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lundi 15 octobre 2018

Le neveu de mes rêves

Il y a quelques nuits, j’ai rêvé que mon petit frère avait un fils.

C’était vraiment étrange comme sensation. Cet espèce d’univers onirique qui ne fait sens que tant que l’esprit dort, et qui au réveil s’évapore pour ne laisser qu’une confusion persistante, insoluble. Celui-ci était relativement normal, comparé à d’autres que j’avais pu avoir. Je ne sais pas qui était la petite amie de mon frère, mais elle n’était plus dans les parages. Il élevait seul son enfant, tant bien que mal, à l’aide du soutien de sa famille; nos parents et moi. Une situation plutôt commune pour un rêve, me direz-vous ? Pas vraiment.

Mon petit frère a quinze ans.

Tout de suite, c’est moins probable. Pas impossible, cela dit.

J’ai souvent rêvé d’enfants que j’aurais eu très jeune, ça semble être un thème récurrent dans ma psyché. Je les note dans un carnet, mon psychiatre m’a conseillé de le faire quand j’avais l’impression qu’une signification importante s’y dissimulait. En tout, il y en a eu trois : lorsque j’avais douze ans, puis quatorze, puis quinze. Les deux premiers, j’avais une petite fille : la première blonde comme moi, la seconde brune. Mais le troisième rêve, ce fut un garçon, blond lui aussi. Je ne me souvenais jamais du reste, chaque fois, le songe s’évanouissait dans l’obscurité, je n’avais alors pour tout souvenir que des bribes d’images et des impressions.

Mais ce rêve-ci, où c'était au tour de mon frère d'être parent, était plus vif, plus fort. Moins réaliste, aussi. J’en ai noté tous les détails quelques pages plus tôt. L’encre coulait à flot sur le carnet tant j’avais peur d’oublier, si bien que le résultat est un amas de mots sans forme. Je vais essayer d’être plus claire ici :

L’enfant n’avait pas de nom, mais ce n’est pas surprenant. Aucun des enfants de mes rêves n’était nommé. En revanche, j’ai en souvenir sa tête ronde et potelée, ses cheveux aussi blonds que ceux de mon frère et moi quand on était plus jeunes, presque blancs, lumineux. Et des yeux gris-bleus, aussi, si familiers. Probablement ceux de sa mère inconnue, les yeux de mon frère sont plus clairs. Il avait entre deux et trois ans, ce qui ne m’avait pas choqué sur le coup, avant qu’un ami à qui je racontais cela me fasse remarquer que cela voulait dire que mon frère avait entre douze et treize ans lors de la "conception". Détail dérangeant.

Je me souviens aussi que vers la fin du rêve, un monstre voulait l’enlever. Une créature des ombres dont l’apparence m’échappe. Je me souviens aussi avoir alors éprouvé une forte colère. Une bouffée d’affection absolue et inconditionnelle, si forte. Je n’ai qu’un souvenir de cette émotion forte, pas vraiment d’une bagarre ou d’une scène précise qui aurait pu en découler. Mais j’aime à penser que le moi onirique s’est battu pour préserver son neveu. La fin, cependant, je m’en souviens : la créature enlève avec violence le fils de mon frère, ne laissant derrière elle qu’un berceau vide, éclaté et ensanglanté. Tous deux retournent aux ombres. Aux ombres.

Le plus étrange en fait, ce n’était pas ce rêve, c’était au réveil. Je me suis levée pleine de détresse, comme si ce rêve était un souvenir, puis mon cerveau a ordonné sa propre remise en fonction, et je me suis calmée. Mais la bouffée d’affection était encore là, bien présente. Jusqu'à ce que je réalise que l’objet de cette affection n’existait tout bonnement pas.

J’ai passé le reste de la journée dans un état confus, indescriptible, très désagréable. La boule au ventre, un début de nausée qui devait résulter d’un mélange entre perplexité, tristesse et amour. Comme si mon cœur cherchait toujours cet être pour qui j’aurais pu, l’espace d’une nuit, donner ma vie, alors qu’il n’avait jamais existé dans cette réalité.

J’ai demandé à mes parents, la même journée, ce qu’ils feraient si l’un d’entre nous avait un enfant à notre âge. Ma mère a écarquillé les yeux comme elle sait si bien le faire, avant de faire le signe de croix. Je déteste quand elle fait ça, déjà parce que ça la fait ressembler à une grenouille aux grands yeux de pierre grise et froide, mais aussi parce que ça veut généralement dire que je vais être engueulée juste après. Cette fois-là, elle m’a simplement dit qu’ils seraient extrêmement déçus de notre comportement, mais qu’ils essayeraient au moins d’élever l’enfant, plutôt que de proposer une adoption sous X, le dernier recours.

Il n’a jamais été question d’avortement.

Mes parents sont très religieux, à leur manière. Ils ne vont pas communier dans des lieux sacrés, mais prient très souvent dans le grenier, le matin – sans nous, nous n’avons pas le droit d’aller dans le grenier – et dans leur chambre à coucher le soir. Avant, tous les dimanches soirs, je devais participer au même manège : mes parents fermaient portes et fenêtres dans leur chambre, allumaient l’encens - beaucoup trop d’encens - tellement que ça enfumait la pièce et me troublait la tête, et me laissaient prier en solitaire, à genoux devant leur lit. Des heures durant. Je détestais cela. C’était ennuyeux au possible, et l’odeur et l’effet des plantes me faisaient tourner de l’œil et rendaient mon esprit confus. Après chaque séance, j’avais les muscles ankylosés à force d’être restée sans rien faire, tout mon corps me faisait mal, même aux endroits les plus incongrus.

Une fois, j’ai voulu éteindre l’encens parce qu’il me gênait pour prier. Pour une raison ou pour une autre, mon père est entré dans la pièce avant la fin de l’heure sacrée – il ne faisait jamais ça normalement. Quand il a vu que j’avais aéré la pièce et tout éteint, il s’est énervé très fort. Ses sourcils bruns sont le seul élément qui trahissent ses émotions, et ce soir-là, ils ont dansé comme jamais.

