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mercredi 28 septembre 2016

Historique

Copie d'un message trouvé sur un forum de discussion. 

Avant-hier, je suis allée récupérer l’ordinateur portable que j’ai commandé sur internet, au point de rendez-vous que le type m’a indiqué. Il a pris soin d’effacer tout ce qui pouvait y avoir de personnel sur la machine : photos, vidéos, documents etc. Lorsque j’ai essayé d’installer Google Chrome, celui-ci m'a informé qu’il était déjà installé sur l’ordinateur. L’ancien propriétaire avait juste supprimé le raccourci. Aujourd’hui, dans la matinée, j'ai cherché ce même topic de discussion sur lequel je me suis incrustée. J'ai remarqué rapidement que l’historique n’avait pas été effacé. Curieuse, j’ai décidé de le parcourir, quand je suis tombée sur quelques recherches Google tournant toujours autour de cette même question :





Rassurez-vous, j’ai déjà contacté la police. J’espère qu’il n’est pas trop tard...


lundi 26 septembre 2016

Piles non fournies

Il y a un incident qui me préoccupe encore après toutes ces années.

J'étais assez jeune quand ça s'est produit. Tout a commencé quand j'ai reçu le jeu de société Docteur Maboul pour mon anniversaire. Si vous ne connaissez pas ce jeu, le but est d'essayer de guérir soigneusement un faux patient. Si vous ne faites pas attention et que les pinces touchent les bords en métal des plaies, ça déclenche un buzzer qui indique que vous avez perdu ce tour.
 

J'adorais tellement ce jeu que parfois, je faisais semblant d'opérer mes peluches, ce qui m'a valu des ennuis à plusieurs reprises pour avoir utilisé un vrai couteau de cuisine. Cependant, mes parents se sont vraiment inquiétés quand je leur ai dit que je pensais que mon clown avait besoin d'une opération. Je me souviens encore de leur regard confus avant qu'ils ne me disent : "Mais tu n'as pas de clown, fiston."

"Bien sûr que si. Il est dans mon placard et il me regarde la nuit."

Mes parents sont directement allés vérifier dans mon placard. Après avoir fouillé chaque centimètre du placard et du reste de ma chambre, ils ont poussé un soupir de soulagement et m'ont dit que mon imagination était si grande qu'ils m'avaient cru. J'ai insisté sur le fait que je disais la vérité, et ils ont répondu d'une façon indifférente : "Bien sûr fiston. Bien sûr."

Cette nuit-là, le clown est venu me voir, comme toujours. Il m'a dit que c'était une bonne chose que je garde ma fenêtre ouverte pour qu'il puisse rentrer. Habituellement, il me tenait compagnie pendant la nuit, me regardant de mon placard en buvant quelque chose qui se trouvait dans un sac en papier, jusqu'à ce qu'il s'évanouisse. Il était toujours parti quand je me réveillais le lendemain matin. Je parlais rarement avec lui, parce qu'il m'avait dit qu'il y aurait des conséquences si je ne restais pas silencieux.

Je me sentais un peu triste pour le clown, parce que je savais qu'il n'allait pas bien depuis la première fois qu'il était venu me voir, et c'était clair que son état ne s'améliorait pas. Une nuit, après que je l'ai entendu
suffoquer à plusieurs reprises, je lui ai demandé s'il avait besoin de nouvelles piles. "Quelque chose comme ça, petit" a-t-il murmuré. "Où vont tes piles, Monsieur Clown ?" ai-je demandé. Il a ri et a tapé sur son cœur avec son index.

Le lendemain matin, j'ai dit à mes parents que j'avais besoin de piles pour mon clown. Ils se sont regardés et ont ricané. Ils m'ont dit qu'aucune de mes poupées n'avait besoin de piles. "Monsieur Clown a besoin de nouvelles piles. Il l'a dit lui-même" ai-je insisté. Ils se sont regardés, ne sachant pas comment réagir. Finalement, ma mère a été d'accord pour me donner des piles et les a placées sur ma table de nuit, m'assurant que je pourrais les donner à mon clown cette nuit.

Le lendemain, ma mère est entrée dans ma chambre pour me réveiller pour le petit-déjeuner. À la place, elle a crié. Mon père est entré à toute allure et a appelé la police, leur disant qu'il y avait un cadavre, habillé en clown, dans mon placard. Ma mère a eu le souffle coupé quand elle a quitté mon placard du regard pour finalement voir ma table de nuit. Les piles n'étaient plus là. À la place, il y avait un couteau ensanglanté et un pacemaker.





Traduction : RedRaven

Texte original ici.

samedi 24 septembre 2016

In foetu

Je suis chirurgien. Jusqu'à présent, j'ai eu affaire à un bon paquet d'étranges cas médicaux, mais l'un d'eux continuera de me hanter probablement jusqu'à ma mort.

