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lundi 29 septembre 2014

Voix-maudite (DamnedVoice.mp3)

Sur les sites de téléchargement, au milieu des jeux, films, chansons, etc... la cyber-police place de faux liens de téléchargement pour traquer ceux qui cherchent l’acquisition illégale de fichiers médiatiques.
Vous cliquez sur le lien, vous téléchargez le fichier, mais il ne donne rien, et la cyberpolice a repéré votre ordinateur et sait que vous avez usure de télécharger.
Vous pouvez aussi tomber sur Voix Maudite (Damned Voice), en cliquant sur un faux fichier. Mais Voix Maudite ne vient pas de la cyberpolice.


http://www.weboffear.com/f12-Section-Anecdote.htm
-L’utilisateur a supprimé son compte. Le post a été sauvegardé mais pas la signature.-
Mots-clefs : • Damned • Voice • Téléchargement • Hacké •

« Bonjour,
Quelqu'un ici connait Damned Voice ? En français, c’est Voix Maudite.
J’ai regardé sur un forum anglais qui en parlait, mais je n’ai pas tout compris. On n’en parle pas beaucoup.

Moi je connais car j’ai téléchargé Damned Voice sans le savoir...
Ça avait pris la forme d’un logiciel gratuit pour regarder les films en HD, sur un site de streaming. Quand j’ai cliqué, le téléchargement a commencé aussitôt. Il y avait déjà la jauge de téléchargement qui s’est affichée sur mon écran, avec le compte à rebours des secondes.
Je commençais à regretter d’avoir cliqué. C’était peut-être un virus ou que quelqu'un allait avoir accès à mon ordi. Quelqu’un du Deep Web.
Donc je regardais les secondes s’écouler jusqu'à la dernière et arrivé au zéro, j’ai eu la peur de ma vie.
Il y a eu une voix super forte qui est sortie des enceintes de l’ordi et qui s’est mise à parler sans s’arrêter. Mais elle était très grave et j’en distinguais pas les mots. Je comprenais rien à ce qu’elle disait mais elle parlait si fort et si soudainement que je me suis mis à flipper. Je cherchais partout sur mon bureau pour savoir d’où elle venait et comment je pouvais l’arrêter. Elle récitait quelque chose. Et elle était tellement brutale que ça ressemblait à des aboiements parfois mais elle disait des mots que je ne comprenais pas. J’étais trop précipité à vouloir l’arrêter, mon cœur qui allait à fond. Je me suis mélangé dans toutes les fenêtres ouvertes de mon bureau, je ne trouvais pas la source, j’ai fini par tout fermer et il restait une petite fenêtre d’un fichier audio avec play et pause. J’ai cliqué sur pause et la voix s’est enfin arrêtée.
Elle avait parlé pendant 26 secondes. Le fichier allait jusqu’à 1min45. Mais je n’ai pas écouté la suite. J’avais mal à la tête et un fort acouphène.
J’ai voulu le mettre à la corbeille mais il y a eu une fenêtre qui disait « Le fichier HDmove-#45.mp3 ne peut être jeté car il est actuellement utilisé. ». Alors je l’ai fermé et je l’ai mis dans la corbeille mais en voulant la vider, il y a eu le message « La corbeille ne peut être vidée à cause du fichier HDmove-#45.mp3, assurez vous qu’il n’est pas utilisé. »
Je commençais vraiment à flipper.
J’ai eu une idée. J’ai renommé le fichier « Soluce-wow.mp3 » et je suis allé sur un forum de jeux en ligne que je connais bien. Sur un topic spécial aide et solutions, j’ai posté le lien de mon fichier en disant que c’était la liste des solutions complètes à télécharger gratuitement.
Quand j’ai tout fermé et que je suis retourné sur mon bureau virtuel, le fichier n’y était plus. »

www.eyes-news.com
-Extrait d’article trouvé sur Eyes-news.com avant sa suppression. Traduit de l’anglais en français-

« Dans l’appartement 2B résidence ****, la famille ***** entend des cris de l’autre côté du mur. Pris de panique quant à l’horreur de ces cris, ils appellent la police. Quand les agents arrivent, les cris s'arrêtent. La police entre dans l’appartement 3B adjacent à celui de la famille ***** où vit un étudiant en informatique de 21 ans. Au centre de la pièce, ils retrouvent l’étudiant assis à son bureau, l’ordi allumé.
En s’approchant ils réalisent que le garçon est mort. Sur l’écran est visible une fenêtre d’un fichier audio de 1min45 qui a été écouté jusqu'au bout. Le fichier s’appelle « HM&TC/333.mp3 ». Le corps de l’étudiant est emporté par les services compétant qui ne détermineront pas la cause du décès.

Le 01/03/2011 (quatre mois après ce premier événement) le voisinage du ***** street ***, Manchester, Lancashire, signalent eux aussi un tapage provenant de l’appartement d’à côté. Ils ont entendu un son grave, suivi de cris et des cognements sur les murs. Arrivée sur place, la police découvre deux cadavres. Un premier sur une chaise de bureau, le corps désarticulé et les yeux révulsés. Le deuxième aux pieds du bureau, le crâne fracassé. Les traces de sang sur un coin de la table amènent à la conclusion que la personne s’est elle-même cogné la tête contre le bord du bureau jusqu'à la mort.
Les agents notent sur l’ordinateur allumé la présence d’un fichier audio de 1min45 nommé « G.D/American-Idiot#QHLM.mp3 » arrivé au bout de son écoute, et le curseur sur le bouton « replay ». Comparant les deux heures de décès qui sont décalées de quelques minutes, les enquêteurs émettent l’hypothèse que le fichier a été écouté deux fois, une avant chaque mort.
Mais la suite quant à l’enquête sur ce fichier n’a pas été communiquée. Hormis l’automutilation du deuxième cadavre, nous n’avons pas décelé la raison de la mort du premier corps.

