide car elle ne savait plus quoi faire avec son fils.
Celui-ci avait perdu son emploi car il ne s'y rendait plus. Il s’était réfugié dans sa chambre et n'en sortait plus. Nous nous sommes rendus chez lui et avons bien tenté de lui parler ou de le raisonner, mais sans succès. Il ne répondait que par des injonctions du style "Allez-vous-en !", "Partez, je ne veux voir personne !" ou encore "Ototoikiyagare !" qui - après avoir cherché sur internet - signifie à peu près la même chose en japonais.

Impossible de nouer le contact. Après avoir discuté avec sa mère, elle m'a révélé qu'il n'ouvrait la porte que pour prendre le plateau d'aliments qu'elle lui apportait chaque jour. Je lui ai suggéré de couper internet, ou même l'électricité, mais elle a répondu que si elle faisait ça, il se suiciderait, comme il lui avait dit.

Je me suis renseigné sur internet et divers forums, et il semble que Léo était un cas très sévère d'Hikikomori, ces adolescents ou jeunes adultes qui vivent coupés du monde et des autres, cloîtrés chez leurs parents, le plus souvent dans leur chambre pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, en refusant toute communication même avec leur famille, et ne sortant que pour satisfaire aux impératifs des besoins corporels. Encore plus que selon les dires de sa mère, Léo ne sortait jamais pour aller aux toilettes quand quelqu'un était encore là. Uniquement quand la maison était vide.

Il n'y avait rien que nous puissions faire, alors nous sommes partis. Nous n'avons plus eu de nouvelles de Léo pendant encore plusieurs mois, jusqu'à un nouveau coup de fil de sa mère. Léo avait disparu depuis plusieurs jours. Il n'avait pas touché à son panier-repas, et, craignant le pire, sa mère a ouvert la porte pour trouver une chambre vide.
Elle a prévenu les autorités, mais voulait aussi savoir si son fils nous avait contacté d'une manière ou d'une autre. Nous nous sommes directement rendus sur place pour essayer de trouver ce qui avait poussé Léo à quitter sa chambre. Pour cela, nous avons décidé de d'aller voir à l’intérieur, il y avait peut-être un mot ou bien un indice.

Quand nous sommes rentrés, une odeur insupportable nous a rempli les narines. Une forte odeur d’excréments et d'urine. En effet, nous avons pu constater par nous-même qu'il ne sortait que très rarement pour faire ses besoins : il les faisait directement dans sa chambre, dans un seau et des bouteilles. C’était immonde.

La chambre était toujours remplie de mangas, figurines, et autres peluches. Bien plus que la dernière fois où j’étais venu. Mais il y avait de nouvelles choses, comme ces traversins avec des filles d'anime imprimées dessus. Et pas que des adultes...
J'ai noté que son sabre préféré, celui d'Ichigo dans Bleach, n’était plus là. On ne savait pas s'il s'en était séparé, ou pire, s'il l'avait emmené avec lui.

Au milieu de tous ces mangas, déchets, et autres mouchoirs usagés, son ordinateur portable était encore là. Nous l'avons allumé pour voir si nous pouvions en apprendre davantage sur ce qui l'aurait poussé à partir.
Nous ne nous attendions pas à voir de telles horreurs. Il semblait que Léo aimait beaucoup le hentai, le porno version anime. Mais pas n'importe lequel. Son ordinateur portable était rempli de photos mettant en scène des petites filles, et certaines très jeunes. Il n'y a qu'au Japon que vous pouvez trouver ça, ça s'appelle le lolicon là-bas. Bref, il y en avait bien pour 1Go d'images. C’était déjà à gerber, mais nous n’étions pas au bout de nos surprises.

Dans ses dossiers de photos et de vidéos, il y avait aussi un dossier nommé "Guro". Ne cherchez pas ça sur internet, croyez-moi, ça ne vaut pas le coup d'apaiser votre curiosité. En gros, c'est du hentai, mais très glauque, gore. Il y avait des images de femmes, d'hommes et d'enfants découpés. Les membres arrachés. C’était vraiment effrayant.
J'ai préféré ne pas effacer ces images pour laisser la police faire son enquête plus efficacement. Le seul indice que j'ai noté sur son ordinateur est qu'il avait installé le logiciel Tor qui permet de parcourir le Deep Web. Mais ne m'y connaissant pas plus en informatique, je n'ai touché à rien d'autre.

Après enquête, selon la police, Léo fréquentait le Deep Web depuis un moment. C'est là qu'il trouvait ces images de Lolicon, Guro, et autres perversions pires encore, comme le Toddlercon. Après des recherches, j'aurais préféré ne jamais savoir ce que c'était. L'ami qui avait grandi avec moi était devenu un pervers de la pire espèce, et le fait qu'il était à l’extérieur me faisait frissonner...

La police a également trouvé un site que Léo consultait tous les jours. Il semble que c'était une sorte de forum où se pratiquait le roleplay, ou RP, une sorte de jeu de rôle où chacun se met dans la peau d'un personnage et n'en sort jamais tant qu'il est connecté.
Il y passait 80% de son temps en ligne. Son personnage se faisait appeler Kenji25, et il était une sorte de samouraï, pourfendant ses ennemis à l'aide d'un katana.
Les détails donnés par la police étaient moindres. En effet, il y avait des montagnes et des montagnes de texte à lire. Mais, pour l'instant, rien qui n'indiquait pourquoi il avait quitté le confort de la maison familiale.

Finalement, nous n'avons pas pu en savoir davantage sur la disparition de Léo. Nous n'avons pas eu de nouvelles de sa part depuis...
Mais hier, alors que je parcourais les actualités, je suis tombé sur cet article :

http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/besancon-un-homme-sauvagement-agresse-au-sabre-7786051809

Ça m'a tout de suite fait penser à cette histoire. Et si c’était lui ?


samedi 25 février 2017

Huggydoll

Bonjour à tous.

J'ai beaucoup hésité avant de publier sur ce site.
 
Tout d'abord, sachez que je prends de gros risques en décidant de rendre public le témoignage qui va suivre. Non pas que je redoute les représailles contre ma propre personne, mais j'ai une famille. J'ai donc longuement pesé le pour et le contre.
 
Ensuite, je suis conscient qu'il y a de fortes chances pour que vous ne me preniez pas au sérieux. Après tout, qu'est-ce qu'une "creepypasta" sinon 95 % de fiction et 5 % de réalité ? Beaucoup crieront au fake et je ne peux pas leur en vouloir. Quand on est confronté de loin à l'horreur, on cherche inconsciemment à se persuader qu'elle n'existe que dans l'esprit des autres. C'est plus réconfortant.
 
Cela dit, j'ai fini par me convaincre que le choix de ce site était le plus pertinent. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'ailleurs, mes publications auraient été trop exposées aux regards malveillants. On me surveille.
 
Ici en revanche, je pense être à l'abri car mes relations de travail ne fréquentent pas ce genre de sites et de toute façon, je pourrais toujours prétendre en cas de difficulté que mon témoignage est une creepypasta et que par conséquent, il est fictif.
 
Maintenant, qu'est-ce qui me motive à prendre autant de risques ? A vrai dire, mon objectif est de dénoncer des activités criminelles qui sont l’œuvre d'un groupement organisé et hautement sophistiqué.
 
A l'heure qu'il est, les auteurs de cette organisation sont toujours en liberté et continuent à se livrer à leur commerce contre nature. Et cette idée m'est insupportable. Du coup, et même si je sais que bon nombre d'entre vous me liront avec scepticisme, je m'adresse à la minorité que je ferai douter : toute aide sera la bienvenue. Si vous détenez ou pensez détenir des informations qui permettraient d'identifier les personnes du récit qui va suivre, je vous prie de bien vouloir me contacter en MP. Je veillerai également à lire tous vos commentaires et à y répondre si besoin.

Maintenant, permettez-moi de me présenter brièvement :
Jusqu'à une période très récente, j'étais commissaire de police dans un petit commissariat de province, dont je tairai le nom pour d'évidentes raisons de confidentialité.
 
Je bossais à la Brigade de protection de la famille (plus communément appelée "brigade des mineurs"), mais j’ai longtemps été affecté à la Brigade criminelle (la fameuse "Crim"). J'étais alors un abonné aux découvertes macabres et autres dossiers qui vous empêchent de dormir la nuit.  Je ne pourrai évidemment pas dire qu'on s'y habitue mais bon. On apprend à vivre avec et à construire sa propre coquille professionnelle, celle qui vous empêche de trop vous impliquer émotionnellement dans vos enquêtes. Des cellules psychologiques sont mises en place et nous permettent de tout déballer. Ça fait du bien, mais sans plus.
 
Bref, tout ça pour vous dire que l'horreur, on finit par vivre avec.
 
