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samedi 21 janvier 2017

Les disparus de Kolwezi

Kolwezi est une immense ville congolaise, grande comme deux fois Paris (bien que 4 fois moins peuplée) et capitale énergétique du Congo-Kinshasa, de par ses mines à ciel ouvert de cobalt, uranium, radium, cuivre... Mais elle est surtout connue pour avoir été le centre d'un conflit armé violent à la fin des années 70 ayant impliqué de nombreux pays, parmi Cuba, l'Angola, le Maroc, la Belgique, l'URSS et... la France.


Le Zaïre (devenu la "République démocratique du Congo" ou "RDC") était un pays tenu d'une main de fer par le dictateur Mobutu Sese Seko, soutenu par les américains. La brutalité de son régime a, en réaction, fait émerger un mouvement armé d'opposition, le FNLC. Après avoir été entraînés en Angola communiste par des militaires cubains, les rebelles ont envoyés 500 à 2.000 combattants prendre la ville de Kolwezi aux autorités zaïroises. De nombreux ressortissants étrangers, dont plusieurs milliers de français, résidaient sur place à l'époque, et ont été tenus en quasi-captivité par la rébellion, poussant l'état-major français à prendre la décision d'intervenir avec la Belgique et le Maroc, pour libérer les otages.

Les paras et la légion faisaient partie des unités envoyées sur place, au total 700 français, commandés par le colonel Philippe Erulin, étaient à Kolwezi le 15 mai 1978, accompagnés de plus d'un millier de belge, de quelques centaines de soldats marocains, et de 2.500 soldats zaïrois loyalistes. Le 21 mai 1978, la ville est reprise et les otages libérés, le bilan des pertes françaises s'élève à 5 morts et 6 disparus (voir Photo n°1).


Photo 1

Suite à la dissolution rapide du FNLC après cette défaite, et à la fin du conflit armé dans le courant de l'année, une équipe a été déployée secrètement en janvier 1979 pour enquêter sur la disparition de ces 6 militaires, 4 adjudants, un adjudant-chef, et un lieutenant. Et malgré la découverte d'un charnier dans la ville de Kolwezi, pour les prisonniers de guerre zaïrois, aucun corps ne correspondait aux 6 français. Les anciens militaires ayant participé à la bataille ont été recontactés par les autorités, afin de reconstituer la scène.


D'après le témoignage de militaires franco-belges et de parachutistes marocains, l'unité regroupant ces 6 individus, aurait été chargée de l'entretien de mortiers lors du siège de la ville, à l'actuel emplacement de la R610 (voir Photo n°2), c'est au matin du 18 mai que leur absence est remarquée, l'entretien des mortiers revient à des soldats zaïrois et les militaires présents pense à l'époque à une mutation, vers une autre partie de la périphérie de Kolwezi, bien que ces derniers ont apparemment laissé une partie de leur équipement sur place. D'après le commandement local, aucun ordre n'a été donné dans la nuit du 17 au 18, et ils n'avaient aucune raison de quitter leur poste.

Photo 2

C'est ainsi que l'enquête a piétiné, jusqu'à la découverte de munitions de 7.62 OTAN, utilisées par les FAMAS que possédait l'armée française à l'époque, tandis que la garde républicaine zaïroise, bien qu'alignée sur les Etats-Unis, possédait des Kalachnikovs, qui nécessitait l'emploi de munitions différentes. Ces munitions ont été retrouvées a Lumpande, un village zaïrois situé à environ 30km au nord de Kolwezi, près du "lac noir" (voir Photo n°3). Evidemment, cette découverte a amenée une réponse à la question "où est parti le groupe des 6 ?", mais également plusieurs questions, pourquoi une brigade quitte soudainement son poste en pleine nuit pour partir dans une bourgade perdue n'ayant aucun intérêt ni présence militaire, ennemie ou alliée ? Ce qui troubla encore plus les agents chargés de l'enquête, fut le témoignage des quelques habitants du village, aucun n'a un souvenir concret d'une présence militaire française sur le village, en revanche les témoignages concordent sur des coups de feu ayant été entendus dans la nuit du 17 au 18 mai...

C'est aussi la première fois que l'Asanbosam apparaît dans l'enquête, piste qui n'a jamais été prise au sérieux, l'Asanbosam étant une créature du folklore ashanti relativement loufoque, un vampire possédant des crochets à la place des pieds, lui permettant de s'accrocher à la branche d'un arbre et attaquer sa proie quand celui-ci passe dessous, cela dit si l'hypothèse a toujours été rejetée, pour des raisons évidentes par les enquêteurs, les résidents sur place étaient quasiment convaincus par celle-ci, et les agents sur place avaient pour consigne de ne pas plaisanter sur ces sujets, considérés comme sensibles.


Photo 3

Après avoir également inspecté les lieux autour du "lac noir", les inspecteurs ont trouvé une étrange structure, visiblement un abri de fortune construit très rapidement (voir Photo n°4), les murs sont également marqués par deux impacts de balles, correspondantes à celles qu'aurait pu tirer le "groupe des 6". Cela expliquant probablement les coups de feu entendus par les habitants du village quelque mois plus tôt, là encore, deux questions seront alors soulevées par les agents, et resteront sans réponses : pourquoi ces barricades ont t-elles été montées, et pourquoi le groupe des 6 a utilisé la force, et contre qui ?

Deux semaines après le début de l'enquête, soit en début février 1979, des proches du général Guy Méry, à l'époque chef de l'état major de l'armée française, ont ordonné de mettre fin à l'enquête, la limite de temps imposée par le mandat légué aux autorités françaises par le gouvernement zaïrois, autorisant des experts militaires étrangers à mener l'enquête sur leur territoire national, expirait le 8 février, dépassé ce délai, la présence d'étrangers en tant qu'enquêteurs aurait été soumise à des sanctions de la part des autorités françaises et zaïroises.

De nouveaux interrogatoires mentionneront, pour la seconde fois depuis le début de l'enquête, l'Asanbosam. Un des villageois, après nous en avoir fait une description détaillé, nous fera même parvenir un visuel du vampire (très bien réalisé, voir Photo n°5)

Photo 4


Photo 5

L'expertise rendra deux rapports, un en 1979, prétextant qu'une brigade du FNLC aurait attaqué les militaires français qui se serait barricadés dans un abri de fortune. Ils auraient ainsi permis aux forces rebelles d'assassiner les militaires a l'aide de gaz incapacitant volé à l'ennemi durant le siège de Kolwezi. Cette version comporte de nombreux trous, et est fortement incohérente. Outre le fait que les lignes au nord étaient trop surveillées pour laisser passer une brigade d'au moins 10 combattants armés, cette prétendue "troupe" n'aurait donc rien tenté après avoir passé la ligne de front, d'ailleurs aucune trace de ce groupe n'a été trouvée, que ce soit de l'équipement laissé sur place, des impacts de balles, autres que celles des soldats français, ou encore de traces de jeep. Selon ce rapport, le fait qu'aucun corps n'ait été retrouvé serait dû aux villageois, qui auraient créé une sépulture aux militaires, mais aucun témoignage, ni aucune preuve ne vient confirmer cette hypothèse, vraisemblablement erronée.

Le second rapport, déclassifié en 2014 par l'armée, mais jamais rendu public, admet de fait qu'aucune explication plausible, cohérente et complète n'a été trouvée, que ce soit à la disparition des corps, ou aux impacts de balles sur l'abri. Plusieurs éléments nouveaux sont mentionnés, par exemple la mention de trois impacts de balles, tirées par un FAMAS, sur le sommet d'un arbre à environ 6 mètres de l'abri, pour un motif inconnu. Il y a aussi la disparition de 11 villageois entre 1965 et 1978 recensée par les autorités locales, dont deux sont particulièrement étranges : la disparition d'un enfant de 10 ans en mars 1968, le seul qui sera retrouvé parmi les 11. Ce dernier a été vidé de son sang, alors que, bien que son doigt soit coupé, ou plutôt arraché, il n'avait aucune entaille sur le corps. La seconde en 1972, sur un ouvrier d'une raffinerie de Kolwezi qui vivait avec ses parents, ce dernier n'a pas été retrouvé mais la municipalité de Kolwezi mettra en avant des témoignages de villageois prétendant avoir observé l'Asanbosam dans les jours qui précèdent et qui suivent la disparition.

Mais si j'ai pris la décision de dévoiler ces informations, c'est a cause d'une photo troublante, tirée de ce second rapport (bien que prise deux ans auparavant par des conseillers militaires belges, en 1977, quand le FNLC lança alors ses premiers assauts). J'ai beaucoup réfléchi à cette histoire ces dernières années, sur certaines pistes écartées pour une raison ou pour une autre, et aussi irrationnel et insensé que ça puisse paraître, cette photo a fini de me convaincre de ce que j'ai toujours su, à propos de c'est qui s'est passé dans la nuit du 17 au 18 mai a Kolwezi... 






lundi 16 janvier 2017

Mon doudou

Coucou,

Ça fait longtemps que j'ai pas écrit sur mon blog mais il y a quelque chose que j'ai envie de vous confier. J'ai lu sur le net que certaines personnes arrivaient à mettre des couleurs sur des mots, quelque chose comme ça. Bon, j'avoue que j'y crois moyen mais, depuis que je suis petit, il m'arrive quelque chose qui ressemble à ça.

Pour essayer de faire simple, quand je regarde une photo, un objet ou quoi que ce soit qui me rappelle un événement majeur positif de ma vie, c'est comme si on m'injectait une putain de dose de THC dans le sang, littéralement. C'est sympa pour se défoncer sans rien mais ça a aussi des revers : quand je regarde quelque chose qui me rappelle quelque chose d'hyper négatif, ça me donne d'immondes nausées. D'ailleurs, j'ai dû changer de collège à cause de ça, un mec qui me bizutait en primaire était arrivé dans ma classe en 3ème et à chaque fois que je le regardais, je finissais chez l'infirmière (je m'en souvenais pas mais c'est mes parents qui me l'ont dit, ma mère voulait le frapper, ça a été compliqué de la raisonner).

Le truc, c'est que certaines choses m'échappent …

J'ai un doudou depuis que je suis gamin, et quand je le regarde, j'ai de petites nausées, mais je sais vraiment pas pourquoi.

