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samedi 27 août 2016

Mon film (partie 1)


Avant que vous ne lisiez toute mon histoire, je tiens à préciser que je n’ai aucun regret. Mon film m’a permis d’avoir tout ce que j’ai toujours voulu, c’est-à-dire de la notoriété, de l’argent et des amis. Bref, si, en lisant ce qui va suivre, vous vous demandez si j’ai regretté quelque chose : la réponse est non. Même si j’avoue que j’aurais aimé que mon film ne me vole pas tant de choses précieuses.

Je me présente : Jérémie, 22 ans et passionné de cinéma. J’ai grandi avec des parents aimants et le meilleur grand frère du monde. Mon grand frère s’appelait Daniel, il avait 4 ans de plus que moi et il était très protecteur. Une fois, je m’étais fait racketter à la sortie du collège et je l’ai dit à mon frère. Si vous aviez vu son regard... mon Dieu. Je n’avais jamais vu mon frère énervé comme ça. Il m’a dit qu’il allait régler ça et il est parti. À ce jour, je n’ai toujours pas su ce qu’il avait fait aux personnes qui m’avaient racketté, mais je ne les ai jamais revues.

Je l’aimais beaucoup et je ne m’imaginais pas vivre sans lui. Malheureusement, il est décédé le 26 mai 2014 dans des circonstances étranges. Le légiste a conclu qu’il est mort d’une crise cardiaque, mais je pense, personnellement, qu’il a été assassiné par certaines personnes. Mais j’y reviendrai plus tard.

Il serait peut-être temps de commencer l’histoire.

Tout commence en juillet 2000. J’avais 6 ans et mon frère en avait 10. On s’amusait à filmer absolument tout dans le jardin avec le caméscope de notre père. On filmait des plantes, des écureuils et même les gamins qui passaient en vélo dans la ruelle devant notre jardin. Puis, on a décidé de quitter le jardin et de s’aventurer dans ladite ruelle. Il n’y avait plus rien à filmer dans notre jardin et on commençait à s’ennuyer. Je pense que ne pas prévenir nos parents était une erreur, parce que, pendant qu’on marchait, on a vu une bande de chats errants en train de déchiqueter un oiseau. Ça m’a dégoûté, mais mon frère trouvait ça amusant

Il a commencé à faire des plans vraiment précis sur le volatile et il riait. Je lui ai dit d’arrêter de filmer ça, mais il refusait. Il faut croire qu’il aimait vraiment la vue. Puis, notre mère nous a pris sur le coup. Elle nous a tirés jusqu'à la maison et a commencé à nous engueuler. Je priais pour qu'elle ne regarde pas la vidéo. Évidemment, elle nous a confisqué la caméra et elle est partie voir notre père. Je voyais que mon frère stressait. Lui aussi priait pour que nos parents ne voient pas ce qu’il venait de filmer. Malheureusement, notre père a crié son nom et il a dû s’expliquer. Mes parents lui ont demandé pourquoi il avait filmé ça et il n’avait rien à répondre. On n’a malheureusement plus jamais pu rejouer avec le caméscope de notre père.

Cependant, depuis cette journée, mon frère s'était découvert une grande passion pour le cinéma. J'étais content qu'on partage les mêmes centres d'intérêt, car j'avais envie de passer plus de temps avec lui. On inventait des scénarios de films d'action ou d'horreur, on créait des personnages, on invitait des amis à jouer avec nous. Bref, on voulait travailler dans l'industrie du cinéma. Mon frère m'avait dit qu'on créerait un film très populaire, un jour, et qu'on serait riches. Bizarrement, il avait eu raison sur ce point. Peut-être qu'il voyageait dans le temps.

On allait tout le temps au cinéma avec notre père. C'était vraiment la belle époque. Il nous payait l'entrée, nous achetait du pop-corn et on parlait du film pendant toute la soirée. Si j'ai arrêté d'y aller avec lui, c'est parce que je préférais y aller avec Daniel. Il avait 14 ans et ne voulait plus y aller avec notre père. Il disait qu'il voulait y aller avec ses amis et seulement eux. Ça a déçu notre père, parce qu'il aimait aller au cinéma avec nous, mais il a accepté la décision et il ne nous a plus jamais emmenés voir un film. Ça m'a déçu aussi, car je devais choisir entre mon grand frère et mon père. Ça a été vraiment difficile, parce que c'était les deux personnes que j'aimais le plus au monde, mais j'ai finalement choisi mon frère et ses amis.

Étrangement, les amis de mon frère étaient plus amusants que Daniel lui-même. Sûrement parce que je ne les voyais pas tous les jours et qu'ils ne prenaient pas un malin plaisir à me frapper. Moi et mon frère avions une relation classique : il me tapait et quand j'essayais de lui tenir tête, il me frappait plus fort. Évidemment, je n'aimais pas me faire taper et j'essayais de faire profil bas avec lui, mais il n'y avait rien à faire ! Il me tapait parce que je respirais ! J'ai commencé à me défendre réellement à l'âge de 13 ans et ça a marché. Les mauvais traitements ont diminué peu à peu avant de complètement disparaître. Aujourd'hui, quand je repense à lui durant sa crise d'adolescence, je pense qu'il se faisait tabasser à l'école, mais qu'il n'en parlait à personne. Il revenait à la maison avec des ecchymoses sur les bras et le dos et refusait de dire d'où ils venaient. Je suppose qu'il devait se défouler sur le plus faible de la famille. Enfin, je dis ça, mais ce n'est qu'une hypothèse ! L'origine des ecchymoses reste encore inconnue. Peut-être qu'il avait envie de reproduire les combats qu'il voyait au cinéma à l'école. C'est drôle qu'il ait emmené autant de mystères dans sa tombe.

Un soir, je suis allé au cinéma avec Daniel et un de ses amis. J'avais 14 ans et lui en avait 18 ans. Il voulait donc aller voir un film "porno" au cinéma.

Petit aparté : eh oui, un des cinémas de notre ville diffusait des films pornos, même s'ils étaient, évidemment, "cachés" du grand public. Par "cachés", je veux dire qu'on ne pouvait connaître leur existence que grâce au site Internet du cinéma.

J'ai pu accéder à la salle grâce à deux choses: le fait que les employés de ce ciné étaient tous des flemmards qui regardaient à peine les clients et parce que j'avais l'air d'être beaucoup plus âgé grâce à ma grande taille et à ma voix plutôt rauque pour mon âge.

J'avais hâte ! Sûrement parce que c'était le premier film X que j'allais voir au ciné. Pourtant, il n'y avait rien de bien là-dedans. J'allais voir un film de cul, tout en étant entouré de vieux pervers qui se branlaient dès qu'un sein apparaissait à l'écran. Ça a été une expérience dégueulasse. Imaginez-vous à ma place : vous entrez dans une salle avec une odeur de sperme omniprésente et envahie par des hommes de 40 ans. Je ne pensais vraiment pas que des gens oseraient se branler avec des inconnus à côté d'eux. J'avais un peu peur, pour être honnête.

On s'est assis le plus loin possible de la masse. On avait de bonnes places, hormis le fait qu'il y avait quelqu'un derrière moi qui n'arrêtait pas de gesticuler et de parler tout seul. J'essayais de ne pas y faire attention. Puis, le film a commencé. C'était classique au début : un mec interviewait une fille. Apparemment, c'était une star.

Je ne vais pas vous mentir, j'avais vu pas mal de pornos avant celui-ci et je connaissais pas mal d'acteurs et d'actrices, mais bizarrement, ceux-là je ne les connaissais pas. Puis, à un moment, le mec a baissé son pantalon, a déshabillé la fille sauvagement et lui a fait l'amour. J'ai trouvé cela brusque, mais ça ne m'a pas tant surpris. J'aime quand c'est brusque et inattendu. Cependant, la fille regardait la caméra, les larmes aux yeux. Mon plaisir a commencé à diminuer. Je me suis dit que c'était bizarre. Normalement, les deux acteurs sont contents de baiser. J'avais envie d'en parler à mon frère, mais il semblait captiver.

C'est là que les choses bizarres ont commencé. Sans crier gare, un homme nu, avec un masque de chèvre, est entré dans la pièce. Il avait un crayon et un couteau dans la main. Il a d'abord commencé à dessiner des fleurs et des smileys dans le dos du mec, qui se faisait la fille par-derrière. Puis, avec le couteau, il a commencé à couper là où il avait dessiné. Le mec criait extrêmement fort, mais pas de douleur. Il criait parce que ça lui faisait du bien ! J'allais partir, quand  j'ai entendu des coups derrière moi, comme si quelqu'un frappait des parties de son corps avec sa paume. Je me suis retourné et j'ai vu le vieux derrière moi en train de se masturber.

Non ! C'était trop ! Je suis parti de la salle le plus vite possible. Une fois à l'extérieur, j'ai remarqué un truc choquant : la salle adjacente à celle du film "porno" diffusait un dessin animé pour gamins. Je n'arrivais pas à y croire. Comment un cinéma pouvait mettre un film porno pour vieux dégueulasses à côté d'un film pour gamins insouciants ? Ce ciné était louche.

Mon frère et son ami sont sortis cinq minutes après moi. Je croyais que le film était fini, mais j'entendais des cris vraiment violents dans la salle. Apparemment, eux aussi avaient lâché. Je n'osais pas leur demander ce qu'ils avaient vu après mon départ.

" C'était bien ! '' a dit mon frère pendant qu'on marchait vers sa voiture.

Après cette histoire, il est devenu bizarre.

Il a commencé à me parler de tourner un film. Au début, je n’étais pas vraiment chaud, car il m’avait déjà parlé de cette idée à de nombreuses reprises, mais le projet était abandonné à chaque fois parce qu’il n’avait plus la motivation de continuer. Alors, comme j’ai dit, je n’étais pas vraiment partant, mais il a fini par me convaincre pour je-ne-sais quelle raison. J’imagine que j’avais juste envie de lui faire plaisir.

On a commencé le tournage le 1er juillet 2010 et j’avais 16 ans. Oui, commencer le tournage nous a pris deux ans pour des raisons complètement stupides.

Premièrement, on n’avait pas d’argent. On a donc décidé de faire des choses pas très morales pour en récolter. En gros, on a racketté des gens, on a vendu de la drogue et on prenait un peu d’argent à nos parents quand l’occasion se présentait. On avait aussi chacun un petit job à côté. On était 8 au début, donc ça n’a pas été très long avant d’avoir la somme minimale pour commencer le tournage. Quand je dis que ça n’a pas été long, je veux dire que ça nous a pris deux ans pour récolter 18.000 euros. Pour être honnête, je n’étais pas pour l’idée de racketter, au début, mais c'était nécessaire. C’est ce qui a été le plus lucratif.