En automne 1987, une anomalie médicale extrêmement rare a touché un pauvre enfant de 7 ans du nom de William. Je travaillais en tant que chirurgien en chef dans la petite ville de Montrose dans le Colorado. William était allé chez son pédiatre pour se plaindre de fortes douleurs venant de son ventre. Il disait aux docteurs qu'il avait un « homme » qui vivait en lui et qui refusait de le laisser tranquille jour et nuit. Il disait qu'il lui faisait mal à divers endroits, comme s'il tirait sur les ficelles d'une marionnette. On pouvait le voir souffrir et pleurer dans le bureau du médecin, suppliant qu'on le soulage de ses douleurs atroces. Sa mère était extrêmement inquiète. Le docteur a donc procédé à un examen complet mais n'a rien trouvé d'anormal. Il a simplement dit à la mère de le ramener à la maison, et lui a prescrit de puissants antidouleurs.

Quelques semaines se sont écoulées, tandis que la douleur du garçon empirait. Le docteur ne savait plus quoi penser. Il ne trouvait toujours rien d'anormal, prescrivant des antidouleurs de plus en plus forts. Un jour, la mère est arrivée dans un état de grande panique. Elle est entrée en criant que son fils mourrait, et qu'il saignait abondamment. William avait du sang qui dégoulinait de sa bouche, et il se traînait à quatre pattes, suppliant les médecins de le tuer. Horrifiés, ils l'ont envoyé à l'hôpital.

C'est donc à ce moment qu'il est parvenu à notre équipe médicale. Les docteurs ont déterminé qu'il avait une grosse tumeur au torse, après que les rayons X aient révélé une étrange formation dans sa cavité viscérale.

Il fallait opérer de toute urgence.

Moi et mon équipe avons rapidement enfilé nos masques et nos blouses avant de le conduire au travers des couloirs de l'hôpital. Nous avons accéléré lorsque le garçon s'est mis à hurler.

Nous lui avons mis un masque anesthésiant alors qu'il se tortillait et demandait à la mort de le prendre. Sa tête se balançait d'avant en arrière avec violence, comme s'il ne le contrôlait pas. Elle se balançait si fort qu'il a fallu deux docteurs pour la maintenir. Il a commencé à se calmer, jusqu'à ce que finalement ses yeux se ferment, alors que l'anesthésie faisait effet. Nous l'avons conduit en salle d'opération et lui avons arraché son t-shirt Spider-man. J'ai pris mon scalpel et j'ai ouvert son torse. La fine peau s'est ouverte et le sang a rapidement coulé, révélant des veines et du mucus. J'ai entendu un gargouillement venant de l'intérieur du gouffre sombre que j'avais créé. Nous avons placé des pinces à l'emplacement de l'incision et juste au moment où nous allions tirer, nous l'avons vu.

Venant de juste en dessous de ses abdominaux cramoisis, un bras a jailli. La chair s'est étirée jusqu'à se déchirer. Ça a projeté des morceaux sur nos visages ainsi que sur nos vêtements. Nous étions tous stupéfaits, pétrifiés par le choc. Le bras était petit et frêle, rouge, et visqueux tant il y avait de sang. Il reposait sur ses entrailles tailladées. Je me tenais là, bouche bée. Mon souffle restait coincé entre ma gorge et mes poumons. J'ai pris mon scalpel en tremblant puis j'ai ouvert la blessure plus profondément. J'ai jeté un œil à l'intérieur de la masse rose et rouge où j'ai vu un corps recroquevillé, et j'ai su que c'était un nourrisson. J'ai placé mes mains sur sa peau douce et écarlate pour tenter de le prendre. Il gigotait dans mes mains, et me fixait des yeux. Je l'ai pris, le tenant au-dessus du corps du pauvre garçon. L'enfant était intégralement recouvert de sang. Il avait des yeux étranges, auxquels il manquait la pupille et ses lèvres étaient étroitement serrées. Il était recroquevillé sur lui-même. Il ne ressemblait pas à un enfant, mais plutôt à un alien. Le plus surprenant était qu'il n'avait pas de cordon ombilical.

En voyant l'enfant gigoter, les médecins ont reculé avec horreur. Je bégayais, incapable d'articuler une phrase sensée. Je jure que je ne mens pas sur ce qui est arrivé par la suite. Le nourrisson me regardait et il a ouvert la bouche. Une grosse quantité de sang en a coulé. Il a commencé à pousser de petits cris stridents. C'était... Extrêmement désagréable à entendre.

Mes yeux étaient grands ouverts, et j'étais pétrifié. Les autres médecins se sont enfuis de la pièce en se bousculant.

L'enfant était dans mes mains criant toujours plus fort. Il s'arrêtait parfois quelques secondes pour cracher du sang dont il ravalait la moitié à chaque fois. Je l'ai finalement lâché, le laissant tomber sur le sol. Ça a provoqué un bruit sourd sur le carrelage avec un répugnant « crack ! » J'ai cru qu'il était mort, car il est resté immobile un moment. Puis finalement, il s'est mis à pleurer. À pleurer comme n'importe quel nourrisson, et pas comme un monstre. Je n'ai pas pu m'empêcher de m'approcher et de me pencher sur lui pour voir dans quel état il était.

