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Oubliez que vous lisez de la fiction.

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mercredi 19 novembre 2014

Miroir

Un soir de demi-lune, tu te lèves. Apeuré par l'orage qui tonne et la pluie, tu te réveilles, ta gorge est sèche et tu ressens le besoin d'aller boire. Tu as peur des dangers extérieurs et du noir. Pour te consoler, tu vas voir la chambre de tes parents, ouvrant silencieusement la porte avec ta main gauche. Ils dorment toujours malgré le bruit. Apaisé par cette découverte, tu entreprends d'aller à la salle de bain pour te désaltérer.


Mais un long couloir sépare ta position et la salle d'eau. Tu marches et tu entends tes os craquer, le parquet grincer. Essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller ton père et ta mère, tu y vas doucement. L'étrange impression que quelqu'un te scrute te suit, comme si un danger se mouvait derrière toi. Voilà que tu te retrouves au bout de ce couloir sombre, il ne reste plus qu'à prendre à droite et tu es arrivé à ta destination. Malgré le peu de visibilité, tu remarques un grand miroir posé sur le fond du couloir. Un grand et beau miroir que tes parents avaient acheté dans une brocante, orné de bois clair. Un miroir qui semble être vieux de dizaines d'années...


Tu l'ignores et tu continues ton chemin jusqu'à la salle de bain. Tu bois et tu repars pour retrouver au plus vite ton cher lit. Mais une fois de plus, ton regard est attiré vers le miroir, le beau miroir. Tu te contemples, regardant une petite croûte sur ta joue droite que tu t'étais faite plus tôt, elle gâche ce si beau visage.


Le lendemain, il fait beau et tout le monde est dans le salon et déjeune. Sauf qu'il y a un détail qui a changé, un détail que tes parents n'ont même pas remarqué. Ta croûte n'est plus au bon endroit. Non, maintenant elle se trouve sur "ta" joue gauche. Je le sais car c'est moi qui t'ai remplacé.



dimanche 16 novembre 2014

Le jeu de l'âme

Premièrement, je tiens à vous demander pardon. Je suis tellement désolée. Je viens à vous dans un moment de besoin. 




S'il vous plaît, aidez-moi.
C'est tout. C'est tout ce que je demande. Je ne sais pas quoi faire, ni où aller. S'il vous plaît, aidez-moi. C'est tout ce que je demande.

Mon nom est Andrea et j'élève seule mon enfant.

Je ne vous dis pas cela pour attirer l'attention. Je n'attends pas de vous des éloges comme
le feraient d'autres mères dans mon cas. Elles veulent toutes de la reconnaissance pour leur travail de mère, mais moi je veux seulement un peu de votre temps. 



Être une mère est pour moi un fardeau. Nécessaire certes, mais cela reste un fardeau. Mon fils se nomme Jesse. Il a onze ans. Il est en CM2, pour ceux qui détestent les maths.

Jesse a commencé le CM2 comme tous les autres enfants l'auraient fait. Il avait un peu d’appréhension et beaucoup d’excitation. C'était un garçon insouciant, sympathique et rempli d'énergie. 




Tout a changé mardi, lorsqu'il a rencontré Stan.

Stan était un élève d'une autre région qui avait été ajouté à la dernière minute dans sa classe.
Le professeur l'avait placé à côté de Jesse.

Lorsque je suis allée le chercher mardi, il m'a dit que Stan était devenu son nouveau meilleur ami. 


Il n'agissait pas comme d'habitude. Il était pâle et en sueur. J'ai pris sa température, mais il n'avait pas de fièvre. Je lui ai demandé comment s'est passée sa journée, mais tout ce qu'il me disait était que Stan était son meilleur ami.

"Stan est mon nouveau meilleur ami", disait-il.

"Je sais, j'ai hâte de pouvoir le rencontrer", disais-je en retour.

"Maman, Stan est génial. Tu devrais le rencontrer. C'est mon nouveau meilleur ami. Le meilleur du monde entier."

Nous avons dû avoir la même conversation un millier de fois cette nuit-là. Lorsque je suis allée le border, il m’a regardée avec les larmes aux yeux. Il a mis ses mains minuscules devant son visage et il a bougé son index, me disant de venir plus près.

Je me suis penchée et il a mis ses mains de chaque côté de sa bouche. Vous savez, comme les petits qui veulent dire un secret. J’ai tourné ma tête et il a chuchoté quelque chose à mon oreille qui m’a donné des frissons. À ce moment-là, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai frissonné.

Il a chuchoté : « Tu me crois. Pas vrai, maman ? »

Je me suis assise sur le lit et je l'ai regardé.

« Te croire pour quoi, mon chéri ? »

« Stan », a-t-il dit. « Stan est mon meilleur ami. »

J’ai acquiescé et pris sa température une nouvelle fois.

Toujours pas de fièvre.


 




Je suis allée me coucher mais je n’ai pas vraiment réussi à dormir cette nuit-là.

Mercredi, quand j’ai amené Jesse à l’école, il avait une expression étrange et il me disait qu’il ne voulait pas y aller.

Je lui ai demandé : «  Est-ce que tu te sens mal ? »

Il m’a dit « Non ». Il se mordait la lèvre inférieure comme un fou. C’était quelque chose que je ne l’avais jamais vu faire. « Non, je dois aller à l’école », m’a-t-il répondu.

Il a ouvert la portière de la voiture et est parti. Sans au revoir. Sans je t’aime. Rien.
Il a monté les marches devant l’école en trainant des pieds, en regardant le sol. J’ai enlevé le frein à main et j'ai démarré pour aller au travail.

Un petit garçon se tenait devant ma voiture. Deux secondes de plus et je l’aurais percuté. Le jeune garçon était blême avec une tignasse blonde presque blanche et de grands yeux bleus. Il a cogné deux fois sur le capot de ma voiture, m’a saluée et est parti en direction de l’école.






Lorsque je suis allée le chercher ce jour-là, Jesse semblait aller mieux. Il était encore un peu pâle mais il paraissait heureux. Il m’a tout dit de sa journée. Il m’a parlé des dinosaures, de la musique, des mathématiques, puis il m’a parlé de la récréation.

« Et après les maths, on a eu la récréation. Maman, tu ne vas jamais croire ce que j’ai fait à la récré. »

« Dis-moi », ai-je répondu, souriant tout en conduisant. J’ai pensé au loup, au football… Toutes les choses que les garçons de son âge font lors de la récréation. Quelque chose de bien, de normal.

« J’ai rejoint une église ! »

J’ai froncé les sourcils.

« Une église ? À… La récréation ? »

Jesse a acquiescé.

« L'église de Stan ! »

J’ai cru que c’était une sorte de nouveau truc fantastique auquel les jeunes jouaient.

« C’est quoi l'église de Stan ? »

« C’est l'église de Stan, maman. »

Jesse riait comme si j’étais sotte d’avoir posé cette question.

« Qu’est-ce que vous y faites alors ? »

« Pas mal de trucs. Aujourd’hui par exemple, nous avons écouté ce que Stan disait. Il disait de drôles de mots et je me suis assoupi. On est plusieurs à l’avoir fait. »

Je me suis garée dans l’allée et on est sortis.

« Et c’est tout ? » ai-je dit.




Tout ça était vraiment étrange, mais les enfants ne semblaient pas faire quelque chose de mal.

« Stan nous a donné des papiers aussi. »

Jesse a sorti une feuille de kraft et me l’a tendue. C’était un morceau de papier avec trois mots écrits à l’aide d’un stylo à l’encre noire.

"Église de Stan"

Encore une fois, étrange, mais rien de mal. J’ai juste pensé qu'ils jouaient des rôles.