Mais y'a pire, bordel, c'est la première fois que je le dis mais pourquoi regarder le pantalon de mon père me donne aussi des nausées ?


samedi 14 janvier 2017

L'ombre entre les maisons

Hier soir vers 1 heure du matin, ma femme et notre petite se dirigeaient vers ma voiture après une soirée passée chez mon beau-frère. Il vit dans une banlieue un peu douteuse donc on fait toujours gaffe à ce qui nous entoure. Alors que j'allais m'installer côté conducteur, j'ai remarqué un jeune homme noir qui me fixait. Je l'ai regardé en retour et lui ai fait un signe de la tête, mais il restait planté là, à me regarder.

J'étais pas à l'aise mais mes instincts paternels ont pris le dessus alors que je bombais le torse en lui donnant ma meilleure fausse provocation : « Tu me cherches gros ? ». Le gars a levé sa main et a pointé du doigt vers moi façon menace, puis s'est mis à courir. J'avais jamais vu quelqu'un courir aussi vite. Et alors que j'avais l'impression que la taille de mon pénis avait augmenté de quelques centimètres en récompense pour avoir été un dur à cuire, j'ai jugé qu'il était suffisamment sûr pour que je puisse m'installer et rentrer, mais pas avant de heurter légèrement la foutue boîte aux lettres métallique. Je suis quand même parti, pensant que je le dirais à mon beau-frère quand je serais rentré.

On a dû s'arrêter au magasin pour du lait, des Slim-Jims (évidemment) et d'autres trucs. C'est ma femme qui y est allée, moi je suis resté avec notre fille dans le SUV. Quand elle est revenue, je lui ai ouvert le coffre pour qu'elle puisse charger les achats. Après l'avoir fermé, elle est remontée et j'ai commencé à sortir du parking. J'ai remarqué qu'il y avait les empreintes d'une main sur la vitre arrière. Je lui ai demandé, un peu agité, pourquoi elle fermerait le coffre en touchant la vitre arrière. Elle m'a répondu que ça n'était pas le cas. On s'est tous les deux retournés et on a remarqué que les empreintes appartenaient aux longs et fins doigts de quelqu'un qui voudrait regarder par la vitre arrière en s'y appuyant. On a inspecté les autres vitres et on retrouvé les même empreintes côté conducteur.

J'ai directement appelé mon beau-frère et lui ai fait savoir que le connard que j'avais vu avait dû regarder dans ma voiture. Ça expliquait pourquoi il me regardait fixement. Mon beau-frère m'a dit qu'il jetterait un œil à sa voiture et appellerait la police pour inspecter la zone. Ma femme, ma fille et moi-même étions assez fatigués, donc on a éteint nos téléphones et on s'est directement couchés.

Ce matin, ma femme et moi avions plus de 30 appels manqués, tous de la femme de mon beau-frère. Je l'ai rappelée et elle était hystérique. J'en ai conclu qu'on avait forcé sa voiture ou l'avait vandalisée. J'ai tout de suite senti la culpabilité m'envahir. J'ai su que je n'aurais pas dû regarder le gars comme je l'avais fait. Je me suis dit que ça devait être une sorte de vengeance. Et puis elle a commencé à divaguer sur quelque chose qui a été mis en pièces.

Apparemment c'était la fille des voisins. Son « corps » a été retrouvé juste à côté de la maison de mon beau-frère, entre sa maison et celle de la victime. Il semblerait que la pauvre fille se soit glissée hors de chez elle pour une soirée, et essayait de rentrer quand quelqu'un, ou quelque chose, l'a attrapée pour la mutiler à mort. Elle a été éventrée et deux de ses membres ont été arrachés. Pour l'instant, ils n'ont toujours pas retrouvé sa main droite.

Mon estomac s'est retourné en entendant les nouvelles. Le gars ne me fixait pas. Il regardait derrière moi, pétrifié, en voyant ce qui était en train de tuer cette jeune femme dans l'obscurité. Il ne me pointait pas du doigt, il pointait ce qu'il y avait derrière moi.

La police vient de partir de chez moi. Ils essayaient d'obtenir des informations sur l'homme que j'ai vu. Apparemment ils pensent que c'est un témoin/suspect probable. Je leur ai assuré que je ne pensais pas qu'il soit le tueur, mais ils ne voulaient écarter aucune pistes. Ils ont aussi pris les empreintes de ma vitre et leurs mesures. Vu la longueur et la finesse des traces de doigts ils ne pensaient pas que c'était celles du tueur, étant donné qu'elles semblaient féminines.

Si le fait que ce malade, cette chose, en train de trainer la main de cette fille morte le long de mon véhicule alors qu'il m'observait par derrière n'était pas suffisant pour me faire vriller, on vient tout juste de m'annoncer que ma plaque d’immatriculation a été arrachée de mon pare-choc. On dirait que je n'ai pas heurté cette boîte aux lettres après tout.

Traduction : Nevermore.

mercredi 4 janvier 2017

Les lunettes

D’après mes psys, la première chose à faire pour exorciser ses démons, c’est d'écrire son histoire. Je n’ai jamais eu envie de le faire mais aujourd'hui je me sens prêt. Hormis des formulaires et de la paperasse administrative, j’ai passé ma vie à éviter d’écrire, j’avais bien trop peur que le stylo fuie et qu’une tache d’encre ne se dresse sur la feuille. Personne ne peut se douter de ce qui peut naître à partir d'une simple tache, personne.

Bon, alors voilà. Même si je suis toujours angoissé, je vais me mettre à écrire mon histoire et peut-être que j’arrêterai de voir des fantômes partout. J’avais quatorze ans quand les faits se sont produits. On venait d’emménager dans une maison que mes parents avaient fait construire. Mon père et ma mère étaient du genre très maniaques. Si la plupart des parents emménagent dans une nouvelle maison pour avoir plus grand, eux, c’était pour avoir plus blanc et plus propre. Ma mère avait toujours un maudit chiffon à poussière à la main, et mon père passait l’aspirateur trois fois par jour quand il ne bossait pas.

Moi, ces murs blancs, ce mobilier laqué, ça me faisait mal aux yeux et cela avait fini par me filer de terribles migraines. L’ophtalmo m’avait prescrit des médocs et des lunettes noires pour les atténuer. Si mes parents ont accepté les médicaments à base de codéine, ils ont refusé les lunettes prescrites sous prétexte que je ne pourrais plus admirer la splendeur de leur étincelante maison ! Qui a pensé que j’avais une famille bizarre ?

On avait aussi un grand jardin impeccablement entretenu par monsieur, madame et par moi aussi (plus par obligation que par goût des plantes vertes). Un jour où je grattais la pelouse avec mon râteau, j’ai accroché un truc dans la haie de thuyas encadrant le jardin. Une tige noire dépassait de la terre. Je me suis baissé, j’ai creusé un peu et j’ai découvert une vieille paire de lunettes noires. J’ai été les nettoyer en cachette avec un produit qui se trouvait sur une étagère du garage et j’ai bien fait attention à ne pas faire tomber le moindre grain de terre sur le sol laqué. Malheureusement pour moi, j’ai dû en oublier quelques-uns et j’ai passé le reste de l’après-midi dans le placard à balais avec quelques bleus au corps (mon père ne me frappait jamais au visage, il n’était pas idiot). Heureusement j’avais réussi à cacher mes lunettes dans une poche de mon jean. Je les essayais juste avant de me coucher. À ma grande joie, les murs blancs sont devenus sombres tout comme mon armoire laquée, mon bureau laqué, mon lit laqué car même si j’éteignais la lampe de ma table de nuit, la lumière crue des lampadaires du jardin passait à travers mes fenêtres sans rideaux. Ainsi mes murs n’étaient pas salis par le noir de l’obscurité ! N’étaient-ils pas vraiment cons mes parents ?

J’étais donc allongé sur mon lit, admirant l’atmosphère sombre de ma chambre. Au début, je n’avais pas remarqué une tache plus claire sur le plafond. C’est quand elle a bougé que je l’ai vue ! Elle a glissé jusqu’à l’arête du plafond, a dévalé le mur jusqu’à mon lit ! D’un réflexe j’ai retiré mes lunettes et heureusement, cette maudite tache avait disparu. Inutile de vous dire que je n’ai pas réessayé ces foutues lunettes ce soir-là mais j’ai tout de même regardé sous mon lit, au cas où… Je n’ai pas super bien dormi et même si les taloches de mon père m’avaient considérablement endurci au cours de ces dernières années, on peut dire que j’avais la trouille. Mais ça, je ne l’avoue que maintenant...

Le lendemain mes parents m’ont dit avoir mal dormi et m’ont demandé si j’avais fait des cauchemars ou si j’avais crié. J’ai dit que non. J’ai d’ailleurs été étonné de cette question, car même si je hurlais mes tripes, ils ne pouvaient pas m’entendre puisque ma chambre avait été aménagée au sous-sol. Leur chambre se situait au-dessus de la mienne et un mètre de béton nous séparait.

Plusieurs fois dans la journée j’ai mis mes lunettes et j’ai regardé le plafond, les murs de ma chambre sans revoir cette tâche. Autre chose a cependant marqué ma journée : les violentes disputes entre mes parents. Il y a toujours eu quelques éclats de voix entre eux, mais jamais avec cette intensité. J’ai bien cru que mon père allait étrangler ma mère ou que ma mère allait égorger mon père. Aucune des deux solutions ne m’aurait déplu, mais bon, de nature solitaire, je pensais qu'il valait mieux vivre avec des maniaco-dépressifs qu’à la DASS avec une troupe d’ados en mal de reconnaissance.

Au dîner on entendait juste le bruit des couverts et des mastications. On n’avait pas grand-chose à se dire alors pour « meubler » cette fastidieuse réunion familiale on regardait la télévision. Mais ce soir-là c’était silence radio. On s’observait comme des étrangers. Après le dîner, mon père a refusé que je regarde un film pour me détendre et m’a dit d’aller me coucher et de ne pas crier même si je faisais des « putain » de cauchemar ! Énervé, j’ai pris plusieurs cachets de codéine que l’ophtalmo m’avait prescrits pour les migraines. C’est puissant la codéine, c’est un opiacé qui aide aussi à dormir. Assommé, je n’ai pas essayé mes lunettes, et de toute façon, je n’avais aucune envie de revoir cette tache au-dessus de ma tête. Je préférais nettement m’en tenir à une hallucination qui ne se reproduirait plus.