Ce rituel a continué jusqu’à mes seize ans, date à laquelle ils ont dit me penser assez grande pour agir comme je le voulais. J’ai arrêté complètement les prières, ça ne les a pas dérangés plus que ça. J’en ai dix-neuf aujourd’hui. Mon petit frère, par contre, subit le même traitement, et c’est obligatoire. Mes parents sont très sévères. Je n’ose pas imaginer leur réaction si l’un de nous deux revenait à la maison avec un nouveau-né, à notre âge et dans notre situation actuelle, nous qui vivons tous deux avec eux.

Je ne leur ai jamais posé trop de souci de ce côté-là, de toute façon, je n’ai jamais eu de petit ami, ou de petite amie pour ce que ça change. Je n’ai jamais été très sociable non plus, les gens me font peur et je fais peur aux gens. J’ai des troubles. Il faut aussi y ajouter mes difficultés scolaires, de concentration et de compréhension, ce qui n’aide pas. En général, les gens me prennent soit pour une tarée, soit pour une demeurée. Je suis peu propice à la romance. De toute façon, le contact physique et l’intimité sexuelle me dégoûtent.

*** 

J’ai parlé à mon frère de ce rêve. Sans surprise, il m’a regardée avec de grands yeux. On en a beaucoup ri après, mais j’ai senti qu’il était mal à l’aise. Il a déjà eu une petite amie, une seule, avec laquelle il a rompu après plusieurs mois de relation. Je sais qu’ils l’ont déjà fait, et justement, ça l’a fait paniquer, il avait peur justement que nos parents ne découvrent quelque chose, ou qu’elle tombe enceinte. Il a peur des enfants, mon petit frère. C’est étrange à dire, mais c’est comme ça. Quand il voit un tout petit passer, il s’écarte un peu, son visage change. Il a l’air en détresse, hanté.

Moi j’adore les enfants, mais de loin. Être près d’eux, ça me fait mal.

Je crois que je devrais arrêter de lui raconter mes rêves de folle. Il n’aime pas ça.

L’impression étrange et l’affection liés à mon rêve se sont dissipées, mais pas leur souvenir. Je vois mon psychiatre lundi prochain. Il est temps. Mon obsession grandissante pour le grenier ne s’améliore pas, et mes phobies obsessionnelles non plus. Mon cerveau est étrange. Je dois éteindre la lumière de ma chambre une quinzaine de fois chaque soir, sinon je n’arrive pas à fermer l’œil. Si je ne le fais pas, je pense au grenier, et ça me fait peur. Là où se trouve la chapelle de mes parents. Là où je n’ai jamais pu mettre les pieds.

Là où je ne veux pas aller, où j’ai peur de me rendre de moi-même si je ne fais pas clic-clac, la lumière. Peut-être que je m’y tuerai si j’y allais. Généralement, le clic-clac, je fais ça pour ne pas penser à faire des choses malsaines, ou à des images dérangeantes ; des choses que je ne ferais jamais dans la vraie vie, mais auxquelles je ne peux m’empêcher de penser. Mon cerveau est étrange, oui. Les pensées intrusives. Brrrr

*** 

J’ai fait le clic-clac treize fois, et ensuite mon ampoule a grillé. J’ai appelé mon père pour qu’il la change, mais il m’a dit d’aller dormir. Je ne vais pas dormir. Pas sans les deux derniers clic-clac.

Je vais écrire ce qui me passe par la tête.

Ce soir, c’est le grenier on dirait.

Je devrais prendre mes médicaments, mais ils empirent parfois les choses. Il faut les prendre avant les crises, m’a dit le psychiatre. Là, je suis en pleine crise, donc peu utile. Faudrait voir. Si je prends ou pas, qu’est-ce qui va se passer ?

Je ne vais pas les prendre. En réalité, je ne pensais pas vraiment le faire. Je l’ai fait une ou deux fois, dans ce genre de situations, mais plus jamais. Je prendrai la bonne dose demain matin, comme d’habitude. Cette nuit, tout ira bien.

Tout ira mal.

J ai je veux aller au grenier. Pas envie plutôt besoin. Je n ai jamais obéi a ce besoin avant Mais aujourdhui ça passe dans ma tête sans fin

Il y a quelque chose au grenier qui appelle et qui attend

Je n ai pas peur du grenier J ai surtout peur de ce que j y ferai. Pourquoi mon cerveau veut y aller c est ça qui fait peur.

*** 

Je suis allée au grenier

Cétait noir

Il y avait des berceaux quatre brisés et en sang

et une porte sur les ombres

*** 

Ma mère a lu mon journal. Elle n’a même pas essayé de le cacher. Elle est venue me voir, cahier en main, me l’a rendu. Elle n’a pas fait le signe de croix, ni ses yeux de grenouille, ses yeux bleus-gris si familiers.

Si familiers.

Elle m’a dit que j’allais reprendre les prières.

Je ne pense pas que je verrai mon psychiatre lundi.

vendredi 12 octobre 2018

Programme de nuit

Originellement posté par l’utilisateur James_Bigun12 


Ça faisait longtemps que je cherchais un endroit où raconter ça, ça a l’air parfaitement à sa place ici.


Je pense que tous ceux qui regardaient Gulli il y a quelques années verront de quoi je parle. Pour les autres, il faut savoir qu’à l’époque cette chaîne n’était pour ainsi dire pas « active » durant la nuit. De minuit à 6h du matin, les programmes de dessins animés et autres joyeusetés étaient à l’arrêt, ce qui est assez compréhensible pour une chaîne orientée pour les moins de 16 ans. A la place, il y avait une séquence animée avec le logo, représenté en train de dormir en boucle dans une petite animation. Malheureusement, je n’ai pas réussi à trouver un enregistrement de ce dont je parle, si quelqu’un a un lien pour illustrer mon propos, je lui en serais extrêmement reconnaissant !


EDIT : merci teddy.rgt à qui a trouvé une vidéo (pas vraiment de qualité il est vrai x) ) du programme nocturne dont je parle : http://youtu.be/njwsMCqxrow 


Bref, j’ai pris connaissance de cette animation l’un des premiers soirs où j’ai laissé mon fils seul à la maison (il devait avoir 7-8 ans à l’époque). J’étais en effet parti répéter avec ma fanfare et la baby-sitter avait eu un empêchement. Je lui ai fait cuire une pizza, et autorisé à regarder la télé jusqu’à ce que je rentre. Autant dire qu'entre La famille pirate et les Zinzins de l’espace, mon fils était aux anges..