J’avais tort.





Quand je suis allée le chercher hier à l’école, j'ai pu voir que quelque chose n’allait pas avec mon petit garçon. Il avait l’air paniqué, effrayé.

« Qu’est-ce qu’il y a, mon chéri ? »

Je me suis penchée pour toucher son front. Pas de fièvre.

« On a joué au jeu de l’âme aujourd’hui », m’a-t-il dit.

Sa tête tournait de gauche à droite. Il ne tenait pas en place. Il n'arrêtait pas de jeter des regards autour de lui.

« Le jeu de l’âme ? »

Jesse a juste hoché la tête tout en continuant de regarder autour de lui. La sueur perlait sur son visage.

« C’est quoi le jeu de l’âme ? »

Il a fait non de la tête et est resté silencieux.

« Jesse, c’est quoi le jeu de l’âme ? »

« Je lui ai dit que je ne voulais pas, mais il a dit qu’il ne serait plus mon ami si je n'y jouais pas. »

« Qui ne voudrait plus être ton ami ? Où étaient les professeurs ? »

La respiration de Jesse s'accélérait, mais il me répondait toujours.

« C’est arrivé dans l’église », a-t-il dit.

Puis il a chuchoté : « Les professeurs ne sont pas admis dans l’église. »

« L’Église de Stan ? » ai-je dit.

Jesse a acquiescé, puis une larme a coulé le long de sa joue.

« Qu’est-ce que c'est que le Jeu de l’Âme, Jesse ? Je suis ta mère, dis-le moi maintenant et je me chargerai du reste », ai-je dit.

« Je ne peux pas te le dire, maman. Je ne peux pas. Les règles sont méchantes. Elles sont si méchantes. »

« Et Stan ? » lui ai-je demandé. « Est-ce que Stan pourrait me les dire ? »

Jesse a crié « NON ! », me faisant une peur bleue.

« NE LUI DEMANDE PAS LES RÈGLES. S’IL TE PLAÎT, MAMAN. S’IL TE PLAÎT. »

Je me suis garée, confuse et effrayée.

« Promets-moi maman. Promets-moi, promets-moi, promets-moi, promets-moi... »




Jesse s’était mis à brailler, terrifié. Je l’ai pris dans mes bras et je l’ai bercé. Je ne l’avais pas bercé de cette façon depuis des années. Il s’est endormi dans mes bras et je l’ai emmené à l’intérieur. Je l’ai apporté directement dans sa chambre, puis j'ai préparé son lit.

Il avait juste besoin de sommeil. Je me répétais cette phrase pour me rassurer. Tout ce dont il avait besoin, c’était de sommeil.

Je l’ai couché dans son lit et j’ai mangé seule. J’ai vérifié si tout allait bien vers 21 heures. Il semblait bien dormir alors je suis allée me coucher.




Je me suis réveillée
à 00h18. Il criait à pleins poumons. J’ai couru dans sa chambre, mais il n’était pas dans son lit. J’ai allumé la lumière, et il a jailli hors de l'armoire comme si quelque chose le poursuivait. Il s’est agrippé à mes jambes, n’arrêtant pas de hurler.

J’ai essayé de le calmer tout en lui demandant ce qui s'était passé.

Ça n’avait pas de sens, il n’arrêtait pas de hurler des choses à propos du Jeu de l’Âme. Il était impossible. Je continuais à lui demander ce qu’il avait mais il ne voulait pas me le dire. J’ai essayé de le remettre au lit mais il ne voulait rien entendre.





Finalement, je l’ai simplement emmené avec moi dans ma chambre et il a dormi dans mon lit. J’étais étendue près de lui et je le surveillais. Je caressais ses cheveux quand il a ouvert ses yeux, me fixant.

« Je vais te dire les règles après l’école demain, femme », a-t-il dit. Il a refermé ses yeux.

Qu’est-ce qui se passe avec mon enfant ?




J’ai fixé le plafond durant un long moment dans le noir avant de me retourner face à la salle de bain.

Vous savez, lorsque vous êtes sur le point de vous endormir, que vos jambes bougent d’un coup et vous réveillent ? Ou quand vous avez l’impression de tomber ou de trébucher ? Ça m’est arrivé la nuit dernière. Plusieurs fois, tout au long de la nuit, en voyant quelque chose dans l'encadrement de la porte.

À chaque fois que mes yeux étaient sur le point de se fermer, j’apercevais la silhouette de quelque chose d’imposant et ça me réveillait. Bien sûr, il n’y avait rien, et je recommençais à m’endormir. La silhouette revenait une fois de plus, mais j’avais l’impression qu’elle était plus près, comme si elle avait avancé d'un pas.
 

Ça s'est répété, encore et encore, jusqu’au matin.



Ce matin sur le chemin de l’école, Jesse semblait totalement déconnecté. Je me sentais pareil, j’étais épuisée. J’avais pensé lui parler de ce qu’il m’a dit avant de s’endormir, mais je n’ai pas pu. J’avais peur qu’il retourne dans l’état hystérique dans lequel il était.

Il n’a rien dit pendant tout le trajet de l’école, il agissait comme un robot ; léthargique, sans émotion.

J’ai reçu un appel peu après l’avoir déposé, ils me demandaient de venir le chercher. Il avait vomi en classe.

Lorsque je suis venue le chercher, il était dans le même état. Je lui ai posé des questions, mais les seules réponses que j’ai reçues étaient des grognements. Je prévoyais de retourner à la maison, changer ses vêtements souillés et ensuite l’emmener voir un médecin.

Il n’a rien dit jusqu’à notre arrivée.




« Est-ce que Stan peut venir aujourd’hui ? » m’a-t-il demandé. Il fixait la porte du garage.

« Tu ne te sens pas bien, chéri. Tu
veux vraiment qu’il vienne te voir ? » ai-je dit.

Je voulais rencontrer cet enfant, mais ça ne sonnait pas comme si c’était vraiment Jesse qui me le demandait. Mais je voulais tout de même aller au fond de cette histoire.

« Oui », a-t-il dit.

« D’accord, est-ce que tu as le numéro de ses parents ? »

« Il a déjà demandé à ses parents et ils sont d’accord. »

« On doit attendre qu’il ait fini les cours, et j’aimerais quand même parler à ses parents. »

« D’accord. »

Jesse est sorti de la voiture et est rentré à la maison.

« Est-ce que tu as leur numéro ? » ai-je demandé au moment de fermer la porte.

« Non. »

J’ai commencé à lui demander comment j’étais supposée les appeler si je n’avais pas leur numéro, mais quelqu’un a frappé à la porte.




Je me tenais toujours juste à côté.

J’ai ouvert la porte. Le jeune garçon aux yeux bleus et aux cheveux blonds/blancs que j’avais pratiquement percuté mercredi se trouvait devant moi. Une jeune fille se tenait à côté de lui avec le même teint pâle.

« Oui ? »

« Bonjour, Driz. Est-ce que Jesse est là ? »

Le jeune garçon se tenant devant moi n’aurait pas dû savoir ce nom. C’était un surnom de l'université, inventé par des amies lors d’une soirée bien arrosée.

« Non », ai-je dit.

« Ce n’est pas grave », a dit la petite fille. « Je m’appelle Devin, et vous savez déjà le nom de mon frère. »

« Stan », ai-je dit.

La fillette a mis ses mains devant sa bouche et s'est mise à glousser.

Stan a souri puis a haussé les épaules.