Dans mon cauchemar, des chuchotements m’ont réveillé en sursaut. Ça hurlait « Meurtrier ! Meurtrier ! » Une odeur de pourriture a empli l’air de ma chambre, ma table de nuit vibrait et l’ampoule de la lampe grésillait. Je n’ai pas eu besoin de mes lunettes pour voir la tache au plafond. Elle s’est aussitôt étirée vers moi comme un énorme ver de sang. La pointe s’est affinée pour venir me toucher. J’étais pétrifié, plaqué contre mon lit, impossible de bouger. Pourtant, dans un réflexe pour sauver la paix de mon âme, j’ai mis les lunettes noires et c’est là que je l’ai vu !

Un corps décharné et décapité tendait un bras vers moi. J’ai été si surpris que je me suis jeté hors du lit mais ma tête a heurté le coin de la table de nuit et j’ai vu 36 chandelles. Vautré sur la moquette, il m’était réellement impossible de faire autre chose que de geindre et de regarder le cadavre sans tête se décrocher du plafond et tomber à mes pieds. J’étais au bord de la crise cardiaque, mon cœur cognait dans ma poitrine, ma gorge, mes tympans. Au moment où j’ai cru que le décapité allait se jeter sur moi, il s’est brusquement tourné vers la porte de la chambre qui s’est ouverte toute seule. En claudiquant il a traversé la salle de jeu, a monté les cinq marches menant au rez-de-chaussée ; la porte s’est encore ouverte toute seule. « Meurtrier, meurtrier ! » a retenti dans le salon. Une poignée de secondes plus tard, autre chose a dévalé les escaliers : mon père furieux. J’ai juste eu le temps de cacher mes lunettes et de grimper sur mon lit. Alors que ce salaud me corrigeait, il me hurlait qu’il n’était pas un meurtrier ! J’ai crié que ce n’était pas moi, que c’était la chose du plafond ! Son poing s’est figé net. Il m’a sondé de son regard exorbité avant de tourner tout doucement la tête vers le plafond. Il est resté une bonne minute comme ça, le nez en l'air, le visage grimaçant, la respiration saccadée. Il a marmonné une bouillie de mots, m’a de nouveau regardé, puis il est reparti sans plus rien dire. C’était l’horreur.

Le lendemain matin, avant le petit déjeuner, j’ai eu le droit à un interrogatoire digne de la Gestapo. Toutes les questions portaient sur ce que j’avais vu, entendu, à quelle heure, quand, comment. Malgré les taloches, je ne leur ai rien dit. Ça me faisait plaisir de les voir paniquer, de voir la peur crisper leur visage. Restait à savoir pourquoi, ce qu’ils savaient, ce qu’ils me cachaient.

Mon père a filé au garage. Il est revenu avec une pioche, a traversé le salon puis s’est enfermé dans sa chambre. Des coups sourds ont commencé à faire vibrer le sol. Ma mère l’a rejoint et le suppliait d’arrêter. Cet enfoiré n’écoutait rien et continuait à frapper, à s’acharner sur le parquet. On a sonné à la porte d’entrée. C’était mon meilleur et seul ami. Je suis parti avec lui, heureux de quitter cette baraque de fous.

Didier, le père de mon pote, a téléphoné au mien pour que je déjeune avec eux. Personne n’a répondu alors je suis resté. Bien que je n’eusse absolument pas besoin d’entendre ça à ce moment-là de ma vie, Didier nous a raconté une histoire effrayante pendant que nous déjeunions : cinq ans auparavant, un riche fermier possédant de nombreuses terres dans la région avait disparu sans laisser de trace. Quelques mois après sa disparition, un pêcheur du dimanche dont la ligne s’était prise dans la vase de la rivière, a remonté… une tête dans un état de décomposition avancée. Les analyses génétiques ont confirmé qu’il s’agissait bien de la tête du fermier. Malgré de nombreuses recherches on n'a pas retrouvé son corps. J’ai cru que cette sordide histoire allait en rester là jusqu’à ce que le père de mon pote me susurre à l’oreille, comme s’il voulait que personne d’autre que moi n’entende la terrible conclusion de son récit : dès la confirmation de sa mort, les terres ont été vendues, sa ferme détruite et l’argent âprement disputé entre les héritiers dont l’un était mon père !

L’esprit plein de doutes je suis rentré en fin d’après-midi. Qui avait bien pu commettre ce meurtre si atroce ? Pourquoi n’étais-je au courant de rien ? Qui était ce membre éloigné de ma famille ? Avec ce qui s’était passé hier soir je me sentais très mal, mon esprit faisait de terribles rapprochements.

Mon malaise s’est amplifié quand j’ai découvert le salon de notre étincelante demeure sens dessus- dessous, la cuisine retournée, de la vaisselle cassée et des meubles pleins de poussière ! Je me suis dit qu’ils avaient dû se battre mais non, mes parents riaient à gorge déployée ! Ils s’en foutaient royalement et dansaient entre les meubles retournés, s’embrassaient sans aucune retenue ! Quand ma mère a enfin croisé mon regard ahuri, elle m’a même demandé si je voulais jouer avec elle ! Je ne comprenais rien de leur brusque changement d’attitude et je ne suis ressorti de ma chambre qu’après m’être enfilé plusieurs cachets de codéine. Au dîner, j’ai aussi halluciné car ma mère adepte de la cuisine équilibrée venait de faire livrer quatre énormes pizzas ! Je n’avais guère d’appétit mais eux se sont goinfrés comme jamais auparavant, buvaient de grands verres de coca en s’en foutant partout, pétaient et rotaient en se marrant comme des gamins. Entre deux bouchées ils me racontaient des morceaux de leur vie que je ne comprenais pas trop, des bribes incompréhensibles dont je me foutais royalement. Parfois ils s’arrêtaient et m’observaient fixement sans rien dire.

Mon malaise est redescendu de plusieurs crans quand mes parents ont été se coucher main dans la main, en train de pouffer, sûrement à l’idée de baiser. C’est la première fois que je les entendais faire l’amour. Plus tard j’ai appris que pousser des grognements de porc n’était pas faire l’amour. N’ayant aucune envie d’aller me coucher et préférant rester loin de ma chambre, j’ai regardé la télé jusqu’à finalement m’endormir.

« Meurtrier, meurtrier » ! Le seul réflexe qu’on peut avoir quand on se réveille en sursaut c’est de se jeter à terre. Les lumières du jardin qui passaient par les baies vitrées s’éteignaient, s’allumaient, ça faisait comme des flashs dans le salon. J’ai entendu la porte du sous-sol grincer et j’ai aussitôt regardé dans sa direction : une forme sombre boitait vers moi ; « Meurtrier, meurtrier ! », grondait-elle d’une voix caverneuse. Je me suis levé d’un bond et j’ai couru jusqu’à la cuisine où j’ai retiré un couteau de boucher du bloc posé sur le comptoir. Je me suis retourné et la forme était déjà là, face à moi ! C’était le corps décapité entrevu l’autre soir. Il restait là, sans bouger, sans m’attaquer. Ça puait le diable. Les flashs s’étaient accélérés, on aurait dit une nuit blindée d’éclairs avec de très brefs moments d’obscurité. C’est à ce moment que j’ai entendu une voix dans ma tête me demander de mettre mes lunettes. J’ai hésité quelques secondes puis je les ai retirées de la poche arrière de mon jean. Je les ai posées sur mon nez avec une certaine appréhension et ce que j’ai vu m'a sidéré : un vieil homme à l’air sympathique ! Toutefois, son corps couvert d’une salopette maculée de boue était un peu étrange, mal proportionné : des bras longs et maigres, un gros bide et des jambes dont l’une était plus courte que l’autre, formaient sa silhouette. Il s’est brusquement retourné et a traversé le salon en boitant jusqu’à la chambre de mes parents. Les flashs donnaient l’impression qu’il avançait par à-coups. J’entendais des chuchotements dans ma tête, des chuchotements me dire « Tes parents sont des monstres, tes parents m’ont tué, viens voir les monstres ! »


C’était effrayant, mais il fallait percer l’abcès, en avoir le cœur net, car l’attitude de mes parents aujourd’hui n’avait pas été normale, à condition bien sûr qu’un jour mes parents aient été normaux ! Mon cœur battait la chamade quand je me suis approché de leur chambre. Le vieil homme a attendu que je sois près de lui pour baisser la poignée de la porte.

Les gonds ont grincé comme un cri sinistre dans la nuit. Des grognements, peut-être des ronflements, se sont mélangés aux voix dans ma tête. « Regarde, regarde ! », me disaient-elles sans cesse. Et j’ai regardé…

Ce que j’ai ressenti cette nuit-là, c’était de la peur mélangée à de la haine. Ces êtres étaient enlacés l’un contre l’autre et grognaient à chaque respiration. Ils me dégoûtaient et m’effrayaient à la fois ! Les flashs me permettaient d’apercevoir leur peau rougeâtre, leurs bras terminés par trois serres et la maigreur de leurs jambes entourées d’une longue crinière noir jusqu’aux talons pointus. J’ai aussitôt retiré mes lunettes, mais cela n’a rien effacé ! Les monstres étaient là, mes parents étaient toujours là ! J’ai hurlé de peur et de rage et ils se sont redressés d’un seul coup ! J’ai alors vu leurs yeux ronds et laiteux, leur visage décharné, figé sur un large sourire percé de dents pointues d’un rouge éclatant !

Celui de gauche s'est levé et m’a demandé ce que je foutais dans sa chambre. C’était la voix de mon père ! C’était lui, il n’y avait plus de doute ! J’ai alors vu le vieil homme se jeter sur lui et le mordre, le frapper si fort que des bouillons de sang ont éclaboussé mon visage et mes vêtements. L’autre a voulu lui porter secours mais il s’est littéralement fait dépecer devant moi, mis en pièce avec je ne sais quel objet tranchant. C’était déjà trop pour moi, ma raison a vacillé et je me suis enfui le plus loin possible de cet enfer…

Je ne sais plus comment j’ai atterri à l’hôpital. Je suis resté plusieurs semaines en observation. Traumatisé, je n’ai retrouvé la parole que très tard mais je ne sais plus trop quand. Devant la porte de ma chambre, un policier assurait constamment ma protection. Sans doute avait-il peur que d’autres montres viennent se venger, me disais-je.