Seulement voilà, sept années de bons et loyaux services à la Crim m'ont permis de catégoriser les dossiers morbides selon leur degré d'immoralité. Je précise qu'il s'agit d'un classement fictif issu de mon seul ressenti, et non d'une statistique officielle :

En bas de l'échelon, on trouve la criminalité ordinaire. Meurtre, empoisonnement, viol. C'est insupportable bien sûr, mais très courant et assez classique.
Au niveau intermédiaire, viennent les aggravations. les crimes précités sont alors commis sur des mineurs, des handicapés ou des personnes âgées, parfois dans des conditions sordides.
Enfin au niveau ultime, on assiste à des aberrations. Démembrements à la tronçonneuse, étranglements de la victime avec ses propres viscères, ou encore auto-cannibalisme.
 
Ce dernier niveau regroupe les cas les plus atroces et heureusement les plus rares.
Toute ma carrière s'est ainsi construite autour de ces trois catégories de ressentis.
Pourtant, lorsque l'affaire "Huggydoll" est survenue, j'ai dû me rendre à l'évidence : il existait une catégorie supplémentaire, la plus élevée dans l'échelle de l'insupportable.

Je l'ai nommée l’innommable" (le jeu de mots est involontaire). Cette catégorie est si invraisemblable qu'elle ne contient que l'affaire précitée, celle dont je vais vous parler maintenant.

Il n'y a pas si longtemps, j'étais de permanence de nuit. Mon équipe et moi avons été contacté par le CIC (Centre d'Informations et de Commandements) , le fameux "17" , "police-secours". Ils avaient reçu un appel inquiétant d'une fillette en pleurs, qui expliquait que son papa l'avait puni avant de quitter la maison familiale en la laissant toute seule. Sa mère était décédée et elle vivait sous la garde exclusive du père. La petite affirmait que l’intéressé n'était pas revenu depuis plusieurs heures, et qu'il ne lui avait donné aucune information sur son éventuel retour. Il n'avait pas non plus pris la peine d'emmener son smartphone avec lui.

Craignant un abandon d'enfant, une équipe a été dépêchée sur place afin de vérifier le sérieux des déclarations de la fillette (les canulars sont très fréquents parmi les appels au 17). Au passage, elle disait s'appeler Sara.
 
Une fois arrivés sur les lieux, les collègues ont frappé à la porte du domicile, à l'adresse indiquée lors de l'entretien téléphonique. La jeune Sara n'a pas tardé à ouvrir la porte, mais elle affichait, selon le 17, un air fragile et très craintif. Et surtout, elle présentait des ecchymoses au niveau du visage, sous les yeux. Suspectant la présence de blessures plus graves sur d’autres parties du corps de la victime, ceux du 17 ont fini par contacter mon équipe afin de passer le relais. Nous nous sommes empressés de nous rendre sur les lieux.
 
Dès que mon regard s'est posé sur Sara, j'ai tout de suite eu des bouffées de rage. Voir cette gamine de huit ans, blondinette aux yeux bleus, marquée par des traces certaines de coups, apeurée et angoissée à l'idée de ne plus revoir son paternel qui la battait me révoltait. Si je retrouvais ce fumier, je n'aurais aucun mal à commettre ce que nos bons journalistes appellent communément une "bavure".

Toujours est-il que les traces de violence étaient là, et j'ai donc décidé d'agir en flagrance. Cela signifie que j'avais suffisamment d'indices apparents en ma possession pour perquisitionner le domicile du père de Sara, toujours absent. N'ayant pu joindre téléphoniquement ni le propriétaire des lieux ni son entourage, j'ai fait appel à deux voisins pour assister à la fouille de la maison, conformément à la loi.
 
Pendant que mon équipe débutait son inspection dans le hall d'entrée de la demeure, je me suis employé à rassurer la petite Sara sur nos intentions. Je lui ai déclaré que son papa allait revenir, que nous étions justement là pour le retrouver et qu'elle n'avait pas à s'inquiéter.

Ce pauvre petit être grelottait de terreur à l'idée d'être corrigé par son géniteur, car elle avait appelé la police et "papa n'aime pas quand je parle avec les étrangers". Je lui ai répondu que c'était une bonne chose que de se méfier des étrangers, qu'on pouvait y remédier et faire connaissance. Je lui ai dit mon nom et lui ai montré une photo de mon fils de neuf ans, glissée dans mon portefeuille.
"Tu vois, je ne suis plus un inconnu maintenant. Tu sais comment je m'appelle, que je suis papa d'un enfant qui a presque ton âge et que je travaille dans la police pour protéger les personnes comme toi".
Je pense que ça l'a un peu rassurée. Elle m'a adressé un sourire timide et s'est essuyée les larmes qui coulaient sur ses joues.

Je lui ai alors demandé si elle savait pourquoi son père avait quitté la maison subitement.
Et c'est là qu'elle a commencé à me parler d'Huggydoll.
 
Ce terme n'est pas sorti de sa bouche, je l'ai découvert peu après. Sara m'a raconté que son anniversaire approchait. La veille, elle avait vu son père descendre dans la cave avec un gros paquet dans les mains. Ça l'avait remplie de joie, elle savait que c'était son cadeau.

Bien sûr, elle savait aussi que papa n'accepterait jamais qu'elle ouvre sa surprise avant la date d'anniversaire. En plus, la cave lui était interdite, car elle contenait un certain nombre d'objets tranchants qui pourraient la blesser. De toute façon, s'était-elle dite jusqu'à présent, cela lui convenait parfaitement, puisqu'elle avait peur des caves, ces endroits sombres et qui sentaient mauvais.

Oui mais voilà. L'envie était trop forte et ce matin-là, elle avait fini par échapper à la vigilance du père, alors captivé par une retransmission d'un match de foot. Elle descendit donc les escaliers qui menaient à la fameuse cave.

L'obscurité lui faisait peur, mais elle pensait très fort à son cadeau et ça lui redonnait du courage. Elle courut jusqu'en bas des marches en un temps record et fut pleinement contentée : le gros paquet se tenait là, sur le sol, au milieu de la pièce. Il était gros, si gros ! C'était sûr, il pouvait contenir une énorme peluche ou une locomotive avec ses rails et sa gare de départ.

Bon, elle serait peut-être punie pour avoir déballé sa surprise en cachette, mais ça en valait la peine. Elle avait donc déchiré précipitamment le carton et s'était aperçue que l'objet à l'intérieur était emballé dans un plastique avec des bulles.

[Note : Je n'ai appris que bien plus tard, lors de la garde à vue du père (qu'on a fini par retrouver), que Sara s'était mise à hurler depuis la cave. Le père, au courant de ce que sa fille venait de faire, l'avait finalement remontée et "punie", et pour finir était parti en trombe de chez lui en n'emmenant que ses clés de voiture].

A ce stade du récit, j'ai demandé à Sara ce que contenait le paquet, mais elle se recroquevillait devant moi, on aurait dit qu'elle faisait une crise de tétanie. Elle a été incapable de m'en dire plus et j'ai ordonné à une collègue de venir la rassurer à ma place, afin que je puisse inspecter l'habitation. Sara, toujours muette, s'était mise à tendre son bras chétif et à désigner une porte qui faisait le coin, au fond du couloir d'entrée.

Elle serrait les dents et se raidissait.  J'étais habitué à ce genre de réaction et j'ai vite compris que quelque chose l'avait terrorisée dans cette cave. J'ai donc pris un collègue avec moi et ai ouvert la fameuse porte qui menait aux escaliers descendants. La pièce sentait bien évidemment l'humidité, l'éclairage au néon était tamisé et la lampe clignotait incessamment. La représentation classique d'une cave, en somme. Après avoir effectué quelques pas, j'ai effectivement découvert un paquet en carton au milieu de la pièce, déballé et assez grand pour contenir un grand vase. Détail particulier : chaque côté du carton était percé de plusieurs petits trous.

Mais le paquet était vide.

Au fond du lieu, il y avait une petite table sur laquelle était posé un ordinateur portable, caché par la noirceur de l'endroit. Le PC était en veille et j'eus facilement accès à la session du père, un certain "Mich" (peut-être pour Michel ?). Ce dernier n'avait visiblement pas pris soin de verrouiller sa machine avec un mot de passe. Pratique pour nous, nous n'aurions peut-être pas besoin de réquisitionner un technicien informatique.

Une seule page était ouverte, en poche sur le bureau. Quand j'ai cliqué dessus, je me suis aperçu qu'il s'agissait de sa messagerie Outlook. Son dernier mail reçu d'un expéditeur inconnu indiquait en anglais que sa transaction avait été validée et qu'il recevrait sa commande "Huggydoll" prochainement.

La note était signée "RRC" sans autre précision.

Pas terrible comme piste.

Je voulais effectuer une recherche internet, mais le réseau manquait. Il a fallu que je remonte au rez-de-chaussée avec mon collègue pour vérifier si je pouvais obtenir quoi que ce soit d'intéressant à propos de "RRC".
 
Avant d'entamer une quelconque recherche, mon collègue prénommé Franck m'a interpellé.

Il a fait un rapprochement entre le mot "doll" (poupée, en anglais) et l'acronyme RRC.
 
"Je pense savoir de quoi il s'agit, m'a-t-il dit, c'est clairement une cyberescroquerie bien tordue".
 
Franck a une bonne expérience en matière de cybercriminalité et a passé un temps fou sur le web profond il y a quelques années.