Un soir, on se promenait dans un parc à la recherche de notre prochaine victime. Puis, on a vu deux vieux et une jeune adolescente avec eux. C’était parfait. Moi et Daniel, on s'est placés derrière eux au cas où ils tenteraient de fuir, deux étaient cachés à leur droite, deux autres à leur gauche et les deux derniers allaient les attaquer par l’avant. Daniel a donné le signal par un sifflement et on s’est tous rués vers eux. La terreur dans leurs yeux était plutôt plaisante à regarder, mais je ne voulais pas leur faire de "mal". Je dis ça, parce qu’un des vieux se défendait vraiment bien. Il avait vraiment envie de protéger sa femme et sa petite fille d’une bande de jeunes adultes malveillants (je suppose).

Je ne savais pas vraiment quoi faire, parce qu’il était bien trop fort pour nous. Il était capable de péter la gueule de 8 jeunes adultes juste avec ses poings ! Et je rappelle qu’on avait tous des lames. Alors, j’ai sorti ma lame et je l’ai plantée dans son dos. Il a poussé un hurlement de douleur alors que les deux autres étaient horrifiés. Mes amis et mon frère en ont profité pour le ruer de coups pendant que je retenais les deux autres du mieux que je pouvais. On a finalement pu leur voler tout ce qu’ils avaient, c’est-à-dire les bijoux de la vieille, le portefeuille du vieux et le portable de l’adolescente. J’ai repris ma lame et on est partis en courant. J’ai su plus tard que le vieux qu’on avait tabassé était mort. Je ne savais pas quoi en penser, mais j’avais très peur de voir la police débarquer chez moi. Heureusement, ils ne sont jamais venus. Logique étant donné qu'on portait des masques et qu'on avait des gants.

Deuxièmement, peu de personnes voulaient s’associer à nous, parce qu’on voulait tourner un film horreur-porno. Un snuffmovie, en gros. Vous vous demandez sûrement pourquoi on voulait tourner ce genre de film, eh bien la réponse est très simple : ça attire beaucoup de gens. Quand on était allés voir le film "porno" au cinéma, Daniel avait été surpris par le nombre de personnes qui s’étaient déplacées uniquement pour voir ça. Alors, il a supposé que ça attirerait plus de gens s’ils n’avaient pas à payer quoi que ce soit, s’ils n’avaient pas à se déplacer et s’ils n’avaient pas besoin d’être entourés d’inconnus pendant leur petite branlette. Son plan m’avait surpris, car il était très futé.

Mais comme je l'ai dit précédemment, le plus dur a été de trouver des personnes consentantes pour être devant ou derrière la caméra. Ça nous énervait, mais on s’y attendait. Quelle personne normale allait accepter de tourner dans un tel film ? On ne voulait surtout pas simuler les actions du film. En gros, on voulait que les réactions des acteurs soient naturelles et ne fassent pas partie d’un script. En fait, trouver des personnes derrière la caméra était plutôt facile puisqu'ils n’allaient pas se faire mal. Cependant, on n’a pu trouver que 5 acteurs pour faire des trucs assez malsains.

Puis, j’ai proposé à Daniel d’envoyer des gens de derrière la caméra devant la caméra sans leur dire et de dire à de potentiels acteurs qu’ils allaient tourner dans un film normal. Il s’est senti stupide de ne pas avoir pensé à cela plus tôt et a fait ce que j’ai dit. Il m’a surpris lors de cette journée. Je veux dire que je m’attendais plutôt à le voir rigoler au lieu de vraiment appliquer mes conseils. J’avais proposé cette idée pour rigoler, mais apparemment elle a vraiment été décisive pour la suite du tournage du film.

On engageait de jeunes adultes et on leur disait qu’ils allaient tourner dans un petit film porno amateur. On leur montrait un faux script que j’avais moi-même écrit et la plupart acceptaient l’offre et on leur faisait signer un contrat de confidentialité (ils ne devaient pas parler du film à qui que ce soit avant sa sortie). C’était évidemment malhonnête et illégal, mais on n’en avait rien à foutre. Ce film allait peut-être nous rendre riches ! Et comme dirait un certain Machiavel : la fin justifie les moyens.

Mon frère, avant que le tournage ne commence, m'a forcé à regarder beaucoup de snuffmovies. Il voulait que je sois habitué à la vue du sang et des morts. Au début, je n'étais pas consentant, mais, je n'ai pas eu le choix. J'ai donc dû regarder des gens se faire torturer/tuer/violer sur un écran. Vous avez déjà vu Orange Mécanique ? Si oui, eh bien, j'ai reçu le même traitement qu'Alex, mais les effets étaient inverses. J'ai fait énormément de cauchemars durant cette période et je dirais que c'est depuis ce moment que je suis devenu insensible à la souffrance des gens. Tous les jours, je voyais des gens se faire massacrer. Je les voyais me supplier de les aider et j'étais impuissant face à cela. Je savais que rien ne se passait en direct et que la plupart d'entre eux étaient des fakes, mais ça me touchait profondément. Au fur et à mesure que les jours passaient, j'ai commencé à comprendre que je ne pouvais sauver personne. Je les ai donc regardés se faire tuer et, bizarrement, j'y ai pris goût. Je ne pourrais pas dire pourquoi, mais la vue du sang ne me dérangeait plus et était même plutôt plaisante.

On était 22 à travailler sur le film. On n’avait pas encore fixé de nom à ce moment-là. On a tourné la toute première scène le 1er juillet 2010 et je me rappellerai toujours de cette journée.

Daniel est venu me réveiller à 6h30 du matin pour aller au studio. Je me suis levé laborieusement et nous y sommes allés. On est arrivés à 7h15 et deux "techniciens" étaient en train de monter le plateau. Je mets "techniciens" entre guillemets, parce qu’ils étaient en fait des acteurs cachés. Mon frère et moi avions élaboré un plan pour les mettre dans le film sans qu’ils le sachent. On les a salués et on les a aidés à monter le reste. Le plateau de tournage de la journée ressemblait à une espèce de cave abandonnée avec deux chaises placées au milieu. Je vous laisse deviner à qui étaient réservées les chaises. Il y avait aussi une porte dans le fond du plateau.

À 8h00, on avait fini et les autres qui étaient dans le coup avec nous sont arrivés. Les deux "techniciens" se demandaient pourquoi les acteurs n’étaient toujours pas arrivés. C’était le moment. Mon frère et moi nous sommes jetés sur l’un d’eux et deux autres personnes ont foncé sur l’autre. Ils ne comprenaient pas ce qui était en train de se passer et ils criaient. Je dois avouer que les cris me faisaient très mal aux oreilles, je me suis alors dépêché de mettre un bâillon dans la bouche de celui que Daniel tenait. Puis, je lui ai mis un sac sur la tête et l’ai jeté sur une des chaises. Des personnes ont attaché l’autre acteur à l’autre chaise et d’autres personnes sont venues nous aider à attacher le premier acteur. Ils n’arrêtaient pas de gémir et de gesticuler. J’avais peur qu’ils gâchent la scène en faisant tomber la chaise, mais Daniel avait eu l’idée de les visser au plancher. Décidément, mon frère était vraiment futé.

"Placez-vous !" a ordonné Daniel en allant se placer derrière une des caméras.

Tout le monde se dirigeait vers un endroit du plateau... sauf moi. Mon frère m’avait seulement dit d’observer et d’apprendre. J’étais un peu dégoûté de ne pas plus participer au film.

"Action !" a crié Daniel quand tout le monde a été à son poste.

La première scène du film allait être tournée et j’avais hâte de voir de quoi ça aurait l’air.

Frédéric, un homme de trente ans plutôt costaud qui avait accepté de tourner plusieurs scènes, est entré par la porte située derrière les deux chaises. Les deux acteurs étaient en train de gémir et c'est exactement ce qu'on voulait qu'ils fassent.

Frédéric était torse nu, il portait un pantalon marron et des souliers noirs. Il avait aussi une paire de ciseaux recouverte de faux sang dans la main. Il s'est approché lentement des deux prisonniers et s'est accroupi juste à côté de l'un d'eux. Il s'appelait Vincent. Frédéric était en train de sentir Vincent, comme un animal qui sent sa bouffe avant de la manger. Puis, en une fraction de seconde, il s'est placé derrière sa victime en retirant le sac de sa tête et a commencé à jouer avec ses cheveux. Vincent recommençait à gesticuler, mais Frédéric lui a ordonné sèchement d'arrêter. Ensuite, comme écrit dans le vrai script, il commençait à couper les cheveux de Vincent. Frédéric était clairement en train de profiter de ce moment. Il a porté plusieurs mèches de cheveux à ses narines et les a respirées de toutes ses forces. Puis il a décidé de les mettre dans sa bouche.

Tout le monde sur le plateau était étonné et légèrement écœuré par cet acte, parce que ce n'était pas dans le scénario et aussi parce que les cheveux de Vincent étaient gras et recouverts de pellicules. Cependant, on a tous trouvé ce moment parfait pour cette scène ! On voulait rendre le spectateur mal à l'aise et manger des cheveux et en tirer du plaisir était très clairement quelque chose de malsain. Frédéric a eu beaucoup de mal à avaler les mèches de cheveux. Il avait beaucoup de spasmes, il n'arrêtait pas de faire des bruits étranges avec sa gorge, il allait parfois fourrer ses doigts au fond de sa gorge pour extraire quelques mèches et il a même un peu vomi sur le crâne de Vincent.

Après ça, Daniel a crié "COUPEZ" et tout le monde s'est mis à applaudir la performance de nos acteurs. Ils avaient vraiment fait du bon travail. Cependant, on ne savait pas quoi faire des deux "prisonniers". Étant donné qu'on ne les avait pas tués dès la première scène, il fallait les garder en vie quelque part en attendant que leur scène finale arrive. On les a donc gardés dans une pièce sans fenêtre du studio et on les nourrissait deux fois par jour. Vincent est celui qui nous a causé le plus de problèmes, car sa scène finale était à la fin du film et il était le plus agité de la bande. On a donc dû le tabasser avec des barres de fer à de nombreuses reprises pour qu'il se calme. J'ai même porté un coup très violent sur sa tempe et ça a failli le tuer. Depuis ce jour, Daniel m'a interdit de retourner voir nos "prisonniers".

On a enchaîné les tournages et on a tout terminé au bout de presque un mois.

Avant de continuer l’histoire, je vais vous raconter le scénario et vous détailler la scène finale.

