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Attention, les textes présents sur cette page peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes.
Nous rappelons qu'il s'agit de fictions et que nous n'encourageons nullement les pratiques répréhensibles en rapport avec les creepypastas.
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jeudi 28 août 2014

Les portes de l'Abysse sont prêtes à s'ouvrir

Le lien de la page web http://abysse.olympe.in/ a fait son apparition fin mai 2014 sur le Hidden Wiki, site listant des pages non référencées, en majorité provenant du Deepweb.
J'ai lu plusieurs histoires à son sujet, je ne sais pas trop quoi croire. Certains parlent d'un direct prévu sur le site Livestream dont l'auteur se serait fait pirater. Au moment où il devait commencer son live, la vidéo initialement prévue avait été remplacée par celle d'une sorte de cérémonie religieuse. Un homme portant un masque de chèvre, debout au centre de ce qui semblait être une église improvisée, y récitait, dans une langue inconnue, des versets incompréhensibles. Le lien de la page apparaissait dans les dernières minutes de la vidéo. Cet étrange live est un fait, vous en avez le lien plus bas ; si ce compte a bien été piraté, en revanche, je l'ignore.

Lien du direct Livestream.

L'auteur du site avait, apparemment, quelque chose à révéler. Mais l'"ouverture des portes", initialement prévue pour le 31 mai, a été repoussée faute de participants.
Le site a toutefois recommencé à faire parler de lui récemment. Depuis le 21 août, un nouveau message est posté chaque nuit. Vous pouvez les consulter à cette adresse (ou jetez un oeil à ces captures d'écran si jamais la page venait à être supprimée: haut - bas).



Le soir du 27 août qui devait être riche en réponses s'est finalement soldé par une déception. Toutefois, peu de temps après, la page a été mise à jour.

Voici une capture d'écran de la page telle qu'elle apparaît en date du 28 août:


Il reste un peu plus de 48 heures avant l'ouverture des portes, donc... Armez-vous de patience, et tenez-vous prêts.



Si vous voulez en savoir plus, un topic sur jeuxvideo.com rassemble entre autres les réponses obtenues par ceux qui ont utilisé l'adresse mail affichée en bas de la page. Cliquez ici.

mercredi 27 août 2014

Une voix douce

Je me souviens m'être retourné plusieurs fois ce soir-là, sur le chemin menant jusqu'à chez moi. Bien avant que les événements ne commencent pleinement, j'étais déjà nerveux, inquiet. Je suis d'un naturel angoissé, mais je me souviens que, ce jour-là, c'était pire que d'habitude. Mes yeux allaient et venaient entre l'obscurité presque palpable de la rue et la salvatrice lumière des lampadaires, à la recherche d'une ombre, d'un être, d'un objet, n'importe quoi qui puisse justifier ce sentiment d'insécurité qui me prenait à la gorge.


Je me souviens avoir pensé que cela n'était que mon imagination. Que je m'imaginais des choses, comme d'habitude. Que rien ne me menaçait. Qu'il valait mieux que je me préoccupe de rentrer le plus vite possible. Mon neveu de sept ans était chez moi, seul. Mon frère et sa femme, en vacances dans ma demeure, m'avaient appelé en me disant qu'ils allaient être en retard à leur dîner si ils ne partaient pas immédiatement, qu'ils laissaient leur fils à la maison mais qu'il fallait que je me dépêche, car il était bien capable de faire une bêtise.


J'ai hâté le pas.


Il pleuvait fortement, le trottoir était glissant sous mes pieds. De plus, je portais deux sacs en plastique lourds comme tout, qui contenaient de la nourriture pour quatre pouvant durer trois semaines. Naturellement, et comme cela était prévisible, je glissai et m'étalai de tout mon long sur la chaussée. Toutes mes courses glissèrent sur le trottoir. En jurant, je me mis à les rassembler, sans prêter attention aux aliments les plus abîmés. Malgré tous mes efforts, mon téléphone resta introuvable, ce qui me mit de plus mauvaise humeur encore.
J'avais presque terminé lorsqu'un souffle d'air me chatouilla l'oreille :


« Tu as peur de la lumière ? »


Je sursautai, lâchant pour la deuxième fois les sacs. Une voix inconnue de femme assez jeune, fluide comme celle des conteurs, venait juste de me murmurer ces mots à l'oreille. La voix en elle-même n'était pas effrayante, elle était même agréable, mais l'ambiance qui régnait autour de moi me rendait paranoïaque. J’eus beau scruter les alentours, même l'obscurité où pouvait se cacher l'auteure de cette mauvaise blague, je ne vis personne. Alors que, angoissé, je m'apprêtais à reprendre mon chemin sans plus me préoccuper des denrées exposées sur le trottoir, la voix reprit doucement :


« Pourquoi ne t'enfonces-tu pas dans les ténèbres ? »


Cette fois-ci, je fis volte-face pour surprendre le plaisantin. Toujours personne. J'étais seul, seul dans cette sombre ruelle, seul face à l'obscurité et cette personne qui s'y dissimulait. Un frisson parcourut mon corps, et j'ajustai les pans de mon manteau dans une vaine tentative de me calmer. Après tout, peut-être que cela n'était que le vent et la pluie qui, aidés par mon imagination, me jouaient un tour ? D'ailleurs, comment aurais-je pu entendre quelqu'un avec le vacarme produit par l'eau sur le goudron ? Presque aussitôt, comme pour me contredire, la voix s'éleva de nouveau :


« C'est tellement bon de s'écarter du chemin, de se plonger dans l'obscurité en ignorant le danger qui guette... »


Ce fut cette phrase qui, réellement, me fit prendre conscience que j'étais peut-être à la merci d'un quelconque danger. Que, si je ne fuyais pas, ma vie risquait peut-être d'être écourtée.
Avant de prendre une décision que je regretterais peut être, je lâchai :
« Où êtes-vous ? »
Ma voix tremblotante résonna entre les murs de la ruelle, contrairement à celle de la femme, qui était claire et sans défaut. Le bruit de la pluie et l'écho n'avaient aucun effet sur ses paroles.
Mes peurs l'emportèrent sur ma raison. Je me mis à courir aussi vite que je le pouvais. Dès que j'eus démarré en trombe, un nouveau murmure s'éleva au-dessus du bruit de la pluie :


« Pourquoi cours-tu ? Tu as peur ? »


Je hurlai, tout en priant Dieu pour que je ne tombe pas :
« Laissez-moi tranquille ! »
De nouveau, la voix m'ignora. Mon cœur se mit à battre plus vite, plus fort, tandis que je me ruais vers la lumière, vers ma maison.


« Tu veux vraiment affronter quelque chose que tu ne supporteras pas ? »


Je tentais d'ignorer la voix, mais sa douceur écœurante, son débit simple et ensorceleur résonnaient dans ma tête, sans que je puisse les exclure de mes pensées. Le terrible sentiment de peur, l'impression tenace dans mes veines qu'un danger me guettait, tout cela me poussait à courir plus vite que jamais. Et pourtant...


« Pourquoi prolonger ainsi le jeu ? Tu n'aimeras pas la fin. »


Je serrais les dents. Ces phrases effrayantes me donnaient des frissons. Le trottoir se déroba soudainement sous moi, et je le vis se précipiter à ma rencontre.
Je parvins à m'agripper à un lampadaire, et rétablis mon équilibre avant de reprendre ma course folle. Quelques arbres remplaçaient maintenant les murs et palissades de bois, et je savais ce que cela voulait dire ; ma maison, mon refuge, n'était pas loin.


« S'il-te-plaît... Écoute-moi... »


J'ignorais la note soudain plaintive dans la voix. Je voyais enfin, au loin, les contours de ma maison se dessiner ! Cela fut comme une impulsion électrique, et j'accélérai encore le pas, espérant échapper à ma poursuivante.
La voix se tut, jusqu'à ce que je m'apprête à franchir le portail de mon jardin :


« Nous cherchons une autre victime... »


Cette phrase m'interpella plus que les autres, et une pensée surgit soudainement du stress.
Mon neveu était là, dans la maison. Et si la créature s'en prenait à lui ? Serais-je capable de le défendre ? Il est tellement jeune... Comment pourrais-je supporter sa perte ?
Alors, prenant une profonde inspiration, j'orientai ma course vers la droite, avant de m'enfoncer dans le bois d'à côté.