Quand je lui ai demandé ce qu'il voulait dire par là, il m'a expliqué qu'il était fort probable que l'expéditeur du mail, le fameux "RRC" soit un escroc qui s'inspirait d'une creepypasta pour plumer des acheteurs à la sexualité dérangée.
 
Il a commencé à me raconter une histoire abominable, une sorte de légende urbaine selon laquelle un forum du web profond, surnommé RRC (pour "real rape community", ou "communauté du vrai viol...") regroupait des membres dérangés qui promouvaient les viols et tortures sur mineurs.
 
Selon cette légende, l'un des membres de ce forum avait publié un post où il racontait être un chirurgien yougoslave qui était en mesure de fabriquer des sextoys humains avec de vrais enfants vivants. Selon ses dires, il kidnappait des orphelins, leur enlevait bras et jambes, arrachait leurs dents et leurs cordes vocales et les rendait aveugles pour, en bref, en faire de véritables petits esclaves sexuels.
 
Évidemment, il s'agissait d'une "creepypasta", et donc très certainement d'une fiction. Franck n'a jamais pu trouver un tel forum sur le deepweb, malgré le fait qu’il existe une mention du RRC sur l'hidden wiki (le wikipédia du web profond).
 
Franck en arrivait donc à la conclusion que l'expéditeur du mail était un escroc qui se servait de la creepypasta du chirurgien yougoslave pour arnaquer des malades mentaux comme Mich, le père de la petite Sara.
 
S'il avait raison, l'affaire allait s'avérer plus grave qu'un simple abandon d'enfants. On serait sûrement amenés à contacter une cyberpatrouille.
 
Je n'ai pas eu le temps d'approfondir mes réflexions ni d'entamer des recherches sur le père de Sara, car des hurlements ont soudain jailli de la cave. J'ai instantanément reconnu les voix des deux voisins que j'avais amenés ici comme témoins.
 
Franck et moi, on s'est bien sûr précipités dans le sous-sol, l'arme de service au poing, prêts à se défendre contre toute menace.
 
Quand je me suis retrouvé à nouveau dans la pièce humide, devant le paquet vide, je n'ai d'abord rien vu. Le faible éclairage n'aidait pas, et je n'arrivais à percevoir que les pas précipités des voisins, qui se sont empressés de quitter la cave en me bousculant violemment au passage.
 
J'ai tout de suite demandé à Franck s'il comprenait ce qu'il se passait, et c'est à ce moment qu'il m'a désigné du doigt le fond la pièce, plongé dans les ténèbres. La terre avait été remuée depuis notre première visite, et quelque chose qui y était jusqu'à présent enfoui remontait à la surface. Je me suis agenouillé pour y regarder de plus près. Il s'agissait d'une... couche pour enfant usagée.
 
 Je restais perplexe : c'était sans aucun doute dégoûtant, mais de là à pousser des cris et à fuir comme l'ont fait nos témoins...
 
J'allais demander poliment aux voisins de redescendre pour poursuivre la visite des lieux, quand la terre s'est soudainement mise à vibrer près de la couche usagée. Du peu que j'en discernais au premier abord, on aurait pu penser à un petit chien enterré sous la terre et qui cherchait à en sortir.

Mais non.
 
On était face au contenu du paquet. Face à ce que Sara avait découvert en ouvrant ce qu'elle croyait être son cadeau.
 
Face à Huggydoll.
 

Je vais essayer tant bien que mal de vous décrire la scène qui s'en est suivie, mais c'est très dur pour moi de revivre mentalement cet instant. Je le fais uniquement pour retrouver les monstres qui ont fait ça, et les mettre hors d'état de nuire...
 
Cette chose meurtrie qui sortait du sol de la cave sous nos yeux exorbités avait été ensevelie à la va-vite par Mich, avant son départ précipité. Quand il avait réalisé que Sara était tombée sur son paquet, il avait essayé d'enterrer la chose qui s'y trouvait.
 
Je ne devrais pas la désigner comme une "chose", car il s'agissait bien d'un être humain. Mais c'est comme ça que je l'ai qualifiée intérieurement, la première fois que je l'ai vu. Une chose surgissant du sol et rampant comme un serpent en grésillant. Huggydoll.
 
En fait, on avait devant nous un buste humain vivant, simplement relié à une tête défigurée. Ni bras, ni jambe, mais des moignons mouillés de pus en guise de membres.
 
Le corps agité était brulé à 60 % de sa surface, et des lambeaux de chair pendaient encore par ci par là. Du vagin lacéré pendait un cordon ombilical couvert de poussière, rattaché aux restes d'un fœtus de cinq mois en état de décomposition.
 
Mais je crois que le pire, c'était la tête de la malheureuse victime.
 
Elle n'avait plus ni cheveux ni oreilles ni nez. La peau du visage avait été intégralement retirée et les muscles rougeoyant étaient clairement apparents. La victime avait eu les yeux arrachés, et on avait placé dans ses orbites creuses des yeux de verre grossièrement peints. Comme ceux d'une poupée au regard exorbité.
 
Quant à ses dents, elle n'en avait plus, mais ses mâchoires inférieures et supérieures étaient reliées par plusieurs fines tiges de métal qui se dressaient à la verticale. Pensez aux fanons d'une baleine et vous aurez une idée du résultat.

Le corps dans son ensemble réussissait à se déplacer lentement à la surface de la cave, la victime parvenant à avancer en prenant appui sur son menton. Par des mouvements de têtes répétitifs, elle arrivait tant bien que mal à transporter son tronc, duquel pendait le fœtus.
 
J'étais peut-être flic, mais rien ne m'avait formé à cet épouvantable spectacle. J'ai été incapable de bouger ou de réagir. Incapable de penser.
 
Je ne pouvais qu'assister, impuissant, aux tentatives de la poupée humaine de gravir la première marche de l'escalier de la cave avec son menton. Elle grésillait de douleur, mais ne parvenait jamais à monter plus d'une marche. Dans une dernière lamentation lugubre, le petit buste s'est finalement laissé retomber au sol.  La chose venait de mourir.
 
Franck a été le premier à retrouver la maîtrise de ses mouvements et a immédiatement décidé d'appeler les secours.
 
Après avoir consigné l'ensemble de mes observations en procès-verbal, je fus mis d'office en arrêt maladie, avec l'obligation de consulter régulièrement un psychiatre. Mais cela n'a rien changé.
 
 Toute les nuits, je me réveille en sueurs avec l'image parasite de ce tronc meurtri, rampant à l'aide de son menton.
 
Au début, le souvenir de la victime m'effrayait. Son aspect d'épouvante faisait naître de la peur en moi. Mais avec le temps, la peur a laissé place au déchirement et à la peine.
 
Je n'osais même pas m'imaginer ce qu'avait enduré cet être défiguré, amputé et torturé, transporté dans un carton avec des trous pour qu'elle respire et une couche pour qu'elle se soulage. Elle avait dû accoucher pendant le transport en container, et n'avait d'autre choix que de rester liée jusqu'à sa mort à sa progéniture moisie.
 
Malgré toute sa souffrance, elle avait essayé jusqu'au bout d'avancer, de fuir, de monter ces marches. Du mieux qu'elle pouvait, elle luttait. Et moi je regardais bêtement, incapable d'agir.
 
Cette idée m'est insupportable. J'ai très vite fait une dépression et les traitements sont devenus inutiles.
 
Je ne cesse de pleurer. Je m'en veux.
 
J'ai appris que des tests biologiques avaient été effectués sur la victime. Elle avait onze ans quant elle a rendu l'âme dans cette cave, sous mes yeux. A ce jour, on n'en sait pas plus sur son identité.
 
Le père de Sara, Michel Dors, a été retrouvé à la frontière suisse. Il a consenti à s'expliquer sur les circonstances de son départ de chez lui, mais n'en a pas dit plus. Il s'est réfugié derrière son droit au silence jusqu'au bout.
 
Pire encore, le procureur a décidé de classer cette affaire sans suite. De toute ma carrière je n'avais jamais vu ça. On avait le corps d'une jeune fille de onze ans, qui avait été torturée et vendue au suspect. C'était plus que suffisant pour ouvrir une instruction, mais le procureur n'a rien voulu entendre. Ceux de mes collègues qui ont poussé une gueulante ont été sévèrement rappelés à l'ordre.
 
L'affaire n'a jamais été ébruitée. Pas de fuite dans les médias, pas de communiqué de presse du parquet. Le silence absolu.
 
 Ma hiérarchie m'a fait promettre de passer à autre chose, mais j'ai préféré démissionner de la police.
 
J'ai le sentiment d'être sur écoutes. On me surveille.
 
 Jamais je ne pourrai m'enlever ces images de la tête. Le calvaire de cette enfant... Qui a été réduite à l'état d'objet, et surnommée "Huggydoll"...
 
Le père de Sara a été simplement reconnu coupable de violences sur mineurs et n'a écopé que de sursis, assorti d'une interdiction de prendre contact avec sa fille. Il a quand même été déchu de son autorité parentale.
 
Sara, quant à elle, a été placée dans une famille d’accueil qui apparemment la traite correctement.
 
Je n'en sais pas plus.
 
