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Attention, les textes présents sur cette page peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes.
Nous rappelons qu'il s'agit de fictions et que nous n'encourageons nullement les pratiques répréhensibles en rapport avec les creepypastas.
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vendredi 1 août 2014

Holy lil Mary

Je sais pas comment commencer ce journal de bord, alors je vais juste vous dire ce qui s'est passé. Pendant que je le peux encore.


Premier jour

Vous savez, je suis pas un saint, je veux dire, personne ne l'est, sinon il ment, mais je suis quand même l'un des pires.

Je vais souvent sur des sites que la Police traque, où vous pouvez trouver des vidéos ou des photos avec des enfants. Oui, je suis un pédophile. Vous savez, je n'ai rien fait. Jamais rien fait. Je n'ai jamais touché à un enfant. JAMAIS ! Vous n'avez rien à me reprocher.

Alors que j'étais sur l'un de mes sites habituels, j'ai téléchargé l'une des nouvelles vidéos du jour. On aime partager. Ce site est bourré de pop-up, c'est pas étonnant, mais j'avais mis Adblock pour ça. Pourtant, ce jour-là une fenêtre pop-up s'est ouverte. Et j'ai vu que c'était pour télécharger une vidéo avec une petite fille. J'ai pris ça pour une arnaque, vous savez, un attrape-couillon. Quand j'ai passé ma souris sur la fenêtre pour la fermer, la vidéo d'exemple s'est mise en route. Vous savez ce qui m'excite avec les enfants ? C'est quand ils crient. Qu'ils demandent de l'aide. Que leur voix geignarde n'acclame que nous, qu'ils crient pour nous... Et cette fillette criait, suppliait son père de la laisser partir. Et plus il la frappait, plus elle criait et pleurait.

C'était beau.

Elle m'appelait.

Je n'avais pas pensé un seul instant à l'histoire que m'avaient racontée mes confrères, pourtant j'aurais dû. Je pensais à une légende urbaine, vous savez. Qu'une fille fantôme ou quoi vienne vous hanter. C'est des légendes tout ça.

Je ne l'avais pas relevé sur le moment, mais la vidéo s'est téléchargée en même pas une seconde. Peut-être était-ce un test, peut-être qu'elle était déjà là.

J'ai mis tout de suite la vidéo en route. Je ne voyais plus que cette vidéo, je n'avais d'yeux que pour le film.

Je ne sais pas si c'était elle, mais quand je me suis essuyé la main, la vidéo mise sur pause a crépité, et je crois avoir vu du coin de l'œil qu'il y avait eu un bug/glitch.

J'ai cliqué sur la croix, mais elle s'est mise en miniature à la place. J'ai cliqué pour la fermer et c'est là que j'aurais dû comprendre.

La vidéo avait changé. Maintenant, il n'y avait plus que le père, couché sur le dos sur le lit. Mes haut-parleurs ont émis un bruit. Un souffle bizarre. J'ai compris quelques secondes plus tard que la vidéo qui était sur « pause » tournait quand même, et que la respiration étouffée dans du liquide était celle de l'homme qui agonisait dans son sang, la gorge tranchée.

Je n'ai pas cherché à comprendre, et j'ai voulu fermer la fenêtre. Encore une fois, elle s'est mise en miniature et en voulant la refermer, elle s'est rouverte, comme avant.

La fillette, qui n'en était pas une (trop grande, trop vieille) était penchée au-dessus du corps de son père qui avait le ventre ouvert, et un
horrible bruit de mastications s'est fait entendre dans mes haut-parleurs.

Cette fois la vidéo a bien voulu se fermer.

J'aurais dû comprendre dans quelle merde j'étais, j'aurais dû comprendre que c'était pas un putain de snuff movie à la con, j'aurais dû comprendre, bordel.

Pourtant, putain, j'ai cru à un mauvais snuff movie.


Deuxième jour

Je recevais ce jour-là. Vous savez, si vous n'avez pas de copine, vous éveillez les soupçons. Je n'ai pas couché avec elle. Elle est moche, elle est trop grande, elle est froide.

Elle s'épile, mais je le sais. Elle a des poils qu'elle tente de me cacher. C'est répugnant. En plus, elle se maquille, elle fait des trucs dans ses cheveux et elle a de longs ongles. Elle a une poitrine opulente que je hais. C'est envahissant, ça ballotte, c'est lourd, c'est moche. Je hais son corps d'adulte moche. Je hais son corps de femme mûre. Je préfère les petites princesses aux belles-mères ridées.

Je fais bonne figure, mais je l'aime pas. C'est difficile vous savez.

Je recevais Anna ce jour-là. J'ai eu la trouille de ma vie quand la voix de la fillette s'est mise à crier son père. J'avais effacé la vidéo putain ! Je suis certain de l'avoir effacée ! Anna a voulu voir, mais je ne pouvais pas. Je pouvais PAS ! J'ai tout de suite su d'où ça venait.

Mon ordinateur s'était allumé, tout comme les haut-parleurs, et la vidéo s'était mise en route.

Heureusement qu'Anna n'avait rien vu. Je veux pas aller en prison pour si peu !

Ça aurait pu s'arrêter là, mais pendant la nuit, la vidéo, l'ordinateur et les haut-parleurs se sont enclenchés. Ça me réveillait à chaque fois et les chiens du quartier se mettaient à hurler, je dors la fenêtre ouverte.

Plus maintenant.

J'ai cru à un bug, à un virus. Mais je ne peux pas aller chez le réparateur. Je peux pas ! Alors j'ai débranché les haut-parleurs pour la nuit. C'était étrange, mais je m'étais convaincu que c'était un virus.


Quatrième jour

C'était hier.

Je n'ai pas dormi.

Les haut-parleurs débranchés, j'entendais quand même la fillette pleurer. Parfois, même quand je réussissais à tomber dans le sommeil, son cri résonnait à côté de moi pour me réveiller.

J'ai voulu bien me réveiller en regardant ma vidéo préférée, ce matin-là.

Mon fond d'écran avait changé, c'était l'une de mes photos. Je n'ai pas besoin de vous dire quel genre de photo.

Cette photo était dans un dossier fermé, caché, verrouillé. Oui, je paniquais. Encore plus après.

Je l'ai changé, vous pensez bien.

J'ai mis ma vidéo en route. Je voulais trop me branler, pour oublier ça.

J'adore cette vidéo, même si la plupart du temps le point de vue est éloigné, parfois le cameraman s'approche pour filmer en détail.

Mon passage préféré, le point culminant de l’œuvre quand il filme tout près l'antre de la fillette se faisant quasi écarteler.