Le 21/05 de la même année, une femme amène son fils de 14 ans aux urgences, à l’hôpital de ********. Celui-ci a fait une crise d’épilepsie devant son ordinateur. Elle raconte qu’en arrivant dans la chambre, elle a vu son fils convulser à l’écoute d’un son sur son ordinateur, ressemblant à une voix grave récitant des mots indiscernables. La femme a mis le fichier sur pause alors qu’il en était à 1min10. Elle racontera plus tard aux médecins qu’elle fut elle même prise d'une affreuse migraine, à l’écoute de 15 secondes de l’enregistrement, alors qu’elle tentait de mettre sur pause pour pouvoir calmer son fils. À nouveau, le reste de l’enquête n’a pas été communiqué. »



Les articles traitant du fichier audio de la Voix Maudite et les enquêtes associées ont été supprimées. De même que celui-ci, très récemment. La crainte sur le web s’étant quand même installée quant à ce fichier, il circule régulièrement des mises en gardes sur le téléchargement illégal.
Les affaires et anecdotes quant à ce fichier se faisant progressivement étouffer par les sites de téléchargement, des utilisateurs font circuler le fichier DamnedVoice.mp3 contenant un sixième du fichier d’origine, pour prouver son existence et que la mise en garde persiste.
Les réactions dues à l’écoute du fichier audio variant en fonction des personnes, rien n’assure que l’écoute d’un sixième de l’enregistrement sera inoffensive.




dimanche 28 septembre 2014

La réalité


Il existe dans ce monde des substances illicites, illégales, dangereuses ou causant des effets psychédéliques. Elles ont souvent des noms banalisés aujourd’hui comme “beuh”, “shit”, “la blanche” et autres. On peut les trouver à travers diverses personnes, contacts et mafieux les vendant à prix d’or. Leurs effets dépendent de ce qu’elles contiennent et de leurs quantités. Par exemple, quelques grammes de “beuh” (appelée moins sauvagement Marijuana) à vous tout seul vous suffisent à “planer”, aller dans le 7ème ciel, vous sentir… ailleurs.


Si vous avez essayé, vous aurez sûrement pu vous rendre compte de cette sensation “d’ailleurs”. Vous ne trouvez pas ça bizarre ? Bizarre de se sentir dans un autre monde, dans un autre corps ? Vous balader presque comme un nourrisson ? Ne plus savoir calculer les distances, ne plus distinguer, écouter, parler ? Ne plus vous sentir… vous ?


C’est pourquoi toutes ces substances sont considérées comme illégales. Elles vous permettent d’accéder à un autre monde, à un monde inconnu, un monde encore jamais exploré assez longtemps pour être décrit en détail. C’est pour que vous évitiez de savoir la vérité, qu’elles sont illégales.


C’est pour vous empêcher de voir la réalité, qu’elles sont illégales.


C’est pour vous empêcher de vous réveiller.



Patient #31

Patient n°031


Le patient n°031 est enfermé dans la salle de confinement n°7 suite à l'incident du 23/05/2007.
Les personnes chargées de le nourrir ne doivent pas lui adresser la parole.
Pathologie psychologique : dédoublement de la personnalité, fou furieux.


Voici un enregistrement du patient avant son incarcération à l'asile.
(Note : l'abréviation INT. signifie interrogateur)



INT. : Expliquez-moi comment tout a commencé.


Patient : Je...


INT. : Nous sommes là pour vous aider.


Patient : Je me souviens... Il y a deux semaines... Mon patron m'avait viré à cause des problèmes financiers que connaissait la boite... Se faire virer par quelqu'un de plus jeune que soi c'est humiliant...


INT. : Et ensuite ?


Patient. : Le soir même j'étais mal... Je ne savais pas ce que j'allais faire, ma femme n'a pas de boulot, je suis la seule... J'étais la seule source de revenu de notre couple...


INT. : Et qu'avez-vous fait ?


Patient : La seule chose qui me détend après le boulot... Après avoir passé dix heures sur un ordinateur entre quatre murs à enculer les mouches... La seule chose qui me permet de m'évader est la peinture... Faire des tableaux c'est ma passion... J'aurais aimé être peintre... Mais mes parents ne voulaient pas... Ils m'ont contraint à choisir une voie plus sûre... Plus ennuyeuse... Et je me suis laissé porter par le courant.


INT. : Et qu'en est-il du soir où vous vous êtes fait licencier ?


Patient : ... Ce soir-là c'était différent, je ne savais pas où j'en étais, je sentais monter une rage en moi en rentrant chez moi. Je faisais partie de la boîte depuis sa création... Dix-neuf ans dans cette putain d'entreprise, entouré d'hypocrites de tous genres, et on me balance à la poubelle comme un détritus...


INT. : Monsieur ?


Patient. : ...


INT. : Monsieur...


Patient : CONNARD DE PATRON DE MERDE! [cris]


INT. : Administrez-lui une dose de ////


(L'enregistrement n°1 s'arrête là. Suite à l'administration du calmant, le patient s'est endormi pendant deux heures. L'enregistrement suivant est la suite de l'interrogation.)


INT. : Monsieur ? Comment vous sentez-vous ?


Patient. : ... Que... Qu'est-ce qu'il s'est passé ?


INT. : Comment vous sentez-vous ?


Patient. : Fatigué... Il... Il s'est passé quoi ?


INT. : Vous vous êtes évanoui pendant cinq minutes.


Patient. : ... Ça a recommencé ?


INT. : Non... Vous vous êtes juste évanoui cinq minutes.


Patient. : ...


INT. : Vous souvenez-vous pour quelle raison vous êtes ici ?


Patient : Vous... Vous étiez en train de m'interroger.


INT. : Et pourquoi ?


Patient. : Parce que je suis fou... Parce que j'ai tué ma femme... N'est-ce pas ?


INT. : Nous sommes là pour clarifier les choses. Si vous voulez vraiment savoir qui a tué votre femme, il va falloir collaborer... Pensez-vous vraiment être le meurtrier de votre femme ?


Patient : ... Je ne sais pas... Je ne sais pas quoi penser... Quelque part, j'espère être le meurtrier de ma femme, et d'un autre côté... Je me dégoûte.


INT. : Répondez simplement à mes questions. Qu'avez-vous fait en rentrant chez vous après le jour de votre licenciement ?