« Il est difficile de faire le bon choix... »


Elle avait de mauvaises intentions. Elle me l'avait dit : ''Ils'' cherchaient une autre victime. Je ne pouvais pas l'écouter...
Les branches les plus basses me fouettaient le visage et les mains, les rochers me faisaient trébucher, les buissons et leurs épines m'entravaient. Je n'avais qu'une seule idée en tête : l'éloigner de chez moi, protéger mon neveu. Rester en vie.


« ... »
Un souffle rauque m'ébouriffa les cheveux, sans qu'aucun mot ne soit prononcé.
J'avais peur.


« Je t'en prie... Je n'ai pas supporté la lumière... »


Lorsque la voix résonna de nouveau à mes oreilles, j'avalai ma salive et continuai de courir sans même ralentir. Je connaissais la forêt comme ma poche. Pourtant, je ne reconnaissais pas cet endroit...


« Elle te perdra aussi ! La lumière est prise de conscience, tu ne peux pas... »


La lisière n'était pas loin. Je le savais en voyant la lumière émerger d'une trouée entre les arbres. Peut-être pourrais-je trouver quelqu'un qui saurait m'aider ?


« Il te trouvera aussi. Tu ne pourras pas courir éternellement. Tous ceux qui ne nous écoutent pas finissent de la même façon... »


J'émergeais enfin hors du bois.
Pour piler devant un mur.
J'étais entouré par trois murs de briques, trop grands pour l'escalade, apparus là comme par magie. Je fis volte-face, pour me retrouver face à un autre mur, exactement identique aux autres. J'étais coincé dans une pièce sans plafond, seul. J'étais terrifié, résolu et heureux.
J'étais pris, mais au moins ceux que j'aimais ne seraient pas la proie de la même créature qui m'avait traqué. La voix retentit. Je m'attendais à de la jubilation, de la joie dans son ton. Mais certainement pas au regret qui perça soudainement :


« Ils font tous cela... Ils agissent tous ainsi... Ils préfèrent se diriger vers la lumière, pour préserver ceux qui sont chers. Ils ne cherchent jamais à se réfugier dans l'obscurité, à attendre sans bouger que le danger passe, le seul moyen de se sauver soi-même ainsi que les autres... Non, ils préfèrent la brutale prise de conscience à la connaissance et la rédemption... Ils ne nous écoutent pas, jamais... »


La voix se mit à changer, en même temps. On reconnaissait encore la voix de la femme, mais celle-ci semblait... plus profonde, plus grave. Elle avait pris des sonorités que l'humain ne peut adopter, un ton d'outre-tombe à glacer le sang. Et elle prononça cette phrase, cette unique phrase, qui réussit à me couper la respiration, qui hante mes cauchemars :


« Crois-tu que ton neveu soit en sécurité? »


Je me retrouvais plongé dans le noir complet. Je hurlai, désespéré :
« Qu'est-ce que vous lui avez fait ?! »
Aussitôt, devant moi, quelque chose bougea. J'en étais sûr, j'étais face à quelque chose d'immense, quelque chose de dangereux. Des tas de lueurs rouges s'allumèrent en même temps, et je me retrouvais face à trois lueurs vertes, plus vives que les autres. Des pleurs se mirent à retentir dans ma tête, de femmes, d'hommes, d'enfants... Tellement de pleurs...
La voix retentit de nouveau, maintenant totalement inhumaine :


« NOUS NOUS EN SOMMES OCCUPÉS... »


Les lueurs s'éteignirent brusquement, et le noir m'entoura de nouveau, avant que la lumière ne revienne sur un paysage familier.
J'étais de nouveau devant ma maison.
Terriblement inquiet, je bondis en avant, et ouvris la porte, appelant à tue-tête mon neveu.
Il était dans le salon.
Mort.


Cela fait 3 ans maintenant.


Je vous écris cela, autant de temps après, pour une raison bien précise. Je n'ai jamais raconté à quiconque cette histoire. J'ai juste dit avoir trouvé l'enfant ainsi, alors que je rentrais chez moi. À la suite de l’événement, mon frère et sa femme sont partis de chez moi et n'y sont plus jamais revenus. J'ai vaguement su de par mes parents qu'ils avaient reconstruit leur vie chacun de leur côté. Mon frère a eu une petite fille que je ne verrais probablement jamais.
Il y a peu, mon meilleur ami a perdu sa sœur jumelle, retrouvée morte dans la cuisine. Il m'a fait assez confiance pour me conter ce qui lui était arrivé cette nuit-là, et le récit m'a glacé le sang. C'était l'exacte réplique de ce que j'avais moi-même vécu le soir du drame. La seule différence était que, alors que le noir l'entourait, il a entendu la voix d'un garçon très jeune, qui lui murmurait :
« Dites à mon oncle que nous nous retrouverons bientôt. Ils ne lâchent jamais une proie. »



dimanche 24 août 2014

Dans les bois

Notes
Ce que vous allez lire a été posté sur la board /x/ de 4chan le jour d'Halloween, en 2013, par un utilisateur inconnu du nom de prozac101. Me rendant quotidiennement sur /x/, j'ai été parmi les premiers à répondre au post de cette fille, et je pense qu'il est bon de vous prévenir tout de suite que j'ai été vraiment dérangé par ce que j'ai lu; je crois que je n'avais pas été aussi dérangé en lisant un truc depuis bien longtemps. C'est plutôt dur de décrire les étranges sentiments que j'ai ressentis, mais j'ai eu l'impression qu'il y avait quelque chose de différent dans son histoire, vu que je n'ai pas cessé d'y repenser pendant des jours après ma lecture. Juste pour mettre les choses au clair, je ne suis pas l'auteur de ce qui suit, juste un simple anonyme qui s'est mis en devoir de montrer au plus large public possible l'histoire de prozac101.




Hey /x/

J'ai juste pensé que ce serait bien de vous partager quelques histoires effrayantes de mon enfance, pour animer un peu Halloween.

Quand j'étais gamine, il n'y avait que moi et ma mère. On vivait dans la propriété de ma grand-mère, une vieille ferme à trois étages juste en bordure des bois. C'était assez loin de la route, au bout d'un long et obscur chemin de gravier - on se sentait vraiment isolé, la nuit, étant loin de toutes les autres maisons, dans cette région qui n'avait pas été habitée depuis 30 ans au moment où on s'y était installées. Assez souvent, j'étais une enfant très turbulente, et quand ma mère partait travailler, il arrivait que je ne prenne pas le bus scolaire et que je passe la journée seule à la maison. On se sentait souvent incroyablement seul et isolé dans cette grande maison, alors je passais le plus clair de mon temps dans la forêt qui s'étendait derrière. À bonne distance dans les bois, assez loin pour que je ne puisse plus entendre les appels de ma mère, il y avait un pin couché qui s'était abattu sur un autre - un énorme tronc se tenait, à présent, figé comme un arc au-dessus du sol de la forêt. J'adorais grimper sur la souche déchiquetée au pied de cet arbre tombé et me maintenir quelque part vers le milieu. Je n'arrivais jamais à continuer jusqu'en haut parce que la pente devenait simplement trop raide pour continuer, et j'avais la manie de me faire peur en regardant à quelle hauteur j'étais.

Un jour, alors que j'étais assise à mon endroit habituel sur l'arbre tombé, assez loin du sol, j'écoutais les chants des oiseaux en profitant de la chaleur du soleil sur ma nuque, quand j'ai entendu quelque chose en bas qui m'a paralysée de frayeur.

"Hé, gamine."

J'ai été prise d'un soudain accès de peur pendant un moment. La voix venait de juste en-dessous de moi. Je me suis penchée pour regarder en bas, mais le bord du tronc me masquait la vue. Pendant un long moment, je suis restée là, silencieuse, et j'en suis arrivée au point où j'étais presque convaincue d'avoir simplement imaginé cette voix.