Si, une dernière chose, et pas des moindres. Après ma démission, Franck a continué à me tenir informé des  avancées de l'affaire "Huggydoll", avant qu'elle ne soit classée sans suite. Et la dernière découverte qui avait été faite m'a achevé :
 
Voici un nouvel échange de mails retrouvé sur l'ordinateur de Mich, et adressé à "RRC" un an avant l'envoi de la "commande" (le message a été traduit) :
 

 
 "De : Mich **********@******.com
 
 A : Unknown
 
Sujet: Sans
 
 Message : Comme convenu, j'ai déposé le colis auprès de votre contact. J'espère que vous le recevrez prochainement.
 
Pour répondre à votre précédente question, je vous confirme que je n'ai plus aucune attache avec ledit colis. Les quelques mois passés en sa compagnie ont finis par me lasser. C'est donc sans aucun regret que je consens à m'en séparer, afin que vous me l'optimisiez. Je suis conscient des risques de fabrication et suis prêt à passer outre.
 
De toute façon, je n'avais obtenu cette marchandise sur le marché noir que pour mieux vous la confier. Personne n'est au courant. Ma femme est morte et ma fille Sara ne sait rien.
 
J'ai hâte de jouer avec la poupée améliorée que vous vous apprêtez à confectionner à partir de ce que je vous ai envoyé.
 
Mes sens en palpitent d'avance.

Dans l'attente de votre retour,

Bien cordialement.
 
Mich".   


mercredi 22 février 2017

Une histoire d'estomac


À celui qui trouvera cette lettre, lisez-la avec attention. Que mon histoire serve d'exemple à tous ceux qui seraient tentés de jouer avec des forces qui les dépassent. Racontez-la à qui veut bien l'entendre, car ce qui m'est arrivé ne devrait plus jamais arriver à quelqu'un d'autre.

Tout a commencé il y a un an. Lorsqu'un après-midi, pendant un dîner chez ma famille, j'ai ressenti une forte douleur au niveau du ventre. Je me plaignais depuis quelques temps de douleurs à cet endroit, mais c’était la première fois qu'elle était aussi intense. Mon frère m'a donc amené aux urgences. Après quelques analyses et quelques jours d'hospitalisation, le verdict est tombé : j'étais atteint d'un cancer de l'estomac. Celui-ci a été découvert bien trop tard. Les chances de guérisons existaient, mais elles étaient très faibles.

Ça a été un choc terrible pour moi. J’étais jeune, j'avais plein de projets pour l'avenir. J'en ai fait une dépression. Je ne suis pas sorti de chez moi pendant plusieurs semaines, m'apitoyant sur mon sort. J'avais commencé une chimiothérapie, sans trop d’espoir. 

Mais rien ne fonctionnait, mon état ne cessait de se dégrader. Il fallait bien l'accepter : j'allais mourir. Il fallait que je mette de l'ordre dans ma vie, que je fasse mes adieux à ma famille, à mes amis.
Pourtant, sur le chemin de l’hôpital, il y avait une boutique qui avait ouvert depuis peu, et qui m'intriguait. C’était une sorte de magasin de vieux objets, un antiquaire. Sur la devanture du magasin, on pouvait y voir un panneau : 

"Au Bouc noir : Objets mystiques, porte-bonheurs, voyance, guérisons" 

D'habitude, je ne crois pas à ces choses là. Si ça marchait, ça se saurait, et il y aurait foule dans le magasin. Mais je pouvais voir à travers la vitre que c’était vide à l’intérieur. Maudit soit ma curiosité, car je suis rentré. Le magasin était plein de vieux meubles et objets poussiéreux. Quelques babioles en métal, et beaucoup de grimoires sur une étagère derrière le comptoir. 

Derrière ce même comptoir, un homme me fixait.  Il devait avoir une soixantaine d'années. Il était vêtu d'une vieille chemise blanche et d'un pantalon à bretelles. Cela lui donnait un style d'avant-guerre. Puisque j’étais rentré, autant lui demander des informations à propos de ces "guérisons", comme était inscrit sur le magasin. C’était plus par curiosité que par intérêt, cela dit.

Avant que je puisse ouvrir la bouche, celui ci m'a devancé en disant qu'il avait ce qu'il faut pour traiter n'importe quelle maladie... et même les cancers. J’étais perplexe. Était-ce une simple déduction de sa part, ou savait-il vraiment pour ma maladie ?  
 
Voyant mon air surpris, il m'a souri, et s'est retourné pour attraper un grimoire poussiéreux sur l’étagère. Il l'a posé sur le comptoir, avant de souffler dessus, révélant un large pentagramme sur la couverture. Il m'a indiqué qu’à l’intérieur se trouvait le rituel qui me ferait guérir, à 100%. Et, vu que j’étais mourant, il acceptait de me le prêter gracieusement. Il me suffisait de le rapporter une fois guéri. 

J'ai accepté. Après tout, un livre n'a jamais fait de mal à personne. Je suis rentré chez moi, impatient de lire ce fameux rituel. Je me suis installé dans le salon, et j'ai ouvert le vieux grimoire. Il y avait de tout : comment rendre une femme folle de vous. Comment jeter le mauvais œil sur quelqu'un. Comment devenir riche. Et ce qui m’intéressait : Comment guérir n'importe quelle maladie. Au point où j'en étais, autant tenter ma chance. Ça ne mange pas de pain, je me disais alors. 

Le rituel n’était pas compliqué en lui-même, c’était plus la recherche d’ingrédients qui était difficile : un morceau d’écorce d’érable centenaire, une patte de lapin, des poils de chat noir, entre autres. Pour les poils de chat noir, j'en avais justement chez moi. Ce foutu chat allait enfin me servir à quelque chose. En quelques jours, j'avais réuni tous les ingrédients, et j'ai pu accomplir le rituel. 

Il ne me fallait plus qu'attendre. Même si tout cela était fou, c’était ma dernière chance, alors je me forçais de plus en plus à y croire. C’était ça ou la mort.

Le lendemain, je me suis levé comme d'habitude. Mais quelque chose avait disparu : la douleur. Mon ventre ne me faisait plus souffrir. Mon énergie était revenue. Je n'en croyais pas mes yeux.

J'ai foncé à l’hôpital pour faire des analyses. Même les médecins étaient perplexes : les tumeurs n’étaient plus là. Et même mon diabète s’était envolé. Un vrai miracle ! Les docteurs m'ont demandé de faire plus d'examens pour qu'ils puissent voir ce qui m'avait guéri aussi vite, mais j'ai refusé. Je ferais leurs examens plus tard, car je voulais profiter de la nouvelle chance qui m'avait été donnée de suite. Je voulais savourer chaque instant sans la maladie. 

Pendant les jours qui ont suivi, j'avais enfin repris goût à la vie. J’étais sorti m'amuser avec mes amis, j'avais annoncé la bonne nouvelle à ma famille. J'avais même récupéré l'appétit ! Avec un cancer à l'estomac, vous ne pouvez pas manger ce que vous voulez, sous peine de vomissements. Et la douleur vous empêche de vous nourrir la plupart du temps. Mais là, je mangeais comme un ogre ! J'avais fait en une semaine tous les fastfoods de la ville, et à chaque fois le plus grand menu. Même mes amis restaient bouche bée devant mon appétit féroce. 

Et c'est là que ça a commencé à devenir inquiétant. Même les menus XXL des restaurants ne me contentaient plus. Après avoir avalé 5 Big Mac, j'avais toujours autant faim. J’étais devenu un gouffre sans fond.  Plus aucun ami ne m'invitait au restaurant, sous peine de me voir engloutir 1/10 de son salaire en nourriture. Quand j'allais faire les courses, je prenais des dizaines de kilos de viande rouge. Ce n’était plus vivable, et je commençais à manquer de moyens.
Je suis retourné faire des examens à l’hôpital, mais aucun médecin n'a pu trouver quel était mon mal. Ils étaient aussi surpris que moi par mon appétit d'ogre, surtout que je ne grossissais pas d'un gramme.  

J'ai fini par vendre ma voiture pour me payer ma nourriture. J’engloutissais toujours plus de viande chaque jour. Certaines fois, je ne prenais même plus la peine de la cuisiner : je la mangeais crue, à pleine dents. Ce que j’étais devenu me dégoûtait. 

J'ai fini par comprendre que c’était à cause du rituel que tout cela arrivait. Il avait certes guéri mon cancer mais c’était sûrement un effet secondaire. Le grimoire n'indiquait rien sur le sujet, seuls les rituels étaient indiqués. Je suis retourné au magasin, et c'est très cliché, mais il n’était plus là. À la place se trouvait un fleuriste. Je suis rentré à l’intérieur pour lui demander ce qu’était devenu l'antiquaire, mais elle m'a répondu qu'il n'y avait jamais eu d’antiquaire ici. Elle avait racheté le local, qui était vide depuis des mois. 

Je faisais mes recherche sur internet aussi, mais je n’étais pas vraiment doué avec les ordinateurs, je n'avais rien trouvé. J'en avais parlé à mon frère, qui, lui, s'y connaît, pour faire des recherches. Je lui ai parlé du rituel, du magasin, de la guérison spontanée. Je lui ai demandé de trouver un moyen de stopper cette faim insatiable. 