Patient : ... Je me souviens... J'étais dans un état où j'avais envie d'être seul... Je suis rentré, je suis allé chercher mes pinceaux, quelques tubes de gouache, une toile, le chevalet, et une lampe torche. La seule chose que j'ai dite à ma femme avant de sortir c'était : « Je vais peindre dehors, je reviendrai avant minuit. Ne m'attends pas pour manger, j'ai besoin d'être seul »...


INT. : Où êtes-vous allé ?


Patient. : Au sommet d'une colline pas loin de chez moi... Là-bas on se sent isolé... Et la vue sur la ville est magnifique, comme si... Comme si vous pouviez voir tout le monde, mais que personne ne vous voyait... Toute l'angoisse, la frustration, et la colère de mon licenciement s'étaient évanouies devant ce paysage... J'ai posé mon chevalet... J'ai posé ma toile... Puis le blanc, je n'avais aucune inspiration, rien ne venait...


INT. : Vous n'avez rien peint ?


Patient. : Si... Enfin, je ne sais pas si c'est bien moi qui ai peint cette horreur...


INT. : Décrivez-moi ce que vous avez peint.


Patient. : ... Quand j'étais en manque d'inspiration, j'ai vu un pauvre chien... Sale... Vieux... Abandonné... Il m'a fait penser à moi... Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à mon patron à ce moment-là... À sa gueule de petit bourgeois de merde... De cadre fraîchement diplômé... Et là, le trou noir...


INT. : Une de ces « crises » ?


Patient. : Oui... Je me suis réveillé dans la pelouse, en me relevant j'ai vu mon tableau... Peint en rouge, comme un tableau d'art moderne. Je sentais une rage énorme qui en sortait. Les traits donnaient l'impression qu'on avait fouetté le tableau de furie... Et, un détail a attiré mon attention.


INT. : Lequel ?


Patient : ... Je n'avais pas de peinture rouge dans mes gouaches en tube... En revanche, il y avait la patte du chien arrachée qui traînait pas loin... Et mes vêtements tachés de sang. J'avais découvert une autre face de ma personnalité...


INT. : Qu'avez-vous ressenti ?


Patient : ... La liberté... De la liberté pure... Une libération... En regardant le cadavre du chien disloqué et décapité... J'aurais dû être choqué... Mais rien... La seule émotion que j'ai ressentie, c'était d'être étonné de n'avoir trouvé sa tête nulle part dans les alentours.


INT. : Qu'avez-vous dit à votre femme en rentrant ?


Patient : ... Que je m'étais taché de peinture rouge. J'ai jeté le cadavre du chien et mon ancienne vision du monde dans une poubelle avant de rentrer. Quand elle m'a demandé ce que j'avais peint, je n'ai rien répondu. Je l'ai embrassée de toutes mes forces et je suis allé ranger mon matériel de peinture à la cave... Le soir, je lui ai fait l'amour sauvagement.


INT. : Vous ne lui avez pas parlé du licenciement ?


Patient. : Non... Pendant une semaine j'ai fait semblant d'aller au boulot. En fait, je faisais le tour des musées, des galeries, pour voir si des gens étaient intéressés par mes œuvres... Le seul tableau que j'ai réussi à vendre est celui que j'ai nommé « Rage »... J'imagine que vous avez deviné duquel il s'agit.


INT. : À quel moment votre femme a-t-elle su pour votre licenciement ?


Patient : Un jour où je rentrais de ma tournée pour vendre mes tableaux, elle m'a demandé pourquoi je ne lui avais pas dit. Je me suis excusé, puis j'ai demandé comment elle le savait... Elle m'a dit qu'elle le savait depuis une semaine, et que c'était mon patron qui lui avait dit... Je lui ai demandé ce qu'elle foutait avec mon patron il y a une semaine... Elle me trompait avec lui depuis un mois, et aujourd'hui elle avait décidé de me plaquer car elle allait enfin s'installer avec ce petit bourgeois de mes deux, plus jeune que moi, plus séduisant, plus fortuné... J'ai encore eu ce trou noir... Puis je me suis réveillé...


INT. : Vous ne vous souvenez de rien entre le moment où vous vous êtes évanoui et le moment du réveil ?


Patient : Rien, comme un sommeil sans rêve... On ne se souvient pas combien de temps on est resté endormi, même si dans mon cas je suis presque certain que je n'étais pas endormi... J'étais juste quelqu'un d'autre qui sommeillait au fond de moi.


INT. : Et donc quand vous vous êtes réveillé, que s'est-t-il passé ?


Patient. : ... Le salon était en sang... Du sang sur le sol, sur les murs... J'avais compris qu'elle était morte. Enfin, je n'en étais pas sûr car le corps n'était pas présent... Peut-être que cette autre face de ma personnalité l'avait cachée pour que personne ne la trouve. J'ai cherché partout, dans la cave, le jardin... Puis j'ai eu une soudaine envie de vomir...


INT. : Et ?


Patient. : Dans la flaque se trouvait un orteil avec du vernis orange, le même qu'utilisait ma femme.



mardi 23 septembre 2014

Le sonneur de portes

Il y a longtemps, alors que j'errais sur le net à la recherche d'une nouvelle victime, je suis tombé sur un document tout à fait intéressant. J'ai alors fait mes recherches, à ma manière, c'est-à-dire pas très légalement. J'aime ça, entrer dans l'intimité des gens, regrouper des informations privées sur eux, et ensuite le leur balancer à la figure. Cela les effraie, les rend plus prudents, parfois même paranoïaques. Et c'est jouissif de voir ça.
Je suis ce que certains d'entre vous pourraient nommer un stalker. Même si je trouve le mot un peu fort.


Mais récemment, une de mes trouvailles a changé mon... hobby du tout au tout.


Après ma découverte, j'ai eu comme une intuition. Que le cas que j'avais sous les yeux n'était pas unique, que d'autres avaient subi la même chose, que tout était plus complexe qu'il n'y paraissait. Alors, j'ai fait ce que je fais de mieux. J'ai cherché, j'ai hacké. Je me suis rendu dans des lieux interdits, j'ai repoussé les limites du virtuel. Le résultat a dépassé de loin mes attentes.