« C’est vraiment très simple. Première règle : ne pas marcher devant les miroirs dans le noir. Deuxième règle : ne laisser aucune porte ouverte lorsque vous allez vous coucher le soir. Demandez à votre fils quelle est la troisième règle, et souvenez-vous : un grincement signifie que vous prenez du retard, un bruissement veut dire que vous avez presque perdu. Lorsque les lumières s’éteignent, réjouissez-vous de ne pas voir la silhouette se tenir dans un coin de la chambre. Espérons que vous ne l’entendrez pas respirer lorsque vous sombrerez dans le sommeil. Et si vous entendez frapper, eh bien... espérons que vous n’entendrez jamais frapper. »




Stan s’est retourné et est parti avec sa sœur.

Je les ai regardés partir, puis j'ai secoué ma tête. Je ne voulais pas jouer à leur jeu stupide.

Je me suis retournée et j’ai trouvé Jesse assis dans la cuisine, pleurant.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« J’ai entendu frapper », a-t-il chuchoté.

Ma bouche s’est asséchée.

« Quand le jeu se termine-t-il ? » lui ai-je demandé.

« Il ne se termine pas », toujours en chuchotant, « Il ne se termine jamais. »

Mon cœur s’est accéléré.

« Quelle est la troisième règle, Jesse ? »

Son visage s’est assombri et il a pris une grande inspiration.

« Troisième règle : connaître la troisième règle fait de vous un joueur. »




Mon estomac s’est noué.

« Qu’arrive-t-il si tu perds ? »

« Quand il fera noir, tu vas les entendre arriver. Ils aiment te faire savoir qu’ils se rapprochent. »

« Qui ? »

« Stan et Devin », a-t-il dit. « Ils entrent par les miroirs ou les portes ouvertes et t’emportent avec eux. »

« Comment peut-on gagner ? »

« Tu gagnes si tu parles des règles du Jeu à plus de personnes que celle qui t’en a parlé. »












Comme je l'ai dit, je suis vraiment désolée.

Mais merci de votre aide. Vraiment.

Je vais aller me réjouir de ma nouvelle liberté et j’espère que vous allez vous réjouir de votre prochaine nuit.
 


Donnez
mes salutations à Stan et Devin.

Traduction: Masea

Black eyed kids?

Texte original

mercredi 12 novembre 2014

L'entité

 -Ce carnet fut retrouvé dans la forêt de Victor Park, en Floride. On ne sait pas à qui il appartient, ou à qui il a pu appartenir. Aucune disparition n'a été signalée les jours suivants.-









[Ce court paragraphe fut retrouvé hors de la forêt, mais aucune trace de date ou de présence d'autres pages de carnet]  

Toujours. À l'heure où ces notes sont écrites, je le fuis, encore et toujours.
Je veux en finir. Je le veux. Mais je ne peux pas.
Va-t-il me suivre ? Me chasser ? Me traquer ?
Je veux que ça s'arrête.
Je veux que tout s'arrête.
Définitivement.




--Les notes du carnet qui suivent n'ont pas été retranscrites en entier, faute de lisibilité et de compréhension sur certaines pages--

            
06/05/06 – Première note trouvée :

Je commence enfin mon petit carnet personnel ! Depuis que Dave est reparti à son appartement, à Colombus, j'ai enfin débuté l'écriture, comme lui. Il a noté tellement de choses intéressantes, comme sa récente exploration au Japon de la forêt de Aokigahara. D'après ce que j'ai lu, je n'irai jamais là-bas ! C'est juste horrible et... Enfin bref.

J'aurais dû nous filmer avec ma caméra toute neuve, pour avoir un souvenir de nos activités, comme nos sorties nocturnes en forêt avec quelques potes à nous et... Bref, tant pis.


10/05/06 – Deuxième note trouvée :

Dave a eu des problèmes ces deux derniers jours...

Il ne répond plus au téléphone, ni à mes e-mails, ou toute autre forme de contact. Tout ce que je sais, c'est qu'il se gave de pilules blanches depuis un petit moment.
J'ai pensé à de la drogue, mais un médecin n'en prescrit pas. Il n'est pas non plus sorti travailler.
Mais on dirait qu'il est comme ça depuis son retour de voyage, à croire qu'il a vu un fantôme ou un esprit, dans cette forêt.
Pourquoi? Dave, qu'est-ce qui t’arrive bordel...  Est-ce qu'il s'isole ? J'aimerais savoir.
J'aimerais également aller le voir, mais je n'ai pas beaucoup de temps ces jours-ci. J'ai tout de même appelé son père, puis sa mère.

Ils m'ont dit qu'il était allé à l'Ohio Hospital for Psychiatry pour voir le docteur Lynn K***, depuis le jour de son arrivée.
Aucune autre nouvelle.


12/0506 – Troisième note trouvée :

Je suis allé à l'enterrement hier, avec ma famille.
Il aurait fait une overdose de médicaments. Je penche plutôt pour autre chose, on ne s'enferme pas sans raison, et depuis le temps que je le connais, il n'est pas du genre à être accro à quoi que ce soit.
L'enterrement a eu lieu le matin, toute sa famille était présente. Tout le monde a versé une larme.
Je ne pensais pas que ça puisse arriver, mais je n'ai pas pleuré. Et pourtant, Dave est bien mort.

Je suis désolé...


16/05/06 - Quatrième note trouvée :

Je n'arrive pas à me le sortir de ma tête. La mort de Dave.
Que ressentiriez-vous si votre plus proche ami que vous aviez vu quelques jours auparavant soit mort ?
Je commence à faire d'horribles cauchemars, sans que je sache pourquoi. Je revois l'enterrement, mais le cercueil est vide. Presque.
Il y a une... Chose qui se tient près du cercueil, murmurant des mots incompréhensibles.

Je n'ose pas m'approcher.

18/05/06 – Cinquième note trouvée :

Mon dernier cauchemar, parmi tant d'autres, n'était que trop réel. Il y avait encore cette... Ce...

Je ne peux même pas le décrire. Son visage semblait raturé. Il m'a emporté dans tellement d'endroits différents. Pourquoi ? Que veut-il me montrer ?
Le lieu-dit ressemblait à un chemin, perdu au milieu de nulle part. Je l'ai suivi. Il y avait une fenêtre ouverte. Comment ?
Et il a disparu quand j'ai regardé. Il ?
La nuit précédant cette note, je me trouvais encore dans une forêt, plus exactement dans une cabane abandonnée.

Je n'y comprends plus rien.


19/05/06 – Sixième note trouvée :

Je me suis de nouveau retrouvé dans ce baraquement délabré et déserté, il y avait encore ce placard, à droite de la porte.
J'ouvris délicatement la porte, grinçante, sans savoir pourquoi, pour la première fois.
Lui.
Ce qui ressemblait à ses mains tenait le corps décapité d'une personne. Il m'a dit, d'une voix douce :

« C'est à lui que tu penses, n'est-ce pas? »
Qu'est-ce que je devais faire ?

Il s'est lentement déplacé vers moi, jetant le cadavre par terre.

« Tu es perdu ? », m'a-t'il chuchoté.
Ces paroles m'ont glacé le sang au plus haut point. Mais je ne pouvais ni hurler, ni m'enfuir.
Cette créature m'a attrapé la main et me l'a profondément entailéa, en chuchotant :

« Sais-tu qui je suis ? Sais-tu qui tu es ? Pourquoi te fais-tu tant de mal ? »
Je l'ai supplié d'arrêter, encore et encore... Il m'a répondu :

« Crie... J'adore ça ! »

Je me suis réveillé, en sursaut, avec une douleur à la tête.

C'est quoi ce merdier...
¿ ǝɯèlqoɹd uoʇ ıonb ʇsǝ,ɔ ʇǝ


20/05/06 – Septième note trouvée :

Il y a de ça trois jours, j'ai mis ma caméra en route, pour filmer mon sommeil. Je devais le voir, me voir.