Après avoir épuisé toutes mes ressources financières, je n'avais plus que quelques jours de nourritures dans le frigo. C’était tout ce qui me restait. Alors j'ai essayé de me restreindre. D’arrêter de manger et de faire durer ces provisions... Mais je n'aurais jamais dû faire ça. Je faisais des crises de rage terribles. Mon ventre gargouillait comme jamais. Il fallait que je mange... et c'est là que j'ai dépassé les limites. Mon chat, qui n'avait plus de nourriture depuis la veille, n’arrêtait pas de miauler. Quand j'ai posé mes yeux sur lui, l'eau m'est montée à la bouche. Je me suis approché, l'ai pris dans mes bras, lui ai fait un dernier câlin, avant de lui tordre le coup d'un mouvement sec. 

Je l'ai dévoré. Je l'ai dévoré sans remords. J'éprouvais même du plaisir pendant que je déchirais sa chair et buvais son sang. J'avais franchi un palier dangereux. J'ai jeté sa carcasse au loin et me suis effondré sur mon lit, repensant à mes actes. Il me fallait de l'aide, en vitesse. Je devenais un monstre répugnant. Je voulais appeler ma famille à l'aide, appeler mon médecin, mais quelque chose m'en a dissuadé. 

En regardant par ma fenêtre, je pouvais apercevoir le parc. Et en regardant les gens passer, surtout les enfants, je salivais... et ça me terrifiait. Je savais que si quelqu'un venait chez moi, je n'allais pas résister à la tentation d'en faire un festin. La faim me faisais devenir fou. Plus d'une fois j'ai été tenté de sortir la nuit et d'enlever un passant pour pouvoir goûter sa chair si tendre. Plus d'une fois j'ai été tenté d'attendre que le fils du voisin rentre de l’école pour l'attirer chez moi et boire son sang. 

Je ne voulais pas devenir un meurtrier, alors il ne me restait plus qu'une seule chose à faire. J'ai brûlé le grimoire tout a l'heure. Et j'ai accroché la corde au plafond. 

Ceci est mon testament. À vous qui lirez cette lettre, méfiez-vous des solutions miracles que vous proposent des inconnus. Et dites à ma famille et à mes amis que je les aimais, mais que je n'avais pas le choix. 

Puisse Dieu me pardonner et m’accueillir dans son royaume. 

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Voici la lettre qu'a laissée mon frère avant de se suicider par pendaison. Comme il l'avait demandé, je vous partage son histoire, mais je vais ajouter quelques éléments. Avant de mourir, il m'avait demandé de faire des recherches sur le mal qui le rongeait. J'ai pu trouver des informations sur le fameux rituel, et quel était son but réel. 

Ce rituel date de l’époque des templiers. En effet, certains templiers vénéraient Baphomet, une des représentations de Satan. Ils avaient amené leur culte jusqu'au Moyen-Orient, où ils étaient partis en croisade afin de prendre Jérusalem. Là-bas, ils avaient perverti une ancienne coutume de guérison pour en faire le rituel que vous connaissez aujourd'hui. Il avait pour but de soigner rapidement les chevaliers blessés pour qu’ils puissent reprendre le combat sans attendre. 

Ainsi, les templiers blessés pouvaient repartir au combat après chaque rituel. Mais, après cela, ils étaient pris d'une faim insatiable. Si bien qu'ils commençaient à s’entredévorer. Certains finissaient par être exécutés par leurs congénères, et d'autres se suicidaient, craignant de blesser quelqu'un. 

Et c'est là qu’a commencé à apparaître ce que les locaux appelaient le H’awouahoua. Cette entité rodait la nuit et dévorait les gens. Mais sa préférence allait aux enfants. Il se cachait sous leur lit, attendait qu'ils aillent se coucher et les dévorait lentement pendant la nuit.  
 
Ils ont fini par découvrir que le rituel n’était complet que quand la personne se suicidait, les faisant renoncer au paradis et devenir des H’awouahoua. Je pense que c'était le but réel de ces adorateurs de Satan. Et que mon frère est tombé dans le piège qu'ils lui ont tendu. 

Mais le nom de H’awouahoua ne vous dit sûrement rien si vous n’êtes pas originaire du Moyen-Orient. Il a beaucoup de noms à travers le monde : le Boogeyman en Angleterre, le Bicho-Papao au Portugal, et, en France, on a un nom pour lui également : le Croque-mitaine. 

Mon frère, en se suicidant, a donc achevé le rituel et est devenu un croque-mitaine. Ce qui pourrait expliquer la disparition de certains enfants dans la ville depuis la mort de celui-ci. 

Je cherche activement à libérer mon frère de son tourment. Si vous avez des infos, ou apercevez la fameuse boutique, n’hésitez pas à me contacter. Pour les autres : faites attention, car la nuit est devenue dangereuse : il rôde toujours.


dimanche 19 février 2017

Ouroboros

Ce que je vais vous révéler maintenant n'aurait jamais dû être rendu public. Enfin, techniquement, je l'ai déjà fait une infinité de fois. Et la décision de ne jamais en parler, je l'ai aussi déjà prise une infinité de fois... Je vous ai sûrement déjà perdus dès la première phrase, mais laissez-moi vous expliquer. Pour poser les bases, essayez de vous imaginer la ligne du temps. Pour vous, elle est sans doute composée comme ça : passé -> présent -> futur.

Mais si je vous disais que le temps n'est pas linéaire ? Il s'agit plutôt d'une boucle. D'un cycle. Tout ce qui s'est passé, se passe, ou se passera, a déjà eu lieu, et aura de nouveau lieu. Le temps est cyclique. Au sein de notre "groupe", nous l'appelons "Ouroboros".

Maintenant que je vous ai parlé des bases, parlons maintenant du pourquoi. Pourquoi le temps est-il cyclique et non linéaire ? Vous connaissez sûrement la théorie du Big Bang ? Comme quoi, à l'origine, notre univers était une singularité, puis d'un coup, BANG ! Une énorme explosion qui a permis à notre univers de grandir et d'être en constante expansion. je vous passe les détails scientifiques, ce n'est pas mon domaine. Mais il faut garder en tête cette notion d’expansion, l'univers qui grandit continuellement, pour que je puisse vous expliquer l'effet inverse : Le Big Crunch.

Si le Big Bang a permis à l'univers de croître continuellement, le Big crunch, lui, est l'inverse total. L'univers ne grandit pas éternellement, il y a un moment où son expansion s’arrête, stagne, puis enfin repart en arrière et se contracte, pour au final reprendre son état initial : une singularité. C'est le Big Crunch. Mais vous allez me dire : "Ce n'est pas cyclique, alors ? L'univers explose, grandit, stagne et se contracte, fin." Et bien, non, car le cycle se répète infiniment.

Tel un serpent qui se mord la queue, l'Ouroboros est un symbole très ancien, présent dans plusieurs civilisations, et dans différentes cultures : Mésopotamie, Égypte, Mythologie Nordique et Aztèque... Ce symbole renferme en même temps les idées de mouvement, de continuité, d'autofécondation et, par conséquent, d'éternel retour. Cette connotation de circularité et d'indécidabilité a fait du serpent Ouroboros le symbole des paradoxes qui comme lui se "mangent la queue", comme dans la formule "cette phrase est fausse" : il y a du vrai dans le faux, et du faux dans le vrai. Un enchevêtrement indémêlable de causes et de conséquences. Un symbole parfait pour notre organisation du même nom.

Comme je le disais, tout se répète infiniment. La naissance de la Terre. La naissance de la vie. Votre naissance. Votre vie. Cela veut dire que tout ce que vous avez fait, ou pensez faire, vous l'avez déjà fait une infinité de fois. Vous êtes nés une infinité de fois, et vous êtes morts une infinité de fois. Tout n'est qu'une boucle qui est amenée à se répéter.

Bref, vous pouvez me croire ou non. Mais sachez que tout ce que je vous ai raconté est prouvé scientifiquement. Du moins une partie. Pour l’expansion de l'Univers, vous pouvez vous intéresser à la loi de Hubble, publiée par l'homme du même nom en 1929. Celle-ci dit que les galaxies s'éloignent les unes des autres à une vitesse approximativement proportionnelle à leur distance. Autrement dit, plus une galaxie est loin de nous, plus elle semble s'éloigner rapidement. En revanche, concernant le Big Crunch, il n'y pas encore de preuves flagrantes. Je pense que l'humanité a encore besoin de quelques années pour pouvoir le prouver scientifiquement.

Mais passons outre les détails scientifiques barbants. Je viens pour vous parler de l'Ouroboros, notre organisation secrète. Voyez-vous, chacun vit sa vie des infinités de fois, mais pratiquement personne ne se souvient de sa vie précédente une fois celle-ci terminée. Vous mourez, vous oubliez, en attendant la prochaine boucle.