D'une certaine façon, je n'ai pas cessé mes activités. Je suis toujours un « stalker ».
Le stalker du Sonneur de portes.




Ce que vous allez lire n'est pas une histoire, c'est une enquête. Une compilation de tout ce que j'ai pu trouver sur Lui. Et, si un jour vous réalisez que vous êtes sa cible, ces informations pourraient vous sauver la vie.


Il n'a pas de nom réel, du moins pas de connu. Je l'appelle le Sonneur de portes, vous comprendrez pourquoi plus tard. Il agit à n'importe quelle heure, n'importe où, du moment que les conditions requises sont réunies. Quel est son but ? C'est l'une des zones d'ombre qui subsiste. Qu'est-ce qu'il est ? Vous n'imaginez même pas à quel point cela dépasse l'entendement.


En tout cas, il n'y a aucun doute sur ce sujet : c'est un tueur. Méticuleux, indétectable, insaisissable. Bref, le meurtrier parfait. Et pour cause : Il n'est pas humain.


Il agit selon des variables qui, si elles sont réunies, peuvent provoquer la mort de quelqu'un. Pour commencer, la victime doit être seule à son domicile, enfermée dans une pièce depuis plus de trois heures, en général plongée dans une tâche qui monopolise toute son attention. Toutes les victimes étaient sous l'influence d'une poussée d'inspiration dans un domaine où ils n'étaient d'habitude que moyens ou mauvais. Ainsi, un véritable chef d’œuvre a été retrouvé près du corps d'un peintre raté, une équation particulièrement corsée avait été résolue par un étudiant nul en maths juste avant son décès, un comptable était en train d'enregistrer des vocalises impressionnantes au moment de mourir.
En général, la victime est incapable de réagir à toute interaction extérieure ou de prendre en compte son état corporel tant qu'elle n'aura pas achevé ce qu'elle a commencé.




Ces excellents résultats ne sont que les signes avant-coureurs de l'arrivée du Sonneur de portes. Une fois qu'il aura atteint les limites de votre propriété, et si la structure de votre maison est composée en majorité de bois, celle-ci se mettra à grincer doucement. Étant donné l'isolement de la cible avec son environnement, et sachant que ces bruits ne présentent aucune différence avec ceux que l'on peut entendre dans une habitation commune, il est impossible à la personne de se douter de quoi que ce soit.
J'ai récemment compris que, si la maison est relativement récente et construite avec des matériaux modernes, alors tout autre objet en bois se mettra à grincer. Cela peut être une commode, un porte-manteau, un cadre de tableau, une croix... Ces bruits-là sont moins singuliers et plus faciles à repérer, mais tant que la cible est en train de travailler, il lui est difficile de tenir compte de l'étrangeté de la situation.




Si par hasard, vous entendez des grincements suspects, ayez le réflexe de sortir en courant et de vous éloigner de chez vous. Il ne peut rien contre vous si vous n'êtes pas dans votre maison, et son influence, créative comme hypnotique, s'arrête complètement une fois que vous êtes hors de votre terrain.




Si, malheureusement, le Sonneur de portes arrive devant la porte de la pièce où vous vous trouvez, lui échapper est déjà bien plus difficile. Vous entendrez d'abord quelqu'un toquer à votre porte, une fois. Le bruit se répétera plusieurs fois, douze exactement, de plus en plus fort. Et chaque coup sera accompagné d'un léger bruit de carillon.
Je suppose que les coups ont un effet bien précis sur le sujet. Ma théorie serait que, à chaque coup donné, la victime sorte un peu plus de sa torpeur inspiratrice. Une fois le douzième coup sonné, elle devrait être tout à fait à même de comprendre la situation, et plus précisément le profond pétrin dans lequel elle se trouve. Mais cela relève de l'hypothèse. Je suis tout de même sûr que, après que tous les coups aient été entendus, la victime retrouve ses esprits.




Après que le dernier bruit ait retenti, une voix s'élèvera, presque toujours la même. Douce, profonde, glaciale. À donner des frissons à n'importe qui. Dotée d'un franc accent, d'origine inconnu. Parlant toujours dans la langue natale de la victime. La phrase qu'elle prononce est tout à fait banale : « Puis-je entrer ? »


La cible ressent immédiatement le profond besoin de ne pas ouvrir la porte, à tous les prix. De se préserver de ce qui se trouve derrière. Malgré tout ce qu'elle pourra faire, le Sonneur de portes parviendra toujours à s'introduire dans la pièce. Certaines actions précipitent l'attaque, d'autres la reportent. J'ai étudié tous les meurtres potentiellement commis par lui. Je suis en mesure de vous dresser une liste non-exhaustive de ces actions :



  • Surtout, n'ouvrez JAMAIS votre porte. Jamais. Sous aucun prétexte. Vous ne feriez que vous offrir en pâture au loup.
  • Si pour une raison ou une autre, il s'introduit dans la maison, il dira : « J'entre ! ». Si vous entendez cela, vous êtes perdu.
  • Toutes les deux minutes environ, l'être vous demandera s'il peut entrer. Il ne posera la question que trois fois, avant de s'impatienter et d'ouvrir la porte de lui-même.
  • Ne répondez pas, il pourrait prendre cela comme une invitation.
  • Il est tout à fait possible qu'il tente de se faire passer pour un proche en donnant un nom familier et en adoptant la voix correspondant à la personne. Dans ce cas, la variante suivante ne s'applique pas.
  • La seule question que vous pouvez lui poser est « Qui-est-ce ? ». Mais vous n'obtiendrez en retour qu'un silence prolongé, environ quatre minutes. Cela peut être utile pour gagner du temps supplémentaire. Mais ne lui demandez pas deux fois, ou il viendra vous prendre.
  • N'essayez pas de le voir, à travers une fenêtre, et surtout pas de le filmer. Les agonies de ceux ayant tenté ont duré plus longtemps que les autres. Il n'est par contre pas dérangé ou ne détecte pas les appareils d'enregistrement audio. Vous devrez donc avoir le réflexe d'enregistrer la conversation. Si vous devez mourir, au moins votre mort aura servi à apporter de nouveaux éléments à mon enquête.
  • Il est inutile de tenter de sortir par un autre accès. Vous serez incapable d'ouvrir les portes et fenêtres de votre habitation, toutes mystérieusement closes, à part votre porte principale. Mais ce serait signer votre arrêt de mort.
  • Vous pouvez être sauvé si quelqu'un entre dans votre propriété alors que le Sonneur de portes n'a pas encore pénétré chez vous. Mais il vous faut être très chanceux. Très.
  • Si vous tentez de vous barricader et qu'il s'en rend compte... Méfiez vous. Certains meurtres que je lui ai attribués montraient indéniablement qu'il ne rentrait même pas, qu'il utilisait directement la porte pour écraser la victime. Une manière de suicide néanmoins bien plus douce que les heures d'agonies qu'il vous réserve s'il parvient à entrer.
  • Un enregistrement que j'ai récupéré prouvait que, si vous faites énormément de bruit, le Sonneur de portes entrera dans votre champ de vision, par le biais d'une fenêtre ou en ouvrant la porte, et vous demandera avec une sincère inquiétude : « Tout va bien ? » Bien sûr, vous serez ensuite torturé et tué puisque vous l'aurez vu.