"Je sais que tu peux m'entendre."

Sa voix était bien plus forte cette fois, si forte que j'ai hurlé de frayeur et que je me suis hissée un peu plus haut sur la grume. Tremblant nerveusement, j'ai enfoncé mes ongles dans l'écorce en m'accrochant étroitement à la vie. Je me suis assise là, tentant de garder mon calme pour Dieu sait combien de temps encore. Même si je ne la voyais pas, la présence de la chose en-dessous de moi était claire. Les chants d'oiseaux étaient devenus plus bas, plus timides, et en écoutant attentivement, j'entendais clairement une respiration humaine. Rassemblant tout mon courage, je me suis décidée à me prouver que tout ça n'était que mon imagination en me penchant le plus loin que je pouvais sans risquer de tomber. M'accrochant fermement à l'écorce derrière moi, j'ai allongé les bras et regardé en dessous, obtenant une large vue sur les sous-bois, quand soudainement-

"-DESCENDS TOUT DE SUITE OU C'EST MOI QUI VIENS TE CHERCHER!"

La voix était si forte que j'ai eu l'impression qu'elle m'avait crié en pleine face. De frayeur, j'ai relâché mon emprise sur le tronc et j'ai basculé de la plateforme. Je n'ai évité la chute qu'en m'agrippant à une branche proche, et pendant une horrible seconde, mes jambes nues se sont balancées dans l'air frais. Dès que j'ai pu me hisser sur le tronc, j'ai couru à toute vitesse au sommet du pin tombé, jusqu'à un point que je n'avais jamais atteint jusque-là. Je me suis arrêtée là, juste en-dessous de la cime qui craquait, me pissant dessus, fixant le pied de l'arbre où le bois partait en échardes, m'attendant à tout moment à voir quelqu'un ramper vers moi le long du tronc. Au lieu de ça, je n'ai entendu que le vent qui sifflait dans les feuilles autour de moi, et parfois quelques chants d'oiseaux. Il a dû s'écouler à peu près deux heures avant que ma mère rentre à la maison et me trouve, après bien des recherches, des tremblements, et des cris au sommet de l'arbre tombé.

Même si cet incident nous a beaucoup effrayées ma mère et moi, j'ai assez vite récupéré -les enfants sont naïfs à se montrer forts- même si je ne suis plus allée aussi loin qu'avant dans la forêt, et que je n'ai plus jamais ne serait-ce qu'approché cet arbre mort.




Quand j'ai eu 12 ans, j'ai reçu la corvée d'aller chercher du bois de chauffage dans le cabanon au fond du terrain, juste à l'orée de la forêt, et de le ramener dans la maison. C'était un travail assommant, et j'avais choisi de toujours le faire au crépuscule, quand l'air était plein de moustiques et que le brouillard recouvrait la pelouse. Au moment où je faisais mon dernier aller-retour, je sprintais toujours jusqu'à la maison, effrayée. Une des choses que j'aimais le moins dans ce travail, c'était que la cabane était pleine d'effraies (si vous avez déjà vu la face d'une effraie qui vous fixe du haut d'une poutre, vous devez vous douter comme ce cabanon me mettait mal à l'aise).

Lors d'une de ces nuits, le brouillard s'était montré plus épais que jamais. Une épaisse brume argentée recouvrait tout le paysage et limitait mon champ de vision à une petite sphère autour de moi. Même si la cabane n'était pas loin de la maison, je me suis sentie complètement désorientée, et j'ai pris la mauvaise direction plus d'une fois, deux fois droit vers les bois pour une raison ou une autre. Au moment où j'ai atteint ma route précédente, le brouillard était trop épais pour voir le chemin. L'humidité me piquait les yeux et ça rendait ma vision floue. En avançant à tâtons, j'ai fini par rentrer tête la première dans un arbre, lâchant tout le bois que je transportais sur mes pieds avec un craquement. Alors que je me baissais pour le récupérer, les pieds tremblant de douleur, j'ai réalisé que la brume était si épaisse que je ne pouvais même pas voir mes genoux. J'ai décidé de foncer à la maison, pensant qu'on avait bien assez de bois pour cette nuit. Cependant, il commençait à faire vraiment sombre et je n'arrivais plus à trouver mes repères pour savoir quelle direction prendre. Même en faisant quelques pas prudents dans chaque direction, essayant de me figurer où j'étais, je n'arrivais à trouver aucun point de repère.

Je n'arrivais même pas à situer la clôture ou le portail, et plus je marchais, plus je rencontrais d'arbres, des aiguilles de pin et de la boue sous mes pieds à la place de l'herbe humide. Après un moment, j'ai réalisé que j'avais même perdu le cabanon. Me maudissant d'être si bête (tandis que j'essayais d'ignorer mon cœur qui battait fort, sentant que quelque chose se jouait), je me suis rendue compte que j'étais perdue quelque part à l'entrée du bois. J'ai crié le plus fort que je pouvais pour que ma mère m'entende, mais j'ai eu pour seule réponse un grand silence venant des profondeurs du brouillard; je m'étais de toute évidence trop éloignée de la maison pour être entendue. Alors que la panique commençait à me prendre, j'ai remarqué quelque chose de rose qui bougeait sur le tronc d'un pin. En m'approchant, j'ai vu que c'était un carré de papier rose déchiré. Il y avait une flèche dessinée dessus, et elle pointait à droite. Ça ressemblait vaguement à quelque chose que ma mère aurait pu faire, j'ai pensé, pour éviter que je me perde. Alors, bêtement, j'ai suivi la direction donnée par cette flèche verte, tremblant dans l'air qui devenait de plus en plus froid.

J'ai continué de marcher pendant cinq ou dix minutes avant de m'arrêter pour reprendre mon souffle. Mon cœur battait si fort que je commençais à avoir mal. Alors que je m'asseyais, j'ai remarqué ce qui semblait être une autre feuille flottant sur un tronc non loin. J'ai remarqué que celle-ci était fixée avec un long clou. Elle portait une autre flèche, celle-ci pointant en haut, et une petite note, négligemment écrite, qui disait: "PAR ICI". Malgré ma panique qui grandissait, je me suis persuadée que ces notes étaient ma seule chance de regagner la maison avant la tombée de la nuit. Je désespérais de sortir de cet enfer et mon front était moite de sueurs froides. Alors, j'ai suivi la flèche verte, jusqu'à apercevoir de nouveau un faible éclat rose, sur une pente avec des grumes effondrées et une litière de feuilles.

Il commençait à faire vraiment sombre, et je devais plisser les yeux pour voir ne serait-ce que quelques mètres devant moi. Je suivais les flèches, de moins en moins rassurée sur ma position. Je me suis enfoncée dans les bois, à tâtons dans le brouillard pour éviter de me prendre un arbre (même si j'avais peur que quelque chose que je n'aurais pas vu m'attrape le bras). J'ai atteint la troisième note dont la flèche pointait encore vers le haut. Elle indiquait une pente de plus en plus raide que je n'avais jamais vue près de la maison, un smiley souriant négligemment dessiné au-dessus. À ce moment, j'ai fini par être trop effrayée et je n'ai plus su faire face. Je suis restée là et j'ai commencé à pleurer. Alors que je m'effondrais contre le tronc d'un pin, la pensée m'a traversé l'esprit que je risquais de rester dans cette forêt toute la nuit. Ça s'est insinué en moi comme une seringue plantée dans mes veines. J'ai cherché autour de moi un autre carré rose. Plissant les yeux, troublée par ces notes, aucune d'entre elles ne semblait abîmée malgré les pluies de la semaine dernière. J'arrivais à les lire de loin sans problème.