 

Mais quand il a reculé, l'horreur.

La fillette qui était en fait clairement une jeune fille se tenait à côté de l'enfant.

Elle n'avait jamais été là. Je connais assez cette vidéo pour le savoir.

Le point de vue s'est fait alors sur le visage accusateur de cette fille.

Elle me fixait.

Oui, elle me regardait moi.

MOI !

Et elle avait un regard rempli de haine et de dégoût.

J'ai voulu fermer la vidéo pour fuir ce jugement injuste, la vidéo s'est mise en plein écran et son visage prenait tout l'écran.

Et elle continuait de me regarder.

Ça a duré une éternité où je n'avais aucun moyen d'arrêter ça. Ma souris n'apparaissait plus, mon clavier ne servait à rien.

Sa respiration se faisait entendre à travers les haut-parleurs qui refusaient de descendre le son.

J'ai débranché la prise. Ça continuait !

Mes oreilles ont explosé quand de la « neige » est apparue sur la vidéo, qui s'est ensuite fermée comme si de rien n'était.

Je ne pouvais plus éteindre mon ordinateur et je ne pouvais rien faire !

J'ai cru à un virus. Mais je ne peux pas aller chez le réparateur. Je ne peux pas ! Je peux pas, sinon ils vont voir mes vidéos et mes photos et prévenir la Police ! Je peux rien faire ! Je peux pas ! Je VEUX pas ! Je veux pas aller en prison alors que j'ai rien fait de mal ! Je suis juste un voyeur ! Ça fait rien ! C'est pas mal, n'est-ce pas ? Hein ? Je ne suis pas un violeur !

J'ai passé ma tête sous l'eau pour me remettre de mes émotions. Je n'avais jamais débandé aussi vite.

Quand je suis revenu, l'ordinateur semblait normal.
Tout s'était arrêté...


Cinquième jour

Je n'ai pas dormi de la nuit.

Je l'ai passée chez Anna, je ne pouvais juste plus dormir à la maison.

C'est là que j'ai vraiment compris que j'étais dans la merde.

Elle pleurait.

La fillette.

Dans la maison d'Anna.

Bien sûr, on l'a jamais trouvée, mais elle continuait de pleurer comme une enfant. Mais cette fois, ça me faisait pas bander.

En plus Anna ne l'entendait pas, qu'elle disait. Elle disait que ça devait être un voisin. C'est pas le cas, c'est pas possible. C'est elle.

Je ne suis plus sûr de rien, je suis fatigué, j'ai des blancs, mon esprit est embrouillé.

Je suis foutu, je peux rien faire.

Je suis parti tôt ce matin-là, et Anna a insisté pour me raccompagner. Je ne suis pas bien.

J'ai ouvert la porte de ma maison et on est restés coi. La maison était sans dessus-dessous. C'était elle. Comme un enfant perturbateur laissé sans surveillance.

J'ai couru à mon ordinateur.

Il était éteint; mais sur le siège, juste en face du bureau, il y avait un objet qui n'était pas à moi.

Un sac-peluche en forme de dauphin.

Bien que certaines personnes de ma famille aient des enfants, ils ne viennent jamais ici.

Je ne saurais pas voir des enfants qui n'ont d'yeux que pour moi chez moi. J'aurais trop peur de craquer. Je veux pas aller en prison.

Alors je n'ai aucun objet ou jouet pour les enfants chez moi. Ce serait trop louche.

Ce sac-peluche n'est pas à moi. En plus, ce sont des animaux malsains, les dauphins, derrière une image doucereuse.

Anna a voulu que je porte plainte pour harcèlement. MAIS JE PEUX PAS PUTAIN ! Quelle putain DE CONNE. Je peux pas ! Sinon la Police va demander si je sais pourquoi je suis harcelé, et ils vont savoir, ils vont savoir ce que je cache et je vais être arrêté.

Je peux rien faire, je suis foutu.

Alors je l'ai envoyée chier. Elle comprend pas, elle comprend rien, quelle conne. Alors je l'ai envoyée dehors.

La maison est calme aujourd'hui. Peut-être qu'elle a piqué une crise et qu'elle me fout la paix. Peut-être qu'elle est partie.

Mais je ne suis pas tranquille, je me sens épié. J'écris ceci sur mon ordinateur parce que ça s'est calmé. Je me sens pas seul, je suis

Putain, j'ai entendu du bruit.

Il y a quelqu'un dans la maison.

Ça voyage dans la maison.

Je me convaincs que c'est Anna. Pourtant... Ça peut être qu'elle. Ce n'est pas la fille. Après tout, ce n'était que sur l'ordinateur. C'est un virus en fait.

La maison en bordel ce sont des voleurs. C'est ça.

Pourtant, je n'ose pas me lever. Je n'ose pas regarder derrière moi, vers la porte. J'ose pas aller voir si c'est bien Anna. C'est Anna. Hein ?

Putain, ça se rapproche.

J'ose pas me retourner, j'écris, ça va la stopper, ça va s'arrêter, elle va rien me faire si j'écris, hein ? Hein, elle va me laisser écrire, je vais continuer, elle fera rien, elle va pas interrompre, c'est stupide stupide stupide, je suis sûr qu'elle va s'arrêter, je suis foutu.

Je suis foutu, pourquoi ? J'ai rien fait, j'ai jamais rien fait, je fais que fantasmer, je suis innocent ! Je suis innocent             


-------------------------------------------------------------------------


[PRO JUSTITIA]


Le mardi [------------] à [------], moi, Camille R[----], agent, ai reçu un appel signalant de multiples cris d'enfants de type « Je hais papa » venant de la maison située au [-------------] ; maison appartenant à Samuel L[-----], 47 ans, sans enfant.

Sur place, l'officier en chef Dominique K[----] accompagné par [------------] à [---] heure ont constaté que la maison était dans un désordre évident. Nous avons constaté le décès par mort violente de Samuel L.

[------------------------------------------------------------------------------------------------]

Le corps était étendu devant le bureau de l'ordinateur, crâne vers la machine. La chaise était renversée. L'ordinateur était toujours allumé et a été emmené chez les spécialistes après avoir pris une photo de la scène. La dernière note laissée semble avoir été écrite juste avant la mort de la victime, mais elle est incohérente.

Le médecin légiste [-------] a pu noter de multiples coups de couteau de petite dimension ; assénés essentiellement à la gorge, au buste et aux parties génitales. [----------------------------------]. Nous ignorons pour le moment si les coups aux yeux ont été volontaires ou non.