Très récemment, j'ai pu rencontrer et interroger l'une des survivantes du Sonneur. Cette femme traînait dans sa salle de bain depuis plus de trois heures, et était dans sa douche. Elle se découvrait un véritable talent pour les scoubidous, action qu'elle avait eu envie d'accomplir sans vraiment savoir pourquoi, poussée par son instinct, quand Il a toqué à sa porte et demandé s'il pouvait entrer. Pas du tout informée de la nature du visiteur et inquiète de savoir quelqu'un rôder dans sa demeure alors qu'elle était censée être seule, elle l'a sommé de sortir de chez elle. Il a aussitôt ouvert la porte afin de la prendre, mais, curieusement, il s'est figé quand il l'a vue et a précipitamment refermé la porte.
Mon témoin a catégoriquement refusé de me le décrire, malgré toutes mes questions. Manifestement, elle était très choquée. Je suis donc revenu sur le sujet principal : déterminer la raison pour laquelle elle n'avait pas été tuée, comme tous les autres.
Apparemment, après que l'être ait refermé la porte de la salle de bain, il ne se comporta pas comme lors de ses précédents meurtres. Au lieu de réagir aux pleurs et aux cris, aux lamentations, il se contentait de demander toutes les trente secondes : « Êtes-vous présentable ? »
Et ce, pendant plus de deux heures. Quand le mari de la femme rentra chez lui, il trouva sa femme effondrée dans la salle de bain, tremblante et choquée.




Plus récemment encore, une de mes conaissances, que je tenais au courant de mes avancées dans mon enquête, fut la cible directe du Sonneur de portes.
Il était dans l'entrée de sa maison, en train de jouer à un jeu vidéo auquel il cartonnait, quand les douze coups ont résonné. Quand il a entendu la voix, il sans doute finit par faire le lien avec mes recherches, puis avec cette jeune femme chanceuse qui avait pu échapper à la mort, et a sûrement décidé de tenter le coup.
Il a donc tout de suite lancé l'enregistrement audio sur son ordinateur portable afin qu'en subsiste une trace, avant de se déshabiller et de répondre : « Je ne suis pas présentable ! »
Il fut retrouvé mort à son domicile, une serviette blanche pudiquement posée pour cacher ses parties génitales.


Une question se pose donc : Est-ce que le Sonneur de Portes ne serait-il galant qu'envers la gente féminine ? Ou bien un autre facteur extérieur (ou son absence) aurait-il déterminé la mort de mon ami ?

J'ignore beaucoup de choses au sujet du Sonneur. Quel est son but ? D'où vient-il ? Pourquoi une telle prévenance pour nous, êtres humains, alors que vraisemblablement sa mission consiste à nous tuer ? Mon ami fut-il tué par hasard, ou bien le Sonneur de Portes est-il en train de remonter ma piste ?
C'est pour cela que je poste sur Internet le fruit de mes recherches. Ainsi, si je venais à disparaître, d'autres pourraient prendre la suite.
C'est à vous de jouer.



samedi 20 septembre 2014

Terminus

À relier à ce qui est lisible à cette adresse.



L'école vient de se terminer. Je n'arrive pas à me faire des amis du tout, les autres enfants sont effrayés par moi parce que je n'ai pas de parents. J'essuie une larme sur ma joue. Je n'ai pas à pleurer, je ne suis pas la plus malheureuse. Je suis égoïste.
Je marche jusqu'à l'orphelinat où j'habite. Personne ne veut d'une petite fille comme moi, je suis trop grande et trop laide pour les adultes. Et je commence à les comprendre. Ils préfèrent tous un bébé qu'ils pourront façonner à leur image tandis que mon caractère est tout tracé, et que je n'aimerai jamais personne comme mes vrais parents. Je ne les ai jamais rencontrés, mais je sais que je peux les aimer, malgré ce qu'ils m'ont fait.

Je suis plongée dans mes pensées, puis quelque chose m'interpelle : Il n'y a aucun bruit. Cette rue est pourtant très animée d'habitude, mais ici le silence est complet. Même les feuilles brunies ont arrêté de tomber des arbres ! Je ne comprends pas... Je marche dans la rue toute silencieuse, et mes pas résonnent. Je chantonne pour me rassurer, mais ça ne marche pas, ce silence est vraiment inquiétant.

J'ai l'impression d'être surveillée. Il me semble entendre des chuchotements derrière moi, mais je ne sens pas d'air. Je frappe du pied par terre pendant que je marche pour essayer de combler le silence par un bruit, n'importe lequel. Mais l'air est lourd, et je me sens étouffée à mesure que j'avance. J'ai peur, mais je ne comprends pas pourquoi. Le décor est familier, pourtant, je me sens... Ailleurs.