Ce que j'ai lu m'a glacée. Je me suis tenue sur mes genoux, totalement silencieuse, tremblante de peur. Mes oreilles étaient sensibles au moindre petit bruit dans le brouillard. Pendant un long moment, je suis restée là, dans cette brume mouvante, lisant et relisant cette horrible note, encore et encore. Quand un craquement de bois quelque part derrière moi m'a fait sprinter, quasiment à l'aveugle, des brindilles griffant mes chevilles et mon visage tandis que je courais. Sur la note, écrit en grosse lettres vertes, se trouvait mon nom. J'ai cru courir pendant des heures, avec tout le long, la pluie et la brume qui clapotaient sur mon cou, comme un souffle maladif qui courait derrière moi. Je ne sais pas comment, mais j'ai tout de même fini par atteindre la maison. Toutes les lumières étaient éteintes, et je me suis démenée pendant un moment pour trouver mes clés. Quand je les ai trouvées, je me suis enfermée à l'intérieur et j'ai rampé jusqu'à mon lit, où je suis restée, éveillée, jusqu'au matin. Maman avait juste pensé que je rentrerais et que j'irais me coucher, et n'avait pas pensé à garder les lumières allumées. C'était un miracle, ou bien une étrange coïncidence que j'aie réussi à retrouver la maison.





Ma mère est le seul témoin du dernier "incident" qu'on ait connu dans cette foutue maison. Jusque-là, elle n'avait rien vécu des événements étranges que j'avais connus, même si on était d'accord toutes les deux au sujet de son intérieur oppressant, et de sa situation au milieu de ces bois lugubres.

Même si je n'ai jamais été très populaire, vivant en pleine campagne à l'opposé de tous les gens de mon école, j'ai noué des amitiés étroites durant ma première année au lycée. Une de mes amies, Amanda, m'avait invitée à passer la nuit chez elle, et j'avais accepté. Ma mère m'a conduite chez elle, à à peu près 5 kilomètres de chez nous, puis est repartie à la maison. La nuit s'est bien passée. On a regardé un film d'horreur, mangé de la pizza et probablement fumé un peu d'herbe. Ma mère était rentrée seule pour écrire un peu, elle travaillait dans un magazine à l'époque. Il devait être à peu près minuit, quand j'ai reçu un texto de sa part. Tout en lettres capitales.

"SI C EST UNE BLAGUE DIS LE MOI TOUT DE SUITE"

Pensant qu'elle plaisantait, j'ai répondu: "calmetoi, qu'est-ce qui est une blague?"

Elle a répondu, presque immédiatement:

"ES TU À LA MAISON"

Bien sûr, j'ai répondu "non", même si j'étais totalement déroutée. Je n'ai reçu aucun autre message avant 3 heures du matin, quand elle m'a dit de me rendre chez ma grand-mère et de ne tenter PAR AUCUN MOYEN de rentrer à la maison.

Je me rappelle de la pluie torrentielle quand je suis allé chez ma grand-mère, j'étais complètement trempée en arrivant. J'ai dû combattre la tentation de rentrer chez moi et de poser mon sac, mais les textos reçus durant la nuit étaient un avertissement suffisant pour ne pas le faire. Quand je suis arrivée, ma mère et ma grand-mère déjeunaient. Dans un premier temps, maman m'a paru aller comme d'habitude, mais en la regardant mieux, je me suis rendu compte que toutes les couleurs avaient quitté son visage, et elle tremblait légèrement. À un moment, elle a même laissé tomber son verre sur le sol en reculant de frayeur alors que le chat se frottait contre ses chevilles. Ce n'est que tard le soir, après que ma grand-mère se soit endormie, qu'elle l'a raconté ce qui s'était passé. Elle a insisté pour que je ne lui en parle pas, craignant que tout ça ne heurte trop son esprit superstitieux.

Elle m'a raconté ce qui s'était passé la nuit où j'étais chez Amanda avec d'horrible détails. Ma mère était dans le salon au rez-de-chaussée, assise au coin du feu sur le canapé; les rideaux encadraient une vue sur les cimes au crépuscule, et elle travaillait sur son prochain article. C'était si faible au début qu'elle l'a à peine remarqué, mais au bout d'un moment, ma mère a perçu de petits coups frappés sur la fenêtre, derrière sa tête. En allant voir, elle a vu plusieurs gros papillons bruns d'une espèce qu'on rencontrait souvent dans les environs, se cognant contre la vitre. Supposant que c'était la cause des bruits, elle est retournée à son travail, même si elle se sentait un peu déstabilisée. Ce n'est que quand les coups sont devenus de plus en plus forts et secs qu'elle y a fait plus attention et a remarqué que des cailloux étaient jetés sur la fenêtre, venant de l'obscurité du bois.

Elle les voyait apparaître dans l'ombre d'un buisson, puis retomber et rebondir sur la vitre. En regardant attentivement, elle pouvait voir de petites fissures là où le verre avait reçu les projectiles les plus lourds, juste au niveau où sa tête se trouvait quand elle était assise. Un temps captivée, elle a tenté de regarder l'ombre attentivement pour repérer d'où les cailloux étaient lancés. Puis elle a brusquement reculé, choquée. Elle m'avait vue, debout dehors, à moitié cachée derrière un arbre, tout près de la fenêtre, affichant un large sourire et la regardant fixement. Mon seul œil visible était grand ouvert, elle en voyait tout le blanc. Elle a étouffé un cri en voyant sa propre fille la fixer avec ce sourire. Ça ne bougeait pas, et ne clignait même pas des yeux; mais ça se tenait près d'un des pins les plus proches, loin de là d'où provenaient les cailloux, qui continuaient d'arriver comme une averse assourdissante. Mon visage continuait de lui imposer ce sourire oppressant.

Pensant que tout ça n'était qu'une très mauvaise blague (d'où le texto qu'elle m'a envoyé plus tard), ma mère a crié mon nom à s'en époumoner, terrorisée au plus profond d'elle-même. Cependant, au lieu de répondre, la bouche de cette chose derrière l'arbre a commencé à bouger comme si elle prononçait des mots silencieusement et vraiment, vraiment vite. Soudainement, elle a tourné sa tête sur le côté, et a paru s'adresser à quelqu'un d'autre derrière l'arbre, que ma mère ne voyait pas. Mais elle pouvait voir une forme noire et imprécise accrochée de l'autre côté de l'arbre. La fille qui me ressemblait a continué à regarder ma mère continuait à la regarder et à agiter ses lèvres, puis se tournait et parlait à la chose à ses côtés. Puis elle se tournait de nouveau et recommençait. Enfin, rompant son discours silencieux, elle a soudainement pointé ma mère du doigt et a commencé à rire. Elle a crié, et s'est enfuie dans ma chambre au deuxième (la seule chambre dont le loquet fonctionnait) où elle s'est enfermée, s'asseyant sur le bord du lit. Elle écoutait, en larmes, les cailloux s'abattre sur les fenêtres en plus en plus grand nombre.

Ma mère m'a dit qu'elle ne se sentait pas en sûreté dans ma chambre. Il y avait une odeur atroce dans l'air, et un bourdonnement bizarre dans les murs, d'après sa description. Elle a prié pendant un moment, avant d'abandonner et d'écouter à nouveau les cailloux jetés contre les fenêtres et les murs (elle avait entendu, quelque part dans la cuisine, le bruit d'une vitre qu'on brise) et ce bourdonnement bizarre. En écoutant plus attentivement, elle s'est rendue compte que ce son n'était que la nuance la plus grave, la plus basse d'une voix qui marmonnait. Elle a reconnu la voix avec horreur, puis, sans doute trop effrayée pour regarder, elle a incliné la tête vers la porte du placard où on pouvait voir un horrible visage blanc, qui la fixait, la bouche tordue et béante qui murmurait à toute vitesse.

La porte n'était qu'à un mètre de ma mère.

Elle a commencé à s'ouvrir doucement.

Totalement terrorisée, elle s'est jetée sur la porte de la chambre, cherchant le loquet, tandis que des pierres de plus en plus grosses s'écrasaient contre la fenêtre très vite brisée en une grêle de bouts de verre. Elle a finalement pu sortir, courant hors de la maison sans quitter les bois des yeux. Atteignant finalement la voiture, elle a démarré aussi vite qu'elle a pu. D'après elle, alors qu'elle regardait en arrière, juste en arrivant au bout du long chemin qui menait à la maison, elle avait vu deux très nettes formes humaines dans l'encadrement de ma fenêtre brisée, qui l'observaient tandis qu'elle s'éloignait de la demeure. Ça devait être leur adieu final, vu que ma mère n'est plus jamais revenue là-bas.
Alors qu'elle me racontait tout ça, elle a fondu en larmes. Je ne doutais pas de ses dires et aujourd'hui encore je n'en doute pas. Je crois très honnêtement qu'elle a vraiment vécu ce qu'elle m'a dit cette nuit-là. Il était clair que nous en avions fini de vivre dans cette maison, une fois pour toutes.