C’est une histoire de snuffmovie classique. Enfin, je dis classique pour aujourd’hui. À l’époque, il n’y avait pas énormément de films de ce genre sur Internet. Il y en avait quelques-uns, mais au moins 95% étaient des fakes. Le nôtre est réel. C’est ce qui le rendait différent des autres. Le film parle du psychopathe Dave Smith (Frédéric dans la vraie vie) qui décide de changer de vie et de devenir quelqu'un de normal. Il décide de se trouver un travail, mais son côté dangereux prend le dessus et il se surprend en train de commettre des meurtres, de la torture et des viols.

Le 22 septembre 2010, la scène finale du film avait été tournée et on allait commencer le montage.

Durant la scène finale, on voit Frédéric en train de parler à un des acteurs. L’acteur croyait qu’il allait juste parler à Frédéric durant la séquence et, qu’à la fin, ils allaient se réconcilier. En gros, il croyait qu’ils allaient régler un conflit que j’avais créé dans le faux script. Par contre, Frédéric avait reçu un scénario complètement différent. Frédéric devait, au début, parler calmement à Samuel (le comédien), puis commencer à hausser le ton jusqu'à lui hurler dessus.

On voyait bien que Samuel ne comprenait pas, car, dans son script, Frédéric devait se calmer au fur et à mesure de la discussion.

Mais dans le vrai script, Frédéric, après avoir hurlé sur Samuel de toutes ses forces, devait se jeter sur lui et le ruer de coups de poing au visage. Étant donné que Frédéric était beaucoup plus costaud que Samuel, il n’a eu aucun mal à lui casser la gueule. Ensuite, après qu’il ait bien amoché Samuel, Frédéric devait lui crever les yeux. Les deux étaient en train de hurler. L’un criait à cause de la douleur et l’autre pour le plaisir. Après, Frédéric devait s’emparer d’un couteau et devait lui planter dans la gorge. S’ensuivait alors un gros plan sur le visage du mort et un générique avec de faux noms. Samuel représentait le côté psychopathe du personnage principal. Donc, à la fin, Dave devient une personne normale. Une happy-end dans un snuffmovie !

Comme dit précédemment, on n’a pu engager que 5 acteurs qui savaient qu’ils allaient tourner dans un snuffmovie et 8 autres qui ne savaient pas dans quoi ils s’étaient embarqués. En plus, on a dû  les piéger en écrivant de faux scripts pour les 5 acteurs consentants afin de pouvoir les tuer. Ça m'aurait étonné qu'ils acceptent de mourir devant la caméra. Et, pour éviter les soupçons des autres acteurs et des techniciens, on les faisait venir au plateau seulement une fois et on les empêchait de se voir entre eux. Par exemple, si un des techniciens/acteurs devait venir au studio pour installer la lumière, il ne sortirait plus du plateau jusqu'à ce que sa scène finale soit tournée. En d’autres termes, jusqu'à sa mort. Tous les acteurs, excepté Frédéric, et presque tous les techniciens, sont morts devant la caméra. Voici une liste de ceux étaient encore vivants à la fin du tournage :

-Jérémie (moi-même)
-Daniel
-Frédéric
-Rémi (une des 8 personnes initiales)
-Nicolas (une des 8 personnes initiales)
-Quentin (une des 8 personnes initiales)
-Oscar (une des 8 personnes initiales)
-Sébastien (une des 8 personnes initiales)
-Guillaume (une des 8 personnes initiales)
-Robert (Monteur vidéo)

Robert, un des amis de Daniel, s’est occupé du montage et je dois avouer que son apparence était plus que repoussante. Il était grassouillet, avait de long cheveux gras attachés en queue de cheval et il suait tout le temps. Enfin, je dis ça, mais il était très gentil et il était EXTRÊMEMENT habile avec les montages. Il a tout terminé au bout d’une semaine et, apparemment, il avait très peu dormi. Je dis "apparemment", car c’est une supposition. De grosses cernes apparaissaient sous ses yeux depuis qu’il avait commencé le montage.

Après réflexion, je crois que Robert avait des cernes car il n’arrivait plus à dormir. Je suppose qu’après toutes les horreurs qu’il a dû voir en faisant le montage, le sommeil ne venait pas. Ce qui est compréhensible. Si j’étais quelqu'un avec une bonne santé mentale et que je devais travailler avec des psychopathes meurtriers, je n’arriverais sûrement pas à dormir. Même si je parle de "psychopathe meurtrier",, je ne me considère pas comme tel. Je pense plutôt que ma façon de voir les choses est différente de la vôtre.

Au début, je ne lui faisais pas confiance. J’avais peur qu’il aille contacter la police et qu’on ne puisse pas terminer le film. Après tout, il travaillait pour nous, c'est-à-dire qu’il était notre employé. Et vu comment ont fini nos anciens employés, j’aurais trouvé ça normal qu’il ait eu peur pour sa vie et qu’il ait contacté la police. Malgré tout, il ne l’a pas fait et ça m’a un peu surpris. Sûrement parce que lui et Daniel étaient "amis". Vous comprendrez pourquoi je mets "amis" entre guillemets.

Tant qu’on est dans le sujet des morts choquantes, je vais vous décrire 3 morts qui m’ont marqué.

La première à mourir était une jeune adulte d’environ 19 ans en recherche désespérée d’attention. Alors, pour que des gens la remarquent, elle a décidé de tourner dans notre film. Évidemment, elle croyait qu’elle allait tourner dans un film porno et elle ne s’attendait pas du tout à ce qui l’attendait. Elle est arrivée au studio trois jours après le début du tournage. Dans son scénario, il était écrit qu’elle devait faire une fellation à Dave (Frédéric). Elle s’attendait sûrement à tomber sur un mec de son âge, mais quand elle a vu qu’elle devait sucer un homme de 30 ans, elle a regretté son choix et a voulu quitter le studio. On s'est arrangés pour qu'elle ne puisse pas.

Quelques amis se sont jetés sur elle et lui ont attaché les poignets. Ensuite, ils lui ont injecté une espèce de sédatif pour qu’elle arrête de se débattre. Puis, quand elle a été assez assommée, Frédéric a pris un malin plaisir à la découper en morceaux. Puisque c’était la première fois que je voyais une personne mourir d’une manière aussi horrible devant moi, je ne me sentais pas très bien. Mais puisque je ne voulais pas décevoir mon frère ou paraître faible devant mes amis, je suis resté et j’ai regardé les derniers instants de la vie de cette fille qui ne cherchait que de l’attention.

La deuxième mort qui m’a le plus marqué était celle de l’acteur qui s’était fait couper les cheveux par Frédéric lors de la première scène. On est revenus le chercher vers la fin du tournage. Il était l’avant-dernier à mourir. La scène commence avec un plan d’ensemble de la pièce (cave abandonnée) avec Vincent assis sur une chaise vissée au sol. La seule différence avec la première scène, c'est qu'il est seul. Frédéric rentre par la porte arrière et s’approche de lui. Il lui arrache ensuite le sac de la tête et lui lèche la joue droite passionnément. Cela dure environ 1 minute. Puis, il déchire le chandail de sa victime et attrape un couteau placé sur la chaise vide à côté de lui. Il commence ensuite à découper de gros morceaux de chair de sa victime et rigole. L’acteur ne pouvait pas crier, car il avait un bâillon dans la bouche. Ensuite, avant de l’achever, Frédéric lui coupe les deux mamelons et lui tranche la gorge.

La mort que je n'oublierai jamais est celle d’un dénommé Paul. Pour être honnête, le voir mourir m’a vraiment fait mal, car je l’appréciais beaucoup. Quand on l’a rencontré pour lui parler du film, il était très drôle et très sympathique. Je le trouvais tellement sympa que je lui ai donné mon numéro et on se parlait au téléphone. On se voyait à l’extérieur et on était devenus potes. J’avais oublié le fait que c’était un acteur condamné à mourir dans mon film. Je n’ai pas parlé de cette amitié à mon frère, parce que j’avais peur qu’il me renvoie du tournage du film. Alors, comme je ne pouvais pas trahir mon frère en disant à Paul qu’il allait mourir dans le film, j’ai refait le script pour lui donner une mort rapide. Mais mon frère s’en est rendu compte et l’a réécrit. Et il n’y est pas allé de main morte...

Je me suis rendu au studio, mélancolique, et je me suis assis à ma place habituelle : une petite chaise à côté de la caméra qui faisait un plan d’ensemble. Généralement, c’était Daniel qui l’utilisait. Daniel était arrivé plus tôt que d’habitude et avait monté le plateau avec deux autres personnes. Paul allait mourir dans une cuisine.

Dans le script que j’avais écrit, Paul devait nettoyer le lavabo et Frédéric arriverait par-derrière et lui planterait une hache dans le dos avant de le décapiter. Elle était censée durer une minute. Malheureusement, comme je l’ai dit plus haut, Daniel a retouché cette scène d'A à Z.

Environ 15 minutes après mon arrivée, Frédéric est arrivé. Pour la première fois depuis le début du tournage, il m’a dégoûté. Je n’arrivais pas à croire qu’une personne aussi sympathique que Paul allait se faire tuer d’une façon aussi ridicule. En fait, c'était ce projet qui me dégoûtait. On avait peut-être déjà tué des gens aussi sympathiques que Paul. Je commençais à nous considérer comme des malades mentaux.

Quand j’ai entendu Paul entrer dans le studio, je me suis levé brusquement. Je devais voir une dernière fois son visage. Cependant, Daniel savait que j’allais faire ça. Il a donc envoyé deux mecs devant la porte pour l’attendre. Donc, quand Paul est entré, il s’est fait accueillir par un coup dans le visage et un autre dans le ventre. J’ai crié à ces deux personnes d’arrêter, mais Daniel m’a fait taire. C’est là qu’il m’a dit qu’il avait changé le scénario. Je ne comprenais pas, je voulais juste revoir une dernière fois mon ami. Mais ils lui avaient mis un bâillon dans la bouche et un sac sur la tête. Ils l’ont ensuite emmené dans la cuisine et l’ont laissé là. Je ne pouvais rien faire pour le sauver. Je suis donc resté assis sur ma chaise comme un con à regarder un de mes amis mourir.

Quand Daniel a crié "ACTION", Frédéric est arrivé dans la cuisine avec un couteau de boucher dans la main. Il s’est approché de Paul et lui a enlevé le sac de la tête. Quand j’ai vu son regard terrorisé croiser le mien, j’ai eu l’impression de m’être fait poignarder le cœur. Il s’est ensuite approché de son oreille et lui a chuchoté quelque chose dans l’oreille. Après ce chuchotement, des larmes ont commencé à couler des yeux de Paul. Je n’ai su qu’après sa mort ce que Frédéric lui avait dit.