Il ne m'accompagna pas durant mon rêve. J'ai dû attendre avant de pouvoir analyser clairement la carte SD de ma caméra. Je le poste donc ce jour.
Seule une étrange bande son est restée, sans image. L'enregistrement a cessé vers 7:57 du matin.
Les sons, eux, ont commencé vers 3:06am, d'après l'heure de la caméra. Ils n'ont pas duré longtemps, mais sont distordus. Sans les images, je n'ai pas pu comprendre ce qui s'était passé. Une personne est venue. Une chose est venue.
Tout ce que je sais, c'est que rien ne va plus maintenant. Je laisse l'enregistrement, dans l'espoir que quelqu'un puisse m'aider.
Je vous en supplie, aidez-moi.

[L'enregistrement en question a été retrouvé suite au signalement de l'administrateur du forum At******is, puis finalement diffusé pour aider à en retrouver l'auteur]



22/05/06 - Huitième note trouvée :

Je n'ai pas dormi depuis plus de deux jours. Ma caméra ne marche plus. Personne n'a pu identifier ce qui s'était passé lors de l'enregistrement du 17/15. Plus personne ne peut m'aider.
Je commence à m'endormir, mais je ne veux pas. Je ne veux pas ?
Je deviens complètement fou ? Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
Pourquoi rien ne va plus ? Depuis quand... ?

Bordel, je suis au bord de la crise de nerfs.



26/05/06 - Neuvième note trouvée :

Il commence à apparaître en réalité. Et depuis, je ne quitte plus ma chambre, j'évite les reflets, ses reflets.
Je n'ai plus aucun contact. Personne ne peut plus rien pour moi, plus d'aide, plus rien. J'ai tout condamné. Plus personne n'entre. Plus personne ne sort. Plus précisément, plus RIEN.

Le sommeil me rattrape tout de même, et je ne peux me battre contre moi-même. Il n'agit plus.
Je ne dois pas dormir. Il va encore revenir. Nous faire du mal. Je le déteste...

Laisse-moi tranquille...
[Moitié de texte effacé]



02/06/06 – Dixième note trouvée :

Je ne fais plus de différence. Réalité ou juste hallucination ? Il faut que je l'ignore...
Une voix dérangeante s'est mise à chuchoter dans mon dos, alors que j'allais me coucher.

« Plus personne... »
« Qui est-là ? Qui parle ?! »

« Tu le sais très bien. Regarde autour de toi. Je suis là. Je ne te quitte pas. »
J'ai commencé à ressentir une drôle de sensation en bas de ma jambe droite. Il m'a saisi la cheville.

« Viens avec moi. Je ne suis pas ton ennemi. »
« Laisse-moi en paix... Laisse-moi mourir... »

« Oh que non. Tu ne... »

Il s'est arrêté là.
Mais est-ce que j'ai rêvé ?



05/06/06 – Onzième note trouvée :

J'entends des cris, des hurlements de douleur, des rires terrifiants...
Je n'hallucine pas. Je n'hallucine pas. Non. NON !
On m'a appelé, il y a quelques heures, et j'ai retransmis la « conversation » :

[Inconnu] : -Bruits étranges...-
« Qui... Qui est-ce ? »

[Inconnu] : « Il est partit, encore. »
« Mais bordel de merde à quoi tu joues ?! C'est quoi ton problème ?! »

[Inconnu] : « Tu es perdu ? »

C'était la fin de la conversation. La voix (sa voix ?) était distordue.
Putain, mais qu'est-ce qui m'arrive ?



[Les restes de cette note du carnet, tachée de sang, n'ont pas été traduits.]

06/06/06 – Douzième note, à moitié déchirée, trouvé seulement une partie :

Hier, on a frappé à ma porte. On a frappé fort. Et longtemps. J'avais beau hurler d'arrêter, ou demander qui frappait, cela ne cessait pas.
Je n'ouvre pas. Je n'ouvre plus. Il arrive. Il me chuchote des choses :

« Regarde ! », « Ils sont tous morts ! »
  -----------------------------
[...]Mais les paroles qui m'ont le plus dérangé étaient :

« Tu souffres. Tu as peur. Merci. »

07/06/06 – Treizième note trouvée :

À mon dernier réveil, au premier clignement de mes yeux, je me suis imaginé une forêt, avec des cadavres pendus.
Pourquoi ces visions ? Pourquoi tout ce mystère ? Je suis réellement en train de flipper.
Bordel, aidez-moi. Tuez-moi. Je vous en supplie...

Toujours ce visage tordu, juste maquillé d'un sourire, dans une chambre obscure d'enfant.
Mon visage. C'est moi. Il m'indique un objet, un miroir.

« Saisis-le. »
Je n'ai pas bougé.

« SAISIS-LE, ET OBSERVE-TOI ! », me crie-t-il d'une voix perçante et menaçante.
Mon reflet, son reflet, notre reflet...
Notre reflet ? NOTRE REFLET ?

Il répond, doucement.

« Peut-être. »
Il rit.

« Tu te moques de moi ? Tu m'utilises ? Tu veux ma mort ?! Réponds ! »
« Abstiens-toi de poser toutes sortes de questions. Tu sais absolument tout. »

Je suis seul depuis longtemps.

          
[Date non notée] - Dernière note retrouvée (elle n'a pas été traduite, donc elle est sous forme de photographie)







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[La liste entière des clichés des lieux ainsi que les pages scannées ont aussi été postées]







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samedi 8 novembre 2014

Une douce friandise

   Lors de la fête d'Halloween, il est de tradition d'offrir aux jeunes enfants déguisés des bonbons ou autres sucreries. Presque tout le monde y a au moins une fois participé.
Même si l'ambiance de cette fête reste une fausse épouvante et qu'elle se passe souvent dans un contexte convivial, l'histoire qui s'est déroulée la semaine dernière donne à la fête un goût glauque et effrayant.

   En France, les 1er et 2 novembre 2014, plusieurs cas d'indigestion assez graves chez des enfants ont été répertoriés. La consommation de sucreries étant considérable ce jour-là, beaucoup de jeunes finissent par tomber malades. C'est entre deux cas de simple goinfrerie que l'on peut trouver une affaire plutôt étrange.

   Une mère fit une découverte pour le moins insolite, après que son fils lui ait dit avoir trouvé un goût très écœurant sur l'un des bonbons qu'il avait récoltés. D'après elle, le bonbon ressemblait à une dragée orange/rouge plutôt gélatineuse, fourrée aux amandes. C'est en ouvrant un autre bonbon similaire que le contenu du sachet lui fit froid dans le dos. Le paquet ne renfermait pas une dragée, mais un petit bout de papier froissé. Déplié, on pouvait y lire une inscription « Aidez-nous » ensanglantée.

   Cette mère prit une photo du papier et d'un bonbon avant d'envoyer les sucreries au commissariat. C'est après une analyse des sucreries et du papier que le verdict fut donné.
Le bonbon était composé de graisse humaine, les amandes étaient des ongles découpés, et du sang mélangé au sucre avait été concentré à l'intérieur de la dragée. Le liquide rouge sec que l'on a retrouvé sur le papier était bel et bien du sang, lui aussi. Les enquêteurs privilégient la thèse du canular, mais aucune possibilité n'est rejetée.

   Il va sans dire que la consommation de ces « douceurs » est très fortement déconseillée.






jeudi 6 novembre 2014

Le perroquet


 L'image ci-dessus, familièrement appelée "Le Perroquet" en raison de sa ressemblance avec l'animal quand elle est regardée grossièrement, est une reconstruction de l'originale produite par Berriman et Turner aux alentours de 1983 au Laboratoire d'informatique n°IV de l'université de Cambridge (qui n'existe probablement plus aujourd'hui), par la technique dite "d'imagerie logique".