Une voiture ! J'entends un moteur derrière moi. Je me retourne, pour apercevoir une voiture noire assez normale. Je me sens rassurée. Arrivée à mon niveau, la voiture s'arrête et la fenêtre se baisse. Le visage de l'homme qui la conduit me rappelle quelque chose. Il m'adresse la parole, criant presque :
« Hey ! Tu es bien Sophie ? L'orphelinat m'a demandé de venir te chercher ! »
Je ne sais pas quoi répondre. Je sais que l'orphelinat envoie quelquefois une voiture pour chercher les élèves, mais ils ne le font en général qu'en cas d'urgence. M'auraient-ils trouvé des parents d'adoption ? Cette idée me réjouit, et j'ouvre la portière arrière de la voiture. J'ai l'impression de nager dans le bonheur.

Mais une fois installée sur la banquette en cuir, rien n'est pareil. Les fenêtres, que je croyais teintées, sont en fait opaques, et il y a une autre de ces fenêtres entre le chauffeur et moi. Je suis dans le noir complet. J'essaie de parler au chauffeur, pour au moins me rassurer, mais mes paroles se perdent dans le silence. Un silence du même genre que celui de tout à l'heure.

Je sens une main saisir ma cheville !

J'essaie de bouger la jambe, sans rien voir, mais mes muscles sont engourdis par la force de cette prise. Je crie, je hurle pour que le chauffeur me vienne en aide, mais il n'y a autour de moi que le silence, et rien de plus.
Tous mes membres sont attrapés avec force par des choses semblables, je ne distingue absolument rien. Je crie toujours, mes poumons brûlent.
Je ne sens plus ma main. J'ai l'impression que mon sang se vide sur la banquette en cuir, tandis que les « mains » que je ne vois pas m'écartèlent. Sous mes cris, j'entends mes rotules craquer sèchement tandis qu'une bouffée de chaleur se propage dans tout mon corps, pour laisser place à la souffrance.

Je m'évanouis.

À mon réveil, je suis sur un chemin de campagne. Quel paysage affreux ! Des arbres morts sont disséminés tout autour de moi. Sur le sol boueux sont placés quelques brins d'herbe flétris. Je suis écrasée au sol par mon poids et par le silence. Je baigne dans mon sang.
Et puis je les vois. Un jeune couple, sur ce petit chemin. Je sais... Je sens que ce sont mes parents. Ils rient joyeusement, perçant le silence par leurs éclats de rire. Ils se moquent de moi. Tandis qu'ils partent, riant sur ce petit chemin, j'essaie de crier pour qu'ils me viennent en aide, mais je suis étouffée par le silence.

Je n'aurai l'aide de personne.

J'ai mal.

Voici l'histoire que le Livre vous a choisi.
Vous avez eu l'impétuosité de venir contempler ses pages.
Il ne vous pardonnera pas.
Il vous traquera. Il attendra que vous soyez seul.
Il se moque de vous.
Vous avez gâché les années de vie qu'il vous restait.

Fuyez, ne vous retournez pas.
Tentez de vous cacher, vous n'y parviendrez pas.
Votre mort sera douloureuse, et votre après-vie effroyable.

Adieu.


vendredi 19 septembre 2014

Mamie et Papi

J'ai un moment de ma vie à raconter. Un moment qui m'a fait chier des briques. N'importe qui a vécu un moment comme ça. Même vous, vous savez, ces instants étranges, flippants qu'on est incapable d'expliquer. Vous en avez vécu un. Un truc vraiment bizarre dont vous vous demandez encore ce que c'était. 

Je vis le mien au moment même où j'écris. Je suis à table. Il n'y a actuellement rien à manger, mes hôtes sont silencieux. Je ne sais pas ce qui va m'arriver, mais au moins j'aurais eu le temps d'en laisser une marque sur ces feuilles de papier. Quelqu'un les trouvera ici un jour. Et les lira. Par hasard.

Il y a treize ans j’ai quitté le domicile familial. J'ai quitté la campagne et j’ai déménagé au centre. Ma vie c'était des déménagements, des voyages, des
jobs divers acquis puis perdus, des relations courtes. Je n’avais aucune nouvelle de ma famille, car j’ai coupé les ponts depuis quelques années. En fait, c’était après m’être séparé de ma première fiancée. Je ne voulais pas que mes parents s’en mêlent alors j’ai arrêté de leur donner des nouvelles et je me suis effacé. Je menais ma vie loin de la leur.

Il n'y a pas longtemps, j'ai perdu mon job actuel. J'ai pris quelques jours pour me remettre émotionnellement, et faire le point sur ma situation.
Puis j'ai eu cette idée. Et si j’y retournais ? Si je retournais les voir ? Ma famille. Quelques jours seulement. Mais ça me permettrait une introspection. Petite. Repartir à zéro. Je suis retourné dans la campagne.

Je voulais aller voir Mamie. Je voulais prendre mon temps avant de revoir ma mère et mon père. Je n'avais pas oublié le trajet. Impossible. Un chalet à l’écart, au milieu de la campagne. En y allant, j'ai passé un appel à ma mère pour lui annoncer mon retour. Pour m’y prendre pas à pas. Mais elle ne répondait pas. Elle était sûrement prise par le travail à cette heure. Je me suis dit que je la rappellerais dans la soirée. En attendant, j’allais passer la fin de la journée avec Mamie.

J’arrivais aux environs de 18 heures à sa porte. Elle était ouverte. C'était intrigant qu'elle bringueballe comme ça. Mais en passant la tête à l'intérieur, j'ai retrouvé Mamie assise dans le fauteuil au fond de la pièce. Je suis entré et j'ai fermé la porte. Les volets étaient fermés. La pièce n'était éclairée que par des rayons de lumière qui passaient par les trous et les bords des fenêtres. Une atmosphère grise, figée.

Je l'ai saluée avec le sourire. Elle m'a rendu un salut presque silencieux avant de me demander de lui passer ses aiguilles à tricoter. Les gros verres réfléchissants de ses lunettes et la faible lumière faisaient que je ne voyais de ses yeux que deux grosses perles noires.

Je me suis installé, dans le salon poussiéreux, Mamie à ma gauche, derrière moi. Il y avait un silence immuable. De la poussière voletait autour de nous. En fait, tout était recouvert d'une épaisse couche de poussière. La pièce était comme dans mes souvenirs. Rien n’avait changé, rien.