Je suis rentré le plus tôt possible pour ne pas le laisser seul trop longtemps, mais hélas, il était déjà 1h du matin bien tassé. Je pensais le trouver endormi sur le canapé, la télé encore allumée, comme à son habitude, mais à ma plus grande surprise, il était on ne peut plus éveillé.

Bien sûr, Gulli était encore allumée, mais j'ai découvert, assez décontenancé, que la télé ne faisait que diffuser le fameux logo en boucle. Pourtant, mon fils avait l’air totalement captivé. Pendant que je déposais mes affaires, mon fils restait silencieusement regarder cette animation fixe, le bruitage de nuit et de ronflements remplissant le silence de notre salon. Cela avait bien duré 5 minutes, ce qui m’a interloqué. Mon fils qui était si dynamique d’habitude, était totalement captivé par... une image fixe. Ca ne lui ressemblait pas, il ne m’avait même pas adressé un mot. Au moment où je suis venu lui dire d’aller se coucher, il ne m’a même adressé pas un regard. Après quelques minutes, j'ai même été obligé de le traîner à son lit, et de le mettre moi-même en pyjama. Celui-ci restait hagard. Après avoir éteint la lumière, je suis revenu dans le salon. Ce bruitage de nuit commençait sérieusement à me les briser, et le fait que mon fils avait mis le volume de la télé à fond n’aidait pas. Mais au moment d’éteindre la télé, quelque chose s’est produit. Je ne saurais pas exactement dire quoi, mais je suis resté fixé sur l’écran. J’avais vu quelque chose. En tout cas, l’impression d’avoir vu quelque chose.

Les ronflements continuaient. Je ne voulais pas éteindre, j’avais la nette impression que quelque chose n’allait pas. Impossible de mettre le doigt dessus. Sur le coup, je pensais plutôt avoir vu un bug de ma télévision, un pixel rouge, quelque chose. Impossible d’être sûr de quoi que ce soit.

En fait, ça avait l’air d’être au niveau des frames, et j’étais clairement trop fatigué pour déceler ce genre de problèmes techniques. J’ai juste enregistré avec mon téléphone, éteint cette maudite télé, et je suis allé dormir, en me disant que je verrai bien le lendemain.

A force de remettre cette histoire à demain, j’ai fini par oublier tout ça, et la vidéo s’est perdue au changement de téléphone que j’ai fait le mois d’après. Mon fils est un grand garçon à présent, et il a bien fini d’être obsédé par Gulli. Mais en cherchant de vieilles photos de vacances, je l’ai retrouvée. Au départ, je n’ai rien décelé, et j’ai mis ça sur le compte de la fatigue. Je poste cette vidéo sur mon compte YouTube (désolé de la qualité vidéo, c’est filmé avec mon Iphone 4 de l’époque) pour que vous voyiez ça par vous-même : Rien d’alarmant, n’est-ce pas ?

http://www.youtube.com/watch?v=fmpZiGQZNww

C’est ce que je croyais aussi.
Ça me démangeait, je savais que j’avais vu quelque chose. C’est alors que j’ai eu l’idée de passer cette vidéo au ralenti.

Même longtemps après, j’ai encore du mal à le croire moi-même, mais si on est attentif, on peut distinguer trois images « subliminales » si j’ose dire, à 0:17, 0:36 et à 0:59 (mettez au ralenti pour mieux voir). Je n’ai pas réussi à en voir d’autres.
J'ai augmenté le contraste dans les trois cas pour mieux voir (encore une fois, qualité d'iphone de 2010...)













"NE
D???
???"
















"CONTINUE" ?

















"ICI
F (ou P ?)???E
?CI" ?


Je ne connais pas vraiment le sens de ces textes. Un canular ? Un piratage de la chaîne à ce moment-là ?

Gulli n’a jamais répondu clairement à mes mails sur le sujet, à part pour prétendre qu’il était « visible que votre vidéo est truquée et ne reflète en aucun cas le réel contenu de notre grille de programmes» avant de me menacer de me faire un procès pour que je retire la vidéo. Comme si ça allait me faire peur.


De nos jours, ce programme nocturne a disparu de la chaîne.

lundi 8 octobre 2018

Sur un Chantier à Boulogne

Voici une petite anecdote pour la route. Mon oncle travaillait à Boulogne à la fn des années 1980, en tant que plaquiste. Quand j'étais ado, il me racontait souvent de petites histoires morbides à propos des différents chantiers qu'il avait fréquenté à l'époque. L'une d'elles aurait pu faire une magnifique légende urbaine, à ceci près qu'ici, tout est vrai.


Vers 1988 ou 1989, mon oncle débarque sur le chantier d'un parking couvert de six étages, dans le nord, pas loin d'Auteuil. Sa mission était plus que rudimentaire. C'était à peine s'il devait un peu toucher à la loge du gardien et à la cage d'escalier. Tout le reste de la structure devait être laissé quasiment nu, avec le béton apparent (comme la plupart des parkings en fait).


Une fois sur place, il s'est très vite rendu compte que le chantier était un véritable cauchemar. Personne ne semblait parler la même langue. La moitié du bâtiment affichait un retard monstre tandis que l'électricité était seulement sur le point d'être installée dans certaines parties. Des fuites inondaient les niveaux les plus bas, et des caisses à outils gisaient, abandonnées par on-ne-sait-qui, depuis des semaines. Des odeurs de moisi envahissaient déjà les niveaux inférieurs. Un truc qui avait particulièrement marqué mon oncle, c'était l'absence quasi-totale de sécurité : les barrières avaient été déboulonnées (il suffisait de s'appuyer dessus pour qu'elles s'ouvrent comme des portes de saloon), les escaliers n'étaient pas fixés, les échelles non plus, et les fers d'attente n'avaient pas été crossés afin d'éviter d'éventuels empalements.



Mon oncle a décidé de se faire tout petit, et de faire son travail le plus vite possible et du mieux qu'il pouvait. Au fil des semaines, les odeurs d'humidité se sont faites de plus en plus prégnantes, remontant jusqu'au niveau de la rue. Plusieurs ouvriers se sont plaints, mais sans résultat. Finalement, les fuites ne suffisaient plus à expliquer la pestilence. Certains ont évoqué l'idée qu'une malfaçon, quelque part, avait débouché sur les égouts ou sur la fosse sceptique d'un bâtiment voisin. On a fait le tour du chantier, en vain. Les recherches sont cependant restées très superficielles, et personne ne s'est donné la peine de fouiller en profondeur. Les travailleurs semblaient plongés dans une apathie totale.