Sa petite amie, Anna D[------], 33 ans, sans enfant ; témoigna que Samuel L. avait un comportement étrange depuis quelques jours. Anna D. expliqua que, quand elle avait laissé son petit copain le jour précédent, la maison était dans l'état actuel. La jeune femme jura qu'elle lui avait demandé de porter plainte pour harcèlement mais qu'il avait vivement refusé et repoussé la jeune femme.

L'alibi d'Anna D. pour l'heure présumée du meurtre (la nuit passée au travail), est vérifié.

[----------------------------------------------------------------------------------------------------------].

L'ordinateur renfermait [----------------] et des fichiers pédophiles ; photos et vidéos.

Notre équipe a pu déterminer que certaines étaient enregistrées depuis plusieurs années.

L'équipe a également noté un fichier vidéo, pris par la webcam de l'ordinateur à l'heure présumée de la mort. La qualité est médiocre, notre équipe y travaille actuellement.

La vidéo montrait bel et bien la mort de Samuel L.

La victime, face à l'écran, dos à la porte ouverte, ne semble pas remarquer que la webcam enregistre et se lève brusquement, faisant tomber la chaise, quand une voix d'enfant, hurlant « je hais papa », retentit ; comme noté dans l'appel reçu. Samuel L. recule, visiblement apeuré.
La vidéo bug pendant quelques secondes. Une jeune fille apparaît dans l'embrasure de la porte.

La victime semble entrer en contact avec la jeune fille et elle se jette sur lui.

La jeune fille est habillée d'une robe rouge et d'un gilet de la même couleur. Cheveux foncés, vraisemblablement bruns et ondulés.

Les deux tombent au sol et la jeune fille semble lui asséner les multiples coups constatés à l'aide d'une arme tranchante (non identifiée), hurlant, elle aussi « Je hais papa ».

La vidéo dure plusieurs minutes avant qu'elle cesse et se jette sur la webcam, main en avant pour se cacher.

[---------------------------------------------------------------------------------------------------------].

La jeune fille répond aux caractéristiques physiques de Maryèce S[-----], 17 ans, atteinte du syndrome de Peter Pan, lors de son exécution ; accusée de cannibalisme sévère et jugée dangereuse pour la société.

[---------------------------------------------------------------------------------------------------------].

Son père, Rémi S[-----], accusé de pédophilie sur sa fille jusqu'à sa mort, aurait pu être condamné s'il n'avait pas été tué dans des circonstances similaires au meurtre de Samuel L [----].


[AFFAIRE CLASSÉE SANS SUITE]



Faites-moi penser à créer un tag "pédophilie".

mercredi 30 juillet 2014

La grotte

Le téléphone sonne, une dame s'explique. Après avoir fait une randonnée avec des collègues ils se sont trouvés nez à nez avec une grotte. Tout le monde est entré, sauf elle. Étant claustrophobe, sa copine est restée avec elle. Elles ont attendu leurs amis en dehors de la grotte. Après une longue attente, elle a essayé de les appeler par téléphone. Seul un bip continuel et brouillé a retenti.
Sa copine est ensuite rentrée, c'est là que cette dame a décidé de nous appeler.

Je faisais partie des quatre gardes forestiers qui sont intervenus.
On ne voyait pas le bout de la grotte. Comme si c'était un tunnel naturel qui s'enfonçait dans les ténèbres. Vu que le soleil commençait à se coucher, Alex a raccompagné la dame chez elle. Cette dernière nous avait donné des photos des disparus pour les identifier. Pendant ce temps, moi, je m'occupais de garder notre 4x4 au cas où. Les deux autres, Alain et Christophe, avaient préparé des fusils tranquillisants en supposant qu'il s'agissait d'un ours. Je discutais avec eux à travers le talkie-walkie pendant qu'il s'aventurait dans la grotte :

« Et donc tu penses que c'est un ours ? »

« Tu veux que ce soit quoi ? Des aliens ? »

« Personnellement, comme la dame n'a pas entendu de cri, je pencherais plus pour un tueur méticuleux. »

« Ou peut-être le big foot ! ahahahaha ! »

« ...C'est vachement profond comme grotte... »

« Ouais, ça fait bien 5 minutes qu'on marche. »

« Bon... Et toi dehors tu ne cailles pas trop ? »

« Ça va, je suis tranquille dans le véhicule. »

« J'aperçois quelque chose !! »

« C'est quoi ? »

« On dirait... une tombe... Et ça n'avance pas plus loin. »

« C'est la tombe de qui ? »

« ... Putain, c'est le portrait de la femme qui a disparu tout à l'heure... »

« Bordel... Allez viens on se casse ! »

« Allô ? »

"............................."

« Les mecs !! Allô ? »

Je suis resté perplexe... Rien, aucun cri, comme s'ils avaient disparu d'un coup. Juste des sons parasites. Je n'ai pas réfléchi, j'ai couru avec le fusil tranquillisant vers la grotte en criant leur nom. J'ai couru, couru... Je suis arrivé à la tombe dont il avait parlé... Personne... Seulement sur la tombe. Il ne s'agissait plus du visage de la femme, mais un visage étrange. On aurait dit celui d'Alain mélangé avec celui de Christophe.

Sous ce portrait, se trouvait inscrit une épitaphe étrange :


                                  J  E  R R O
                                  U     R E  I
                                  S  D  I
                                  T  E  E T


 


mardi 29 juillet 2014

La ferme

Je suis du genre solitaire, sans attache. Je voyage beaucoup, je suis pas stable pour un sou, j'dors chez l'habitant. J'ai rencontré des gens vachement sympas, entendu des histoires atroces, ai échappé à des chiens errants, dormi à même le sol ou dans un parking, bref j'ai roulé ma bosse en quelque sorte.




Mais y a une famille que j'oublierai jamais. Ah ça non. 




Je marchais depuis 1 ou 2 semaines, me nourrissant en faisant des tours de magie dans les p'tits villages, mais pas de quoi dormir dans un hôtel et personne ne voulait d'un pauv' clochard avec des loques comme vêtements, ça non... 




Et pis je suis tombé sur une ferme un peu cachée au fin fond d'une forêt, avec un grand champ vide autour de la baraque. M’avançant vers la porte dans l'intention de demander l'hospitalité ou au moins la charité catholique (les fermiers sont souvent catho) j'ai entendu un bruit de marteau, sans doute le vieux réparait une porte ou d'autres trucs dans le genre. 