Mais certaines personnes se souviennent. Une imperfection de notre réalité. Un bug dans la matrice. Ces personnes se souviennent de leur précédente vie et revivent ces boucles à l'infini. Enfin, elles ne se souviennent pas de toutes leurs vies. Le cerveau humain a ses limites, il élimine le surplus de souvenirs quand c'est nécessaire...

Et là, vous vous dites : "Si c’était vrai, ça se saurait." Vous avez sans doute raison, il existe des boucles où les personnes ont réussi à convaincre leur entourage. Mais après ? Ils meurent, le monde meurt, et à la prochaine boucle, tout le monde a oublié. Nous sommes en ce moment même dans une boucle où personne n'est au courant. Enfin, jusqu’à ce que vous ayez lu ce texte.

Ouroboros cherche à relier ces personnes qui sont "conscientes" de cette réalité. Il y en a de toutes les époques, dans tous les recoins du monde. Leur but est de partager leurs connaissances sur ce phénomène entre elles, et surtout de réguler les personnes, pour les empêcher de révéler au monde - comme je suis en train de faire - des informations à propos desquelles celui-ci n'est pas prêt.

Mais, maintenant, je m'en fiche. Je veux tout révéler parce que ça n'a plus d'importance. Ça n'a plus d'importance car je n'ai aucun moyen de changer les choses. Je suis né au mauvais moment. Même si mon esprit a quelques milliers d'années, mon âge est trop jeune pour pouvoir faire quelque chose. Personne ne donne d'importance à un enfant de 16 ans. Si je franchis cet interdit, qui est de révéler au monde notre existence, c'est que ça ne changera rien. Si je le fais, c'est parce que j'ai besoin d'en parler. Garder tout ça pour moi est à la limite du supportable.

Ouroboros a bien tenté de m'en empêcher, les dernières fois. En m'éliminant plusieurs fois. Ou bien en me convainquant de ne rien révéler. Mais il semble que, cette fois, ils ne veulent pas intervenir. Peut-être ont-ils compris que ça n'avait aucun sens de cacher la vérité ?

Je fais partie de ce qu'Ouroboros appelle "la dernière génération". La dernière génération d'humains qui seront conscients de cette réalité.
Vous savez, à travers tous les âges, les humains n'ont cessé de se faire la guerre. Pour agrandir leur territoire, pour se protéger, pour imposer leur religion ou leurs idées. Mais, la différence entre les guerres d'antan et celles d'aujourd'hui, c'est la puissance destructrice des armées. Après tout, on ne pouvait pas détruire le monde à coup de flèches ou même de canons.

Savez-vous ce qu'est l'horloge de la fin du monde ? On l'appelle aussi l'horloge de l'Apocalypse (Doomsday Clock en anglais). C'est une horloge conceptuelle créée peu de temps après le début de la guerre froide et régulièrement mise à jour depuis 1947 par les directeurs du Bulletin des Scientifiques Atomistes de l'Université de Chicago, sur laquelle minuit représente la fin du monde.

Pendant la Guerre Froide, celle-ci avait atteint 23h58, soit 2 minutes avant 00h00, alors que la tension nucléaire entre la Russie et les USA était au plus haut point. C'est la fois où l'horloge était la plus proche de minuit depuis sa création.
À l'heure où vous lisez ce texte, l'horloge indique 23h57. Le nucléaire et le réchauffement climatique sont ce qui fait que l'horloge soit si proche de minuit.

Mais moi qui ai déjà vécu tout ça, je peux vous dire que ça ne va pas durer. Quand le monde acclame un homme qui est coupable de génocide et des pires méfaits qu'un homme puisse faire... Quand un peuple met au pouvoir et donne accès aux ogives nucléaires un milliardaire misogyne, raciste, et complotiste... Quand un pays élit une extrémiste raciste et intolérante... Quand la religion devient plus importante que la démocratie... C'est que le monde court à sa perte. En vérité, je vous le dis, l'horloge va bientôt afficher 23h59. Et la suite, vous la connaissez : la guerre. Mais, il n'est plus question d'arcs, de flèches, de canons, ou même de balles, ou de grenades. L'humanité, dans sa folie, a créé des armes capables de l'auto-détruire.

Pourquoi sommes-nous la dernière génération ? Parce qu'on est arrivés à l'âge ou tout va disparaître dans un grand cataclysme. Nous, la dernière génération, sommes ceux qui vivent l'apocalypse nucléaire en boucle. Pour l’éternité.


vendredi 17 février 2017

Le rythmophile

Quand j'étais enfant, j'ai vécu une expérience très étrange. Je vivais dans une maison à la campagne. Il me prenait parfois l'envie de regarder les champs aux alentours par ma fenêtre pour passer le temps, et un jour - vers mes 9 ans - j'ai vu quelque chose d'inhabituel : un homme habillé tout en rouge se tenait à la limite d'un champ pas loin de chez moi, assez près pour que je puisse très bien le voir. Je me souviens qu'un masque grimaçant rouge cachait son visage.

Je l'avais d'abord pris pour un paysan étranger déguisé avec un costume de sa localité, comme certains mendiants roumains quand viennent les fêtes de Noël. Il était assis en tailleur et semblait regarder dans le vide. Je me suis un peu penché pour mieux le voir et je l'ai vu se pencher dans la même direction que moi. Je me demandais s'il m'imitait, quand il s'est levé et s'est mis à se pencher rapidement de droite à gauche, comme un pendule, sans bouger le bas de son corps.

La peur a pris le dessus vis-à-vis de cette scène surréaliste, et je suis parti rapidement de ma fenêtre. J'ai couru jusque dans la chambre de mes parents et les ai réveillés. Je les ai conduits à la fenêtre, mais l'homme n'était plus là.

Le lendemain, je suis retourné voir si l'homme étrange était revenu, et en effet il était debout, à tordre le haut de son corps de droite à gauche. C'est à ce moment-là que je me suis mis à ressentir une fascination pour lui et à ne plus le considérer comme un voisin, mais comme ce qu'il était : un être rouge dansant.

J'ai commencé à sauter sur place pour danser avec lui, et il s'est mis à sautiller également en étant synchronisé avec moi. Encore une fois, je suis parti avec des sueurs froides. J'ai à nouveau prévenu mes parents, et il avait encore disparu. Je pense qu'à ce moment-là mes parents ont commencé à prendre ça pour un jeu.

Le troisième jour, je suis passé le voir et il était là, en tailleur, le regard dans le vide. À peine je l'ai regardé, que pour la première fois son regard s'est posé sur moi. J'ai ressenti une peur profonde et une attirance inexpliquée pour cet être. Il s'est levé et s'est mis à faire le pendule. J'ai essayé de l'imiter en tordant également mon corps sur la droite quand lui le faisait, puis à gauche, puis à droite... Et puis, il s'est arrêté : étant plus rapide que moi, il attendait que je me resynchronise avec lui. On était repartis, et encore une fois il s'est arrêté dans son mouvement.

Finalement, j'ai abandonné et je me suis mis à sauter sur place. Il a fait de même et a profité du mouvement pour s'approcher de chez moi. Je ne ressentais plus de peur, juste une grande fascination. Quand il est apparu à ma fenêtre - je dormais au rez-de-chaussée à l'époque - je me suis empressé d'aller lui ouvrir.

Il me fixait depuis que j'étais à la fenêtre, mais à l'instant où je l'ai ouverte, il s'est mis à regarder face à lui et a quitté ma chambre. C'est à ce moment-là que j'ai récupéré mes esprits, comme si son regard m'avait hypnotisé. Je l'ai suivi. Je ne ressentais plus de fascination, ou presque, juste assez pour regarder vers où il allait. La peur avait pris le relais. Il marchait en frottant en rythme ses sabots de bois sur le sol et il est entré dans la chambre de mon petit frère, âgé de quelques semaines. Il dormait dans son berceau, sa poitrine se soulevait doucement. L'être a commencé à calquer sa respiration sur celle de mon frère et a à nouveau tourné sa tête dans ma direction.

Avant même de croiser son regard, je me suis mis à courir aussi vite que je le pouvais, et je me suis plongé sous mes draps en hurlant. Je retenais mes larmes quand j'ai entendu le simulacre de la respiration de mon frère se rapprocher, jusqu'à être collé à mon oreille. Je pouvais sentir le souffle chaud de cette respiration filtrer à travers mes draps, pour finalement s'arrêter d'un coup. Le bruit du frottement des sabots contre le sol a commencé à s'éloigner, est sorti de ma chambre, et est allé vers la gauche. À gauche il n'y avait que notre cave.

C'est au même moment que mes parents ont surgi dans ma chambre. Je leur ai tout expliqué en détails, mais comme dans un mauvais film d'horreur, ils m'ont dit que j'avais dû faire un cauchemar. Le fait de leur avoir raconté ça en étant sous mes draps ne m'avait pas aidé.

Le soir, à l'heure d'aller me coucher, ma mère m'a embrassé et est partie rejoindre mon père dans le salon, malgré mes supplications d'appeler la police pour sécuriser la cave. À cet âge, j'avais tendance à surévaluer les gens en uniforme.

Je mettais beaucoup de temps à m'endormir à cette époque, on avait une fuite dans la cave, le rythme des gouttes me berçait, la cave étant étonnamment très peu isolée.