Puis, Frédéric lui a attrapé le bras droit et a commencé à l’écorcher vif. Paul tentait de se débattre en frappant le bras de Frédéric avec son bras gauche, mais Frédéric a sorti un long clou rouillé de sa poche, a immobilisé le bras gauche de Paul contre le sol et a rentré le clou dans sa main. Le bâillon l’empêchait de crier, mais la douleur dans ses yeux était bien visible. Frédéric a continué d’écorcher le bras droit de Paul jusqu'à ce qu’il n’y ait plus de peau. Quand ça a été fini, il a sorti un autre clou rouillé de sa poche et l'a rentré dans la main droite de Paul. Ensuite, il s'est défoulé le bras gauche de Paul. Je me sentais tellement mal...

Il a continué à le torturer pendant au moins 5 bonnes minutes avant de l’achever en lui écrasant la tête avec un extincteur accroché au mur. Je ne vous décrirai pas les autres méthodes qui ont été utilisées pour le torturer, parce que ça serait beaucoup trop long et que ça me dégoûte encore d'en parler. Oui, ça fera bientôt six ans que le tournage s’est terminé, mais j’ai l’impression que les plaies ne se fermeront jamais. Surtout avec la mort de mon frère.


jeudi 25 août 2016

Ne vous arrêtez jamais de tourner

Mes recherches infructueuses ont duré trois semaines. Je tombe enfin sur votre site. Je ne suis pas très bon en informatique et dans la logique des choses, à cause de ces événements sortant de l’ordinaire, j’aurais dû d'abord me renseigner sur ce qu’abritait le deep web. Je poste ce message ici, dans la section réservée à l’histoire des objets étranges. À ma grande surprise, je constate que d’autres objets de ce type existent. En parcourant les commentaires, j’apprends que certains ont vécu des phénomènes similaires aux miens. Pour ma part, ça s’est très mal fini.  

Qui a fabriqué cette boîte à musique ? Le diable ? Ses suppôts ? Des esprits vengeurs ? Un sadique aux pouvoirs surnaturels ? À qui appartenait-elle avant que je la retrouve dans ma boîte aux lettres ? Ce sont des questions que je me pose toujours, des questions que je partage avec vous. J’espère que les plus sérieux d’entre vous y répondront.

Voici cette histoire qui s’est déroulée le mois dernier. Elle sera la plus détaillée possible pour que vous compreniez tout ce qui s’est passé. Je m’excuse à l’avance si vous trouvez mes réactions inappropriées, trop exagérées ou trop peureuses, si je n’ai pas fait les bons choix. Mais vous, qu’auriez-vous fait dans de pareilles circonstances ?

Il y a un mois, en rentrant du travail, j’ai trouvé un colis dans ma boîte aux lettres. Pas de nom, pas d’adresse. Des notes rouges de musique étaient gravées sur chaque côté de ce colis. Elles étaient à l'envers. Un court instant j’ai songé à l’apporter au voisin pour lui demander s’il n’avait pas commandé un truc en rapport avec la musique. Et puis je ne sais pas, j’étais curieux de savoir ce qui se trouvait à l’intérieur. Ça pesait son petit poids. Je me persuadais aussi que le facteur ne pouvait pas s'être trompé d'adresse.

Après avoir dîné, il devait être 21 heures quand j’ai décidé d’ouvrir le paquet. Je me suis assis sur le canapé du salon et j’ai retiré le scotch marron du carton. À l’intérieur, sur les billes blanches en polystyrène, j’ai trouvé une vieille carte jaunâtre, tachée de minuscules points rouges. L’écriture noire était fine et penchée. Le style était désuet, vieillot. On écrivait plus comme ça depuis au moins un siècle. C’était marqué « Ne vous arrêtez JAMAIS de tourner ». J’ai eu la réaction typique du mec qui ne comprend rien, j’ai haussé les épaules avant de plonger ma main entre les billes blanches.

Une boîte à musique... Je l’ai trouvée particulièrement belle. Le vernis qui recouvrait le bois d’acajou me renvoyait mon regard admiratif. La boîte ressemblait à un piano. J’ai soulevé le couvercle et j’ai découvert sur la partie gauche un cylindre en laiton garni de pointes métalliques et sur la droite, un mécanisme surmonté d’un plateau vert gazon. Dessus, trois minuscules personnages formaient un cercle. J’ai approché la boîte pour mieux les distinguer ; j’ai été surpris quand j’ai vu une grande silhouette qui ressemblait à un porc-humain courir avec une hache de boucher derrière une petite fille. La bouche grande ouverte, les bras en avant, la fillette s'enfuyait. Aussi étrange que les autres personnages, un homme était allongé sur le gazon et avait l'air de se taper le front.

Inutile d'expliquer que j’ai trouvé ça étrange et glauque. Morbide même. J’ai retourné la boîte pour découvrir la manivelle cuivrée qui actionnait le mécanisme. En me disant que ce n’était qu’une vulgaire boîte de musique, j’ai serré la clé entre le pouce et l’index et, au moment de tourner, mon regard s’est posé sur la carte : « Ne vous arrêtez JAMAIS de tourner ». Tourner quoi ? La clé ? Moi-même ? J’ai de nouveau haussé les épaules puis des sons m’ont troublé. C’étaient de grosses mouches vertes, dégueulasses, qui sortaient du colis et qui s'étaient mises à voler nerveusement autour de moi. Certaines se posaient sur la carte, d’autres sur mes mains. À plus de 40 ans, et après avoir visionné des milliers de films d’épouvante durant ma vie, je n’étais pas du genre trouillard, mais cette coïncidence m’a un peu troublé. Je vis seul, la télé était éteinte et le salon était plongé dans un silence entrecoupé du son nerveux des mouches. J’ai senti des frisons parcourir mon échine dorsale. C’est la première fois qu’un truc aussi étrange m’arrivait. On se fait vite des idées quand on est seul. Pour me raisonner, je me disais que j’étais dans la vraie vie et que rien de surnaturel n’était jamais arrivé dans ce monde. Pourtant, j'ai été incapable de tourner la clé. Alors je me suis dit que demain, à la lumière du jour, ce serait très bien pour écouter le son de cette charmante boîte à musique.

Au moment de refermer son couvercle acajou, d’infimes mouvements ont attiré mon regard. Bien que cela soit impossible, sur le plateau vert gazon, j’ai eu l’impression que les jambes de ces petits personnages n’étaient pas fixées sur la pierre. Au contraire, deux semblaient avancer ! Non, pas avancer, mais courir ! Oui, j’avais l’impression que l’homme-porc courait derrière la petite fille avec sa hache de boucher. Le téléphone fixe a sonné. J’ai sursauté. La boîte m’a échappé des mains et elle est tombée sur le carrelage. Une suite de trois notes a jailli du choc. Trois notes discordantes, deux notes très aiguës et une très grave. J’ai frissonné jusqu’à entendre la voix de ma sœur dans le combiné téléphonique que je venais de décrocher. Elle me rappelait le dîner de demain soir. Ah, les femmes, comme si j’allais oublier ! Enfin ce soir-là, j’aurais donné cher pour avoir une présence féminine à mes côtés, très cher même... J’ai ramassé la boîte, et sans m’assurer si elle était intacte ou non, je l’ai posée sur la petite table du salon. Puis je suis monté à l’étage me coucher.

Alors que je commençais à m’endormir, j’ai senti quelque chose sur mon front. D’un réflexe je l’ai écrasé. J’ai allumé la lampe de chevet et j’ai regardé ma main : une mouche gisait au creux de ma paume. Du sang entourait le cadavre. C’était dégueulasse. J’ai été me nettoyer les mains dans la salle de bains qui se trouve à côté de ma chambre. Puis je suis allé me recoucher, à la fois écœuré et fatigué d’une journée de dur labeur.

Des notes de musique m’ont réveillé en pleine nuit. C’était assez fort, très discordant. Je frissonnais de la tête aux pieds. J’avais l’impression que la boîte se trouvait sur mon lit. C’était si proche. J’ai rallumé la lumière. Pas de boîte, seulement ce son discordant et répétitif. C’était horrible, glacial, obsédant. Je me suis levé, j’ai descendu les marches de l’escalier, le regard rivé sur le salon baigné dans une pâleur crépusculaire.

La boîte à musique était toujours posée sur la petite table. Le son était fort, trop fort pour la taille de cet objet. J’avais l’impression de me trouver au cœur d’une église à écouter un orgue désaccordé. J’ai frémi quand j’ai vu que le couvercle était ouvert. Je ne me souvenais pas l’avoir laissé ouvert. Il n’était pas ouvert quand je suis monté me coucher ! Et plus je m’avançais vers cette boîte, plus j’avais l’impression que les minuscules personnages bougeaient sur le plateau. Ça tournait en rond au son de cette horrible musique. J’étais transi de froid, une sueur glacée coulait le long de mes tempes. J’arrivais pas à analyser et je me demandais si je n’étais pas en train de faire un cauchemar.

J’avais oublié de fermer les volets en montant me coucher. Un grand rayon de lumière pâle passait à travers la fenêtre et se reflétait sur la boîte. Elle brillait d’éclats rouge vif comme le sang et les personnages du plateau semblaient luminescents, entourés d’un halo spectral.  

J’entendais mon cœur cogner dans mes tympans. Je n’avais qu’une idée : détruire cette maudite boîte. La carte était posée à côté et brillait du même éclat sang que la boîte. L’écriture luminescente semblait flotter au-dessus et répétait « Ne vous arrêtez JAMAIS de tourner ». Mais une seconde phrase a failli me faire hurler de terreur : « ou IL VIENDRA ».

Le salon était proche de l’entrée. J’avais accroché un miroir dans le couloir qui menait à ce salon. La musique s’est subitement arrêtée. Le miroir a produit un craquement, comme si on marchait sur du verre brisé. Mon regard a obliqué vers lui. Le miroir tremblait comme si quelqu’un le frappait de l’intérieur. Il n’y avait plus que cet horrible son dans la demeure. Ça frappait, ça frappait fort. Puis j’ai vu un reflet argenté. Je ne sais pas pourquoi, j’ai aussitôt relié ce reflet à la hache de boucher que tenait figurine de l’homme-porc. J’ai hurlé comme une fillette et j’ai fait la seule chose qui me soit passée par la tête : j’ai claqué le couvercle de la boîte, j’ai ouvert la fenêtre du salon et je l’ai jetée aussi loin que je pouvais. Puis je me suis lentement retourné vers le miroir... Je n’y ai vu que l’ombre de mon manteau accroché sur le mur d’en face. J’ai poussé un petit rire nerveux...