Le mystère fut résolu un peu moins de quatre mois après le début des travaux. Pendant tout ce temps, l'odeur n'avait fait qu'empirer. Tout au fond du bâtiment, une cage avait été prévue afin d'accueillir un monte-charge. Cette partie du parking n'était presque jamais visitée, et, en l'absence de véritables instructions et d'une organisation solide, les ouvriers l'avaient laissée en plan. J'imagine que le tout devait plus avoir l'air d'un bunker en ruine que d'un bâtiment en construction. Les entrées de la cage avaient été clôturées avec de grandes planches de bois agglomérées, et personne ne s'était donné la peine de les retirer depuis. Quand il fut évident que l'odeur venait de ce côté, on ôta enfin ces planches, afin de jeter un coup d’œil.



Mon oncle était là à ce moment là. Quand il me racontait l'histoire, il s'appesantissait longtemps sur les détails de la découverte. D'abord, la nuée invraisemblable de mouches échappée du puits obscur. Un véritable nuage noir qui fit reculer toutes les personnes présentes. Puis, le faisceau de lampe de poche balayant les murs de béton nus, plongeant, atteignant enfin le fond. Et là, la marée grouillante : comme si un gigantesque caillot de vermine avait complètement bouché le tube. Tout le fond était tapissé d'insectes mouvants. Mon oncle est parti à ce moment là, pris de nausée, moins à cause de la vision que du fait de l'odeur.


En bas, il y avait des pigeons. Des centaines de pigeons, décomposés depuis des semaines. Toute la cage avait été clôturée, y compris le dessus, par « sécurité. » Pas le moindre morceau de bois n'avait été déplacé. Personne n'a su comment tous ces oiseaux s'étaient retrouvés là. Mon oncle supposait qu'on les y avaient jetés volontairement. Que quelqu'un avait sciemment recloué les planches après avoir déversé une pleine benne de volatiles morts. Pour quelle raison ? Impossible de le savoir. D'autres ont imaginé qu'il devait forcement y avoir une ouverture quelque part, ouverture qu'évidemment, personne n'a trouvé. Si on suit cette théorie, quelque chose, en bas, devait attirer les piafs : un gigantesque appât ? une réserve de nourriture ? un genre de phéromone ? Enfin, d'autres, évidemment, se sont empressés de crier au paranormal, évoquant des esprits contrariés et des histoires de malédiction. L'hypothèse aurait au moins pu expliquer la déliquescence totale qui avait investi le chantier. Je crois que l'histoire s'est retrouvée dans les faits divers. Il faudrait éplucher les journaux de l'époque pour en avoir le cœur net. Je vous laisse avec ça, en espérant que d'autres poursuivront les recherches.


vendredi 5 octobre 2018

Curiosité

Je ne sais pas trop si ça a sa place ici, ni même un quelconque intérêt mais je pense cependant que ça pourrait intéresser certains d’entre vous. Je vais juste poser rapidement le contexte : mon école ne dispose pas de cantine ou de self, mais on a par contre une grande salle à disposition pour déjeuner si on le souhaite. Il arrive que le personnel administratif s’installe aussi là pour manger, ce qui casse un peu le côté formel.


Quand je m’y suis installée pour déjeuner avec mon amie hier, il y avait à la table derrière nous la directrice avec plusieurs de ses collègues. On a commencé à manger silencieusement, fatiguées par la matinée de cours. Mes oreilles se sont alors retrouvées à capter la conversation derrière moi. Ecouter ces cinq femmes qui avaient toutes l’air d’être respectables et d’avoir dépassé la quarantaine parler de paranormal et de petits hommes verts en plaisantant m’a fait échanger un sourire avec mon amie.


L’une d’entre elles a parlé de la maison de son frère, dans laquelle une dame blanche serait présente, et quelques blagues sur l’existence ou non des fantômes se sont enchaînées durant quelques instants. L’ambiance a cependant changé quand l’une des femmes a lâché(e) qu’elle croyait à ce genre de phénomènes depuis qu’il lui était arrivée une expérience étrange avec sa fille.
Ses collègues lui ont alors demandé des détails et j’ai donc pu écouter le récit suivant : elle a surpris sa fille de bas-âge en train de rire toute seule dans le salon. La mère, un peu étonnée, lui a alors demandé ce qu’elle faisait, ce à quoi l’enfant à répondu qu’elle parlait au monsieur. Encore plus surprise, la mère lui a demandé des précisions sur la nature de la conversation ainsi que la description de l’homme. La narratrice n’a pas donné la réponse de sa fille, mais a seulement évoqué le côté fluide et direct des réponses de celle-ci, comme si l’homme était vraiment là, en face d’elles.


A ce stade de l’histoire, les questions de ses interlocutrices sont devenues plus nombreuses notamment pour savoir qui était l’homme. La mère a ainsi expliqué que la description faite par sa fille renvoyait à son grand-père du côté paternel. Le fait que l’enfant ait déjà pu le rencontrer ou même le voir sur des photos a alors été opposé, cependant la narratrice a réfuté cette théorie, l’homme étant mort quand sa fille était petite, ajoutant qu’il n’y a pas de photos visibles dans la maison. Elle a ensuite lâché un dernier détail qui a fini de totalement changer l’ambiance : la petite fille connaissait des anecdotes sur l’enfance de son père que personne auparavant ne lui avait raconté, et dont l’existence frôlait même l’oubli le plus total.


Un silence pesant a ensuite suivi, et lorsque la conversation a repris, c’était pour un brusque changement de sujet. Je ne sais pas quoi penser de cette histoire, ni même si elle est réelle, mais je pense qu’elle est assez étrange pour être partagée.