Je me suis réveillé à cause du bruit de sabots contre le sol de ma chambre. Je n'ai pas ouvert les yeux, j'étais terrorisé. J'ai même arrêté de respirer, mais je savais qu'il était là, à se tordre sur les côtés.
Par chance pour ma famille, à ce moment-là, mon frère ne faisait pas de bruit et le bruit de la télé n'avait pas l'air de l’intéresser. Il est redescendu vers la fuite, juste avant que je commence à manquer d'air. Cette fois c'est moi qui avais dû respirer trop fort. La peur qu'il revienne m'avait empêché d'appeler mes parents à l'aide.

Le lendemain était un lundi. Je m'en souviens parce que ce jour-là c'était ma tante qui me ramenait de l'école. En arrivant devant chez moi, on a été accueillis par des sirènes de pompiers et de police.

Ma mère avait découvert mon père mort dans la cave, juste avant notre arrivée. Il était en bleu de travail et avait les outils pour réparer la fuite. Elle a immédiatement appelé la police.

Elle ne me l'a pas dit à cette époque, mais quand ma mère m'a jugé assez mature, elle n'a pas cherché à me cacher plus longtemps comment il était mort, même si j'imagine que c'est l'incompréhension qui l'a poussée. Selon le rapport d'autopsie, il serait mort d'épuisement après avoir dansé des heures sans s'arrêter.

Le monstre n'a pas refait surface depuis les dix ans qui ont suivi la mort de mon père, mais je suis inquiet. Cela fait deux matins de suite que je vois mon petit frère sautiller devant sa fenêtre. L’existence de cet être couplé à mes remords de lui avoir ouvert m'ont poussé à vous écrire, mais c'est la possibilité qu'il rôde encore qui a achevé ma décision de vous prévenir.


mercredi 15 février 2017

Somniloquie (partie 4)

Après avoir entendu la voix, je me suis immédiatement retourné. Il n’y avait rien derrière moi, mais je me suis quand même dépêché de descendre. Cette voix étrange, en plus de renforcer ma phobie des greniers, m’a vraiment foutu les jetons. Je ne pouvais plus supporter de rester seul dans cette maison.
J’ai à nouveau appelé John, et l’ai supplié de venir m’aider. Je lui ai assuré de couvrir les frais du trajet. Il était d’abord réticent, sachant qu’il devrait passer la nuit chez moi, et prendre sa journée. Mais finalement sa curiosité l'a emporté, et après réflexion, il a accepté de venir.


Je l’ai attendu, patiemment, en essayant de ne pas paniquer. Chaque petit craquement de la maison m’alarmait, à tel point que j’ai fini par aller dans ma voiture.


Rassuré dans cette dernière, je ne pouvais m’empêcher d’examiner ma maison. J’ai commencé à me poser des questions, du genre : « Est-ce qu’elle est hantée ? », « Est-ce que les fantômes existent vraiment ? », et ma préférée : « C’est ça qu’est devenue ma vie ? ». Bien que les questions étaient rhétoriques, je connaissais les réponses. Alors que je fixais la maison avec désespoir, j’ai remarqué quelque chose du coin de l’œil.


C’était une silhouette, debout à la fenêtre du grenier.


Bon sang. Qu’est-ce que c’est que ce bordel. Qu’est-ce que je fais ?


C’est tout ce qui m'a traversé l’esprit après avoir vu la sombre silhouette. Après un petit temps, cette dernière s’est éloignée de la fenêtre, hors de ma vue. Une fois partie, j'ai pris le temps de réfléchir pendant quelques minutes.


Puis dans un élan de courage, j’ai choisi de retourner dans la maison, et au grenier. Dingue, je sais, mais c’est ma maison, et il fallait que je montre à cette chose que je n’avais pas envie de rentrer dans son jeu, même si j’étais terrorisé. D’ailleurs, John m’aurait tué si je n’avais pas suivi ce foutu truc.


Confiant mais toujours tremblant, je me suis rendu au grenier. J’ai ouvert la porte avec force, sans hésiter, et j’ai pénétré à l’intérieur d’un pas ferme, comme si je possédais l’endroit. Après tout, c’était le cas. Il n’y avait pas trace d’une silhouette fantomatique, mais j’ai remarqué une subtile odeur de cire de bougie. Pas bien sûr de la bonne marche à suivre, j’ai commencé à parler d’une voix forte et ferme.


« Ce n’est pas votre maison. Je suis fatigué de vos jeux à la con, esprit. Je vous demande de partir sur-le-champ ! »


Je savais que ça n’allait pas marcher, mais c’était presque cathartique. Ça me faisait vraiment du bien de riposter. J’ai fait le tour du grenier, satisfait, en pensant que j’avais vaincu ma peur. Ma gloire fut de courte durée.


Peu après mon petit discours, une rafale de vent a traversé le grenier et m'a frappé comme un bus. Ça m’a presque renversé. Je savais que c’était l’œuvre du fantôme. J’ai essayé de tenir bon, mais j’étais franchement effrayé à ce moment.


J’ai observé impuissant tout le bazar du grenier s’envoler pour former une sorte de tornade de souvenirs. J’allais partir, quand j’ai remarqué quelque chose qui n’avait pas bougé d’un pouce. C’était le livre de sorcellerie que j’avais déjà vu avant. Au moment où je l’ai remarqué, le vent s’est inexplicablement arrêté, et tout est retombé d’un coup au sol. Je me suis avancé jusqu’au livre, curieux de savoir pourquoi il n’avait pas bougé. Alors que je m’en approchais, il s’est ouvert de lui-même. C’était surprenant, mais pourtant je n’y ai senti aucune malveillance. Je commençais à me dire que le fantôme voulait vraiment communiquer avec moi.


La page sur laquelle le livre s'était ouvert était un sort. C’était entièrement rédigé en latin, mais de ce que je pouvais en comprendre, ça avait un rapport avec de la culture de plantes. Désorienté, j’ai demandé de l’aide au fantôme.


« Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? »


Après avoir posé la question, la porte du grenier s'est refermée violemment. J’en ai conclu qu’il voulait que je récite le sort dans le grenier. J’étais toujours désorienté, mais j’étais calme… Je sentais que j’aidais l’esprit d’une certaine manière.


Avant que je ne puisse lire le livre, mon téléphone a sonné. C’était un texto de John :


« Vraiment, vraiment désolé. Je peux pas venir. Mon patron ne me donne pas ma journée demain, et je ne suis pas certain que ma voiture puisse tenir un aller-retour. J’ai besoin de nouveaux pneus, et je ne pourrai pas les acheter avant vendredi. Rappelle-moi à ce moment-là et je verrai ce que je peux faire. Bonne chance. »


Merde.


Même si je ne paniquais plus, c’était toujours rassurant de savoir que quelqu’un arrivait chez moi, juste au cas où les choses tourneraient au vinaigre. Ça ne me plaisait pas, mais j’étais seul. Je l’ai accepté, et me suis à nouveau concentré sur le livre. Il était temps de lancer le sort.


J’ai raclé ma gorge, et commencé à réciter ce qui était marqué dans le livre. J’avais fait du latin à la fac, et même si je ne me souvenais pas de tout, j’en savais assez pour le prononcer correctement. Enfin je trébuchais quand même sur certains mots parfois, ce qui m’a obligé à recommencer quelques fois. Je voulais le faire bien, surtout si c’était vraiment ce que voulait le fantôme.


Après l’avoir récité parfaitement, la porte du grenier s’est ouverte. Je suis sorti en tenant le livre, me demandant si c’était fini. Arrivé au bas des marches, il est devenu rapidement clair que ça ne l’était pas. La porte de la cave était grande ouverte.


J’étais en territoire inconnu, suivant les directives d’un fantôme, et espérant que je les suivais bien. Voir la porte de la cave ouverte m'a convaincu que je devais également y réciter le sort. Je n’étais pas encore certain de la raison, mais je sentais que c’était la volonté de l’esprit. Par conséquent, je me suis exécuté.


Je suis descendu à la cave avec le livre et j’ai allumé les lumières. Un rapide coup d’œil révéla que j’y étais seul, et qu’il n’y y avait aucune porte. Je me suis raclé la gorge à nouveau, et j’ai commencé à réciter le sort, mots pour mots. Honnêtement, j’étais excité. Réciter ce sort me donnait l’impression que je faisais quelque chose pour mon problème de fantôme, et que ça pourrait réellement l’apaiser. Cette fois, je l’ai bien dit du premier coup.


Alors que je finissais le sort, la maison s'est mise à trembler. Quand je dis la maison, je veux dire toute la maison, la cave et tout le reste. Je n’avais jamais vécu de séisme avant, mais ça semblait être la seule explication logique à ce qui se passait. Ce n’est qu’en balayant la pièce du regard au milieu de ce bordel que j’ai compris : c’était le sort.