Je ne sais pas combien de temps je suis resté assis sans bouger un ongle sur le canapé. J'avais du mal à m'en remettre. Mon regard alternait entre ce miroir, la fenêtre, et la petite table où traînait le colis ouvert. Atterré, sans doute choqué, j’ai émergé quand j’ai entendu la forte sonnerie de mon radio-réveil là-haut, dans ma chambre. Je me suis frotté les yeux ; la lumière du jour avait envahi le salon et le bourdonnement des mouches vertes avait repris. J’ai alors fait une chose dingue à 5 heures du mat : j’ai été chercher un torchon dans la cuisine puis je les ai toutes écrasées. J'ai dû en tuer une bonne cinquantaine. À un moment, j’ai réalisé que j’allais être en retard au boulot et je me suis rapidement changé sans me raser (ça ne m’était jamais arrivé). En partant, j’ai pris le carton et je l’ai balancé dans la poubelle du voisin qui se trouvait sur le trottoir...

Je suis rentré plus tôt pour préparer le repas avec la famille de ma soeur. Ma journée s’était très mal passée, je n’ai pas arrêté de faire des erreurs au travail. Sans doute à cause de la fatigue, sans doute aussi à cause de cette phrase que mon cerveau répétait sans cesse : « Ne vous arrêtez JAMAIS de tourner ou IL VIENDRA». Qui viendra ? Et qu’est-ce qui ne devait pas s’arrêter de tourner ? Moi ? La clé ? Je me rassurais en me disant que si c’était la clé, je ne l’avais pas tournée. Et puis pourquoi cette maudite boîte à musique avait-elle atterri dans ma boîte aux lettres ? Pourquoi la mienne ?

Une odeur de brulé m’a sorti de mes interrogations. C’était le repas. Complètement cramé. J’ai dû aller chercher des pizzas. Sur le chemin du retour, je me demandais où avait atterri la boîte à musique, si elle avait franchi la haie de thuyas qui séparait mon jardin de celui du voisin.

Garée sur le trottoir devant chez moi, la voiture de ma sœur m’a empêché d’aller vérifier. Dans un certain sens, c’était mieux ainsi, car je préférais imaginer que cette boîte avait atterri chez le voisin et que son pitbull l’avait broyée en mille morceaux.

Pendant le dîner mon beau-frère faisait une tête d’enterrement. Il était mal rasé et des cernes noirs élargissaient ses yeux. Ma sœur m’en a parlé discrètement dans la cuisine et m’a dit que la boucherie dans laquelle il travaillait venait de faire faillite. Ils l'avaient licencié la semaine dernière. Depuis il était déprimé et passait son temps à découper toutes sortes de choses avec sa hache de boucher. J’ai frissonné en repensant au personnage de la boîte à musique. Elle m’a dit qu’elle laissait à son mari une semaine pour aller voir un psy ou elle le quitterait. La suite du repas s’est déroulée assez normalement et juste avant le dessert, j’ai offert à ma petite nièce son cadeau d’anniversaire et de Noël puisque j’avais quatre mois de retard. Comme d’habitude...

Mort de fatigue, je me suis couché aussitôt après le départ de mes invités. Pourtant je n’ai pas réussi à trouver le sommeil tout de suite. Mes pensées vagabondaient sur les incidents de la nuit dernière, sur la boîte à musique, sur ce son effrayant et discordant, sur la carte, sur le visage inquiétant de mon beau-frère. La carte ? D’ailleurs où était cette carte puisqu’il ne me semblait pas l’avoir jetée avec le colis ? Puis je me suis dit qu'elle était dedans, que la boîte à musique était en charpie et que ses débris avaient été jetés par le voisin. Je me suis persuadé que tout ça était derrière moi, que ma petite vie de célibataire allait reprendre son cours normal. Quand, au moment de m’endormir, les trois notes discordantes ont commencé à se faire entendre, en bas, juste en bas, dans le salon.

Ma peur a cédé la place à la fureur. Je me suis précipité dans le couloir et j’ai dévalé les escaliers en hurlant. Je ne sais toujours pas après quoi je hurlais. Peut-être pour atténuer le son des notes qui s’était accéléré et me vrillait le crâne. J’ai aussitôt vu la carte sur la table. Sans pouvoir la lire, je voyais cette maudite phrase s’inscrire devant mes yeux « Ne vous arrêtez JAMAIS de tourner ou IL VIENDRA ».

La musique s’est soudainement arrêtée. IL EST LÀ ! Je ne sais pas si je l’ai lu, ou inventé. Mais je l'ai senti comme j'ai senti mon cœur cogner dans ma poitrine. J’ai entendu le crissement du verre pilé. J’ai aussitôt regardé vers le miroir. Et ce que j’ai vu me hantera jusqu’à la fin de ma vie...

Une grande silhouette humaine, assez maigre, avec une tête de porc courait derrière une petite fille. Soudain des cris ont transpercé le salon, des cris inhumains. J’ai vu l’éclat de la hache de boucher avant qu’elle ne s’abatte sur la tête de sa petite victime. J'ai vu une partie de sa tête tomber avant que le corps désarticulé ne s’affale. L’homme-porc s’est aussitôt jeté sur ce corps. Des grognements, des bruits de mastication, des craquements d’os ont envahi le salon. C'était si intenable et irréaliste que je me suis évanoui...

Au petit matin, la sonnerie du téléphone fixe m’a réveillé. J’ai décroché. C’était ma sœur. Elle était en larmes, elle arrivait à peine à s’exprimer. Entre ses sanglots, j’ai compris que ma petite nièce avait disparu. J’ai aussitôt regardé vers le miroir. Mon manteau s’y reflétait. Un court moment, je me suis demandé ce que je foutais là, dans le salon, avant de voir la carte de la boîte à musique posée de travers sur la petite table. Un sentiment atroce m’a alors traversé l’esprit, un sentiment de culpabilité. Malgré ses pleurs, j’ai compris que mon beau-frère avait été emmené par la police. Apparemment il avait été retrouvé en état de choc, nu, le corps couvert de sang, une hache de boucher à la main, assis sur le capot de sa voiture. La communication s’est subitement coupée.

J’étais en état de choc. J’ai sursauté quand le combiné téléphonique a frappé le carrelage du salon. Dans ma tête, aux sanglots de ma sœur se mêlaient les hurlements de la fillette du miroir. Mon inconscient avait relié les deux. Mais j'avais l'espoir que tout ça soit encore rationnel et que ma nièce soit toujours vivante. Dans un état second, poussé par une intuition morbide, j’ai ouvert la porte d’entrée et, pieds nus, j’ai marché sur la pelouse du jardin. J’ai contourné la façade arrière puis j’ai aperçu la fenêtre par laquelle j’avais jeté la boîte à musique. Quand je me suis approché, le pitbull du voisin s’est mis à gueuler de l’autre côté de la haie de thuyas.

Je n’ai rien vu sur la pelouse. Je commençais à être soulagé, je me disais que le clebs avait détruit la boîte. À plat ventre, j’ai quand même fouillé le sol de terre et de feuilles mortes avec mes mains, au cas où la boîte serait entre la haie et le grillage. Puis je l’ai vue là, entre deux branches, la peluche de la petite. Elle s’était plainte de l’avoir perdue, mais elle avait dit qu'elle avait trouvé quelque chose de mieux. Personne n’y avait prêté attention, personne. Alors j'ai roulé sur le dos et sans le vouloir, j’ai fait ce geste, le même que le petit personnage sur le plateau de la boîte à musique, je me suis tapé le front...

Voilà, vous connaissez toute l’histoire. Si quelqu’un a vécu des faits similaires et connaît l’origine de cette boîte, il peut répondre en bas ou en MP. Enfin, si vous découvrez un colis avec des notes de musique dans votre boîte aux lettres, donnez-le au voisin.


mardi 23 août 2016

Métro

Il y a maintenant deux ans que je me suis installée en banlieue parisienne. Si je me retrouve à vous raconter ça c'est pour avoir des avis sur des trucs étranges que j’ai découverts... Le plus simple c’est que je vous raconte tout depuis le début.

J'suis étudiante et comme beaucoup j'ai eu la joie de chercher un appart’ sur Paris. Je suis allée de désillusions en désillusions jusqu'à finir par échouer dans une banlieue de Seine Saint Denis. J'vais pas mentir, au départ j'étais pleine d'a priori, mais au final c'est plutôt cool. La fac me laisse pas mal de temps pour glander et j'ai rapidement sympathisé avec le mec qui vit sur le même palier que moi. J’suis du genre tête brûlée et parfois franchement inconsciente, lui est toujours posé et réfléchi, malgré cette différence on s’est tout de suite bien entendu.

Le métro m'a toujours attirée. Ça à l'air con dit comme ça, mais j'ai commencé par compulser des sites classiques comme Wikipédia, j’ai profité des journées du patrimoine pour visiter la régulation de la RATP et un dépôt ferroviaire, tout en posant des questions l’air de rien. Puis ma curiosité m'a poussée à fréquenter le milieu des vandales qui eux connaissent toutes les ficelles pour se balader de manière sûre. C'est mon voisin qui avait quelques contacts, si bien qu'à peine un mois après mon emménagement j'ai commencé à arpenter les rails du métro la nuit.

J'ai appris les codes à mon tour : le troisième rail, le wagon nettoyeur, ceux de la maintenance, le fonctionnement de la brigade ferroviaire qui patrouille souvent avec des chiens, les subtilités des lignes automatiques. J’ai appris où sont les entrées « safe », comment me saper, où mettre les pieds. J’avais toujours un petit sac à dos avec mon portable, une clé de chez moi, mes clopes, une carte d’identité, des piles de rechange pour ma lampe ainsi qu’un couteau et des plans aussi bien du réseau que de la surface.

J'ai pris de l'assurance au fil du temps et j'ai commencé à me balader seule. Au début je me contentais de parcourir les rails entre deux stations, puis j’ai progressivement été de plus en plus loin. Ces promenades nocturnes à l’heure où le réseau ferroviaire est en théorie interdit au public sont rapidement devenues addictives, autant qu’un shoot d’héro. Dès que je sautais du quai pour rejoindre les rails et commencer mes explorations, j’étais aussi excitée qu’une gosse. Cependant à ce moment là je manquais encore un peu de moyens pour rentrer aussi aisément que je le souhaitais.

Puis l'hiver est arrivé. Mon pote a un grand côté humaniste et est assez idéaliste, et quand il m'a proposé d’aider aux maraudes du Samu Social avec lui, j'ai ri. Mais j'me sentais redevable, sans lui je crois que je n'aurais jamais pu devenir une visiteuse nocturne. Malgré le fait qu’on n'était pas dans la même équipe ce n'était pas spécialement déplaisant, c'était même plutôt intrigant, j'y ai pris goût. La nuit qui tombe, le froid et les histoires de la rue. J'ai fini par avoir quelques liens avec les SDF, j'avais le droit à des bribes d'histoire que j'écoutais avec respect tout en réfrénant ma curiosité avide de détails.