Desolé du retard, certains ont des cours jusqu'à 18h ;)

lundi 1 octobre 2018

Les jeux de Suzy

Ce message a été retrouvé sur un forum d'occultisme, son auteur s'est déconnecté immédiatement après l'avoir posté et ne s'est plus jamais manifesté :

Suzy était une petite fille très créative, elle adorait inventer des jeux.
Elle est morte dans un accident il y a quelques années en courant après son ballon roulant sur la route, pile pendant le passage d'un camion.
C'était la fille d'une collègue avec qui j'étais très proche.
J'étais même à son enterrement.
C'était vraiment moche de voir des parents ayant perdu leur fillette de 5 ans, ils étaient dévastés, comme n'importe quel parent aimant son enfant l'aurait été.

Je l'avais même rencontrée cette petite, de son vivant je veux dire, qu'est ce qu'elle était bavarde.
C'était lors d'un barbecue chez ma collègue, Suzy n'arrêtait pas de parler à sa mère de détails en tous genre sans aucun lien logique entre ses phrases.
Elle avait ce trait typique des enfants de parler de façon incompréhensible et adorable pour raconter une anecdote de sa journée.
Mais ça m'amusait, je l'aimais bien cette môme, avant.
"Ballon-trampoline" , "Le chien pisteur" ou encore "L'avion imaginaire" étaient ses préférés parmi les jeux qu'elle avait inventé elle-même, je détaillerai les règles plus tard.


Si je vous raconte cette histoire, c'est parce qu'il existe un moyen de contacter Suzy et de jouer avec elle.
Il vaut mieux que vous ne sachiez pas comment je l'ai découvert.


En revanche, je peux vous expliquer comment procéder, cependant c'est extrêmement risqué, et pour l'avoir testé personnellement je ne vous le recommande vraiment pas.
Je me doute que sur ce forum, quelqu'un allait forcément finir par également découvrir la façon de l'appeler tôt ou tard. Autant que ceux qui voudront essayer sachent à quoi s'attendre.
Je vous avertis juste pour avoir bonne conscience, afin d'avoir au moins agi pour éviter d'autres morts inutiles, mais ce que vous en ferez relèvera de votre responsabilité.

Avant de vous expliquer quoi que ce soit, sachez que Suzy ne sera pas une simple petite fille bavarde et joueuse comme auparavant.
D'après ce que j'ai compris en découvrant ce rituel, elle aurait essayé de revenir dans notre monde car elle était trop petite pour comprendre et accepter le concept de mort.
Il paraîtrait que c'est relativement courant chez les enfants, et ce faisant, elle aurait atterri dans un endroit très peu recommandable dans lequel elle aurait été assujettie à des... influences.
Les jeux auxquels vous vous apprêtez à participer ne sont PAS des jeux ordinaires d'enfant. Suzy est devenue cruelle et a modifié ses jeux préférés pour en faire des boucheries lorsque vous perdez.
Elle vous expliquera évidemment les règles elle-même, ne l'interrompez pas lors de ses explications et faites comme si vous veniez de découvrir les règles pour ne pas la vexer.
Elle ne vous précisera pas la punition en cas de défaite.

Vous voilà prévenus.


Voici le matériel nécessaire :


- Un ballon, de préférence un ballon de handball.
- Quelques feuilles de papier, prenez de préférence un bloc de feuilles ou un support pour faciliter le dessin.
- Des crayons.
- Un serre tête ou une casquette avec des oreilles d'animal.
- Un jardin avec au moins 2 balançoires, un parc fera également l'affaire si vous n'en avez pas. Le jeu ne peut pas être pratiqué en intérieur.
- Un trampoline géant ou un petit trampoline par personne.
- Un cache œil.
- Des bouchons d'oreilles.
- Un parfum distinctif par personne.




Suzy aura son propre parfum.
Ne jouez surtout pas à ça en plein jour si vous n'avez pas de jardin privé à l'abri des regards
En fait, même si vous en avez un, attendez la nuit, et assurez vous de ne pas être découverts.

Vous pouvez être seul ou plusieurs, mais il doit y avoir une balançoire par personne plus une de libre pour Suzy.


Gardez en tête qu'elle est très mauvaise perdante, et que chaque jeu sera plus difficile que le précédent.
Ne la provoquez surtout pas, ne fanfaronnez pas sur votre victoire, au risque de la frustrer encore plus et de rendre votre partie encore plus difficile.
Suzy, en revanche, ne manquera pas de tout faire pour vous déconcentrer de façon insupportable, ignorez-la.




Pour l'appeler, chaque joueur doit s'asseoir sur une des balançoires avec le matériel sur le sol, aux pieds d'un des participants, les trampolines doivent se trouver à quelques mètres à coté.
Aucune autre formule n'est nécessaire.
Un vent frais devrait alors se faire sentir dans vos cheveux pendant quelques secondes avant que la petite apparaisse sur une balançoire à vos côtés.
Il sera désormais impossible de faire machine arrière, les jeux auront commencés dès sa venue.




Elle sera habillée d'une petite robe rouge, d'un serre tête avec des oreilles de chat et de sandales violettes.
Pour une raison que j'ignore, l'emplacement où devraient être ses yeux seront vides, mais elle aura une expression joyeuse d'enfant tout ce qu'il y a de plus normal.
Elle vous demandera alors "Tu veux jouer avec moi ?"
J'ignore ce qu'il se passera si vous répondez "non", mais au vu de son caractère je vous avertis que c'est sans doute très risqué.



Lorsque vous lui répondrez "oui" elle s'exclamera "youpiii, alors à quoi veux tu jouer d'abord ?
Chien pisteur, avion imaginaire ou ballon trampoline ?"

Quoi qu'il arrive, vous devrez jouer aux trois jeux, cette question ne servira qu'à déterminer l'ordre dans lequel vous y jouerez.




Voici les règles des trois jeux de Suzy :


"Le chien pisteur" est un jeu de cache cache un peu spécial, le joueur désigné pisteur doit enfiler le serre tête ou la casquette, se bander les yeux et mettre des bouchons d'oreilles.


Le but du jeu pour le pisteur est de retrouver les autres après qu'on lui a fait faire 10 tours sur lui-même et renifler le parfum de chacun des autres joueurs.
Les autres ne doivent pas à proprement parler se cacher mais se tenir debout entre 10 et 20 mètres du pisteur.
Celui-ci devra alors tenter de trouver les autres joueurs à leur odeur en moins de minutes qu'il n'y a de joueurs.
Une fois que le pisteur commencera à vous chercher, il vous sera interdit de bouger ou de tenter quoi que ce soit qui lui permettrait de vous localiser.