Avec une rapidité effrayante, il m'a griffé au visage. Sans trop réfléchir, je me suis levée et je lui ai donné plusieurs coups de pied, espérant en finir avec cette abomination. Quand j'ai été sûr qu'il ne respirait plus, je me suis laissé tomber au sol et je n'ai pas bougé pendant plusieurs longues minutes.

La police est intervenue et m'a trouvé seul avec le cadavre du monstre. J'étais immobile, sous le choc. Pour ce qui est de William, son électrocardiogramme affichait une ligne plate, il a été déclaré mort d'une hémorragie. Un policier m'a aidé à me lever pour me faire sortir

Des recherches ont été menées et il a été établi que l'enfant était victime d'un rare cas appelé Foetus in foetu. Cela apparaît quand, durant la grossesse, des jumeaux sont procréés et l'un d'eux se fait enveloppé par l'autre, devenant un parasite. Quoi qu'il en soit, ce n'était pas un humain. Nous n'avons jamais pu en savoir plus sur lui car quand les policiers, moi et d'autres médecins sommes retournés dans le bloc une vingtaine de minutes plus tard, le corps de la chose avait disparu.



Traduction : Kintefleush

Source

mercredi 21 septembre 2016

Le vainqueur remporte tout

Je suis ce qu'on pourrait appeler un accro au jeu. J'avais perdu tout ce que j'avais, l'heure était venue de payer et je n'avais rien que la chemise que je portais.

C'est là qu'ils m'ont laissé une chance de racheter mes dettes. C'était le genre d'opportunité qu'ils réservaient aux gens comme moi. Ils appelaient ça "Le vainqueur remporte tout". Ils réservaient une marge de crédit rien que pour ce jeu.

C'est un jeu qui se joue à deux. Ils te donnent un bout de papier avec une adresse et une montre en toc, noire, avec la marque du casino. Ils donnent la même chose à ton opposant dans un autre bar quelque part en ville. Oui, j'avais oublié de le dire : dans ce jeu, on ne joue pas contre la maison, on est face à un autre joueur. Aucun détail sur ce mec - c'est à toi de te sortir les doigts du cul pour le trouver avant qu'il ne te trouve.

Voilà comment ça se passe : tu fais ce que tu veux, mais passé deux heures, soit l'un des joueurs est mort, soit le casino s'assurera que les deux le soient. Ils nettoieront le bordel, quel qu'il soit, et feront en sorte que personne d'autre ne soit blessé. La feuille avec l'adresse est juste là comme une piste, rien ne t'oblige à te rendre là où pointe l'adresse. Mais la maison viendra récupérer l'argent des dettes.

Le vainqueur, si il y en a un, rentre chez lui avec cent mille dollars. Une somme dérisoire comparé à ce qu'ils se font avec les paris de leur "clientèle privilégiée", mais dans la situation où je me trouvais, c'était bon pour moi.

Je suis assis dans ma voiture, en face de l'adresse sur la feuille. Je peux entendre la fête qui bat son plein à l'intérieur. Forte musique, ça a l'air bondé. Ils aiment rendre ça difficile. Je vérifie l'heure sur le tableau de bord : plus que 10 minutes. Les dés sont jetés. Mon adversaire a peut-être foncé vers l'aéroport dès sa sortie du bar. Je le sais, j'ai été tenté de le faire aussi. Ils pourraient déjà être à mes trousses. Putain, ce mec pourrait bien péter les plombs et faire un bain de sang dans cette foule. Mais, c'est ça le monde du jeu d'argent - je tente le coup.

Alors que les dernières minutes s'écoulent, je vois un mec sortir en courant. Son désespoir est évident. Il sait qu'il est un loser, je le sens d'ici. J'allume l'enseigne de mon taxi. Il se dirige vers mon véhicule et saute à l'arrière.
"-Je vous emmène où ?
-N'importe, j'ai juste besoin de dégager de là. Et vite.
-Bien reçu."

À travers mon rétroviseur, je le vois relever sa manche et jeter un œil à sa montre - noire, avec la marque du casino. Je sens monter en moi ce délicieux et familier rush d'adrénaline.
5 victoires d'affilée. Le premier n'a pas remporté assez mais ensuite, j'ai eu de quoi acheter le taxi.
Je devrais vraiment m'arrêter, mais je suis bien lancé dans une bonne série. Qu'est ce que vous voulez que je vous dise ? Je suis ce qu'on pourrait appeler un accro au jeu.



Traduction : Chói Tai & Tripoda

lundi 19 septembre 2016

Naissance cervine

En 2009, un vidéaste amateur étudiant au Royaume-Uni met en ligne sur YouTube sa dernière œuvre fraîchement terminée. La vidéo finit par être supprimée vu le nombre de signalements et de plaintes. 