C'est vers janvier que les choses ont commencé à changer. L'hiver est devenu plus rigoureux et des "habitués" ont commencé à manquer à l'appel. Curieuse, j'ai posé des questions un peu partout en obtenant toujours des réponses vagues : "il est parti de la Capitale", "elle a eu une place en foyer", "ça arrive qu'il parte quelques jours, te bile pas". L'équipe avec laquelle je travaillais n'avait pas l'air plus inquiète que ça, mon pote non plus, alors j'ai fini par laisser tomber. Lorsque les maraudes ont pris fin au printemps, j'avais perdu de vue une dizaine de SDF. Il y avait eu des décès à cause du froid comme tous les ans, alors peut-être que...

Puis l'année est passée doucement, je fréquentais toujours deux à trois nuits par semaine le réseau ferroviaire, j'avais réussi à chopper un passe-partout à bon prix ce qui me permettait de rentrer beaucoup plus facilement. J'écumais les coulisses de la RATP avec joie. Je gardais à présent une bombe de peinture sur moi et posais mon blaze assez régulièrement aux côtés de grands noms du milieu en étant aussi intimidée et fière qu'une gamine.

Au bout d'un an je me suis sentie prête à explorer ce qui m'attirait vraiment, les stations fantômes. Dans mes rêves, je grimpais sur les quais d'Haxo, cette station mythique qui n’a jamais vu un seul passager, j'arpentais la Voie des Finances. J'ai préparé mes propres plans en référençant les voies de maintenance, les ateliers, les stations de lavage et tout ce que j’avais découvert au fil du temps. En fouillant sur Internet, j'ai même pu trouver les points GPS des stations fantômes. J’ai appris mon plan, ainsi que les horaires des dernières et des premières rames par cœur. Je connaissais même la signalétique qui fait office de « code de la route » pour les conducteurs. Je me tenais à l’affût via le site officiel des travaux en cours afin d’éviter ces zones-là. J’interrogeais régulièrement les « anciens » qui se baladent avec une facilité déconcertante dans le réseau, je suivais leurs conseils avec un respect presque religieux.

Dans l'ensemble tout s'est toujours bien passé. Certaines stations ont été plus vandalisées que d'autres, certaines squattées mais je n'ai jamais eu de soucis. Il faut dire que j'ai soigneusement évité la station la plus surveillée, celle de Gare du Nord, qui a été réaménagée en centre de formation, beaucoup se sont fait choper par la ferroviaire là-bas. En un an, je me suis fait arrêter qu’une seule fois. À cette période là je n’avais pas de peinture sur moi, si bien que j’ai simplement écopé d’une amende pour violation de propriété.

L'hiver est de nouveau arrivé. J'ai repris le bénévolat pour le Samu Social et le même manège s'est produit, des gens qui disparaissent sans que personne n'y prête attention. J'avais naïvement espéré revoir les "disparus" de l'an dernier, mais non. La saison s'est finie et le constat était le même que l'an dernier. Sauf que cette fois-ci ma curiosité ne s'est pas rendormie, je voulais comprendre. Il n’y avait pas de profil type, ni de caractéristiques communes à ma connaissance. C’était des femmes, des hommes, de tous les âges, de toutes les origines, certains te disaient à la prochaine fois et beaucoup n’avaient pas l’air de vouloir partir en foyer ou ailleurs.

J'ai commencé par chercher dans des squats. Je sais c’est un peu cliché mais il me fallait bien un début. Il est clair que je ne connais pas tous les lieux de ce genre en Île-de-France, alors j’ai fait avec mes maigres infos sur le domaine et en continuant de saouler mes potes avec mes questions pour avoir d’autres adresses. Sans résultat. Mes balades métropolitaines ont été remplacées par ça, c’était ma nouvelle obsession, je voulais comprendre.

Mais les rails ont rapidement fini par me manquer, visiter des squats c’est clairement pas la même dose d’adrénaline. Je me suis alors intéressée aux quelques gares désaffectées restantes pour joindre les deux, mais les résultats étaient toujours absents. Un jour, un mec ayant eu vent de ma fascination pour les lieux oubliés et interdits m'a glissé deux lettres à l’oreille : SK. Mes recherches étaient au point mort, tout le monde s’en foutait, ma curiosité était piquée alors j’ai abandonné mon enquête et je suis partie là-dessus.

Google m'a renseigné sur ce projet de transport soit disant novateur et abandonné dès la fin de la construction, seule une ligne sur les trois a fonctionné quelque temps. J'ai continué mes recherches, interrogé mes contacts, des forums spécialisés : apparemment personne avait tenté l'exploration du réseau. Ce truc semblait obscur, oublié par tous. Cependant j'ai fini par trouver un accès à la ligne passant dans mon département. Je m'attendais à découvrir un truc similaire au métro - ça a été le cas au début, mais ça a rapidement dérapé.

D'abord, il y avait les rats. Pas juste une petite dizaine comme on peut croiser dans les tunnels, vraiment, des régiments entiers de rongeurs. J'ai tout de même continué : j'avais toute la nuit, le truc était totalement abandonné, pas d'entretien régulier, pas de surveillance. Et puis, il y a eu l'odeur.

J'vais m'égarer quelques secondes, mes parents avaient une maison de campagne et régulièrement des souris s’installaient dans les épais murs en pierre, du coup ils mettaient du grain empoisonné et souvent les bestioles allaient crever dans les murs de la maison tout en dégageant une odeur fétide.

Ce que j'ai senti ce jour-là, c'était la même chose mais en plus fort. Ça ne m'a pas inquiétée sur le moment, j'ai cru à un traitement de dératisation. Les installations bien qu’abandonnées restent à la charge de l’État, alors c’était pas improbable, personne a envie d’avoir des souterrains infestés de nuisibles.

J'ai ensuite trouvé des lambeaux de fringues éparpillés, ils avaient l'air usés par le temps et étaient couverts d’une poussière noirâtre. Je sais pas pourquoi mais j'ai poursuivi, en pensant naïvement que des gosses s'étaient amusés à les faire passer par les grilles d'aération. Pour avoir fait quelques repérages à l’air libre afin d’être sûre de mon accès, j’avais pu voir plusieurs grilles. Aujourd’hui je sais que c’est con d’avoir cru ça, mais je commençais à pas mal stresser alors je pense que j’ai voulu me rassurer un peu.

Ce qui a fait monter d’un cran la tension, c'est les traces. On aurait dit que quelqu'un avait trempé sa main dans un pot de peinture avant de la faire glisser le long du mur. Sauf que dans le cas présent, la peinture tirait sur le rouge sombre, presque noir. Je n'ai pas immédiatement pensé à du sang. Au début j'ai songé à une blague, un avertissement fait par des squatteurs.

J'ai hésité, je me suis allumée une clope le temps de réfléchir et j'ai finalement décidé de rester. Les traces continuaient sur une dizaine de mètres avant de s'arrêter en devenant plus fines et en se séparant en cinq traînées, comme les cinq doigts de la main. Ma lampe torche a balayé la voie et c'est alors que j'ai vu la flaque au centre. À la couleur et à l'odeur métalliques, j'ai fini par comprendre. Je me suis demandée comment j’avais pu ne pas la voir avant. Je me suis forcée à respirer un grand coup et j’ai fait demi-tour calmement. Je ne voulais pas faire de bruit. Dans les tunnels, le moindre son un peu fort résonne et peut trahir votre  présence, ce jour plus que jamais je ne voulais pas être repérable.

Au moment de sortir, j'ai remarqué que l'intérieur de la porte avait été gratté, sans doute avec une lame. J'avais déjà vu des caractères similaires quelque part, ça m'est revenu par la suite, c'était du runique.


À présent je suis là comme une conne. Il y a des SDF qui disparaissent et tout le monde s'en fout. Il y a cette ligne jamais ouverte au public avec des centaines de rats, des fringues en lambeaux, du sang frais et des inscriptions chelou. Le tout me fait penser à une espèce de rituel, mais j'en ai aucune idée. Je ne sais même pas si les deux sont liés, je n'espère pas.

Je n'y comprends pas grand-chose en fait. Et je ne sais pas quoi faire. Je ne peux pas aller voir les flics « coucou y a du sang dans une voie désaffectée d’un transport jamais ouvert au public » au mieux je passe pour une cinglée, au pire je me fais arrêter, parce que j'ai rien à foutre là et j'ai pas envie qu'on me colle un meurtre sur le dos. Je n'ose pas en parler à mes potes non plus, personne était vraiment chaud pour que j'aille là-bas.

C'est pour ça que je fais ce blog, je désactive les commentaires pour éviter d'avoir trop de réponses inutiles mais vous pouvez me contacter en MP. J'essaierai de vous tenir au courant. Ma curiosité me pousse à retourner là-bas, j'aurais dû au moins prendre des photos ou filmer pour avoir des preuves et ne pas passer pour une dingue. Noter les caractères sur la porte pourrait sans doute me permettre de faire des recherches…

J’me rassure comme je peux en me disant que c’est sans doute du sang d'animal, les fringues une simple coïncidence et les caractères, une blague. Mais d'un autre côté, je flippe. Je flippe de ne rien faire parce que je me sens responsable maintenant, et je flippe aussi de ce que je peux découvrir. Alors si vous avez des infos sur le SK, et des conseils valables, je suis preneuse.

Aux gens qui crieront au fake, qui diront que mon histoire n’est pas crédible ou manque de détails, je peux vous jurer sur ma propre vie que tout est vrai. J’reconnais omettre des détails sur comment j’ai pu accéder à ces différents endroits. Mais je veux vous rappeler que c’est dangereux, que des mecs se font électrocuter dans le métro par manque de prudence ou juste à cause d'un arc électrique. Pour le SK je ne sais pas ce que j’ai découvert en y allant mais j’ai pas envie que d’autres y mettent les pieds. Je ne sais pas ce qui se passe là-bas mais je veux surtout pas avoir de mort sur la conscience.



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Je sais que ça fait longtemps que je ne suis pas venue ici, j'en suis désolée. Tout d'abord je veux vous remercier pour tous vos MP, je ne m'attendais pas à en recevoir autant. Les conseils de certains m'ont bien aidé, et savoir que des inconnus ont pu s'inquiéter pour moi est plutôt touchant.