Là, sur le mur du fond, tremblant avec le reste de la maison, il y avait la porte du grenier. Je me demandais si c’était le sort qui l’avait invoquée, tout en faisant trembler la maison. La secousse a fini par s’arrêter, et je me suis retrouvé seul avec la porte, ce qui confirmait mon hypothèse. J’ai attendu une minute ou deux, pensant que la porte s’ouvrirait d’elle-même, mais ce ne fut pas le cas. Il semblait que je devais l’ouvrir moi-même. Ça ne m’enchantait pas, mais j’étais allé trop loin pour reculer.


J’ai pris mon courage à deux mains, et me suis avancé vers la porte. Je l’ai ouverte, sans peur, comme je l’avais fait en haut. Derrière se trouvait une surprise.


C’était le grenier. Le grenier, d’en haut. Tout était identique, sauf qu’il y avait un homme qui se tenait à la fenêtre. En m’entendant ouvrir la porte, il s'est retourné. Ses yeux se sont écarquillés en me voyant. Il a couru si vite dans ma direction que j’ai à peine eu le temps de reculer d’un pas.


L’homme s'est précipité dans la cave à travers la porte. Il s'est retourné et l'a refermée immédiatement, en prenant soin de verrouiller le pêne. Il s'est tourné vers moi, m'a pris par les épaules, et m'a regardé droit dans les yeux. J’étais perplexe et j’avais peur pour ma vie. Puis il a parlé.


« Merci, merci, merci, merci. Merci infiniment ! »


Après m’avoir exprimé sa gratitude, l’homme m'a lâché et s'est précipité en haut, mais non sans se retourner une dernière fois pour me donner un conseil.


« Quoi que tu fasses, ne va pas là-dedans ! »


Il m’a indiqué la porte du grenier, avant de sortir de la cave. J’ai couru après lui, pour lui poser quelques questions, mais quand je suis remonté, il n’était plus là. Ma porte d’entrée était ouverte, et je pouvais le voir courir sur la route mal entretenue qui menait à la ville.


Et c’était tout. J’ai dormi la nuit dernière sans bruits ni problèmes paranormaux. J’ai même mis en place les caméras et le dictaphone pour être sûr. Ils n’ont absolument rien donné. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais je suis sûr d’une chose. L’homme qui est sorti de derrière la porte du grenier n’était pas un fantôme.


C’était une personne vivante, en chair et en os.

Traduction : The Dude

Et voilà, cette pasta est à présent terminée, bien qu'elle garde son lot de mystères. Merci au traducteur pour son excellent travail !
Partie 1
Partie 2
Partie 3

lundi 13 février 2017

Somniloquie (partie 3)

Voir la porte du grenier dans ma cave m'a donné une sorte de vertige. Je ne voulais pas l'ouvrir, j'étais effrayé par ce qui pouvait se cacher derrière. Alors, j'ai remonté les escaliers en courant et je suis allé voir si la véritable porte du grenier était toujours à sa place. Ça m'a surpris, mais oui, elle y était. Je suis redescendu à la cave pour m'apercevoir que la porte que j'avais vue là-bas avait disparu. Avais-je pu imaginer sa présence ?

Pensant que je devenais complètement cinglé, je suis sorti de la cave pour m'asseoir sur le canapé un instant. Je me torturais l'esprit, à la recherche d'une explication rationnelle, mais il semble qu'il s'en soit lassé, car j'ai fini par m'endormir, et c'est là que j'ai fait un autre rêve étrange.

Il était semblable à celui que j'avais fait avant. J'étais assis sur la canapé, regardant la télé, quand j'ai entendu un grattement. La seule différence était qu'il venait cette fois de la cave, qui est plus proche que le grenier. Il s'est amplifié et transformé en battements dont je ne pouvais faire abstraction. Je me suis levé du canapé pour y mettre un terme.

Dans mon rêve, la cave était vide. Pas de porte mystérieuse en vue. Les coups et les grattements avaient cessé quand je suis entré. Je remontais alors les escaliers. Le bruit est revenu, mais venant du grenier. J'y ai couru aussi vite que j'ai pu, mais le bruit s'était déjà arrêté. J'ai attendu. Conformément à mon rêve précédent, le pêne a cliqueté, me signalant que la porte s'était déverrouillée. Contrairement à l'autre rêve, cependant, la porte était légèrement ouverte et une main était tendue. C'est à ce moment que je me suis réveillé.

J'avais mis le premier rêve sur le compte d'un esprit trop stressé, mais de là à le refaire ? Ce n'était pas commun, ou du moins pas pour moi. Entre la porte de la cave, et mes cauchemars bizarres, j'étais perdu. J'ai fini par appeler mon ami John.

John, c'est un excentrique. C'est le type de gars qui croit aux extra-terrestres, aux fantômes, aux théories du complot, à l'occultisme et toutes ces choses. Il ne se contente d'ailleurs pas d'y croire, il les étudie aussi. Il sait plus de choses sur Roswell que j'en sais sur moi-même. Étant un sceptique, j'ai toujours pensé que le nombre impressionnant d'informations qu'il possédait était à la limite de l'inutile. J'ai changé d'avis après avoir vu la porte du grenier apparaître dans ma cave. Si quelqu'un pouvait m'aider, ou au moins m'orienter dans la bonne direction, c'était bien lui.

On a parlé tous les deux pendant des heures. Il était fasciné par ce que je lui avais raconté et n'a pas tardé à échafauder plusieurs théories à partir des éléments que je lui avais révélés. Certaines incluaient un trou de ver, une passerelle vers une autre dimension, ou même un bug (une de ses théories préférées est que le monde dans lequel nous vivons n'est qu'une simulation). Il m'a dit qu'il ne pouvait être sûr de rien sans avoir vu le phénomène par lui-même. Malheureusement, il habitait trop loin pour venir me rendre visite comme ça.

Loin de me laisser les mains vides, John m'a donné quelques conseils pour la suite. Quand je lui ai dit pour la voix que j'avais enregistré et les rêves que je faisais, il s'est penché sur l'idée du fantôme. Il pensait qu'il y en avait peut-être un qui essayait de communiquer avec moi. Il m'a dit de mettre le dictaphone dans la cave et de poser quelques questions à l'esprit. Je pourrais écouter l'enregistrement après pour la voix. Il m'a aussi recommandé de faire la même chose dans le grenier.

Bien que peu convaincu par ses méthodes, je lui ai promis que j'essayerais. Après tout, je ne pouvais pas juste m'asseoir en espérant que la situation se résolve d'elle-même. Je n'aimais pas l'idée de monter au grenier, mais il fallait bien que je tente quelque chose.

Dès que j'ai raccroché avec John, j'ai mis son plan en action. J'ai commencé par la cave.

Je suis descendu à la cave et j'ai lancé l'application pour enregistrer de mon téléphone. J'ai commencé à poser quelques questions, en faisant une pause entre chaque, pour que la chose puisse répondre. Je lui ai demandé des choses banales, comme son nom, son âge et ce qu'elle voulait. Après environ cinq minutes d'interrogatoire, j'ai stoppé l'enregistrement pour écouter.

J'ai dû m'écouter en train de poser ces questions un million de fois, espérant que je distinguerais quelque chose sur l'enregistrement. A mon grand désarroi, personne ne me répondait. L'aventure allait donc continuer dans le grenier.

J'ai monté à contrecœur les marches menant au grenier. Je suis resté un moment à fixer la porter, avant de prendre une grande inspiration et de déverrouiller ce foutu pêne.

Il n'y avait rien dans la pièce, à part les biens ayant appartenu aux anciens propriétaires.

Quand j'ai acheté la maison, elle avait besoin d'être un peu rénovée, pour tout vous dire. Les propriétaires avant moi n'avaient pas le câble, pas l’électricité et la plomberie était plus que douteuse. De plus, ils avaient laissé toutes leurs affaires ici. Je me suis débarrassé de la plupart, mais je n'ai pas touché à ce qui était dans le grenier. Je n'avais pas besoin de cet espace, et je ne voulais pas dépenser plus d'argent pour vider la maison.

J'ai un peu regardé ce qui se trouvait au grenier, curieux de voir ce que, techniquement, je possédais.
C'est ainsi que j'ai trouvé quelques trucs intéressants, comme une vieille carte postale de Paris, un étrange collier pour chien, et un livre sur la sorcellerie. Le malaise a surgit pendant que je parcourais ma nouvelle collection. Le plafond anguleux, les antiquités et la grande fenêtre avec vue sur ma cour donnaient un certain charme à la pièce, mais j'avais toujours cette répulsion pour les greniers.

J'ai appuyé sur le bouton pour enregistrer avant de poser mon téléphone au milieu du grenier. J'ai posé les mêmes questions que dans la cave, mais en laissant moins de temps entre chaque. Je voulais vraiment foutre le camp d'ici au plus vite. Avant d'arrêter l’enregistrement, j'ai pensé à quelque chose. Peut-être que l'esprit allait répondre si je lui posais la même question que dans mon sommeil.

Je me suis éclairci la gorge et j'ai demandé : « Où es-tu ? »

Après cette dernière question, j'ai appuyé sur le bouton stop pour écouter l'enregistrement. Il était presque comme celui de la cave : des questions sans réponses. Ce n'est qu'à la fin, après la dernière question, que j'ai entendu un murmure familier.

« Derrière toi. » 


Traduction : The Dude

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