La vidéo commence avec un plan fixe sur une prairie brumeuse, qui selon certains se trouverait en Irlande. Les seuls sons qui accompagnent ledit plan sont un léger sifflement et ce qui semble être des paroles sourdes et inintelligibles. La caméra zoome ensuite sur une forme blanche dans le pré. Après de longues minutes, la forme se révèle être une biche albinos. S’ensuit un plan rapproché sur ses yeux, montrant des signes d’infection voire un début de cécité.


Le plan suivant montre la biche fixant un miroir pendant quelques instants. La vidéo prend ensuite une tournure bizarre : le reflet de la biche dans le miroir se met à suivre ses propres mouvements, indépendamment de son modèle. La caméra zoome ensuite sur le reflet de la biche qui commence à bouger de manière anormale et grotesque, comme une sculpture d'argile modelée par une main invisible. Ces contorsions perturbantes sont interrompues par un dé-zoom, dévoilant la « vraie » biche, allongée sur le sol. La biche aurait un regard « étrangement apaisé » selon certains. Le plan reste tel quel pendant plus ou moins deux minutes, le reflet continuant de se contorsionner et de gesticuler. Le miroir semble cependant s’assombrir. La biche allongée au sol commence ensuite à excréter un liquide noir du dessous de sa queue, ce qui laisse penser qu’elle est sur le point d’« accoucher ». La substance, qui ressemble à du goudron, continue de sortir de la biche. C’est généralement à ce moment que les gens coupaient la vidéo.

 La suite de la vidéo varie en fonction des récits mais beaucoup rapportent que la biche finit par accoucher du cadavre d'un enfant d'apparence vaguement humaine, couvert par la substance noire, ce qui le rend difficile à décrire. Certains affirment qu’il s’agit d’une représentation d’« hybride humain-animal », fabriquée par l’artiste pour les besoins de la vidéo. Un plan rapproché, flou, sur le visage de l’hybride, est montré pendant quelques secondes avant de retourner au miroir, à présent cassé, dans la même prairie qu’au début. S’ensuit une séquence en noir et blanc et au ralenti affichant un public qui applaudit. La vidéo finit par un plan noir de cinq minutes accompagné par des murmures inintelligibles s’affaiblissant doucement au fur et à mesure.

Certains disent que la vidéo n’est plus trouvable sur le net tandis que d’autres supportent que l'audio circule de temps à autre via des programmes de partage de fichiers comme BitTorrent. D'autres affirment même avoir pu récupérer la vidéo par certains moyens. Occasionnellement, des screens refont surface sur des imageboards et des sites semblables, mais la vidéo elle-même a été très peu vue depuis sa publication.


Un an plus tard, le vidéaste a posté une autre vidéo sur YouTube. Cette fois-ci, c’était cinq minutes d’écran noir et de silence avec pour seule piste, un lien en description pointant vers un site d'échange par webcam. Les spectateurs présents ce jour-là ont dit y voir une paire de pieds pâles qui pendaient mollement dans le vide, tournant doucement au-dessus d’une chaise renversée.


Le créateur de la vidéo « Naissance cervine » est surtout connu pour cette dernière œuvre choquante, mais beaucoup ne connaissent pas forcément ses travaux antérieurs qui sont similaires au niveau du contenu et du style. Entièrement en noir et blanc, la vidéo souvent appelée « Fox-trot » a été créée début 2005. Elle commence avec un plan sur une forêt au clair de lune. S’ensuit une longue transition vers le début de la première scène. Une renarde maigre, visiblement sous-alimentée, titube dans la forêt, poussant des gémissements navrants, avec ce qui semble être un nœud coulant autour de son cou.

La caméra suit la corde jusqu’à son extrémité, où l’on peut voir les petits de la renarde, attachés, se faire trainer par terre. Impossible de déterminer si les petits sont morts ou non. La vidéo coupe sur un plan montrant le croissant de lune se muant lentement en une tache informe. Le son de la vidéo est jusqu’ici essentiellement constitué des gémissements de la renarde, ainsi que d'un fond musical au ton plaintif que beaucoup décrivent comme "anormal et perturbant".
La vidéo coupe ensuite sur une clairière. On peut voir la renarde s'acheminer lentement vers le centre de la clairière, toujours en tirant ses petits derrière elle. La musique laisse progressivement place au silence tandis que la renarde se pelotonne sur le sol, prête à mourir. Après quelques instants de silence uniquement troublé par les derniers souffles de la renarde, un plan rapproché de son visage nous est montré : ses yeux brillent encore sous la lumière de la lune.
Deux petites mains pâles, vraisemblablement des mains d’enfants, commencent alors à lui caresser la tête. D'autres mains se montrent petit à petit avant que la caméra dézoome, révélant que son corps entier est couvert de mains et de bras, qui la caressent.

La vidéo se trouble plusieurs fois avant de couper sur l’intérieur d’un foyer assombri. La caméra se dirige lentement vers la salle à manger où l’on peut voir les cadavres pourrissants d’une famille entière, assis à la table. La renarde de tout à l’heure se trouve sur la table mais cette fois-ci, vivante et en bonne santé, veillant sur ses petits.
S’ensuivent des plans rapprochés des corps, révélant des blessures qui pourraient faire penser à un suicide collectif. Sur le dernier plan, on peut voir un papillon de nuit voletant autour d’une ampoule qui pend dans une pièce sombre. Soudainement, une main qu'on ne pourrait décrire que comme "bestiale", surgit et saisit l'insecte au vol.