Je ne suis revenue qu'une seule fois, avec mon père que je ne voyais que très rarement. Il a fait le chemin depuis un autre État pour nous aider à déménager. Maman avait déjà trouvé un appartement en ville et s'y était installée. Mon père et moi nous nous contentions de charger son camion avec tout ce qu'on avait laissé sur place. C'était un matin silencieux et ensoleillé ce jour où nous avons vidé les lieux. Je voudrais bien pouvoir dire qu'il y ait eu une conclusion, un dernier incident pour finir tout ça en beauté, mais il ne s'est rien passé de spécial. C'était juste un grand soulagement de partir d'ici. Cependant, j'ai encore deux faits à mentionner:

1-En cherchant dans la maison des traces des intrus, on a vu que plusieurs fenêtres, dont celles de la cuisine et celle de ma chambre, avaient été brisées, et que des pierres étaient répandues en grand nombre sur le sol.

2-Papa est allé un peu dans les bois pour prendre une pause. Quand il est revenu, il m'a demandé depuis quand nous avions une balançoire. Inutile de dire que nous n'en avions jamais installé une. Aussi, j'ai été plutôt dérangée de voir qu'une balançoire avait été assemblée durant la semaine où je m'étais absentée, et suspendue à une haute branche du vieux pin sur la crête, celui contre lequel s'appuyait la vieille grume où j'avais cessé de grimpé il y a des années.

La corde semblait neuve, et l'assise en bois était parfaitement polie et poncée. Mon père, qui voulait éviter que les derniers événements me reviennent à l'esprit (il doutait de tout ça et pensait que ma mère était instable), a supposé qu'un de nos voisins l'avait posée là - ignorant le fait qu'elle était sur notre propriété. Évidemment, il savait bien que la maison était totalement isolée et que nous n'avions aucun voisin à moins d'un kilomètre. Il n'y avait aucune maison dans tout cet espace, et tout le temps que j'ai vécu ici je n'ai jamais vu la moindre trace d'une autre habitation humaine. Mais j'ai laissé tout ça derrière moi, heureuse de dire "bon débarras" alors qu'on s'éloignait une dernière fois des lieux. Pour le gros de l'affaire, j'ai pensé qu'il serait mieux d'essayer d'oublier ce qui s'est passé là-bas, même si, par moments, je ne peux tout simplement pas. Il s'est passé assez de temps depuis pour que je ne sois plus effrayée à l'idée d'en parler, mais pendant une longue période, je n'ai pas pu.




C'est Halloween, n'est-ce pas le bon moment pour vous parler de tout ça? Ma grand-mère a vendu la maison, peu de temps après qu'on en soit parties, à un jeune couple et leur petit garçon, même si ma mère a insisté pour que les lieux soient laissés vides. Aujourd'hui, elle refuse absolument d'en parler. Je suis moins tendue sur le sujet, même si par moment je ne peux pas empêcher mon imagination de courir. Tout ce que je peux faire, c'est penser à cette vieille maison, à l'arbre tombé, aux nouveaux occupants, et à la balançoire oscillant doucement dans le vent près du jeune enfant qui fait ses premiers pas.



Traduction: Tripoda

Creepypasta originale ici

samedi 23 août 2014

Le siphon

Ça fait plusieurs jours que je fais des rêves étranges. Des rêves où je me perds, je sais que je suis dans ma ville pourtant. Je me souviens de ces rêves, et pourtant je ne m’en souviens pas, du moins pas totalement.
J’ai rêvé d’une maison, en ruine me semble-t’il. Aussitôt réveillé, je l’ai dessinée assez rapidement tant que le souvenir était dans ma tête. Cela donnait quelque chose comme ça. 




Cette maison, il me semble que je l’ai déjà vue. Quand j’étais petit, moi et mes copains nous sortions souvent de l’enceinte de la ville pour aller dans la forêt un peu plus loin, juste un petit bois vert et agréable, avec quelques ruisseaux. Il m’avait semblé apercevoir plusieurs fois une petite masure délabrée qui se tenait fièrement sur les quelques murs qu’il lui restait. Ce n’est pas raisonnable, j’essaie de voir ce que je peux trouver sur cette maison.


Rien, strictement rien. La curiosité l’emporte: c’est décidé, demain j’irai voir de quoi il retourne. J’emporte le strict minimum, une torche, mon couteau suisse, et une bouteille d’eau, sans oublier mon portable, on ne sait jamais.
Aurai-je la patience d’attendre jusqu'à demain? Certainement pas, je pars sur-le-champ. Je regarde par la fenêtre. Il neige dehors, les décorations de noël accrochées aux réverbères semblent dégager des flammes, elles semblent voler. J’ai pris mon portable et fait quelques photos, je ne sais pas si la qualité est bonne, tant pis. 







Je sors enfin. Il neige, mais il ne fait pas froid. Ces “flammes” semblent dégager une réelle chaleur. Cependant, ce réconfort ne dure pas longtemps. J’essaye d’accomplir le même trajet que lorsque je dors. J’avais traversé plusieurs quartiers dans mes rêves ; ce n’était pas les quartiers lumineux et aérés que je connaissais, c’était plutôt un lieu sombre, étroit, un lieu où si quelque chose arrivait, je ne pourrais pas m'enfuir. J’ai pressé le pas et dépassé l’ombre mortuaire des bâtiments. Lorsque je me suis retourné, la lumière était revenue, mais semblait être au milieu du chemin. Aucun lampadaire ne s’est jamais trouvé au milieu d’une route...


Je suis tenté de rebrousser chemin, mais je ne suis pas très loin de la forêt. J’y entre donc, la boule au ventre et les nerfs à vif. Je sors mon couteau de mon sac et je le serre aussi fort que je le peux dans ma main. Et enfin, je l’ai aperçue.


Certes, elle ne ressemble pas trop à la cabane que j’avais dessinée quelques heures auparavant, elle semble encore en plus piteux état. Le jour commence à se lever, alors je prends une photo, et j'entre.
Tout est sombre à l'intérieur, moins que je l'aurais pensé mais sombre quand même. Il n’y a que deux pièces. Une cuisine, composée de quelques meubles, une table et une vieille cuisinière, et une chambre avec un lit. Si dehors, même avec la neige, je n’avais pas froid, ici c'est autre chose. Je grelotte sous ma veste, et je sais que quelque chose ne va pas bien. Mais quelque chose attire mon attention: un bruit, une espèce de raclement qui semble venir du coin de la grande pièce, d'un lavabo. Ce raclement se fait de plus en plus entendre, je prends peur et je sors de la cabane très rapidement, en oubliant de prendre des photos. 






Je suis rentré chez moi, finalement. Les quartiers sombres étaient redevenus lumineux, les lampadaires étaient bien placés aux abords de la chaussée. Je n’arrive plus à faire la différence entre rêve et réalité, et je n’arrive pas à m’endormir. Je ne suis même pas sûr d’avoir été dans cette cabane. Une bonne douche me fera du bien, sûrement. Je me lève et me dirige vers la salle de bain.