Cette image, ainsi que plusieurs autres produites par inadvertance - par le désormais célèbre "Langford's Basilisk" ainsi que par une erreur typographique dans le magazine "Your Sinclair"#23 "Fun with Fractals"- produisent des modèles répétés que l’œil humain ne peut pas analyser ni supporter. Ce soi-disant "Choc Godelien" peut, dit de façon crûe, faire planter le cerveau humain. Cette image ne produit pas d'effet immédiat (en raison de codages neurochimiques retardés surnommés les "Saboteurs Godeliens"), mais est généralement déclenchée quelques jours plus tard par la vue d'une image répétitive qui rappelle à la mémoire l'originale vue auparavant.




Traduction: Teru-Sama

Texte original

mercredi 5 novembre 2014

La bête de Colombie

Archives du Grand Musée de Zoologie de Londres


| - Règne : Animalia
    | - Embranchement : Chordata
        | - Sous-embranchement : Vertebrata
            | - Classe : Mammalia
                | - Ordre : inconnu
                    | - Sous-ordre : inconnu






| - Ouverture du dossier : 30 Novembre 1896 par Daniel Lynch


Premier rapport sur animal inconnu à ce jour
Nombres de rapport faisant référence à animal inconnu : 53


| - Premier rapport : Daniel Lynch

    | - Lettre à l'adresse du Grand Musée de Zoologie de Londres :



Thomas Cavendish
Felixstowe
25 Novembre 1896




Grand Musée de Zoologie
Université de Londre
21 University Street
Londres




À l'adresse de W. F. R. Weldon, directeur du Grand Musée de Zoologie de Londres,






Mon nom est Thomas Cavendish, et c'est en ce soir de novembre que je mets en page l'échec que j'ai subi en ce début d'année 1896 en Colombie.
Mon métier est assez peu commun. En effet je suis chasseur, et je vis des ventes de peaux et de trophées quelconques que j'ai, en quelque sorte, ''collectionnés'' au cours de mes périples autour du monde. Je me suis très vite fait un nom à travers le globe, peut-être me connaissez-vous. Mes chasses ont toutes été couronnées de succès, et les bêtes que j'ai abattues possédaient des ressources très prisées. C'est ainsi qu'ivoire, animaux empaillés et fourrures firent l'élégance des riches du monde entier, et, bien plus important, la richesse de ma personne.


Je me sentais invincible, dans la force de l'âge, 35 ans, et habitais une maison cosy de Felixstowe. Le port de cette ville en faisait le lieu idéal pour mes nombreux voyages, car ouvert au monde, je pouvais me rendre où je le souhaitais grâce aux nombreux bateaux larguant les amarres et n'hésitant pas à embarquer un homme qui paierait un solde entier afin de traverser les océans.


*****


C'est donc le 3 Avril 1896 que je reçus une lettre assez étrange. J'étais rentré d'Afrique du Sud il y avait de cela 5 semaines. J'avais profité de la pagaille qu'avait entraînée une crise des mines d'or quelques mois auparavant pour y faire une excursion qui ne fut pas aussi fructueuse que je l'espérais, mais qui me permit toutefois d'obtenir une magnifique peau de lion. Si le musée souhaite l'acquérir, je suis ouvert à toutes propositions.


Mais revenons-en à la lettre. Écrite par un mystérieux commanditaire, dont je ne sais toujours rien aujourd'hui, elle me demandait de me joindre à une chasse. Quelle ne fut pas mon excitation en me rendant compte qu'elle devait avoir lieu en Colombie, un pays dans lequel je n'avais jamais mis les pieds. Il semblerait qu'un ''prédateur'' s'attaquait au bétail des élevages Colombien, et les battues organisées par la population locale restaient sans résultat. Mon orgueil prit un coup lorsque j'appris que je serais accompagné de deux autres personnes, comme si je n'étais pas assez compétent.


En réalité ces personnes n'étaient pas des chasseurs. Le premier s'appelait Daniel Lynch : il avait servi plusieurs années dans l'armée britannique et avait passé les trois dernières années en Inde à essayer de mettre en déroute un trafic de contrebande de tabac.


Le second compagnon s'appelait Sani Ameen, un mercenaire kényan qui avait fait ses preuves lors d'une bataille en Tanzanie opposant les colons allemands et des guerriers Tanzanien.


La lettre était de plus agrémentée de quelques photos prises des cadavres d'animaux que l'on avait retrouvés – je les ai jointes à la lettre. Tous avaient la même blessure au niveau du cou, une trace de morsure où l'on voyait clairement la dentition du prédateur, et surtout deux trous béants au niveaux des incisives comme si la bête avait cherché à vider l'animal de son sang en perforant avec précision l'endroit où se trouvait la carotide. À en juger la morsure il ne devait pas être très imposant. Les dernières lignes du courrier me mettaient en garde contre les légendes locales. Les paysans pensaient que c'était le diable lui même qui était venu hanter la région.


Cette expédition me semblait tout à fait honnête, surtout au vu de la paie qui nous serait versée lors de la capture ou de la mort de la bête. C'est ainsi que je commençai les préparatifs et que je me mis en route. Il ne fut pas difficile de trouver un navire, car le commerce avec la Colombie allait bon train. Trois semaines plus tard, je mettais pieds à terre au port de Barranquilla, et le 28 Avril 1896 je m'installais dans le restaurant du centre ville de Bogota, capitale de la Colombie, où j'avais rendez-vous avec le reste de l'équipe.


*****


30 Avril 1896. Nous nous mîmes en route tôt le matin. Notre destination était une grotte, un terrier, peu importe. Elle se situait à une journée et demi de marche du village duquel nous commencions notre expédition. Pourquoi ce terrier ? Parce que le bétail mort avait été retrouvé aux environs d'une zone que j'avais réussi à délimiter, et surtout parce qu'à en croire les villageois, c'est là-bas que la créature se cachait. Notre commanditaire ne nous avait pas menti, les villageois étaient réellement apeurés. Leur teint pâle et les cernes sous leurs yeux indiquaient un cruel manque de sommeil. Des barricades de fortune avaient été disposées tout autour du village, et des paysans armés de fusils montaient la garde en permanence (en supposant qu'ils savaient tirer et que leurs armes fonctionnaient). Le bétail était regroupé au centre du village dans un enclos bancal.


D'après les villageois, on entendait des hurlements bestiaux venant de par-delà la montagne (que nous allions traverser), et selon certains témoignages la bête n'avait rien de ce que la nature puisse créer. Les dieux les avaient punis selon l'ancêtre du village. Quelle bande de sots.
Un guide (un enfant d'une quinzaine d'années) allait nous guider. Il ne voulait pas nous accompagner, je le voyais dans ses yeux, mais ses parents avaient sans doute été richement récompensés pour sacrifier ainsi leur fils. Il parlait un anglais maladroit qu'il avait certainement appris à l'école, et les seuls mots que nous entendîmes sortir de sa bouche furent ''Par là''.


La journée de marche se déroulait sans encombre. L'humidité de l'air ambiant rendait le trajet particulièrement difficile. La végétation luxuriante était magnifique. Des oiseaux que je n'avais  jamais vus même dans des livres déployaient leurs ailes multicolores pour s'envoler à notre passage. D'autres avec un long et large bec jaune nous regardaient d'un air placide depuis les hautes branches des arbres. Il était quasiment impossible d'imaginer qu'en ces lieux résidait un mal terrible. Il était tout aussi impossible d'imaginer qu'une route puisse être créée en cette jungle broussailleuse, et pourtant, nous suivions un minuscule chemin qui nous forçait à marcher en file indienne. Notre petit guide marchait devant moi, j'étais suivi par Daniel et Sani fermait la marche. Personne ne parlait, ce que je pouvais parfaitement comprendre, car tout mon souffle était destiné à remplir mes poumons de cet air chaud et lourd. Je ne voulais surtout pas ralentir la marche parce que je respirais mal.