Après avoir toqué à la grange sans réponse, je m’suis arrêté devant la porte, le poing levé. Un cri. Long. Animal. Horrible.
Une odeur de sang m'a attaqué les narines. Une vieille femme a ouvert la porte et a planté durement ses yeux dans les miens :




- Oui ? 
- Excusez moi, j'me demandais si ...
- Non.




Et elle a fermé la porte aussitôt. Sonné par la rencontre assez impromptue, j'ai fait demi-tour en direction des bois : la nuit était tombée et mon ventre réclamait sa pitance quotidienne. J'ai préparé un feu à une bonne distance de la ferme; de là où j'étais je voyais l'avant et l'arrière mais la grange m'était cachée. J'ai sorti un lapin donné par un fermier plus tôt dans la journée et j'ai reniflé la bonne odeur de viande grillée, mais l'odeur de sang était encore au fond de ma gorge. 








Après avoir "dîné", j'ai posé ma tête sur mon sac et j'ai contemplé les étoiles. L'air de la nuit était chaud, poisseux, humide, un vrai temps de merde, un temps où un bain glacé ne serait pas de refus... 




J'm'étais assoupi quand un bruit de fusil m'a réveillé en sursaut. Étant en campagne ce genre de bruit ne m’étonnait pas tant que ça, mais il devait être 3 heures du matin. Bien trop tôt pour la chasse, c'est certain. 




Mon regard s'est porté vers la ferme et j'ai senti directement le goût de la bile dans ma bouche. Une forme humaine se traînait par terre, les bras à moitié arrachés, un liquide noir sortant du bas, où il n'y avait... rien. Un homme, le fermier sans doute, courait dans sa direction avec une autre forme à ses côtes, une chose presque humanoïde, mais dont la "tête" était trop grosse, et qui boitait, comme si elle avait un pied bot : 




- Chope c'te salope henry, t'auras droit à un gros morceau ! 




L'homme avait un accent bien du sud profond et la créature a couru encore plus vite vers la forme agonisante qui se déplaçait d'une lenteur morbide. Mes yeux ont flanché et je m'suis retrouvé à vomir
sur mes bottes un lapin rongé par mes sucs gastriques. J'ai pris les deux ou trois bricoles que j'avais et jai couru en direction du village le plus proche, pour prévenir la police. 




Le lendemain la police a trouvé
dans la grange le cadavre d'une femme (du moins, on pense que c'est une femme). Dans la maison il y avait la femme et son mari, mais aussi une créature nommée Henry et qui semblait être leur fils, le pauvre avait des difformités atroces . 




Dans le champ d'à côté, on a découvert des dizaines de cadavres d'auto-stoppeurs ou de gens ayant fui leur maison, et qui avaient fini dévorés par cette famille de cannibales. 




Encore aujourd'hui je ne fais pas confiance aux fermes perdues au fin fond d'une forêt et je reste toujours le plus proche possible d'autres habitations. 



Témoignage recueilli?

lundi 28 juillet 2014

Il suffit d'un déclic

- Parle-moi un peu de toi maintenant, as-tu eu une enfance heureuse ?


- C'est bizarre, je ne me souviens que très peu de mon enfance...
C'est sûr, bon nombre de personnes ne peuvent se rappeler leurs souvenirs lointains, et rares sont ceux capables de raconter ceux-ci en détails, mais moi, mes souvenirs n'apparaissent qu'à partir de mes 10 ans, avant c'est le noir total. Évidemment, mes parents m'ont raconté quelques anecdotes et je les ai ainsi intégrées comme souvenirs, mais au fond de moi je sais qu'ils sont faux.   
Je ne suis pas folle vous savez, je sais que je n'ai pas été enlevée par des extraterrestres ou autres conneries de ce genre... À vrai dire je ne crois pas à toutes ces bêtises que sont les petits hommes verts, les fantômes ou autres créatures du même acabit, je ne crois qu'en moi-même et cela suffit amplement.
Oui, ça doit sûrement être dû à un coup que j'ai reçu à la tête ou un autre accident de ce type... Je ne me rappelle pas bien. Tout ce que je sais, c'est que de mes 10 ans à maintenant ma vie a été d'une banalité affligeante, une vie que toute personne saine d'esprit a vécue, aucun accident grave ou événement marquant, juste un long fleuve tranquille sans surprise. 
La seule chose qui sorte un peu de l'ordinaire c'est ma passion, j'adore prendre les bébés en photos, d'habitude on aime la photo en général mais moi je n'aime prendre que des clichés de bébés, plus spécialement des parties, une jambe, une oreille, un œil... N'allez surtout pas penser par là que je suis complètement cinglée, après tout ils sont si mignons et heureux et ce n'est pas comme si j'étais une meurtrière, non, non, je suis photographe professionnelle et je demande toujours l'autorisation des parents avant. Tout le monde a une passion, la mienne est un peu spéciale, c'est vrai, mais de là à dire que je suis folle !  De tout façon, la folie, chaque personne en possède un peu, il suffit de creuser, de trouver le déclic et c'est parti, je n'ai pas encore trouvé le mien et ne suis donc pas folle. Par contre, vous je suis sûre que vous l'êtes, il faut l'être pour trouver amusant de m'écouter parler de ma vie tout à fait normale et ennuyante. Vous croyez que je ne l'avais pas remarqué !? Je vois comme vous me regardez, la lueur dans votre regard, cet éclat, j'ai touché juste n'est ce pas ? Vous avez trouvé votre déclic ?  Je le savais ! C'EST VOUS ! C'EST VOUS LE FOU, JE L'AI TROUVÉ, C'EST VOUS ! JE VOUS L'AVAIS DIT ! VOUS ÊTES FOU ! C'EST VOUS QUI LES AVEZ TUÉS ! CE N'EST PAS MOI ! JE ME SOUVIENS MAINTENANT, JE VOUS AI VU !