Je ferme la porte en verre de la douche et j’ouvre l’eau. Tout juste tiède, ça suffira. Plusieurs minutes s’écoulent et l’eau devient plus chaude, parfait. Si chaude qu’elle m’engourdit, et je mets plusieurs secondes à m’apercevoir qu’une main est sortie du trou d’évacuation de l’eau et m’a agrippé la cheville. Elle tire d’un coup sec, je ressens une vive douleur au pied. Cette chose veut me faire passer dans ce trou qui fait quelques centimètres de large. J’essaie de m’accrocher quelque part, mais mes mains glissent sur les parois en verre. Je ne sens plus mon pied et j’entends un violent craquement, la moitié de mon pied est déjà dans le trou et le sang coule à flot. Je hurle, je pleure, je me débats, rien à faire, cette chose est trop forte. Elle m’entraîne dans le trou. Mon tibia y passe dans un craquement horrible, la chair se déchire et s’arrache pour rentrer, tout comme les os et les muscles. La douleur est insoutenable, et je ne peux rien y faire. J’ai entendu des histoires comme quoi lorsque la douleur est trop forte, l’homme s’évanouit. Je n’ai pas cette chance là.
Mon genou commence à rentrer, cette douleur est pire que toutes les autres. Je sens chaque partie de l’os craquer, se déplacer, rentrer et racler, et ma peau vole dans tous les sens, le sang recouvre quasiment tout le sol de la douche. C’est à ce moment que je le vois. Un visage. Ce visage est collé à la paroi en verre, à l’extérieur.


Et ses yeux, ses yeux derrière la vitre de la douche, ils s’extasient sur le siphon. 





Deuxième place au précédent concours, ça s'est joué à un vote.

mardi 19 août 2014

La Matrice de la gare de Besançon

La Matrice de la gare de Besançon est une construction imposante, symbole du savoir-faire horloger de la région, qui est par ailleurs l’un des plus grands mécanismes liés au temps au monde. Haute de 6,23 mètres pour un poids de 5,5 tonnes, elle a été réalisée par l’entreprise Utinam et ses partenaires. L’initiative de cette œuvre revient à Philippe Lebru, qui en est également l’inventeur. Elle est agrémentée d’un rotor de TGV tout droit sorti d’Alstom qui l’alimente symboliquement en énergie pour faire s’écouler le temps aux alentours. Le reste des informations disponibles à son sujet est disponible sur http://www.lamatrice-utinam.fr/projet.php. Officiellement, elle doit son alimentation à un moteur électrique qui n’est pas apparent. Cependant, d’étranges rumeurs courent à propos de cette horloge géante.

Pour ceux qui ne le savent pas, il y a deux gares à Besançon, une en plein centre-ville destinée aux transports régionaux, et une située à 16km, isolée de la ville, qui accueille les TGV. C’est dans la salle des pas perdus de cette dernière que l’horloge est accrochée. Son emplacement n’aurait pas été choisi au hasard : publiquement, sa présence est destinée à impressionner les touristes tout en avançant le passé horloger de la ville, mais il ne faudrait pas oublier l’isolement de cette gare qui permet de ne pas trop attirer l’attention non plus sur la sombre histoire qui entoure la Matrice.

En effet, on raconte que sa création avait en réalité pour but de corriger les « erreurs » que provoquent certaines expériences organisées dans la région dans le plus grand secret, et que son installation était devenue urgente suite à un accident survenu pendant l’une d’elle et ayant causé la mort d’un homme (http://www.besac.com/actualite-besancon/chute_mortelle_hier_soir-645.htm). L’affaire a rapidement été étouffée, mais cela a permis aux têtes pensantes de la région de se rendre compte que jouer avec le temps nécessitait de plus grandes précautions. Il aurait donc été décidé de mettre en place un moyen de réparer ce qui devait l’être sans attirer l’attention de qui que ce soit. La reprise d’activité de la ligne de TGV de Haute-Saône s’est révélée toute indiquée pour fournir du « matériel de remplacement » en toute discrétion.

Dorénavant, chaque personne passant devant l’horloge avait une chance de rejoindre les engrenages de cette machine perfide sans même le savoir. En effet, la matrice fonctionne comme un parasite se nourrissant du temps qu’il reste à vivre à ses victimes. Elle les piège grâce à un effet mémétique très simple : sur la vidéo suivante, vous pourrez voir l’horloge en fonctionnement, et entendre des voix ponctuant chaque seconde (ou presque) d’un « Tac » sonore. Le roulement du mécanisme en arrière-plan pourrait vous rappeler le battement d’un cœur humain et, si vous êtes sensibles à cela, vous pourriez même être tenté de répéter machinalement le « Tac ». Vous aurez sans doute remarqué qu’il n’est fait mention de ce phénomène nulle part sur le site, ou sur internet en général. Rien de tout ceci n’est un hasard, il s’agit de l’appât qui vous est tendu et auquel ont mordu beaucoup de personnes déjà.



Si vous répétez ce simple mot, la séquence sera comme intégrée par la matrice, et chacun des battements de cœur que produira la machine sera un de moins dans votre existence. La conversion de cette énergie est visible grâce à l’illumination du mécanisme, ceux qui voient ces rais lumineux voient en fait les vies volées de dizaines, peut être de centaines de personnes défiler devant leurs yeux pour disparaître. L’horloge les dévore chaque seconde un peu plus jusqu’au jour où ils finissent par mourir d’une cause en apparence hasardeuse. La séquence initialement enregistrée par la matrice rejoint alors les autres voix qui résonnent de temps à autre dans la gare sans que l’on puisse en déterminer la source, et qui semblent toujours provenir d’un endroit à quelques pas de vous. Maintenant, vous le saurez : il s’agit des fantômes vidés et transformés en leurre de ceux dont l’existence a été aspirée pour permettre à d’autres de continuer impunément leurs sombres expériences. En réalité, on ne sait pas s’ils ont continué et exploitent la totalité de l’énergie, ou si la matrice a fini par devenir un ogre insatiable douée d’une volonté propre. Quoi qu’il en soit, vous êtes prévenus. J’espère juste que vous n’êtes pas dors et déjà tombé dans le piège.

Pour une fois, une petite pasta venue de chez nous. Espérons que ça ne vous dissuadera pas de prendre le train pour autant !

dimanche 17 août 2014

La nymphe sanglante

Je ne sais pas pourquoi je suis là.
Je ne sais pas pourquoi ma famille est morte, et pas moi. Pour quelle raison Nathan et son amie les ont emportés, mais moi je suis restée là, seule. Personne ne m'a rien dit. On m'a juste placée dans cet hôpital. Mais les docteurs ne l’appellent pas ainsi. Ils disent que c'est un ''nazile'', que je suis ici parce que j'ai un problème dans ma tête, et qu'ils veulent m'aider à guérir. Mais je ne suis pas malade ! Les grands m'ont mise là parce que je ne veux plus parler. Parce qu'ils trouvent que mes amis sont bizarres.

Catherine, elle est très gentille. Elle veut que je l'appelle Cathy. Elle me regarde sans froncer les sourcils quand je lui montre mes amis. Elle me rappelle Maman avant qu'elle ne parte de chez Papa. J'aime bien Catherine, et elle aussi, elle m'aime bien. Même si son métier est dur à écrire. Psiquatre, je crois. Par contre, elle a une très mauvaise mémoire. À chaque fois qu'elle me voit, elle me demande la même chose : si je me sens bien, si je peux lui expliquer comment ma famille a disparu. Moi, je ne réponds jamais.

Alors aujourd’hui, elle m'a demandé si je pouvais l'écrire. J'étais d'accord, mais je voulais que personne ne regarde. Je lui ai montré mes amis, et elle a compris. Alors, je suis allée dans ma chambre avec du papier. J'ai fermé les rideaux, et là, j'étais vraiment toute seule toute seule. Alors j'ai commencé à écrire. Je fais ça depuis dix minutes. C'est Cathy qui m'a appris à lire l'heure.

Mon papa et moi, on était chez Tonton Hector, Tata Samantha et cousin Nathan. J'aime bien Nathan, mais il est trop petit, je peux pas jouer avec lui. J'ai presque sept ans, et il en a que quatre. Tonton est policier, et Tata ne travaille pas. Elle reste à la maison pour s'occuper de moi et de Nathan.

Mon cousin a disparu, une fois, près du parc d'enfants. Du coup, tout le monde était très inquiet, ils l'ont cherché partout pendant trois jours. Et puis la troisième nuit, quelqu'un a sonné à la porte. C'était mon cousin, tout content de sa balade. Personne ne sait comment il a fait, vu que même moi je suis trop petite pour sonner. Les grands l'ont tout de suite grondé, comme quoi il ne fallait pas partir tout seul. Mais il a dit : « J'étais pas tout seul ! Ambre était avec moi. » Il n'a voulu dire à personne qui était Ambre.