Nous arrivâmes finalement dans une hutte assez grande pouvant contenir une dizaine de personnes. Notre guide nous indiqua que nous passerions la nuit ici. Il faisait pourtant encore suffisamment jour pour avancer. Notre guide sortit chercher du bois pour le feu et aujourd'hui encore je me demande comment il réussit à allumer un feu avec un bois si humide. Moins de trente minutes plus tard la température chuta drastiquement, et l'obscurité s'abattit sur la jungle.


*****


La végétation pourtant si luxuriante et accueillante avait laissé place à de sinistres silhouettes. Chacune de ces ombres donnait la sensation de fondre sur nous. Notre feu au centre de la cabane était la seule source de lumière. Un trou avait été creusé dans le plafond afin de laisser la fumée s'échapper, et quelques feuilles entraient par cet orifice. Après un repas frugal (de l'eau, des fruits et du poisson séché), nous nous installâmes autour du feu où j'engageai une discussion avec M. Lynch. Son séjour en Inde était fort intéressant, et sa capacité à raconter les histoires en faisait quelqu'un de très appréciable. Sani quant à lui avait posé son arme en travers de ses genoux et avait fermé les yeux tout en restant assis en tailleur, mais je savais qu'il ne dormait pas. Il restait silencieux et ce sûrement car il ne comprenait pas un traître mot de nos conversations. Le petit guide lui s'était couché dans le coin le plus éloigné de la porte.


L'heure était venue de nous coucher. La route demain allait être difficile. Daniel s'était levé et quitta la cabane afin d'assouvir un besoin naturel. Je m'étais allongé et je repensais à cette expédition des plus étranges. Mon périple dans la jungle colombienne me laissait sans voix. Tout ici était tellement différent des autres lieux que j'avais visités. La flore était magnifique et abondante, la faune était tout aussi reluisante, j'avais vu des couleurs que je n'aurais jamais cru voir sur des animaux, même le bruit de cet endroit était…


Le bruit… Je me redressai et repérai mon fusil dans un coin de la pièce. Le silence était tombé sur la jungle, plus un seul bruit, beaucoup trop silencieuse maintenant. Sani se leva et moi je m'emparai de mon arme. Daniel n'était toujours pas là, ça faisait maintenant bien 15 minutes qu'il était sorti. Je fis signe à Sani de veiller sur notre guide, car sans lui nous étions condamnés à errer dans cette jungle à tout jamais.


L'arme à l'épaule je me dirigeai vers la porte. Je vis Daniel debout à cinq mètres devant moi. Il me faisait dos et scrutait l'obscurité. En réalité il fixait la nuit. Plus précisément encore, il fixait quelque chose de bien précis dans les ténèbres. Je n'avais pas bougé du cadre de la porte et lui lançai un léger ''psst'' pour lui indiquer ma présence. Il leva légèrement et d'un geste sec sa main. La lueur des flammes se battait contre la noirceur de la forêt. La sensation oppressante d'être coincé dans un endroit clos dont on ne peut s'échapper me tiraillait l'estomac et la sueur commençait à perler sur mon front malgré la fraîcheur de la nuit.


Un craquement sourd se fit entendre devant moi dans la jungle. Daniel courut de toutes ses forces vers la porte. Un bruissement indiquait qu'une bête lui courait après, et se rapprochait très rapidement. Je m'écartai légèrement du cadre pour le laisser entrer et je visais toujours l'obscurité. Le bruit de course à travers le feuillage de la jungle se rapprochait encore et encore. J'étais pourtant incapable de voir quoi que ce soit, mes yeux était habitués à la lumière du feu. Je crus voir bouger quelque chose à quelques mètres de moi et je tirai un coup de feu dans cette direction.


Le silence s'abattit à nouveau dans la jungle. Daniel me rejoignit à la porte avec son fusil. Sani était resté près de l'enfant qui lui semblait prier en plaquant ses mains sur ses oreilles. Je sentais mon cœur cogner dans ma poitrine, je n'avais jamais éprouvé une telle sensation de stress. Nous étions au milieu de nulle part, impossible de voir à plus de 3 mètres devant nous et nous devions affronter une créature que nous n'avions jamais vue et dont nous ne savions rien si ce n'est qu'elle est dangereuse.


Je m'apprêtais à dire un mot lorsqu'un bruit sur le toit de la hutte nous fit lever nos fusils. La chose était à présent au dessus de nous. Elle avait l'avantage de la hauteur, et seul le bruit de ses pas, faisant crisser les poutres du toit de bois et de paille, nous donnait approximativement sa position. Comment était-ce possible ? Je n'avais jamais vu un animal s'approcher après un coup de feu. Un grincement d'abord sourd et grave se fit entendre suivi d'un autre beaucoup plus aigu. Était-ce le cri de cette chose ? Appelait-elle à l'aide ? La chose s'était arrêtée au niveau du trou dédié à l'échappement de la fumée. Mais que voulait-elle ? Est-ce qu'elle était en train de nous jauger ? Je vis l'éclat des flammes se refléter dans les yeux de la créature entre le feuillage. Je ne discernais rien d'autre de celle-ci et avant même que l'idée me vint de tirer elle bondit du toit pour atterrir dans la jungle et partit aussi rapidement qu'elle était arrivée.
Le reste de la nuit se déroula sans encombre, mais aucun de nous ne pu fermer l'œil après ça. Le lendemain matin, après un petit déjeuner composé de fruit séché, nous sortîmes dans la jungle fusil à la main. Elle avait changé, elle nous montrait à présent son vrai visage, celui d'une mort tapie derrière ces horrible feuillages.


*****


La taille d'un guépard, la peau couverte d'un pelage couleur noir profond, des griffes acérées, une mâchoire aux dents si aiguisées qu'elles tranchaient la chair et brisaient les os aussi facilement que l'on coupe du beurre, et une horrible tête faisant la grimace avec des yeux rouges. Ou peut-être que ces yeux étaient noirs ?


Depuis cette rencontre je ne pouvais m'empêcher de me représenter les créatures les plus abjectes possible. Le moindre bruit dans la jungle me faisait lever le fusil, et mes yeux lourds m'empêchaient de voir certains détails qui ne m'auraient pas échappé si j'avais dormi une nuit complète. De plus, une légère brume s'était levée dans cet enfer de verdure, rien d'alarmant puisque nous pouvions tout de même voir assez loin, néanmoins j'avais l'horrible sensation d'être observé de loin. Peut-être cette créature nous observait-t-elle d'en haut, perchée sur une branche, ou embusquée derrière un de ces énormes rochers qui prenaient petit à petit la place des arbres. Je devenais paranoïaque.


La pause de midi, à supposer qu'il était midi, me permit de faire un petit somme et de regagner un peu d'énergie pour le reste de la marche, et c'est en milieu d'après-midi que nous arrivâmes dans une sorte de petite plaine de quelques hectares. Entourée d'arbres et de rochers pointus, elle était couverte de plantes, d'herbes et de feuilles. Au centre nous aperçûmes alors ce qui nous avait été décrit par le seul villageois ayant vu ce lieu : ''Une grotte de laquelle émanait le souffle de l'enfer et où la bête habitait''. Plutôt haute (une dizaine de mètres), l'antre était en réalité une fissure dans ce qui semblait être un bloc de granit de plusieurs mètres de long et de large. La caverne ne semblait pas très sûre, les blocs de pierre étaient effrités, et le tout semblait tenir en équilibre grâce à je ne sais quel miracle.