Dans le cas ou il échouerait, Suzy viendra près de lui pour lui retirer son bandeau et ses bouchons d'oreilles avant de lui crever les yeux en poussant un cri déchirant qui privera le pisteur de son ouïe pour toujours, fuir ou essayer de l'arrêter sera inutile.
Le joueur ayant échoué sera alors éliminé de la partie pour des raisons évidentes, et très honnêtement il s'agit là de la punition de défaite la plus douce parmi les 3 jeux.
Cette enfant est un monstre.
Chaque joueur doit le faire une fois, sauf Suzy.
Petite précision : J'ignore totalement ce qu'il se passera si vous perdez tous à ce jeu.
Elle pourra aussi bien vous laisser à votre sort en ricanant ou tous vous achever.



"L'avion imaginaire" est est jeu mêlant dessin et balançoire.


Vous devrez vous asseoir sur une des balançoires en tenant une feuille de papier et un crayon.
Dès que Suzy commencera à vous pousser, vous devrez commencer à dessiner un avion.
Elle ne s'arrêtera que lorsque votre dessin sera suffisamment à son goût, et elle poussera de plus en plus fort.
Si, lorsque vous avez terminé, la petite continue de vous pousser, déchirez la feuille et recommencez, bien que vos chances de survie soient à présent extrêmement faibles.
La force de cette enfant ne semble pas connaître de limites, j'ai vu de mes yeux un de mes amis faire 3 tours complets autour de la balançoire en une seule poussée.
Suzy a alors sauté pour le pousser dans l'autre sens et il a effectué 9 tours, se faisant broyer le crâne dans un craquement effroyable par la force du choc contre la barre métallique à laquelle la balançoire est accrochée lorsque celle-ci s'est complètement enroulée autour.



Le jeu ne s'arrêtera que lorsque Suzy sera satisfaite du dessin qu'elle semble voir à tout moment, ou lorsque vous tomberez de la balançoire ou lorsque vous mourrez.
Si vous tombez et survivrez à la chute, Suzy vous attrapera par le bras et vous attachera à la balançoire de force avant de vous pousser à nouveau jusqu'à ce que vous finissiez broyés.
Elle ne manquera pas de rire malicieusement en cas d'échec.
Je la hais.
Chaque joueur devra le faire une fois, sauf bien sûr Suzy.




"Le ballon-trampoline" est un jeu consistant à sauter sur un ou plusieurs trampolines en se passant la balle avec les mains.


Vous devrez réussir à faire 50 passes entre vous, mais ne passez jamais la balle à Suzy, où elle vous lancera la balle à la figure ou dans le ventre avec une vitesse inouïe, impossible à rattraper.
Elle fera pareil si vous laissez tomber le ballon, ne s'arrêtant que lorsque votre cœur s'arrête de battre.
Le ballon semble impossible à crever ou à abîmer durant ce jeu, voilà pourquoi un ballon de handball est préférable.
Non seulement, se passer le ballon est plus simple, mais vos souffrances dureront moins longtemps qu'avec un ballon en mousse ou en plastique.
Si vous êtes seul, lancez le ballon en l'air et rattrapez-le vous même, ça compte comme une passe.
Comptez chacune d'entre elle à voix haute.


Suzy tentera de l'attraper au vol, vous pourrez utiliser tous les moyens pour l'en empêcher y compris la frapper, mais tenter de la retenir de force avec des blocages ou clés de bras se révélera inutile au vu de sa puissance physique.
Si vous y jouez, profitez en pour la défoncer autant que vous le pouvez...
Elle sera de plus en plus rapide au fur et à mesure que vous vous approchez des 50 passes, et elle tentera de vous l'arracher des mains après la 40ème.
Le jeu s'arrête lorsque les 50 passes sont effectuées où que vous êtes tous morts, cela va de soi.


Lorsque vous aurez effectué les trois jeux, si vous êtes encore en vie, Suzy vous félicitera en disant "c'est toi le champion, bravo !!"
Elle avancera son visage dépourvu d'yeux à quelques petits centimètres du vôtre et murmurera d'une voix froide et meurtrière "Mais la prochaine fois c'est moi qui gagnerai, c'est moi la VRAIE championne" avant de disparaître subitement, laissant un paquet cadeau derrière elle, avec un petit ruban rose et une carte sur laquelle il est écrit "pour le champion" avec une petite fleur dessinée dessus.
Connasse.



J'ignore ce que le cadeau contient, je n'ai pas osé l'ouvrir et je n'ai pas trop envie de profiter d'un cadeau gagné au prix de la mort de trois de mes amis, mais il est revenu dans ma maison à chaque fois que j'ai essayé de m'en débarrasser.
Il est actuellement dans ma cave, là où personne ne le trouvera jamais, hors de ma vue.
Je n'exclus pas non plus la possibilité que ce cadeau soit empoisonné, ou qu'il contienne quelque chose que je ne veux pas voir.
Je pense que je l'ouvrirai quand je serai très vieux et que je n'aurai plus rien à perdre, quand cette petite peste pourra me prendre la vie avec son cadeau éventuellement piégé sans que je n'aie de regrets.
Si je venais à découvrir qu'il contient en réalité une belle récompense, je la donnerai sûrement à mon cousin.


J'ai déjà pensé à retenter le jeu rien que pour me défouler sur cette sale gosse à coups de batte de baseball, mais les images de mes amis me sont revenues en tête à chaque fois que j'y ai pensé et ont chassé cette idée stupide de mon esprit.
A présent, je veux juste continuer ma vie tranquillement, ne plus jamais en parler, ne plus jamais y penser.
Faites attention à vous.


vendredi 28 septembre 2018

Amour fraternel

J'adore mon petit frère. Quand mes parents m'avaient annoncé sa venue il y a quelque années, j'avais d'abord pensé que ma vie allait devenir un véritable enfer. Qu'il se serait accaparé toute l'attention de mes parents. Qu'il détruirait mes jouets. Qu'il serait le petit préféré... mais rien de tout ça n'est arrivé. Ethan est une véritable perle, je n'ai jamais vu de petit frère aussi adorable. Tous mes amis me disaient que j'avais de la chance d'en avoir un comme ça.