J’ai passé 22 ans en hôpital psychiatrique et j’ai passé 22 ans à clamer mon innocence. Enfin non, 20, car depuis 2 ans j’admets que c’est moi et que je regrette beaucoup beaucoup. Enfin c'était uniquement pour leur faire plaisir à tous ces monstres en blouse blanche, uniquement pour sortir de l'hôpital. Si on a retrouvé l’arme du crime, un couteau de boucher, on n’a jamais retrouvé les lunettes de mon grand-oncle. Ouais, le fermier était le frère de mon grand-père paternel, un vieil homme excentrique brouillé depuis plusieurs décennies avec sa famille. En société, il utilisait un faux nom pour qu’on lui foute la paix ! Je me demande qui a bien pu retrouver sa trace avant qu’on ne retrouve son cadavre décapité dans le ciment du plafond de ma chambre. On l’aurait mis là alors qu’il était déjà mort depuis 5 ans. Enfin ce n’est qu’un détail, vous connaissez la suite, il s’est vengé des monstres…


lundi 2 janvier 2017

Classement 2016

L'année 2016 a vu la publication de 152 articles, à peu près autant qu'en 2015. Le 23 décembre dernier, prenant un peu d'avance, je vous avais demandé de désigner celles qui selon vous étaient les meilleures creepypastas. Les classements de 25 lecteurs ont pu être recueillis, citant un total de 85 publications. Voici le résultat final :


Meilleures creepypastas de 2016
(Classement des lecteurs)

10. Godzilla NES (32 points)

9.  Fertilité (33 points)


7. Ex æquo : Ubloo (bien qu'inachevée !) & Éclairs (35 points)

6. Une petite partie (48 points)

5. Baby Phone (58 points)

4. Souvenirs d'automne (59 points)

3. Le plan parfait (65 points)

2. Les combattants de Dieu (68 points)

1.

thejeffreymacdonaldcase.com

(122 points)






Comme l'an dernier, je terminerai en remerciant tous ceux qui ont pris le temps de voter, et bien sûr de lire ce que nous avons proposé tout au long de l'année ! Le blog n'a pas désempli malgré un rythme de publication quelque peu réduit, et je ne peux pas m'empêcher d'en être satisfait.


Enfin, comme déjà annoncé il y a un moment sur le forum et sur Facebook, j'en profiterai pour tirer ma révérence en tant qu'administrateur (le mois dernier ayant été en quelque sorte une transition), laissant ma place pour le grand retour de Magnosa. Ça pourra sembler redondant à ceux qui étaient déjà au courant (ci-dessous l'annonce faite sur Facebook), mais cette fois c'est acté et définitif.
Oui, du coup c'est un peu couillon de ma part mais c'est ici que j'annonce que je me retire de la modération de CFTC. J'estime avoir été en place bien assez longtemps, le moment est venu de placer quelqu'un de plus jeune et fringant aux côtés des autres gérants du site histoire d'amener un peu de dynamisme et de renouveau. Cela étant, ça ne veut pas dire que j'abandonne mes projets en cours, et une certaine pasta épisodique pourrait bien reprendre dans les mois à venir, dès que j'aurai trouvé le temps d'y mettre un peu d'ordre...
Quoiqu'il en soit, merci beaucoup. J'aurai eu une relation plutôt conflictuelle avec les lecteurs pendant une bonne partie de mon mandat et je comprends très bien pourquoi, et savoir que des gens ont "apprécié mon travail" malgré ça, bah c'est plutôt impressionnant, et je suis bien obligé de leur en être reconnaissant.
Je souhaite un bel avenir aux creepypastas, mais surtout je leur souhaite un avenir imprévisible.
- Tripoda

Cela étant, bonne année 2017 à tous !


vendredi 30 décembre 2016

Three friends diner

À : Dr Jeremy Fuentes

Professeur d'Anthropologie Culturelle

Université de Californie, Berkeley


Jeremy –

J'imagine que tu as entendu parler de l'étrange découverte faite au 918, 3e rue Est. C'est un ancien entrepôt situé à l'angle de la 3e et de Weller Avenue, dans le quartier des arts du centre-ville de Los Angeles.

Actuellement le bâtiment subit quelques rénovations. 3 semaines auparavant, les ouvriers se sont aperçus d'une odeur nauséabonde dans la bâtisse, et  venant vraisemblablement de l'autre côté de ce qu'ils pensaient être un mur de brique porteur. Après de plus amples recherches, ils se sont rendus compte que les dimensions intérieures du bâtiment ne collaient pas avec les dimensions extérieurs. Il y avait en effet une pièce de 7m sur 9, dont l'existence reste inexpliquée. Une pièce secrète, pour ainsi dire ; elle est inaccessible, que ce soit de l'intérieur ou de l'extérieur du bâtiment. Elle a été trouvée à l'autre bout de la propriété, le long du mur formant le côté Ouest de l'avenue Weller.

Avec la permission du chef de chantier, les ouvriers ont abattu le mur pour pouvoir y accéder. Ils ont été aussitôt surpris par une écrasante puanteur de viande pourrissante avant d'y entrer, bandana sur le nez. Ils s'attendaient à trouver la pièce vide – après tout, la pièce a été emmurée et est restée inaccessible depuis au moins 20 ans.

Au lieu de ça, ils ont trouvé une belle caméra 16mm, réduite en miettes, ainsi que du matériel de tournage lui aussi détruit – des projecteurs fendus, des fonds déchirés, des c-stand pliés comme de vulgaires trombones, des peintures bon marché et des menus factices parsemaient le sol. Ainsi que trois corps.


Trois corps en décomposition, dans un état beaucoup trop dérangeant pour en donner une description – bien que le terme « à moitié dévorés » ait été lâché.

La façon dont l'équipement, ou les corps, se sont retrouvés là reste à découvrir. Les murs et le toit
n'ont pas été endommagés, et aucune trace d'un quelconque tunnel n'a été trouvée sous la dalle de béton du sol.

Cette étrange découverte a bouleversé l'intégralité du comté. À l'heure actuelle, personne ne peut expliquer comment 3 morts et tout un attirail de tournage ont pu apparaître de nulle part dans un espace emmuré.

Cependant, c'était d'autant plus choquant en ce qui me concerne, étant donné le contenu d'un récit manuscrit que m'a laissé une ancienne patiente.

Elle s'appelle Kathryn Soo. Elle a été internée de son plein gré, plusieurs mois auparavant, à l'Hôpital Psychiatrique de Marsdale, où je suis médecin de garde, puis a été libérée peu de temps avant la terrible découverte faite à l'ancien entrepôt. Je ne suis plus en contact avec la jeune femme. Cependant, je pense que tu trouveras son témoignage – dont ce que j'ai joint est une transcription – des plus fascinants.

Cordialement,


Dr Larry Schurr


*****




Témoignage de Katy Soo


01/05/2015,  Hôpital Psychiatrique de Marsdale


Juste pour information, tourner le film de Bella Cardone au Three Friends Diner n'était pas mon idée. Je lui ai dit que c'était sûrement une arnaque ; aucun restaurateur de Los Angeles avec un tant soit peu de cervelle ne nous aurait fait payer un si bon prix pour un endroit aussi photogénique. Je lui ai répété bien assez de fois que ça sentait mauvais.

J'avais raison. J'aimais avoir raison, avant.

Revenons un peu en arrière.

Je m'appelle Katy. J'ai 21 ans. J'étais en troisième année de licence à l'Université d'État de Californie à Northridge, à préparer ma maîtrise en administration des affaires et à étudier la production cinématographique. J'aimais passer les coups de fil, organiser, et remplir la paperasse que la plupart des étudiants détestent. Aussi, je me suis faite une modeste réputation d'experte en pré-production parmi mes camarades, mais aussi chez mes amis et connaissances d'autres écoles.

Bella Cardone était une de ces connaissances ; une étudiante italienne de 29 ans, rencontrée dans un pauvre festival de films d'horreur. Elle avait déjà travaillé pour une chaîne de télévision à Rome pour faire... des trucs, mais rêvait d'écrire et de réaliser pour Hollywood. Avec environ une douzaine d'autres personnes, la plupart étrangères, elle s'était inscrite un an et demi sur les deux ans du master à la New York Film Academy ; elle écrivait un script qui devait lui servir de mémoire universitaire, et m'a demandé de l'aider pour organiser la production de son film.

Son script parlait d'une artiste fauchée, travaillant en tant que serveuse, qui se fait larguer par son copain et qui a une crise existentielle dans laquelle elle s'imagine empoisonner et torturer ses clients, avec à son summum, des cut épileptiques la montrant se trancher les veines et se noyer dans l'océan.

Elle voyait un peu trop grand, le grand classique.


On avait besoin de bloquer 5 lieux : un appartement, une plage, un parc, quelque chose qui pourrait servir de cachot, et un restaurant. Pour la plage et le parc, c'était relativement facile, et une camarade de Bella était d'accord pour nous laisser utiliser son appartement au Nord d'Hollywood pour 2 jours. Sandeep, un autre camarade, assez réservé, m'a parlé avec discrétion d'une boutique SM avec un cachot aux sous-sols qu'ils louaient – rarement, cependant – pour des tournages. Je ne sais pas comment il s'est retrouvé familier avec ce genre d'endroit, et ne suis pas vraiment sûre de vouloir le savoir, mais ça répondait parfaitement à nos besoins. Ce qui ne laissait donc plus que le restaurant, ce qui reste compliqué pour des étudiants et cinéastes indépendants.

Alors quand j'ai trouvé un petit restaurant français à Encino sur Craiglist, pris contact avec le gérant, joué la carte de « l'étudiant fauché » si bien qu'il nous a accordé pour un petit peu plus de 400$ l'utilisation de son restaurant pour une nuit, j'étais prête à signer les papiers, prendre l'autorisation, et passer à autre chose. C'était 2 semaines avant que Bella n'organise le premier jour de tournage, et j'avais un million d'autres préoccupations – de l'assurance de responsabilité civile, en passant par la nourriture et aussi à demander aux élèves de premier cycle de nous donner un coup de main en tant qu'assistants techniques.