En nous approchant je commençais à sentir cette fameuse odeur. Il s'agissait en réalité de soufre, et c'était vraiment étrange d'en trouver ici car c'est une ressource qui s'échappe généralement des volcans.


Nous nous arrêtâmes à quelques mètres de la grotte afin de discuter. Comment allions nous faire sortir cette chose de là ? La première idée de Lynch fut d'allumer un feu afin d'enfumer la grotte et ainsi forcer la bête à sortir. Mais je lui indiquai que le soufre était inflammable et qu'allumer un feu représentait un gros danger. Ameen quant à lui, toujours sans un mot, sortit un bout de viande séché de son sac et le montra du doigt. Malheureusement d'après les dires des villageois, lors des battues, les pièges avec de la viande non fraîche ne marchaient pas. La seule chose qui l'intéressait était le sang frais de ses proies.


Il fallait trouver une solution et vite, car le soleil était déjà en train de se coucher, et il était hors de question que je reste à côté de cet endroit en sachant ce qui s'y cache. Malheureusement, plus le temps passait plus l'option de faire un feu de camp éloigné de la grotte s'imposait. Nous nous étions assis dans l'herbe et je pris le temps de regarder autour de moi. Le sentiment de peur qui naissait en moi m'avait redonné ma vigueur, malgré la fatigue. La clairière était propre dans le sens où aucun ossement ne s'y trouvait. C'était assez peu commun. Les entrées des grottes étaient généralement couvertes de restes d'animaux. De plus je ne discernais pas beaucoup de traces dans l'herbe. Cette chose se déplaçait-elle sur les arbres ? Faisait-elle des bonds de plusieurs mètres ?


Ces questions me tournaient dans la tête lorsque nous entendîmes un horrible grincement venir de la grotte. Un frisson me parcourut. Nous nous mîmes en cercle devant l'entrée de la grotte. Nos fusils chargés étaient pointés vers l'obscurité et nous attendîmes pendant une minute. La plus longue et la plus pénible de ma vie.


Une sueur froide me parcourut l'échine lorsque j'entendis un second grondement venant d'au-dessus de nous. Les trois fusils se levèrent pas réflexe et nous la vîmes.


****


Une peau noire et rugueuse, pas de poils à part une crinière formée de longs poils sales et gras, des pattes tordues et crochues se terminant par des serres tranchantes. Mais le plus effrayant était le visage incroyablement squelettique. Les yeux de cette chose étaient ceux d'un reptile et sa mâchoire laissait saillir des dents impressionnantes.


Elle nous dévisageait d'un air sinistre du haut d'un rocher de la grotte. Elle lança un de ses horribles crissements et reçut une réponse en provenance de la grotte. Il y en avait deux !


Une force invisible m'empêchait de tirer, et mes compagnons étaient eux aussi pétrifiés. La créature se mit alors en mouvement. Lentement, habilement elle descendit rocher après rocher. Le silence était mortel. Elle s'arrêta sur un bloc à un mètre au-dessus de moi. Pendant qu'elle me dévisageait je ressentis une sensation nouvelle. Au dessus de la peur, c'était de la terreur. Je faillis perdre la conscience lorsque la créature fit un bond pour atterrir devant l'entrée de la grotte et s'enfoncer à l'intérieur de celle-ci. Nous fûmes immédiatement libérés de l'entrave qui nous pétrifiait.


Pris de panique, Daniel jura à plusieurs reprises tandis que moi je m'effondrai sur le sol. Ameen était lui aussi sous le choc, son visage, pour la première fois depuis que je l'avais rencontré, avait pris un air sombre et grave. Mes yeux étaient étrangement lourds, j'avais l'impression de sortir d'un rêve, comme si j'avais été envoûté. Mais bien que ce monstre n'ait rien de naturel, je ne le crois pas capable d'hypnose.


Me vint alors une idée, la seule qui me semblait cohérente depuis le début de cette aventure. Un ami à moi qui travaillait en France m'avait procuré deux bâtonnets d'explosifs. Je devais les tester pour un chimiste français, un certain Eugène Turpin, qui était en phase d'expérimentation pour un explosif, la mélinite. Dieu merci je ne les avais pas utilisés en Afrique, au hasard, sur un arbre sans intérêt.


Je demandais alors à Daniel et Ameen de vider la poudre de leurs cartouches et de récolter celle-ci dans un petit sac de toile. Moi je devais placer les explosifs à l'entrée de la grotte et prier pour que ce foutu chimiste ait créé un explosif digne de ce nom.


Une fois le sac suffisamment rempli, je pris les bâtons d'explosifs et la petite besace. En m'approchant de la grotte la peur me prit au ventre une fois de plus. L'air était sec et saturé en soufre. Debout devant l'entrée je sentais comme mille regards venant des profondeurs se poser sur moi. J'entendais des grattements sur la roche, des bruits de déplacements provenant des ténèbres. Je fis un premier pas dans l'obscurité et au prix du plus grand effort d'abstraction possible un second.


Je m'efforçai alors de poser l'explosif contre la paroi de la grotte. En y passant les doigts je repérai une fissure suffisamment large pour y accueillir les deux tubes. Je les y déposai et mon cœur s'arrêta de battre. Je venais d'entendre bouger à 2 mètres devant moi. Aucune ouverture dans la grotte ne laissait filtrer la lumière et même si cela avait été le cas, le peu de lumière qu'il restait dehors ne m'aurait pas permis de voir la menace.
Je l'entendais, pas après pas elle s'approchait de moi. Je ne pouvais plus bouger. Encore quelques centimètres. Je pouvais sentir son souffle léger sur mon visage.


Un coup de feu retentissant éclata dans la grotte. Ameen venait de tirer. Le flash m'offrit la vision de la créature en position d'attaque juste devant moi. Alors qu'un second coup de feu me fit perdre l'ouïe pendant quelques secondes, mon corps retrouva toute sa rapidité. Jamais je ne m'étais senti aussi léger et vide d'esprit. J'attrapai le sac de poudre et commençai à tracer une ligne menant à l'extérieur. Un nouveau coup de feu, des grincements, perdu dans cette enfer je m'efforçais autant que se put de garder toute mon attention sur le tracé, juste le tracé.


Une fois dehors et suffisamment loin, je cherchais fébrilement des allumettes dans ma poche. La mèche prit feu.


*****


Jamais un café ne m'avait autant fait de bien. Après un repas sublime (une simple soupe au poulet, maïs et pommes de terre) je regardais autour de moi. Le même restaurant où l'aventure avait commencé quatre jours plus tôt.


Je n'étais tout de même pas tranquille, bien que l'explosion fut puissante et que la grotte s'était effondrée sur elle-même, j'espérais de toute mon âme que ces monstres étaient pris au piège sous les décombres et qu'ils y resteront jusqu'à leurs morts.


Notre équipe se sépara le lendemain et je n'entendis plus parler des personnes m'ayant accompagné. De retour à Felixstowe il me fallut 9 jours avant de toucher un tiers de la prime. Le reste était surement allé à mes coéquipiers. La somme était bien moins impressionnante, et au vu de ce que nous avions traversé c'était même ridicule.


Si vous avez lu cette lettre jusqu'au bout, sachez que cette créature n'a rien de naturel. Jamais répertoriée, jamais capturée, jamais étudiée. Elle est sortie de nulle part, et je soupçonne (sans fondement) qu'il doit y en avoir d'autres. Je joins un croquis que j'ai dessiné pendant le trajet de bateau retour.
Je pense mettre de côté ma carrière pour enquêter sur cette chose. Je compte sur la collaboration du musée pour me fournir les fonds nécessaires.