Si. Un cadre, sur une table à côté de la porte. Je n'ai pas reconnu la personne sur la photo. La maison était remplie de photos de moi, mes frères et mes cousins quand on avait six à dix ans. Et quelques photos de mes parents. Mais cet homme, sur la photo, là. C'était qui ?
Je me suis approché. Cet homme, c'était moi. J'avais la trentaine sur cette photo. Pourtant j'ai quitté la campagne à mes 19 ans. Et je ne suis plus revenu. D'où venait cette photo ?
J'étais sur une route herbeuse. Le paysage m'était familier. Je ne regardais pas l'objectif. J'essayais de me rappeler de quand avait été prise cette photo. Mais rien ne me venait.

Mamie tricotait, inlassablement, le tintement de ses aiguilles était notre seule discussion. Le soir tombait dehors, il faisait de plus en plus sombre à l’intérieur. Deux heures avaient dû passer. Moi, je restais sagement, comme si je ne pouvais faire que ça. Il me semblait qu’il manquait le « tic tac » de l’horloge.

Il a fait nuit très vite. J'aurais pu faire quelque chose à manger. Mais j’étais hésitant à faire comme chez moi. J'avais peur de déranger cet endroit si stoïque. Et j'étais un peu occupé par la photo.

Quelque chose l'a fait pour moi. Un coup, à la porte. Plusieurs. Des coups forts et répétés qui martelaient le bois. J’avais sursauté. Je me demandais qui, ou quoi, ça pouvait être. J'étais debout, le cœur battant, et autour de moi tout restait rigide. Les meubles me regardaient avec froideur. Les ombres flottaient avec nonchalance. J'étais le seul être perturbé par ce qui se passait. Mamie a dit ces mots :

« Va ouvrir. C’est Papi. »

Non. Ce n’était pas Papi. Parce que ça ne pouvait pas être Papi. Je vous laisse deviner pourquoi Papi n’avait rien à faire là. Mais qu’est-ce qui, en pleine nuit, pouvait venir tambouriner à la porte d’une vieille femme ?

J’étais pris au dépourvu. je n'avais aucune idée de quoi faire. Les martèlements continuaient, ils étaient irréguliers. Déjà trente secondes que ça tapait. Pendant un silence, j'ai senti une forte vibration monter à ma jambe. C’était mon téléphone. Ma mère. Elle répondait à mes messages. J'ai décroché, non sans m’inquiéter de ce qu'il se passait dehors. Je me suis avancé vers la cuisine. La voix de ma mère m'a dit :

« Mon chéri. Je suis si contente que tu aies appelé. Je viens de rentrer du travail. Tu viens nous voir bientôt ? Où est-ce que tu es ? »
D’une voix un peu tremblante, je lui ai répondu :
« Je suis avec Mamie. »
Il y a eu un silence à l’autre bout du fil. Et la voix m'a répondu :
« Non. Ce n’est pas possible que tu sois avec Mamie. »



jeudi 18 septembre 2014

Le quatrième

Il y a deux ans, ma chatte Frimousse a eu une portée de quatre chatons. L'un est mort né pour une raison que j'ignore, les trois autres allaient très bien. Il y avait deux femelles : Poilue (elle avait les poils longs) et Peureuse (c'était la plus craintive) ; et un mâle : Calinou (dès qu'il a commencé à marcher il cherchait constamment à être câliné). Ils ont tous les trois grandi normalement jusqu'à l'âge d'environ trois mois.

J'avais cependant remarqué quelque chose d'étrange : de temps à autre, Calinou se figeait, regardant devant lui, hérissant les poils, et il se mettait à feuler. Je me disais qu'il devait simplement avoir vu une bestiole par terre. Ça lui est arrivé une fois... Deux fois... Trois fois... De plus en plus souvent au fur et à mesure qu'il grandissait. Ses sœurs, elles, ne se comportaient pas comme ça. Elles vivaient normalement leur vie de chat.
Voyant que cela devenait répétitif, je me suis inquiété. En effet, il n'y avait strictement rien devant lui... J'ai alors cherché sur Internet pour voir si c'était une affection courante, mais je n'ai rien trouvé à ce sujet.

Un jour, alors qu'il avait encore une de ses "crises", Calinou a mis un coup de patte dans le vide, devant lui. Immédiatement, son petit manège a cessé et il est resté là, sans bouger, pendant quelques secondes, avant de repartir jouer avec ses sœurs comme si de rien n'était.
Dès lors il n'a plus eu de crises pendant deux ou trois semaines. Je m'en réjouissais car je commençais à le croire cinglé. Cependant, toujours depuis cet épisode, sa mère et ses sœurs l'avaient complètement rejeté et je ne comprenais pas pourquoi leur comportement avait changé si brutalement...


Quelques jours plus tard, alors que j'en avais assez de voir des souris dans mon garage, j'ai décidé d'y faire entrer mes chats. J'avais pris soin de ranger les outils et autres objets dangereux afin qu'ils ne se blessent pas en les faisant tomber. Ne parvenant pas à mettre la main sur les jeunes femelles ou leur mère, je me suis rabattu sur le mâle. À mon grand plaisir, Calinou s'est jeté à l'intérieur et a disparu derrière une caisse. Je me réjouissais d'avance d'être débarrassé des souris.


 Je ne croyais pas si bien dire. En revenant quelques heures plus tard, j'ai trouvé un nombre conséquent de cadavres de souris éventrées, décapitées sur le sol... Et Calinou se tenait assis au milieu, sans avoir l'air de s'y intéresser. Je trouvais bizarre qu'il les laisse là, mais je savais que les chats tuaient parfois les souris en voulant simplement jouer avec ; seulement ça faisait beaucoup de « jouets cassés ». Je me suis donc mis à nettoyer.
J'ai discuté de cet épisode avec une amie folle de chats et elle m'a appris qu'il n'était pas naturel pour un chat de tuer par plaisir. Je ne m'en suis pas beaucoup plus inquiété.