Bella en revanche, pensait que $400 pour une nuit était trop cher, et restait persuadée de pouvoir trouver mieux. Elle a donc posté elle-même l'annonce « Recherche restaurant pour film étudiant » sur Craigslist. J'avais déjà posté une annonce similaire trois semaines auparavant (c'est comme ça que j'ai trouvé le restaurant français à Encino), et Bella a reçu les même réponses des mêmes personnes que moi.

À une exception : un e-mail de gsjegjpdg@me.com, qu'elle m'a transféré. Voici ce que ça disait :

« LOCATN PS CHER pour etudints en cniema ! Restarant dsna la banlieu de Losangeles, 35 weller ave, 100 puor une jounrée. Rep nodez a cet email, la clef vuos sera envoyé, paiemnet le jour meme. Huere locale, 3 decmbr aprs-midi. »

Ça m'a tout de suite paru suspect. $100 pour une journée de tournage me paraissait un peu trop beau pour être vrai. L'orthographe, le manque de coordonnées, et le fait que lorsque j'essayais de répondre à l'e-mail je ne recevais rien d'autre qu'un message d'erreur, allait aussi dans ce sens. C'était tellement étrange que j'en ai gardé une copie.


Et puis il y a eu la clef.

La clef a été trouvée dans la boîte aux lettres de Bella, sur le campus, dans une enveloppe marron tachée, vierge de toute adresse. Et comme si ça n'était pas suffisamment glauque, elle était accompagnée d'une note où on avait griffonné – « clef puor 3 frends dinr. »

J'étais prête à voir ça comme une arnaque et on en aurait fini avec tout ça. Mais Bella pensait que nous devions au moins aller à l'adresse donnée et parler au gérant. Selon elle, si c'était vrai, le marché était trop bon pour passer à côté. Les films reviennent cher, et on était déjà en train de dépasser son budget. J'ai donc accepté d'y aller avec elle et Hamed Shirazi, le cadreur, au 35 Weller Avenue, qui se trouvait au beau milieu du quartier des arts.


Mon amour pour ce quartier est assez mitigé.

C'est un super endroit pour retrouver une amie dans son nouveau loft. Il y a quelques restaurants et peintures murales sympas, et le contraste crée par les poubelles taguées, les fils barbelés, et les files d'attentes malodorantes devant les locaux des services sociaux partageant le quartier avec des salles de yoga, des BMW et des magasins de souvenirs vendant à la criée des pulls pour bébé à 80 billets, reste ironiquement poétique. Mais les rues sont à sens unique et les parkings gratuits sont inexistants. J'ai ainsi tourné en rond pendant un bon quart d'heure avant de finalement laisser tomber et de me garer dans un parking à $10.

« Weller Avenue » n'était pas vraiment une rue, mais plus une allée – une courte, étroite allée sans issue qui se séparait de la 3e rue. Un grand immeuble en forme de « L » occupait les côtés Est et Nord de Weller. Visiblement c'était une boîte de nuit fermée en attente d'être reconvertie en galerie d'art. Les fenêtres condamnées étaient couvertes d'affiches déchirées et sales, qui montraient des spectacles déjà joués et des groupes depuis longtemps séparés, et des graffeurs (plutôt ceux affiliés aux gangs que ceux d'Arts Foundation) avaient trouvé leur chemin vers les murs vert marin et les bennes abandonnées dans un coin.

L'entrepôt, gris et miteux, qui marquait le côté Ouest de Weller, au  918 E, 3e rue, avait l'air complètement inoccupé. Un panneau pendait à une fenêtre ; visiblement l'édifice avait été racheté par l'East River Department, nom que je reconnaissais – mon père connaissait des gens qui avaient travaillé pour cette compagnie. Ils achètent de vieux immeubles commerciaux pour les transformer en appartements branchés hors de prix.

En revanche, ce que l'on voyait le plus était la peinture murale sur le mur Nord. Elle représentait la tête et le buste d'une femme, face inclinée vers l'Est. Elle avait la peau bronzée, des lèvres rouge-rubis, et ses cheveux flottaient en différentes teintes de bleu ; bleu pervenche aux pointes, s'assombrissant jusqu'à un bleu lavande foncé aux racines. Ses yeux étaient fermés. À l'arrière plan, plus loin derrière elle,  apparaissait ce qui semblait être une orangeraie. C'était une peinture magnifique, et bizarrement hypnotisante. Si on la regardait d'une certaine façon, elle paraissait jeune et innocente, avec un sourire timide. Alors que si on penchait la tête, ou plissait les yeux, des rides apparaissaient sur ses joues, et ses lèvres formaient alors une moue de dédain.


Je n'ai vu qu'une seule porte, menant à l'intérieur du bâtiment gris.

C'était une porte en mauvais état à la peinture écaillée, avec une poignée en laiton et une serrure. Pas de nom d'entreprise, ni de numéro de rue. Ça ne pouvait pas être le restaurant de Craigslist – Three Friends Diner, il me semble. Comment qui que ce soit aurait pu trouver l'endroit ? J'étais toujours en train de réfléchir quand Bella et Hamed m'ont trouvée.

Hamed a demandé, « Bordel, il est où ce restaurant ? » Je lui ai répondu qu'on était censés y être, en lui montrant notre localisation sur mon portable. On commençait à se demander si on se foutait pas de nous. Bella de son côté n'avait pas l'air très inquiète, elle fixait la peinture murale. «C'est beau, on peut filmer ? » J'ai haussé les épaules et lui ai dit qu'on risquait d'avoir des problèmes de copyright. De plus ça n'avait pas l'air d'être l'endroit où on allait filmer puisque nous n'étions pas devant un restaurant. Elle m'a regardé en fronçant les sourcils, a pris les clefs de son sac et a marché vers la porte en bois. « Ici ? » Je lui ai répondu que je ne pensais pas que ce soit ici, qu'il n'y avait ni panneau, ni rien. « Je veux dire, tu peux essayer, mais franchement je doute que cette clef rentre dans cette... » Et avant que je finisse ma phrase, elle a tourné la clef, puis la poignée. Avec un craquement, la porte s'était ouverte. Hamed et moi l'avons rejoint et, ensemble, on est entrés. J'entendais la main de Hamed parcourir le mur, et d'un coup la pièce s'est illuminée d'une chaude lumière dorée.


On se trouvait au Three Friends Diner. L'endroit était parfait.

C'était plus grand que ce que je pensais, rectangulaire, la cuisine ressortait du mur nord. Il y avait derrière la cuisine un petit corridor qui menait vers des sanitaires et une petite pièce qui pouvait servir de stockage à sec. Les murs étaient peints dans un rouge exceptionnel qui donnerait certainement un rendu magnifique sur pellicule, et les chaises, tables et box donnaient un beau contraste en noir et gris. Aussi une salière, une poivrière, une bouteille de ketchup vide, et un vase rempli de lys en plastique ornaient chaque table.

J'ai dit à Hamed – qui était en train d'examiner une série de vitraux - de ne pas trop s’enthousiasmer pour l'instant. « On ne sait pas encore combien de courant tu auras pour travailler » Il m'a joyeusement dit que c'est ce qui était génial. « Je n'ai même pas besoin de tant de courant que ça. Si on vient assez tôt et qu'on change toutes ces ampoules, je pourrai me servir des lampes. Et vraisemblablement cet endroit n'a pas encore ouvert, ce qui fait que je n'ai pas à partager l'alimentation avec quoi que ce soit. »

Il avait raison pour ça. Les congélateurs et réfrigérateurs étaient vides et débranchés, la pièce de stockage était vide, et il n'y avait ni assiette ni verre ni morceau de viande à trouver. C'était de toute évidence un nouveau restaurant, le petit dernier d'une longue liste qui s'est implantée ici ces trois dernières années avec la montée de richesse du quartier. Bien sûr qu'il était dur à trouver. Ça jette un air de mystère au restaurant ; l'impression d'exclusivité attire le follow sur Twitter.

Bella nous a annoncé qu'elle l'adorait. « Tu peux avoir le permis de filmer ? »

J'ai essayé de l'en dissuader. Quelque chose à propos du Three Friends Diner me rendait nerveuse, qui me dressait les cheveux de la nuque. Mais c'était exactement ce que Bella recherchait, et Hamed prévoyait déjà les séquences, et les cheveux de ma nuque n'avaient aucune chance devant un idéal de logistique splendide et peu coûteux. Le restaurant n'avait pas encore ouvert, ce qui voulait dire qu'on pouvait tourner de jour, décorer comme bon nous semblait et placer la caméra n'importe où sans risquer de déranger quelqu'un. Aussi, le 3 décembre – date que le mystérieux propriétaire a insisté pour que nous venions – était dans notre planning des 6 jours de tournage.

Bella m'a dit, « À cheval donné, on ne regarde pas en-dessous. »

Je pense qu'elle voulait dire, « À cheval donné, on ne regarde pas les dents. »

Cette expression est une référence au Cheval de Troie, donné en tant que gage de reddition par les Grecs durant la Guerre de Troie. Je ne sais pas pourquoi les gens continuent de la répéter. Parce que si les Troyens avait effectivement regardé dans la bouche du cheval de bois, l’Iliade aurait eu une tout autre fin.


Comme je l'ai dit avant, j'ai été forcée de me garer sur un parking à 10$. Et, comme par hasard, l'iPhone du gardien ne fonctionnait pas, donc je ne pouvais pas payer avec ma carte. Je n'avais pas de liquide ; le gardien m'a indiqué le chemin vers une supérette sur Alameda qui avait un distributeur. Il commençait à faire nuit, et je n'étais pas vraiment enchantée à l'idée de courir partout en centre-ville toute seule. Même si on était dans un quartier branché, Skid Row se trouvait à seulement quelques pâtés de maisons.