Alors, je joue beaucoup avec lui. Encore plus récemment, depuis que mes parents ne parlent presque plus. Je pense qu'il vont divorcer. Ils ne prennent plus le temps de jouer avec moi, alors quand je joue avec Ethan, je profite de ce moment privilégié.
Ethan parle un petit peu, mais pour ce qui est d'écrire, c'est un peu plus difficile. Alors, je l'aide en lui demandant d'épeler des mots.

- Ethan, épelle moi le mot "Arbre".
Il semblait beaucoup s'appliquer.
- A-B-R-E.
- Presque. Tu as oublié une lettre !
- A-R-B-R-E.
- Bravo ! C'est super. Tu as beaucoup progressé depuis la dernière fois !
- Oui
Je pouvais lire de la joie sur son visage.
- Plus difficile, pourrais tu m'épeler le mot ETOILE ?
- J-E-D-O-I-S-P-A-R-T-I-R.
Sa joie s'était envolée.
- Oh, déjà ? C'est de plus en plus court. C'est le grand monsieur sans visage qui ne te laisse pas rester ?
- Oui
- D'accord. Je t'aime, Ethan.
- J-E-T-A-I-M-E-G-R-A-N-D-F-R-E-R-E.

Puis, faisant un geste de la main, il s'évapora dans les ténèbres, me laissant seul avec la table de ouija.

vendredi 21 septembre 2018

Conversations nocturnes

Je connais Creepypastafromthecrypt depuis pas mal de temps, mais je pensais pas un jour y raconter une histoire que j'ai vraiment vécu.



Il y a deux ans, j'étais en couple avec une femme qui s'appelait Sarah. On s'est rencontrés juste après le lycée, je devais avoir 19 ans. Elle était formatrice dans un McDonalds et moi, le petit nouveau. Ça a vite collé entre nous et on est resté 6 ans ensemble, dont 4 ans de vie commune.


La dernière année a été très dure. Elle avait toujours été intéressée par le surnaturel, moi aussi dans une moindre mesure. Puis elle est passée aux énergies spirituelles, de là elle est partie sur le chamanisme, elle a voulu faire des stages pour " réveiller la gardienne d'Isis " qui sommeille en chaque femme. Moi, je la sentais capable de se faire embarquer par la première secte qui passait, et c'était le sujet fâcheux. Dès que je disais ce mot, secte, je savais qu'on partait sur une semaine de disputes incessantes.


On ne se comprenait tout simplement plus. J'étais un peu plus aigri qu'au début, elle n'était plus la même non plus. Je ne sais pas si c'est de l'amour, ou par sécurité, mais j'ai voulu nous donner une dernière chance. En fait, j'avais peur de l'après. Je n'arrêtais pas de penser à quel point je serais mieux sans elle, libre de faire ce que je voulais quand je le voulais. Libéré de toutes ces disputes, n'avoir à m'occuper que de moi.



Mais j'avais peur, peur de ne pas savoir me débrouiller sans elle, peur de regretter, peur d'être seul. En fait cette décision, je l'ai prise pour moi. Froidement.

J'ai loué une chambre pour quelques jours dans un hôtel sympathique de la côte d'azur. Un tout petit hôtel de trente chambres, très familial. La chambre était simple mais chaleureuse. Le plus c'était le petit balcon qui donnait directement sur la mer. Une vue imprenable. On s'est installés et on a filé directement à la plage.


J'ai essayé de motiver Sarah pour sortir le soir, mais la route l'avait fatiguée. J'avais envie de pleurer quand elle s'est retournée pour dormir, sans même me dire bonne nuit. De la haine ou de la tristesse, c'était plutôt ambigu. Je suis resté allongé là, sur mon lit à regarder le plafond, une inconnue allongée à côté de moi.



J'ai regardé ce plafond pendant au moins deux heures, mais je n'ai pas pu fermer l’œil. Et j'ai eu envie d'alcool. Ça sortait vraiment de nulle part, mais c'était une envie très puissante. Je me suis levé discrètement et je suis descendu. Je m'attendais à être seul mais j'ai entendu le son de la télé. Celui qui la regardait était derrière le bar, en train d'essuyer des verres.



Un grand homme, cheveux gominés, teint mât. Il m'a sourit et m'a demandé si je voulais un verre. Il tombait à pic. Je lui ai commandé un whisky et on a discuté. Tout le long de la conversation je me suis dit que j’étais Jack Torrance, que j'étais dans Shining et que je parlais à un barman fantôme. L'homme a éclaté de rire quand je lui ai dit. En fait, c'était le veilleur de nuit, il n'avait pas vraiment le droit de passer derrière le bar mais quand il n'avait rien à faire il aimait bien s'en servir un petit.


Je lui ai raconté l'histoire de mon couple et il m'a écouté. Au fond je savais que je le saoulais avec mes histoires, mais ça faisait du bien. Il m'a donné quelques conseils que je me suis promis d'appliquer dès le lendemain. Mais quand j'ai regardé ma montre et que j'ai vu qu'il était 6h du matin, que j'ai regardé ma tête dans le miroir derrière le bar, je me suis dit qu'il valait mieux que je me rafraîchisse un peu avant de remonter dans la chambre.



J'ai laissé la clé de ma chambre au veilleur de nuit et je suis allé me promener un peu. Le coin était beau et j'ai pu profiter du lever de soleil sur la méditerranée. Je suis rentré une heure plus tard, Sarah dormait encore. J'avais l'air à peu près frais alors j'ai fait comme si de rien était et je me suis couché. Quand elle s'est réveillée ce matin là, elle a fait quelque chose que je déteste.



Là où j'avais essayé d'être discret pour ne pas la réveiller en me couchant, elle déballait la valise en faisant le plus de bruit possible, chantant sous la douche, branchant son sèche-cheveux. Elle a retourné toute la chambre parce qu'elle ne trouvait plus sa brosse à dents, qu'elle était pourtant sûre d'avoir prise avec elle. Je l'ai détestée.


La journée s'est plutôt bien passée, à ma grande surprise. On est allés visiter un musée, on a mangé un bout en terrasse, on est allés au casino le soir. Pas une seule dispute. C'était le but de ce séjour, j'aurais dû être content. Mais je n'arrivais pas à me réjouir.