- Oh ma chère petite, crois-tu que les gens écoutent ce que les fous racontent ? Nous sommes dans un hôpital psychiatrique et bientôt les chocs électriques auront eu raison de toi. Tes souvenirs commencent peu à peu à se dissiper et dans peu de temps tu ne te souviendras plus de ce que tu as vu.Tu as réussi à découvrir mes trophées et par ta faute on me les a retirés ! Mais ne t'inquiète pas, tu auras la chance de commencer ma nouvelle collection...


dimanche 27 juillet 2014

Douce effluve

La pauvre femme rentrait du travail. Dans sa grande maison, le silence lui rappelait l’absence de son fils. La femme ne voulait pas y penser. Son bébé, son petit, seul dans sa grande chambre blanche… Elle serra les dents, et sentit sa gorge se serrer. Elle ne pouvait pas aller le voir dans cet hôpital sordide… Il était tard. Elle était harassée.
Un bruit. Le téléphone sonna… La femme se précipita dans l’espoir de quelques bonnes nouvelles. La voix calme, presque amorphe, étreinte elle aussi de fatigue, retentit dans le combiné.
« Êtes-vous la mère de Matthieu **** ? »
Alertée, elle déglutit.
« Oui. ».
« Nous sommes désolés. Votre fils est mort ce soir. Son décès a été constaté il y a un quart d’heure environ. »
Sans un mot, elle raccrocha. Les larmes coulaient sans pouvoir s’arrêter. Son fils, son unique fils…
La femme, la mère qu’elle avait été se remémora ce qu’une mère ne peut oublier. Ce qu’elle ne doit oublier.
Ses yeux bleus, ses cheveux bruns, sa malice, ses accès de colère, ses peines, ses blessures, tout. Sa cicatrice au bras gauche, lorsqu'il était tombé de vélo…
Leurs derniers mots, si vulgaires, si haineux…
Tout. 



07.03
Je sais vraiment pas pourquoi je fais ça. Pourquoi écrire? Aucune idée. Vraiment, aucune. Et puis au fond de moi, je me dis: «Putain, pas envie de ressembler à toutes ces pétasses dépressives qui "écrivent pour se libérer de cette douleur" ». Moi, je ne sais même pas pourquoi j’écris. Sûrement parce qu’au fond de moi, je pense que je ne peux pas réellement parler à quelqu’un autre que mon meilleur ami, Louis. Et puis bon, ça me fera un loisir supplémentaire. C’est peut-être pas une si mauvaise idée, finalement. Je m’ennuie vraiment pour en arriver à écrire un journal intime. (Bon, on va dire que c’est juste un journal. C’est un carnet.) Et m’adresser à un destinataire imaginaire.
(Tiens d’ailleurs, c’était pas une idée du psy, ça ?)


10.03
Bon bah en 3 jours, il ne s’est rien passé. Vie ennuyeuse? Pire que ça. Ce matin, horrifié, j’ai découvert que je perdais mes cheveux… Le commencement d’une petite dépression nerveuse? J’en sais rien. Du moins, j’espère pas…


14.03
J’ai raté mon bus. Je suis coincé chez moi.Ma mère, infirmière, ne rentre qu’aux alentours de minuit. Ah… Quel imbécile. Bon je vais passer ma super journée à faire mes devoirs, et un peu d’ordi. Ma mère va me haïr…Juste un peu plus encore, quoi.
Pourquoi? Disons que je ne suis pas le gamin parfait dont elle avait rêvé. De bonnes notes, charismatique et mignon, intelligent, sociable… Je suis insolent, détesté des profs et des élèves, avec une réputation de brute épaisse, de connard sans valeurs, de teigne.
Non, elle ne m’aime pas. C’est visible dans son regard. Elle est travailleuse et fidèle, appréciée et amicale. Elle a eu un enfant ingrat, asocial, glandeur et je-m’en-foutiste au possible.
Louis… J’aimerais vraiment être comme lui. Ç’aurait été le fils idéal aux yeux de ma mère. Lui, il a toutes ces qualités.
Plus ça va et plus je me dis que tout ce que j’ai, je le mérite pas. À part le psy, ce boulet-là, je le mérite...


15.03
Ma mère m’a ramené un film, hier soir. Elle m’a souri. Il y a longtemps que je ne l’avais pas vue sourire. Elle m’a dit qu’elle avait parlé avec le psy et qu’elle comprenait maintenant mon comportement de merde. Je n’ai pas protesté. J’étais content de voir qu’elle cherchait à nous réconcilier.
Le film qu’elle m’a offert était un film d’horreur.
Je préfère les livres, mais j’étais content quand même. Je ne l’ai pas regardé avec ma mère, elle n’aime pas ce genre là. En revanche j’ai demandé à Louis de venir. On était jeudi. Il a accepté, laissant ses devoirs de coté.
Moi et Louis, nous étions tous deux fans d’horreur en tout genre. Moi plus les livres de la série Chair de Poule, puis ceux de Stephen King en grandissant. Louis, sa passion, c’était la même chose, version cinéma. C’est comme cela que nous étions devenus amis. Cela me semblait utile de préciser, car normalement, je n’aurais rien eu à faire avec un type comme ça.
Le film n'était pas excellent, mais j’ai quand même passé une bonne soirée.


16.03
Journée de merde. J’ai été collé. 1 heure perdue… Bon, je sais que je suis considéré comme gamin à problèmes, mais bon sang, là j’ai rien fait!
« Insultes envers ses camarades, + insolence ». Toujours le même discours, quoiqu’il arrive.
Ma réputation me précède. Ma mère dit qu’il faut que j’arrête d’être cynique et agressif… Si je faisais exprès, encore…
Je crois que je vais aller dormir un peu. J’ai vraiment passé une journée pourrie. Il est 6.57, je suis crevé. Les jeux en ligne, c’était pas une bonne idée. Mais bon, demain on est samedi, je vais voir Louis, alors ça va. Bon par contre, demain j’ai juste rendez-vous chez cet abruti de psy.
«Va falloir que tu te retiennes de le taper!» a dit Louis…
Il va vraiment falloir, oui.


17.03/13h45
J’ai pété les plombs. Je sais pas ce qui m’arrive… Pourquoi?
Qu’est-ce que j’ai fait?
Je l’ai tapé.
«…Dépressif.»
Ce mot a mal sonné à mes oreilles. Je me suis levé du fauteuil dégueulasse, et je l’ai tapé, aussi fort que je pouvais. Je crois que je pleurais. Ma mère a poussé un cri lorsqu’elle est rentrée dans la pièce. Il était déjà mal en point. Le sang giclait, et je ne pouvais pas m’arrêter. Il avait tout gâché. Il allait pourrir les chances que j’avais de me réconcilier avec ma mère. Il allait pourrir le fait qu’elle cesse de me prendre pour un malade. Tout était de sa faute. Depuis le début. Tout est de sa faute. L’école, ma mère… Tout. J’ai paniqué.
Je voulais juste la récupérer. J’ai tout foiré.
Non. IL a tout fait foirer.
Je suis enfermé dans ma chambre, ma sortie annulée, ma mère en larmes. Et ça y est, pour elle, je suis officiellement dépressif. Et complètement taré en plus de ça. Bon, foutu pour foutu, la fenêtre est ouverte… Et j’ai besoin de sortir.