Traduction : Kowai

Texte original ici.

samedi 17 septembre 2016

Remplacements

Bonjour. Je m’appelle Feng. J’ai 15 ans. J’ai décidé de raconter mon histoire avant d’en finir avec la vie. Personne ne me croit. Ni les docteurs, ni les psys, ni mon père. Ils disent que j’étais dans le vol d’avant. Ils disent que j'ai tout inventé. Ils disent que je suis fou. Je suis normal, tout à fait normal. Alors peut-être que les lecteurs de ce site consacré aux morts suspectes me croiront. Si vous voulez copier mon histoire sur d’autres sites, n’hésitez pas à le faire, vous avez mon accord. Euh, mettez juste que c’est l’histoire de Feng de Pékin. Et dites qu’elle est vraie. Surtout qu’elle est vraie et que je n’ai rien inventé. J’étais bien dans ce vol, et il s’est passé quelque chose pendant mais je ne m’en souviens plus. Alors ouais, dites tout ça aux autres et ne transformez rien.

Ma mère avait 43 ans quand les évènements se sont produits. J’avais treize ans en 2014. Ma mère et moi revenions d'un voyage en Malaisie. On avait pris ce fameux vol. Pas celui d’avant ni celui d’après, le fameux vol.

Dès qu'on a posé un pied à l'aéroport, j’ai trouvé ma mère différente, changée, sans vraiment comprendre pourquoi. Sa main était glaciale mais je me suis dit qu’elle avait peut-être pris froid pendant le vol. Pourtant, le soir même de notre retour, quand j’ai été me coucher et que je lui ai dit bonne nuit, son baiser sur mon front était aussi glacial que sa main. Et le bruit de son baiser, un long bruit de succion. Elle m’embrassait rarement sur le front (elle disait que c’était les vieillards qui embrassaient comme ça) et jamais aussi longtemps.

Les premiers soirs, j'ai trouvé ça vraiment étrange puis j’ai fini par m’y habituer. Même à la froideur de ses lèvres. Enfin non, pas vraiment, puisque dès qu’elle avait le dos tourné je m’essuyais le front en lui demandant de bien fermer ma porte. Ce n’est pas que j’avais peur de ma mère, mais je détestais ses baisers bruyants en pleine nuit. Oui, un autre truc qu’elle ne faisait jamais avant le vol : elle se levait en pleine nuit et sans allumer la lumière de ma chambre, elle venait m’embrasser. Ça me réveillait à chaque fois putain. Alors elle ricanait, s’excusait et repartait en chantonnant, heureuse de la trouille qu’elle me filait. Enfin si c’en était resté là, j’aurais pu grandir « normalement » et je n’aurais pas pété les plombs toutes les quatre minutes.

Mes parents étaient divorcés depuis cinq ans et j’étais fils unique. Chow, c’était ma voisine et ma nounou quand j’étais haut comme trois pommes. Un après-midi (une semaine après notre retour de Malaisie), Chow m’a demandé de m’asseoir et m’a questionné au sujet du comportement ma mère. Chow trouvait qu’elle était différente depuis notre retour. Elle la trouvait dans la lune et ses pertes de mémoire commençaient à sérieusement l’inquiéter. Elle disait aussi qu’elle prétendait avoir un garçon de mon âge en Malaisie et qu’elle lui avait promis de le retrouver bientôt. Enfin, Chow m’a demandé si j’avais remarqué que ma mère perdait ses cheveux ? Je lui ai répondu que je n’en savais rien. Elle m’a alors montré une grosse touffe de cheveux noirs aux reflets acajou, identiques à ceux de ma mère. Ça m’a un peu effrayé et c’est à ce moment précis que j’ai commencé à observer plus attentivement ma mère et à noter des détails dans un carnet secret. J’avais treize ans quand je l’ai écrit et j’ai corrigé les fautes d’orthographe mais excusez-moi s’il en reste.

Samedi 8 mars 2014

Maman est restée en pyjama jusqu’à midi. D'habitude, après le petit déj, elle se maquille et s’habille, même pour rester à l’appart. Puis elle m’a dit qu’elle allait chez le coiffeur. J’ai alors cru qu’elle allait se changer, mais à la place, elle a un pris une paire de ciseaux dans le tiroir de la cuisine. Puis elle est montée à l’étage et s’est enfermée dans la salle de bains. Je l’ai observée par le trou de la serrure. Devant la glace, toujours avec son pyjama sur le dos, elle a coupé de grandes mèches de ses longs cheveux noirs. Je pouvais voir sa nuque s’éclaircir. Le pire c’est qu’elle les a coupés de travers. Les cheveux tombaient sur les épaules de son pyjama, dans le lavabo, sur le meuble et le tapis de douche. Elle qui était si maniaque s’en fichait. Puis elle a posé la paire de ciseaux et a fait une chose tellement dégueulasse que j’en frissonne encore : elle a ramassé tous ses cheveux, en a fait un tas, puis a pioché dedans. Après avoir pris une bonne poignée, elle l’a portée à la bouche et commencé à les mâcher !!