Le soir, je l'ai vu qui cachait sous son oreiller un petit caillou rouge, mais il n'a pas voulu me le montrer. Lorsque j'ai quand même voulu le prendre, il s'est mis à hurler très fort, qu'il ne fallait pas toucher la graine, que ça allait faire de la peine à Ambre et qu'il ne voulait pas lui faire de peine. Qu'il préférait me tuer plutôt que ça arrive.

Tata est arrivée et l'a grondé parce qu'il criait trop fort. Elle n'a pas entendu tout ce qu'il avait dit, sinon je pense qu'elle l'aurait grondé encore plus. Mais Nathan n'était pas content et ne voulait pas arrêter de crier. Alors, finalement, on m'a fait sortir de sa chambre, et Papa m'a dit que j'allais dormir dans sa chambre avec lui cette nuit.

Je ne me suis pas endormie tout de suite. Papa, Tonton et Tata étaient en train de discuter dans le salon, juste à côté de mon lit. Alors j'ai plaqué mon oreille contre le mur, et j'ai écouté. Tonton était inquiet. Il disait que le parc de jeux était un endroit dangereux. Que des grands y disparaissaient des fois, et des petits aussi. Mais les petits revenaient toujours, jamais les adultes. Et ensuite, les petits et leur famille disparaissaient. Papa riait très fort en leur disant que c'était n'importe quoi. Qu'ils devraient se réjouir que Nathan soit revenu. Je n'ai pas tout compris. Mais ça m'a fait très peur, alors je suis revenue dans mon lit et je me suis cachée sous la couette jusqu'à ce que Papa revienne.

Le matin, Nathan et moi on jouait dans le jardin pendant que Samantha faisait la cuisine. Mais il ne voulait pas jouer, à rien du tout. Il s'était juste assis devant un arbre, et il fredonnait une chanson compliquée, sans quitter le tronc des yeux. Parce que je m'ennuyais, je n'arrêtais pas de l'embêter, alors il m'a dit que j'étais bête et que je devais arrêter de parler. Je lui ai répondu que c'était lui qui était bête et que regarder une plante stupide n'était pas drôle. Il m'a regardée et m'a répondu que je devais me taire, que je ne comprenais pas le jeu. Alors je lui ai dit que si il m'expliquait le jeu, peut-être que je trouverais ça drôle et qu'on jouerait ensemble.

Il a réfléchi, et il a dit qu'il était d'accord. Il m'a emmenée dans sa chambre et m'a fait promettre de ne rien dire à personne. J'ai juré, et il m'a montré son petit caillou. En fait, c'était une graine toute rouge. Il m'a dit avec un air d'adulte que c'était une graine de cerisier, que c'était son amie Ambre qui la lui avait donné, et qu'il ne fallait surtout pas la perdre. Il me l'a mise contre l'oreille, et c'est là que j'ai entendu des battements, comme lorsque tu écoutes la poitrine de quelqu'un. Et derrière les battements, il y avait la chanson que Nathan chantait, mais cette fois-ci, j'ai tout compris.


''Je vais te raconter une histoire. 
Prends bien garde à t'en souvenir, 
Pour qu'une fois venu le soir, 
Elle t'aide à t'endormir.

Il y a longtemps, fort longtemps, une petite fille vivait dans une maison. 
Sa famille la détestait de tout son cœur, sans se cacher, avec passion. 
Mais la petite fille, Ambre elle se nommait, n'en avait cure. 
Elle était jeune et innocente, son âme faible et pure.

À l'arrière de son jardin poussait une plante emplie de vie. 
Cet arbre, ce cerisier fleuri, était son seul ami. 
Il n'était pas étrange de les voir ensemble et liés, arbre et Ambre, 
Le vent dans les feuilles chuchotait des secrets que la fille semblait comprendre.

La famille haineuse et superstitieuse, s'empressa d'accuser : 
« Malheur, cette fille non désirée a des pouvoirs secrets ! » 
Se saisissant alors d'une hache brillante et aiguisée 
Ils mirent tout de suite fin à cette sublime amitié.

Malgré tout son chagrin, la fille ne put rien faire ; 
Crier, hurler, supplier : on lui disait de se taire. 
Mais elle hurla, hurla, hurla sans discontinuer 
Pendant des jours, des mois, des années.

Finalement las des reproches de l'enfant, 
Ayant peur qu'enfin, les mauvais traitements 
Qu'elle subissait ne se fassent savoir, par quelque moyen, 
Ils la tuèrent et l'enterrèrent, loin de la ville et du chemin.

Mais la fille n'était toujours pas morte ; 
Son âme était devenue plus forte. 
Et elle jura que quiconque s'éloignerait du sentier battu 
Subirait son triste sort, peu importe sa vertu.

De son ressentiment sortit quelque chose de beau. 
Un arbre ruisselant jaillit hors du tombeau, 
Un cerisier semblable en tout point 
À celui qui existait dans un passé lointain.

Loin du chemin pousse une plante avide de vie. 
De cet arbre, ce cerisier sanglant, elle répond aux envies. 
Ils ne sont maintenant qu'un seul être, arbre et Ambre, 
La fille doit assouvir sa faim, l'arbre ne peut attendre.

Si un jour tu me croises, moi la nymphe sanglante, 
C'est, j’oubliais, moi qui te raconte, enfant ! 
Sois assuré que mon cadeau, cette précieuse graine 
Saura transformer ta nature passive et sereine.

Et nous danserons ensemble sous le sanglant feuillage, 
Moi, toi, nos semblables, ta famille immobile, ma rage. 
Nous nourrirons l'arbre sanglant de cadavres et macchabées, 
Un seul cri unissant toujours vengeance et beauté.''


J'ai dit que je n'aimais pas cette chanson, qu'elle était triste, et je lui ai rendu la graine. Il n'était pas content, alors il a dit que j'étais bête, que c'était une très jolie chanson, que de toute façon j'étais une fille et que les filles, ça comprend rien. Je lui ai fait la tête jusqu'au soir. Après ça, je me suis rendu compte que l'arbre de Nathan était vivant. Il chantait, soufflait, parlait. Il disait qu'il était l'ami de Nathan, et que si je voulais, je pouvais aussi devenir son amie. Papa m'a dit de ne pas parler aux étrangers parce qu'ils peuvent être méchants, alors j'ai dit à l'arbre qu'il était un méchant étranger et que je ne voulais pas être son amie. Je crois que ça l'a vexé.

Plus tard, trois jours après je crois, Tonton était en train de lire son journal près de la cheminée. Papa faisait du bricolage dans le grenier, Nathan s'était enfermé dans la chambre pour écouter sa précieuse graine et Tata faisait la cuisine. Brusquement, elle a crié très fort, ça m'a fait peur. J'entendais, venant de la pièce, une voix qui chantait :

''Et nous danserons ensemble sous le sanglant feuillage, 
Moi, toi, nos semblables, ta famille immobile, ma rage. 
Nous nourrirons l'arbre sanglant de cadavres et macchabées, 
Un seul cri unissant tour à tour vengeance et beauté.''

Tonton s'est levé et a couru vers la cuisine. Il a aussi poussé un grand cri, et puis plus rien. Juste un bruit que je n'avais jamais entendu avant, et ensuite j'ai compris que Tonton était tombé parce qu'il y avait eu un gros ''Boum''. Moi, j'ai voulu aller voir ce qu'il se passait, mais les arbres dehors m'ont dit que tout allait bien, qu'il ne fallait pas s'inquiéter, que Nathan préparait juste le dîner du cerisier. Je n'ai pas compris, mais je suis restée immobile.

Et puis quelqu'un est sorti de la cuisine, et j'ai reconnu Nathan. Mais il avait changé. Il était devenu très grand, plus que moi, mais moins que Papa. On aurait dit qu'il avait douze ans, presque. Sa peau avait changé, elle était devenue plus sombre, plus épaisse, brune comme l'écorce. Ses cheveux étaient verdâtres, et de tout son corps sortaient des petites branches sans feuille. Du bois sortait un liquide rouge bizarre, comme lorsqu'on se coupe. Mais surtout, il avait un sourire qui faisait peur.