La supérette attirait l'attention comme une dent en or ; un petit bout de ce qu'était le quartier autrefois, coincé entre un café et un chantier. Un néon fissuré indiquait « Alameda Mart », le frigo à glaces était rempli de glaces à l'eau La Michoacana, et la caisse se situait derrière une vitre pare-balles. Je me suis engagé dans une bataille avec ce qui devait être le distributeur le plus lent de l'histoire, et j'étais si préoccupée à insulter mentalement l'écran et ses « chargements en cours » que je n'ai pas remarqué le seul autre client du magasin.

« Besoin de payer le parking ? »

Je me suis retournée. L'homme était de toute évidence un sans-abri – il portait un jean crasseux, une veste militaire tachée, et son visage tanné montrait le dur quotidien des jours passés sans savon.

J'ai acquiescé et souri.

« Vous êtes une touriste ? »

J'ai fait non de la tête, et lui ai dit que nous étions des étudiant en cinéma. « Mon amie va tourner dans ce restaurant sur Weller. »

J'ai directement douté quant à la sagesse de donner cette information. Je ne voulais pas qu'il se ramène et commence à faire la manche. Mais les traits de son visage barbu se sont affaissés, et le ton de sa voix était finalement plus celui d'une mise en garde.

Il a murmuré : « Il n'y a aucun restaurant sur Weller, il n'y a que Bessie. »

J'ai ri bêtement. «  Bessie ? »

Il a acquiescé, il m'a dit que c'était comme ça que les gens du coin l'appelaient. « Les anciens disent qu'elle peut faire changer, faire apparaître, disparaître des choses. »

Il a ajouté en se penchant vers moi, plissant les yeux et dans un murmure de conspiration, « Si j'étais vous, je resterais en dehors. Ils disent que tous les 20 ans, pour une journée, Bessie vient, et se nourrit. »


J'allais lui demander de détailler ; d'expliquer qui était « Bessie », pourquoi je devrais avoir peur. Mais juste après, le propriétaire du magasin a remarqué le sans-bri et lui a hurlé des mots que j'imagine ne pas être de politesse en espagnol. Le temps que je me retourne après que la machine ait finalement craché mes billets, il avait disparu.

Sur mon chemin pour aller au parking, j'ai dépassé Weller. La fille aux cheveux bleus était là où je l'avais laissée. Debout devant une orangeraie en deux dimensions, de trois quarts de profil, faisant face à l'ouest, en direction de la porte du Three Friends Diner, les yeux fermés. C'était elle « Bessie » ?

Puis, la peur m'a envahie comme une douche froide, et j'ai couru. J'ai piqué un sprint vers le gardien et je suis sortie aussi vite que je le pouvais. Quelque chose dans cette peinture murale m'a fait peur au plus profond de mon subconscient. À la moitié du trajet pour l'autoroute 405, j'ai trouvé ce qui clochait.

Elle – Bessie – tournait la tête du mauvais côté.


******


Les cinq premiers jours de tournage de Bella se passèrent étonnamment bien. Si bien qu'en arrivant au Three Friends Diner pour le 6ème et dernier jour, le 3 décembre, j'avais oublié ma peur pour cet endroit.

Hamed était déjà là depuis une heure, changeant les ampoules et déchargeant l'équipement avec Esteban l'éclairagiste et deux techniciens, Miguel et une nouvelle qui a dit s'appeler Andrea. Notre fourgon était garé devant, obstruant partiellement ma vue sur la peinture murale. Mais je pouvais dire que Bessie était orientée vers le Nord-Est, en direction de l'ancienne boîte de nuit. Tout comme elle l'était la première fois que je l'ai vue. Évidemment. Il faisait sombre la nuit d'avant, et j'avais dû me faire peur toute seule. J'avais dû voir des choses qui n'y étaient pas.

Je me suis frayé un chemin à travers les lampes et les c-stands, installé mon iPad sur une table libre, et travaillé sur l’emploi du temps des points de déchargement des équipements, tandis que les membres de l'équipe arrivaient un à un. J'ai entendu la voix de Katia au moins une minute avant qu'elle n'entre avec Bella. Bordel, cette fille était tellement bruyante. Travailleuse, aussi ; pas étonnant qu'elle soit une si bonne assistante de réalisation. Puis est arrivé Venna, la chef décoratrice, portant une grande boîte de photos encadrées venant d'un entrepôt d'accessoires et des menus qu'elle avait elle-même réalisés. Nairi, l'assistante caméra en chef, installait la Arri tandis que son larbin du jour chargeait le film. Ensuite deux autres équipes, Pete et Ryan, Kaylee et Michelle, les assistants techniques. Lisa, la scripte. Dante, le gars du son. Et enfin Ming, la maquilleuse.

Quand les acteurs sont arrivés, Hamed et les gars mettaient en place les lumières pour le plan d'ensemble, on a appelé Katia pour les derniers détails, puis on a poursuivi sur les gros plans. Les quatre premières heures étaient toutes aussi fluides et productives qu'on était en droit de l'espérer et, pour un court instant, on a apprécié l'idée de finir tôt. On était en avance d'une heure sur le planning quand on a fait une pause pour manger, tout le monde parlait, rigolait et passait un bon moment.


C'est là que les choses ont commencé à devenir bizarres.

Juste après avoir mangé, alors qu'on se rassemblait et qu'on résumait notre travail, une des assistantes techniques – Michelle – était partie aux toilettes.

Une minute après, on entendait un cri à glacer le sang.

Ryan a fait tomber un c-stand, et Nairi a failli faire tomber une lentille. Hamed et Esteban partait en direction des toilettes quand Michelle s'est mise à sprinter vers nous.

Elle hurlait en nous demandant qui était dans l'armoire de stockage. On s'est tous regardés. Elle nous a dit que c'était loin d'être drôle, qu'on l'avait fait tomber. Katia lui a demandé de quoi elle parlait, tandis que Michelle tremblait et semblait sur le point de pleurer.

Elle nous a dit, « Je suis allée aux toilettes, et j'ai entendu ce bruit sourd venant de l'armoire là-bas. Quelqu'un cognait à la porte.

Hamed lui a répondu qu'on n'avait rien entendu.

Michelle a répété que c'était comme si quelqu'un enfonçait la porte. « Et quand je l'ai ouverte, quelqu'un m'a percutée et a couru vers vous. »

Elle sanglotait. Hamed plissait les yeux et lui demandait si elle en était sûre. « Parce qu'on est tous là, et personne n'est venu en courant des toilettes.

Elle a insisté, en précisant qu'il portait un sweat à capuche noir. J'ai regardé si l'un de nous manquait. Négatif. Dix-sept membres de l'équipe, quatre acteurs. Et personne ne portait de sweat à capuche noir. Tous dans un restaurant qui ne comporte qu'une entrée.

J'ai demandé, assez bêtement, à Michelle si elle n'avait pas vu qui c'était.

Elle m'a crié qu'évidemment non. « C'est arrivé vraiment vite, j'ai juste vu un sweat à capuche noir, et une peau vraiment pâle. »

On n'a pas pu résoudre le mystère, et Michelle était vraiment secouée. Un des techniciens, Miguel, a proposé de la reconduire à Northbridge. Il disait qu'il devait y aller aussi, parce qu'il avait des cours l'après-midi. Mais c'était dur de ne pas remarquer le tremblement de sa voix et la moiteur de ses mains. Et soudainement Kaylee, l'autre technicienne, avait aussi des « cours » qu'elle avait oublié de mentionner, et a suivi le chemin des deux autres vers le campus.


Trois heures après cet incident, on a tout installé pour la dernière séquence dans la salle à manger avant de bouger vers la cuisine. Bien qu'on se soit accordés sans le dire sur le fait que Michelle cherchait soit de l'attention, soit fumait de l'herbe dans les toilettes, tout le monde était un peu à cran. Ce qui nous ralentissait.

Pour accélérer les choses, j'ai proposé mon aide à Venna pour meubler la cuisine. Elle avait apporté des planches à découper, des ustensiles, du pain, de la viande, et assez de produits indispensables aux restaurants pour faire d'une cuisine vide une office occupée. À un moment, elle a couru à sa voiture pour rapporter des assiettes qu'elle avait achetées à un magasin « Tout à 1$ ». De mon côté, je disposais les couteaux sur un râtelier. Pendant que je m'occupais de cette tâche, j'en ai accidentellement fait tomber un ; il a dérapé sur le sol et est parti se loger sous un gros réfrigérateur industriel. Je me suis mise à genoux pour l'atteindre et l'attraper. C'est à ce moment que j'ai entendu un crac derrière moi – une porte aux charnières résistantes s'ouvrait.

Je me suis redressée  et me suis retournée, toujours sur mes genoux. Un courant d'air froid m'a frappée au visage. Je me trouvais devant un congélateur ouvert, de la glace couvrait le derrière de la porte et les murs.


Il y avait des corps dans le congélateur.

De vieux corps en décomposition. La peau tannée, ridée, se détachait des os jaunâtres. Os qui étaient étrangement en très mauvais état, brisés, pulvérisés. De la moisissure verdâtre collait à ce qui restait des cerveaux au creux des crânes fendus. L'odeur putride de viande pourrie embaumait la cuisine.

J'ai fermé les yeux et j'ai crié. Et crié et crié et crié.


J'entendais la voix de Hamed, j'ai senti sa main sur mon bras qui me secouait. « Katy ! Il se passe quoi Katy ?! »

J'ai ouvert les yeux

Le congélateur était vide. Vide, et éteint.

J'ai levé les yeux pour voir Bella et Venna, qui se tenaient debout au-dessus de moi. Le reste de l'équipe était amassé autour de l'entrée de la cuisine ou regardait à travers la fenêtre qui nous séparait de la salle à manger.

J'ai bégayé que j'étais désolée, le cœur toujours emballé. « J'ai cru avoir vu un rat. J'ai ruiné une séquence ? »

Hamed a répondu que non, ils avaient fini. « T'es sûre que ça va ? »


J'ai hoché la tête. Je lui ai demandé si je pouvais lui parler, ainsi qu'à Bella et Katia dehors. Les trois ont accepté en silence. On a traversé la salle à manger alors que les autres installaient les lumières et la caméra dans la cuisine. Je devais leur dire. Nous devions partir. Maintenant. Quelqu'un... Quelque chose... essayait de nous faire comprendre que nous n'étions pas les bienvenus.