 J’ai posé une main sur ma bouche pour ne pas crier. Elle s’est retournée vers la porte en mâchant toujours ses cheveux !! Elle a froncé les sourcils, ses yeux bleus m’ont semblé devenir noirs. Elle a marché doucement vers la porte, comme un chat vers sa proie. J’ai bondi jusqu’à ma chambre qui était fort heureusement à côté de la salle de bains et j’ai sauté sur mon lit. Mon cœur battait à tout rompre. J’ai entendu le grincement de la porte puis ses pas on fait craquer le plancher. Ensuite sa tête, juste sa tête, a dépassé de l’encadrement. Les yeux écarquillés, elle me regardait. Heureusement j’avais un livre sur mon lit et j’ai fait semblant de lire. Après une bonne minute d’observation elle m’a demandé si j’allais bien et je lui ai répondu que oui sans la regarder. Elle est repartie et s’est de nouveau enfermée dans la salle de bains.

Dimanche 9 mars 2014
Je n’ai pas bien dormi cette nuit. J’ai fait plein de cauchemars. Je voyais ma mère m’arracher les cheveux avec ses dents puis les manger en ricanant. Du sang me coulait sur le visage et ma mère le léchait. C’était horrible. Heureusement qu’elle s’est comportée normalement aujourd’hui, sinon je me serais enfui chez papa. J’ai voulu aller en parler à Chow, mais elle est partie en week-end. Hâte qu’elle revienne.

Lundi 10 mars 2014

J’ai encore mal dormi et fait le même cauchemar. Qu’est-ce qui se passe ? Ma mère était normale avant le voyage, et même dans l'avion. Enfin je crois, car j'ai dormi tout le long du vol. Je suis allé voir Chow et je lui ai expliqué pour les cheveux. Elle a été choquée et m’a dit qu’elle allait en parler à un ami qui est psycho quelque chose. Elle m’a dit aussi de ne pas m’en faire et de continuer à lui dire comment elle se comportait. Ah oui, elle doit encore me montrer un truc que ma mère a perdu sur son paillasson. Enfin, elle est pas sûre que ce soit à elle.

Mardi 11 mars 2014

Toujours le même cauchemar. En pire à cause du doigt. C'était le truc que Chow devait me montrer. Elle m’a demandé si c’était à moi et je lui ai dit que non. Et puis il était bien trop grand. Et puis bien trop long aussi. Ah oui, c’était un doigt en plastique, sans ongle, en silicone, pas en chair humaine comme je l’ai cru au début. Il n’appartenait pas à ma mère non plus puisque j’en ai compté douze. Euh dix. Ses cheveux ont repoussé. C'est comme si elle ne les avait jamais coupés. Je n’ai pas envie qu’elle les mange encore. Chouette demain c’est mercredi et Chow m’emmène au cinoche. Vivement que tout redevienne normal.

Mercredi 12 mars 2014

J’ai trouvé Chow très étrange. Elle a pas dit un mot de tout le film. Ni après. Quand on est arrivés à notre étage, elle m’a demandé si elle pouvait fouiller la chambre de maman. Je lui ai dit que je ne savais pas. Elle a insisté et m’a fait promettre de ne rien lui dire. C’était pour sa guérison qu’elle a dit mais d’abord il fallait comprendre. Chow a trouvé un ongle peint avec du vernis rouge. Le même que maman. Chow l’a essayé sur le doigt et ça rentrait dans l’empreinte de l’ongle. Quand maman est rentrée à la maison, j’ai discrètement vérifié ses mains et il ne manquait ni doigt ni ongle. J’ai juste trouvé sa peau un peu dure et toujours froide mais je m’y étais habitué.

Jeudi 13 mars 2014

Je crois que je ferai ce cauchemar toute ma vie. En plus de m’arracher les cheveux avec ses dents, ma mère me crevait aussi les yeux avec ses ongles rouges. Puis elle les croquait en riant. C’était horrible. J’ai pris l’habitude d’avoir une bouteille d’eau à côté de moi. Après un cauchemar j’en bois un peu, ça me calme. Cette nuit, la bouteille était vide. Je me suis levé pour la remplir et quand je suis passé devant la porte de la chambre à maman, j’ai entendu des cris étouffés. J’ai eu si peur que tout mon corps tremblait. Malgré ça, je voulais savoir ce qui se passait. J’ai alors regardé par le trou de la serrure. Je voyais le visage de ma mère et une partie de son corps allongé sur le lit. Elle dormait la bouche grande ouverte. Les petits cris étouffés semblaient venir de là. J’ai pensé qu’elle faisait un cauchemar. J’ai aussi remarqué près de sa table de nuit un verre avec deux billes blanches à l’intérieur. Ça brillait un peu. Je n'avais jamais vu ça avant, même quand plus jeune je dormais avec elle. Puis j’ai été remplir ma bouteille et je me suis recouché. J’ai réussi à me rendormir.