Cette nuit là, j'ai encore observé le plafond. Mais cette fois, Sarah m'avait dit bonne nuit en m'embrassant. Et j'ai fait quelque chose que je n'avais plus fait depuis longtemps. Je l'ai regardée dormir. Je faisais ça au début, quand on s'aimait à la folie. Je trouvais le moindre gémissement, le moindre mouvement qu'elle faisait en dormant attendrissant. Ce soir là, je n'avais pas le même regard. Je me suis surpris à penser que je ne la trouvais pas vraiment belle. En fait, elle était pleine de défauts.


J'ai descendu les escaliers et je me suis dirigé vers le bar. Et le veilleur de nuit était toujours là, en train de se servir une bière. Je lui ai dit que j'avais appliqué ses conseils mais que je n'en étais pas plus heureux. Il a longuement parlé et son discours m'a remis du baume au cœur. J'avais besoin d'un point de vue d'homme, quelqu'un qui allait dans mon sens et ici, ce veilleur de nuit était ce qui était pour moi le plus proche d'un ami.


Je lui ai laissé ma clé et je suis allé me tremper les pieds dans l'eau, à la plage. Je suis rentré vers 5h du matin, j'ai récupéré ma clé et je suis monté me coucher. Sarah était déjà debout quand j'ai ouvert la porte.


" Tu étais où ? ". J'aurais du m'y attendre. Elle m'a hurlé que je l'avais laissée seule, qu'elle avait eu peur qu'il me soit arrivé quelque chose. J'ai retenu un gloussement de rire quand elle m'a dit qu'elle ressentait une énergie négative dans la chambre, qu'elle avait eu l'impression d'être observée cette nuit. Elle avait même soit disant senti qu'on la touchait dans son sommeil.


J'ai essayé de rationaliser, de lui faire comprendre que c'était sûrement les draps ou même le ventilateur qui lui avaient donné cette impression. Quant à l'énergie négative, je lui ai dit que c'était de l'auto-suggestion et que tout était dans sa tête. Et on s'est disputés. L'irrationnel contre le rationnel. J'ai été très méprisant dans mes réponses, et ça l'a beaucoup blessée je crois.


On a passé la journée chacun de notre côté. Je suis resté dans la chambre à regarder la télé en me jurant de faire acte de bonne foi envers Sarah. Cette nuit, je resterais avec elle.


Elle s'est endormie contre moi, elle avait l'air rassuré. Bizarrement, la sentir contre moi m'a apaisé et j'ai finalement trouvé le sommeil, sans même jeter un coup d’œil au plafond. Il ne s'est rien passé cette nuit. Sarah, de bonne humeur m'a même glissé un petit " tu vois, l'esprit a peur de toi, t'es là, il ne se passe rien " en souriant. On était passé d'une énergie négative à un esprit. Dans deux jours elle allait me dire que Jésus prenait une douche dans notre salle de bain.


La journée s'est déroulée à merveille. En fait, j'étais content d'être avec elle. Une sensation que je n'avais plus ressenti depuis longtemps. On a beaucoup mangé ce soir là, on a même fait l'amour. C'était suffisamment rare pour que je le mentionne. J'avais juré à Sarah que je resterais dans la chambre cette nuit, même si je ne trouvais pas le sommeil. Mais après deux heures à regarder le plafond, j'ai craqué.


J'ai descendu les marches et je me suis approché du bar. Le veilleur de nuit m'a vu mais n'a pas esquissé un sourire. Je lui ai commandé un whisky et en me servant il m'a fait la remarque suivante : " T'es pas venu hier. Je me suis ennuyé. " Il y avait quelque chose de froid dans son regard. Puis il a éclaté de rire en me tapant sur l'épaule. Moi je ne savais pas trop si je devais rire.


Je lui ai raconté que ça allait mieux avec Sarah, que j'étais peut être allé trop vite en besogne, que j'avais été dur avec elle. Mais malgré tout, je n'étais pas encore heureux. Elle m'aimait c'était flagrant. Moi, c'était autre chose. Pas tout a fait de l'amour. Je crois même que j'ai dit le mot pitié ce soir là. Je tenais à elle mais la quitter m'aurait fait mal. Pour elle.


Le veilleur m'a dit que je devais renouer avec elle, vivre avec elle quelque chose qui nous rapproche. Il m'a même proposé de prolonger le séjour dans l’hôtel en rigolant. Ça me faisait du bien de lui parler. Même si pendant tout le séjour, je n'avais fait que lui parler de ma femme. Il ne me jugeait pas.


C'était le dernier soir que l'on passait ici, j'ai eu envie de profiter une dernière fois de la plage, avant de repartir sur la route. J'ai laissé ma clé au veilleur de nuit et je suis sorti. Le soleil commençait tout juste à se lever quand je suis remonté dans ma chambre. J'ai salué une dernière fois le veilleur de nuit qui lui aussi, remballait ses affaires.


Quand Sarah s'est levée, elle avait une tête de déterrée. Elle avait passé une mauvaise nuit. Elle avait entendu du bruit dans la chambre à plusieurs reprises. Je lui ai dit que c'était sûrement moi qui était allé aux toilettes. Ce qui était évidemment faux.



Et comme si ça ne suffisait pas, en repliant ses affaires Sarah a remarqué que certaines étaient tachées. Des taches blanchâtres, provenant sûrement du sachet d'anti mites percé qu'il y avait au fond du placard. Je crois que Sarah n'a pas gardé un souvenir très joyeux de l’hôtel où on a séjourné.


On a payé, on a mis les valises dans la voiture et j'ai démarré. Mais juste au moment de partir j'ai pensé au veilleur de nuit. Si j'avais entre guillemets sauvé mon couple, c'était en grande partie grâce à lui. Je suis redescendu et suis revenu dans le hall de l’hôtel.


J'ai laissé un petit billet sur le comptoir, devant le regard surpris de la réceptionniste. Je lui ai dit que c'était pour le veilleur de nuit, qu'il était d'excellent conseil.



J'ai ressenti comme une brûlure à l'estomac quand elle m'a rendu mon billet. La brosse à dent. La présence. Les sensations. Les bruits. Les tâches blanches.



Je me souviens mot pour mot de ce qu'elle m'a dit.



<< Vous devez vous tromper monsieur, il n'y a pas de service de veilleur de nuit. >>

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