Je lui ai demandé si ça allait bien, et il m'a dit d'une voix plus grave que d'habitude que oui, il allait très bien, même mieux. Il a dit que la graine avait éclot, et que Ambre allait venir le chercher, qu'il devait finir de préparer le dîner. Il a ajouté qu'elle ne voulait pas qu'il me touche, qu'il me garde pour plus tard. Que Ambre allait s'occuper de moi. J'ai eu peur, alors cette fois-ci, je n'ai pas écouté les arbres, je me suis levée et j'ai couru.

Il m'a rattrapée, et il m'a enfermée dans la cage d'escalier. J'étais toute seule dans le noir, et il m'a laissée là en disant qu'il allait terminer le dîner. Un peu après, j'ai entendu Papa qui hurlait, puis le silence s'est fait. J'ai commencé à pleurer. La porte d'entrée s'est ouverte, et j'ai entendu Nathan discuter avec une fille. Ils sont partis, et m'ont laissée là.

Des hommes en bleu sont venus me libérer plus tard. Ils m'ont posé des questions, mais je n'ai rien dit. Lorsqu'ils ont voulu savoir pourquoi je ne parlais pas, j'ai répondu que mes amis ne voulaient pas que je raconte. Ils m'ont demandé qui c'était, et je leur ai montré les arbres. Ils ne m'ont pas crue, et un des monsieur m'a crié dessus. Alors, je n'ai plus rien dit.

Du coup, ils m'ont mise là. Mais je ne comprends pas pourquoi... Pourquoi est-ce que la viande me fait cet effet-là ? Pourquoi personne n'entend mes amis parler ? C'est dommage, ils chantent une si jolie musique... Pourquoi est-ce que les rideaux de ma fenêtre sont ouverts ? Je les avais fermés... Il y a une fille qui me regarde. Elle ressemble à Nathan, sauf que ses cheveux sont tous rouges, et qu'elle est plus grande.

Elle me sourit.


samedi 16 août 2014

La goutte de trop

À relier à ce qui est lisible à cette adresse.


 Tiens, il pleut. C'est étrange pour un jour de juillet. Je vois déjà les petits vieux clamer de leur voix usée «Y a plus d'saison !». J'esquisse un sourire. Ça faisait longtemps. Mes yeux, encore rouges et gonflés, contemplent les gouttes qui viennent frapper la fenêtre. Il fait vraiment sombre, dehors. Je ne me suis pas rendu compte que le temps avait passé si vite.

Je me lève de mon lit pour aller reprendre un verre, dans la cuisine. Je n'entends plus les grincements des escaliers, avec le bruit des tuiles frappées par la pluie. C'est assourdissant. Il fait froid.
Toutes les lumières sont éteintes, en bas, et c'est en avançant à tâtons que j'atteins l'interrupteur. La maison est calme, quand elle n'est pas là. Je retiens mes larmes, reniflant bruyamment, bien malgré moi.
Je remarque que la toile cirée est sur la table, comme d'habitude, mais qu'une tache sombre est en son centre. Je ne me demande pas quelle en est la cause, je n'ai pas la tête à ça.
J'attrape une bouteille, sur l'étagère, et je remplis mon verre. Je sais que j'aurai fini la bouteille dans moins d'une heure, il faudra que je descende à la cave pour en chercher une nouvelle.

Mon verre rempli, j'en prends une gorgée. Je me sens réchauffé. J'entame mon parcours vers les escaliers. Arrivé à la cinquième marche, mon verre tombe de mes mains. Je viens de voir une ombre passer, dans le couloir. Non, c'est juste mon imagination, n'est-ce pas ? Ce n'est pas la première fois que j'ai des visions comme celle-ci, et je devrais m'étonner de ne pas en avoir plus, après une après-midi passée à boire. Il faudrait que je nettoie les bouts de verre, mais je n'en ai ni la force, ni l'envie. Elle me reprochait souvent ma paresse, avant que...

Je fonds en larmes, à genoux dans les escaliers. Tout est de ma faute ! Mes sanglots ne couvrent même pas le bruit de la pluie, toujours persistante. Après une vingtaine de minutes, je me relève, concentré sur le son régulier des gouttes sur les tuiles et les fenêtres. J'ai eu de la chance de ne pas m'entailler les genoux. J'enjambe le verre cassé, je dois dormir.

Je suis dans mon lit, encore habillé. Le bois travaille, dans le couloir, et je me concentre sur le clapotis de la pluie. J'entends le vent dans les branches du bouleau dehors, semblable à une multitude de murmures inaudibles. J'aimerais comprendre ce qu'ils disent. J'aimerais comprendre ce qu'elle m'avait dit.
J'arrive finalement à m'endormir, entendant malgré tout les murmures du vent. Viennent-ils vraiment du vent ? Ils résonnent dans ma tête, toujours incompréhensibles, et son image s'impose à moi. Un visage délicat, des cheveux d'une clarté incroyable reposant sur son front comme la plus éclatante des couronnes. Puis son image s'évanouit pour laisser place à une vision d'horreur : des flammes, des cris, et surtout du sang.

Je me réveille subitement, en sueur. Un cri vient de retentir dans la maison. Pas un cri de rage, ni de détresse. Un cri de désespoir, pur et terrifiant. Je sors de mon lit en vitesse, je veux la sauver. Mais arrivé à la porte je m'en rends compte : il est trop tard. J'ai laissé passer ma chance. Ce cri n'était sans doute qu'un écho de ma mémoire, mais il semblait si... réel. Je décide de prendre un verre d'eau, pour me détendre. La pluie est là, assourdissante. Je prends les escaliers, lentement, prudemment.
Je trébuche, mes pieds quittent la marche qui me soutenait. Ma tête frappe une marche plus bas, je roule lamentablement jusqu'en bas des escaliers. Quelque chose vient de me pousser.
Mes cheveux sont poisseux, je crache du sang. Et je la vois.

L'ombre, en haut des escaliers. Elle se tient là, me regarde, se moque de moi. Je ne distingue de sa tête que deux yeux brillant d'un éclat surnaturel me fixant. Sonné et furieux, j'arrache de sa prise une lampe à côté de moi, et me précipite sur le monstre. Mais il disparaît devant moi, et, pris dans mon élan, je me frappe la tête sur le mur derrière lui. Son rire résonne dans la maison, tandis que ma vue s'assombrit. Je distingue les portes qui claquent au rythme du rire moqueur, le mur du fond du couloir se rapprochant dangereusement.
Je suis terrifié, mes yeux sont baignés de larmes, et j'entends une percussion régulière dans ma tête encore douloureuse. Ce rire résonne toujours dans mon être, et la pluie l'accompagne.

Je ne veux pas qu'ils se moquent de moi... Je ne veux plus qu'ils se moquent de moi. J'ai tenté de la sauver, je n'ai rien pu faire de plus ! J'ai toujours été faible... Et seul. Je veux que ça cesse, que les rires s'arrêtent, mais ils redoublent d'intensité.

Je parviens à me remettre sur mes jambes, la vue obstruée par les larmes. Je cours vers les escaliers,
tombant presque, et mes larmes se changent en sang. Elles me brûlent les yeux... Et l'âme. Je ferme les yeux, priant pour que tout s'arrête, priant pour que ça ne soit jamais arrivé. Je m'agenouille sur le sol, criant et suppliant le monde de me libérer.
Je sens des gouttes d'eau sur ma nuque.
J'ouvre les yeux, lentement, sanglotant. La maison n'est plus là, l'ombre n'est plus là. Les rires ne sont plus là.

Je suis seul, sous la pluie.
J'ai froid. J'ai si froid...









 



Le Livre a tourmenté cet homme comme s'il avait une rancune particulière contre lui.
Le Livre déteste la lâcheté, et plus que tout les regrets.
L'histoire de cet homme s'inscrit dans le sang, lettre après lettre, page après page, cri après cri.
Je suis le Livre dans les ombres désormais, et m'assure que son rôle soit assuré.

En effet, quel genre de livre n'a pas d'histoire à raconter ?