Vendredi 14 mars 2014

Chow est morte (des années plus tard j’ai su la cause de sa mort : asphyxie des poumons par écrasement des côtes). Je l’ai appris après être rentré du collège. Y’avait des flics qui allaient et venaient chez elle. Maman était déjà là. Elle avait pris son après-midi. C’est elle qui me l’a dit pour la mort de Chow. J’ai pas joué les durs, j’ai pleuré. Je lui ai même demandé de dormir avec elle en lui racontant pour les cris étouffés de la nuit derrière. Elle m’a ri au nez et m’a demandé de me mêler de mes affaires. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai un mauvais pressentiment, je redoute la nuit qui arrive.



Je n’ai tenu mon journal que six jours. Car après la nuit du vendredi au samedi, je n’ai plus été capable d’écrire quoi que ce soit. Cette nuit-là a changé le cours de mon existence et a irrémédiablement modifié ma vision des choses sur un monde soi-disant normal.

Pour « oublier » la mort de Chow, ma mère a rapporté un Mc Do. Elle n’a pas versé la moindre larme pour une de ses meilleures amies. C’est à peine si elle s’en rendait compte. J’ai trouvé ça un peu choquant mais j’ai mis ça sur son comportement étrange. Je me disais qu’elle allait finir par réaliser que d’ici quelques jours, notre voisine était bel et bien morte.

Pendant le repas devant la télé, je ne cessais de regarder ses mains, ses yeux, ses cheveux. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne les trouvais pas naturels. C’était juste une impression, pas une certitude. Sans doute avais-je en tête ce doigt en plastique que Chow m’avait montré et ce cauchemar qui laissait une saveur glauque à mes journées. Son bisou du soir sur mon front s’est aussi avéré plus court et moins bruyant que d’habitude. Et puis elle m’a serré fort dans ses bras. J’ai cru qu’elle allait m’étouffer. Puis elle m’a dit une phrase que je n’oublierai jamais : « même la mort ne nous séparera pas ». Je me suis dit alors que ma mère m’aimait beaucoup et j’ai rapidement trouvé le sommeil, toujours dans l’espoir d’un retour au calme…

En pleine nuit, mon inconscient m’a alerté de quelque chose et m’a doucement réveillé. J’ai aussitôt entendu des cris étouffés. J’ai eu peur pour ma mère et j’ai bondi du lit.

Allongée sur les couvertures, ma mère dormait la bouche grande ouverte. Elle n’avait pas fermé les volets et la lumière d’un réverbère donnait une atmosphère orange à sa chambre, un peu comme dans un parking mal éclairé.

En m’approchant, les cris étouffés se sont arrêtés. Puis j’ai entendu « aide-moi, pitié, aide-moi ». Ça venait de sa gorge. Sa glotte allait et venait sur la peau de son cou. Mais sa bouche restait fixe, toujours grande ouverte. Le verre sur la table de nuit a fait un bruit comme s’il se déplaçait. J’ai regardé et j’ai vu que les deux boules étaient en fait deux yeux en verre de couleur bleue (comme ceux de ma mère) me fixaient. De peur, j’ai failli pisser dans mon froc. J’ai à nouveau entendu « aide-moi, pitié, aide-moi » sortir de sa gorge.

Après un craquement sinistre, sa tête s’est tournée vers moi. Deux orbites vides me fixaient horriblement. Et au fond, tout au fond de cette bouche ouverte et de ces orbites vides, j’ai vu quelque chose d’impossible à croire et qui deux ans après me hante encore.

J’ai vu un œil injecté de sang tout au fond de chaque orbite, j’ai vu des lèvres éclatées dans la bouche grande ouverte et ce sont ces lèvres qui poussaient des cris étouffés et qui bougeaient en disant « aide-moi, pitié, aide-moi ». J’ai voulu m’enfuir, mais une main glaciale a attrapé mon poignet. Je me suis débattu comme un fou et j’ai réussi à lui échapper. Cette chose s’est précipitée derrière moi et m’a pourchassé dans le couloir. J’entendais rire, mais aussi « « aide-moi, aide-moi ».