17.03/19h22
Je sais pas comment ça se fait, mais toujours est-il que je ne suis pas grillé pour ma «fugue». Ma mère a dû s’absenter. Mais ce qui vient de m’arriver est bien pire que le fait que ma mère me prenne pour un fou furieux. J’explique.
Il devait être 14h30 quand j’arrivais à l’orée du bois dont Louis m’avait parlé.
Louis avait appris qu’à l’écart de notre quartier, il y avait une bâtisse abandonnée, en plein milieu d’un bois. C’était l’objectif de notre sortie; visiter la baraque.
Le bois était assez grand, presque une forêt. J’ai rejoint Louis, très fier de son information, qu’il avait eue je ne sais comment. Sûrement en profitant de sa popularité locale.
L’air était lourd, humide. Il n’y avait pas de soleil. Un orage semblait sur le point d’éclater. Arrivés sur les lieux, on a découvert que la maison n’avait pas grand intérêt. On a tout de même décidé d’explorer, histoire de dire.

Une odeur étrange régnait dans l’air, un peu écœurante. Nous étions séparés. Je commençais à m’ennuyer, quand j’ai entendu Louis pousser un cri d’effroi. Je me suis précipitai, et découvris à mon tour la réalité. Oui, là ce n’était plus de la fiction. Je n’étais pas un acteur. Je n’étais pas dans un film d’horreur. Non, j’étais bien dans la réalité, et ce que j’ai vu l’était aussi.
L’endroit, par-dessus l’odeur douceâtre, puait la mort et le sang. Avec le recul, je ne sais pas pourquoi je ne m’en suis pas rendu compte plus tôt. L’odeur du sang, de la chair pourrie, elle était tellement forte. J’aurais dû la sentir bien avant de visiter la baraque… Ma vue est d’abord restée sur des corps. Beaucoup de corps. Des animaux. Des oiseaux, éventrés, ainsi que des rongeurs. Des animaux sauvages, pour la plupart. Les mouches voletaient, les insectes et autres charognards avaient envahi les lieux. La chaleur accentuait les odeurs, accélérait la décomposition. À mesure que j’avançais dans les décombres de la maison, je voyais des cadavres de chiens, de chats, tous tués de la même façon, les tripes à l’air, affichant une expression de terreur et de douleur.
Puis quelqu’un. Une personne.
Un homme que j’aurais jugé comme mendiant vu ses habits, se tordait de douleur au sol en gémissant. Il n’a pas remarqué notre présence immédiatement. Il crachait du sang. Puis il nous a vus. Il a ensuite commencé à hurler comme un fou :
« Loin! Loin… L’air!»
Ses yeux se sont révulsés. Il a convulsé un instant, répétant ces mots, puis s'est tu.
J'ai remarqué alors ses mains couvertes de sang, de plumes, de poils, de tout.
Je ne voulais pas voulu comprendre.
Pendant ce temps, l’air s’était épaissi. Encore, et encore, il devenait plus lourd. Une brume voguait entre les arbres. L’odeur était plus que présente. On aurait dit un produit chimique ou un truc dans le genre. Mélangé à l’omniprésence des relents de décomposition. A vomir.
Les arbres devenaient des créatures de cauchemar, à demi dissimulés dans l’air humide. Louis était en pleurs. Moi je paniquais. Je tremblais, les yeux écarquillés. Je ne savais plus quoi faire. J’avais du mal à respirer. On s’est enfuit, la peur nous arrachant les tripes.
Plus j’y repense, maintenant, dans le calme oppressant de ma chambre, que ce type devait être un jeune squatteur, et qu’il avait mangé un truc pas sain, ou pris des produits. Cela existe, je crois. Il a dû faire une sorte de crise. Mon subconscient me hurle que j’ai complètement faux. Que ce n’était ni la drogue, ni quoi que ce soit. La folie ?
J’en sais que dalle, j’hésite à appeler les flics… Peut-être qu’eux ils sauront quoi faire ? Je n’en ai même pas parlé à ma mère. Cela ne ferait qu’aggraver mon cas. Non c’est décidé, je me tais. C’est pas possible, j’ai rêvé, j’ai déliré, la fatigue… Un truc comme ça est impossible, ce genre de choses arrivent aux autres…


18.03
Je n’ai pas dormi de la nuit. J’ai eu tellement mal à l’estomac. J’ai du aller vomir trois, voire quatre fois. Je ne sens plus mon bras gauche, comme si il était engourdi…Mais c’est le cadet de mes soucis.
J’ai coupé mon portable et mon ordi. J’en peux plus. Je n’arrive pas à dormir. Je deviens parano, chaque bruit m’effraie. J’ai du mal à respirer. Mes poumons émettent un sifflement à chaque inspiration. Ce son me rend fou. C’est lui qui m’empêche de dormir. Oui c’est lui. Chaque sifflement, je crois que mon cerveau va imploser. Chaque sifflement, je pousse un gémissement étouffé.
Ma mère m’a apporté à manger. Poussé par la faim, j’ai tout avalé. Moins de deux minutes plus tard, je vomissais déjà le contenu de l’assiette. Je vis un calvaire.
J’ai un autre problème, bien pire que la faim.
J’ai des trous de mémoire, des absences… Cette nuit. Je ne me rappelle plus… Ni ou j’étais ni ce que j’ai fais. Comme je l’ai dis, j’ai été malade. Je n’ai pas dormi. Je me rappelle plus de rien. Je sais que j’ai vomi, que ça a été atroce. C’est comme si j’avais dormi, aucuns souvenirs, j’ai pas dormi. Je le sais, c’est sûr.