« J'ai cru voir... des choses mortes dans le congélateur. Il était allumé, il faisait froid, et il y avait cette odeur... »

Bella ouvrait grand les yeux, Hamed penchait la tête en fronçant les sourcils et Katia croisait les bras.

« Je veux dire, je sais que c'était qu'une hallucination. Mais ça faisait vrai, et je ne suis pas schizophrène, et ce qui s'est passé avec Michelle et... Je pense qu'on devrait partir. Il se passe quelque chose d'étrange ici. »

Je m'attendais à ce qu'ils se moquent de moi, ou me traitent comme une folle. Ils n'ont fait ni l'un ni l'autre.

Hamed a dit que cet endroit le faisait flipper lui aussi. « Pour commencer, où sont ces foutus propriétaires ? Qui donne la clef de son établissement à un étranger ? Soit ils ont un sérieux problème, soit ils ont d'autres motivations. » En baissant la voix, il a ajouté : « Et j'ai comme l'impression que quelqu'un nous regarde. »

Bella et Katia ont acquiescé, elles l'avaient senti aussi.

J'ai dit à Bella qu'on pourrait trouver un autre restaurant. « Tout ce qu'il nous faut c'est une cuisine – on peut facilement tricher pour que ça ressemble au même endroit. »

Hamed a ajouté qu'il ferait tout ce qu'elle voudrait qu'il fasse, mais qu'il faudrait envisager de ranger plus tôt.

Bella a regardé Katia, puis Hamed, puis moi. « On attend une heure. S'il ne se passe rien, on filme. »


On a décidé de ne rien dire ni à l'équipe, ni à l'actrice qui restait, à propos de l'accord que nous avions passé, de peur qu'ils paniquent, faisant une grosse histoire pour ce qui n'était sûrement que l'effet de l'obscurité sur une grande ville. Mais plusieurs d'entre eux étaient indéniablement apeurés et cherchaient une excuse pour partir.

Dès que nous avons tous les quatre passé la porte, Nairi et la deuxième assistante technique sortaient. Nous étions « trop immatures » pour elles, selon Katia. Dante, le gars du son, a demandé à Bella s'il pouvait partir plus tôt, puisqu'on n'avait pas besoin de lui pour la scène de la cuisine. Deux heures auparavant, il insistait pour rester et prendre différents sons de cuisine. Et quand les lumières ont eu fini d'être installées, la mise en scène répétée et les derniers détails répétés, on s'est rendu compte que Ming, la maquilleuse, avait silencieusement rangé ses affaires et était partie.

Aucune grosse perte. L'actrice était parfaitement capable d'appliquer elle-même le maquillage créé pour elle. Pete, un des techniciens, était plutôt doué pour faire la mise au point et Hamed m'avait appelé à tenir le clap. Aussi notre heure d'attente passait et rien d'étrange ne se produisait.


Finalement, Hamed a repris la caméra, et Bella a annoncé : « Action ! ».

L'actrice a étalé sans grand enthousiasme de la mayonnaise dans du pain, empilé de la viande et de la salade, puis a souri, l'air malfaisant. Elle s'est retournée pour attraper le détergent sous l'évier.

Et puis les lumières se sont éteintes.


Quelqu'un dans l'obscurité a hurlé, un cri perçant. Il y a eu un coup, puis un bruit sourd, puis les lumières de la salle à manger se sont allumées. Esteban avait trouvé l'interrupteur.

Lisa a crié que quelqu'un avait couru vers elle. « Qui m'a frôlée ? »

Hamed parlait avec un technicien. « Ça ne peut pas être une coupure générale, les lumières du bâtiment marchent parfaitement. »

Lisa a insisté en demandant qui l'avait poussée, mais Esteban nous a interpellés.

On s'est tous poussé pour aller dans la salle à manger. L'équipe de techniciens avait branché les cinq lumières que nous utilisions sur cinq prises différentes au milieu des tables. Les câbles d'alimentation étaient dispersés sur le tapis comme une toile d'araignée.

Chaque câble avait été sectionné. Tranchés en plein milieu ; des coupures parfaites, propres, aussi nettes que si elles avaient été faites au sécateur.


Katia a brisé le silence en demandant qui avait fait ça, en essayant vainement de cacher sa détresse.

Parce qu'elle savait que tous les dix membres de l'équipe avaient été dans la cuisine. Et que personne n'aurait pu couper les cinq câbles au même moment.


Hamed a demandé à ce que tout le monde sorte, sur-le-champ.

Personne n'avait besoin de se le faire dire une seconde fois. On s'est précipités vers la porte en bois et on s'est réunis sur le trottoir, sous les yeux fermés de la fille aux cheveux bleus. Les étudiants de Northbridge réunis ensemble, Katia faisait les cent pas, Venna lançait des regards noirs les bras croisés, et Bella essayait de reprendre le contrôle sur son plateau de tournage compromis.

Elle parlait à qui voulait écouter. « On ne peut pas laisser l'équipement ici. »

Ce à quoi Venna a répondu d'oublier ça. « Je me barre. »

Elle est partie en trombe. L'actrice a jeté un regard impuissant à Bella, a vaguement murmuré un « Appelle-moi », et a suivi Venna. J'ai regardé les quatre étudiants de premier cycle qui restaient – Andrea, Lisa, Pete et Ryan.

Ryan nous a dit que Miguel était censé les reconduire, et Lisa a balbutié qu'elle avait pris le bus.

Hamed m'a dit de les ramener. « Je vais rester avec Bella pour ranger. »

Katia a ajouté qu'elle resterait aussi. Esteban leur a adressé un hochement de tête.

Je leur ai dit que j'étais d'accord, et que je reviendrais les aider après les avoir déposés. « Donnez-moi une heure. »


Personne n'a parlé sur le trajet du retour vers le campus. Le silence était coupé par les sanglots occasionnels de Lisa. Les deux gars regardaient à travers leurs fenêtres respectives. Je les ai laissés devant les résidences universitaires, puis j'ai fait demi-tour avec ma voiture en direction de la 405.


Je ne pouvais pas m'arrêter de réfléchir sur ce que je venais de vivre. Des personnes aux intentions mal définies nous ont attirés au Three Friends Diner, laissé une clef à un groupe de parfait étrangers, demandé à ce qu'on filme aujourd'hui – le 3 – et ne se sont même pas dérangés pour venir récolter la somme ridiculement suspecte qu'ils ont demandé comme paiement. Pourquoi ?

Pour se foutre de nous ? Étions-nous victimes d'une sorte de caméra cachée ? Y avait-il une trappe ou une deuxième entrée qu'on ne connaissait pas ? Peut-être qu'il y avait des projecteurs dans la cuisine, créant l'image dérangeante des corps en décomposition dans le congélateur.

Mais comment expliquer l'odeur ? Ou le froid ? Ou le spectre à capuche qui a produit ces coups contre la porte de l'armoire que seule Michelle a pu entendre ?

Pour la deuxième explication – on a été victime du spectre que le sans-abri appelait « Bessie ». C'était une revenante, ou un démon, et nous étions des intrus sur sa propriété.

Alors pourquoi ne pas avoir commencé par l'effet le plus impressionnant – les câbles tranchés ? Pourquoi systématiquement approcher une personne à la fois ? Et cette théorie du poltergeist n'expliquait pas qui nous avait menés au Three Friends Diner, ni pourquoi.
Qui nous y a menés, pour nous faire fuir.


Three Friends Diner.


Alors que je rejoignais la 101, 4 minutes après minuit, j'ai compris.

Gardant une seule main sur le volant, j'ai appelé Bella trois fois, Hamed deux fois, puis Katia, Puis Esteban. À chaque fois, je suis tombée directement sur leur messagerie. Je leur ai laissé des messages – des messages hurlés, implorants, leur suppliant d'oublier l'équipement et de courir aussi vite qu'ils le pouvaient hors du Three Friends Diner. Puis j'ai appelé le 911, et sangloté que mes amis étaient en grave danger au 35, Weller Avenue. On m'a calmement assuré que de l'aide y serait d'ici 10 minutes.

J'y ai été avant les secours.

Les lampadaires du pâté de maison s'étaient éteints, donc j'ai dû trouver mon chemin au 35 Weller Avenue avec mon portable et le clair de lune pour me guider. La faible lumière bleuâtre de mon portable est tombée sur le mur Est vert marin, puis sur le fourgon ouvert et à moitié chargé, puis enfin sur Hamed. Il était effondré sur l’asphalte, baignant dans un liquide sombre.

J'ai couru vers lui, hurlant son nom encore et encore. Il ne répondait pas. Je voyais son torse monter et descendre faiblement quand je me suis agenouillée à ses côtés, et ai senti une faible pulsation au niveau de la carotide. Je l'ai fait rouler sur le dos. Il y avait une grosse coupure sur le côté de sa tête ; ses cheveux étaient collés par le sang. Son bras gauche pendait dans un angle étrange. Mais la blessure la plus douloureuse, et celle responsable de tout ce sang, était une série de cinq lacérations profondes sur son biceps droit. Le muscle était arraché, et l'os brisé était visible à travers l'amas de rubans de peau et de tissus hachés.

Le positionnement des lacérations concordait avec celui de cinq doigts. Cinq doigts très longs, avec de très longues griffes...

J'ai déchiré ma veste et l'ai serrée autour de son bras en guise de garrot. Je réfléchissais à toute vitesse. Quelque chose avait attaqué Hamed. C'était parti. C'était parti ? Bella. Katia. Esteban. Ils étaient où bordel ?

Je me suis relevée. Les secours était sur le chemin, et je ne pouvais pas faire beaucoup plus pour Hamed jusqu'à l'arrivée de l'ambulance. Mais les autres étaient encore dans le Three Friends Diner, et si mes peurs étaient justifiées...


J'ai couru à la porte.

Mais la porte n'était pas là. Je fixais un mur gris, un mur intact.

Je me suis précipitée à l'angle de l'impasse, puis sur le trottoir, scrutant le long du mur avec mon portable. Je faisais des allers et retours, encore et encore, sentant le béton dur sous mes doigts. Rien. L'unique entrée du Three Friends Diner venait de... disparaître.