Je me souviens que sur le plancher du premier étage son pas faisait un drôle de bruit, comme des coups de marteau sur du bois. On avait un duplex et j’ai dévalé les escaliers quatre à quatre puis j’ai commencé à déverrouiller la porte d’entrée. J’ai alors entendu un bruit sourd derrière moi, puis un cri aigu. La chose est tombée dans les escaliers puis s’est disloquée pièce par pièce. La tête a roulé jusqu’à mes pieds. Ses orbites étaient creuses et totalement vides. Plus rien à l'intérieur. J’ai alors levé la tête et j’ai vu une silhouette sombre plus petite, plus mince, de travers sur les marches de l’escalier. Son corps était cassé en deux, mais sa tête me fixait. C’est là que j’ai reconnu les grands yeux bleus de ma vraie mère. C’était effroyable et je me suis enfui en hurlant. Après, c’est le trou noir, mais je crois que sur le trottoir un éboueur m’a recueilli et m’a emmené à l’hôpital…

Je me suis réveillé dans une chambre verte et bleue. Mon père était assis près de moi et dormait une main dans la mienne. J’ai dû le réveiller en bougeant et il m’a aussitôt serré dans ses bras en pleurant comme une petite fille. Je n’ai compris pourquoi qu’au bout de longues et interminables minutes : il a cru que j’étais mort avec ma mère lors de l’accident d’avion du vol MH 370 de la Malaysia Airlines. C’est tout simplement impossible.


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Note wikipédia : Le vol 370 Malaysia Airlines (code AITA : MH370) est un vol international régulier de la compagnie aérienne Malaysia Airlines reliant Kuala Lumpur à Pékin. L'appareil, un Boeing 777 qui transportait 239 personnes dont une majorité de ressortissants chinois, est porté disparu depuis le 8 mars 2014.

Complément d'information : parmi les nombreuses théories du complot lues sur internet, l'histoire du jeune suicidé voudra en retenir deux : L'avion n'a jamais décollé et les passagers auraient servi à certaines expériences secrètes ou, en concordance avec certains phénomènes lumineux observées cette nuit-là, l'avion aurait mystérieusement disparu en plein ciel...   


mercredi 14 septembre 2016

Fertilité

Ils m'ont dit, quand j’étais jeune, que je ne pouvais pas enfanter. Et que rien ne pouvait y remédier. Aucune thérapie, aucune consolation, rien. Ils m'ont juste donné l'information, avec son lot de désespoir. Ils n'avaient pas à me voir pleurer la nuit. Toutes les nuits. Pendant des années. J'ai gardé tout ça enfoui au fond de moi, me haïssant... haïssant mon échec. Haïssant cette partie de moi qui ne fonctionnait pas. Haïssant la jalousie que j’éprouvais envers toutes ces femmes qui avaient ce don et qui ne l'utilisaient pas.

Je devais tenter quelque chose. N'importe quoi.

Il n'a pas fallu longtemps avant que je commande des médicaments pour la fertilité sur le net. Clomiphène. GnRH. Diéthylstilbestrol. Je les ai tous pris. Puis, j'ai dû chercher du sperme. Ce n’était pas si difficile à obtenir. Quelques petites annonces sur Craigslist. Quelques photos envoyées par-ci, par là, et enfin une rencontre. Une heure plus tard, j'avais un préservatif rempli de ce dont j'avais besoin.

J'ai donné aux médicaments une semaine, le temps qu'ils agissent, avant d'entreprendre quoi que ce soit. Ils me donnaient des vertiges, des nausées. Le prix à payer, j'imagine. Ensuite je devais injecter le sperme à l’intérieur de mon corps. J'ai eu plusieurs coups d'essai ; je visais là où je pensais trouver les ovaires. J'ai pensé qu'une grossesse extra-utérine était quand même une grossesse. Et peut-être que les docteurs pourraient remédier à ça si c’était un souci.

Entre mon automédication et le rassemblement du matériel, je m'endormais en imaginant un bébé - mon bébé - tout chaud et doux sur mes genoux. Un tout petit paquet de chaleur, capable de faire fondre la froideur du centre de mon être. De mon identité. Une vie précieuse qui m'aimerait autant que je l'aimerais. Mes mains parcouraient mon ventre et je rêvais d'une vie grandissant à l'intérieur. Je le jure, je pouvais presque sentir son coup de pied.

Me réveiller de ces rêves m'apportait une raison d'être renouvelée et un nouveau sentiment de désespoir. C'est le dernier en date qui a menacé de mettre totalement fin à ma quête. L'appel du sommeil éternel avec l'espoir que mon bébé me rejoigne était presque trop tentant pour passer à côté. Ré-ouvrir d'anciennes cicatrices sur mes bras et mes jambes n'a pas beaucoup aidé à faire taire cette voix. Je devais arrêter d'attendre.

Les aiguilles étaient grosses et longues, et le contenu était froid, ce qui était logique vu qu'il venait du frigo. Cette semaine-là, j'avais été avec 30 hommes. Mon corps me faisait mal et je n'avais plus une once d'estime de moi, mais ils m'ont donné ce dont j'avais besoin. Je me suis injecté le tout durant la journée. Mon corps n’était plus qu'un trou béant, une épave. Et les médicaments me donnent encore plus le tournis que jamais. C'est même très difficile d'écrire ce texte avec le cerveau embrumé. Mais tout ça vaudra le coup une fois que ça aura fonctionné.


Quand ça marchera, j'aurai un beau bébé, né de mes propres efforts.
Un bébé qui sera choyé.
Un bébé à qui on ne pourra pas dire qu'il ne peut pas suivre ses rêve juste parce que c'est un garçon.



Traduction : Kamus et Nevermore

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