Le lendemain, alors que je sortais de chez moi pour me rendre au travail, j’ai aperçu Calinou un peu plus loin, vers la niche de ma chienne. Comme à mon habitude j'ai appelé le chaton pour lui donner une caresse avant de partir, sauf qu'il est resté là, à me regarder fixement sans bouger. En me rapprochant, j’ai entendu qu'il grognait et cela m'a d'autant plus
étonné qu'il en avait habituellement une peur bleue. Là, il se tenait à tout juste une vingtaine de centimètres de la niche, et étrangement, ma chienne restait collée à la cloison du fond. D'habitude, elle me faisait la fête dès que j'étais à portée, mais elle n'a pas remué une oreille. 

J'ai donc continué de m'approcher et j'ai donné sa caresse au chaton, seulement j'ai été surpris de sa réaction. En effet, à peine ma main l'avait-elle frôlé qu'il y a mis un grand coup de griffe avant de partir en courant à l'autre bout du jardin. Je me dis simplement qu'il devait être stressé par la présence de la chienne, d'où sa réaction violente. Ce n'est qu'à ce moment-là que l'autre est sortie de sa niche pour venir me voir. La queue entre les jambes et les oreilles basses, en signe de soumission. J’ai approché ma main (qui commençait à saigner) pour lui dire bonjour à elle aussi. En réponse, ses babines ont frémi et elle s'est mise à grogner. Encore plus étrange, elle s'est frottée à mon autre main sans broncher.
Je suis parti travailler, pensif.


Cela faisait maintenant un moment que ma chienne avait peur du jeune mâle alors que lui-même semblait de nouveau effrayé devant elle, et ne s'en approchait plus. Je n'essayais plus de comprendre. 



Un matin, en sortant de chez moi, j'ai senti une odeur nauséabonde venant d'un peu plus loin dans le jardin. Une odeur de charogne. En me rendant sur place, j'ai vu une quantité folle d'animaux morts, de-ci de-là, éventrés et décapités. L'image des souris m'est revenue en mémoire, mais là il s'agissait d'oiseaux, d'écureuils, et de quelques-unes des poules du voisin. Seulement, à la différence de l'épisode avec les souris, Calinou n'était pas là et je me disais que de toute façon un chat ne causerait pas un tel carnage. Un renard peut-être ? Mais je ne pouvais pas m'empêcher de repenser aux souris, tuées de la même façon.
Quoi qu'il en soit, je ne comprenais pas ce que ces animaux faisaient là, dans mon jardin... Il m'a fallu un moment pour évacuer tous les corps, et alors que j'avais presque fini, Calinou a fait son apparition et est venu se frotter contre ma jambe en ronronnant. Ce signe d'affection m'a rassuré et mes doutes ont disparu.

Pas pour longtemps.
J'entendis un bruit derrière moi et eus à peine le temps de voir l'écureuil passer entre mes jambes. Tout comme je ne vis pas le chaton se jeter dessus. J'ai été comme pétrifié en le voyant lui ouvrir les entrailles sauvagement. Ses poils noirs étaient collés par le sang sombre de l'animal et il poussait des grognements rageurs à chaque fois qu'il arrachait un lambeau de chair, qu'il ne mangeait même pas... Sans que je trouve la force de bouger, je l'ai vu arracher la tête de l'animal. Calinou s'est tourné vers moi, la tête sans vie dans la gueule, puis a disparu au loin.
Lorsque j'ai pu de nouveau bouger je n'en revenais toujours pas : c'était ce chaton adorable et câlin qui avait tué tous ces animaux. Et comme je venais d'en avoir la preuve c'était par pur plaisir, par pure haine de la vie !
Je suis alors rentré chez moi, traumatisé.

Un jour, alors que mon inquiétude au sujet du jeune mâle atteignait son apogée, j'ai entendu des chats se battre dans la rue. Il y en avait beaucoup par chez moi et je n'y prêtais plus attention, mais je ne sais pas pourquoi cette fois-ci je me suis levé pour aller voir...
J'avais à peine ouvert la porte qu'une odeur de charogne m'a de nouveau
empli les narines. Réprimant un haut-le-cœur, je suis allé en direction des bruits.

J'ai cru que j'allais m'évanouir en voyant Peureuse éventrée sur le sol, inerte. Calinou et Poilue se battaient à côté, mais la femelle était couchée sur le flanc, couverte de sang. De plus, en m'approchant, j'ai compris que l'odeur ne provenait pas de Peureuse comme je l'avais d'abord cru, mais de Calinou !
Au même moment, Frimousse, leur mère, est arrivée comme une flèche et s'est jetée sur le mâle. Le temps que je reprenne mes esprits, ils avaient déjà commencé à se battre, et le jeune mâle dominait. J'ai tout d'abord mis Poilue à l'écart en prenant soin de ne pas regarder le cadavre de sa sœur. Ça et l'odeur de mort faisaient beaucoup...
Ensuite, j'ai voulu séparer Calinou et sa mère. Mais j'avais à peine avancé ma main qu'il s'était jeté dessus, plantant ses griffes et ses dents dans ma chair. Je suis parvenu tant bien que mal à le faire lâcher mais je peinais à le maîtriser, bien que ce ne soit qu'un chaton.
À côté de moi, Frimousse tenait à peine debout. Elle avait une patte ensanglantée et deux plaies béantes, une sur le flanc et une autre en travers du museau. Le chaton continuait de se débattre sous ma main qui le maintenait au sol, m'arrachant des lambeaux de chair. Finalement, je n'ai eu d'autre choix que de le frapper à mort avec ma main valide...
Du sang plein les mains, j'ai couru vers Poilue en espérant qu'il ne soit pas trop tard. Malheureusement, elle avait succombé à ses blessures.


Seule Frimousse est encore en vie aujourd'hui, mais elle a définitivement perdu l'usage de sa patte, et moi j'ai dû suivre plusieurs séances de rééducation après l'opération de ma main déchiquetée.

Bien évidemment personne n'a cru à mon histoire, et je dois suivre un psychologue depuis ce triste épisode... Je commence même à penser que je me suis imaginé des choses et que je deviens fou. Mais le comportement de ce chat n'était pas normal, je le sais !