J'ai commencé par suivre le conseil le plus récurrent, retrouver le mec qui m'a parlé du SK. Je n'avais pas donné de détails sur notre rencontre dans mon précédent post. C'était à une soirée chez des potes qui ont l'habitude de graffer, c'est pour ça qu'on s'était retrouvés à parler de ça. Je ne me souviens pas de son nom, je ne suis même pas sûre qu'il me l'ait donné au final. J’avoue que l'alcool bu ce soir là, ne m'aide pas spécialement. C'est à se demander comment j'ai pu retenir le SK … Bref, j'ai décrit le type à mes potes, il évoque absolument rien à personne, personne semble le connaître. À croire que le type s'est pointé tout seul à la soirée. Faute d'éléments, j'ai abandonné cette piste. Putain, j'ai l'impression de parler comme un flic.

Après avoir hésité pendant plus d'un mois et malgré vos avertissements, je suis donc retournée dans le SK. J'avais besoin de détails pour pouvoir poursuivre mes recherches. Vous m'avez notamment conseillé de traduire le texte écrit. Du coup cette fois-ci j'ai pensé à prendre mon appareil, histoire d'avoir des photos de meilleure qualité que celles que je pourrais prendre avec mon portable.

J'ai retrouvé l'accès sans peine. Les rats m'ont semblé moins nombreux, les lambeaux de vêtements étaient toujours là, par contre la flaque de sang avait disparu, les pierres du ballast ont juste gardé une pellicule rougeâtre qui brillait légèrement sous ma lampe. Je me sentais en confiance, et comme tout était calme, j'ai voulu poursuivre un peu. Je me suis arrêtée une dizaine de mètres plus tard, une longue série de caractères avait été gravée sur la paroi en béton. Cette nouvelle trouvaille a brisé ma confiance de façade, du coup j'ai fait demi-tour en m'assurant d'avoir toutes mes photos.

J'ai cherché à traduire le texte par moi-même, mais en vain. Les caractères de la porte ne ressemblent pas à du runique, ceux sur le béton encore moins. Dans la précipitation et le stress de ma première visite j'ai dû salement m'embrouiller. En fouillant sur Internet, j'ai fini par trouver un site où des « fans » de langues mortes échangent. J'ai posté mes photos avec un prétexte bidon, et en réclamant de l’aide pour comprendre le texte. Je n'ai pas eu de réponses pendant plusieurs jours, personne ne m'a répondu sur le sujet, j'ai par contre reçu un MP d'un membre assez ancien et semblant avoir une bonne réputation. Du coup il me paraît assez fiable.

Dans son message, il m'a expliqué qu'il s'agit en fait de caractères cunéiformes mêlant du Sumérien et du Mésopotamien. Le texte gravé sur la porte fait référence à deux noms : Nergal et Ereshkigal. Celui sur la porte parle, lui, des Asag. D'après le type ce serait une sorte de prophétie ou un rituel d'invocation, mais il a refusé de m'en dire plus et s'est contenté de me mettre en garde contre les effets que pouvaient avoir ces textes millénaires.

J'vais pas mentir, j'avais jamais lu ces noms avant, du coup une fois de plus Google m'a bien aidé. Ce sont des démons. Nergal et sa compagne Ereshkigal semblent régner ensemble sur les enfers, un couple charmant visiblement. Pour les Asag, ce sont des esprits démoniaques censés apporter des maladies, encore un truc charmant.

J'en suis là pour le moment. Je me sens toujours perdue. Je ne sais pas si le sang est lié à une espèce d'offrande pour un rituel ou si ça a mal tourné pour celui ou celle qui a voulu jouer à ça. La personne en tout cas semble s'y connaître un minimum. Je crois que dans quelques mois j'y retournerai pour voir si je découvre quelque chose de nouveau, et histoire de garder un œil sur l'endroit. Je vous tiendrai au courant.


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Je ne pensais pas revenir aujourd'hui, mais en rangeant mes photos sur mon pc, un détail sur l'une d'entre elles m'a interpellé. C'était une avec des lambeaux de fringues dessus. Accidentellement, j'ai zoomé dessus avec la molette de ma souris. Bien que le tissu soit noirci, le motif reste parfaitement reconnaissable. Au début je croyais que les disparitions de SDF pouvaient avoir un lien, aujourd'hui j'en doute. En effet, quel adulte porterait des fringues avec des putain de petits canards jaunes dessus ?







dimanche 21 août 2016

WKCR 89.9

Aux alentours de 1995, à l'époque de mes 15 ans, j'avais pour habitude de veiller tard dans la nuit en écoutant la radio sur une chaîne hi-fi qui avait un magnétophone intégré. Je zappais entre les différentes stations et quand je trouvais un truc intéressant, j'enregistrais l'émission sur cassette, et puis je recommençais à zapper. 

Une nuit, je suis tombé sur ce truc. Je crois que je suis arrivé au milieu de l'émission, mais j'ai pu en enregistrer une bonne partie. Tout à la fin, une présentatrice a annoncé que la station sur laquelle j'étais était WKCR New-York, FM 89.9. Il y a un tas de dates et de noms qui sont cités là dedans. 

Je n'ai jamais rien entendu de semblable depuis ça.


Traduction : Clint

Texte original ici.

vendredi 19 août 2016

Anomalie

Saviez-vous que les égouts de Paris sont composés de plus de 2500 km de galeries ? Tout d'abord je tiens à me présenter. Je m'appelle Aaron Grykovi et je suis biologiste. Je compte envoyer ce rapport, ou cette étude, au ministère de l'environnement.

Aussi étrange que cela puisse paraître, j'ai toujours été passionné par la faune qui peut se développer dans les égouts parisiens. La plupart des animaux qui y atterrissent ne devraient normalement pas être là. Logique. Seulement, beaucoup survivent et arrivent à s'adapter à ce nouveau milieu de vie. Comprenez bien que même si c'est peu ragoûtant, pas mal de nos déchets sont comestibles et plutôt nourrissants. Sans compter les sources de provisions naturellement présentes, comme les rats, par exemple.

Relativement faciles d'accès, les égouts accueillent aussi des SDF. La température n'est pas trop désagréable et c'est couvert, et l'endroit offre ainsi un abri "confortable" comparé aux rues gelées, lors des froides nuits d'hiver. Il faut juste faire abstraction de l'odeur que dégagent les eaux usées, où flottent toutes sortes d'objets. Vous seriez étonnés de voir tout ce que les gens jettent dans leur toilette.

Passons. Je suis membre d'une association bénévole qui récolte des vivres afin de les redistribuer aux plus démunis. Jeff se présentait là chaque jour, à l'entrepôt où avait lieu la distribution journalière. Un homme avec un cœur d'or. Il s'est endetté pour payer les frais médicaux de sa femme malade, mais celle-ci est finalement décédée et, incapable de rembourser, il a été mis à la rue. Ça faisait trois jours qu'il ne venait pas, alors j'ai pensé qu'il était malade. J'ai pris quelques rations que j'ai fourrées dans un sac et me suis dirigé vers la voie d'accès des égouts. Nous sommes en novembre et c'est la période où les sans-abris commencent à descendre. Ils forment un groupe soudé et solidaire, c'est admirable de constater que malgré leur situation, ils restent bons et généreux.

J'ai demandé où est-ce que je pouvais trouver Jeff. Un homme d'âge mûr s'est levé et m'a désigné un tunnel sombre. Il m'a appris que celui que je cherchais avait disparu depuis quelques jours, et que la dernière fois qu'il avait été vu, c'était entrant là-dedans. Il avait tenté quelques recherches, en vain. Je lui ai donné quelques rations et suis entré dans le souterrain. Rapidement, il y a fait noir comme dans un four. J'ai pris mon téléphone et ai allumé la lampe torche. Les eaux croupies s'écoulaient à côté de moi dans un clapotis régulier et des rongeurs parcouraient l'endroit. Leurs petites griffes grattaient le sol, produisant un bruit oppressant. L'ambiance était vraiment glauque. J'ai appelé Jeff à deux reprises, sans réponse. Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire ? J'espérais qu'il ne lui était rien arrivé. Plus j'avançais, et plus l'odeur qui se dégageait de l'endroit était épouvantable. Un mélange de viande pourrie et de déjections. Même si ce n'est pas extrêmement important, je tiens à signaler qu'une angoisse profonde commençait à monter en moi. Je suis claustrophobe, et la très faible luminosité n'arrangeait rien. Alors que j'envisageais de rebrousser chemin, j'ai marché sur quelque chose de mou. J'ai baissé les yeux et un frisson m'a parcouru. Un énorme rat, mort, coupé en deux. La partie inférieure de son corps manquait. Quelle créature aurait donc pu sectionner un rat de cette manière ? Je tremblais. Une nouvelle fois, j'ai hurlé le nom du disparu à plusieurs reprises.

Un rugissement caverneux, ressemblant presque à un sifflement, a soudainement répondu à mes appels, se répercutant dans la galerie jusqu'à mes oreilles. Un grand bruit d'éclaboussures s'est alors fait entendre. J'ai immédiatement fait volte-face et pris mes jambes à mon cou. Je ne tenais pas vraiment à connaître l'identité de l'animal en question. Je n'avais parcouru que quelques mètres quand j'ai dérapé. Je me suis étalé de tout mon long. Et c'est quand j'ai vu ce qui avait causé ma chute que j'ai réalisé que j'étais réellement en danger. Un bras, en lambeaux. Le membre était complètement déchiqueté et du sang avait coagulé sur le sol. On m'a interpellé. Toujours allongé sur le sol, je me suis péniblement relevé. Un homme de l'agence de dératisation parisienne. Je lui ai sommé de faire demi-tour aussi vite que possible, terrorisé. Il a essayé de me calmer et a commencé à chercher la source de ma peur. Il s'est approché de l'eau. Bon Dieu, pourquoi est-ce qu'il a fait ça ?!

Quelque chose a bondi de la rivière artificielle avec une vitesse inouïe, et lui a happé le bras. Un craquement terrible a retenti dans l'air. La scène qui se déroulait sous mes yeux était tout simplement irréaliste. La créature de l'égout n'était autre qu'un crocodile. Sauf que le saurien, toujours à moitié immergé, était grand, beaucoup trop grand. J'ai rapidement estimé sa taille à huit mètres, si ce n'était plus. Le dératiseur hurlait à pleins poumons. Sous la pression des mâchoires du gigantesque reptile, son bras se disloquait, et s'est finalement détaché. J'ai cru que ça suffirait à l'animal. Quelle erreur. Il est revenu à la charge et a saisi l'homme par les jambes, jusqu'au bassin. Entre deux cris de douleur, celui-ci me suppliait de l'aider, il agitait son bras amputé et saignait abondamment. Je l'entends encore me demander de l'aide. Ça me hantera sûrement jusqu'à mon dernier souffle, mais mon instinct de survie a pris le dessus. J'ai fait le choix de le laisser là et de m'enfuir. De toute façon, il était sûrement déjà bien trop tard, je ne pouvais rien faire. Du moins, j'essaie de m'en convaincre. Dans ma fuite, je me suis retourné, une dernière fois. Je n'aurais pas dû.