Puis les lampadaires se sont allumés. J'ai fait un pas en arrière, et mon horrible impression se confirmait. J'étais sur Weller Avenue, je regardais dans la bonne direction, mais il n'y avait pas de porte. Au loin, je croyais avoir entendu des sirènes. J'ai regardé la peinture murale – celle de la fille aux cheveux bleus, se tenant devant une orangeraie.

Elle avait disparu, elle aussi.

À sa place, il y avait une vielle femme desséchée, la peau parsemée d’écœurants grains de beauté et de taches de vieillesse. Ses cheveux étaient les cheveux sales, filasse et hirsutes d'une sans-abri. Sa bouche grande ouverte prenait toute la longueur de ses joues, découvrant des dents noires, pourries, aiguisées et ruisselantes de sang. Beaucoup de sang. Sang qui coulait le long du mur vert marin, comme de la pluie, formant une flaque sur l’asphalte.

Ses yeux étaient ouverts.

Ses yeux, jaunes et injectés de sang. Ses pupilles dilatées étincelaient frénétiquement. Ses yeux globuleux, me fixant, impossibles à détailler. Ça n'était pas de la peinture. Ses yeux étaient réels. Puis ses pupilles de 30 cm se sont déplacées, et je jure que son sourire s'est agrandi. Elle me regardait.

C'était Bessie.

Je ne me rappelle pas de l'arrivée de la police, ou des pompiers ou encore de l'ambulance. Je n'ai pas fait attention quand ils ont mis Hamed sur un brancard, ni quand ils l'ont installé dans l'ambulance. Et je n'ai pas non plus de souvenirs de l'arrière de la seconde ambulance, ni du psychologue urgentiste, ni des questions auxquelles j'ai répondu pour les médecins, ni des médicaments.

Ils m'ont dit que je pleurais et rigolais en même temps. Et que je n'arrêtais pas de répéter : « Elle n'en voulait que trois. »


Tout ce que je sais c'est que je me suis réveillée vingt-trois heures plus tard, dans une petite chambre de désintoxication de la clinique psychiatrique privée où mes parents m'avaient transférée. J'y suis restée pour les dernières 49 heures qu'indiquait la loi californienne dans un cas comme le mien, puis je suis rentrée à La Crescenta avec ma famille.


Aux dernières nouvelles, Hamed aurait repris conscience et pourrait parler avec des mots simples comme « salut » ou « oui ». C'est bon signe ; les dégâts au cerveau sont peut-être moins importants que ce que pensaient les médecins. Par contre, sa mémoire est flinguée. Il ne se rappelle pas avoir voyagé pour aller aux Etats-Unis, et encore moins de la nuit qui lui a valu ses blessures. Il a eu de la chance, si un tel mot peut être appliqué dans de telles circonstances, que son épaule gauche ait pris le plus gros de l'impact quand il s'est pris le mur. Sa tête est retombée sur l’asphalte à une vitesse moins grande. Les médecins ne sont pas trop sûrs de ce qu'ils doivent faire de lui. Ses blessures suggèrent que quelque chose l'a projeté comme une poupée de chiffons contre le mur est de la boîte de nuit.

J'ai tout dit à la police – de l'étrange e-mail et la clef aux terrifiantes transformations de la peinture murale. Sauf que l'e-mail avait disparu de mon ordinateur et de celui de Bella, qui ont été confisqués par la police en tant que preuves. La clef, aussi, a été perdue et n'a jamais été retrouvée. Et la peinture murale apparaissant sur les photos de la scène de crime est la même qu'avant l'inexplicable nuit – le charmant profil d'une fille aux cheveux bleus, les yeux fermés.

Ils avaient aussi l'air perplexe quand j'ai mentionné le 35, Weller Avenue comme un « restaurant ». Parce qu'aucun restaurant ne s'y trouve, ni y a existé dans le passé. Le 35, Weller Avenue n'était même pas une vraie adresse – il  n'y a jamais eu de porte sur le côté de l'immeuble au 918 E sur la 3e rue, et les bâtiments sont restés complètement vides de toute activité depuis six mois.

J'ai insisté. J'ai décrit, dans tous les plus petits détails, les murs d'un rouge profond, et la cuisine immaculée, et les petits vases sur chaque table. J'ai supplié aux policiers de regarder nos enregistrements. Mais j'ai appris que c'était impossible.

Notre caméra n'a pas été retrouvée. De même que la moitié de notre équipement, tout n'avait pas été chargé dans le fourgon. Tout comme Bella Cardone. Et Esteban Serra, et Katia Milicevic. Les trois n'ont pas été vus depuis la nuit où j'ai été trouvée, délirante, aux côtés d'Hamed à moitié mort. Leur cartes de crédit n'ont pas été débitées, leur voiture étaient toujours garées dans le quartier des Arts, et leurs téléphone étaient tous éteints.


Les policiers ont parlé aux autres membres de l'équipe – j'espère qu'il corroboreront mon histoire. Ils ont aussi qualifié l'agression d'Hamed de « bestiale », et la disparition de Bella, Esteban et Katia comme étant sûrement une « tentative d'outrepasser la validité de leur visa ». Ils ont gardé une grande partie des détails hors de la portée du public. Je suppose qu'ils n'avaient pas envie de devoir expliquer comment un lion gigantesque s'était débrouillé pour se faire pousser un pouce opposable, attraper et balancer un homme contre un mur à 95 km/h.


En ce qui me concerne, je suis maintenant une internée volontaire au Marsdale Psychiatric Hospital, sous traitement pour trouble de stress post-traumatique et trouble de l'humeur non-spécifié. C'est pas trop mal ici. Ils me laissent fumer, et personne ne panique quand je me réveille en hurlant au milieu de la nuit.

J'ai compris trop tard la signification du nom – Three Friends Diner. Trois amis. Le sans-abri avait raison. « Bessie » existe. Elle peut faire apparaître et disparaître des choses – la clef, la porte, le restaurant. Elle incarne quelque chose d'inhumain, de mal, quelque chose qui demande un sacrifice. Elle nous y a attirés. Elle a joué à ses petits jeux, faisant fuir un à un les membres de l'équipe, jusqu'à ce qu'il ne reste que le nombre souhaité. Puis elle a jeté Hamed à part comme un os de poulet, et a pris sa récompense.

Elle n'en voulait que trois. Trois amis. Bella, Katia, Esteban.





******

À : Dr Jeremy Fuentes

Professeur d'Anthropologie Culturelle

Université de Californie, Berkeley


Jeremy –

En complément de ma dernière lettre, je devrais ajouter que les trois corps trouvés dans la pièce secrète au 918, 3e rue ont été identifiés comme ceux des trois étudiants étrangers disparus – Bella Cardone, Katia Milicevic, et Esteban Serra. La police reste perplexe sur comment ces malheureux jeunes gens ont trouvé la mort, bien que des preuves indiquent qu'ils ont été mutilés par un animal extrêmement grand et extrêmement violent.

Nous avons aussi appris que le bâtiment au 918 E 3e rue, qui est supposé avoir abrité le « Three Friends Diner », a été précédemment rénové au début des années 1990. Selon les plans du bâtiment, la « pièce secrète », dans laquelle les corps furent trouvés, était supposée être à l'origine un placard de stockage. Mais l'entreprise a décidé plus tard d'interdire la zone, probablement après que trois ouvriers de nuit y ont été retrouvés morts. On attribua leur mort à une « explosion ». Une explosion que personne ne vit, ni n'entendit, et qui ne fit aucun dégât matériel.

Les trois ouvriers ont été retrouvés morts le 4 décembre 1994. Ce qui est fascinant, parce que les trois étudiants – les camarades de Katy – ont été portés disparus aux premières heures du 4 décembre 2014. Selon Katy, l'e-mail qu'elle a reçu disait qu'ils devaient filmer au « Three Friends Diner » le 3 décembre, l'après-midi. Une journée de tournage typique dure 12 heures, terminant leur journée peu après minuit, le 4 décembre.

Il me semble que le sans-abri de Katy parlait de quelque chose à propose d'une journée, tous les vingt ans.

J'ai regardé dans des livres à la recherche d'images, de vieilles copies du LA Times, des diapositives, des enregistrements des médias, etc. J'en ai inclus plusieurs pour ta lecture attentive. Dans chacune d'entre elles, depuis que l'entrepôt au 918 E. 3e rue a ouvert en 1920, la peinture murale de la femme aux cheveux bleus est présente. Aucun artiste n'a jamais pris le crédit de cette peinture. Et c'est toujours la même, elle n'a jamais été abîmée par la pluie, ou le soleil, ou le temps.

Enfin, pas tout à fait la même.

Parfois elle regarde vers l'Ouest, et parfois elle regarde vers l'Est.



 

Cordialement,

Dr  Larry Schurr




Traduction : Nevermore

Texte original ici.

vendredi 23 décembre 2016

Troisième édition du palmarès annuel

Oyez oyez, la fin de l'année est quasiment là, il est donc temps de réitérer le classement des meilleures creepypastas de l'année, comme en 2015 et en 2014 ! Comme l'an dernier, nous vous proposons de participer à ce classement en établissant le vôtre, le classement final prenant la forme d'un top 10 moyenné sur l'ensemble des votes.

Je rappelle donc les règles pour que votre vote soit pris en compte, ce sont les mêmes qu'en 2015 :

- Les participants établissent chacun un classement personnel de 10 pastas, NI PLUS, NI MOINS. Les classements comportant plus, ou moins de 10 publications ne seront pas pris en compte car ils ne peuvent pas entrer dans le calcul de la moyenne.

- Les ex-æquo ne seront pas pris en compte. Une seule publication à chaque position de votre classement.

- Le choix se fait parmi les publications ayant eu lieu entre le 1er janvier et le 31 décembre 2016. Tout classement comportant une publication antérieure se verra automatiquement refusé.

- Vous nous transmettez vos classements par les moyens habituels : Facebook, mail... listés sur la page "Contact", sur le topic ouvert sur le forum, ou en commentaire sur cet article. Sentez-vous libre d'y ajouter des remarques ou tout ce qui vous semble mériter d'être dit. ;)



L'année n'est pas tout à fait terminée mais c'est tout comme, comme ça au moins vous avez le temps d'y réfléchir, de venir nombreux, et le classement final sera plus représentatif. Merci d'avance pour vos contributions !