Je ne suis pas sorti de ma chambre, mais…  Mais de la terre était sur mes chaussures, impeccablement propres, hier… Je serais peut être sorti ? J’en sais rien, j’en sais vraiment rien… Je m’en souviens plus… Non, c’est impossible. Je suis pas sorti. Pourtant toute cette terre est là.
Je sais plus, je sais plus.
Il n’y a pas de terre, c’est un cartier, juste des jardins impeccables. Alors où étaient mes pompes ?
Il y a un autre truc. Ce truc qui m’empêche de réfléchir. Cette odeur…Présente dans l’air lourd, celle du bois d’hier, elle est là, comme un démon, qui me harcèle. Le sifflement me rend fou. Cette odeur du bois, les absences, le sifflement, c’est la même chose. Y’a quelque chose qui a déclenché ça.
21.03
Absences… Qu’ai-je fait ? J’ai la réponse. La dure vérité est là, bien que je refuse de l’admettre.
« Admire ton œuvre, admire la ! » me dit-il, d’une voix non humaine.
Je me vois, je me revois, animé d’une force quelconque, sortir de chez moi, hier,  tel un zombi. Je me revois encore, un sourire fier accroché aux lèvres. Mes yeux fous, non, ces yeux fous se posent sur un reste de chair. Sur ce qui semble un cadavre, je, ou il, pose son regard bleu acier.
Il a tué le psy. Il est fou. Il a commis un massacre. Il avait le visage barbouillé de sang. Il souriait lorsque les tripes eurent jailli. Il riait lorsque que le pauvre homme eut les yeux crevés. Il a traversé le bois, la terre s’est collée à ses chaussures…
Ma mère a appelé l’hosto. J’ai réussi à prendre mon carnet. J’ai des tubes dans le nez, dans la bouche, partout. Ils m’aident à respirer. Plus de sifflement. Ce problème là est réglé. Cependant, depuis trois jours, mes jambes refusent de m’obéir. Je suis paralysé. Les médecins ne peuvent me dire si c’est définitif. Je prie pour que ce ne soit pas définitif.
Il est toujours là, me guettant. Guettant chaque absence, chaque faiblesse. Il est en moi.


23.03
Louis est passé me voir. Il a eu l’air horrifié par mon état. Il ne m’a presque pas parlé. Juste un vague salut. J’ai des crampes. D’horribles crampes. Je ne vois presque rien. Le sifflement a recommencé. Je suis toujours paralysé, et je ne sens plus mon bras gauche. J’ai demandé à Louis d’aller me chercher un miroir. Je n’aurais pas dû. Mon visage. Les muscles de mon visage. Ils se contractent. Ces contractions forment une immonde grimace, suivie d’une douleur atroce. Les yeux exorbités, un grand sourire crispé, les muscles tendus décorent à présent mon visage. Je suis laid. Je suis tellement laid. Même mon meilleur ami a eu peur de moi.
L’odeur, l’odeur est toujours là. Une puanteur immonde empoisonne l’air. Elle en fait partie.
Il est là. Toujours.
« Il, c’est toi. Que toi. »
Cette phrase, suivie du sifflement, se répète à chaque instant.


24.03
Je ne sais heure il est. Je suis dans le noir complet. Je ne distingue plus que des ombres. Peux écrire toujours. Pleure du sang. Mal, partout, tout le temps. Plus de jambes, plus de bras. Je sombre.
«Loin ! Loin ! Air !» Je comprends, maintenant. Grimaces, elles représentent le Matthieu d’avant. Maintenant [illisible] beau. Je [illisible] plus Matthieu.


25.03
Il était Matthieu. Je n’ai jamais été Matthieu. Le sang. Besoin de ce précieux liquide. Matthieu ne voulait tuer. Imbécile.


29.03
Bras gauche : paralysé. Jambes gauche et droite : paralysées. Sourd. Presque aveugle. Lumière. Mal. Trop Mal. Sifflement de retour. Pouvoir écrire peu. [illisible] Respirer. Sommeil sans [illisible] viens à moi. Viens !
Je ne suis pas fou !


Air.
Maman, Louis, désolé de [illisible], je vous aime.
Matthieu doit [illisible].
Matthieu ce n’est pas moi. [ ?]
Un [illisible] est calme.
Le mendiant [illisible].
Trop Air.
Sifflement.
Sifflement !
Loin, Loin !
Air mauvais !
Loin.


Loin de l’air, [illisible]
Je ne peux plus respirer, enfin.



 

Louis lâcha la fiche, retranscription du carnet de Matthieu, son ami. La plupart des pages étaient illisibles, si bien que Louis avait proposé à la mère de son ami de les mettre sous traitement de texte. Mais il n’avait pu comprendre certains passages. Matthieu avait une écriture particulière, qui s’était détériorée à cause des souffrances infernales qu’il avait eu à subir. Au fil de son travail, Louis avait découvert ce calvaire qu’avait vécu son ami durant les derniers jours de sa vie. À présent, il était mort. Dans la nuit du 29 au 30 mars. Louis lui avait rendu une fois visite. Il en était sorti tellement bouleversé… Son visage… Les yeux rougis, la bouche contractée en un rictus malfaisant…
Avant de mourir, il avait clairement sombré dans la folie.
Louis s’effondra en pleurant, tant les souvenirs affluaient. Il avait mal à la tête. Il y avait une odeur bizarre dans sa chambre, une odeur de produit chimique.
La même que dans la chambre d’hôpital de Matthieu.
La même que dans le bois.


Louis ne sentit plus sa jambe. Dans sa chute, il remarqua le carnet. Malgré la douleur qui lui traversait le corps, il remarqua une feuille qu’il n’avait pas retranscrite. La vue brouillée, gémissant, la dernière chose qu’il vit fut les lettres tracée d’une écriture pataude :

«Matthieu est mort. Mais je suis là, moi. Ton meilleur ami.»


Louis ferma les yeux. Il ne se souviendra pas de ce qu’il fera. Absence.


vendredi 25 juillet 2014

La peur

La peur est un sentiment étrange, n'est-ce pas. 
Mais tu aimes lire ces histoires d'épouvante ou regarder ces films d'horreur tard le soir.
Du gore, du sang, une ambiance lourde, se sentir observé c'est ce que tu aimes, tu aimes avoir peur. Maintenant que tu as peur, tu aimerais que cela s’arrête pour pouvoir dormir car il est tard.
Tu sens cette présence s'approcher.
Tu as peur que quelqu'un ouvre la porte de ta chambre, mais, pourquoi avoir peur ?
Ce ne sont que des histoires pour enfants, ton imagination, mais tu as toujours peur, alors tu allumes la lumière.
Tu ne vois personne, ça te soulage mais, tu as toujours peur.

Tu sors de ta chambre pour aller boire un verre d'eau fraîche.
Tu passes devant la chambre de tes parents et tu vois ton père et ta mère, tu les vois l'un à côté de l'autre, et ils dorment. Cela t’apaise de les voir vivants, puis tu passes devant la chambre de ton frère pour enfin entrer dans le salon.
Tu arrives dans le salon, et tu bois ce verre d'eau froide tout en regardant ton frère dormir sur le canapé, tu te dis qu'il est tard et que tu ferais mieux de faire comme ton frère et de partir dormir, alors tu retournes dans ta chambre, t'allonges sur ton lit, et te prépares à t'endormir.
Mais puis-je te poser une question ?
Si ton frère dormait dans le salon sur le canapé, qui entendais-tu respirer dans la chambre de ton frère ?