Voyez-vous, les crocodiles n'ont pas la capacité de mâcher, ils avalent des morceaux entiers. Alors pour détacher des morceaux de chair à leur victime, une fois saisie, ils roulent sur eux-mêmes. Je n'ai pas besoin de vous expliquer ce qui était en train d'arriver au pauvre homme, votre imagination s'en occupera. Essayant d'oublier les hurlements, qui se sont bientôt arrêtés assez soudainement, je suis arrivé au bout du tunnel. J'ai couru jusqu'à mon domicile aussi vite que possible, comme si la créature allait me poursuivre. C'était il y a deux heures.

Depuis, j'ai appelé la police et fait quelques recherches avant de rédiger ce rapport, que je déposerai dès que possibles aux autorités compétentes. J'ai appris avec une émotion certaine que ces six derniers mois, plus d'une dizaine de disparitions de personnes liées aux égouts, par leur travail ou autre, étaient à déplorer.

Si ce texte est publié quelque part, laissez-moi vous donner un conseil. Cessez de jeter n'importe quoi dans vos sanitaires, éviers, lavabos et autres points d'eau. Vous n'avez aucune idée de ce que vous nourrissez.



mercredi 17 août 2016

Le berger

J'ai eu mes petits agneaux alors qu'ils n'avaient que quelques mois. Trois mâles et une femelle. C'est avec un peu de honte que je dois avouer qu'ils n'étaient pas à moi normalement. Je les avais volés lors de vacances que je passais dans le sud, très loin de chez moi donc. Heureusement que j'étais venu avec la caravane, sinon il aurait été difficile de les ramener à la maison. Il fait très froid là où j'habite, alors j'avais peur qu'ils ne succombent rapidement à cause du climat régional, qui monte rarement au-dessus de 15°C. Je les ai donc installés dans la grange, dans laquelle j'avais préalablement préparé un bel enclos. Au début, je leur donnais le biberon. Qu'ils étaient adorables à téter comme des affamés. Mais ça grandit vite ces petites bêtes, trop à mon goût, ah ah.

C'est lors de la quatrième année que l'un des mâles est tombé malade. J'ai tout tenté pour le sauver, mais j'ai dû me rendre à l'évidence : le pauvre était condamné. Je l'ai donc conduit dans la cour, puis je l'ai attaché solidement et, finalement, j'ai écrasé une grosse pierre sur son crâne. Il a remué pendant quelques instants, avant de pousser son dernier souffle. Comme j'ai horreur du gâchis, je l'ai fait rôtir pour tuer l'infection bactérienne, et je l'ai mangé. Il était très savoureux, mais ça m'a quand même fait de la peine. Je crois me souvenir que j'ai versé une larme.

De longues années se sont écoulées sans autre incident. C'étaient de belles bêtes. Elles ne donnaient pas beaucoup de laine, mais chaque été, je leur passais un petit coup de tondeuse, histoire qu'elles n'aient pas trop chaud. Je dois dire que j'étais heureux durant cette période. Mais le bonheur ne dure jamais éternellement, n'est-ce pas ?

Sûrement à cause des hormones, les deux mâles restants ont commencé à régulièrement se battre. J'ai dû acheter une clôture de barbelés pour les séparer, mais ça n'a pas suffit. Un matin, je suis entré dans la grange et une odeur métallique m'a immédiatement agressé les narines. Un des mâles gisait là, baignant dans son sang, éventré. Ça m'a beaucoup peiné. Pourtant, le vrai drame s'est produit lors de la nuit suivante.

J'ai été brusquement tiré de mon sommeil par des hurlements déchirants. Heureusement que nous vivions en marge du village, car si nous avions eu des voisins, j'aurais sûrement été arrêté pour tapage nocturne ! Je suis descendu en quatrième vitesse pour voir ce qu'il se passait. Lorsque j'ai pénétré dans le bâtiment, j'ai rapidement compris la situation : le mâle tentait un accouplement, ce qui n'avait pas l'air de plaire du tout à la petite femelle. Elle beuglait et se ruait dans tous les sens. Si bien qu'elle est tombée dans les barbelés. La pauvre devait souffrir le martyre mais plus elle se débattait, plus elle s'enchevêtrait dans les fils coupants.

Elle est morte au petit matin, des suites de ses blessures. Je n'ai pas pu me résoudre à la manger. Je l'ai enterrée dans le champ, derrière la maison. Ensuite je suis retourné à la grange et j'ai égorgé la dernière bête. Ce genre d'animal, quand il est esseulé, devient rapidement fou et je voulais lui éviter cette souffrance. Après ça, j'ai décidé de ne plus jamais avoir d'animaux.



Voici les aveux d'Antoine-Côme Sardin, révélés avec une autorisation des autorités à deux jeunes scénaristes, dans le cadre de son biopic intitulé "Le Berger", actuellement en préproduction. L'homme purge actuellement une peine de réclusion criminelle à vie, après avoir été reconnu coupable d'enlèvements, séquestration et multiples homicides, à la suite de la découverte du corps de Lisa Mayrond, jeune fille de quatorze ans, disparue depuis l'âge de dix-sept mois, retrouvé en bordure de la propriété dudit condamné. Bien que l'un d'eux ait probablement été dévoré selon les dires du kidnappeur, les corps de Michaël Letel, Thomas Michon et de Marius Wazcilek n'ont pour l'heure pas été retrouvés. 



lundi 15 août 2016

Piscine

J'adore l'eau, nager, être seul au milieu de tout ce liquide, au calme, sans stress. Je passe quasiment 2 heures chaque jour dans ma piscine. Je vais aussi à la piscine du coin pour faire des longueurs et de l'apnée. J'habite dans une petite ville vous voyez, comprenez que c'est pas très très grand mais j'ai mes habitudes là-bas. Ma femme, je l'ai rencontrée là-bas aussi, elle nage moins que moi, surtout depuis la naissance de notre fils, mais elle continue parfois avec mon petit Timothée dans notre piscine. Je suis professeur dans un village, des gamins sympas, très terre à terre, il y a des têtes brûlées dans le tas mais ça va pour la plupart.


Mon histoire a commencé le jour où mon fils est parti de la maison pour aller à la fac, dans une grande ville, dont je tairai le nom pour plus de sécurité.
Moi et ma femme sommes allés chez lui plusieurs fois, pas très longtemps, il n'avait pas un appartement très grand. La ville était très vaste et nous nous y sommes promenés très souvent avec mon fils, j'avais remarqué qu'il y avait une assez grande piscine, mais pour ne pas embêter ma femme et mon fils, je n'avais rien dit.


Un jour où nous étions chez lui, il a dû partir en précipitation pour un travail avec ses amis. Ma femme avait besoin de repos donc elle a fait une sieste, mais moi j'étais bien bien réveillé. J'ai donc pris mes affaires de piscine, que je prenais toujours avec moi au cas où, et suis allé à cette piscine, beaucoup plus grande que je ne le pensais. Le bassin olympique était quasiment vide, nous étions en semaine, et les rares nageurs étaient des mordus comme moi. Après m'être échauffé, j'ai commencé à faire plusieurs longueurs. Après ça, j'ai commencé des exercices d'apnée, de 10 à 30 secondes. D'habitude je n'en fais pas dans les piscines municipales mais après avoir papoté avec le maître nageur, il m'a indiqué qu'il ne trouvait rien à redire contre ça, voyant que j'étais un vrai nageur et pas un gamin débile. Un autre nageur a commencé à travailler avec moi, la piscine c'est un endroit convivial, c'est de l'exercice continuel, on nage pour ne pas couler, ça délie les langues. Après un rapide échauffement donc, nous avons décidé de rester le plus longtemps possible sous l'eau, un exercice assez simple mais qui peut être dangereux si nous ne sommes pas accompagnés. La première fois nous sommes restés 50 secondes, en gros, moi 51 et lui 48, il n'avait pas l'entraînement que j'avais.

La deuxième fois nous sommes restés 55 secondes tous les deux.


Après plusieurs essais nous avons trouvé notre limite d'une minute et 30 secondes. Nous avons donc commencé à nager dans l'eau en apnée. Après plusieurs longueurs, nous avons essayé de toucher le fond.


C'est là que les choses ont pris une tournure très étrange.


J'avais des lunettes de natation, quelque chose de sobre mais d'efficace, lui par contre n'en avait pas et devait avancer à l'aveugle, le chlore n'étant pas conseillé pour les yeux, surtout à forte dose. La première fois que nous avons nagé jusqu'au fond de la piscine, je l'ai trouvé éloigné, je l'ai dit à mon camarade apnéiste, mais lui a déclaré avoir trouvé la profondeur "normale".


La seconde fois a été la dernière. Quand j'ai touché le fond, il semblait si éloigné que j'ai eu peur de ne pas réussir à remonter, une fois touché je me suis retourné pour remonter et... Et la piscine avait grandi, tellement grandi. La surface qui brillait me paraissait si lointaine, j'ai commencé à paniquer. Je me suis retourné pour voir mon camarade et je l'ai vu continuer à nager vers le fond, aveugle à ce qu'il se passait devant lui, et le fond continuait a s'éloigner.  J'ai tenté de crier mais ma bouche et mes poumons se sont remplis d'eau, j'ai paniqué et j'ai commencé à nager le plus vite possible vers la surface, mais à cause de ma stupidité, il ne me restait plus beaucoup d'air dans les poumons. J'étais tellement paniqué que j'ai cru ma dernière heures arrivée. J'ai levé les yeux et j'ai vu la surface, j'ai agité les bras mais je n'avais plus d'air, mes poumons pleins d'eau commençaient à brûler, mes muscles aussi et mes côtes étaient douloureuses. J'ai finalement pris un dernier élan et j'ai sombré.


Quand je me suis réveillé, j'étais au bord de la piscine, le maître nageur me pratiquant les gestes de premiers secours. J'ai craché de l'eau et j'ai vomi ma bile. J'étais complètement déboussolé, je ne savais plus où j'étais ni comment je m'étais retrouvé là. J'ai pris des goulées d'air et j'ai demandé, après un certain temps de repos, où était l'autre. Mais personne ne se souvenait d'un autre nageur avec moi. J'ai pris mes affaires et je suis parti très vite de cette piscine. Depuis, je ne fais plus de piscine. j'ai toujours peur que le fond s’agrandisse...