Thomas. C




    | - Photos jointes avec lettre :







    | - Croquis joint avec lettre :







mardi 4 novembre 2014

On ne parle pas de Sarah

J'ai toujours voulu une petite sœur. Je suppliais mes parents, "S'il vous plaît ? S'il vous plaaaaaaaaît ?" et ils roulaient leurs yeux et me disaient que ce n'était pas aussi simple que je ne le pensais. Cela ne m'a pas empêché d'en parler à chaque fois que j'en avais l'occasion.

 
Quand ils ont ramené Sarah à la maison, ça a été le plus beau jour de ma vie. Elle était si mignonne ! Je ne pouvais pas attendre de partager mes jouets avec elle. J'ai commencé à me promener parmi eux, décidant lesquels étaient à elle et lesquels étaient à moi. J'ai emprunté les étiquettes de mon père et ai commencé à mettre nos noms sur chaque chose pour que nous ne les confondions pas.

 
Elle a beaucoup pleuré au début. J'ai demandé à mes parents pourquoi est-ce qu'elle criait autant et ils m'ont dit que c'était naturel. Ils ont dit que quand elle se serait habituée à nous et à notre maison, elle se calmerait et ne pleurerait plus tout le temps. Quelquefois pourtant, elle pleurait tellement fort que Papa devait l'emmener au sous-sol qui était insonorisé, pour que les voisins ne se plaignent pas.

 
Elle a dormi dans le lit de Papa et Maman les premiers mois. Quelquefois, j'essayais de les rejoindre mais ils fermaient toujours leur porte à clé. Maman disait que leur lit n'était pas assez grand pour que nous y dormions tous. J'étais patiente. Je savais que le nouveau lit avec des barreaux qu'ils avaient installé dans ma chambre deviendrait finalement le sien.

 
Quand ils ont senti que la laisser dormir seule était sûr, ils ont commencé à la mettre dedans. Elle ne pleurait plus autant alors, et je m'allongeais dans mon lit et l'observais dormir de l'autre côté de la pièce. Ils l'emmenaient d'abord dans leur chambre et y restaient jusqu'à ce qu'elle s'endorme, et la transportaient ensuite dans notre chambre. Quelques nuits, après qu'elle ait été transportée, je la voyais allongée là les yeux ouverts, fixant juste le plafond, alors je m'approchais et lui donnais ses jouets à travers les barreaux. La plupart du temps elle se contentait de jeter les jouets, et commençait alors à pleurer, et je devais me cacher sous mes couvertures avant que Papa ne vienne pour s'occuper d'elle.

 
Finalement, ils ont commencé à laisser Sarah s'asseoir avec moi dans la salle de jeu. On m'a dit que je n'avais pas le droit de lui donner quelque chose de trop petit ou pointu avec quoi elle pourrait se blesser. J'était teeeeellement heureuse ! Je m'asseyais derrière elle et coiffais ses cheveux, et lui disais qu'elle était la meilleure petite sœur du monde. Je lui montrais quels jouets étaient à elle et quels jouets étaient à moi, mais elle n'avait pas l'air de s'y intéresser. Quelquefois, on s'asseyait sur le rebord de la fenêtre, et elle tapait contre la fenêtre pendant que je dessinais dessus avec mes crayons spéciaux.

 
L'école a recommencé à Sugar Creek Elementary, et j'y suis allée mais Sarah devait rester à la maison. Maman a dit qu'elle n'était pas encore prête pour l'école. Je revenais à la maison et racontais à Sarah tout ce que j'avais appris. Je dessinais des dessins de nous jouant ensemble. Quand je les ai montrés à Papa, il me disait merci et les prenait pour les garder dans son bureau. 

 
Ensuite est arrivé le jour vraiment mauvais. Je ne l'oublierai jamais. Je suis revenue à la maison et Maman était assisse à la table, en train de fumer. Elle avait l'air très triste. J'ai voulu aller jouer avec Sarah, mais je n'ai pas pu la trouver. Quand je suis allée demandé à Maman où est-ce qu'elle était, elle a commencé à pleurer. Je lui ai demandé ce qui n'allait pas, et elle a dit que Sarah était partie. Je n'ai pas totalement compris, mais j'ai commencé à pleurer aussi et lui ai dit "On doit la retrouver !". Elle a juste secoué la tête et dit qu'elle était partie quelque part où nous ne pouvions aller.

 
Papa a démonté son lit. Il a jeté tous mes dessins sur lesquels elle était. Il a enlevé mes étiquettes de tous les jouets. Quelques fois j'en trouvais une qu'il avait manquée, et ça me faisait pleurer. J'ai commencé à les rassembler et à les cacher, mais il a un jour trouvé où je les cachais par accident et s'est mis très en colère. Nous n'avions pas le droit de parler d'elle. C'était comme si elle n'avait jamais existé. Je ne pensais pas que cela était juste. J'ai dit à Maman que Papa était méchant de nous forcer à ne pas parler de Sarah, mais elle a dit que c'était mieux ainsi et que je comprendrais quand je serais plus grande.


 

 
 
 
 
J'ai revu Sarah.

 
Juste une fois, mais je ne l'oublierai jamais. J'étais avec Maman pour faire les courses. On est allées acheter à l'épicerie puis à une boutique de tissus à Thorntown pour que Maman puisse chercherde quoi faire des nouveaux rideaux. Elle s'est rappelée qu'elle avait des lettres à poster, alors on s'est arrêtées à la poste pour acheter des timbres. Je chantonnais toute seule et lisais les affiches pendant que Maman parlait à la dame derrière le comptoir, et c'est là où j'ai vu Sarah. Elle était aussi mignonne que dans mon souvenir. Je me suis approchée et j'ai regardé l'affiche avec sa photo, mais ils avaient mal écrit son nom. Quelqu'un avait écrit son nom comme Shannon. 

 
Je me suis précipitée vers Maman et j'ai tiré sa manche, et je lui ai dit que Sarah était sur le mur avec d'autres images d'enfants, mais elle est devenue toute tremblante et s'est excusée auprès de la dame avant de me tirer hors de la poste. J'ai dû crier, parce qu'elle n'arrêtait pas de parler au-dessus de moi au lieu d'écouter.

 
"J'ai vu Sarah ! On a mis sa photo sur le mur là-bas !" 

 
Finalement, Maman m'a donné une claque et m'a dit que ce n'était pas Sarah, et que elle ressemblait peut-être à Sarah mais que je me trompais, et que si je n'arrêtais pas j'allais avoir de vrais problèmes avec Papa quand il rentrerait. J'ai pleuré et j'ai promis d'être gentille, mais même après que j'ai promis, je n'ai pas eu droit de dîner et j'ai dû m'asseoir dans ma chambre cette nuit. J'ai entendu Maman et Papa parler dans la cuisine et ils parlaient plutôt fort. Quelqu'un a commencé à ouvrir les tiroirs de la cuisine et ensuite le pas de Papa a résonné lourdement dans l'escalier, mais j'ai entendu Maman crier "Si tu oses !" et il s'est arrêté en dehors de ma chambre, puis a redescendu les escaliers.

 
Nous ne sommes plus jamais retournés dans cette poste, et je n'ai plus jamais vu Sarah. C'est la première fois que je parle de Sarah depuis ce jour. 

 
 
 
 
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Traduction: BloodyTree

Si vous pensez que quelque chose vous a échappé, relisez une deuxième fois. :)

Texte original