Petite creepypasta sans grande prétention. Il y en aura probablement quelques unes comme ça avant que nous ne retrouvions de très bons morceaux, alors j'espère que le lectorat ne va pas nous jeter de tomates.

mercredi 23 juillet 2014

Nuit noire

La nuit est d'un noir d'encre.
Dans la lumière de mes phares, au loin, j'aperçois cette voiture arrêtée sur le bas-côté.

Silencieuse, visible simplement par le clignotement de ses feux de détresse.
J'attends quelques instants, tout est silencieux, rien ne bouge.
Je décide de sortir de ma voiture pour aller vérifier qu'ils n'aient pas besoin d'aide.



Je longe le bas-côté, pour ne pas être dans l'axe des feux, qui m'éblouissent.

Je suis maintenant tout proche du véhicule.
Dans la pénombre, je distingue à peine deux formes immobiles à l'intérieur.
J'appelle pour savoir si tout va bien.
Silence. Personne ne répond. Simplement le tic-tic léger des feux de détresse.
Devant la porte du conducteur je bute sur un objet dur au sol.
 Je ne vois pas très bien de quoi il s'agit, il fait trop sombre.
Je frappe à la vitre et distingue que le conducteur semble écroulé sur son volant.
Quelque chose est arrivé.

Je décide d'ouvrir la porte. Elle n'est pas verrouillée. Elle s'ouvre facilement.
La lumière de l'habitacle se déclenche automatiquement et jaillit par l'ouverture, accompagnée de l'odeur métallique du sang frais.

La nausée monte en moi comme une vague et je dois reculer d'un pas pour ne pas lui succomber.
Je dois me concentrer plusieurs secondes pour ne pas vomir.
Je décide enfin de relever la tête pour constater l'horreur que j'ai entraperçue.

Le conducteur est couché sur le volant, l'arrière du crâne défoncé, laissant suinter un filet de sang mêlé de matière grise.
À ses côtés, sur le siège passager, une femme est appuyée sur la vitre, inerte.

Sa tête fait un angle anormal avec le corps.
Son cou est largement entaillé jusqu'à la trachée.
Elle est recouverte d'un sang noir qui s'écoule doucement sur le plancher, dans un goutte à goutte écœurant.
Réprimant un nouveau haut-le-cœur, je baisse les yeux et tombe sur l'objet dur que j'ai heurté avant d'ouvrir la portière.
C'est une petite hachette, couverte de sang, comme celle que j'utilise pour tailler les branchages quand je bûcheronne.

Je décide de me rapprocher à nouveau pour vérifier qu'il ne reste personne en vie.
Je passe la tête à l'intérieur et constate qu'il n'y a personne à l'arrière.

Je n'ai pas le courage de prendre le pouls des deux occupants. Dans leur état, ils ne peuvent plus être en vie.
Je veux retourner à ma voiture pour prévenir les secours, mais au moment de refermer la porte, je remarque un petit objet posé sur le tableau de bord, contre le pare-brise.
Je m'approche, luttant toujours contre la nausée que me provoque l'odeur horrible du sang.
C'est une caméra compacte, tournée vers l'extérieur. Elle semble toujours en route.
Je sais qu'en Russie, tous les conducteurs filment leurs déplacements pour une histoire d'assurance, mais en France, je ne croyais pas cette mode déjà implantée.
Après quelque secondes d'hésitation, je décide de la prendre et de visionner les dernières vidéos.
Le tueur apparaîtra peut-être sur les images, me permettant de renseigner la police.

Je la décroche de son support et trouve rapidement la fonction de rembobinage.
 Sur le petit écran, les images défilent rapidement, en sens inverse où elles ont été filmées.


Je vois d'abord l'avant de la voiture, simplement éclairé par l'intermittence des feux de détresse.
La nuit est très sombre, on ne distingue que quelques touffes d'herbe, le macadam, puis tout s'estompe, avalé par la noirceur nocturne.
Rapidement, je me vois, marchant à reculons, m'éloigner vers ma voiture.
J'attends plusieurs minutes, le compteur de la caméra continue de remonter le temps.

Soudain, à la limite du champ, sur la gauche, une silhouette s'approche, montrant son dos. J'attends qu'elle ait disparu des images puis je remets la caméra en lecture normale.
Un homme, vêtu banalement d'un tee-shirt et d'un jean, s'éloigne lentement de la voiture pour se perdre dans l'obscurité. Sa démarche est lente, hésitante. Malgré ses épaules voûtées, il semble à peu près de ma taille.


Je reprends le rembobinage de la vidéo. Si je le vois partir du lieu du massacre, je le verrai peut-être arriver plus tôt sur la vidéo.
Pendant les quelques minutes qui précèdent, la caméra fait entendre les cris inhumains du couple qu'on assassine.

L'habitacle bouge et la caméra oscille sur son support.
Puis tout devient silencieux et calme.
Enfin, il apparaît dans le champ de lumière des feux de détresse qui l'éclairent par intermittence. Rapidement, il disparaît dans la pénombre.
Je remets la lecture en marche avant,  au ralenti, pour tenter d'apercevoir le visage du tueur.
Entre deux clignotements de lumière, je peux faire une pause.
L'image est nette et l'homme est tout près.
 Il s'est approché rapidement, en longeant le bas-côté herbeux, mais ses derniers mouvements pour atteindre la voiture l'ont révélé, à la lueur alternante des phares.

À sa main, luit l'éclat métallique de la hachette qu'il abandonnera ensuite dans l'herbe.
Ses vêtements sont identiques aux miens.

Ses cheveux sont courts et dans son œil, luit une pulsion meurtrière et folle.
C'est moi.
Je suis l'homme sur la vidéo.



Une immense terreur me submerge et emballe mon cœur.

Hystérique, je remets la caméra sur son support, dans le véhicule, claque la portière et cours à perdre haleine vers mon véhicule.
Je m'engouffre derrière le volant et y pose mes mains pour calmer le tremblement de terreur qui m'agite.

Qu'ai-je fait ?
Pourquoi je ne me souviens de rien ?

Pour reprendre mes esprits, je ferme les yeux et tente de faire le vide en moi.




J'ouvre les yeux.
La nuit est d'un noir d'encre.

Dans la lumière de mes phares, au loin, j'aperçois cette voiture arrêtée sur le bas-côté.
Silencieuse, visible simplement par le clignotement de ses feux de détresse.
J'attends quelques instants, tout est silencieux, rien ne bouge.
Je décide de sortir de ma voiture pour aller vérifier qu'ils n'aient pas besoin d'aide.